27 octobre 2014

Un 24 avril arménien

Un 24 avril arménien

Commémoration, le 24 avril 2014 à Bruxelles, du 99ième anniversaire du génocide dont a été victime le peuple arménien en 1915

18 juin 2013

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

Enzo Traverso

Compte-rendu de la conférence-débat organisée à l’UPJB ce 14 juin. Enzo Traverso, enseignant à Cornell University (USA), nous présente son dernier livre et nous explique l’évolution de la pensée juive contemporaine :

«Après la deuxième guerre mondiale, s’amorce un processus de déclin de l’antisémitisme. Avant la deuxième guerre mondiale, il fallait être antisémite pour faire une carrière politique ou académique, aujourd’hui, l’antisémitisme n’a plus droit de citer. Un politicien antisémite est quelqu’un qui s’expose à des risques, ce n’est pas comme ça qu’il peut bâtir sa carrière.

Parallèlement à ce déclin de l’antisémitisme, qui ne fait plus des juifs par excellence la figure de l’altérité négative au sein du monde occidentale mais progressivement après la seconde guerre mondiale, on a assisté au renversement de cette perspective. La mémoire de la Shoah est devenue aujourd’hui une pratique institutionnalisée. La mémoire de la Shoah est désormais portée non plus par les juifs, une communauté meurtrie par un génocide, elle est devenue une des formes d’expression des politiques de la mémoire des États, des gouvernements. Je la définis comme une religion civile.

On a besoin de se souvenir d’un génocide pour éviter qu’il ne se répète mais aussi pour combattre les formes d’exclusion, de xénophobie et d’oppression qui peuvent exister dans le présent. Or, la mémoire de la Shoah remplit de moins en moins cette fonction-là, me semble-t-il. Elle est une mémoire qui vise à ériger un culte sacré, à créer une sorte de mystique autour d’un évènement séparé de la société. Pour ne pas parler des instrumentalisations de cette mémoire, qui sont, à mes yeux, particulièrement scandaleuses et de plus en plus courantes.

A côté de ce déclin de l’antisémitisme, je pense que l’on assiste en Europe, dans le monde occidentale en général, à l’émergence d’une nouvelle forme de racisme et d’exclusion qui vise, comme cible privilégiée, les musulmans, l’islam. Et l’islam, d’une certaine façon, aujourd’hui, tendanciellement, joue ce rôle métaphorique comme l’a été la judaïté dans le passé. L’Europe s’est débarrassée de ce démon qui l’a hanté si longtemps et c’est une très bonne chose, personne ne pourra se plaindre du fait que quand il y a un acte antisémite, cela suscite la réprobation générale, c’est très bien. Malheureusement, il y a d’autres actes de racisme qui ne suscitent pas la même réprobation et qui sont mêmes encouragés par les politiques xénophobes. J’ai l’impression que cette incarnation métaphorique d’une altérité négative, aujourd’hui, est incarnée par les musulmans. C’est pour cela que je parle d’islamophobie, comme il y a une homophobie ou une judéophobie, qui remplit cette fonction. Et parfois, il y a même des affinités qui sont frappantes : le portrait de l’islamiste qui organise des complots ou des attentats rappelle de près la caricature antisémite du bolchévique qu’on trouve dans la presse européenne des années 20.» (Enzo Traverso, le 14 juin 2013)

13 mars 2013

Antisémitisme: un événement épouvantable et scandaleux au Parlement régional bruxellois

 "Antisémitisme

Un événement épouvantable et scandaleux au Parlement régional bruxellois"

Philosémitisme, le 13 mars 2013

Contexte: Belgique francophone, ne dites plus antisémite dites "inculte" ou "naïf" et PS belge : une caricature négationniste pour illustrer un débat sur le sionisme

Jacques Brotchi est un éminent neurochirurgien belge qui a fondé le service de neurochirurgie de l’hôpital Erasme. Il est membre du Parlement bruxellois et du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MR). Le 8 mars il écrivait sur Facebook:

"Aujourd'hui, j'ai vécu un événement épouvantable et scandaleux au Parlement régional bruxellois. Mon collègue Alain Destexhe interpellait la ministre CDH Céline Fremault [Note: son parti ne semble pas avoir sanctionné le conseiller échevinal Abdullah Mohammad qui a tenu des propos antisémites] au sujet d'une affiche antisémite [du dessinateur français Zéon] publiée par la section socialiste de Molenbeek et annonçant un débat sur le sionisme. La ministre a relativement bien répondu mais le PS, par l'entremise de son chef de groupe Rudy Vervoort, a tout fait pour empêcher Alain Destexhe de parler, relayé par plusieurs députés PS. Ce que j'ai vécu m'a traumatisé et j'ai dû sortir, ne supportant pas les cris et injures du PS vis-à-vis d'Alain Destexhe, qui a eu le courage de dire la vérité. Dans une société démocratique, dans un Etat de droit, ce comportement est inadmissible et intolérable. Vraiment, j'ai été profondément choqué par ce que j'ai vécu cet après-midi au parlement bruxellois."

