01 juillet 2013

La Belgique cherche les réponses à l’islamisme radical

La Belgique cherche les réponses à l’islamisme radical

Par Raphaëlle d’Yvoire, le 30 juin 2013

La radicalisation d’une minorité de musulmans belges et le départ de certains pour les combats en Syrie ont pris de court les autorités publiques.

Soucieux d’éviter la stigmatisation de l’islam et tout amalgame entre les 600 000 musulmans de Belgique et la centaine de militants salafistes connus des services de police, l’attitude des autorités belges ces dernières années consistait essentiellement à rappeler que «l’islamisme radical actif concerne une très petite minorité». Mais depuis quelque temps le discours a un peu changé, certains responsables affirmant que ce courant «monte en puissance» et qu’il est «dangereux».

«En Belgique on a jusqu’à présent réussi à stopper à temps plusieurs drames en préparation, mais les risques sont au moins équivalents à ceux qui existent en France ou en Grande-Bretagne. Et ce serait sans doute pire si le culte musulman n’était pas reconnu», affirme le député libéral francophone Denis Ducarme, en référence au fait que l’islam fait partie des six cultes financés par l’État.

«Sur le terrain, il est vrai, les discours radicaux prennent de l’ampleur, confie Bilal Benyaich, politologue néerlandophone d’origine marocaine qui vient de publier un ouvrage détaillé sur «l’islam et le radicalisme parmi les Marocains de Bruxelles».

UNE «RÉPONSE AU RACISME ANTI-MUSULMAN»

«Il y a de plus en plus de sites Internet, lieux et structures qui ont potentiellement de l’impact sur des gens en difficulté avec le compromis culturel». Pour lui, l’adhésion à ces idées est aussi une «réponse au racisme anti-musulman et à la banalisation d’un discours populiste et xénophobe». Quant au basculement vers l’activisme radical, «il est presque toujours lié au chômage».

Depuis le début de l’année, les départs vers la Syrie d’une centaine de jeunes musulmans ou belges convertis, dont plusieurs mineurs, pour combattre au côté des rebelles ont pris de court les autorités. L’enrôlement rapide de certains d’entre eux, pourtant apparemment bien intégrés, et la détresse – largement médiatisée – de leurs familles qui se mobilisent pour tenter de les faire rentrer en Belgique, a suscité beaucoup d’émoi.

Une «taskforce interministérielle» mise en place ce printemps par le ministère de l’intérieur tente d’empêcher de nouveaux départs et de rapatrier les jeunes déjà partis. «Nous devons faire comprendre à ces jeunes que leur place n’est pas dans les groupes armés, analysait récemment Bernard Devos, délégué général aux droits de l’enfant en Belgique francophone, mais aussi impérativement répondre à leur désir manifeste d’engagement et leur offrir de quoi se rendre utile.» 

30 juin 2013

Luxembourgeois et étrangers : Renforcer la démocratie du Luxembourg

Luxembourgeois et étrangers

Renforcer la démocratie du Luxembourg

Droit de vote pour les non-Luxembourgeois aux élections législatives

ASTI, juin 2013

La situation démographique

L’évolution démographique du pays est déterminée par la croissance de la proportion d’étrangers, qui a doublé au cours des quatre dernières décennies, pour atteindre aujourd’hui plus de 44% du total de la population. En même temps, le nombre de Luxembourgeois est resté stable, en grande partie grâce aux naturalisations.

Le Luxembourg est ainsi un pays avec une situation démographique toute à fait particulière en Europe, étant le pays avec la plus large proportion d’étrangers par rapport au nombre d’habitants, loin devant la Suisse qui affiche une proportion aux alentours de 23%. Dans le monde, le Grand Duché est seulement dépassé par les états du Golfe Persique, avec des taux parfois au-dessus de 70 %. En Nouvelle-Zélande, où le droit de vote est ouvert aux nonnationaux, la proportion est de 24 %.

Déficit démocratique

Le fait que, au Luxembourg, plus de la moitié de la population résidente est à l’écart des élections législatives pose un vrai problème de qualité de la démocratie.

