18 avril 2012

France : 94 % des victimes d’Islamophobie sont des femmes

 France :

94% des victimes d’Islamophobie sont des femmes

Le message de l’Islam, le 16 avril 2012

Le CCIF (collectif contre l’islamophobie en France) publie en avant-première, quelques chiffres tirés de son rapport 2011 sur l’islamophobie en France. On y apprend que les courageux islamophobes s’en prennent quasi-exclusivement aux femmes.

En France, à défaut d’avoir la parité dans les salaires, on compense avec les violences faites contre les femmes musulmanes

Si l’avenir des musulmans venait singulièrement à s’assombrir, rassurons-nous le personnel des services publics est formé, en effet 53% des actes visant les individus se déroulent au sein d'un service public.

Le privé ne rejoint pas encore le public mais 13% des actes se déroulent tout de même au sein d'entreprises de service privées (auto-école, salle de sport...)

En attendant le rapport complet du CCIF, rendez-vous sur le site et adhérez pour soutenir la prévention contre les actes islamophobes. Ca ne vous empêchera pas d’être agressé verbalement ou physiquement, mais vous aurez au moins bonne conscience après l’agression : vous aurez tenté d’endiguer la haine.

17 avril 2012

J’suis pas : Zebda

J’suis pas : Zebda

Intégration, diversité, minorités, identité des mots qui piègent

Zebda, ce sont d'abord des Toulousains originaires des quartiers nord de la Ville Rose, des fils d'immigrés algériens qui revendiquent que toutes les dimensions de notre identité collective soient pensées. Dans une France encore très jacobine, bien que devenue plus que jamais dans son histoire pluriculturelle et pluriculturelle, la présence durable et installée de ce qu'il est convenu de nommer des "minorités" issues des migrations, dont la présence ne peut plus être pensée comme temporaire, impose une réévaluation des conditions de production du sentiment d'appartenance. En contradiction avec l'abstraction de la citoyenneté française, les pluralismes culturels et cultuels se développent dans la France "patrie des Droits de l'Homme". Le titre de Zebda "la correction" en souligne les enjeux :

Y'a un texte un peu partout sur les murs Pour le lire putain faut une armure (...) Ce texte est le croisement improbable D'un bandit de chez moi avec un cartable Libres et égaux... entre midi et deux (...) Qu'est-ce que je lis C'est du joli Les hommes naissent où ça ? Mais lis ! Qu'est-ce que je lis Que c'est joli Les hommes naissent ...

NON à la discrimination

NON à la discrimination !

13:58 Écrit par Rachid Z dans Discriminations, Enseignements | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Exil du politique, annonce du carnage

Exil du politique, annonce du carnage

Francis MARTENS, Anthropologue, psychanalyste, le 26 novembre 2011

Au hit-parade mondial du suicide, la Belgique semble occuper la deuxième place, la première revenant à la Finlande. Le suicide, en outre, est chez nous la deuxième cause de mortalité durant l’adolescence. Il sert aussi plus généralement d’issue à 15% des dépressions graves affectant, selon l’OMS, de 3% à 10% de la population mondiale. Ces pourcentages montent en flèche dans le sillage des maladies graves (44% de déprimés majeurs chez les malades du sida, 33% chez les cancéreux, 22% après un infarctus).

On sait, par ailleurs, que la dépression constitue elle-même un facteur de risque pour le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Plus lapidairement, les prévisions épidémiologiques pour la prochaine décennie voient dans la dépression la seconde cause d’invalidité au monde après ces mêmes maladies. Dans son rapport de 2002, l’OMS avait déjà noté que la dépression était à elle seule responsable de plus de 12% des années de vie vécues avec incapacité (AVI) sur toute la surface du globe.

En Europe, de nos jours, l’état dépressif se voit corrélé en premier lieu avec la solitude, en second avec le chômage - lui-même vecteur de solitude. Bien qu’une corrélation ne soit pas une cause, il y a là un indice qui ne peut laisser indifférent. Depuis un demi-siècle, des études sociologiques convergentes attestent le lien entre pauvreté, destruction du tissu social et taux de consultations psychiatriques. Dans nos pays, le marché des antidépresseurs explose. En modulant certains concomitants neurochimiques de l’état dépressif (par exemple, la sérotonine), ils ont souvent sur lui un réel impact. Néanmoins, dans la dépression ordinaire, ils ne fonctionnent pas mieux que des placebos (Irving Kirsch, 2008) - c’est-à-dire aussi bien que des remèdes efficaces non spécifiques, fondés sur l’espoir de guérir ainsi que sur la croyance en la compétence et la bienveillance des soignants. Ce n’est que dans la dépression grave que les antidépresseurs de dernière génération (ISRS) s’avèrent plus performants que le placebo.

Dans cet état de déréliction, il n’est plus possible en effet d’investir quelque relation que ce soit. Le lien à l’autre, la confiance en une thérapeutique, la foi en ses propres ressources, sont pratiquement abolis. Il ne reste plus - quand elles sont performantes - que le secours aveugle des molécules. Ajoutons qu’un palliatif à la violence contre soi peut consister en son retournement rageur contre autrui. D’un point de vue individuel, la haine de l’autre peut offrir une échappatoire salvatrice à la tentation du suicide. Au plan collectif, ce n’est pas le meilleur chemin.

Les données socio-cliniques qui précèdent donnent à penser.

Tout d’abord, la dépression apparaît bien plus comme une souffrance que comme une maladie - ce qui n’enlève rien à sa gravité. Elle intervient en fait comme une cause majeure d’invalidité. Ensuite, elle s’avère radicalement liée à la rupture du tissu social. Solitude, chute de l’estime de soi, perte de statut, d’assise, de projet, lui font cortège. Le chômage s’avère ici déterminant - lourd de risques pour la société en son entier. De même le travail, fut-il modeste, apparaît-il à ce niveau dans toute sa centralité anthropologique (Christophe Dejours, 1998). Tant comme facteur de sécurité individuelle, que comme élément clef dans un maillage de liens dont la mise à mal mène au désastre. Voir la montée du nazisme dans le marasme dans les années trente.

