27 octobre 2014

Un 24 avril arménien

Un 24 avril arménien

Commémoration, le 24 avril 2014 à Bruxelles, du 99ième anniversaire du génocide dont a été victime le peuple arménien en 1915

22 juillet 2013

Trappes, les musulmans et le racisme d’Etat

Trappes, les musulmans et le racisme d’Etat

Noël Mamère, député de Gironde, le 22 juillet 2013

Trappes, la ville de Jamel Debbouze et d’Omar Sy, ne rigole plus avec ses humoristes. Des centaines d’habitants ont attaqué le commissariat, à coups de pierres, symbole pour ces jeunes Français issus de la colonisation de l’atteinte à leur dignité.

Le motif de cette poussée de violence ? L’exigence de libérer un homme qui avait osé protester contre l’interpellation de sa femme par des policiers ; elle portait le voile intégral, les policiers voulaient contrôler son identité.

Ces faits posent d’emblée trois questions :

Où est passée la police de proximité promise par la gauche qui devait remplacer les BAC et autres compagnies de CRS dans les quartiers dits sensibles ?

Pourquoi interpeller en plein ramadan une jeune femme voilée, sachant que durant cette période, un tel geste peut être interprété comme une provocation à l’égard des populations musulmanes ?

Enfin, la loi sur le voile intégral est-elle pertinente ?

Des lois productrices de discriminations

J’ai fait partie des rares députés qui ont toujours considéré les différentes lois sur le voile comme productrices de discriminations et de violences potentielles. Nous y sommes.

Si l’on ajoute à cela le refus de Manuel Valls d’appliquer la promesse de François Hollande d’en finir avec le contrôle au faciès, une telle conjonction ne pouvait que produire le type d’émeute à laquelle nous venons d’assister.

Les déclarations martiales du ministre de l’Intérieur, les vociférations de Christian Estrosi, Hortefeux et Le Pen n’y changeront rien.

La révolte de Trappes nous oblige aussi à réfléchir sur la vague d’islamophobie qui s’est emparée de notre pays. Le ministre de l’Intérieur, cette dernière semaine, dénonçait la multiplication des faits anti-musulmans dans plusieurs villes de la périphérie parisienne, à Chanteloup-les-Vignes et à Argenteuil.

A Marseille, la question du voile revient au centre de l’actualité et avec elle, celle de la place des musulmans dans la société.

Le boomerang du racisme d’Etat

Au nom de l’universalisme, on a trop longtemps eu tendance à nier le rôle de la religion dans la société française. L’Etat a fait de l’Islam – deuxième religion de France – un culte discriminé sans que le législateur tente de résoudre les problèmes vécus au quotidien par les fidèles (comme les carrés musulmans au sein des cimetières, la régulation du marché de la viande hallal ou la construction des mosquées).

Sous prétexte de combattre les signes religieux ostentatoires, on a privilégié la seule lutte contre le voile et inventé de nouvelles discriminations pour des femmes qui se voient doublement mises à l’index : en tant qu’arabe et musulmane, ne pouvant plus travailler dans certains établissements, et stigmatisées dans tous leurs actes quotidiens.

De fait, un racisme d’Etat, utilisant l’amalgame entre musulmans, islamistes, terroristes et immigrés, s’est lentement insinué dans la société française, préparant le terrain à des conflits de civilisations à l’échelle des territoires.

Le moment est venu pour la France de prendre cette question à bras-le-corps. Si on ne lui donne pas de réponse autre que répressive, elle va nous revenir au visage comme un boomerang.

Trente ans après la marche pour l’égalité

Le problème que nous rencontrons se joue dans le cadre franco-français, dans un pays qui a érigé la laïcité en dogme. Mais – et c’est là toute la difficulté – il est marqué par un contexte international où l’islam politique a pris le pouvoir dans plusieurs sociétés musulmanes, à la faveur des printemps arabes.

Dans ces sociétés, comme la Tunisie ou l’Egypte, les classes moyennes refusent à juste titre ce qu’elles considèrent comme un dévoiement théocratique de leur révolution. Elles ont raison et nous les soutenons.

Mais cette solidarité ne doit pas nous faire oublier qu’en France, ce sont des populations discriminées qui se revendiquent de l’Islam. Il faut donc refuser tout amalgame entre les deux situations et tracer les chemins d’un dialogue pour parvenir à apaiser les tensions.

Malheureusement, en temps de crise morale, économique et sociale, il est tellement plus facile pour de nombreux responsables politiques d’utiliser les musulmans comme des boucs émissaires, que de trouver les mots d’apaisement et de prendre le temps de comprendre pourquoi on en est arrivés là.

Mais Trappes, trente ans après la marche pour l’égalité et contre le racisme, nous oblige aussi à reconsidérer la politique de la ville menée par les gouvernements de droite et de gauche. Depuis novembre 2005 et les révoltes urbaines généralisées, rien n’a été fait pour répondre aux préoccupations des habitants des quartiers populaires.

L’américanisation des banlieues françaises

L’Etat a démontré son incapacité à apporter des réponses à la lutte contre le chômage des jeunes, aux questions d’éducation et de formation, à l’enclavement des quartiers et à la relégation des habitants.

Cette inertie a favorisé la fuite d’une partie de ses habitants a créé, malgré le discours ambiant sur la mixité sociale, des ghettos où sont concentrées des populations en fonction de leur appartenance ethnique et religieuse.

Or, de nouveaux conflits urbains dessinent le portrait d’une France séparée. Cette américanisation des banlieues françaises est en contradiction absolue avec le rappel intangible des principes républicains, rabâchés par ceux qui croient encore vivre sous la Troisième République.

La vulgate anticommunautariste n’est qu’un prêt-à-penser inutile pour comprendre notre société multiculturelle. Il faudra un jour dépasser cette contradiction :

ou accepter une certaine logique communautaire, en s’appuyant sur les forces vives de «l’empowerment», c’est à dire la capacité des populations à faire surgir en leur sein de nouvelles élites urbaines, comme aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud ;

ou appliquer l’égalité réelle des droits, ce qui suppose un investissement sans commune mesure avec nos capacités actuelles. Mener les deux de front, c’est possible et cela porte un nom : la société du bien vivre ensemble.

