04 juillet 2013

Un «Livre blanc» sur l’état de l’islamophobie en Belgique francophone

Un «Livre blanc» sur l’état de l’islamophobie en Belgique francophone

Compte-rendu la conférence de presse annonçant la publication du premier «Livre blanc» sur l’état de l’islamophobie en Belgique francophone, organisée le 21 mars 2013 à l’Auberge de jeunesse Jacques Brel. Parmi les intervenants : Mohamed Ramoussi, Khalid Thami, Fouad Benyakhlef, Mustapha Chaïri, Yamina Bounir et Hajib El Hajjaji…

24 juin 2013

Une vision pernicieuse du monde social et de ses divisions

Une vision pernicieuse du monde social et de ses divisions

Qu’est-ce qui se cache derrière l’utilisation de l’expression «bobos» ?

Par Sylvie Tissot (sociologue à l’université paris-VIII), le 21 juin 2013

Rien n’est mieux partagé que le discours anti-bobo. L’ironie ou l’agressivité peuvent varier, mais chacun a un jour, d’un air entendu, utilisé ce mot pour parler d’un quartier, d’un restaurant, d’idées politiques, de modes vestimentaires ou de pratiques alimentaires. Nul besoin d’expliquer le terme, les bobos, c’est les autres ; et, pour certains, le nouveau repoussoir, l’incarnation d’un progressisme hypocrite, d’une branchitude désinvolte et indifférente aux vrais problèmes.

Du point de vue des sciences sociales, le mot «bobo» peut sembler utile pour décrire la manière dont se sont transformés les quartiers populaires des grandes villes. Le bobo serait ce nouvel habitant relativement doté, au moins en bagage scolaire, en quête d’architecture ancienne ou d’un loft à rénover pour y bricoler un mode de vie bohème tout en veillant à augmenter la valeur de son bien. Le bobo serait responsable de ce que les chercheur-e-s nomment maintenant la gentrification, c’est-à-dire la requalification de quartiers anciens dont les prix de l’immobilier explosent à la suite de l’arrivée des classes moyennes.

Le phénomène de la gentrification, mais bien au-delà l’absence d’un réel contrôle du marché de l’immobilier, est assurément préoccupant. Les difficultés d’accès au logement et la colonisation des espaces populaires sont une manifestation criante des inégalités renforcées par la crise économique et les politiques d’austérité. Quand les classes supérieures savent protéger leur entre-soi dans des communes et des quartiers de plus en plus bourgeois, les classes moyennes les moins dotées, notamment en patrimoine hérité, peinent à trouver un logement dans les grandes agglomérations. Et face à un parc social saturé, des zones insalubres se reconstituent aujourd’hui dans les interstices des villes, où se retrouvent ceux qui ont encore moins de ressources.

Le mot bobo pourtant ne nous aidera ni à comprendre ces transformations ni à les stopper – et la plupart des chercheur-e-s rechignent d’ailleurs à l’utiliser. Derrière cette catégorie se cachent des profils sociaux très contrastés, qui, dans tous les cas, n’ont rien à voir avec la bourgeoisie non bohème qui sait défendre ses privilèges sans avoir à se mêler aux pauvres. Cela n’exonère en rien les nouveaux habitants des quartiers populaires de la responsabilité de s’interroger sur leurs goûts, leurs pratiques, leurs manières d’investir l’espace public, les écoles ou encore le milieu associatif. Car leur bonne volonté et leur goût affiché d’une certaine mixité sociale ne réduisent pas magiquement les inégalités ni la violence symbolique que peuvent éprouver les habitants déjà là.

Il reste que, comme le mot lui-même, la construction du «bobo» comme nouvel ennemi est problématique. Non pas parce que ces populations seraient injustement stigmatisées – s’il est un groupe rituellement montré du doigt (pour son mode de vie, ses goûts culturels ou encore son vote), ce sont encore avant tout les classes populaires, en particulier «musulmanes» et/ou «issues de l’immigration». Le premier problème réside dans le fait que cette rhétorique s’est développée au sein d’une classe politique qui, au niveau gouvernemental comme dans les municipalités, dans celles de droite comme celles de gauche, est très massivement issue des classes supérieures et accueille souvent à bras ouverts ces populations plus riches.

Si le discours anti-bobo est dangereux, c’est aussi que ce discours a pris place dans une vision particulièrement pernicieuse du monde social et de ses divisions. Arrivé au début des années 2000 en France à la suite de la traduction du livre du journaliste états-unien David Brooks, le mot a été repris par l’ensemble des médias, puis de la classe politique. Lors de la campagne de 2012, il était même brandi par Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, qui fustigeaient les «bobos» pour mieux se réclamer des classes populaires. Car c’est là que réside l’effet magique du mot : quel que soit son flou (d’ailleurs soigneusement entretenu), il permet de convoquer des classes populaires aussi «authentiques» que les bobos seraient faux, et d’afficher, à peu de frais, une solidarité sans faille avec celles-ci.

Il permet aussi, en creux, d’en dessiner des contours bien particuliers. Autant les «bobos» seraient attachés à la défense des sans-papiers par exemple, autant les classes populaires y seraient hostiles. Face aux premiers, portés vers la culture et la tolérance sociale, émerge de cette nouvelle doxa un peuple soudainement élagué de ses composantes qui, pourtant, subissent de plein fouet la violence sociale et économique : les immigrés occupant les postes les moins payés, ou encore les femmes, aux avant-postes de la précarité, mais aussi les gays et les lesbiennes – qui ne sont pas tous des créateurs habitant le Marais.

Il convient de réfléchir aux effets idéologiques de dix ans de captation d’un terme utilisé au départ par des journalistes en quête de sujets légers pour les rubriques «société». La dénonciation du bobo est aujourd’hui une manière facile et faussement audacieuse de stigmatiser l’antiracisme et le combat contre toutes formes de discrimination. Des causes auxquelles le peuple, le «vrai», serait profondément allergique.

Les divisions sociales qui structurent notre société ne se réduisent pourtant pas à l’opposition simpliste entre des «bobos» privilégiés et des classes populaires reformatées en hommes blancs hétérosexuels, «naturellement» racistes, sexistes et homophobes, habitant le pavillonnaire. Passé à droite, le discours anti-bobo aura peut-être cette vertu de contraindre la gauche à repenser, au-delà de tout raccourci, sa vision des classes populaires, et plus largement des classes sociales.