Or, cette dimension semble totalement absente de la réflexion politique contemporaine. Le politique d’ailleurs ne se voit plus que rarement convié à la décision. La Commission européenne semble ne se faire le relais que des "agences de notation". Chapeauté par l’idéologie de la "croissance" (des profits et des biens), le modèle économique dominant n’a du travail qu’une conception instrumentale et vénale : simple moyen technique interchangeable, délocalisable, et jetable. Dans une perspective réduite à la mécanique des fluides financiers, l’"économie" n’a plus rien à voir avec l’aménagement de la cité.

Dans une logique purement actionnariale, mettre en concurrence des ouvriers protégés par les acquis démocratiques avec de lointaines unités de production n’hésitant pas à exploiter les enfants, ne soulève aucune objection. Un zeste de protectionnisme, par contre, une subvention de l’Etat, une production à perte pour maintenir l’emploi, participent de la délinquance la plus grave. Sur le marché financier, autrement dit, le travail comme tel ne présente aucune valeur. Chacun est mis en concurrence avec chacun. La solidarité finit par céder le pas au sauve-qui-peut. Mus par l’intérêt du jour, les actionnaires retirent leurs avoirs d’une clinique pour les placer dans l’armement. Mieux "managée", la clinique apprend à gérer ses lits comme des stocks à flux tendu, et son personnel comme un cheptel.

Maltraitance. Dépression. Fautes professionnelles. Suicide sur le lieu du travail. Au dernier échelon, le patient.

Des personnages comme Madoff, des "traders" mégalomanes comme Kerviel, ne sont pas que des accidents de parcours. Ils manifestent l’essence d’un système économique réduit à de l’ingénierie financière. Prédateur sans frontières, expert en destruction du tissu social et de l’environnement, le "grand marché financier mondialisé autorégulé" n’a qu’une devise : "Après moi le déluge". L’optimisation et la répartition des ressources, plutôt que l’exacerbation anarchique des profits, ne sont pas vraiment son fort : il préfère la violence à la solidarité.

A l’échelon belge, la formation d’un gouvernement achoppe sur l’incapacité à concevoir une politique sortant du dilemme simpliste : "Plus d’économies ou plus d’impôts ?" Circonstance atténuante : l’"Europe" impose de remédier à l’effondrement sans quitter la logique qui l’a provoqué. Trop d’intérêts à court terme sont en jeu.

Ce qui semble clair néanmoins, c’est qu’on ne fera pas l’économie de l’austérité. Et c’est ici qu’intervient précisément le choix. Celui entre une austérité vécue comme pure privation, dans l’attente d’une hypothétique restauration du même, et une austérité inscrite dans une perspective de changement. En l’occurrence, celui de donner chance à l’avenir en payant le prix de la solidarité. Ceux qui veulent conclure un budget arithmétiquement conforme en rognant plus encore sur l’Etat, le politique, le service public, commettent ici une fatale erreur.

Car, en période de pauvreté annoncée, c’est du renforcement de ces protections dont nous avons besoin. Non l’inverse. Quant à la politique évoquée "de la solidarité", elle n’a rien à voir avec les bons sentiments. Démographie oblige, à l’entour de nos frontières et au-delà, la pauvreté fait place à la déréliction. Attisée par nos vitrines, la cohorte de ceux qui n’ont rien à perdre grossit de jour en jour. Aujourd’hui, le choix n’est plus entre la solidarité et l’égoïsme, mais entre la solidarité ou le carnage.

16 avril 2012

Ces Français Soldats d’Israël

Ces Français Soldats d’Israël

Aschdod Café, le 12 avril 2012

Les deux soldats avancent face au courant d’air brûlant qui s’engouffre par les fenêtres arrachées. Comme des serpents prêts à l’attaque, des ferrailles rouillées jaillissent du béton brisé par le souffle des bombes. Les roquettes ont dessiné de noirs soleils là où elles ont frappé les plaques de blindage. Très lentement, les deux soldats gravissent un escalier ravagé par les explosions. En silence, ils patientent trois secondes et se précipitent en hurlant dans une pièce aux murs couverts d’une suie grasse. Deux ombres bondissent derrière eux et leur disent calmement en hébreu : «Vous deux, les Français, vous êtes morts ! Vous recommencez tout depuis le début.»

La base de Gesher, dans la vallée du Jourdain, à quelques kilomètres au sud de Bet Shean, est un ancien poste de la police britannique. Depuis 1967, ses bâtiments désaffectés servent de centre d’entraînement aux futurs combattants des unités d’élite de l’armée israélienne. Un groupe d’une trentaine de soldats s’est porté volontaire pour faire partie de l’unité de reconnaissance du Nahal Haredi, un régiment composé exclusivement de recrues juives ultra-orthodoxes. Très peu de ces soldats sont nés en Israël. La plupart viennent de Grande-Bretagne, d’Afrique du Sud et de France. Au milieu de la matinée, les jeunes recrues pensent avoir mérité un instant de pause, mais le rabbin Tzvi Klebanov les rejoint dans le coin où les jeunes hommes épuisés se sont mis à l’abri du soleil pour leur parler des devoirs du soldat juif. «Le soldat juif se bat sans haine mais sans faiblesse ! martèle le rabbin, dont la hanche est ornée d’un colt Desert Eagle. Le soldat juif se bat pour que l’histoire de son peuple, qui a commencé avec la création du monde, se perpétue, malgré nos ennemis, jusqu’à la fin des temps ! Vous faites partie de l’armée de défense d’Israël. Vous n’attaquez pas mais vous faites sentir aux agresseurs le poids de la colère d’Israël ! Maintenant, nous prions !»

