23 janvier 2013

Liberté religieuse : un avertissement de la Cour européenne ?

Liberté religieuse : un avertissement de la Cour européenne ?

Par Roseline Letteron, le 21 janvier 2013

Les convictions religieuses doivent-elles sortir de l'espace de la vie privée pour pénétrer la vie publique et guider le législateur ?

L'arrêt Eweida et a. c. Royaume Uni, rendu par la Cour européenne le 15 janvier 2013 suscite bon nombre de commentaires, surtout en France. Il est en effet relatif à la liberté de religion, actuellement mise en avant par ceux qui estiment que les convictions religieuses doivent sortir de l'espace de la vie privée pour pénétrer la vie publique et guider le législateur.

En l'espèce, et il convient de ne pas l'oublier, les requérants sont quatre citoyens britanniques qui se présentent comme "Chrétiens pratiquants". Deux femmes, Mesdames Eweida et Chaplin, l'une est employée par British Airways et l'autre infirmière gériatrique, se plaignent de ne pas avoir l'autorisation de porter de manière visible et pendant leur travail une croix autour de leur cou. Les deux autres, Mme Ladele et M. Mc Farlane, estiment que leurs convictions religieuses leur interdisent toute action qui aboutirait à reconnaître l'homosexualité. Or, Mme Ladele est officier d'état civil, et doit célébrer des cérémonies de "partenariat civil" entre des couples homosexuels. Quant à M. Mac Farlane, il exerce les fonctions de conseiller dans un organisme britannique, Relate, qui offre des services de conseil conjugal et de sexothérapie.

Les quatre requérants contestent les diverses poursuites disciplinaires dont ils ont fait l'objet, mais il faut reconnaître que les situations sont très différentes. Dans les deux premiers cas, les requérantes revendiquent le port ostensible de signes religieux pendant l'exercice de leurs fonctions. Dans les deux autres, des agents publics invoquent leurs convictions pour refuser d'assumer une partie de leur service. Tous en tout cas s'appuient sur les dispositions combinées des articles 9 et 14 de la Convention européenne des droits de l'homme qui consacrent la liberté religieuse et le principe de non-discrimination.

Liberté religieuse, et ingérence de l’État

La Cour commence par rappeler que "la liberté de pensée, de conscience et de religion est l'un des fondements d'une société démocratique". Elle est aussi indispensable aux croyants qui peuvent affirmer leur identité, qu'aux athées et agnostiques, puisqu'elle constitue un élément du pluralisme de la société. Reprenant les deux alinéas de l'article 9, la Cour fait observer que la liberté religieuse a une double dimension, à la fois liberté de la conscience la plus intime de l'individu, mais aussi liberté de manifester sa religion collectivement, par l'exercice du culte ou l'accomplissement des rites. Comme pratiquement toutes les libertés consacrées par la Convention européenne, la liberté de religion peut cependant donner lieu à des restrictions, lorsque l'ingérence étatique constitue une "mesure nécessaire dans une société démocratique à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publique, ou à la protection des droits et libertés d'autrui".

De cette formulation, certains auteurs déduisent le caractère "relatif" de la liberté religieuse. À dire vrai, elle n'est ni plus ni moins relative que les autres libertés. Le droit européen, exactement comme le droit français, considère en effet que les libertés s'exercent dans un cadre juridique défini par la loi de l’État. Celle-ci peut donc "s'ingérer" dans l'exercice d'une liberté, dans un but d'ordre public ou pour garantir le respect des droits des tiers.

La Cour européenne constate, dans les deux hypothèses, que les autorités britanniques sont effectivement à l'origine d'une "ingérence" dans la liberté religieuse, ce qui n'implique aucune appréciation sur le bien-fondé de cette ingérence. C'est seulement après avoir constaté l'existence de cette ingérence que la Cour s'intéresse à sa proportionnalité par rapport aux objectifs poursuivis par la législation. Sur ce point, la décision de la Cour n'a rien de novateur. Elle ne consacre pas une quelconque "relativité" de la liberté religieuse, notion qui n'existe d'ailleurs pas en droit européen, et pas davantage en droit interne. Elle se borne à mettre en œuvre la célèbre jurisprudence Sunday Times c. Royaume Uni adoptée le 26 novembre 1991, il y a vingt et un ans, et qui consacre ce contrôle de proportionnalité.

Dans l'affaire Eweida, la Cour effectue exerce ainsi son contrôle de proportionnalité sur chacune des quatre requêtes. Elle rend donc un arrêt très nuancé, puisqu'elle traite différemment des situations différentes.

Le port des signes religieux

Dans le cas de deux requérantes qui estiment impossible de travailler sans porter une symbole religieux, la Cour rend une décision conforme à sa jurisprudence antérieure. Elle estime en effet que les États disposent d'une large "marge d'appréciation" pour réglementer le port des signes religieux. À propos d'une législation turque qui interdisait le port du foulard islamique dans les universités, la Cour observe ainsi que les autorités turques font effectivement ingérence dans la liberté religieuse. Mais cette ingérence a une base légale et peut être considérée comme "nécessaire dans une société démocratique" (CEDH, GC, 10 novembre 2005, Leyla Sahin c. Turquie). Rien n'interdit donc aux États de légiférer dans ce domaine, et d'interdire aussi bien le port du voile islamique que celui d'une croix.

En revanche, lorsqu'il n'existe aucune législation, la Cour se montre évidemment plus souple dans son contrôle de proportionnalité. Dans l'arrêt Lautsi du 18 mars 2011, elle considère que la présence de crucifix dans les écoles publiques italiennes ne porte pas une atteinte excessive à la liberté de conscience des élèves, dès lors que la loi italienne ne l'interdit pas. Le Royaume Uni est dans une situation comparable, et n'a pas adopté de législation interdisant le port de signes religieux sur les lieux de travail. La Cour observe dès lors que la contrainte imposée à Mesdames Eweida et Chaplin n'a pas de fondement légal, mais repose uniquement sur une décision du chef de service. La Cour se livre donc au contrôle de proportionnalité, et, de nouveau, rend une décision différente dans chaque cas.