Nouvelle laïcité ou ordre moral ?

Nouvelle laïcité ou ordre moral ?

Par Christine Delphy et Raphaël Liogier, le 21 juillet 2013

«En 1905, la laïcité était simplement la séparation de l’État et des cultes. Aujourd’hui, elle est une frontière entre ce qui relève de l’intime, qui doit être protégé, et ce qui appartient à la sphère publique qui doit être préservée.» Par ces mots, François Hollande trace la «feuille de route» de l’Observatoire de la laïcité, qu’il a constitué le 5 avril en vue de légiférer. Il réalise ainsi le renversement du principe de laïcité, employant alors une notion ambiguë, ignorée des textes légaux tant français qu’internationaux : l’«intimité».

En cela, il se contente de suivre un esprit du temps qui prétend que les convictions religieuses ne peuvent s’exprimer librement que dans le «privé», et même dans l’ultra-privé de «l’intime». Le religieux devrait donc être confiné dans l’espace de l’intime, espace de la dissimulation, qui s’opposerait à l’ensemble des «espaces publics» : entreprises, associations, magasins, rues…

En jouant sur les deux sens du terme «public» (service de l’État ou espace de tous), on a pu, ces dernières années, prétendre exiger des simples citoyens une neutralité qui n’est due que par les agents de l’État, ce qui constituait en soi la spécificité de la laïcité française. Si les opinions ne peuvent pas s’exprimer à plusieurs et en public, faudra-t-il en venir à fermer les salles de réunion, les lieux de culte, interdire les réunions dans les cafés, les meetings !

C’est à ces libertés fondamentales que les gouvernements, de Chirac à Hollande en passant par Sarkozy, se sont attaqués et s’attaquent, avec en ligne de mire une cible : les musulmans, et surtout les musulmanes, dont il faudrait contrôler l’apparence – dans les services publics, dans les entreprises privées et bientôt même chez elles. Que de telles absurdités philosophiques et juridiques passent inaperçues ne peut pas s’expliquer autrement que par une crise sociétale majeure sur laquelle les gouvernants préfèrent s’appuyer plutôt que tenter d’en comprendre les ressorts.

On invoque alors la nécessité de «clarifier la laïcité», comme si les textes étaient «difficiles à interpréter». Après l’affaire Baby-Loup, il y aurait un «vide juridique». Pourtant, l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme est limpide  : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion  ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.»

Permettre la liberté de conscience et d’expression seulement en privé revient à l’abolir. C’est en public qu’elle a besoin d’être protégée, car, dans «l’intimité», seul face à vous-même, qui peut vous empêcher d’exprimer vos croyances ? Nous assistons à une dérive autoritaire, à une sorte de totalitarisme en pente douce.

Les politiques surfent ainsi sur cette «majorité» de Français heurtés par les difficultés économiques, qui paraissent rendre les musulmans responsables de la perte de leur identité «nationale» (voire raciale). Mais quelles seront les conséquences d’un nouveau tour de vis contre des populations discriminées au quotidien, depuis 2004, par des lois liberticides ? Personne ne veut tenir compte de leur exaspération croissante, comme s’il s’agissait de simples dommages collatéraux. 

On prétend viser la cohésion sociale, alors qu’on la fragilise. Plus rien ne semble pouvoir arrêter cette dérive démagogique des pouvoirs publics sous-tendue par une atmosphère de crise économique et identitaire. Au moment même où l’appareil d’État semble chercher à imposer un ordre moral sous couvert de nouvelle laïcité, les entreprises, elles, répondent aux demandes religieuses ou non dans l’esprit de 1905. Quelle ironie que ce soit d’elles que vienne cette leçon de respect des principes républicains !

* Christine Delphy est directrice de recherches en sociologie, CNRS. Raphaël Liogier est professeur à Sciences-Po Aix-en-Provence. Dernier ouvrage paru de Raphaël Liogier : Le Mythe de l’islamisation (Seuil, 2012) ; à paraître début septembre 2013 : Le populisme qui vient, aux Éditions Textuel.

04 juillet 2013

Un «Livre blanc» sur l’état de l’islamophobie en Belgique francophone

Un «Livre blanc» sur l’état de l’islamophobie en Belgique francophone

Compte-rendu la conférence de presse annonçant la publication du premier «Livre blanc» sur l’état de l’islamophobie en Belgique francophone, organisée le 21 mars 2013 à l’Auberge de jeunesse Jacques Brel. Parmi les intervenants : Mohamed Ramoussi, Khalid Thami, Fouad Benyakhlef, Mustapha Chaïri, Yamina Bounir et Hajib El Hajjaji…

25 juin 2013

Répression politique : Who’s next ?

Répression politique : Who’s next ?

Compte-rendu de la conférence-débat organisée le 20 juin dernier par les associations Quart d’X et Les Indigènes de Belgique au Vaartkapoen à Molenbeek. Les intervenants : Barbara Van Dyck (exclue de la KUL), Souhail Chichah (exclu de l’ULB), Jean Flinker (membre du CLEA, représentant Bahar Kimyongür, un militant belge d’origine turque accusé de terrorisme par le régime AKP). Modération : Nathalie Mathieu

24 juin 2013

Une vision pernicieuse du monde social et de ses divisions

Une vision pernicieuse du monde social et de ses divisions

Qu’est-ce qui se cache derrière l’utilisation de l’expression «bobos» ?

Par Sylvie Tissot (sociologue à l’université paris-VIII), le 21 juin 2013

Rien n’est mieux partagé que le discours anti-bobo. L’ironie ou l’agressivité peuvent varier, mais chacun a un jour, d’un air entendu, utilisé ce mot pour parler d’un quartier, d’un restaurant, d’idées politiques, de modes vestimentaires ou de pratiques alimentaires. Nul besoin d’expliquer le terme, les bobos, c’est les autres ; et, pour certains, le nouveau repoussoir, l’incarnation d’un progressisme hypocrite, d’une branchitude désinvolte et indifférente aux vrais problèmes.