Michel a 20 ans. Il est né à Marseille. A peine majeur, il est parti seul pour Israël. Après quelques mois passés dans une école religieuse, il a décidé de s’engager. «Je ne suis pas encore israélien. Je le serai quand j’aurai terminé mes quatorze mois de service. Je pense à la France tout le temps. J’adore ce pays, mais ce n’est plus le mien. Je sens que la France ne veut plus de moi. C’est elle qui a demandé le divorce !» dit Michel en rigolant. Le jeune Marseillais portait déjà l’uniforme de Tsahal quand Ilan Halimi a été assassiné par le gang de Youssouf Fofana. Un crime abominable : le jeune Français juif a été séquestré et torturé pendant trois semaines avant de mourir de ses blessures le 13 février 2006. Sa famille a finalement décidé de le faire inhumer, un an plus tard, à Jérusalem. Ce n’est donc pas ce fait divers épouvantable qui a poussé Michel à se porter volontaire pour servir dans l’armée israélienne. Mais le calvaire d’Ilan Halimi est venu renforcer sa détermination et conforter la conviction qu’il n’avait plus rien à faire en France. «La France est obligée de choisir entre la racaille et les juifs. Elle nous a bien fait comprendre de quel côté elle penchait. Je ne crois pas qu’elle a été libre de faire son choix. Les juifs en France ne pèsent rien, les autres peuvent brûler des milliers de voitures si on les contrarie…»

Difficile de donner des chiffres. Michel est-il un cas isolé ? Combien de jeunes hommes quittent-ils la France pour s’enrôler dans Tsahal ? Difficile de donner des chiffres. L’armée israélienne est très réticente à rendre publiques ses statistiques sur l’origine de ses recrues. L’enrôlement des étrangers est un sujet sensible, car il y a le risque que les juifs qui ne choisiront pas de s’installer en Israël soient, de part et d’autre de la Méditerranée, soupçonnés de double allégeance. En France, il est également difficile d’obtenir des données précises. Mais les responsables de la communauté juive constatent que les jeunes Français qui sautent le pas s’enrôlent généralement dans les unités combattantes les plus exposées. Gladys Tibi, présidente du Libi France, une organisation très active dans l’aide aux soldats israéliens, dit avoir pris conscience du phénomène un peu par hasard. Traditionnellement, son mouvement organise un shabbat en l’honneur des volontaires français qui veulent servir en Israël. Cette année, le Consistoire juif de France lui a indiqué que, pour les premières semaines de 2007, ce sont déjà 200 jeunes qui s’apprêtent à quitter définitivement la France pour devenir soldats de Tsahal, et des centaines d’autres hésitent. C’est donc une proportion non négligeable des jeunes juifs français qui rêve de porter l’uniforme israélien.

Pour le rabbin Klebanov, le guide spirituel du Nahal Haredi, cela n’a rien d’étonnant. Les jeunes Français veulent servir l’Etat d’Israël parce qu’ils sentent qu’ils ne sont plus à leur place dans un environnement chrétien qui, selon lui, tendrait à s’islamiser à grande vitesse. «Dans leur pays de naissance, ces jeunes sont soumis à un discours hostile aux juifs et à Israël. On leur dit que la Shoah est une invention des sionistes. La gauche altermondialiste les accuse de tous les maux du monde. Les musulmans sont d’une extraordinaire agressivité à leur égard. Les vieux antisémites n’attendent qu’une occasion pour leur sauter à la gorge. Alors, certains d’entre eux veulent redécouvrir leur histoire, et surtout y participer.» Le rabbin n’hésite pas à assurer que ces jeunes s’inscrivent dans la tradition «des prophètes Abraham et David, rebelles à l’ordre romain, et des soldats de 1967 ou de la guerre du Kippour. En redécouvrant leur histoire, ils retrouvent Dieu. Ils deviennent exigeants avec eux-mêmes. C’est ce qui explique qu’ils se dirigent d’abord vers des unités comme le Nahal Haredi, où l’on recherche l’excellence militaire dans un environnement ultra-orthodoxe».

En France, Eran s’appelait Grégoire. Il a 30 ans. Lui n’a pas entendu la voix de Dieu ou des Patriarches avant de s’engager dans l’armée israélienne, il y a trois ans. Ce sont Albert Londres, Joseph Kessel et Jacques Derogy qui lui ont donné envie de porter l’uniforme israélien. «Je suis originaire de Montbéliard. J’aime ce coin de France de toutes mes forces et j’y serai attaché jusqu’à mon dernier instant, même si je ne peux plus imaginer d’y vivre. La France, c’est l’endroit où je me sens chez moi. Israël, c’est le pays qui donne un sens à ma vie. En étudiant le sionisme, je me suis rendu compte que le retour des juifs sur leur terre était l’une des rares belles choses sorties de l’histoire du XXe siècle. La France, je ne sais plus où elle va. J’ai un amour désespéré pour la France et un amour plein d’espérance pour Israël

La base du Nahal Haredi est perdue sur un piton rocheux planté au-dessus de la route qui relie Naplouse à Jénine. Une cinquantaine de soldats israéliens francophones ou de Français soldats volontaires de Tsahal passent ici leur temps d’armée. Leur secteur est une zone de passage fréquent pour les terroristes. Les soldats du Nahal Haredi tiennent trois points de contrôle où se présentent chaque jour des milliers de Palestiniens. Il y a quelques semaines, un soldat a été abattu. Jonathan pensait devenir pâtissier à Strasbourg. Il a fait une croix définitive sur ce destin. Pendant quelques mois encore, il va vérifier les papiers des Palestiniens qui se présentent aux barrages dans ce coin perdu de Samarie. «Je ne suis pas venu me battre contre les Arabes. Je suis venu vivre en Israël. Je me suis marié ici. Je ne pouvais pas imaginer avoir des enfants en France. Dans dix ans, dans vingt ans, ce pays ne ressemblera plus à celui que j’aime encore tellement. Il faut tourner la page. Je veux devenir officier, faire carrière dans Tsahal. » La famille de Jonathan trouve cette décision stupide, mais il se dit convaincu que ses parents finiront par changer d’avis. Ses frères et ses soeurs envisagent désormais de faire leur alya – le retour vers Israël. Jonathan pense leur avoir donné «l’envie d’Israël et de Tsahal».

Yaakov, 20 ans, vient, lui, de Sarcelles. Il a fait toute sa scolarité dans une école religieuse juive. Il n’a jamais eu de vrais contacts avec le monde non juif. Pour lui, l’alya et l’enrôlement dans Tsahal étaient des évidences. Certains de ses amis ont préféré rester à Paris. Yaakov a des nouvelles quelquefois. La vie de ses copains qui ont fait un choix différent du sien ne lui semble finalement pas si terrible. «Leur situation à l’université n’est pas catastrophique aussi longtemps que l’on ne sait pas qu’ils sont juifs. Moi, je ne veux pas cacher ce que je suis.» Yaakov voit la France comme un pays étranger, plutôt hostile à Israël. Il aime manier le paradoxe. Il pense que les juifs ont une dette vis-à-vis de ce pays dont ils peuvent s’acquitter en pliant bagage pour, dit-il, ne pas rendre plus difficile la coexistence des chrétiens et des musulmans en France.