19 juin 2013

L’islamophobie d’état génère l’exclusion et la violence physique

L’islamophobie d’état génère l’exclusion et la violence physique 

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Raphaël Liogier : «Les agressions islamophobes sont justifiées comme de la self-défense»

«Les agressions islamophobes sont justifiées comme de la self-défense»

Raphaël Liogier

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Par Fouad Bahri, le 18 juin 2013

L’islamophobie est-elle en train d’exploser en France ? Après une semaine marquée par la multiplication des agressions physiques contre des femmes voilées et la tentative, avortée, d’organiser une manifestation anti-islam par le mouvement Résistance républicaine, Zaman France vous propose un entretien exclusif avec le sociologue du fait religieux Raphaël Liogier, auteur du livre Le mythe de l’islamisation, pour tenter comprendre les ressorts profonds de ce phénomène inquiétant.

Comment analysez-vous l’intensification des actes islamophobes et le passage à l’acte ?

Si nous étions dans une situation de phobie, cela n’entraînerait pas de passage à l’acte mais des formes de rejets. Cliniquement, on est plus dans la phobie mais dans ce que j’appelle un théâtre paranoïaque. Dans la phobie, vous pouvez être dans la condescendance, le rejet ou la peur. Dans le théâtre paranoïaque, vous supposez que l’autre vous en veut à vous en particulier.  Il y a la projection de l’intentionnalité. Cela n’était pas le cas avant 2003 ou 2004. Il n’y avait pas de blessure narcissique. On n’avait pas l’idée que les musulmans sont là parce qu’ils ont un plan et qu’ils veulent acculturer ou provoquer une colonisation inverse. Les agressions physiques contre les femmes voilées sont justifiées par leurs auteurs non pas comme de la phobie mais comme de la self-défense contre une agression intrinsèque des musulmans.

Pourquoi cette tendance ne se manifeste que maintenant ?

L’année charnière est 2003. C’est l’attaque américaine en Irak qui se fait sans l’aval des Européens. A partir des années 2000, on est plus seulement dans une crise économique mais aussi symbolique. C’est la blessure narcissique de l’Europe qui a perdu sa prééminence économique, militaire et culturelle. Partout sur le Vieux Continent, on a à ce moment là des débats sur l’identité nationale et l’origine chrétienne de l’Europe. 2003, c’est aussi l’année de création de Riposte laïque.

Y-a-t-il une spécificité française à ce phénomène ?

Il y avait une spécificité française au début, avec la fameuse exception française. L’Europe s’est pensée pendant un siècle au centre du monde, et la France était au centre du centre du monde. En 2003, un rapport à été remis à François Baroin à la demande de Jean-Pierre Raffarin, qui parlait de nouvelle laïcité qu’il faut mettre en place parce que la laïcité à un moment donné peut entrer en contradiction avec les droits de l’homme et qu’il faut alors choisir la laïcité, ce qui est absurde car historiquement elle est le produit des droits de l’homme. Autrement dit, on avait le droit de faire des lois qui étaient contradictoires avec ces droits de l’homme parce que le bateau coule. C’est la laïcité en situation d’urgence qui conçoit l’islam comme une menace au mode de vie européen. On est plus dans la stricte laïcité mais dans une laïcité d’exception. On se croit en situation de guerre et on met en place des tribunaux d’exception. Tout se concentre dans le mot islamisation. Toute manifestation de l’islam est considérée comme plus que ce qu’elle n’est. Il y a un aspect procès d’intention. Cela se voit très bien dans le phénomène Tariq Ramadan.

Ce théâtre paranoïaque est-il un phénomène naturel ou relève-t-il de la construction ?

Je ne crois pas à la théorie du complot ni du côté des musulmans, ni de celui des institutions. C’est plus grave encore. Il y a une telle frustration et une telle angoisse du côté de la population française. Le sentiment de déclin irréversible, la mondialisation et le capitalisme sont vus comme l’horreur absolue, le comble étant la visibilité de l’islam et des musulmans perçus comme voulant imposer leur religion. Il faut vraiment ne pas avoir confiance en son identité pour penser que 6 ou 7 % de la population vous menace culturellement. Ce qui relie ces choses n’est pas un lien logique mais psychologique. Comme on ne peut pas en vouloir à la mondialisation, il faut personnaliser avec tout ce qui a l’air hétérogène comme l’islam. 

Dans votre livre Le mythe de l’islamisation, vous décrivez plus précisément ce que vous entendez par théâtre paranoïaque…

Le théâtre paranoïaque, c’est ce qui permet de passer à l’acte. Le mythe de l’islamisation, c’est l’Europe qui met en scène son propre déclin sur le dos de l’islam. Comme dans tout théâtre, il y a quatre acteurs. Le héros qui prétend défendre la civilisation, l’Europe, l’Occident, qui parfois passe à l’acte comme Anders Breivik. Le peuple trompé qui se représente comme étant trahi, qui est majoritaire mais qui se pense presque comme minoritaire culturellement, qui pense avoir perdu. Dans la phobie, vous comprenez que l’autre est plus faible, avec des opinions comme : «ils sont inférieurs, ils sont sauvages, ils sont moins biens» alors que dans le théâtre paranoïaque, vous considérez que les faibles sont forts. Si les musulmans prient dans la rue, ce n’est pas parce qu’il y a moins de mosquées proportionnellement que les temples protestants. Non. S’ils prient dans la rue c’est parce qu’ils veulent occuper la rue, vont-ils dire. Il y a enfin le traître multiculturaliste qui dénonce ce qui se passe et il y a le djihadiste potentiel. Dans ce schéma, tout musulman est un djihadiste potentiel. On le voit dans l’expression «musulman modéré» comme si l’islam était en soi négatif. Et cela peut aussi créer du passage à l’acte chez le musulman qui peut prendre cela au sérieux et là ça donne Mohamed Merah. Merah n’est pas devenu djihadiste parce qu’il était musulman, il est devenu musulman pour être djihadiste !

Le fantasme démographique nourrit aussi cette crainte islamophobe…

Oui alors que c’est une fausse idée. Il n’y pas contrairement à ce qu’on croit une hausse de la natalité chez les musulmans. Ce n’est pas une communauté qui augmente démographiquement. C’est une population fragile économiquement, qui n’a pas accès aux relais d’opinion, et qui comme toutes les populations fragiles, peut à un moment ou à un autre réagir de façon agressive. Faire des lois ne sert donc à rien car on croit se protéger d’une menace quand on se protège contre son angoisse.