Du point de vue des sciences sociales, le mot «bobo» peut sembler utile pour décrire la manière dont se sont transformés les quartiers populaires des grandes villes. Le bobo serait ce nouvel habitant relativement doté, au moins en bagage scolaire, en quête d’architecture ancienne ou d’un loft à rénover pour y bricoler un mode de vie bohème tout en veillant à augmenter la valeur de son bien. Le bobo serait responsable de ce que les chercheur-e-s nomment maintenant la gentrification, c’est-à-dire la requalification de quartiers anciens dont les prix de l’immobilier explosent à la suite de l’arrivée des classes moyennes.

Le phénomène de la gentrification, mais bien au-delà l’absence d’un réel contrôle du marché de l’immobilier, est assurément préoccupant. Les difficultés d’accès au logement et la colonisation des espaces populaires sont une manifestation criante des inégalités renforcées par la crise économique et les politiques d’austérité. Quand les classes supérieures savent protéger leur entre-soi dans des communes et des quartiers de plus en plus bourgeois, les classes moyennes les moins dotées, notamment en patrimoine hérité, peinent à trouver un logement dans les grandes agglomérations. Et face à un parc social saturé, des zones insalubres se reconstituent aujourd’hui dans les interstices des villes, où se retrouvent ceux qui ont encore moins de ressources.

Le mot bobo pourtant ne nous aidera ni à comprendre ces transformations ni à les stopper – et la plupart des chercheur-e-s rechignent d’ailleurs à l’utiliser. Derrière cette catégorie se cachent des profils sociaux très contrastés, qui, dans tous les cas, n’ont rien à voir avec la bourgeoisie non bohème qui sait défendre ses privilèges sans avoir à se mêler aux pauvres. Cela n’exonère en rien les nouveaux habitants des quartiers populaires de la responsabilité de s’interroger sur leurs goûts, leurs pratiques, leurs manières d’investir l’espace public, les écoles ou encore le milieu associatif. Car leur bonne volonté et leur goût affiché d’une certaine mixité sociale ne réduisent pas magiquement les inégalités ni la violence symbolique que peuvent éprouver les habitants déjà là.

Il reste que, comme le mot lui-même, la construction du «bobo» comme nouvel ennemi est problématique. Non pas parce que ces populations seraient injustement stigmatisées – s’il est un groupe rituellement montré du doigt (pour son mode de vie, ses goûts culturels ou encore son vote), ce sont encore avant tout les classes populaires, en particulier «musulmanes» et/ou «issues de l’immigration». Le premier problème réside dans le fait que cette rhétorique s’est développée au sein d’une classe politique qui, au niveau gouvernemental comme dans les municipalités, dans celles de droite comme celles de gauche, est très massivement issue des classes supérieures et accueille souvent à bras ouverts ces populations plus riches.

Si le discours anti-bobo est dangereux, c’est aussi que ce discours a pris place dans une vision particulièrement pernicieuse du monde social et de ses divisions. Arrivé au début des années 2000 en France à la suite de la traduction du livre du journaliste états-unien David Brooks, le mot a été repris par l’ensemble des médias, puis de la classe politique. Lors de la campagne de 2012, il était même brandi par Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, qui fustigeaient les «bobos» pour mieux se réclamer des classes populaires. Car c’est là que réside l’effet magique du mot : quel que soit son flou (d’ailleurs soigneusement entretenu), il permet de convoquer des classes populaires aussi «authentiques» que les bobos seraient faux, et d’afficher, à peu de frais, une solidarité sans faille avec celles-ci.

Il permet aussi, en creux, d’en dessiner des contours bien particuliers. Autant les «bobos» seraient attachés à la défense des sans-papiers par exemple, autant les classes populaires y seraient hostiles. Face aux premiers, portés vers la culture et la tolérance sociale, émerge de cette nouvelle doxa un peuple soudainement élagué de ses composantes qui, pourtant, subissent de plein fouet la violence sociale et économique : les immigrés occupant les postes les moins payés, ou encore les femmes, aux avant-postes de la précarité, mais aussi les gays et les lesbiennes – qui ne sont pas tous des créateurs habitant le Marais.

Il convient de réfléchir aux effets idéologiques de dix ans de captation d’un terme utilisé au départ par des journalistes en quête de sujets légers pour les rubriques «société». La dénonciation du bobo est aujourd’hui une manière facile et faussement audacieuse de stigmatiser l’antiracisme et le combat contre toutes formes de discrimination. Des causes auxquelles le peuple, le «vrai», serait profondément allergique.

Les divisions sociales qui structurent notre société ne se réduisent pourtant pas à l’opposition simpliste entre des «bobos» privilégiés et des classes populaires reformatées en hommes blancs hétérosexuels, «naturellement» racistes, sexistes et homophobes, habitant le pavillonnaire. Passé à droite, le discours anti-bobo aura peut-être cette vertu de contraindre la gauche à repenser, au-delà de tout raccourci, sa vision des classes populaires, et plus largement des classes sociales.

19 juin 2013

L’islamophobie d’état génère l’exclusion et la violence physique

L’islamophobie d’état génère l’exclusion et la violence physique 

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Raphaël Liogier : «Les agressions islamophobes sont justifiées comme de la self-défense»

«Les agressions islamophobes sont justifiées comme de la self-défense»

Raphaël Liogier

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Par Fouad Bahri, le 18 juin 2013

L’islamophobie est-elle en train d’exploser en France ? Après une semaine marquée par la multiplication des agressions physiques contre des femmes voilées et la tentative, avortée, d’organiser une manifestation anti-islam par le mouvement Résistance républicaine, Zaman France vous propose un entretien exclusif avec le sociologue du fait religieux Raphaël Liogier, auteur du livre Le mythe de l’islamisation, pour tenter comprendre les ressorts profonds de ce phénomène inquiétant.