Ces jeunes Français qui s’engagent dans Tsahal sont-ils réellement représentatifs d’un malaise de fond des juifs de France ? Une fois passé l’enthousiasme de la jeunesse, combien feront vraiment leur vie en Israël ? Nul ne le sait.

12 avril 2012

Manif de Chichah contre le reportage sur l’islam de “ Questions à l’Une ” (RTBF)

Manif de Chichah contre le reportage sur l’islam deQuestions à l’Une (RTBF)

La Gazette, le 12 avril 2012

Face à la polémique suscitée par le reportage Faut-il craindre la montée de l’islam en Belgique? de l’émissionQuestions à l’Une diffusé mercredi soir, le professeur de l’ULB Souhail Chichah et d’autres militants comptent organiser une manifestation devant les locaux de la RTBF le jeudi 19 avril entre 18h30 et 20h.

Ce reportage est un chef-d’œuvre de manipulation islamophobe. C’est pour cela que nous souhaitons nous rassembler devant la RTBF. Nous attendons seulement l’autorisation de la commune de Schaerbeek, indique Souhail Chichah.

Pour sa part, le chef de cabinet du bourgmestre de Schaerbeek assure qu’il va donner un avis favorable à ce rassemblement. Nous avons bien reçu, dès hier soir, une demande pour manifester devant la RTBF le 19 avril prochain entre 18h30 et 20h. Mais, elle n’a pas été introduite par M. Chichah. Toutefois, il n’y a pas de raison de l’interdire, à condition qu’aucun propos injurieux ne soit tenu. Dans notre pays tout le monde a le droit de manifester. Nous attendons seulement l’avis de la police locale ce qui devrait encore être confirmé cette semaine, explique Marc Weber, chef de cabinet du bourgmestre de Schaerbeek, Bernard Clerfayt (FDF). Par le passé, nous avons déjà autorisé ce genre de manifestation suite, d’ailleurs, à des reportages de Questions à l’Une Par exemple, des Rwandais mécontents du traitement du conflit dans leur pays par la RTBF.

Du côté de la chaîne publique francophone, on assure n’avoir reçu que très peu de plaintes ce matin. Nous n’avons eu que quatre réactions négatives pour l’instant au niveau du service médiation, déclare Bruno Deblander, porte-parole de la RTBF.

11 avril 2012

La place de la religion musulmane dans notre société

   La place de la religion musulmane dans notre société

Hamid Bénichou, le 11 avril 2012

J’étais un peu  hésitant avant d’écrire ce texte mais j’ai passé outre cette circonspection; pour moi, nous sommes arrivés au bout d'un parcours, alors en tant que membre de cette communauté je dois me poser certaines questions dans une actualité très brulante.

Est-ce-que la religion musulmane est compatible dans notre société ? si oui, comment vivre alors, sans déranger les autres communautés, notre musulmanité.

Le fait de vivre dans un pays  qui a réussi à concilier laïcité et religion, peut-il nous aider ?

Sommes-nous capables de respecter un certain nombre de valeurs qui nous sont communes et qui favoriseront la cohabitation voire le Vivre-Ensemble ?

Beaucoup de personnes s’interrogent sur l’opportunité de lancer un tel débat à un moment où les peurs prennent le pas sur le dialogue.

Ce débat est enfoui en nous et chez les autres communautés depuis le siècle passé - année1980 -.

Je pense qu’on est au début d’un long processus et pour s’engager, il faudrait la volonté.

Vous remarquez que ces derniers temps, tous les regards se focalisent  sur cette religion à cause d'une composante manipulée, désorientée par des pseudo-penseurs venus d'ailleurs et qui donnent l'occasion aux Autres de penser, que nous portons des germes d’intolérance et de violence, que nos valeurs ne sont pas compatibles avec la civilisation européenne, que nous refusons la laicité et que nous sommes sujets à l’intégrisme et à l’islamisme.

Nous voulons aborder ce débat sans tabous et sans anathèmes mais dans le calme et avec un esprit d’ouverture et de dialogue.

Aux membres de notre communauté, il est temps que vous preniez la parole pour dire tout haut ce que vous pensez tout bas.

(Notre société n'a rien de laïque, Hamid ! Par contre, notre société, sachez-le, depuis 1993, finance fort généreusement les tenants d'une anti-communauté dite laïque dont la détestable mission "civilisatrice" qu'elle s'est donnée de mener consiste à imposer à toutes et tous un mode de pensée et de vie issu d'une idéologie developpant des "valeurscontraires au respect de la dignité humaine, contraires au respect des droits et libertés du Citoyen(ne), contraires au respect des droits de l'Enfant, contraires donc au respect des principes fondateurs de notre société. D'ailleurs, en ce qui me concerne, j'estime qu'une telle version de la laïcité; dominante, excluante, méprisante, discriminante, anti-religieuse, ... raciste est à combattre avec toute la raison et l'energie d'une société qui se respecte et certainement pas à mettre en débat !) (Rachid Z)

Seloua Luste Boulbina : «En France, je ne me suis jamais sentie chez moi»

Seloua Luste Boulbina

«En France, je ne me suis jamais sentie chez moi»

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Propos recueillis par Maurice Tarik Maschino, le 11 avril 2012

Algérienne, agrégée de philosophie, directrice de programme au Collège international de philosophie, écrivaine, Seloua Luste Boulbina vient de publier un beau livre dans lequel, avec beaucoup de finesse et un grand talent d’écriture, elle aborde quelques thèmes fondamentaux : le désintérêt des Européens à l’égard du monde arabe, l’orientalisme, «colonialisme de l’esprit», le monde arabe, «fiction politique»…, l’art et la littérature, «des masques qui permettent de parler vrai»… Sur ces questions, et quelques autres, Séloua Luste Boulbina s’est entretenue avec El Watan.

Les Arabes peuvent-ils parler ? Pourquoi ce titre de votre nouveau livre ?

C’est un clin d’œil au texte d’une Indienne, Gayatri Chakravorty Spivac, qui a eu beaucoup d’écho dans les études postcoloniales. C’est aussi lié au fait qu’en France on aime beaucoup plus parler des Arabes que les entendre. Les Arabes peuvent-ils parler ? renvoie à la question : «Peut-on les entendre ?» 

Sont-ils aujourd’hui mieux entendus ?