Réaction du politogue Claude Moniquet: "Malheureusement, je ne suis pas étonné. Entre les injures de certains et cette affaire d'affiche répugnante, il est plus que manifeste que le P.S. a un gros problème dans certaines de ses sections et, singulièrement, à Molenbeek. Triste de voir un grand parti démocratique et laïc sombrer de la sorte en refusant de prendre les mesures qui s'imposent pour faire le ménage dans ses rangs..."  [La réalité est telle qu'il n'y a rien à faire.  La situation va se détériorer - qu'on le déplore - ce qui est loin d'être le cas de tous les démocrates - ou non.]

Alain Destexhe (Facebook): Séance agitée au Parlement bruxellois où j'interrogeais la ministre sur la caricature antisémite relayée par le PS de Molenbeek et une association (Présence Action Culturelle) proche du PS et subventionnée par la Région.  La plupart des députés ne veulent pas voir réalité de la montée de l'antisémitisme à Bruxelles. Un des membres du personnel (qui n'est pas juif) m'a ensuite confié que, récemment un jour de pluie, il portait un grand manteau et un chapeau. Cela a suffit pour qu'il entende "Nique Israël" et se fasse traiter de "sale juif" par une bande de jeunes!!!

Nous ne devons pas accepter ce retour de l'antisémitisme qui s'infiltre jusqu'au sein de partis démocratiques. On aurait aimé des réactions plus fermes!

Repris du blog d'Alain Destexhe (Député de la Communauté Wallonie - Bruxelles): Une caricature digne de la propagande nazie:

J'aimerais revenir un instant sur la caricature antisémite diffusée par le PS molenbeekois à l'occasion d'une conférence sur le sionisme (voir post précédent)

Je suis surpris de constater que cette affiche, absolument ignoble, ne suscite pas plus de réaction de la part des médias ou de la classe politique. Elle est, pourtant, symptomatique d'une montée de l'antisémitisme au sein même du PS bruxellois. Un antisémitisme qui se développe également chez les jeunes, plus particulièrement au sein de la communauté arabo-musulmane.

Certes, la conférence a été annulée. Et le Président du PS molenbeekois (dont je n'avais personnellement jamais entendu parler jusqu'alors) a regretté ce "dérapage". La caricature aurait ainsi été choisie à l'insu du plein gré des militants socialistes, selon la formule consacrée... L'affirmation selon laquelle cette caricature n'aurait été choisie que par "maladresse" me semble malheureusement peu plausible.

La caricature mérite d'être décortiquée. Chaque détail compte. Et il est un fait certain que les membres du PS molenbeekois qui auront fait le choix de l'utiliser savaient très bien toute la portée symbolique véhiculée par ce dessin.

Tous les stéréotypes présents: Qu'y voit-on ? Le personnage principal, d'abord. Il porte un masque. Car, c'est bien connu, "le Juif" avance masqué. Le petit chapeau noir sur la tête est celui porté par les Hassidim, les Juifs ultraorthodoxes. Une image assez récurrente chez les nazis, les communautés juives d'Europe de l'Est comptant à l'époque en leur sein un nombre important de groupes très religieux. C'est aussi cette caractéristique que reflète la barbe du personnage, les Juifs étant en principe tenus de porter la barbe. Le nez proéminent et les oreilles pointues parachèvent le profil-type du Juif tel que perçu par les antisémites.

Les vêtements du personnage renvoient quant à eux à l'image du Juif/Israélien comme "boucher" des innocents. Outre le sang dans lequel semble avoir baigné son uniforme, les plus avertis reconnaîtront les lettres hébraïques "tsadé", "" et "lamed", acronyme de "Tsva Haganah LéIsraël" (soit "Armée de Défense d'Israël"), plus couramment prononcé "Tsahal" et désignant l'armée israélienne. Les dents acérées du personnage et la bave qui en coule renforcent l'image du Juif "assoiffé de sang".

En outre, la présence sur l'épaule droite du personnage des drapeaux israélien et américain vient confirmer une idée fort répandue dans les milieux antisémites: le lobby juif contrôle la politique américaine et manipule les cercles de pouvoir de Washington, de telle sorte que les Etats-Unis et Israël, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. On notera, enfin, la chevalière du personnage. Car oui, c'est bien connu : le Juif est riche.

Attardons-nous maintenant sur le geste du personnage principal.

Une balance se tient devant lui. D'un côté, un Juif que l'on devine rescapé des camps d'extermination (on ne pourra donc pas reprocher au dessin d'être "négationniste"). Par contre, on devine que son poids, par la volonté du personnage principal, pèse beaucoup plus que celui des "damnés de la Terre" réunis, qu'il s'agisse des esclaves Noirs, des Indiens d'Amérique ou encore de personnes issues du Tiers et du Quart monde. Un dessin qui s'inscrit donc grosso modo dans la même veine que la "pornographie mémorielle" évoquée par l'humoriste Dieudonné, plusieurs fois condamné pour antisémitisme.