Dans le cas de Madame Eweida, la Cour considère que les tribunaux britanniques n'ont pas fait une juste appréciation des intérêts en présence. S'il est légitime pour l'entreprise de vouloir véhiculer une certaine image de marque laïque, notamment en imposant le port d'un uniforme, le refus total de tout signe religieux apparaît excessif, d'autant que, après les faits et confrontée à d'autres recours, l'entreprise a finalement changé son code vestimentaire pour autoriser le port de signes religieux discrets. Dans le cas de Mme Chaplin, en revanche, la Cour observe que l'interdiction repose sur un motif d'intérêt général, dès lors qu'un patient peut s'accrocher à ce bijou et provoquer des blessures. En l'espèce, la Cour considère que l'employeur a pris une décision proportionnée aux intérêts en cause, et que les juges britanniques ont confirmé à juste titre cette appréciation.

Homosexualité et non-discrimination

Dans le cas de Mme Ladele et de M. Mc Farlane, la Cour se montre plus rigoureuse. Elle rappelle que toute différence de traitement en raison de l'orientation sexuelle ne peut se justifier que par des motifs particulièrement solides (par exemple : CEDH, Schalk et Kopf C. Autriche, 2004). Les sanctions prises contre les deux requérants apparaissent alors à la Cour tout à fait proportionnées par rapport à l'objectif de non discrimination poursuivi par les autorités publiques et dont le respect s'impose à tous les agents publics. La requête est donc fermement rejetée.

Il est tout de même intéressant de noter une petite phrase, glissée par la Cour dans la rédaction de l'arrêt. Conformément à sa jurisprudence antérieure, elle affirme que les États jouissent d'une grande liberté d'appréciation pour organiser dans leur ordre interne la situation des couples homosexuelles. Mais elle ajoute immédiatement que "les couples homosexuels sont globalement dans une situation identique à celle des couples hétérosexuels au regard de leur reconnaissance juridique et de la protection de leur relation". Cette formule n'a sans doute pas été introduite par hasard dans la décision et elle sonne un peu comme un avertissement pour les États membres, et pour la France en particulier. La liberté religieuse ne saurait être invoquée pour justifier une législation qui maintiendrait des discriminations entre les couples, en fonction de leur orientation sexuelle.

21 janvier 2013

La fraternité en temps de crise : le cas des Rohingyas – musulmans de Birmanie

La fraternité en temps de crise

Le cas des Rohingyas – musulmans de Birmanie

Par Hanan Ben Rhouma, le 20 janvier 2013

Les souffrances des Rohingyas – musulmans – de Birmanie vont-elles finir par être entendues ?  C’est du moins ce qu’espère le Collectif Halte au massacre en Birmanie, dont la notoriété grandit depuis sa création en juin 2012, au lendemain des nouvelles exactions commises dans l’Etat d’Arakan. Sensible au travail accompli, Tariq Ramadan leur a prêté main forte en dénonçant les massacres et en mettant les musulmans face à leurs responsabilités.

«La fraternité en temps de crise : le cas des Rohingyas – musulmans de Birmanie.» Tel a été le thème de la conférence organisée dans l’Espace Chevreul de Nanterre (Hauts-de-Seine), dimanche 13 janvier, par le Collectif Halte au massacre en Birmanie, la seule structure à ce jour en France qui se mobilise pleinement contre le sort infligé aux minorités musulmanes du pays.

Sur le millier de personnes que pouvait accueillir la salle, seules 300 personnes ont répondu à l’appel du collectif, qui s’est pourtant donné les moyens d’attirer du monde en invitant Tariq Ramadan, qui draine habituellement des foules. La faute à la manifestation anti-mariage pour tous, qui a attiré, au même moment, jusqu’à un million de manifestants dans les rues parisiennes ?

Pas vraiment puisque les musulmans, premier public visé par les organisateurs de la conférence, ont été peu nombreux à avoir rejoint la «Manif pour Tous». Un signe malheureux que le sujet des Rohingyas ne mobilise pas encore en France, où le black-out médiatique est manifeste, alors même que la fraternité est un impératif en islam. Il n’en reste pas moins que la conférence fut de qualité, oscillant entre témoignages de terrain et analyses de la situation pour mieux comprendre la réalité vécue par les musulmans mais aussi les chrétiens birmans persécutés.

Une épuration ethnique et religieuse à l'oeuvre

«On n’a pas le droit de sélectionner les opprimés, on n’a pas le droit de dire que les seuls opprimés qui nous touchent sont Palestiniens ou ceux dont parlent les médias», indique M. Ramadan, qui fut sans conteste l’intervenant le plus attendu. «Il faut qu’on ait une position de principe claire : partout où il y a de l’oppression, (…) ce n’est pas par l’émotivité médiatique qu’il faut s’engager mais par la connaissance approfondie des faits.»

Il appelle ainsi à «développer une conscience plus politique qu’émotive» face à «une politique génocidaire et discriminatoire» envers les populations musulmanes de Birmanie qui a commencé depuis bien longtemps, 1982 étant une date clé pour l’histoire des Rohingyas : c’est alors que cette minorité se voit priver de sa citoyenneté. Une décision qui entre dans le cadre d’une politique d’homogénéisation culturelle et religieuse au profit des seuls bouddhistes.

Un soutien juridique indispensable

«Ils veulent un soutien juridique de la communauté internationale pour qu’ils aient une carte d’identité» au même titre que les autres citoyens, insiste Mouna Dérouiche, qui témoigne inlassablement des conditions de vie terrible des musulmans qu’elle a constaté lors de sonvoyage en novembre dans l’Etat d’Arakan. Pour appuyer son témoignage, deux Rohingyas ont été invités à intervenir auprès du public.

A choisir, «ce se sont eux (les Rakhines bouddhistes, ndlr) les immigrés illégaux, pas nous», déclare Maung Hla Aung, faisant remarquer que l’Etat d’Arakan était indépendant jusqu’à l’invasion en 1784 opérée par le roi birman Bodawpaya. Une terre sur laquelle les Rohingyas, descendants de marchands arabes, vivent depuis des siècles et dont il n’est pas question de s’en aller. Les exactions à leur encontre, qui se sont multipliées depuis juin 2012, ont tout de même provoqué, outre les centaines de morts, le déplacement de 200 000 personnes, selon des estimations.