Oui, mais de façon différentielle. Algériens, Tunisiens, Marocains occupent chacun un espace spécifique. C’est très hétérogène. On lit les écrivains algériens,  mais je ne pense pas qu’on lise les intellectuels. Il y a des barrières. Les artistes peuvent avoir plus de succès que les universitaires.  Pas seulement parce qu’ils sont mieux diffusés : l’élaboration par l’art contemporain, même si le contenu est subversif, est moins sensible que l’élaboration théorique.

A qui ou à quoi pensez-vous ?

Je pense à nos ignorances. Connaît-on de grands intellectuels algériens, marocains ? Je pense surtout en termes de connaissance. En fait, il y a écoute quand on pense que les autres peuvent nous apporter quelque chose. Les travaux de Samir Kaci, libanais, mort dans un attentat, ne sont pas suffisamment connus. Je pense au silence universitaire. Par exemple, le premier livre non biographique sur Frantz Fanon  -De l’anticolonialisme à la critique post-coloniale , de Mathieu Renault a été publié en novembre 2011. Et il a été publié parce que son auteur est français. Si quelqu’un n’a pas un nom à consonance chrétienne, on estime que ce n’est pas vendeur. A l’université, quand on propose un thème de réflexion sur Fanon, on s’entend répondre : «Ah non, pas lui !»  Autre  exemple : Edouard Saïd. Il est dans la même situation que Fanon. Il est très connu hors de France, mais il est à peine connu, et très peu lu, en France. A part les spécialistes du monde arabe,  les Français s’intéressent plus à ce qu’ils diffusent dans le monde qu’à ce que le monde diffuse.

Votre livre a-t-il été bien reçu ?

Il a commencé par être mal imprimé. Il y avait trois manuscrits à l’impression dans la même collection, mais l’imprimeur a confondu les titres et les textes. Autrement dit, les Arabes, c’est tout pareil. Quant au site «L’épreuve du réel», il a présenté mon texte avec une coquille. Cette présentation reprenait l’une de mes formules sur les Arabes, pris entre «salamalecs et charabia». Le c de charabia a sauté, et la phrase est devenue : «Les Arabes, pris entre salamalecs et harabia». La réaction spontanément négative à tout ce qui est arabe a produit coquille et interversion de titres. Oui, mon livre a eu de bons échos, des lecteurs l’ont aimé, mais sa diffusion reste relativement confidentielle. Beaucoup apprécient son approche, très différente de ce qu’on écrit d’habitude sur le monde arabe. Mais pour les philosophes français, en majorité conservateurs ou réactionnaires,  ce livre n’est pas de la philosophie. C’est je ne sais quoi, écrit par je ne sais qui… A l’’étranger, l’accueil a été très positif. En Tunisie, on s’apprête à traduire mon livre en arabe, des Américains s’y intéressent,  je suis invitée en Belgique. Mais en France j’ai l’impression qu’il y a une frontière invisible, selon l’expression d’Alice Cherqui, une frontière extrêmement épaisse, extrêmement solide, qu’il est très difficile de franchir.

Diriez-vous que la guerre d’Algérie continue, sous d’autres formes ?

Non, mais je dirais qu’on n’en a pas fini avec les conséquences de cette guerre. D’autant que  cette guerre  a encore le statut et la fonction du secret de famille. Un secret de famille, c’est quelque chose qui divise profondément une famille. Le secret de famille, c’est la tragédie. Les divisions sont internes, extrêmement profondes, presque indépassables. Non pas qu’on ne parle pas de la guerre d’Algérie, non pas qu’il n’y ait pas beaucoup de livres qui en parlent, mais il n’y a pas de parole politique sur la guerre d’Algérie.  Quand le 18 octobre 1999, l’Assemblée nationale a reconnu l’existence de la guerre d’Algérie, cela m’a bouleversée.  J’étais en France pendant la guerre, mon père était l’un des avocats du FLN. Mais, en dehors de ma famille, on ne parlait pas de guerre. C’est ça, le secret de famille : tout le monde sait que quelque chose existe, mais personne n’en a la connaissance subjective. Or la subjectivité, c’est l’humain et c’est par l’humain qu’on entre dans la politique.

L’arabité, écrivez-vous, est un cache-misère. La francité aussi, non ?

Oui, comme l’européanité. Beaucoup en ont parlé pour célébrer la supériorité d’une civilisation sur les autres. L’européanité, c’est un fétiche.

Et l’identité nationale, dont les dirigeants français parlent tant ?

C’est parce que la France s’est construite sur la base d’une abstraction sur le plan humain que les intégrations successives ont posé problème. Je pense par exemple à l’intégration des juifs français au moment de la Révolution. Cette intégration-là est devenue le modèle de l’assimilation à la française. La France a adopté les positions de l’abbé Grégoire dans son essai sur  La régénération physique, morale et politique des juifs (1788) : les juifs ne doivent pas parler leur langue, ni manifester physiquement leur existence, ni afficher leur religion. C’est l’impératif que la République, trois siècles après, prescrit aux étrangers qui veulent s’intégrer. Ce qui provoque tous les conflits et faux débats que l’on connaît, sans parler des contraintes et des mutilations que cette façon de concevoir l’intégration impose aux étrangers.  La France reste extrêmement fermée, crispée sur quelque chose dont elle pense que c’est concret, alors que c’est abstrait. Le Français de souche est une abstraction, d’autant plus importante qu’elle n’inclut ni le Réunionnais, ni le Martiniquais, ni le Guadeloupéen, ni le Guyanais, ni le Maoré. Qui en France pense que les habitants de Mayotte, département français, sont des Français de souche – de «vrais» Français ?

Certains parlent de personnalité algérienne. Quel sens a pour vous cette expression ?

Cette expression est la matrice d’une identité algérienne considérée comme  arabe, arabophone et musulmane. Les  Algériens se sont fondés sur ce qu’ils connaissaient de la souveraineté et de la nation, et, dans un pays très étendu et très disparate, ils ont constitué leur nation sur le modèle qu’ils avaient sous les yeux. L’Algérie n’est pas monolithique, elle est très diversifiée, il y a une population arabe, évidemment, mais elle n’est pas majoritaire, il y a des gens qui parlent arabe, d’autres qui sont musulmans, plus ou moins… D’avoir assimilé à la française arabe et musulman, d’être entré dans la nation par la religion, c’est quand même, de mon point de vue, un problème. Mais peut-être était-il impossible de faire autrement ?