Est-il encore possible de sortir de ce cercle vicieux de violence et de radicalisation ?  

Oui. Il faudrait plus de responsabilités des hommes politiques. Il faudrait revenir aussi à plus de rationalité et moins d’émotivité.  Ces agressions islamophobes arrivent ainsi juste au moment où on est en train de discuter au Parlement de laïcité, au moment où Hollande dit que la laïcité ne s’arrêtera pas au privé. Les Français se sentent légitimes à passer à l’acte parce qu’ils entendent cela à la télévision, parce que les politiques en parlent comme de problèmes alors que ce sont de faux problèmes. Par exemple, les membres de l’Observatoire de la laïcité créé par le gouvernement pensent pour la plupart qu’il y a un problème avec l’islam. Des gens comme Jean Baubérot n’y sont pas. On est allés sélectionner les gens en fonction de ce qu’on veut entendre. Les politiques doivent plutôt mettre en place les conditions d’un vrai débat.

Certaines réactions qu’on observe chez les musulmans comme une certaine inflation de débats et de conférences sur l’islamophobie, et parfois une tendance à la victimisation, ne renforcent-elle pas une polarisation oppositionnelle qui entretient la tension là où il faudrait la désamorcer ?

Paradoxalement, oui, mais pas dans le sens où on le pense. Ce qui a pu laisser le champ libre au développement d’une forme de paranoïa anti-musulmane, c’est moins la visibilité de l’islam qui est assez banale. La condamnation du halal au Quick ou la présence de femmes voilées aux sorties scolaire est, en ce sens, ridicule. C’est plutôt l’attentisme de certains musulmans ou dirigeants d’associations. Leur attitude, c’était : «ça va passer, il faut attendre, il faut rien faire, etc..». C’est l’attitude Tareq Oubrou, qui a été très influent sur ce point-là. Malgré cette attitude conciliante, vous allez pourtant avoir une vindicte des islamophobes contre Tareq Oubrou qui l’accuse d’être en lien avec les islamistes.

Quelle réponse les musulmans devraient-ils apporter selon vous ?

Quand on est visée en tant que minorité, c’est plus rassurant dans un pays avec une culture de la mobilisation, de manifester dans la rue et de dénoncer pacifiquement. Ce que ne font pas les musulmans en réalité qui ne sont pas capables de s’organiser pour dire stop ! Il y a aussi le risque de prêter le flanc aux accusations qui leur sont faites en amalgamant trop souvent des sujets de politique internationale avec l’islamophobie telle qu’elle existe dans ce pays. Mais n’oublions pas que les musulmans ne font que répondre à une agression, même si la réponse n’est pas toujours adéquate. Il ne faut pas retourner le sens de l’agression.

Une manifestation de Résistance républicaine, un rejeton de Riposte laïque qui milite contre l’islam, a été interdite à Paris. Comment jugez-vous l’évolution de ces mouvements identitaires anti-musulmans ?

Ces mouvements ne sont plus ni à droite, ni à gauche. Ils jouent sur la fragilité identitaire de l’Europe. Bloc identitaire, au départ c’est à droite. Riposte laïque, c’est fondée par quelqu’un qui viens de Res publica, donc à gauche. C’est à partir du mythe de l’islamisation qu’il peut y avoir une convergence entre eux. A droite, c’est la menace contre la culture catho et ses figures comme Clovis ou Jeanne d’Arc qui est visée. A gauche, le discours est sur la liberté d’expression, l’égalité hommes femmes. Le FN a repris cette construction dans son nouveau programme et discours.  Ces mouvements identitaires constituent le nouveau noyau au cœur de la vie politique française et leurs idées se retrouvent aussi bien au FN, qu’à l’UMP et au PS.  

18 juin 2013

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

Enzo Traverso

Compte-rendu de la conférence-débat organisée à l’UPJB ce 14 juin. Enzo Traverso, enseignant à Cornell University (USA), nous présente son dernier livre et nous explique l’évolution de la pensée juive contemporaine :

«Après la deuxième guerre mondiale, s’amorce un processus de déclin de l’antisémitisme. Avant la deuxième guerre mondiale, il fallait être antisémite pour faire une carrière politique ou académique, aujourd’hui, l’antisémitisme n’a plus droit de citer. Un politicien antisémite est quelqu’un qui s’expose à des risques, ce n’est pas comme ça qu’il peut bâtir sa carrière.

Parallèlement à ce déclin de l’antisémitisme, qui ne fait plus des juifs par excellence la figure de l’altérité négative au sein du monde occidentale mais progressivement après la seconde guerre mondiale, on a assisté au renversement de cette perspective. La mémoire de la Shoah est devenue aujourd’hui une pratique institutionnalisée. La mémoire de la Shoah est désormais portée non plus par les juifs, une communauté meurtrie par un génocide, elle est devenue une des formes d’expression des politiques de la mémoire des États, des gouvernements. Je la définis comme une religion civile.

On a besoin de se souvenir d’un génocide pour éviter qu’il ne se répète mais aussi pour combattre les formes d’exclusion, de xénophobie et d’oppression qui peuvent exister dans le présent. Or, la mémoire de la Shoah remplit de moins en moins cette fonction-là, me semble-t-il. Elle est une mémoire qui vise à ériger un culte sacré, à créer une sorte de mystique autour d’un évènement séparé de la société. Pour ne pas parler des instrumentalisations de cette mémoire, qui sont, à mes yeux, particulièrement scandaleuses et de plus en plus courantes.