«Le sang palestinien n’a pas plus de valeur que le sang de mes frères de Birmanie. La liberté ne peut pas être divisée, elle appartient à toute l’humanité», martèle Ibrahim Bornat, un militant palestinien du village de Bil’in, en Cisjordanie. Un rappel fraîchement applaudi par l’assemblée qui en précède une autre de M. Dedomy : «faire que ce combat pour les Rohingyas soit un combat politique universel».

Le mutisme coupable d’Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi, qui incarne le combat pour la démocratie en Birmanie, en prend sérieusement pour son grade. Pour M. Ramadan, son mutisme «n’est pas du tout à son honneur», qualifiant sa position de «lâche».

Frédéric Dedomy, un spécialiste des questions birmanes, est plus nuancé. Affirmant l’avoir rencontré l’an passé, il explique qu'Aung San Suu Kyi n’a «clairement pas de haine envers les Rohingyas» mais ne s’est pas prononcée ouvertement pour la reconnaissance des Rohingyas. Pour lui, la peur de «perdre une popularité qui lui permet de faire avancer son projet politique pour la démocratie» a pris le dessus. Une attitude que l’expert est aussi à même de critiquer mais «si hier, elle était une icône, il ne faut pas aujourd’hui la jeter aux orties».

Cependant, les Rohingyas, qui pensaient trouver en elle une défenseuse de leur cause, sont déçus de son attitude et continuent d’espérer que la communauté internationale se saisisse véritablement de la question, autrement que par l’adoption d’une résolution non contraignante pour les autorités birmanes. Le Collectif Halte au massacre en Birmanie interpelle les musulmans et les citoyens français sur leurs responsabilités dans leur silence face à cette répression oubliée.

«Nous sommes beaucoup plus violents que l'ont jamais été les musulmans»

«Nous sommes beaucoup plus violents que l'ont jamais été les musulmans»

«Les Européens de l’ouest voient les musulmans et particulièrement les arabes, comme l’écrivait Jean-Paul Sartre, comme des demi-singes, nous les considérons comme des animaux»

Jûrgen Todenhöfer

14 janvier 2013

Réponse aux non-sens du Vlaams Blok au conseil de district d’Anvers

Réponse aux non-sens du Vlaams Blok au conseil de district d’Anvers 

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Par Nadine Peeters* (traduction française : Chris Den Hond), le 13 janvier 2013

Au conseil de district d’Anvers, Karima Amaliki, une élue du PTB portant le foulard est, pour ce dernier fait, l’objet d’attaques de la part des fascistes du Vlaams Belang. Dans ce court texte, Nadine Peeters, autre élue PTB, y répond (Avanti4.be)

Le Vlaams Belang, par la voix de Hilde De Lobel cette fois-ci, s’est scandalisé de la présence (au conseil de district) de Karima Amaliki. Eh bien, Karima n’est pas la première élue portant un foulard. Il y a un mois, Aysel Bayraktar, membre du SP.a, a prêtée serment au conseil provincial en portant le foulard. Mais que le Vlaams Belang utilise aujourd’hui le foulard de notre élue Karima Amaliki pour promouvoir la division et l’islamophobie, ne nous étonne pas. Cela doit leur faire mal de constater que les élus du Vlaams Belang du district d’Anvers aient obtenu bien moins de votes que Karima.

Mais de quoi s’agit-il ?

Le district d’Anvers-Ville n’est pas seulement le district le plus grand, mais aussi celui qui compte la plus grande diversité. La nouvelle équipe élue reflète bien cette diversité de la population : il y a un élu Juif, un d’origine pakistanaise, plusieurs ont des racines marocaines et turques, il y a un Africain et le chef du conseil lui-même est d’origine turque.

Allons-nous donc refuser des élus catholiques parce qu’ils portent une croix ? Allons-nous interdire à Samuel Markowitz de siéger dans le conseil parce qu’il porte la kippa ? Allons-nous rejeter des élus musulmans, comme Karima Maliki ? Où est la limite ? Il n’est pas possible d’exclure des gens à cause de leur origine, de leur sexe ou de leur religion. C’est de la discrimination.

L’égalité entre les hommes et les femmes nous concerne beaucoup comme PTB. Mais si cette égalité est utilisée pour exclure tout un groupe de femmes, nous sommes les premiers à nous y opposer.

Nous sommes contre l’imposition dans les deux cas : obliger ou interdire le port du foulard. Dans les deux cas il s’agit d’une imposition. Il ne s’agit plus d’une liberté religieuse. En ce qui nous concerne, la religion est une affaire privée. L’origine ou la religion des uns et des autres n’a pas beaucoup d’importance.

Nous croyons en Karima, parce qu’à partir de sa propre expérience, elle sait très bien de quoi il s’agit quand on parle d’écoles surpeuplées, ou de longues listes d’attentes pour obtenir un logement social, ou d’habiter dans des quartiers populaires comme le Kiel, ou d’avoir des problèmes pour payer les soins médicaux ou encore d’être victime d’une discrimination.

Essayons s’il vous plaît de siéger dans cet arrondissement pour mener une politique qui prend les besoins de ses habitants comme point de départ et essayons de créer des ponts au lieu de créer des divisions. Cela sera notre défi pour les six années à venir.

Nadine Peeters (à gauche sur la photo) est présidente de la fraction PTB+ dans le district d’Anvers-Ville.

12 janvier 2013

European Extremists

European Extremists

Racism and Islamophobic

10 janvier 2013

«L’islamophobie et la xénophobie sont les principaux problèmes sociaux en l’Europe»

«L’islamophobie et la xénophobie sont les principaux problèmes sociaux en l’Europe»

TurquieNews, le 10 janvier 2013

Lors d’une réunion tenue au Parlement Européen, des députés européens ont déclaré que les principaux problèmes sociaux engendrés par la crise économique en Europe sont la xénophobie et l’islamophobie. Les exigences démocratiques des musulmans sont par ailleurs ignorées, ont-ils ajouté.