Cette caricature doit être vue par le plus grand nombre, quitte à être recontextualisée. Il est essentiel de pouvoir la décortiquer, afin de prendre conscience du degré d'ignominie des militants socialistes qui n'ont pas hésité à l'apposer sur une affiche relative à un évènement officiel de leur section. Elle démontre enfin, si c'était encore nécessaire, que derrière le masque de l'antisionisme (le militaire israélien ne porte après tout que le "masque" du Juif - or, beaucoup d'antisionistes prétendent que les Juifs religieux seraient hostiles à l'Etat d'Israël, ce qui n'est pas exact) se cache presque systématiquement un antisémitisme virulent. C'est manifestement le cas ici. Que fait le centre pour l'égalité des chances ?

[1] Le parti de Mme Céline Fremault (CDH) ne semble pas avoir sanctionné

21 décembre 2012

Déportation des Juifs: la responsabilité d'autorités belges bientôt reconnue

Déportation des Juifs

La responsabilité d'autorités belges bientôt reconnue

30 000 Juifs ont été déportés avec le concours des autorités belges

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Belga, le 20 décembre 2012

La Commission des Affaires institutionnelles du Sénat a terminé jeudi la discussion de la proposition de résolution par laquelle la Haute assemblée reconnaîtra solennellement que "des autorités belges" ont mené avec l'occupant allemand dans des domaines cruciaux une "collaboration indigne" d'une démocratie avec des "conséquences dramatiques pour la population juive". Les sénateurs devraient se prononcer au début de l'année prochaine en séance plénière sur cette résolution.

A travers cet acte solennel formulé à la suite de l'étude du CEGES pointant la collaboration d'une "Belgique docile", le Sénat prendra acte de la reconnaissance par le gouvernement de la "responsabilité d'autorités belges" dans "la déportation des Juifs". Alors que le Premier ministre Guy Verhofstadt s'était déjà prononcé à plusieurs reprises sur cette responsabilité il y a quelques années, l'actuel chef du gouvernement, Elio Di Rupo s'est exprimé en ce sens le 9 septembre 2012 à la caserne Dossin d'où partirent les déportés.

La Haute assemblée pourrait recommander que l'Etat réfléchisse à l'adoption d'un statut de déporté.

Elle informera par ailleurs les Communautés compétentes pour enseigner auprès des jeunes générations les événements qui se sont produits durant cette période sombre de l'histoire.

Le texte final de la résolution doit encore être finalisé en vue du vote en Commission à la rentrée.

Quelque trente mille Juifs ont été déportés avec le concours d'autorités belges durant la seconde guerre mondiale, soit la moitié de la communauté résidant sur le territoire. La quasi-totalité d'entre eux sont morts dans les camps du régime génocidaire national-socialiste allemand.

07 août 2012

Contre le massacre des Rohingyas

Contre le massacre des Rohingyas

Quelques 200 personnes, parmi lesquelles des membres du mouvement Sharia4Belgium et de la communauté chiite, se sont rassemblées ce 03 août devant l'ambassade du Myanmar à Bruxelles (Schaerbeek) pour dénoncer le massacre dont est victime la minorité musulmane du pays du nobel de la paix Aung San Suu Kyi ...

23 mai 2012

Un pasteur américain explique comment exterminer les homos

Un pasteur américain explique comment exterminer les homos

TÊTU, le 23 mai 2012

Un génocide des homos ? Le révérend d'une petite ville de Caroline du Nord y a pensé et propose de parquer tous les gays et lesbiennes derrières des barrières électrifiées... en attendant leur extinction.

Depuis une dizaine de jours, le révérend Charles Worley suscite l’indignation. Devant ses fidèles le 13 mai dernier, dans son église baptiste de Maiden - une petite ville de Caroline du Nord dans le du sud-est des Etats-Unis, Etat qui a interdit ce mois-ci par référendum le mariage pour tous – il a tenu ces propos : «Construisez une grande clôture, mettez toutes les lesbiennes à l'intérieur, volez au-dessus et envoyez de la nourriture. Faites la même chose avec les gays et assurez-vous que la barrière soit électrifiée, pour ne pas qu'ils puissent en sortir... et dans quelques années ils mourront (...) vu qu'ils ne peuvent pas se reproduire».

«Tueur de bébés et amoureux des homos»

Une association locale qui milite contre l'incitation à la haine a lancé une campagne sur les réseaux sociaux et organise une manifestation dimanche devant son église. «Nous devons remplir la rue, en face de l'église, de gens qui ont du bon sens pour dire au monde que la haine n'est pas bienvenue dans notre communauté», dit le message des «Citoyens de la vallée de Catawba contre la haine», diffusé sur Facebook.

Le pasteur, qui n'a à ce jour pas réagi au tollé qu'il a provoqué, avait aussi déclaré lors de ce même sermon qu'il ne voterait pas «pour un tueur de bébés et un amoureux des homosexuels». Une référence implicite à Barack Obama, partisan de l'avortement et, officiellement depuis quelques jours, du mariage entre personnes du même sexe.