A côté de ce déclin de l’antisémitisme, je pense que l’on assiste en Europe, dans le monde occidentale en général, à l’émergence d’une nouvelle forme de racisme et d’exclusion qui vise, comme cible privilégiée, les musulmans, l’islam. Et l’islam, d’une certaine façon, aujourd’hui, tendanciellement, joue ce rôle métaphorique comme l’a été la judaïté dans le passé. L’Europe s’est débarrassée de ce démon qui l’a hanté si longtemps et c’est une très bonne chose, personne ne pourra se plaindre du fait que quand il y a un acte antisémite, cela suscite la réprobation générale, c’est très bien. Malheureusement, il y a d’autres actes de racisme qui ne suscitent pas la même réprobation et qui sont mêmes encouragés par les politiques xénophobes. J’ai l’impression que cette incarnation métaphorique d’une altérité négative, aujourd’hui, est incarnée par les musulmans. C’est pour cela que je parle d’islamophobie, comme il y a une homophobie ou une judéophobie, qui remplit cette fonction. Et parfois, il y a même des affinités qui sont frappantes : le portrait de l’islamiste qui organise des complots ou des attentats rappelle de près la caricature antisémite du bolchévique qu’on trouve dans la presse européenne des années 20.» (Enzo Traverso, le 14 juin 2013)

Zoubida Jellab : Avis du Conseil d'État

Zoubida Jellab

Conseillère communale Ecolo

Bruxelles-Ville le 16 juin

Suite à son interpellation au Conseil communal du 10 juin dernier, relative au récent avis prononcé par le Conseil d’État sur la légalité du port de signe d’appartenance religieuse par les enseignants des religions et philosophie reconnues.

Zoubida Jellab dénonce : «La Ville de Bruxelles ne respecte pas la loi… J’estime que la Ville de Bruxelles qui est une autorité publique se doit de respecter la loi et de garantir également les droits fondamentaux des individus… Quand on est un citoyen engagé et responsable, il faut continuer à suivre ce que nos élus font et, bien sûr, il faut dénoncer le fait que l’autorité publique ne respecte pas la loi… Je trouve aussi que le Centre devrait changer de nom parce que Centre pour l’Égalité des Chances, il faut juste savoir : est-ce qu’on veut plus d’égalité ou est-ce qu’on veut plus de chance, sachant que la chance relève de la superstition ? Moi, je trouve dommage que des associations qui sont reconnues et financées ne soutiennent pas les citoyens qui viennent avec leurs plaintes…» 

14 juin 2013

Interdire les signes religieux au travail, c'est faire un pas vers l'islamophobie d'État

 Interdire les signes religieux au travail, c'est faire un pas vers l'islamophobie d'État

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Par Louiza Belhamici et Sonia Dayan-Herzbrun, le 14 juin 2013

Depuis l'histoire de la crèche Baby Loup, une partie de la classe politique réfléchit à un moyen d'étendre la loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école à d'autres espaces publics. Pour les militantes féministes Louiza Belhamici, professeure de Lettres et Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, c'est une ineptie.

Depuis deux mois nos élus s'affolent à nouveau devant le danger que présenteraient à leurs yeux, jupes, foulards ou bandeaux trop longs, trop larges, trop voyants...

Un esprit contraire à la loi de 1905

Après l'arrêt en date du 19 mars 2013 rendu par la Cour de Cassation à propos de l'affaire de la crèche Baby Loup, François Hollande a déclaré prévoir une refonte législative en vue du vote d'une loi étendant le champ de l'interdiction des signes religieux dans certains lieux de travail "dès lors qu'il y a contact avec les enfants", notamment "les crèches associatives avec financements publics". C'est dans cette perspective qu'il a inauguré, peu de temps après, l'Observatoire de la laïcité dont la première mission est de réfléchir à une loi sur le port de signes religieux en entreprise.

La droite parlementaire s'est immédiatement engouffrée dans cette brèche en rédigeant une proposition de loi "visant à réglementer le port de signes et les pratiques manifestant une appartenance religieuse". Par une surenchère sur ce qu'elle considère à tort comme une atteinte au pacte républicain, elle cherche à griller la politesse à la gauche sur le dos de femmes qui n'en demandent pas tant.

Une telle loi, qui cèderait aux pires tentations populistes, serait contraire à l'esprit comme à la lettre de la loi de 1905 que les prétendus défenseurs de la laïcité ne cessent de bafouer. Elle constituerait une restriction des libertés religieuses que cette loi garantit. Elle ouvre de fait la voie à l'interdiction du port du foulard musulman dans tous les établissements privés gérant un service public et peut-être même, comme on l’entend déjà évoquer, dans les universités.

On veut légaliser l'exclusion et la discrimination

On veut donc faire adopter une loi qui vise d'abord les femmes et devrait aboutir à exclure les plus vulnérables d'entre elles du monde du travail et de l'éducation, comme si elles étaient en trop dans cette société. C'est ainsi que la petite Sirine, âgée de 15 ans a été exclue de son collège, parce qu'elle refusait de raccourcir sa jupe et de retirer son bandeau large de 6 cm. L'arbitraire de cette décision est flagrant, tout comme l'était le licenciement de l'employée de la crèche Baby Loup, puisque Sirine a été réinscrite dans un autre collège avec sa jupe et son bandeau, et que la Cour de Cassation a annulé le licenciement de l'employée.

Certes les lois en préparation mettraient fin à l'arbitraire, mais elles le remplaceraient par une véritable islamophobie d’État qui légaliserait l'exclusion, les pratiques discriminatoires et qui annoncerait la fin de la liberté des cultes garantie par la loi de 1905. Car, contrairement à ce que déclarent tous ceux qui réclament le vote d’une telle loi, l’espace public n’est pas neutre. Il est le lieu de déploiement de la diversité, des appartenances, des cultures, des coutumes, des convictions, des histoires individuelles et collectives. En cherchant à le neutraliser on nie cette diversité, et on vise à imposer à tous une culture uniformisée et totalisante.

Si elle était votée, la loi annoncée par François Hollande aboutirait à abolir la liberté de conscience et d'expression garantie par nos lois et les conventions internationales, à masquer la diversité et à renoncer à un véritable vivre-ensemble, qui implique de vivre et d’agir avec nos différences, et non en les occultant. Elle aurait pour conséquence un nouvel enfermement des femmes musulmanes que l’on confinerait dans leurs cuisines et dans leurs ghettos, et leur exclusion de l’espace public et du monde du travail, alors même qu’elles aspirent à s’investir pleinement dans la vie collective.

Le corps des femmes leur appartient

C'est la raison pour laquelle un groupe de 120 femmes de toutes appartenances et convictions, dont nous faisons partie, a lancé il y a quelques semaines un appel, dans lequel elles refusent l'imposition d'un code vestimentaire quel qu'il soit, qu'il s'agisse d'interdire le port du voile ou de le rendre obligatoire.

Nous sommes désormais près de 2000. L’imposition d’un code vestimentaire est une forme de violence et nous la dénonçons comme telle. Le corps des femmes leur appartient, tout comme leur appartient le choix de leurs vêtements.