Comment analysez-vous l’intensification des actes islamophobes et le passage à l’acte ?

Si nous étions dans une situation de phobie, cela n’entraînerait pas de passage à l’acte mais des formes de rejets. Cliniquement, on est plus dans la phobie mais dans ce que j’appelle un théâtre paranoïaque. Dans la phobie, vous pouvez être dans la condescendance, le rejet ou la peur. Dans le théâtre paranoïaque, vous supposez que l’autre vous en veut à vous en particulier.  Il y a la projection de l’intentionnalité. Cela n’était pas le cas avant 2003 ou 2004. Il n’y avait pas de blessure narcissique. On n’avait pas l’idée que les musulmans sont là parce qu’ils ont un plan et qu’ils veulent acculturer ou provoquer une colonisation inverse. Les agressions physiques contre les femmes voilées sont justifiées par leurs auteurs non pas comme de la phobie mais comme de la self-défense contre une agression intrinsèque des musulmans.

Pourquoi cette tendance ne se manifeste que maintenant ?

L’année charnière est 2003. C’est l’attaque américaine en Irak qui se fait sans l’aval des Européens. A partir des années 2000, on est plus seulement dans une crise économique mais aussi symbolique. C’est la blessure narcissique de l’Europe qui a perdu sa prééminence économique, militaire et culturelle. Partout sur le Vieux Continent, on a à ce moment là des débats sur l’identité nationale et l’origine chrétienne de l’Europe. 2003, c’est aussi l’année de création de Riposte laïque.

Y-a-t-il une spécificité française à ce phénomène ?

Il y avait une spécificité française au début, avec la fameuse exception française. L’Europe s’est pensée pendant un siècle au centre du monde, et la France était au centre du centre du monde. En 2003, un rapport à été remis à François Baroin à la demande de Jean-Pierre Raffarin, qui parlait de nouvelle laïcité qu’il faut mettre en place parce que la laïcité à un moment donné peut entrer en contradiction avec les droits de l’homme et qu’il faut alors choisir la laïcité, ce qui est absurde car historiquement elle est le produit des droits de l’homme. Autrement dit, on avait le droit de faire des lois qui étaient contradictoires avec ces droits de l’homme parce que le bateau coule. C’est la laïcité en situation d’urgence qui conçoit l’islam comme une menace au mode de vie européen. On est plus dans la stricte laïcité mais dans une laïcité d’exception. On se croit en situation de guerre et on met en place des tribunaux d’exception. Tout se concentre dans le mot islamisation. Toute manifestation de l’islam est considérée comme plus que ce qu’elle n’est. Il y a un aspect procès d’intention. Cela se voit très bien dans le phénomène Tariq Ramadan.

Ce théâtre paranoïaque est-il un phénomène naturel ou relève-t-il de la construction ?

Je ne crois pas à la théorie du complot ni du côté des musulmans, ni de celui des institutions. C’est plus grave encore. Il y a une telle frustration et une telle angoisse du côté de la population française. Le sentiment de déclin irréversible, la mondialisation et le capitalisme sont vus comme l’horreur absolue, le comble étant la visibilité de l’islam et des musulmans perçus comme voulant imposer leur religion. Il faut vraiment ne pas avoir confiance en son identité pour penser que 6 ou 7 % de la population vous menace culturellement. Ce qui relie ces choses n’est pas un lien logique mais psychologique. Comme on ne peut pas en vouloir à la mondialisation, il faut personnaliser avec tout ce qui a l’air hétérogène comme l’islam. 

Dans votre livre Le mythe de l’islamisation, vous décrivez plus précisément ce que vous entendez par théâtre paranoïaque…

Le théâtre paranoïaque, c’est ce qui permet de passer à l’acte. Le mythe de l’islamisation, c’est l’Europe qui met en scène son propre déclin sur le dos de l’islam. Comme dans tout théâtre, il y a quatre acteurs. Le héros qui prétend défendre la civilisation, l’Europe, l’Occident, qui parfois passe à l’acte comme Anders Breivik. Le peuple trompé qui se représente comme étant trahi, qui est majoritaire mais qui se pense presque comme minoritaire culturellement, qui pense avoir perdu. Dans la phobie, vous comprenez que l’autre est plus faible, avec des opinions comme : «ils sont inférieurs, ils sont sauvages, ils sont moins biens» alors que dans le théâtre paranoïaque, vous considérez que les faibles sont forts. Si les musulmans prient dans la rue, ce n’est pas parce qu’il y a moins de mosquées proportionnellement que les temples protestants. Non. S’ils prient dans la rue c’est parce qu’ils veulent occuper la rue, vont-ils dire. Il y a enfin le traître multiculturaliste qui dénonce ce qui se passe et il y a le djihadiste potentiel. Dans ce schéma, tout musulman est un djihadiste potentiel. On le voit dans l’expression «musulman modéré» comme si l’islam était en soi négatif. Et cela peut aussi créer du passage à l’acte chez le musulman qui peut prendre cela au sérieux et là ça donne Mohamed Merah. Merah n’est pas devenu djihadiste parce qu’il était musulman, il est devenu musulman pour être djihadiste !

Le fantasme démographique nourrit aussi cette crainte islamophobe…

Oui alors que c’est une fausse idée. Il n’y pas contrairement à ce qu’on croit une hausse de la natalité chez les musulmans. Ce n’est pas une communauté qui augmente démographiquement. C’est une population fragile économiquement, qui n’a pas accès aux relais d’opinion, et qui comme toutes les populations fragiles, peut à un moment ou à un autre réagir de façon agressive. Faire des lois ne sert donc à rien car on croit se protéger d’une menace quand on se protège contre son angoisse.

Est-il encore possible de sortir de ce cercle vicieux de violence et de radicalisation ?  