27 avril 2012

Aspects géopolitiques, historiques et linguistiques des aventures de Tintin

Aspects géopolitiques, historiques et linguistiques des aventures de Tintin

Par Daniel Justens, Professeur à la Haute École Francisco Ferrer, Auteur d’ouvrages scientifiques et d’études concernant la bande dessinée

Présenté par Charles Huygens, Directeur général de Département de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles

Vendredi 4 mai 2012 à 18 heures 30

 Bibliothèque des Riches Claires

Rue des Riches Claires 24 - 1000 Bruxelles 

Tél. : 02/548.26.10  Fax : 02/548.26.48

http://www.bibliorichesclaires.be      bp1@brunette.brucity.be

25 avril 2012

Commémoration à Bruxelles du génocide arménien

Commémoration à Bruxelles du génocide arménien

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Suffrage Universel, le 24 avril 2012

Personnalités présentes (de g. à dr.), aucun élu PS ni CDH ni FDF ni d'un parti flamand, parce que dans tous ces partis il y a des élus turcs négationnistes (au MR il y en a un aussi, ceci dit, Mustafa Öztürk): Michel Mahmourian, président du Comité de la Communauté arménienne de Belgique, un représentant d'Ibuka, association de victimes du génocide tutsi, Viviane Teitelbaum, députée régionale (MR), ancienne présidente du Comité de coordination des organisations juives de Belgique, Christos Doulkeridis (derrière elle), secrétaire d'Etat régional bruxellois au logement (Ecolo), Armand De Decker, vice-président du Sénat fédéral (MR), Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen (Ecolo), l'ambassadeur d'Arménie en Belgique

07 avril 2012

Génocide: plainte déposée à Bruxelles contre des dirigeants guinéens

Génocide

Plainte déposée à Bruxelles contre des dirigeants guinéens

Belga, le 07 avril 2012

Dix ressortissants guinéens, réfugiés en Belgique et ayant acquis la nationalité belge, ont déposé plainte à Bruxelles contre sept officiers guinéens pour "crime de génocide" et "crime contre l'humanité", en vertu de la loi de compétence universelle, peut-on lire samedi dans Le Soir.

Cette plainte vise notamment l'ancien président Moussé Dadis Camara, le lieutenant Cherif Diakité, le commandant Moussa Tiegboro Camara et le général Sékouba Konate.

Ils sont poursuivis pour le massacre commis par la garde présidentielle au stade de Conakry le 28 septembre 2009 et qui a fait 156 morts ou disparus, sans compter les cas de viols, de violences sexuelles et de torture.

Selon les plaignants, la plupart des victimes appartenaient au groupe ethnique des Peuls, systématiquement visé par la répression.

29 février 2012

La loi gayssot est non-constitutionnelle

La loi gayssot est non-constitutionnelle

Conseil Constitutionnel, le 28 février 2012

Le Conseil constitutionnel a été saisi, dans les conditions prévues à l'article 61, deuxième alinéa, de la Constitution, de la loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi, le 31 janvier 2012…

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL,

Vu la Constitution ;

Vu l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 modifiée portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;

Vu la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

Vu le code pénal ;

Vu les observations du Gouvernement, enregistrées le 15 février 2012 ;

Vu les observations en réplique présentées par les députés requérants, enregistrées le 21 février 2012 ;

Le rapporteur ayant été entendu ;

1. Considérant que les députés et sénateurs requérants défèrent au Conseil constitutionnel la loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi ;

2. Considérant que l'article 1er de la loi déférée insère dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse un article 24 ter ; que cet article punit, à titre principal, d'une peine d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ceux qui «ont contesté ou minimisé de façon outrancière», quels que soient les moyens d'expression ou de communication publiques employés, «l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide défini à l'article 211-1 du code pénal et reconnus comme tels par la loi française» ; que l'article 2 de la loi déférée modifie l'article 48-2 de la même loi du 29 juillet 1881 ; qu'il étend le droit reconnu à certaines associations de se porter partie civile, en particulier pour tirer les conséquences de la création de cette nouvelle incrimination ;

3. Considérant que, selon les auteurs des saisines, la loi déférée méconnaît la liberté d'expression et de communication proclamée par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ainsi que le principe de légalité des délits et des peines résultant de l'article 8 de cette Déclaration ; qu'en réprimant seulement, d'une part, les génocides reconnus par la loi française et, d'autre part, les génocides à l'exclusion des autres crimes contre l'humanité, ces dispositions méconnaîtraient également le principe d'égalité ; que les députés requérants font en outre valoir que le législateur a méconnu sa propre compétence et le principe de la séparation des pouvoirs proclamé par l'article 16 de la Déclaration de 1789 ; que seraient également méconnus le principe de nécessité des peines proclamé à l'article 8 de la Déclaration de 1789, la liberté de la recherche ainsi que le principe résultant de l'article 4 de la Constitution selon lequel les partis exercent leur activité librement ;

4. Considérant que, d'une part, aux termes de l'article 6 de la Déclaration de 1789 : «La loi est l'expression de la volonté générale...» ; qu'il résulte de cet article comme de l'ensemble des autres normes de valeur constitutionnelle relatives à l'objet de la loi que, sous réserve de dispositions particulières prévues par la Constitution, la loi a pour vocation d'énoncer des règles et doit par suite être revêtue d'une portée normative ;