Nous nous opposons à des lois que nous jugeons à la fois sexistes, parce qu’elles ne concernent que les femmes, et racistes, parce que ce sont les femmes musulmanes qui sont discriminées et menacées d’exclusion sociale. Nous revendiquons aussi l'accès au travail pour toutes les femmes, et appelons l’opinion publique à se mobiliser contre leur adoption. Les femmes de France doivent TOUTES bénéficier de droits égaux.

Communiqué du Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !

Communiqué du Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !

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Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s, le 13 juin 2013

Suite à l’annonce de Madame l’échevine Faouzia Hariche, sur l’avis du Conseil d’Etat de ce 17 Avril autorisant le port du foulard pour les professeurs de religion, règlement applicable aux communes de la Région bruxelloise, celle-ci refusant ainsi de l’appliquer dans – sa circonscription - les limites de la Ville de Bruxelles : «Contrairement au cas de Grâce-Hollogne, nous appliquons les dispositions légales du décret neutralité de 1994 - qui insiste sur le fait de s’abstenir de toutes formes de prosélytisme - et le règlement de travail de la Ville - qui interdit le port de signes philosophiques sur le lieu de travail», rétorquait Faouzia Hariche (PS), échevine de l’Enseignement de la Ville de Bruxelles.

Le Mouvement MEET ! constate l’urgence de condamner fermement cette décision de Madame l’échevine et lui rappelle par la même occasion que ledit décret du 31 mars 1994 est tout d’abord totalement désuet et contraire au décret qui l’a suivi (et donc qui l’abroge) le 17 décembre 2003 qui impose certes aux enseignants «d’adopter une attitude réservée, traiter les options religieuses en des termes qui ne peuvent froisser, s’abstenir de tout propos partisan dans les problèmes idéologiques et refuser de témoigner en faveur d’un système philosophique ou politique quel qu’il soit» mais toutefois qui mentionne que «rien n’interdit aux professeurs de religions reconnues de porter tout signe d’appartenance, y compris vestimentaire».

D’ailleurs, Xavier Delgrange, membre du Conseil d’Etat, dit à propos de cet avis : «l’enseignement de la religion échappe pratiquement totalement au contrôle des autorités publiques […] Les titulaires de cours de religions reconnues ne sont pas astreints au devoir deneutralité et même, le prosélytisme de leur part n’est pas critiquable».

Nous voyons, dans ce cas-ci, qu’alors même que la plus haute instance juridique donne un avis favorable, l’échevine se prononce et refuse de l’appliquer. En quoi un élu politique se donne-t-il le pouvoir de refuser d’appliquer un arrêt promulgué par une instance juridique dans une démocratie où la loi est première ?

En ce qui concerne l’emploi, beaucoup ne trouvent pas un emploi à la hauteur de leurs compétences, et se voient accepter un travail très souvent précaire, ou ne trouvant un travail que des années après, voire même aucun travail. On ne cesse de parler de diversité, de multiculturalité, et bien cela fait partie de la liberté de conscience de tout un chacun, de la diversité tant mise en avant par tous. Finalement, quelles sont les priorités de Bruxelles ? Investir dans l’enseignement ? Former les jeunes ? Dans ce cas-ci, y’a-t-il toujoursune place pour des jeunes femmes ? Eviter de leur mettre des obstacles ? Que le taux de chômage ne grimpe ou alors se préoccuper de savoir qui porte un foulard, qui porte une longue jupe ou un pantalon large ?

Alors même que la Belgique traverse une crise sans précédents, où le décrochage scolaire est au plus haut, où le taux de chômage des jeunes et moins jeunes explose, alors même que la femme est d’après de nombreuses statistiques, toujours bien plus discriminée que l’homme, l’interdiction du port du foulard ne cesse de faire du tort aux femmes le portant. Celles-ci ne peuvent s’inscrire dans les écoles qu’elles désirent et faire un choix correct de leurs études étant donné que l’accès à la plupart des écoles supérieures ne leur est pas permis. Les filles étant en secondaire se voient dans l’obligation de le retirer pour continuer leur scolarité. Alors même que la grande majorité sont contraintes illégalement de l’enlever, beaucoup font l’objet au sein de leur école de discriminations quant à leur tenue vestimentaire, alors jusqu’où comptons-nous les priver de leur liberté ?

Nous sommes conscients que ces dérives de la part d’élus politiques ne sont pas des plus rares, c’est la raison pour laquelle la lutte ne s’arrêtera pas aux vêtements des professeurs de religion, mais également à la tenue des élèves qui sont considérés comme égaux juridiquement aux professeurs d’après l’article 24 de la Constitution belge organisant les principes de la neutralité applicables à tous.

Nous, membres du Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !, appelons à une coordination pour contester cette décision de Madame l’échevine Faouzia Hariche, ainsi qu’à une mobilisation large qui se fera très prochainement.

Mouvement pour l’Egalité et l’Emancipation de Tou-te-s !

m.e.e.t.belgium@gmail.com

11 juin 2013

La laïcité Parole de musulmane

La laïcité

Parole de musulmane

Une arme secrète contre l’Islamophobie…

Une arme secrète contre l’Islamophobie…

Oumzaza, le 11 juin 2013

Têtes de porc, sang de porc, tags haineux et racistes, voici un échantillon de ce que doivent supporter les fidèles des mosquées de France en 2013. Il existe aussi des communes comme Nice et Montrouge hier, ou Epinay sur Seine aujourd’hui, qui peinent à avoir un lieu de culte décent, ou qui en avait un mais se le voit confisqué de manière arbitraire, c’est à dire sans véritable raison. Découvrez la dernière vidéo d’Islamotion TV, donnant la parole aux fidèles de la mosquée d’Épinay-sur-Seine, victime d’une décision injuste :

Au-delà des mosquées

Les mosquées, les tombes de nombreux défunts musulmans, quelques commerces… sont les dommages matériels à déplorer aujourd’hui. Mais pas que. Plus triste encore, les êtres humains humiliés, insultés, agressés. Ces hommes peinant à trouver du travail, ces femmes dont on nie l’intelligence parce que leur cerveau se trouve dans leur tête, celle qu’elles cachent sous ce foulard tabou pour une société laïcarde et complexée par sa propre identité religieuse. Ces mêmes femmes qui représentent aujourd’hui en France plus de 90% des victimes d’islamophobie. Agressées verbalement ou physiquement, ces victimes sont trop nombreuses pour excuser le silence des télévisions et des radios. Seuls les médias alternatifs relatent les faits.