Les problèmes auxquels sont affrontés les musulmans européens ainsi que leurs exigences pour leur résolution ont été discutés lors de la session tenue par les représentants des musulmans européens.

Lors de cette réunion, les députés ont attiré l’attention sur la montée de l’islamophobie et de la xénophobie dans les démocraties européennes actuellement enlisés dans une grave crise économique, politique et sociale.

Le député anglais Sajjad Karim a qualifié la situation d’«inquiétante» et assuré qu’il existe une corrélation évidente entre la dégradation de l’économie et de la montée de l’extrémisme. «Les personnes proches de l’extrême droite ont un programme commun contre l’Islam. L’Union Européenne doit immédiatement mettre en place des politiques adéquates afin de faire face à ce phénomène» a-t-il prévenu.

«La liberté d’expression doit évidemment être protégée en Europe, mais les crimes haineux sont en même temps encouragés par ces règlementations. Lorsqu’on en vient à la liberté d’expression, l’attitude des différents pays européens diffèrent.» A-t-il dit, soulignant que «la tolérance envers les personnes d’origines différentes doit absolument être enseigné à l’école. Cela représenterait un énorme pas vers la résolution de ce problème».

09 janvier 2013

COUR EUROPÉENNE : EN ATTENTE DE 4 VERDICTS SUR LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

COUR EUROPÉENNE : EN ATTENTE DE 4 VERDICTS SUR LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

L'ECLJ craint «une régression de la liberté religieuse en Europe»

Gregor Puppinck, le 08 janvier 2013

Quatre affaires concernant des employés du Royaume-Uni sanctionnés en raison de leur religion, portées devant la Cour européenne, montrent une «tendance liberticide contemporaine visant à cantonner la liberté religieuse à une simple liberté de culte», qui de ce fait «ne garantit pas aux croyants la faculté de se comporter en public conformément à leur conscience, différemment de la majorité».

C’est l’anayse de Grégor Puppinck, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), pour qui «cette diminution de la liberté religieuse, réduite à une simple liberté de culte, serait une régression de la liberté religieuse en Europe».

Le 15 janvier 2013 la CEDH rendra public ses arrêts dans les quatre affaires opposant au Royaume-Uni des employés chrétiens pour violation de leur liberté de religion dans le cadre professionnel.

L’une de ces affaires est particulièrement d’actualité dans le contexte du débat français sur le «mariage homosexuel» car elle porte sur la faculté pour un officier d’état civil de refuser, au nom de sa conscience, de «célébrer» des partenariats civils entre personnes de même-sexe.

Mardi 15 Janvier 2013, la Cour européenne des droits de l’homme rendra public ses jugements dans les affaires Nadia Eweida, Shirley Chaplin, Lillian Ladele et Gary McFarlane contre le Royaume-Uni, concernant le droit d’employés chrétiens de ne pas être victime de discrimination dans le cadre professionnel en raison de leur religion (affaires nos. 48420/10, 59842/10, 51671/10 et 36516/10).

Dans ces quatre affaires, ces employés ont été sanctionnés par leur employeur, et ont même perdu leur emploi, pour avoir suivi les prescriptions de leur conscience et de leur religion en portant une petite croix autour du cou (dans les cas Eweida et Chaplin) et en refusant d’enregistrer des unions homosexuels à l’état civil (cas Ladele). Dans le cas de M. McFarlane, conseiller conjugal, celui-ci a été licencié après avoir partagé avec ses supérieurs ses doutes quand à sa capacité morale de conseiller des couples de même sexe.

L'ECLJ est intervenu en tant que tierce partie (amicus curiae) dans la procédure devant la CEDH dans deux de ces affaires, à savoir Ladele contre Royaume-Uni (n ° 51671/10) et McFarlane c Royaume-Uni (n ° 36516 / 10) et a présenté des observations écrites à la Cour.

L’audience de ces affaires s’est tenue le 4 septembre 2012. Durant celle-ci, alors que les quatre requérants ont fait valoir le respect de leur liberté de religion et de conscience ainsi que le droit de ne pas être discriminé en raison de leur foi, le gouvernement eut comme principale argument en réponse que la liberté religieuse des requérants est respectée parce qu'ils sont libres de démissionner et de pratiquer leur religion en privé. Un tel argument est surréaliste car les requérants n’étaient pas «libres» de démissionner : ils ont été licenciés. De plus, sur le fond, cet argument nie la dimension sociale de la religion et manifeste une tendance liberticide contemporaine visant à cantonner la liberté religieuse à une simple liberté de culte (une liberté d’avoir et de pratiquer une religion en privé). Une telle liberté de culte ne garantit pas aux croyants la faculté de se comporter en public conformément à leur conscience, différemment de la majorité.

Cette diminution de la liberté religieuse, réduite à une simple liberté de culte, serait une régression de la liberté religieuse en Europe à ce qui se pratique dans les pays musulmans et communistes. Le laïcisme aboutit au même résultat : réduire la liberté des chrétiens au seul culte privé, tout en laissant une pleine liberté à la seule religion ou idéologie officielle, notamment en ce qu’elle a d’antichrétien. En réalité, la liberté de culte est seulement une composante de la liberté religieuse qui, de façon plus large garantit que «toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.» (Article 9 de la CEDH)

Résumé des faits :

Chaplin et Eweida (requêtes n° 59842/10 et 48420/10)

Les requérantes, Mme Nadia Eweida et Mme Shirley Chaplin ont travaillé respectivement à partir de 1999 et à partir d’Avril 1989, en tant que membre du personnel d'enregistrement pour British Airways et comme infirmière dans un service de gériatrie pour «the Royal Devon» et «Exeter NHS Foundation Trust». Elles portaient ouvertement une petite croix d'argent attachée à une chaînette autour du cou.