Il en résulte que la représentativité des 60 députés de la Chambre tend à diminuer, par le fait d’être élus seulement par les détenteurs d’un passeport luxembourgeois. En effet, si le nombre de députés dépendait seulement du nombre d’électeurs actuels, il ne resteraient aujourd’hui que 34 parlementaires.

Une situation qui n’est pas compatible avec l’image de pays progressiste et innovateur que le Grand-Duché prétend être, notamment en matière économique et sociale. Le Luxembourg s’affirme, avec raison dans certains aspects, comme un laboratoire de l’Union Européenne et doit donc progresser dans cette voie.

L’ouverture du droit de vote pour le Parlement aux étrangers n’est pas la solution miracle, mais elle permet d’augmenter la qualité de la démocratie luxembourgeoise.

La position de l’ASTI

L’ASTI est, et a toujours été, en faveur de la participation de tous les résidents aux élections pour la Chambre des Députés.

La position de l’ASTI a comme objectif la consécration du suffrage universel selon le principe de la citoyenneté de résidence.

Nationaux de l’Union Européenne ou de pays tiers: tous citoyens

La participation de tous, citoyens de l’Union Européenne ou pas, est la position la plus juste et la plus cohérente.

D’un autre coté, la question de la réciprocité entre citoyens UE ne se pose pas, puisque si le Grand Duché décide d’une pareille ouverture, il sera le seul pays de l’Union Européenne à permettre aux étrangers de participer à l’élection du Parlement. Néanmoins, plusieurs initiatives citoyennes au niveau européen surgissent, défendant la participation de tous à tous les suffrages.

L’ASTI défend donc la possibilité de participation de tousles non-nationaux aux élections législatives, à l’image des élections communales.

Les conditions d’accès au suffrage

Les conditions pour les étrangers doivent être les mêmes que pour les citoyens luxembourgeois, néanmoins il y a des spécificités à prévoir.

Les délais de résidence

La législation actuelle prévoit deux délais de résidence différents: 5 ans pour les communales et 2 ans pour les européennes. L’ASTI s’est toujours battue pour des délais plus courts pour les communales. Donc le même principe est à respecter pour les législatives.

Comme pour les élections européennes le délai de résidence est de 2 ans, L’ASTI défend également un délai de 2 ans pour l’élection de la Chambre des Députés au Grand Duché.

Les modalités d’inscription

L’ASTI défend l’inscription d’office des étrangers sur les listes électorales pour tous les suffrages.

Les Luxembourgeois sont inscrits d'office sur la liste électorale de leur commune de résidence dès qu'ils remplissent les conditions requises par la loi pour être électeur. Le collège des bourgmestre et échevins de chaque commune procède tout au long de l'année à la mise à jour de la liste des citoyens luxembourgeois appelés à participer aux élections.

Il devra faire de même pour les non-luxembourgeois, en les avertissant de ce fait, une fois le délai pour la participation atteint.

Vote obligatoire

Le principe du vote obligatoire doit être respecté pour les élections de la Chambre des Députés, au même titre que pour les autres suffrages ouverts aux non-nationaux.

La souveraineté renforcée

Quand on parle de l’ouverture du droit de vote aux étrangers pour les élections législatives, l’argument de la perte de la souveraineté est souvent évoqué.

Néanmoins, il se révèle être un faux argument.

Tout d’abord pour une raison de fond : la citoyenneté de résidence renforce cette souveraineté, puisque tous les citoyens sont impliqués dans la prospérité du pays.

Ensuite pour une raison de fait : l’intégration européenne suppose déjà un partage de souveraineté. Dans la pratique, aux alentours de 70% de la production législative luxembourgeoise découle des directives européennes.

Finalement pour une raison de cohérence : l’armée luxembourgeoise, symbole de la souveraineté nationale, est déjà ouverte aux non-nationaux. En effet, suite au règlement grand-ducal du 20 mars 2003, des candidats à l’incorporation ayant la nationalité d’un des Etats membres de l’Union européenne et ayant résidé au Luxembourg depuis au moins 3 ans, ont le droit de rentrer à l’Armée.