Marwan Muhammad, porte parole du Collectif Contre l’Islamophobie de France a écrit récemment une très jolie lettre pour les femmes musulmanes : lettre à ma sœur. Une lettre empreinte de douleur, de tristesse, mais également de courage et d’optimisme. Les musulmans de France sont, et seront si Dieu le veut. Nous aspirons tous à une vie meilleure, une cohabitation dans la Paix et le respect mutuel. Ce fossé creusé par les politiques et les médias a réussit à nous faire croire qu’il existait des communautés qui ne pouvaient s’intégrer à la société française. Alors que la société elle-même prouve le contraire.

Action, réaction !

Nous sommes contraints aujourd’hui d’agir, et ce afin de ne pas se laisser marcher sur les pieds. Agir en dénonçant les actes islamophobes auxquels nous sommes témoins ou victimes, et ce pour asseoir nos droits inaliénables, les mêmes que pour n’importe quel citoyen français. Ni plus, ni moins.

Nous apprenions hier sur le site d’Al Kanz que le CCIF lance très prochainement une application mobile, destinée à suivre l’actualité, mais également suivre l’évolution de l’islamophobie en France, avec une carte interactive permettant de localiser les actes islamophobes géographiquement. L’application permettra surtout à tout un chacun la déclaration on line de toutes agressions verbales ou physiques, et d’y joindre une photo. Grâce à de nombreux conseils qui seront disponibles sur l’application, nous aurons en poche une arme secrète : une défense légitime, loyale et légale.

Force est de constater que nous ne pouvons pas compter sur le corps médiatique classique aujourd’hui (à lire : Quand le coupable est musulman…). Preuve en est, l’inconscience collective dans laquelle est plongée tout citoyen lambda (parfois même musulman). Lorsque nous relatons un fait comme ceux cités ci-dessus, nous reconnaissons immédiatement ceux qui achètent le Parisien, le Figaro, et ceux qui sont connectés aux sites tels qu’Ajib.fr, Al Kanz, Katibîn, Question halal… A nous de nous faire entendre à travers ce corps médiatique uni et alternatif ! Avec un bon comportement en prime, nous travaillons aujourd’hui pour nos enfants, et nos petits enfants, pour un vivre ensemble digne et respectueux. La reconnaissance que nous espérons ne sera peut-être pas nôtre, espérons qu’elle appartiendra à nos enfants, et que nos efforts leur profiteront. Qu’ils ne sentiront plus cette pression étouffante, cette impression d’être chez soi sans être réellement chez soi. C’est à nous, ACTION !

07 juin 2013

Colloque international "Discriminations territoriales"

Colloque international "Discriminations territoriales"

Ce colloque international, organisé par l’EA 3482 Lab’Urba, s'interrogera sur les usages et les enjeux de la notion de "discriminations territoriales".

Du 10 juin 2013 au 11 juin 2013

Comment penser le développement actuel de l’utilisation du terme "discriminations", et pourquoi l’importation de ce vocabulaire dans la réflexion sur la ville et les territoires ?

Il nous semble important de démêler ce qui relève des "territoires", c'est-à-dire des lieux de résidence des personnes concernées, et ce qui relève de leurs autres caractéristiques ou propriétés sociales, ce qui relève de disparités dans la présence des services publics et entreprises et ce qui relève de mécanismes de discrimination à l'encontre des habitants, sans omettre la façon dont les deux aspects s'alimentent mutuellement.

Il nous semble intéressant aussi d'analyser les façons dont on mobilise aujourd'hui le vocabulaire de la "discrimination", les raisons de mobiliser ce vocabulaire et pas un autre, et en quoi celui-ci se distingue d'autres catégories d'analyse comme "ségrégation", "inégalités" ou encore "injustice".

Comité d’organisation

Claire Hancock (UPEC, Lab'Urba)

Christine Lelévrier (UPEC, Lab'Urba)

Fabrice Ripoll (UPEC, Lab'Urba)

Serge Weber (UPEMLV, LVMT)

Comité scientifique

Patrick Simon, INED

Yannick L'Horty, ERUDITE, UPEMLV

Sylvie Tissot, CSU-CRESPPA, Paris-8

Sylvie Fol, Géo-Cités, Paris-1

Valérie Sala Pala, TRIANGLE, Saint-Etienne

Stefan Kipfer, York University, Toronto

Mustafa Dikeç, Royal Holloway College, Londres

En savoir plus

Télécharger le programme [PDF - 396 Ko]

Inscriptions et informations

discriminationsterritoriales@gmail.com

09:22 Écrit par Rachid Z dans Discriminations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

DES ROMS MILITENT CONTRE LA DISCRIMINATION

DES ROMS MILITENT CONTRE LA DISCRIMINATION

Témoignages recueillis par Amnesty International

Par Marine Jeannin, jeudi 6 juin 2013

En Europe, des millions de Roms subissent préjugés, exclusion, expulsions forcées, ségrégation scolaire, privation de services essentiels et hostilité pouvant se transformer en violence. Que font-ils pour résister à cette discrimination quotidienne ? Qu’est-ce qui leur permet d’espérer que leur situation va s’améliorer ?

Voici le témoignage de militants roms qui parlent de leur lutte pour le respect de leurs droits fondamentaux, des droits de leurs enfants et de tous ceux qui partagent leur quotidien.

Lutter contre la ségrégation à l’école - «Vous nous avez donné de la force»

Peter et Marcela vivent à Levo è a, en Slovaquie. Avec l’aide d’Amnesty, ils ont récemment remporté une bataille contre la scolarisation de leurs enfants dans des classes réservées aux Roms, une pratique qui perdure néanmoins.

Peter : «Je me sens slovaque, mais je suis rom. Je ne veux pas être étiqueté rom ou tsigane. Je fais partie de la société, tout comme mes enfants. Leur avenir sera meilleur que le mien. Ils vont dans des classes mixtes – ils ont plus de possibilités et une autre façon de voir l’école. J’espère la venue du changement. Il faut supprimer les classes séparées. C’est bien d’informer les gens – si l’on n’en parle pas, rien ne bougera et aucun problème ne sera réglé. Notre collaboration avec Amnesty a sans aucun doute été positive, parce que, à Levo èa et ailleurs, les choses ont changé.»