En Septembre 2006, Mme Eweida a été renvoyée chez elle, sans salaire, jusqu'à ce qu'elle accepte de se conformer au code vestimentaire uniforme de British Airways qui permet de porter un turban sikh ou un foulard islamique, mais pas une croix chrétienne. En Octobre 2006, il lui a été proposé un travail administratif sans obligation de porter un uniforme ni d’être en relation directe avec des clients ; proposition qu'elle refusa. Elle pu finalement revenir travailler en Février 2007, lorsque la politique de l'entreprise fut modifiée pour permettre le port de symboles religieux et pacifiques, comme la croix chrétienne ou l'étoile de David pour lesquelles l'autorisation fut immédiate.

Quant à Mme Chaplin, en Juin 2007, son manager lui a demandé de retirer le crucifix qu’elle portait autour du cou. Sa demande d'autorisation de continuer à porter son crucifix lui a été refusée au motif que cela pouvait causer des blessures si un patient venait à tirer dessus. En Novembre 2009, elle a été déplacée vers un poste temporaire sans tâches d’infirmière et qui a cessé d'exister en Juillet 2010.

Les deux requérantes ont déposé plainte auprès des tribunaux nationaux, se plaignent en particulier de discrimination pour motifs religieux, mais leurs demandes ont été rejetées. Dans le cas de Mme Eweida, les juridictions ont estimé que le port visible de la croix n'était pas une exigence de la foi chrétienne, mais le choix personnel de la requérante et qu'elle n'avait pas réussi à établir que la politique vestimentaire de British Airways avait mis les chrétiens en général dans une situation désavantageuse.

Ladele et McFarlane (requêtes n° 51671/10 et 36516/10)

Mme Lilian Ladele et M. Gary McFarlane ont été employés respectivement en tant que greffier de l'arrondissement londonien d'Islington entre 1992 et 2009 et en tant que conseiller conjugal pour «Relate» de mai 2003 à Mars 2008. Tous deux considèrent que les relations homosexuelles sont contraires à la loi divine, et par suite à leur conscience. Lorsque la loi sur le partenariat civil est entrée en vigueur au Royaume-Uni en Décembre 2005, la première requérante a été informée par son employeur qu'elle serait tenue d’officier à des cérémonies de partenariat civil entre des couples homosexuels. Refusant cette nouvelle tache pour motif de conscience, une procédure disciplinaire a été engagée contre elle en mai 2007 ; procédure qui a conclu que, si elle refusait de remplir son office lors de cérémonies de partenariat civil pour homosexuels, elle violerait par-là la politique d’égalité et de diversité du Conseil d’Islington et son contrat pourrait être résilié, ce qui fut le cas.

Dans le cas de M. McFarlane, à la fin de l'année 2007 ses supérieurs ainsi que certains de ses collègues ont exprimé leur crainte qu’il y ait un conflit entre ses convictions et le fait de fournir un conseil conjugal à des couples de même sexe. En Mars 2008, après une enquête disciplinaire, M. McFarlane a été licencié sans préavis, en application de la politique d’égalité des chances de «Relate», pour faute grave au motif qu'il aurait faussement déclaré accepter de conseiller des couples de même sexe.

Les juridictions nationales, saisies par les deux requérants, ont donné raison aux employeurs en estimant que leurs employeurs ont non seulement le droit de les obliger à s'acquitter pleinement de leurs tâches, mais qu’ils ont aussi le droit de refuser de considérer leurs points de vue lorsqu’ils contredisent les principes éthiques déclarés par les entreprises.

Les quatre requérants ont saisi la Cour européenne : ils accusent le Royaume-Uni d’avoir violé leur liberté religieuse et de les avoir discriminés au motif de leur religion, en donnant raison aux employeurs.

07 janvier 2013

Allemagne : le lobby juif crée l’émoi

Allemagne : le lobby juif crée l’émoi

Le fils du fondateur de “Der Spiegel” taxé d’antisémitisme

Marcel Linden, le 07 janvier 2013

Le journaliste Jakob Augstein, fils du fameux fondateur de l’hebdomadaire "Der Spiegel", est promu à une célébrité inattendue : le Simon Wiesenthal Center de Los Angeles l’a classé neuvième sur la liste des dix antisémites les plus dangereux du monde. Même le Conseil central des juifs en Allemagne réfute ces accusations.

Jakob Augstein, 45 ans, a longtemps vécu dans l’ombre de son père, un des plus grands journalistes allemands de l’après-guerre. Avec ses sœurs, il possède encore 24 % du "Spiegel", mais il n’a pas de fonction dirigeante au sein du groupe. Il y a quatre ans, il a acheté l’hebdomadaire libéral de gauche "Freitag" ("Vendredi"). Il est aussi fréquemment invité dans les talk-shows télévisés.

Ses éditoriaux sur "Spiegel Online", qui a une rédaction indépendante de celle du "Spiegel", sont très lus. En novembre, il s’y est pris, et pas pour la première fois, à la politique d’Israël dans les territoires occupés. De plus en plus, a-t-il écrit, on abuse du reproche d’antisémitisme pour défendre la politique israélienne à l’égard de toute critique. Et d’ajouter : "Cela sert les vrais adversaires des Juifs - et nuit à Israël".

Le Simon Wiesenthal Center, qui n’a vraiment pas le sens de l’introspection du Juif autrichien Simon Wiesenthal, a alors fait figurer Augstein sur la liste des "major players" de l’antisémitisme mondial, comme s’est exprimé son directeur, le rabbin Cooper, à l’égard d’une radio allemande.

En tête du classement figurent les Frères musulmans d’Egypte, avant le régime iranien d’Ahmadinejad. Augstein est neuvième, avant l’Américain Louis Farrakhan, leader de "Nation of Islam" et antisémite invétéré.

Le centre californien se réfère à Henryk M. Broder : l’intellectuel juif allemand, adversaire de toujours d’Augstein, lui reproche de se comporter comme un "petit Streicher", allusion à Julius Streicher, l’éditeur raciste du quotidien antisémite nazi "Der Stürmer" pendu par les Alliés à Nuremberg en 1946. C’est la pire insulte imaginable pour un journaliste d’aujourd’hui.

Toutefois, tout le monde sait en Allemagne que Broder, un type par ailleurs génial, a un tempérament sulfureux et n’a vraiment pas le sens de la mesure. Son métier est la provocation.