Etes-vous à l’aise en Algérie ?

Totalement ! Ceux que je ne connais pas me prennent pour une roumia. Mais lorsqu’on commence à parler, même si je ne suis pas arabophone, la relation change et je me sens chez moi. En France, je ne me suis jamais sentie chez moi. Il y a un trop grand degré d’hostilité, on est obligé d’une certaine façon d’être un peu sur ses gardes : on ne sait jamais ce qu’on va nous dire, ce qui va surgir. Et il y a toujours quelque chose qui surgit.

Les gens qui ont vécu dans un seul pays sont très raides, ils n’ont jamais été confrontés à une image d’eux-mêmes dans laquelle ils ne se retrouvaient pas. Mais j’ai décidé de ne plus rien laisser passer. L’an dernier, nous étions cinq à être candidats à un détachement au Collège de philosophie. N’ont pas été retenus les deux qui portaient un nom arabe. Pour ne pas être victime de discrimination, on m’a suggéré de changer mon nom. Il n’en est pas question ! Je refuse de me cacher. Je tiens  beaucoup à ma nationalité algérienne, j’y tiens même de plus en plus, un peu de façon réactionnelle. En hypokhâgne, on m’appelait la petite Algérienne, c’était du paternalisme, alors qu’aujourd’hui, c’est de la malveillance. Le paternalisme a disparu, l’agressivité est restée.

Quelles réflexions vous inspire le cinquantenaire de l’indépendance ?

L’indépendance, c’est prometteur d’un après.

Ce qui me frappe en Algérie, c’est que les responsables s’imaginent qu’ils sont sous le regard de la France. Alors que la France ne s’occupe pas de ce qui se passe en Algérie. Ce mauvais regard fantasmé est en train de disparaître sous la poussée des jeunes générations : ça ne les intéresse pas, ils ont oublié le passé. 50 ans, c’est deux générations, ça éloigne les malheurs, même si après il y en a d’autres, c’est une nouvelle aube qui se lève. Dans l’immédiat, je pense que la société algérienne va devenir encore plus religieuse, d’une façon plus intensive, avec un plus fort contrôle social, plus d’oppression. Il suffit de voir comment tout le monde pratique le double langage. C’est traditionnel en Algérie : je pense à la vente d’alcool, on n’en sert pas en terrasse, mais il y en a à l’intérieur, c’est la tartufferie généralisée. Et la tartufferie, c’est une manière de laisser aux religieux le pouvoir de limiter encore plus la liberté des gens. Ca peut durer des années, et les gens l’intègrent dans leur manière de vivre. Les barbus font désormais partie du paysage. Mais ils n’empêcheront pas l’histoire d’avancer. Un jour, l’horizon s’éclaircira. Je suis convaincue que l’Algérie pourra une nouvelle fois nous surprendre et nous ravir.

07 avril 2012

Génocide: plainte déposée à Bruxelles contre des dirigeants guinéens

Génocide

Plainte déposée à Bruxelles contre des dirigeants guinéens

Belga, le 07 avril 2012

Dix ressortissants guinéens, réfugiés en Belgique et ayant acquis la nationalité belge, ont déposé plainte à Bruxelles contre sept officiers guinéens pour "crime de génocide" et "crime contre l'humanité", en vertu de la loi de compétence universelle, peut-on lire samedi dans Le Soir.

Cette plainte vise notamment l'ancien président Moussé Dadis Camara, le lieutenant Cherif Diakité, le commandant Moussa Tiegboro Camara et le général Sékouba Konate.

Ils sont poursuivis pour le massacre commis par la garde présidentielle au stade de Conakry le 28 septembre 2009 et qui a fait 156 morts ou disparus, sans compter les cas de viols, de violences sexuelles et de torture.

Selon les plaignants, la plupart des victimes appartenaient au groupe ethnique des Peuls, systématiquement visé par la répression.

06 avril 2012

Avez-vous déjà discuté de l'affaire Merah sur un scooter?

Avez-vous déjà discuté de l'affaire Merah sur un scooter ?

Quand on est d'origine étrangère, on est surtout d'étrange origine. Pour tous. Algériens et Français.

Par Kamel Daoud, le 06 avril 2012

«On se sent tous coincés dans une salle de bain, entourés par des gens qui veulent vous tuer lorsque vous tenterez de sauter par le balcon. On n'a tué personne, sauf une partie de nous-même. On est coupable de rien, mais il suffit de peu pour qu'on fasse de vous un Merah : un simple scooter suffit, ou un article de presse ou un sondage. Je plaisante là, et je force le trait, mais à peine, tu sais, dans certains endroits. On est cerné mais par personne de précis.

On sent la menace et le doigt inquisiteur. Ici et là-bas. Oui, même en Algérie : tu sais, nous les Français d'origine algérienne, on n'a pas d'origine justement. Ça m'a tué de voir que les Algériens reprennent sur nous les mêmes clichés que les Français : on est voleur, menaçant, mal éduqué, impoli, paresseux, ici en France et même chez les nôtres, là-bas. Il n'y a pas d'issues parfois, sauf baisser les yeux ou se suicider comme un idiot. J'en fais un peu trop ?  Possible, mais ce que je voulais te dire est important : l'autre, celui de Toulouse est aussi une affaire algérienne. Tu n'es pas d'accord ?».       

Merah : une affaire franco-française ?

Je fais non de la tête, assis à cette terrasse, près du scooter noir laissé en face. Je ne suis pas convaincu. J'avais pensé, écrit et dit que c'est une affaire franco-française et qu'avec les Kadhafi chez nous et le cadavre de Mohammed Merah, le pays va devenir une poubelle, pas une nation. Mon interlocuteur veut m'expliquer.

«Je sais que les Français veulent se laver les mains de leur mauvaise paternité. En quoi l'Algérie est responsable d'un Français né en France ? En tout. Je t'explique : si on avait derrière le dos un pays puissant, qui a réussi son indépendance et sa souveraineté, on ne se sentirait pas mal et dans le malaise d'être de nulle part. On aurait eu derrière le dos un mur, pas un ravin et un arbre cassé. On se sent mal parce que le pays dit d'origine est un échec mou.