Marcela : «Je me suis battue pour mes enfants, mais aussi pour tous les enfants. Je serais tellement contente que le ministère de l’Éducation supprime toutes les écoles et les classes réservées. Et je voudrais que les autres parents se battent comme nous l’avons fait, mon mari et moi. Collaborer avec Amnesty International, cela m’a donné beaucoup de force et d’énergie. Si vous ne nous aviez pas aidés, je n’aurais pas su par où commencer. J’ai trouvé que c’était une expérience importante. Vous nous avez donné suffisamment de force pour poursuivre notre lutte.»

Lutter contre les expulsions forcées - «Je ne peux pas abandonner»

En décembre 2010, Claudia Greta et les habitants de son quartier ont été expulsés de force de Cluj-Napoca, en Roumanie, pour être réinstallés dans les faubourgs de la ville, près de la décharge municipale. Leur histoire figurait dans notre marathon d’écriture de lettres en 2012. Claudia et d’autres militants font aujourd’hui campagne aux côtés d’Amnesty International pour être réinstallés en ville dans des logements décents.

«Le jour de l’expulsion m’a marquée à vie. Depuis, nous nous sommes battus pour montrer que nous devions bénéficier des mêmes droits que tous au regard de la loi. Je veux montrer au monde entier que nous ne renoncerons pas, même si notre peau est plus foncée. Cela ne compte pas – nous sommes tous humains. Je ne veux pas que nos enfants grandissent en enfer».

«Je veux que les gens voient que nous sommes normaux : nous envoyons nos enfants à l’ école, nous allons travailler, nos enfants vont au jardin d’enfants. Nous avons des activités normales, comme n’importe quel groupe ethnique. Nous sommes des êtres humains».

«Mon voyage à Varsovie avec Amnesty International m’a beaucoup marquée. Un garçonnet de 10 ans m’a montré la lettre qu’il avait écrite pour nous. Cela m’a profondément touchée. Désormais, nous ne nous sentons plus seuls. Chaque lettre est la preuve que d’autres personnes luttent à nos côtés. Quand je vois toutes ces lettres d’encouragement, je ne peux pas baisser les bras. Même la mort ne m’arrêtera pas. Je laisserai derrière moi quelqu’un pour persévérer».

«Quand la Roumanie a rejoint l’Union européenne, cela incluait les Roms, les Hongrois, les juifs et tous les autres groupes ethniques qui y vivaient. Nous faisons donc, nous aussi, partie de l’Union européenne. Si l’UE voit des discriminations dans notre pays, elle doit intervenir.»

Lutter contre la discrimination - «J’étais en colère»

Rita Izsák est une Rom de Hongrie. Elle est aujourd’hui l’experte indépendante des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités.

«Le nom de ma mère est Orsós, un nom rom traditionnel. Toute ma vie, lorsque j’ai dû donner le nom de ma mère pour des documents officiels, on comprenait tout de suite que j’étais rom».

«Quand j’étais étudiante, je travaillais à temps partiel comme organisatrice d’événements, et j’ai été licenciée subitement sans raison. Mon patron, m’a-t-on dit, avait découvert que ma mère était rom et ne pouvait pas admettre que l’entreprise soit représentée par une Rom. Peu lui importait que je fasse des études de droit, que je parle deux langues couramment, que je sois propre sur moi et polie ; la seule chose qui comptait à ses yeux, c’était que ma mère était d’origine rom».

«J’étais en colère et j’ai rejoint le Centre européen des droits des Roms. Je suis devenue militante pour les droits des Roms. J’étais confrontée à cette réalité terrible, et cela a fait de moi une combattante».

«Je vois des signes encourageants – par exemple, mon organisation en Hongrie vient de monter un club de femmes roms, où je vois des dizaines de jeunes femmes très talentueuses et très instruites œuvrer en faveur de la cause rom».

«Je pense que ce qui fait vraiment défaut est un discours clair sur la réalité des faits. Il n’y a pas suffisamment de discussions franches permettant aux gens de comprendre ce qui se passe. Les responsables politiques ont souvent peur de prononcer des mots comme ségrégation, violence ou homicides de Roms. Tout le monde se tait».

«En Europe occidentale, on assiste à une montée des discours haineux et de la haine, non seulement envers les Roms, mais aussi envers d’autres groupes, comme les juifs et les musulmans. Mais le cas des Roms est à part, parce que nous servons de cibles dans la quasi-totalité des pays où nous vivons. Le problème est que nous ne disposons pas d’un pouvoir politique, économique ou médiatique suffisant. Il est donc important de trouver des lieux d’échange pour témoigner de notre solidarité. ll existe toujours un moyen de tendre la main à ces communautés».

«Nous devons agir maintenant pour éviter de voir apparaître une nouvelle génération perdue de Roms, qui n’aurait pour perspective qu’une vie marquée par la pauvreté, la discrimination et l’exclusion.»

01:22 Écrit par Rachid Z dans Discriminations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06 juin 2013

Discrimination à l'accès à l'emploi même pas voilée

Discrimination à l'accès à l'emploi même pas voilée

Maison de l'Emploi et de la Formation - Bruxelles-Ville

"URGENT ! La Ville de Bruxelles recrute 10 Agents-contrôleur (horodateur) pour engagement immédiat !

Profil :

- avoir le CESI

- Habiter la Ville de Bruxelles

- Etre flexible et bonne gestion du stress

Intéressé(e) ? Contactez les médiateurs emploi de la Maison de l'Emploi au 02/503 65 58 avant ce lundi 10/06."

Lien facebook : https://www.facebook.com/maisonemploiformation/posts/529226317139165

05 mai 2013

Laïcité : les conclusions de cette commission ne sont pas une première

Laïcité : les conclusions de cette commission ne sont pas une première

Pierre-Yves Lambert, le 02 mai 2013

L'analyse faite par cet organisme américain n'est pas une première. Plusieurs organismes internationaux, y compris de défense des droits de l'Homme, ont fait le même constat. A chaque nouvelle loi, sur le foulard, la burqa, l'interdiction des signes convictionnels etc. des organismes comme la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, Amnesty International, des associations féministes protestent énergiquement. La Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) était elle-même hostile à une interdiction absolue du voile intégral.