Oui. Il faudrait plus de responsabilités des hommes politiques. Il faudrait revenir aussi à plus de rationalité et moins d’émotivité.  Ces agressions islamophobes arrivent ainsi juste au moment où on est en train de discuter au Parlement de laïcité, au moment où Hollande dit que la laïcité ne s’arrêtera pas au privé. Les Français se sentent légitimes à passer à l’acte parce qu’ils entendent cela à la télévision, parce que les politiques en parlent comme de problèmes alors que ce sont de faux problèmes. Par exemple, les membres de l’Observatoire de la laïcité créé par le gouvernement pensent pour la plupart qu’il y a un problème avec l’islam. Des gens comme Jean Baubérot n’y sont pas. On est allés sélectionner les gens en fonction de ce qu’on veut entendre. Les politiques doivent plutôt mettre en place les conditions d’un vrai débat.

Certaines réactions qu’on observe chez les musulmans comme une certaine inflation de débats et de conférences sur l’islamophobie, et parfois une tendance à la victimisation, ne renforcent-elle pas une polarisation oppositionnelle qui entretient la tension là où il faudrait la désamorcer ?

Paradoxalement, oui, mais pas dans le sens où on le pense. Ce qui a pu laisser le champ libre au développement d’une forme de paranoïa anti-musulmane, c’est moins la visibilité de l’islam qui est assez banale. La condamnation du halal au Quick ou la présence de femmes voilées aux sorties scolaire est, en ce sens, ridicule. C’est plutôt l’attentisme de certains musulmans ou dirigeants d’associations. Leur attitude, c’était : «ça va passer, il faut attendre, il faut rien faire, etc..». C’est l’attitude Tareq Oubrou, qui a été très influent sur ce point-là. Malgré cette attitude conciliante, vous allez pourtant avoir une vindicte des islamophobes contre Tareq Oubrou qui l’accuse d’être en lien avec les islamistes.

Quelle réponse les musulmans devraient-ils apporter selon vous ?

Quand on est visée en tant que minorité, c’est plus rassurant dans un pays avec une culture de la mobilisation, de manifester dans la rue et de dénoncer pacifiquement. Ce que ne font pas les musulmans en réalité qui ne sont pas capables de s’organiser pour dire stop ! Il y a aussi le risque de prêter le flanc aux accusations qui leur sont faites en amalgamant trop souvent des sujets de politique internationale avec l’islamophobie telle qu’elle existe dans ce pays. Mais n’oublions pas que les musulmans ne font que répondre à une agression, même si la réponse n’est pas toujours adéquate. Il ne faut pas retourner le sens de l’agression.

Une manifestation de Résistance républicaine, un rejeton de Riposte laïque qui milite contre l’islam, a été interdite à Paris. Comment jugez-vous l’évolution de ces mouvements identitaires anti-musulmans ?

Ces mouvements ne sont plus ni à droite, ni à gauche. Ils jouent sur la fragilité identitaire de l’Europe. Bloc identitaire, au départ c’est à droite. Riposte laïque, c’est fondée par quelqu’un qui viens de Res publica, donc à gauche. C’est à partir du mythe de l’islamisation qu’il peut y avoir une convergence entre eux. A droite, c’est la menace contre la culture catho et ses figures comme Clovis ou Jeanne d’Arc qui est visée. A gauche, le discours est sur la liberté d’expression, l’égalité hommes femmes. Le FN a repris cette construction dans son nouveau programme et discours.  Ces mouvements identitaires constituent le nouveau noyau au cœur de la vie politique française et leurs idées se retrouvent aussi bien au FN, qu’à l’UMP et au PS.  

18 juin 2013

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

Enzo Traverso

Compte-rendu de la conférence-débat organisée à l’UPJB ce 14 juin. Enzo Traverso, enseignant à Cornell University (USA), nous présente son dernier livre et nous explique l’évolution de la pensée juive contemporaine :

«Après la deuxième guerre mondiale, s’amorce un processus de déclin de l’antisémitisme. Avant la deuxième guerre mondiale, il fallait être antisémite pour faire une carrière politique ou académique, aujourd’hui, l’antisémitisme n’a plus droit de citer. Un politicien antisémite est quelqu’un qui s’expose à des risques, ce n’est pas comme ça qu’il peut bâtir sa carrière.

Parallèlement à ce déclin de l’antisémitisme, qui ne fait plus des juifs par excellence la figure de l’altérité négative au sein du monde occidentale mais progressivement après la seconde guerre mondiale, on a assisté au renversement de cette perspective. La mémoire de la Shoah est devenue aujourd’hui une pratique institutionnalisée. La mémoire de la Shoah est désormais portée non plus par les juifs, une communauté meurtrie par un génocide, elle est devenue une des formes d’expression des politiques de la mémoire des États, des gouvernements. Je la définis comme une religion civile.

On a besoin de se souvenir d’un génocide pour éviter qu’il ne se répète mais aussi pour combattre les formes d’exclusion, de xénophobie et d’oppression qui peuvent exister dans le présent. Or, la mémoire de la Shoah remplit de moins en moins cette fonction-là, me semble-t-il. Elle est une mémoire qui vise à ériger un culte sacré, à créer une sorte de mystique autour d’un évènement séparé de la société. Pour ne pas parler des instrumentalisations de cette mémoire, qui sont, à mes yeux, particulièrement scandaleuses et de plus en plus courantes.

A côté de ce déclin de l’antisémitisme, je pense que l’on assiste en Europe, dans le monde occidentale en général, à l’émergence d’une nouvelle forme de racisme et d’exclusion qui vise, comme cible privilégiée, les musulmans, l’islam. Et l’islam, d’une certaine façon, aujourd’hui, tendanciellement, joue ce rôle métaphorique comme l’a été la judaïté dans le passé. L’Europe s’est débarrassée de ce démon qui l’a hanté si longtemps et c’est une très bonne chose, personne ne pourra se plaindre du fait que quand il y a un acte antisémite, cela suscite la réprobation générale, c’est très bien. Malheureusement, il y a d’autres actes de racisme qui ne suscitent pas la même réprobation et qui sont mêmes encouragés par les politiques xénophobes. J’ai l’impression que cette incarnation métaphorique d’une altérité négative, aujourd’hui, est incarnée par les musulmans. C’est pour cela que je parle d’islamophobie, comme il y a une homophobie ou une judéophobie, qui remplit cette fonction. Et parfois, il y a même des affinités qui sont frappantes : le portrait de l’islamiste qui organise des complots ou des attentats rappelle de près la caricature antisémite du bolchévique qu’on trouve dans la presse européenne des années 20.» (Enzo Traverso, le 14 juin 2013)

Zoubida Jellab : Avis du Conseil d'État

Zoubida Jellab

Conseillère communale Ecolo

Bruxelles-Ville le 16 juin

Suite à son interpellation au Conseil communal du 10 juin dernier, relative au récent avis prononcé par le Conseil d’État sur la légalité du port de signe d’appartenance religieuse par les enseignants des religions et philosophie reconnues.