5. Considérant que, d'autre part, aux termes de l'article 11 de la Déclaration de 1789 : «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi» ; que l'article 34 de la Constitution dispose : «La loi fixe les règles concernant... les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques» ; que, sur ce fondement, il est loisible au législateur d'édicter des règles concernant l'exercice du droit de libre communication et de la liberté de parler, d'écrire et d'imprimer ; qu'il lui est également loisible, à ce titre, d'instituer des incriminations réprimant les abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication qui portent atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers ; que, toutefois, la liberté d'expression et de communication est d'autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés ; que les atteintes portées à l'exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi ;

6. Considérant qu'une disposition législative ayant pour objet de «reconnaître» un crime de génocide ne saurait, en elle-même, être revêtue de la portée normative qui s'attache à la loi ; que, toutefois, l'article 1er de la loi déférée réprime la contestation ou la minimisation de l'existence d'un ou plusieurs crimes de génocide «reconnus comme tels par la loi française» ; qu'en réprimant ainsi la contestation de l'existence et de la qualification juridique de crimes qu'il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l'exercice de la liberté d'expression et de communication ; que, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres griefs, l'article 1er de la loi déférée doit être déclaré contraire à la Constitution ; que son article 2, qui n'en est pas séparable, doit être également déclaré contraire à la Constitution,

D É C I D E :

Article 1er.- La loi visant à réprimer la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi est contraire à la Constitution.

Article 2.-La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française.

Délibéré par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 28 février 2012, où siégeaient : M. Jean-Louis DEBRÉ, Président, M. Jacques BARROT, Mme Claire BAZY MALAURIE, MM. Guy CANIVET, Michel CHARASSE, Renaud DENOIX de SAINT MARC, Valéry GISCARD d'ESTAING et Pierre STEINMETZ.

23 février 2012

La gauche, fut la mère de la collaboration !

La gauche, fut la mère de la collaboration !

22 février 2012

La non-violence du Dalaï Lama cède la place à une jeunesse tibétaine prête à en découdre

La non-violence du Dalaï Lama cède la place à une jeunesse tibétaine prête à en découdre

Propos recueillis par Romain Mielcarek, le 22 février 2012

Les Tibétains fêtent ce mercredi leur du nouvel an. Pour eux, la stratégie de non-violence du Dalaï Lama est un échec. Sans renier leur chef spirituel, une frange de la jeunesse prend le relais de cette figure symbolique qui n'aspire plus qu'au repos.

Les Tibétains en exil continuent de s'insurger contre les persécutions des Chinois. La voix du Dalaï Lama semble se faire de moins en moins entendre au milieu des cris de colère. Qui sont ces Tibétains qui ne croient plus à la médiation pacifique ?

Raphaël Liogier : Il y a de nouvelles générations de Tibétains qui, comme beaucoup de jeunes de par le monde, se font plus virulents et espèrent une lutte plus frontale avec le pouvoir chinois. Cette volonté de résistance n'est pourtant pas antinomique avec une véritable légitimité du Dalaï Lama. Ces Tibétains en colère continuent d'avoir confiance en leur leader spirituel mais pour eux, la non-violence a fait son temps et a finalement prouvé ses limites face à Pékin. Il ne faut pas non plus oublier que le peuple tibétain est un peuple pacifique du fait du bouddhisme mais qu'il a également une grande histoire guerrière. Au fil des siècles, il s'est retrouvé à plusieurs reprises dans la résistance face à l’envahisseur chinois mais aussi parfois dans la conquête d’une partie de la Chine.

Cette opposition plus dure a commencé à se manifester à la fin des années 1980. Suite aux barbaries et aux tueries qui ont ravagé le Tibet à l'époque même où survenaient les évènements de la place Tien'anmen, ils auraient espéré une réaction ferme de la part de leur chef. Le Dalaï Lama, lui, a maintenu sa volonté de tenter encore et encore d'améliorer les rapports avec Pékin.

Le renversement d’équilibre a eu lieu en 2008 avec les Jeux Olympiques. La nouvelle génération n’était pas encore convaincue qu’il fallait un face à face et pensait, pleine d’espoir que les Chinois allaient saisir cette occasion historique pour une véritable négociation et un véritable apaisement des relations puisque toutes les caméras du monde étaient braquées sur eux. C’est pourtant exactement le contraire qu’il s’est passé : les Chinois se sont cabrés, sont devenus très maladroits vis-à-vis des médias occidentaux et les micro-révoltes au Tibet ont été réprimées dans la violence et dans le sang.

Ce mouvement risque pourtant de ne pas avoir la moindre portée. Comme l'a souvent répété le Dalaï Lama, sa posture n'est pas seulement le fait d'une volonté bouddhique de non-violence. C'est tout simplement la seule voie possible pour la simple raison que le rapport des forces est parfaitement inégal : que peuvent faire 7 millions de Tibétains face à 1,5 milliards de Chinois ? C'est là une autre caractéristique du bouddhisme : le pragmatisme.