Avec la participation du plus grand nombre de citoyens aux choix déterminants pour l’avenir du pays, la souveraineté sort ainsi renforcée.

Radicalisation des musulmans incite la préoccupation

Radicalisation des musulmans incite la préoccupation

«A chaque attaque terroriste sur le territoire de l'UE et les rapports que les musulmans européens sont recrutés pour combattre en Syrie, l'islamophobie en Europe augmente. Les dirigeants européens sont sous pression pour régler le problème de l'islamisation de l'Europe non seulement par la popularité accrue des partis politiques anti-immigration d'extrême droite... mais aussi pour relever le défi de la promotion des valeurs européennes de tolérance, tout en prenant des mesures énergiques contre l'islam radical…»

13:25 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La ministre italo-congolaise à Genève défend le droit à la nationalité des immigrés

La ministre italo-congolaise à Genève défend le droit à la nationalité des immigrés

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Par Gustavo Kuhn, le 18 juin 2013

Cécile Kyenge, en charge de l’Intégration, a affirmé que sa politique viserait la naturalisation des enfants d’immigrés

La ministre italienne de l’Intégration, Cécile Kyenge, d’origine congolaise, a assuré, hier à Genève, que la question centrale de sa politique sera la nationalité à accorder aux immigrés. «Ce débat concerne toute l’Europe», a-t-elle affirmé en marge d’une conférence ministérielle internationale sur la diaspora, organisée par l’Organisation internationale pour les migrations.

Il y a actuellement 600 000 enfants mineurs, nés en Italie de parents étrangers, qui sont concernés par un changement du droit de la nationalité basé sur le droit du sol, a-t-elle expliqué. Si l’Italie adoptait cette modification, ces enfants seraient italiens de par leur naissance.

Cécile Kyenge a aussi revendiqué avoir émigré vers l’Italie pour «réaliser un rêve», celui de devenir ophtalmologue. «J’étais seule, j’avais 18 ans, j’ai eu un parcours difficile, mais j’ai réalisé mon rêve, et à présent je suis ministre», a-t-elle raconté.

Depuis sa nomination, la ministre italienne, la première d’origine africaine dans l’histoire du pays, est la cible de nombreuses insultes et menaces racistes. Jeudi dernier, une élue locale de la Ligue du Nord a notamment appelé à la violer. Ces déclarations ont cependant suscité une indignation générale et son expulsion du parti régionaliste et anti-immigrés.

De l’identité à la communauté de destin

De l’identité à la communauté de destin 

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François De Smet, le 29 juin 2013

Le titre de ce numéro de Mig Mag consacré à la nationalité est Devenir belge : un début ou une fin ?. Il est tentant de nuancer par une périphrase et de se demander si, aujourd’hui, l’obtention d’une nationalité n’est pas devenue un moyen plutôt qu’une fin. Il est évident qu’en Belgique, la nation possède un contenu particulier, moins fortement lié à une identité culturelle nationale qu’au partage d’un destin commun. Or, malgré l’évanescence progressive de l’identité belge, sa nationalité reste très demandée par les migrants qui s’établissent sur son territoire. Obtenir la nationalité du pays où l’on réside, c’est essentiellement se simplifier la vie, se mettre à l’abri, jouir de la protection dont bénéficient un peu plus les nationaux et éluder les contraintes administratives liées à un statut de résident. Et c’est un peu moins, reconnaissons-le, adhérer à une identité.

Tel est bien le cœur de la polémique habituelle en matière d’octroi de nationalité : faut-il que celle-ci récompense un parcours d’intégration et en soit sa finalité, ou faut-il que celle-ci en soit une étape et participe à l’intégration ? Le fait qu’on puisse si aisément considérer que la nationalité soit un moyen d’atteindre l’intégration au lieu d’en constituer l’aboutissement atteste qu’en Belgique la nationalité est devenue une boîte à outils de droits et d’obligation et non une substance propre. Dans la plupart des pays où la nation renvoie à une identité forte, on ne songerait pas un instant à faire de la nationalité un outil plutôt qu’une fin.