Toutes les origines ne se valent pas

Et cet échec redouble celui de certains ici. On paye le tou t: l'origine étrangère mais, surtout, quand c'est une origine peu respectée et pas très imposante et pas splendide et qui vaut 145 Dinars algériens contre un euro. Un immigré israélien, ou argentin ou russe n'a pas le même problème que nous. Et encore moins un Français d'origine hongroise. S'il est né ici, c'est un Français d'une origine qui le rend fier. Il a où aller et ne se sent pas mal d'où il vient ou va revenir. Pas chez nous. Merah c'est aussi l'échec de l'Algérie.

Quand on n'a pas de nationalité fière, on laisse pousser sa barbe ou on se fait islamiste. Sans pays, on se dit qu'il vaut mieux revenir vers le pays de Dieu. Tu comprends ? C'est ce que je veux dire en disant que l'Algérie est aussi responsable. On n'est pas tous Mohammed Merah mais on est tous coincés, un peu, dans une salle de bains. Derrière le dos, on a un évier, pas un pays. Un trou, pas un souvenir. Et quand on saute du balcon, on ne tombe nulle part. On ne finit pas de tomber. Tu comprends ?».

Je fais oui de la tête. Je regarde le scooter. Il est noir.

«Quand on est d'origine étrangère, on est surtout d'étrange origine. Pour tous. Algériens et Français»

Racisme anti-niquab s’exprime, en toute liberté, sur le répondeur de France Inter

Le racisme laïque s’exprime, en toute liberté, sur le répondeur de France Inter

02 avril 2012

“La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine”

La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine

Valérie Amiraux, le 02 avril 2012

Le collectif Les mots sont importants a publié sur son site internet la version intégrale du texte de Valérie Amiraux et d’Alana Lentin, La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine, paru dans une version plus courte dans les colonnes du journal Le Monde (édition du 20 mars 2012). Le texte est reproduit ci-dessous.

Il n’y a aucun doute : la campagne pour les présidentielles 2012 a fait de la diversité culturelle, et en particulier de celle qu’incarnent les musulmans de France, un sujet central des positionnements de tous les protagonistes. Ces dernières semaines, cette agaçante évidence a mué en quelque chose de répugnant à mesure que se sont déployés les tirs croisés d’une véritable guerre culturelle engagée pour sauver les valeurs de la République et protéger les citoyens français.

Les rires de C. Guéant écoutant Serge Létchimy à l’Assemblée nationale, la moue mais l’absence de commentaires de Marine Le Pen confrontée, sur le plateau de Canal Plus, aux images de son père écoutant des commentaires sur le nez proéminent du candidat Sarkozy qui «rappellerait» ses origines…tout cela est loin d’être insignifiant.

Dans ce contexte, les récentes déclarations autour de la suppression du terme race dans la Constitution, proposition faite par François Hollande et critiquée par Nicolas Sarkozy, sont plutôt bénéfiques : en mettant sur le devant de la scène un terme supposément interdit au motif que ses fondements scientifiques n’ont aucune valeur, elles nous permettent de dire les choses en utilisant la bonne terminologie, d’attirer l’attention sur les glissements que permet l’interdiction de parler de race dans un contexte où, si elle n’a aucun signification biologique et juridique, elle n’en conserve pas moins une pertinence sociale et in fine politique.

Si la guerre culturelle est aussi explicitement engagée dans ces présidentielles 2012, c’est parce qu’insidieusement, à notre corps défendant et sans que nous ne puissions le nommer, une racialisation des différences culturellesnotamment religieusess’intensifie en France sur le terreau d’un racisme qui peine d’autant plus à dire son nom qu’il vise ici très précisément une population, celle des musulmans, présentée comme illégitime sur le plan de ses attributs culturels. Pourtant, C. Guéant nous avait bien assuré, et le Monde l’avait cru qui titrait en synthèse d’une entrevue avec le susdit le 2 janvier dernier : «L’islam ne doit pas être un sujet d’empoignades en 2012».

Voilà des positions tranchées, sur un sujet d’importance. D’un côté, François Hollande, candidat socialiste à la présidence, partisan d’un retrait du mot race de la Constitution. De l’autre, Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession, qualifiant sur Europe 1 cette proposition de ridicule. Depuis 2004, gauche et droite font pourtant globalement front uni dans la lutte contre l’islamisation potentielle de la France et tranchent dans le vif, en légiférant sur ce qui appert comme le plus consensuellement légitime d’exclure et multipliant les déclarations sur ce qui « dépasse » et contrevient aux règles de la vie en République, visiblement (les prières de rue) ou non (la viande halal).

On pourrait, par extension, rapatrier dans ce fourre-tout les arguments qui, par procuration, ont été rattachés à ce débat. La violence des jeunes dans les banlieues, l’islamisation des quartiers, la polygamie, la violence contre les femmes et l’homophobie des musulmans, les bruits et les odeurs. Ah non pardon, ça c’était quelqu’un d’autre. Un joyeux murmure, une petite musique doucereuse, confortée par les propos sur le mur pour empêcher l’immigration de A. Klarsfeld (celui qui dirige l’Office de l’immigration et de l’intégration), les civilisations de C. Guéant (celui qui fait des blagues sur les Auvergnats), la laïcité «positive» de Guaino et consorts (celui qui écrivit les discours de Riyad et Rome).

Qu’est-il arrivé à la race en France ? Elle a tout d’abord été séparée efficacement de la religion, au mépris d’une donnée de l’histoire significative, celle de la mission colonisatrice dont on oublie aussi qu’elle fut une mission de sécularisation, par exemple dans une Algérie dont on allait conquérir les femmes, qu’il fallait, dit Fanon, aller chercher «derrière le voile où elles se dissimulent et dans les maisons où l’homme les cache.» Le dénigrement de l’islam (et des musulmans) s’inscrit aussi dans ces traces.

L’expression du dégoût n’est pas validé en termes théologiques ou culturels, car ici le principe de neutralité constitutif du régime de laïcité permet l’égalité entre les cultes, mais bien incarné par le rejet de manières d’être et de faire qui n’ont pas disparu, «malgré» la puissance de la contrainte coloniale. De fait, les musulmans ont été exclusivement associés à une série de comportements socialement inacceptables (sexisme, violence conjugale, homophobie, cruauté envers les animaux) et menaçant la cohésion sociale.