Quel rôle peut encore jouer le Dalaï Lama ? Va-t-il laisser la communauté tibétaine s'engager dans un rapport de force accru avec la Chine ?

Ces derniers mois, le Dalaï Lama a compris qu’il y avait des limites à sa tactique. Il veut simplement transférer son pouvoir. Il va laisser ceux qui ont une stratégie plus directe de face à face se mettre en branle. Il a une telle puissance symbolique qu’il pourrait très bien continuer à jouer son rôle et à défendre une stratégie non violente. Mais lui-même est fatigué, il a des problèmes de santé. Il souhaite se concentrer sur la pratique de sa spiritualité et s'investir dans le bouddhisme tranquillement dans son coin.

Le Dalaï Lama a aussi cherché à jouer justement cette carte de la non-violence contre cette frange tibétaine plus dure. Il aurait aimé apparaître aux yeux de Pékin comme un interlocuteur plus présentable, plus pacifique, avec qui il est possible de dialoguer. Il a toujours été très large dans ses revendications en demandant au Chinois non pas l'autonomie politique du Tibet mais l'autonomie culturelle pour protéger les traditions de son peuple.

Cette  stratégie a échoué dans les années 2000 car les Chinois n’ont pas confiance en lui, ils pensent que c’est une stratégie dont la finalité est de demander l’autonomie politique donc ils n’arrivent pas à s’entendre.

Justement, comment les Chinois appréhendent-ils ces mouvements plus contestataires qui défendent une résistance plus physique et véhémente ?

Les Chinois ne réalisent pas vraiment ce qui est en train de se passer. Au delà du Dalaï Lama, c'est tout le gouvernement tibétain en exil qui risque de céder à une stratégie plus violente. Tout cela pourrait évoluer vers une lutte plus frontale et de véritables velléités séparatistes.

Cette dernière existe déjà dans la constitution mais elle n’est pas réelle, c’est-à-dire qu’il faut donner la possibilité aux Tibétains d’apprendre leur religion, d’étudier en tibétain etc. et qu’il n’y ait pas ce que lui et certains appellent aujourd’hui un génocide culturel. Et contre ça, il abandonne l’idée de séparatisme ou même d’autonomie politique.

C'est de toute manière tout le drame de la situation tibétaine au sein de la Chine. Les Tibétains de l’intérieur sont complètement écrasés d'un point de vue démographique. Les déplacements de population se sont accrus depuis 30 ans. Les Chinois ont toujours cherché à déborder la population tibétaine à l’intérieur même du Tibet en le peuplant de Hans, en remplaçant la culture du blé et de l’orge tibétains par la culture du riz et à imposer progressivement la langue chinoise au sein de la société.

Malgré cette suprématie chinoise, il y a une chose qui inquiète les Chinois : au sein même du pays, l'expansion du bouddhisme gagne les coeurs. Au travers de la spiritualité, la sympathie envers le Dalaï Lama et l'attrait de la culture tibétaine n'est plus le fait exclusif des étrangers.

18 février 2012

Eradiquer les indiens "de la surface du globe"...

Eradiquer les indiens "de la surface du globe"...

Charles Dickens (1812-1870), un raciste génocidaire

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Par Gideon Polya, le 17 février 2012

L’holocauste indien et le génocide des Musulmans par les Etats-Unis et leurs alliés.

Cette semaine le monde anglo-saxon célèbre le 200ième anniversaire de la naissance de Charles Dickens qui est considéré comme le plus grand romancier de l’ère victorienne (il est né le 7 février 1812 et mort le 9 juin 1870).

L’oeuvre de Charles Dickens comprend "Esquisse par Boz", "Le magasin d’antiquité", "Oliver Twist", "Nicholas Nickleby", "Barnaby Rudge", "Un chant de Noël", "Martin Chuzzlewit", "Le conte de deux cités", "David Copperfield", "les grandes espérances", "La maison d’âpre-vent", "La petite Dorrit", "Les temps difficiles", "L’ami commun" et "les aventures de M. Pickwick".

Mais ce qu’on oubliera de dire, pendant les célébrations, c’est qu’en réalité Charles Dickens, comme beaucoup de ses contemporains britanniques, était un raciste génocidaire. Voilà ce qu’il a écrit à Emile de la Rue, le 23 octobre 1857 à propos de la soi-disant mutinerie indienne de 1857 : "Je voudrais être Commandant en Chef là-bas |[Inde] ! Voilà ce que je dirais à ces orientaux à qui il faut parler fermement (ce texte devrait d’ailleurs être énergiquement traduit dans tous les dialectes locaux), "Moi l’Inimitable, qui exerce une fonction dont je crois profondément qu’elle m’a été donnée par Dieu et non par Satan, j’ai l’honneur de vous informer, vous peuple indien, qu’il est de mon intention de procéder, en évitant autant que possible les cruautés inutiles et en opérant par miséricorde avec la plus grande célérité, à l’éradication de votre Race de la surface du globe car votre Race a défiguré la terre par des atrocités abominables [2000 Anglais ont été tués pendant la guerre d’indépendance de 1857 ou Mutinerie indienne de 1857] (voir Grace Moore (2004), “Dickens and the Empire. Discourses of class, race, and colonialism in the works of Charles Dickens” (Ashgate Publishing, Aldershot , UK ) : http://www.amazon.com/Dickens-Empire-Discourses-Colonialism -... ).