Certes, à bien y regarder, quel étrange objet qu’une nationalité. En avoir une est un droit, et son absence est vécue comme une mort civile. Son apparente homogénéité nous ferait aisément oublier combien toutes les nations, qu’elles aient ou non abouti à la forme d’Etats, sont les fruits de processus de regroupements et d’unifications réalisés sur des échelles de temps très longs, et en général toujours dans un seul sens : la réduction du multiple vers l’un, de l’hétérogénéité à l’homogénéité. Comme l’écrit Ernest Gellner dans son classique Nations et nationalismes : «Le nationalisme pratique une duperie fondamentale à l’égard des autres et de lui-même. Le nationalisme consiste essentiellement à imposer, globalement à la société, une haute culture là où la population, dans sa majorité, voire sa totalité ; vivait dans des cultures inférieures». Savoureux paradoxe : alors que le nationalisme a servi à unifier les individus au prix de la suppression des particularismes, les grands ensembles que forment aujourd’hui les nations semblent mal à l’aise devant ce rôle intégrateur lorsqu’il s’agit, aujourd’hui, de l’assumer face aux minorités d’origine étrangère. C’est que contrairement aux paysans basques, bretons, wallons du 17ème ou 18ème siècle qui auxquels on offrait une nation en échange d’un patois, les migrants du 21ème siècle disposent déjà d’une nationalité, reflet d’une culture à laquelle ils n’entendent pas renoncer – en tout cas pas totalement. Unifier les citoyens est moins simple aujourd’hui.

Ceci étant, cette fonction du nationalisme est également moins nécessaire aujourd’hui, parce que l’être humain également a changé. Il a pris conscience de sa vie intérieure, de sa pluralité de facettes, et il est invité à l’assumer. Dans le monde d’aujourd’hui, l’identité est d’autant plus forte que la nation l’est moins. Il n’y a plus de contradiction dans le fait de posséder une nationalité différente du lieu où l’on réside, et différente encore de la langue que l’on parle. L’équilibre est dans la bonne gestion des multiples identités qui composent chacun de nous. La nation glisse imperceptiblement de son sens d’identité à son sens de communauté de destin. Telle est l’évolution que, peut-être, les nationalismes régionaux qui s’échauffent en Europe sont en train de manquer ; le repli nostalgique que leur succès atteste est un effet de crise et de peur.

Or, si ces relents de nationalismes classiques sont, fort probablement, condamnés à long terme à l’échec comme l’est toute promesse d’homogénéité, il n’en reste pas moins que cette communauté de destin qu’est aujourd’hui la nation demanderait d’autant plus que celle-ci puisse être valorisée comme un aboutissement. Reléguer la nation comme un simple moyen, comme une boîte à outils d’intégration et non comme le biais par lequel une volonté de participer à la collectivité s’atteste et se prouve, c’est précisément participer à sa dévalorisation ; non dans son sens dépassé de communion identitaire, mais bien dans son sens toujours nécessaire d’adhésion à un destin commun.

25 juin 2013

Répression politique : Who’s next ?

Répression politique : Who’s next ?

Compte-rendu de la conférence-débat organisée le 20 juin dernier par les associations Quart d’X et Les Indigènes de Belgique au Vaartkapoen à Molenbeek. Les intervenants : Barbara Van Dyck (exclue de la KUL), Souhail Chichah (exclu de l’ULB), Jean Flinker (membre du CLEA, représentant Bahar Kimyongür, un militant belge d’origine turque accusé de terrorisme par le régime AKP). Modération : Nathalie Mathieu

24 juin 2013

Maroc-Espagne : Un réseau démantelé a envoyé des djihadistes en Syrie

Maroc-Espagne

Un réseau démantelé a envoyé des djihadistes en Syrie

AFP, le 24 Juin 2013

Un réseau lié à Al-Qaïda démantelé vendredi à Ceuta, enclave espagnole du nord du Maroc, et dans la ville voisine marocaine de Fnideq, a envoyé environ 50 djihadistes en Syrie dont certains ont commis des attentats suicide, a affirmé samedi le ministre espagnol de l'Intérieur Jorge Fernández Díaz.