Salomon Korn, vice-président du Centre des juifs en Allemagne, a pris fait et cause pour Augstein. "Le Centre Simon Wiesenthal n’a pas bien recherché et est assez loin de la réalité allemande", a-t-il dit à Deutschlandradio. Broder, a-t-il ajouté, aime la polémique et "il ne faut pas toujours prendre au sérieux ce qu’il dit".

Michel Friedman, un journaliste de télévision juif, admet que, souvent, Augstein va très loin dans sa critique contre Israël, mais, selon lui, cela ne justifie pas qu’il figure sur la liste des grands antisémites. Micha Brumlik, professeur juif de pédagogie à Francfort, note que, "parfois, Augstein frôle les ressentiments, mais il raisonne de façon différenciée".

La plupart des journaux allemands jugent absurdes les reproches d’antisémitisme, mais au pays de l’holocauste, on n’ose pas trop critiquer le lobby juif américain. De plus, la chancelière Merkel a assuré à la Knesset que la survie d’Israël est pour l’Allemagne une "raison d’Etat". Ceci dit, la majorité de la population allemande s’apitoie sur le sort des Palestiniens. Augstein a gaffé en qualifiant de "Lager" la bande de Gaza, oubliant que, pour les Juifs, le terme est synonyme de camps d’extermination. Mais il a admis son erreur.

Norman Finkelstein dénonce les mensonges du sionisme

Norman Finkelstein dénonce les mensonges du sionisme

06 janvier 2013

Loi sur les signes religieux à l’école : l’ONU s’émeut, la presse se tait

Loi sur les signes religieux à l’école

L’ONU s’émeut, la presse se tait

Par Sébastien Fontenelle, 25 décembre 2012

Les Nations Unies viennent d’adresser à la France une sévère réprimande, après le renvoi d’un lycéen portant un turban sikh. Mais, curieusement : la presse et les médias font comme s’ils l’ignoraient. Il est vrai : cette admonestation va contre la doxa d’une éditocratie hexagonale qui s’est fait une spécialité de stigmatiser certaines minorités au nom – et au prétexte – d’une «laïcité» dénaturée.

En 2004, on se le rappelle : les médiacrates français se sont unanimement prononcés en faveur de l’adoption de la loi interdisant «le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics» - qui avait été concoctée sous l’abri du «principe de laïcité» et qui fut partout présentée comme équitable, mais dont il fut dès l’abord évident que ses promoteurs étaient d’abord motivés par une farouche volonté de proscrire le port du foulard islamique.

C’est cette hypocrisie que le Comité des droits de l’Homme de l’ONU – chargé de veiller au respect, par ses signataires, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) -  vient de mettre en lumière, huit ans après la promulgation de cette loi, dans un avis accablant (1)…

Mais auquel la presse française n’a pour l’instant pas (encore) daigné donner le moindre écho : un oubli, sans doute...

Renvoyé pour un turban

Cet organisme avait été saisi en 2008 par un jeune lycéen du nom de Bikramijt Singh, exclu de son établissement scolaire en 2004 pour avoir refusé d’ôter son turban sikh, et qui avait ensuite, au cours des quatre années suivantes, épuisé toutes les autres voies de recours: le Conseil d’État, saisi de son cas, avait par exemple rappelé «que, si les élèves des écoles, collèges et lycées publics peuvent porter des signes religieux discrets, sont en revanche interdits, d’une part, les signes ou tenues, tels notamment un voile ou un foulard islamique, une kippa ou une grande croix, dont le port, par lui-même, manifeste ostensiblement une appartenance religieuse», et, «d’autre part, ceux dont le port ne manifeste ostensiblement une appartenance religieuse qu’en raison du comportement de l’élève» - puis statué que «le keski sikh (sous-turban) porté par» le jeune garçon «dans l’enceinte scolaire, bien» que «d’une dimension plus modeste que le turban traditionnel et de couleur sombre, ne pouvait être qualifié de signe discret et que l’intéressé, par le seul port de ce signe», avait «manifesté ostensiblement son appartenance à la religion sikhe».

«Une punition disproportionnée»

Sauf que : après avoir mené sa propre enquête, le Comité des droits de l’Homme estime, dans son avis (daté du 1er novembre dernier), que l’attachement légitime des autorités françaises au principe de laïcité n’autorise pas tout, et ne justifie nullement que des élèves soient renvoyés au motif de leur foi.

Au cas précis: l’ONU estime notamment que l’État français «n’a pas apporté la preuve irréfragable que le lycéen sanctionné aurait, porté atteinte», en n’ôtant pas son keski, «aux droits et libertés des autres élèves, ou au bon fonctionnement de son établissement». Partant : «Le Comité estime également que son renvoi définitif de l’école publique a constitué une punition disproportionnée, qui a eu de graves effets sur l’éducation à laquelle il aurait dû avoir droit en France, comme toute personne de son âge».

Plus précisément : «Le Comité n’est pas convaincu que ce renvoi était nécessaire», et doute que l’institution scolaire ait «véritablement pris en compte» les arguments et les intérêts de Bikramijt Singh. Selon lui: ce n’est pas en raison de «son comportement personnel» que l’État français «a infligé» au lycéen «cette néfaste sanction», mais «uniquement parce qu’il appartient à une large catégorie de personnes définies par leur conduite religieuse».

Et pour finir : le Comité relève que les  autorités françaises n’ont «pas montré en quoi le sacrifice des droits de ces personnes était nécessaire» – ou «proportionné» -, au regard des «bénéfices» escomptés.

Prévenir la récidive

Pour toutes ces raisons, l’ONU «conclut que le renvoi» de Bukramijt Singh «de son lycée n’était pas nécessaire», que cette sanction, qui a «porté atteinte à son droit d’exprimer sa religion», constitue «une violation» du PIDCP – et que la France, signataire de ce Pacte, est, à ce titre, dans la double obligation de réparer l’injustice faite au lycéen («y compris par une compensation appropriée»), et «d’empêcher que de semblables violations ne se reproduisent dans le futur».