Toutes les statistiques du monde ne suffisent pas à inverser la machine. L’institutionnalisation des inégalités hommes-femmes sur le marché du travail, le maintien des inégalités de salaire et d’avancement de carrière sont toujours moins importantes que la menace musulmane, celle des burqas, des burkinis, des horaires aménagés dans les piscines ou du choix du sexe de son gynécologue.

Toutes les explications sur la réelle signification du terme de laïcité, sur le fonctionnement de ses principes fondateurs et de ses finalités ne servent à rien. La scène est bien plantée et le président sortant, chantant en canon avec le Front national, y contribue activement. Au point qu’une proposition d’accorder le droit de vote aux étrangers au niveau local mute en une journée en débat sur la viande halal consommée en région parisienne à l’insu des consommateurs. Y compris à l’Élysée ?

Ce que permet l’irruption du terme de race dans ce contexte ? De faire le lien et d’affirmer la chose suivante : le sens produit par ce magma de déclarations publiques, en continu depuis 2007 et en accéléré depuis le début de la campagne électorale, et de décisions juridiques qui stigmatisent les musulmans en France ne doit plus être euphémisé. C’est du racisme. Et la différence culturelle, visible ou non, associées aux musulmans joue ici comme race.

La manœuvre de prestidigitateur proposée par Hollande nous place en réalité dans une impasse. Il ne s’agit pas pour nous de revenir sur l’enjeu juridique. L’affirmation constitutionnelle feint d’ignorer la race pour mieux exprimer la volonté d’en nier la valeur juridico-politique. Au-delà du constat, triste mais lucide, que la suppression du mot race ne supprimerait pas le racisme, il y a dans l’usage du terme race, comme dans celui du terme de civilisation, toute la prudence à apporter lorsque l’on mobilise un terme doté simultanément d’une signification analytique pour ceux qui observent le social et décrivent notamment les relations d’inégalités et de pouvoir entre les individus dans les sociétés, et d’un sens établissant une hiérarchie des valeurs reprise ad nauseam par tout un chacun, élu ou anonyme.

L’opposition au terme de race n’est pas une nouveauté. C’est, on le sait, la réponse choisie après la Seconde Guerre mondiale après la découverte des camps de concentration, inscrite dans le droit à différents niveaux dans un contexte, rappelons-le, toujours colonial pour la France et ségrégationniste aux Etats-Unis. En déniant la signification d’une pensée raciale et refusant désormais l’usage du terme race au motif de la condamnation des sciences raciales, les vainqueurs de l’Allemagne nazie pensent alors éradiquer la source principale du nazisme. On connaît plus particulièrement en France le rôle joué par Claude Levi-Straus dans le projet de l’UNESCO des années 50 de substituer ethnicité ou culture à la notion de race.

Ce jeu de passe-passe lexical n’a pourtant occulté ni la discrimination ni le racisme : la conviction de la supériorité de certains groupes sur d’autres, qu’on se réfère pour le faire à la notion de race, d’ethnicité, de culture, de religion ou de …civilisation.

Car c’est bien le racisme qui continue de donner tout son sens à la race. Désormais pensé de manière totalement dissociée de l’idée de la validité différentiation biologique entre les groupes humains, il continue d’opérer en inférant que les différences entre les individus sont naturelles et indépassables, inscrites au patrimoine génétique des cultures et des religions plutôt que des races, mot socialement tabou et politiquement peu correct.

De deux choses l’une : soit F. Hollande se pense magicien et voit la Constitution comme une baguette magique (à deux reprises : en constitutionnalisant le principe de laïcité et en retirant le terme de race), soit il est naïf (supprimer la race anéantirait le racisme ?), ce que nous ne pouvons croire. La déclaration saura séduire les indécis, ceux qui attendent un geste, un mot plus fort que la litanie nauséabonde des membres et proches du gouvernement. Mais ils ne doivent pas s’y tromper : Hollande ne s’engage pas dans une lutte corps et âme contre le racisme et la discrimination. Il ne renverse pas la machine raciste.

Au contraire, il se range avec Sarkozy et ses sbires dans le camp de ceux qui, de façon cosmétique et opportuniste, flattent une diversité relative, sélective et électoralement commode. En faisant cette proposition, Hollande aplanit tout désir de réfléchir au présent à la contribution de l’expérience coloniale à la naturalisation de la racialisation des altérités culturelles et religieuses. Il s’engage sur la voie du déni de leurs effets discriminants vécus au quotidien par des femmes, des hommes et des enfants qui, si cette proposition devenait réalité au lendemain de la victoire socialiste, demanderont avec raison des comptes à un président inconséquent.

01 avril 2012

Le CACA

Le CACA

Nouvelle association antiracisme

SOS racisme est raciste

SOS racisme est raciste

30 mars 2012

Une affiche anti-marocaine dans les élections municipales en Autriche

Une affiche anti-marocaine dans les élections municipales en Autriche

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Achnoo.com, le 30 mars 2012

Le Parquet d’Innsbruck (ouest de l’Autriche) a ouvert une enquête contre le parti d’extrême-droite FPÖ, pour «incitation à la haine», en raison d’une affiche au caractère anti-marocain placardée pour les élections municipales qui doivent avoir lieu le 15 avril à Innsbruck.

Le slogan de l’affiche en question du FPÖ, dirigé au plan national par Heinz-Christian Strache, affirme dans une rime polémique: «L’amour de la patrie plutôt que des Marocains voleurs» («Heimat-Liebe statt Marokkaner-Diebe»). A la suite du dépôt de trois plaintes de citoyens, un porte-parole du Parquet d’Innsbruck a confirmé à l’agence de presse autrichienne APA qu’une enquête était ouverte pour «incitation à la haine».

Si le FPÖ ne dispose que d’un seul siège au conseil municipal d’Innsbruck, sur un total de 40, le parti dirigé Heinz-Christian Strache fait dans les sondages nationaux presque jeu égal avec les sociaux-démocrates (SPÖ) et a relégué le Parti populaire autrichien ÖVP (démocrate-chrétien) au 3e rang. Le SPÖ et l’ÖVP dirigent le pays dans un gouvernement de grande coalition.

Le maire sortant d’Innsbruck est Christine Oppitz-Plörer, une dissidente de l’ÖVP. Les élections municipales sont prévues dans la cinquième ville autrichienne le 15 avril prochain.