Le ministère avait annoncé vendredi le démantèlement de ce réseau et l'arrestation à l'aube de huit personnes soupçonnées de recruter et d'envoyer des militants djihadistes en Syrie. Le réseau qui "suivait les ordres de la direction d'Al-Qaida" avaient "deux bases: l'une à Ceuta et l'autre à Fnideq", a expliqué le ministre, précisant que "les volontaires envoyés en Syrie sont au nombre d'environ 50, 12 de Ceuta et les autres à partir du Maroc".

Ces huit personnes, dont l'identité n'a pas été révélée, ont été transférées par hélicoptère à Madrid et seront mises à disposition de la justice lundi. Elles devaient être inculpées "d'appartenance à une organisation terroriste", a ajouté le ministre. "Nous pouvons affirmer que parmi ceux qui ont été envoyés, il y avait des personnes qui se sont sacrifiées pour commettre des attentats suicides", a déclaré le ministre, confirmant ce qu'avait indiqué vendredi le ministère dans un communiqué.

Des "armes, munitions et matériels d'exaltation du djihad ont été découverts", a-t-il ajouté.

D'autres recrues ont intégré des camps d'entraînement à l'étranger qui les ont préparées à commettre des attentats, a expliqué le ministre. "Nous ne parlons de pas de soldats qui prennent part au conflit syrien. Nous parlons de recrutement de djihadistes pour commettre des attentats", a-t-il répété à plusieurs reprises.

Selon lui, ces militants transitaient par la Turquie où ils étaient pris en charge et menés dans les zones de conflit en Syrie. "Ils ont été intégrés dans les rangs du Front al-Nosra ou une autre fraction terroriste qui se nomme l'Etat islamique de l'Irak et du Levant", un groupe né de l'union entre la branche irakienne d'Al-Qaïda (Isi) et le Front islamiste al-Nosra.

"Des réseaux similaires opèrent dans d'autres pays d'Europe", a rappelé le ministre, soulignant la bonne coordination de l'Espagne avec le Maroc, la France et le Portugal. Ces militants sont une menace pour les pays européens, car ils sont très bien entraînés et "lorsqu'ils reviennent, peuvent agir de façon solitaire ou en coordination avec la filiale d'Al-Qaïda dont ils dépendent et peuvent commettre des attentats", a-t-il affirmé, précisant qu'Al-Qaida entendait encourager ces "loups solitaires".

Selon lui, "23 djihadistes ont été arrêtés en Espagne" depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement conservateur fin 2011.

Une vision pernicieuse du monde social et de ses divisions

Une vision pernicieuse du monde social et de ses divisions

Qu’est-ce qui se cache derrière l’utilisation de l’expression «bobos» ?

Par Sylvie Tissot (sociologue à l’université paris-VIII), le 21 juin 2013

Rien n’est mieux partagé que le discours anti-bobo. L’ironie ou l’agressivité peuvent varier, mais chacun a un jour, d’un air entendu, utilisé ce mot pour parler d’un quartier, d’un restaurant, d’idées politiques, de modes vestimentaires ou de pratiques alimentaires. Nul besoin d’expliquer le terme, les bobos, c’est les autres ; et, pour certains, le nouveau repoussoir, l’incarnation d’un progressisme hypocrite, d’une branchitude désinvolte et indifférente aux vrais problèmes.

Du point de vue des sciences sociales, le mot «bobo» peut sembler utile pour décrire la manière dont se sont transformés les quartiers populaires des grandes villes. Le bobo serait ce nouvel habitant relativement doté, au moins en bagage scolaire, en quête d’architecture ancienne ou d’un loft à rénover pour y bricoler un mode de vie bohème tout en veillant à augmenter la valeur de son bien. Le bobo serait responsable de ce que les chercheur-e-s nomment maintenant la gentrification, c’est-à-dire la requalification de quartiers anciens dont les prix de l’immobilier explosent à la suite de l’arrivée des classes moyennes.