Et bien évidemment: ce dernier point est le plus important. Car il ouvre une brèche où ne manqueront probablement pas de s’engouffrer d’autres élèves victimes de la loi de 2004 – au grand dam de ses chantres médiatiques et politiques: c’est peut-être ce qui explique pourquoi les autorités françaises n’ont pas encore répondu aux impitoyables observations de l’ONU – elles disposent, pour ce faire, de 180 jours -, et pourquoi la presse a jusqu’à présent fait silence sur cette affaire.

(1) Comme l’a relevé le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

La domination policière Une violence industrielle

La domination policière

Une violence industrielle

Débat avec Mathieu Rigouste

 

04 janvier 2013

"L'élection présidentielle a cristallisé le rejet de l'islam"

"L'élection présidentielle a cristallisé le rejet de l'islam"

Pascal Boniface

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La Nouvelle République, le 04 janvier 2013

Vous publiez «Don't Panik», avec le rappeur Médine. Pourquoi ?

«Je trouvais que c'était un joli challenge qu'un rappeur musulman s'adresse à un géopolitologue athée pour faire un livre. C'est justement parce que je suis différent de lui qu'il m'a contacté. Tout ce qui permet de briser les frontières me paraît intéressant.»

Corroborez-vous l'idée d'une montée de l'islamophobie ?

«Je pense que les discriminations sont plus fortes envers les musulmans qu'à l'égard d'autres groupes, mais que leur situation s'est améliorée. Et c'est aussi parce que l'islam se cache moins et revendique son identité que cela suscite des réactions plus vives de rejet.»

L'année 2012 a-t-elle été particulière ?

«L'élection présidentielle a cristallisé cela, parce que les questions d'immigration, d'identité, d'islam, ont été bien plus présentes que lors les campagnes précédentes. Nicolas Sarkozy a très nettement durci le ton en pensant qu'il allait couper l'herbe sous le pied au Front national — il n'est pas certain que cela ait réussi vu le score de Marine Le Pen. Puis on a eu la guerre interne à l'UMP et le fait qu'Alain Juppé, considéré comme un modéré, a déclaré que l'islamophobie était devenue un objet de clivage au sein du parti.»

L'affaire Merah a-t-elle participé de ce rejet ?

«Oui. On a fait un amalgame entre Mohamed Merah et sa condition de musulman, comme si tous les musulmans étaient responsables de son acte. Or, je constate que quand Anders Breivik commet un attentat au nom de la supériorité supposée de la race blanche, personne ne rend responsable l'ensemble des Blancs. Il y a là un traitement particulier de l'islam, qui est lié à l'histoire coloniale, au 11 Septembre, etc.»

«Don't Panik», éditions DDB, 17,90 €, 2012, 224 pages.

Quand Eglise et islamophobie sont liées...

Quand Eglise et islamophobie sont liées...

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Zarafa, le 04 janvier 2013

«C'est à la faveur de recherches sur l'état de l'islamologie contemporaine que l'auteur de ces lignes a découvert avec effroi qu'une bonne part de ce qu'on nomme aujourd'hui l'islamophobie savante est intimement liée à l’Église»

Voici le résumé de cet ouvrage écrit par Michel Orcel, bon connaisseur des deux religions, il donne ici une magistrale réfutation des thèses de la nouvelle islamophobie chrétienne

J'ai décidé de parler un peu de cet ouvrage car il est intéressant par les réfutations et les comparaisons faites par M.O mais cependant il est important de souligner qu'on ne parle pas vraiment d'islamophobie telle que nous pouvons l'apercevoir dans la société, cela va plus loin, il s'agit d'une islamophobie dite savante liée directement à l’Église.

Le sujet n'est pas de savoir si l'Islam est une menace supposée ou réelle en France mais plutôt de comprendre comment certains auteurs (qui au passage n'utilisent pas leurs vrais noms) réussissent à salir une religion qui en fait a autant sa place que le Christianisme ou le judaïsme. Ces auteurs liés ou non à l’Église, cherchent en fait à discréditer l'Islam.

L'Eglise aussi participe à ces procédés, notamment le Pape Benoît XVI pour lequel Islam et raison sont des termes qui ne sauraient concorder, pour argumenter son propos, il évoque les conversions forcées. Or comme l'explique Michel Orcel, la philosophie (al falsafa) s'est introduite en Occident grâce aux arabes, alors comment reprocher aux musulmans un manque de raison ? D'autant plus que le Coran encourage l'homme à raisonner sur les signes de la création. M.O rappelle également l'existence de l'école mutazilite (rationaliste) qui défend le libre arbitre.

Quant aux conversions forcées, elles ont été plus nombreuses par les Chrétiens (en Espagne avec les Juïfs et en Amérique avec les Indiens). Les musulmans de l'époque eux ne cherchaient pas à «convertir les non-musulmans de force tant qu'ils n’empiètent pas sur le dar-al-islam». Ils en faisaient au contraire des «dhimmis c'est-à-dire des populations protégées soumises à la capitation».

Il est également important de souligner le fait que de nombreux non-musulmans se sont convertis à l'Islam par choix, voyant en cette religion un christianisme purifiée de ses superstitions.

On comprend donc qu'il y a une volonté de l’Église de décrédibiliser l'Islam. Mais cet objectif n'émane pas seulement de l’Église. Comme nous l'avons dit précédemment, de nombreux auteurs écrivent dans le but de déconstruction de l'Islam. D'après Michel Orcel, il s'agit d'une conspiration composée de nombreux auteurs. Certains d'entre eux cherche à détruire le dialogue et la paix entre musulmans et chrétiens.

Certains d'entre eux vont même jusqu'à remettre en question l'existence de Mahomet et du Coran, d'autres préfèrent traduire et déformer certains versets ou certaines sourates du Coran, afin de pouvoir argumenter (faussement) leurs thèses.

Des auteurs qui présentent dans leurs ouvrages l'Islam de manière très peu objective et qui vont même jusqu'à interpreter de manière volontaire et grossière certains versets du Coran. Beaucoup d'entres eux utilisent des pseudonymes. Cette "conspiration" est formée par des écrivains, des islamologues contemporains mais aussi des chrétiens orientaux, des membres de l'Eglise dont le but est de déconstruire l'histoire de l'Islam.