Sur le plan historique, la France jouit d'une certaine réputation en matière de droits de l'Homme, ce qui explique en partie qu'elle soit plus particulièrement pointée du doigt par ce type de rapports. Mais le problème se pose également dans d'autres pays d'Europe.

La question se pose par exemple en Suisse avec les minarets, en Allemagne avec la circoncision et également dans ces deux pays avec la «Kirchensteuer», cette sorte de dîme prélevée par l'Etat via les impôts pour être versée à une église ou une association religieuse du choix du contribuable. Dans ce dernier cas, l'Etat a déterminé quelles étaient les religions qui pouvaient en bénéficier. L'Islam n'en fait pas partie. Il y a là une discrimination claire qui existe, comme d'ailleurs en Alsace-Moselle pour les cours de religion, le paiement du salaire des prêtres et l'entretien des édifices du culte.

Des conséquences sur l'intégration sociale

Ce phénomène dénoncé par le rapport de la commission américaine des libertés religieuses a des conséquences en terme d'intégration sociale, notamment après ce qui s'est passé lors de l'affaire de la crèche Baby Loup et des mesures discutées ensuite pour l'interdiction de signes religieux dans le secteur privé. Le problème se pose de la même manière en Belgique, à ceci près qu'existe dans ce pays une jurisprudence selon laquelle on ne peut interdire le port de signes religieux dans l'entreprise, à moins que celui-ci présente un danger pour le salarié.

L'autre conséquence est un renforcement des radicalismes. Celles et ceux qui portent des signes convictionnels ou font partie (pour ce qui est de l'autre volet du rapport) d'une secte se sentent mis au ban de la société. Un sentiment dangereux pour la cohésion sociale du fait de la réduction considérable des perspectives d'emploi pour les personnes concernées. La plupart des études montrent pourtant que les jeunes femmes musulmanes ont un taux de réussite scolaire et de diplôme souvent plus élevé que les garçons. Ce type de "laïcité agressive" conduit à une frustration plus grande encore au sein des familles.

Par ailleurs, je tiens à exprimer mon total désaccord avec une section de la partie du rapport consacrée à l'Europe occidentale, qui traite des «Hate speech laws» (lois contre le racisme, le négationnisme etc.). Si un organe consultatif équivalent de l'Union européenne ou du Conseil de l'Europe devait publier ce genre de rapport sur les Etats-Unis, il devrait souligner l'absence de telles lois qui permet toutes les dérives racistes et néo-nazies notamment, mais aussi homophobes.

Le débat

03 mars 2013

«Les gouvernements devraient renoncer aux lois visant spécialement les musulmans»

«Les gouvernements devraient renoncer aux lois visant spécialement les musulmans»

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Assirou, le 01 mars 2013

Dans une lettre publiée sur le site du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks commissaire aux droits de l’Homme de l’instance a appelé les différents gouvernements Européens à «renoncer aux lois et mesures visant spécialement les musulmans et interdire la discrimination fondée sur la religion ou les convictions dans tous les domaines».

Discriminations aux yeux de tous

L’intervention du commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe fait suite aux conclusions de différents commentateurs du «printemps arabe» qui n’ont pas hésité à jouer l’exagération concernant de potentiels risques de migrations massives de musulmans vers l’Europe.

Nils Muiznieks dénonce par ailleurs l’attitude des politiques et officiels sur la question de l’islam en Europe, il évoque notamment la polémique autour du niqab. Après un pseudo-débat qui avait duré près d’un ans et contre l’avis d’Amnesty Internationale et du Conseil Européen des Droits de l’Homme, l’UMP avec la complicité du Parti Socialiste avait voté cette loi islamophobe. Sur ce sujet Nils Muiznieks déclare :

De grands partis ont exploité la défiance à l’égard des musulmans en soutenant des mesures législatives restrictives dirigées contre cette population. En Belgique et en France, des lois prévoient depuis 2011 une amende ou un «stage de citoyenneté» pour les femmes portant un voile intégral dans l’espace public. En Italie, des collectivités locales ont invoqué une vieille loi antiterroriste qui interdit, pour des raisons de sécurité, de se couvrir entièrement le visage pour punir des femmes qui portaient le voile intégral. Il a été question d’initiatives similaires en Autriche, en Bosnie-Herzégovine, au Danemark, aux Pays-Bas, en Espagne et en Suisse.

Plus généralement, le commissaire aux Droits de l’Homme évoque les discriminations à l’égard des musulmans «il ressort d’une étude récente de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) que, dans l’UE, 1 musulman sur 3 a été victime de discrimination au cours des 12 mois précédents, les jeunes étant les plus touchés».  Nils Muiznieks indique par ailleurs que les «policiers, douaniers et gardes-frontières pratiquent une forme de discrimination particulièrement pernicieuse lorsqu’ils se livrent à un profilage ethnique ou religieux à l’encontre des musulmans en les arrêtant à cause de leur apparence».

Les mosquées ne sont pas épargnées, les difficultés pour obtenir le permis de construire sont une réalité que confirme Nils Muiznieks «dans de nombreuses villes européennes, les autorités se montrent bien plus réticentes à délivrer des permis de construire dans le cas de mosquées que pour d’autres lieux de culte.»

Renoncer aux lois visant les musulmans

Le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe fait donc un triste constat et la France se targuant d’être le pays des Droits de l’Homme en prend pour son grade. Nils Muiznieks appelle donc les gouvernements européen à renoncer aux lois visant les musulmans et à lutter contre l’intolérance de l’opinion publique à l’égard des musulmans.

«Les gouvernements devraient renoncer aux lois et mesures visant spécialement les musulmanset interdire la discrimination fondée sur la religion ou les convictions dans tous les domaines… Parallèlement, il faudrait que les gouvernements combattent les préjugés et l’intolérance de l’opinion publique à l’égard des musulmans. Pour ce faire, ils pourraient s’inspirer utilement de la Recommandation de politique générale n° 5 de l’ECRI intitulée «La lutte contre l’intolérance et les discriminations envers les musulmans»

Le commissaire conclue en ces mots : «Il est temps de reconnaître que les musulmans font partie intégrante des sociétés européennes et qu’ils ont droit à l’égalité et à la dignité. Préjugés, discrimination et violence ne font qu’entraver l’intégration. Nous avons besoin d’un «printemps européen» pour éradiquer les formes anciennes et nouvelles de racisme et d’intolérance.»