Le phénomène de la gentrification, mais bien au-delà l’absence d’un réel contrôle du marché de l’immobilier, est assurément préoccupant. Les difficultés d’accès au logement et la colonisation des espaces populaires sont une manifestation criante des inégalités renforcées par la crise économique et les politiques d’austérité. Quand les classes supérieures savent protéger leur entre-soi dans des communes et des quartiers de plus en plus bourgeois, les classes moyennes les moins dotées, notamment en patrimoine hérité, peinent à trouver un logement dans les grandes agglomérations. Et face à un parc social saturé, des zones insalubres se reconstituent aujourd’hui dans les interstices des villes, où se retrouvent ceux qui ont encore moins de ressources.

Le mot bobo pourtant ne nous aidera ni à comprendre ces transformations ni à les stopper – et la plupart des chercheur-e-s rechignent d’ailleurs à l’utiliser. Derrière cette catégorie se cachent des profils sociaux très contrastés, qui, dans tous les cas, n’ont rien à voir avec la bourgeoisie non bohème qui sait défendre ses privilèges sans avoir à se mêler aux pauvres. Cela n’exonère en rien les nouveaux habitants des quartiers populaires de la responsabilité de s’interroger sur leurs goûts, leurs pratiques, leurs manières d’investir l’espace public, les écoles ou encore le milieu associatif. Car leur bonne volonté et leur goût affiché d’une certaine mixité sociale ne réduisent pas magiquement les inégalités ni la violence symbolique que peuvent éprouver les habitants déjà là.

Il reste que, comme le mot lui-même, la construction du «bobo» comme nouvel ennemi est problématique. Non pas parce que ces populations seraient injustement stigmatisées – s’il est un groupe rituellement montré du doigt (pour son mode de vie, ses goûts culturels ou encore son vote), ce sont encore avant tout les classes populaires, en particulier «musulmanes» et/ou «issues de l’immigration». Le premier problème réside dans le fait que cette rhétorique s’est développée au sein d’une classe politique qui, au niveau gouvernemental comme dans les municipalités, dans celles de droite comme celles de gauche, est très massivement issue des classes supérieures et accueille souvent à bras ouverts ces populations plus riches.

Si le discours anti-bobo est dangereux, c’est aussi que ce discours a pris place dans une vision particulièrement pernicieuse du monde social et de ses divisions. Arrivé au début des années 2000 en France à la suite de la traduction du livre du journaliste états-unien David Brooks, le mot a été repris par l’ensemble des médias, puis de la classe politique. Lors de la campagne de 2012, il était même brandi par Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, qui fustigeaient les «bobos» pour mieux se réclamer des classes populaires. Car c’est là que réside l’effet magique du mot : quel que soit son flou (d’ailleurs soigneusement entretenu), il permet de convoquer des classes populaires aussi «authentiques» que les bobos seraient faux, et d’afficher, à peu de frais, une solidarité sans faille avec celles-ci.

Il permet aussi, en creux, d’en dessiner des contours bien particuliers. Autant les «bobos» seraient attachés à la défense des sans-papiers par exemple, autant les classes populaires y seraient hostiles. Face aux premiers, portés vers la culture et la tolérance sociale, émerge de cette nouvelle doxa un peuple soudainement élagué de ses composantes qui, pourtant, subissent de plein fouet la violence sociale et économique : les immigrés occupant les postes les moins payés, ou encore les femmes, aux avant-postes de la précarité, mais aussi les gays et les lesbiennes – qui ne sont pas tous des créateurs habitant le Marais.

Il convient de réfléchir aux effets idéologiques de dix ans de captation d’un terme utilisé au départ par des journalistes en quête de sujets légers pour les rubriques «société». La dénonciation du bobo est aujourd’hui une manière facile et faussement audacieuse de stigmatiser l’antiracisme et le combat contre toutes formes de discrimination. Des causes auxquelles le peuple, le «vrai», serait profondément allergique.