Zoubida Jellab dénonce : «La Ville de Bruxelles ne respecte pas la loi… J’estime que la Ville de Bruxelles qui est une autorité publique se doit de respecter la loi et de garantir également les droits fondamentaux des individus… Quand on est un citoyen engagé et responsable, il faut continuer à suivre ce que nos élus font et, bien sûr, il faut dénoncer le fait que l’autorité publique ne respecte pas la loi… Je trouve aussi que le Centre devrait changer de nom parce que Centre pour l’Égalité des Chances, il faut juste savoir : est-ce qu’on veut plus d’égalité ou est-ce qu’on veut plus de chance, sachant que la chance relève de la superstition ? Moi, je trouve dommage que des associations qui sont reconnues et financées ne soutiennent pas les citoyens qui viennent avec leurs plaintes…» 

14 juin 2013

Interdire les signes religieux au travail, c'est faire un pas vers l'islamophobie d'État

 Interdire les signes religieux au travail, c'est faire un pas vers l'islamophobie d'État

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Par Louiza Belhamici et Sonia Dayan-Herzbrun, le 14 juin 2013

Depuis l'histoire de la crèche Baby Loup, une partie de la classe politique réfléchit à un moyen d'étendre la loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école à d'autres espaces publics. Pour les militantes féministes Louiza Belhamici, professeure de Lettres et Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, c'est une ineptie.

Depuis deux mois nos élus s'affolent à nouveau devant le danger que présenteraient à leurs yeux, jupes, foulards ou bandeaux trop longs, trop larges, trop voyants...

Un esprit contraire à la loi de 1905

Après l'arrêt en date du 19 mars 2013 rendu par la Cour de Cassation à propos de l'affaire de la crèche Baby Loup, François Hollande a déclaré prévoir une refonte législative en vue du vote d'une loi étendant le champ de l'interdiction des signes religieux dans certains lieux de travail "dès lors qu'il y a contact avec les enfants", notamment "les crèches associatives avec financements publics". C'est dans cette perspective qu'il a inauguré, peu de temps après, l'Observatoire de la laïcité dont la première mission est de réfléchir à une loi sur le port de signes religieux en entreprise.

La droite parlementaire s'est immédiatement engouffrée dans cette brèche en rédigeant une proposition de loi "visant à réglementer le port de signes et les pratiques manifestant une appartenance religieuse". Par une surenchère sur ce qu'elle considère à tort comme une atteinte au pacte républicain, elle cherche à griller la politesse à la gauche sur le dos de femmes qui n'en demandent pas tant.

Une telle loi, qui cèderait aux pires tentations populistes, serait contraire à l'esprit comme à la lettre de la loi de 1905 que les prétendus défenseurs de la laïcité ne cessent de bafouer. Elle constituerait une restriction des libertés religieuses que cette loi garantit. Elle ouvre de fait la voie à l'interdiction du port du foulard musulman dans tous les établissements privés gérant un service public et peut-être même, comme on l’entend déjà évoquer, dans les universités.

On veut légaliser l'exclusion et la discrimination

On veut donc faire adopter une loi qui vise d'abord les femmes et devrait aboutir à exclure les plus vulnérables d'entre elles du monde du travail et de l'éducation, comme si elles étaient en trop dans cette société. C'est ainsi que la petite Sirine, âgée de 15 ans a été exclue de son collège, parce qu'elle refusait de raccourcir sa jupe et de retirer son bandeau large de 6 cm. L'arbitraire de cette décision est flagrant, tout comme l'était le licenciement de l'employée de la crèche Baby Loup, puisque Sirine a été réinscrite dans un autre collège avec sa jupe et son bandeau, et que la Cour de Cassation a annulé le licenciement de l'employée.

Certes les lois en préparation mettraient fin à l'arbitraire, mais elles le remplaceraient par une véritable islamophobie d’État qui légaliserait l'exclusion, les pratiques discriminatoires et qui annoncerait la fin de la liberté des cultes garantie par la loi de 1905. Car, contrairement à ce que déclarent tous ceux qui réclament le vote d’une telle loi, l’espace public n’est pas neutre. Il est le lieu de déploiement de la diversité, des appartenances, des cultures, des coutumes, des convictions, des histoires individuelles et collectives. En cherchant à le neutraliser on nie cette diversité, et on vise à imposer à tous une culture uniformisée et totalisante.

Si elle était votée, la loi annoncée par François Hollande aboutirait à abolir la liberté de conscience et d'expression garantie par nos lois et les conventions internationales, à masquer la diversité et à renoncer à un véritable vivre-ensemble, qui implique de vivre et d’agir avec nos différences, et non en les occultant. Elle aurait pour conséquence un nouvel enfermement des femmes musulmanes que l’on confinerait dans leurs cuisines et dans leurs ghettos, et leur exclusion de l’espace public et du monde du travail, alors même qu’elles aspirent à s’investir pleinement dans la vie collective.

Le corps des femmes leur appartient

C'est la raison pour laquelle un groupe de 120 femmes de toutes appartenances et convictions, dont nous faisons partie, a lancé il y a quelques semaines un appel, dans lequel elles refusent l'imposition d'un code vestimentaire quel qu'il soit, qu'il s'agisse d'interdire le port du voile ou de le rendre obligatoire.