Pour comprendre jusqu'où peuvent aller ses auteurs, reprenons un passage du livre de Michel Orcel (Chapitre Droit, Sexe et violence) dans lequel il dénonce un écrit de Mme Delcambre qui n'est qu'une "manipulation très perfide qu'opère l'auteur sur un des plus beaux hadiths de la tradition musulmane". Mme Delcambre "brouille totalement et la forme littérale du hadith et son message".

Michel Orcel évoque un autre phénomène lié à l'islamophobie, à savoir la confusion entre Islam et Islamisme mais aussi et le fait d'assimiler systématiquement violence et Islam. Les pages du livre évoque des écrits de Mme Delcambre qui voit et partage son avis sur l'islam qui selon elle est une religion d'interdits.

Pour ne pas tout dire et vous donner envie de lire cet ouvrage court (environ 160 pages) mais très révélateur, je vais m'arreter ici.

«Sionisme religieux contre sionisme existentiel»

«Sionisme religieux contre sionisme existentiel»

Naftali Bennett

(Pour ma part, le sionisme, quelle que soit sa nature, est avant tout et surtout une idéologie malsaine fondée sur les pires crimes. En fait, sionisme (laïque ou religieux) et crime sont synonymes !) (Rachid Z)

Propos recueillis par Marc Femsohn, le 03 janvier 2013

Dans une interview, Bennett estime qu'"un pays de 64 ans ne peut pas continuer à exister sur le principe de l'Etat-refuge basé sur la défense des Juifs".

"Si cela ne tenait qu'à cela, poursuit-il, il y a d'autres endroits dans le monde où les Juifs n'ont pas à craindre pour leur sécurité, que ce soit à Melbourne ou dans le New Jersey. Là-bas, on n'envoie pas les gosses à l'armée, et on ne reçoit pas des missiles sur la tête, c'est la raison pour laquelle il faut passer du sionisme existentiel (laïc) au sionisme juif (religieux). Il faut établir une vie nationale juive et donner à ce pays un caractère juif".

Un raisonnement un peu choquant pour ceux qui se reconnaissent comme nationalistes juifs, c'est-à-dire sionistes, mais qui ne lient pas obligatoirement sionisme et religion.

Le nationalisme juif laïc, que j'appelle également sionisme, a réussi à faire d'Israël ce qu'il est aujourd'hui, une grande puissance dans de nombreux domaines.

C'est le sionisme laïc (et non les religieux) qui est à l'origine du miracle de la renaissance de l'hébreu et du patrimoine littéraire israélien, de Shay Agnon et Yossef Brenner à Amos Oz, David Grossman et Edgar Keret en passant par David Shahar, sans oublier Bialik et tant d'autres.

C'est aussi le sionisme laïc (et non les religieux) qui est à l'origine de la musique populaire, que ce soit Shoshana Damari, Yaffa Yarkoni, Moshé Vilensky, Yossi Banaï, Yoram Gaon, Arik Einstein, Shlomo Artzi, Idan Raichel et tant d'autres.

C'est toujours le sionisme laïc (et non pas les religieux) qui a créé l'institution universitaire qui fait que notre pays fait partie de l'élite mondiale dans ce domaine, depuis l'Université hébraïque de Jérusalem au Technion de Haïfa. C'est la laïcité israélienne qui a donné les grands penseurs contemporains et la majorité des grands prix internationaux dont les prix Nobel.

C'est le sionisme laïc qui, par le passage par l'institution militaire, a créé le miracle des startups de la hightech qui est devenue la perle de l'économie israélienne.

Désolé de décevoir Naftali Bennett, il n'y a pas eu ici de "miracle divin". La majorité de ce qui a été réalisé dans ce pays depuis 60 ans et davantage, l'a été par des Israéliens laïcs dont une partie (et je suis de ceux-là) ont de l'estime pour le patrimoine religieux d'Israël. Mais leur force d'âme est issue de la culture laïque et leur réussite n'appartient qu'à eux et pas aux rabbins.

La profession de foi de Naftali Bennet pour le retour aux valeurs religieuses et le contrôle par la force d'un autre peuple garantit la perte de cette merveilleuse culture israélo-juive dont nous sommes les héritiers et même les acteurs.

Etre juif ne se mesure pas seulement à la profondeur de la piété, à l'assiduité des prières à la synagogue ni même au respect des commandements de la Torah, bien que j'ai la plus grande estime pour ceux qui observent le culte, tant qu'il n'interfère pas avec la loyauté et l'allégeance à l'égard de l'Etat d'Israël, un message subliminal à Bennett pas très enclin à respecter les décisions de l'Etat et de la Cour suprême dès lors qu'elles vont à l'encontre de sa doctrine, puisqu'il a confié qu'il ne participerait pas à l'évacuation d'implantations si ordre lui en était donné.

Etre juif, c'est aussi avoir une âme juive, humaniste, ouverte sur le monde, vivant avec son temps, sans abandonner les valeurs de notre peuple et de notre pays.

C'est être patriote, sans concession sur notre identité, notre avenir, notre sécurité, des principes pour lesquels se sont battus nos pères fondateurs.

Etre juif, c'est respecter la loi de l'Etat d'Israël, qu'elle convienne ou pas.

Herzl, Ben Gourion, Golda, Rabin, Dayan, Begin, Shamir et Sharon sont-ils moins juifs que les rabbins ? (Une serie des pires criminels que l'humanité a dû endurer !) (Rachid Z)

La question n'est donc pas de savoir, comme le prétend Bennett, quand nous passerons du sionisme existentiel (laïc) au sionisme juif (religieux), mais plutôt jusqu'à quand une partie du peuple continuera d'accepter des décisions politiques prises au nom de la foi et de la superstition.

Laissons la religion dans les synagogues et les affaires de l'Etat à la Knesset.

Le sioniste Manuel Valls (PS)

Le sioniste Manuel Valls (PS)

Radio Judaïca

Strasbourg, le 17 juin 2011