Dickens n’était pas le seul de son espèce et le pouvoir britannique a agi avec une brutalité sans pareil. L’historien indien, Amaresh Misra, affirme dans son ouvrage "Guerre des civilisations : L’Inde en 1857", que les Britanniques ont tué 10 millions d’Indiens en représailles pour les 2000 Anglais tués pendant la rébellion de 1857 (la soi-disant mutinerie indienne). Je cite : "Ce fut un holocauste, au cours duquel des millions de personnes disparurent. Ce fut un holocauste nécessaire aux yeux des Britanniques, parce qu’ils pensaient que le meilleur moyen d’avoir le dessus était d’exterminer toute la population des villes et des villages. Ce fut simple et sans merci. Les Indiens qui se trouvaient sur leur route étaient tués. Mais l’ampleur du massacre a été tenue secrète". Mais pour les écrivains anglais, qui persistent à nier cet holocauste, environ 100 000 Indiens ont été tués. (voir l’article de Randeep Ramesh du Guardian du 24 août 2007 intitulé "India ’s secret history : “a holocaust, one where millions disappeared..." sous-titré "Un auteur affirme que les représailles britanniques ont fait 10 millions de morts en Inde sur une période de 10 ans" : http://www.guardian.co.uk/world/2007/aug/24/india.randeepram ... )

L’holocauste indien perpétré par les Britanniques ne s’est pas limité à la décennie qui a suivi la rébellion de 1857

La suite : Le Grand Soir

02 février 2012

Génocide arménien : Sarkozy déterminé, quitte à fâcher un peu plus la Turquie

Génocide arménien

Sarkozy déterminé, quitte à fâcher un peu plus la Turquie

Par Nadège PULJAK, le 01 février 2012

Nicolas Sarkozy promet un nouveau texte punissant la négation du génocide arménien en cas de censure constitutionnelle, montrant sa détermination à propos de cette question, quitte à fâcher encore un peu plus la Turquie qui menace la France de "représailles" économiques et commerciales.

Le texte de loi pénalisant la négation du génocide arménien de 1915 par la Turquie ottomane a déclenché la colère des Turcs, leur Premier ministre Recep Tayyip Erdogan y voyant "une montée de l'islamophobie et du racisme en Europe".

Le texte, définitivement adopté par le Parlement le 23 janvier, aurait dû être promulgué par le président de la République au cours des deux semaines suivantes, mais il a été bloqué par un recours auprès du Conseil constitutionnel de parlementaires de tout bord mais majoritairement de droite.

Lors du Conseil des ministres mercredi, le président de la République a annoncé qu'il ferait en sorte que soit déposé "tout de suite un nouveau texte", en cas de censure de cette loi par les Sages.

Le chef de l'Etat a également reproché aux ministres en désaccord avec la loi - Alain Juppé (Affaires étrangères) et Bruno Le Maire (Agriculture) - de "ne pas voir plus loin que le bout de leur nez".

Selon lui, si le texte de loi devait être censuré, certains en tireraient profit pour présenter une QPC (Question prioritaire de constitutionnalité, ndlr) devant le Conseil constitutionnel au sujet de la loi Gayssot pénalisant la négation de la Shoah.

Jusqu'ici, seule la négation du génocide des juifs par les nazis est punie par la loi. Pour l'Elysée, "cela n'était pas acceptable pour les Arméniens qui considéraient qu'il y avait deux poids, deux mesures".

La détermination du président à propos de cette question risque de provoquer un regain de colère chez les Turcs. Après la saisine par les parlementaires du Conseil constitutionnel, l'ambassade de Turquie en France avait affirmé que les relations entre Paris et Ankara, qui "risquaient une rupture", allaient "se détendre".

Depuis la présentation du texte de loi devant l'Assemblée, en décembre, les Turcs ont gelé leur coopération politique et militaire avec la France, et menacé de faire de même avec les échanges économiques et culturels.

Mais l'Elysée ne s'en inquiète pas. "On a déjà connu deux boycotts de la (part) de la Turquie, en 2001 lors de l'adoption de la loi reconnaissant le génocide arménien et en 2006, lors du premier dépôt de la proposition de loi punissant la négation de ce génocide. Les relations économiques entre les deux pays n'en avaient pas été affectées", fait-on valoir.

"Depuis 2006, on est passé de 250 entreprises françaises à 400 installées en Turquie, le nombre d'employés turcs passant de 40.000 à 100.000" dans ces entreprises, ajoute-t-on, laissant ainsi entendre qu'aucun des deux pays n'a intérêt à voir se dégrader leurs relations.

Mais les critiques envers le président Sarkozy, déjà la cible des Turcs en raison de son refus de les voir adhérer à l'Union européenne, pourraient se faire encore plus acerbes. "Sarkozy passera dans l'Histoire comme l'homme qui a massacré l'Histoire", s'est emporté récemment un ministre turc.