Nous sommes désormais près de 2000. L’imposition d’un code vestimentaire est une forme de violence et nous la dénonçons comme telle. Le corps des femmes leur appartient, tout comme leur appartient le choix de leurs vêtements.

Nous nous opposons à des lois que nous jugeons à la fois sexistes, parce qu’elles ne concernent que les femmes, et racistes, parce que ce sont les femmes musulmanes qui sont discriminées et menacées d’exclusion sociale. Nous revendiquons aussi l'accès au travail pour toutes les femmes, et appelons l’opinion publique à se mobiliser contre leur adoption. Les femmes de France doivent TOUTES bénéficier de droits égaux.

Communiqué du Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !

Communiqué du Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !

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Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s, le 13 juin 2013

Suite à l’annonce de Madame l’échevine Faouzia Hariche, sur l’avis du Conseil d’Etat de ce 17 Avril autorisant le port du foulard pour les professeurs de religion, règlement applicable aux communes de la Région bruxelloise, celle-ci refusant ainsi de l’appliquer dans – sa circonscription - les limites de la Ville de Bruxelles : «Contrairement au cas de Grâce-Hollogne, nous appliquons les dispositions légales du décret neutralité de 1994 - qui insiste sur le fait de s’abstenir de toutes formes de prosélytisme - et le règlement de travail de la Ville - qui interdit le port de signes philosophiques sur le lieu de travail», rétorquait Faouzia Hariche (PS), échevine de l’Enseignement de la Ville de Bruxelles.

Le Mouvement MEET ! constate l’urgence de condamner fermement cette décision de Madame l’échevine et lui rappelle par la même occasion que ledit décret du 31 mars 1994 est tout d’abord totalement désuet et contraire au décret qui l’a suivi (et donc qui l’abroge) le 17 décembre 2003 qui impose certes aux enseignants «d’adopter une attitude réservée, traiter les options religieuses en des termes qui ne peuvent froisser, s’abstenir de tout propos partisan dans les problèmes idéologiques et refuser de témoigner en faveur d’un système philosophique ou politique quel qu’il soit» mais toutefois qui mentionne que «rien n’interdit aux professeurs de religions reconnues de porter tout signe d’appartenance, y compris vestimentaire».

D’ailleurs, Xavier Delgrange, membre du Conseil d’Etat, dit à propos de cet avis : «l’enseignement de la religion échappe pratiquement totalement au contrôle des autorités publiques […] Les titulaires de cours de religions reconnues ne sont pas astreints au devoir deneutralité et même, le prosélytisme de leur part n’est pas critiquable».

Nous voyons, dans ce cas-ci, qu’alors même que la plus haute instance juridique donne un avis favorable, l’échevine se prononce et refuse de l’appliquer. En quoi un élu politique se donne-t-il le pouvoir de refuser d’appliquer un arrêt promulgué par une instance juridique dans une démocratie où la loi est première ?

En ce qui concerne l’emploi, beaucoup ne trouvent pas un emploi à la hauteur de leurs compétences, et se voient accepter un travail très souvent précaire, ou ne trouvant un travail que des années après, voire même aucun travail. On ne cesse de parler de diversité, de multiculturalité, et bien cela fait partie de la liberté de conscience de tout un chacun, de la diversité tant mise en avant par tous. Finalement, quelles sont les priorités de Bruxelles ? Investir dans l’enseignement ? Former les jeunes ? Dans ce cas-ci, y’a-t-il toujoursune place pour des jeunes femmes ? Eviter de leur mettre des obstacles ? Que le taux de chômage ne grimpe ou alors se préoccuper de savoir qui porte un foulard, qui porte une longue jupe ou un pantalon large ?

Alors même que la Belgique traverse une crise sans précédents, où le décrochage scolaire est au plus haut, où le taux de chômage des jeunes et moins jeunes explose, alors même que la femme est d’après de nombreuses statistiques, toujours bien plus discriminée que l’homme, l’interdiction du port du foulard ne cesse de faire du tort aux femmes le portant. Celles-ci ne peuvent s’inscrire dans les écoles qu’elles désirent et faire un choix correct de leurs études étant donné que l’accès à la plupart des écoles supérieures ne leur est pas permis. Les filles étant en secondaire se voient dans l’obligation de le retirer pour continuer leur scolarité. Alors même que la grande majorité sont contraintes illégalement de l’enlever, beaucoup font l’objet au sein de leur école de discriminations quant à leur tenue vestimentaire, alors jusqu’où comptons-nous les priver de leur liberté ?

Nous sommes conscients que ces dérives de la part d’élus politiques ne sont pas des plus rares, c’est la raison pour laquelle la lutte ne s’arrêtera pas aux vêtements des professeurs de religion, mais également à la tenue des élèves qui sont considérés comme égaux juridiquement aux professeurs d’après l’article 24 de la Constitution belge organisant les principes de la neutralité applicables à tous.

Nous, membres du Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !, appelons à une coordination pour contester cette décision de Madame l’échevine Faouzia Hariche, ainsi qu’à une mobilisation large qui se fera très prochainement.

Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !

m.e.e.t.belgium@gmail.com

12 juin 2013

Football : le Canada suspend le Québec pour avoir interdit le turban

Football : le Canada suspend le Québec pour avoir interdit le turban

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AFP, le 11 juin 2013

L'Association canadienne de football a suspendu la fédération québécoise pour avoir interdit le port du turban par les joueurs, une décision qui suscitait mardi 11 juin des réactions contrastées dans tout le Canada. Le Québec est l'unique province canadienne à interdire le turban, porté notamment par les sikhs.

L'Association canadienne a annoncé lundi soir qu'elle avait décidé "de suspendre la Fédération de soccer du Québec immédiatement en raison de son refus d'appliquer la directive d'autoriser le port de turbans/patkas/keskis par les joueurs de football". Le président de l'Association canadienne, Victor Montagliani, précise avoir demandé aux Québécois, le 6 juin dernier, de revenir sur cette décision prise l'an dernier et reconduite récemment. Mais il s'est heurté à un refus, la fédération québécoise en faisant une question de sécurité au jeu et invoquant un règlement de la FIFA.