La France a été le premier grand pays européen, en janvier 2001, à reconnaître le génocide arménien.

La Turquie, héritière de l'empire ottoman, démantelé en 1920, réfute le terme de génocide. De nombreux historiens estiment que ce sont 1,5 million d'Arméniens, hommes, femmes et enfants qui ont été massacrés en Anatolie entre 1915 et 1917.

09 novembre 2011

Rwanda : SOS débouté pour la 3° fois contre Péan

Rwanda : SOS débouté pour la 3° fois contre Péan

Marianne, le 09 Novembre 2011

La Cour de cassation vient de confirmer la victoire de Pierre Péan dans l’affaire qui l’a opposé à SOS Racisme depuis 5 ans. Cinq ans pour confirmer que son livre n’a rien de raciste.

Cette fois, c’est définitif. La Cour de cassation vient de confirmer la victoire de Pierre Péan dans son procès intenté par SOS Racisme pour diffamation raciale et provocation à la haine raciale. Péan avait déjà gagné ses procès en première instance et en appel. La plus haute juridiction française vient donc clore une affaire qui dure depuis 5 ans.

Tout est parti du livre de Péan Noires fureurs, blancs menteurs, publié en novembre 2005 (Mille et une nuits), qui accuse Paul Kagame, actuel président rwandais, d’être impliqué dans l’attentat qui tua notamment l’ex-président Habiyarimana le 6 avril 1994, point de départ du génocide. Mais ce n’est pas cette thèse sur le commanditaire de l'attentat, mais un autre passage qui a déclenché la plainte de SOS Racisme : Péan y évoquait la «culture du mensonge et de la dissimulation» chez les Tutsis.

En novembre 2008, en première instance, les juges ont relaxé Péan estimant que cette formule «aussi brutale qu’elle puisse paraître, spécialement pour les victimes du génocide», ne vise pas à «jeter le discrédit sur l’ensemble des Tutsis». Un an plus tard, ce jugement a été confirmé en appel. Et cette fois, c'est la Cour de cassation qui confirme que Péan n'a rien à se reprocher. Pour Me Florence Bourg, avocate de Péan, il s’agit là d’un «arrêt très important pour la liberté d’expression».

«Il y a un militantisme assez clair de SOS Racisme sur le Rwanda»

Mais cette affaire dépasse le seul cadre de la liberté des journalistes. En prenant position ainsi sur le génocide rwandais, SOS Racisme a mis le doigt dans un engrenage que l'association ne maîtrise visiblement pas. «Il y a un militantisme assez clair de SOS Racisme sur le Rwanda», souligne d’ailleurs Me Florence Bourg. «Pierre Péan a une thèse qui n’est pas celle de SOS Racisme, cela n’aurait pas dû finir dans une arène judiciaire, mais par un débat public», regrette-t-elle.

Car le débat sur le Rwanda dépasse largement le cadre de l’antiracisme franco-français. En s’impliquant dans cette vive polémique, SOS Racisme a dû composer avec les tourments de la géopolitique africaine. En septembre dernier, une manifestation de Congolais avait tenté de faire irruption dans les locaux de l’association. Ils accusaient SOS Racisme de mettre injustement en cause des ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) dans des violences qui s'étaient produites en marge de la visite officielle de Paul Kagame en France. Depuis 2010, dans un rapport de l'ONU, Kagame est lui-même accusé d'être impliqué dans des massacres en RDC.

Et, en France, c'est le plus souvent dans les tribunaux que l'on débat de la question rwandaise. En juin dernier, Agathe Habyiarimana, veuve de l’ex-président rwandais et accusée d'être impliquée dans le génocide, n’avait pas réussi à visionner avant diffusion un documentaire de France2 la concernant. Selon elle, le film remettait en cause sa présomption d’innocence. Sa demande a été rejetée par le juge des référés.

Qui sert les intérêts de Kagamé ?

Cependant deux autres décisions de justice ont changé quelque peu la teneur des débats sur le Rwanda. En septembre dernier, la Cour d’appel de Paris a rejeté la demande d’extradition de la veuve Habyiarimana faite par Kigali qui l’accuse d’avoir été une des meneuses du génocide. Et en octobre dernier, le Tribunal administratif de Versailles a annulé la décision du préfet de l’Essonne refusant une carte de séjour à Agathe Habyiarimana. Pour le tribunal, le motif de «menace pour l’ordre public» invoqué par le préfet n’était pas justifié. Pour autant, la veuve Habyiarimanana qui réside depuis 10 ans en France est toujours sous le coup d’une plainte pour «complicité de génocide» du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (en fait, l'association de deux personnes, Dafroza et Alain Gauthier).

Bref, avec l’affaire Péan puis Habyiarimana, la justice française a mis plusieurs fois à mal la vision unilatérale du génocide rwandais. Une vision unilatérale qui, en tout cas, a bien servi les intérêts de Paul Kagame, et accessoirement ceux de l’Elysée qui a souhaité de toute force se rabibocher avec Kigali. Voilà de quoi faire réfléchir les dirigeants de SOS Racisme sur le bien-fondé de leur cause.