L'Association canadienne explique vouloir "assurer que le football demeure accessible au plus grand nombre de Canadiens" et indique que la suspension sera levée lorsque la Fédération du Québec abolira l'interdiction et appliquera sa politique en la matière. La décision du Québec empêcherait une centaine d'enfants de jouer dans des ligues de football de la province, selon des chiffres avancés par la communauté sikhe. Le ministre canadien de l'immigration, Jason Kenney, a qualifié de "ridicule" l'interdiction du turban au Québec, dans un message sur son compte Twitter.

Le chef du Parti libéral (opposition) du Canada, Justin Trudeau, a estimé lui aussi sur Twitter que l'Association canadienne avait "pris la bonne décision" et invité la fédération québécoise "à revoir sa décision". En revanche, la première ministre du Québec, Pauline Marois, dont le gouvernement espère faire adopter une "charte des valeurs québécoises" basée sur la laïcité et l'égalité entre les hommes et les femmes, a qualifié d'"inacceptable" la suspension de la fédération québécoise et ajouté que cette dernière avait le droit d'établir "ses propres règlements".

Le président de l'Impact de Montréal, l'équipe locale de la Major League Soccer (MLS, championnat nord-américain), Joey Saputo, est intervenu dans le débat. "Personnellement, je pense qu'on ne devrait pas empêcher un enfant de jouer au football au niveau mineur parce qu'il porte un turban", a-t-il dit. "Toutefois, je comprends la décision de la Fédération du Québec qui a été prise selon un règlement de la FIFA" qui, selon lui, laisse "place à interprétation". Dans ce contexte, la décision de l'Association canadienne est "nettement exagérée", a-t-indiqué en appelant "toutes les instances en cause" à "trouver un terrain d'entente pour le bien du sport".

11 juin 2013

La laïcité Parole de musulmane

La laïcité

Parole de musulmane

Une arme secrète contre l’Islamophobie…

Une arme secrète contre l’Islamophobie…

Oumzaza, le 11 juin 2013

Têtes de porc, sang de porc, tags haineux et racistes, voici un échantillon de ce que doivent supporter les fidèles des mosquées de France en 2013. Il existe aussi des communes comme Nice et Montrouge hier, ou Epinay sur Seine aujourd’hui, qui peinent à avoir un lieu de culte décent, ou qui en avait un mais se le voit confisqué de manière arbitraire, c’est à dire sans véritable raison. Découvrez la dernière vidéo d’Islamotion TV, donnant la parole aux fidèles de la mosquée d’Épinay-sur-Seine, victime d’une décision injuste :

Au-delà des mosquées

Les mosquées, les tombes de nombreux défunts musulmans, quelques commerces… sont les dommages matériels à déplorer aujourd’hui. Mais pas que. Plus triste encore, les êtres humains humiliés, insultés, agressés. Ces hommes peinant à trouver du travail, ces femmes dont on nie l’intelligence parce que leur cerveau se trouve dans leur tête, celle qu’elles cachent sous ce foulard tabou pour une société laïcarde et complexée par sa propre identité religieuse. Ces mêmes femmes qui représentent aujourd’hui en France plus de 90% des victimes d’islamophobie. Agressées verbalement ou physiquement, ces victimes sont trop nombreuses pour excuser le silence des télévisions et des radios. Seuls les médias alternatifs relatent les faits.

Marwan Muhammad, porte parole du Collectif Contre l’Islamophobie de France a écrit récemment une très jolie lettre pour les femmes musulmanes : lettre à ma sœur. Une lettre empreinte de douleur, de tristesse, mais également de courage et d’optimisme. Les musulmans de France sont, et seront si Dieu le veut. Nous aspirons tous à une vie meilleure, une cohabitation dans la Paix et le respect mutuel. Ce fossé creusé par les politiques et les médias a réussit à nous faire croire qu’il existait des communautés qui ne pouvaient s’intégrer à la société française. Alors que la société elle-même prouve le contraire.

Action, réaction !

Nous sommes contraints aujourd’hui d’agir, et ce afin de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Agir en dénonçant les actes islamophobes auxquels nous sommes témoins ou victimes, et ce pour asseoir nos droits inaliénables, les mêmes que pour n’importe quel citoyen français. Ni plus, ni moins.

Nous apprenions hier sur le site d’Al Kanz que le CCIF lance très prochainement une application mobile, destinée à suivre l’actualité, mais également suivre l’évolution de l’islamophobie en France, avec une carte interactive permettant de localiser les actes islamophobes géographiquement. L’application permettra surtout à tout un chacun la déclaration on line de toutes agressions verbales ou physiques, et d’y joindre une photo. Grâce à de nombreux conseils qui seront disponibles sur l’application, nous aurons en poche une arme secrète : une défense légitime, loyale et légale.

Force est de constater que nous ne pouvons pas compter sur le corps médiatique classique aujourd’hui (à lire : Quand le coupable est musulman…). Preuve en est, l’inconscience collective dans laquelle est plongée tout citoyen lambda (parfois même musulman). Lorsque nous relatons un fait comme ceux cités ci-dessus, nous reconnaissons immédiatement ceux qui achètent le Parisien, le Figaro, et ceux qui sont connectés aux sites tels qu’Ajib.fr, Al Kanz, Katibîn, Question halal… A nous de nous faire entendre à travers ce corps médiatique uni et alternatif ! Avec un bon comportement en prime, nous travaillons aujourd’hui pour nos enfants, et nos petits enfants, pour un vivre ensemble digne et respectueux. La reconnaissance que nous espérons ne sera peut-être pas nôtre, espérons qu’elle appartiendra à nos enfants, et que nos efforts leur profiteront. Qu’ils ne sentiront plus cette pression étouffante, cette impression d’être chez soi sans être réellement chez soi. C’est à nous, ACTION !