Les divisions sociales qui structurent notre société ne se réduisent pourtant pas à l’opposition simpliste entre des «bobos» privilégiés et des classes populaires reformatées en hommes blancs hétérosexuels, «naturellement» racistes, sexistes et homophobes, habitant le pavillonnaire. Passé à droite, le discours anti-bobo aura peut-être cette vertu de contraindre la gauche à repenser, au-delà de tout raccourci, sa vision des classes populaires, et plus largement des classes sociales.

22 juin 2013

On ne votera pas pour ces cochons !!!

On ne votera pas pour ces cochons !!!

Ce jeudi 20 juin, le Traité d'austérité TSCG a été voté à la Chambre, dans un silence quasi complet, afin d'éviter tout débat démocratique sur un enjeu crucial pour notre avenir. Ce traité condamne l'Europe à l'austérité par l'application de mesures similaires à celles qui ont plongé la Grèce dans une misère sans nom. Ce traité a été adopté grâce à la "gauche". En effet, le PS qui se prétend souvent opposé à l'austérité s'est majoritairement prononcé en sa faveur et vient donc ainsi de se porter caution pour que l'austérité puisse à nouveau ravager l'Europe.

Ce traité doit encore être soumis aux Parlements bruxellois et wallon. Comme les médias se taisent et que nous voulons la fin de cette loi du silence, je propose de créer un buzz utile sur facebook afin de mettre les élus devant leurs responsabilités.

La façon de procéder est simple. Vous trouverez ci-dessous la liste de ceux qui ont voté pour et de ceux qui ont voté contre à la chambre. Je vous propose de copier-coller cette liste et de mettre un @ devant les noms des élus "de gauche" qui ont voté pour et d'appuyer ensuite sur la flèche de droite jusqu'à ce que leur profil apparaisse. Le nom du politicien deviendra bleu et ils recevront ainsi une notification qui leur apprendra que pour avoir voté le TSCG, nous "On ne votera pas pour eux". Cela poussera peut-être certains d'entre eux à venir en débattre, sait-on jamais... En tout cas, il est inadmissible que ceux qui vivent grassement de l'argent du peuple le condamnent à la misère et fuient lâchement le débat d'idées ! Surtout s'ils se disent socialistes et se font élire sous cette bannière, c'est de l'usurpation.

Voici la fameuse liste à copier. Rejoignez l'action, invitez vos contacts, partager le lien. Embêtons-les un maximum, notre avenir en dépend !

LE TSCG A ETE VOTE....

ont voté POUR

Arens Joseph, Bacquelaine Daniel, Bastin Christophe, Battheu Sabien, Becq Sonja, Bonte Hans, Bracke Siegfried, Brotcorne Christian, Burgeon Colette, Caverenne Valérie, Clarinval David, Clerfayt Bernard, Collard Philippe, Coudyser Cathy, Dallemagne Georges, De Bue Valérie, De Clerck Stefaan, De Clercq Mathias, De Croo Herman, de Donnea François-Xavier, Degroote Koenraad, Delizée Jean-Marc, De Meulemeester Ingeborg, Demir Zuhal, Demol Elsa, De Permentier Corinne, De Potter Jenne, Deseyn Roel, Destrebecq Olivier, Detiège Maya, Devin Laurent, Devlies Carl, Dewael Patrick, De Wit Sophie, Dierick Leen, Dumery Daphné, Emmery Isabelle, Fernandez Fernandez Julia, Flahaut André, Fonck Catherine, Francken Theo, Frédéric André, Galant Jacqueline, Geerts David, George Joseph, Giet Thierry, Goffin Philippe, Grosemans Karolien, Gustin Luc, Henry Olivier, Jabour Mohammed, Jadin Kattrin, Jambon Jan, Kindermans Gerald, Kitir Meryame, Lacroix Christophe, Lalieux Karine, Lambert Marie-Claire, Landuyt Renaat, Lanjri Nahima, Lutgen Benoît, Luykx Peter, Maertens Bert, Maingain Olivier, Mayeur Yvan, Meire Laurence, Michel Charles, Mouton Rosaline, Musin Linda, Muylle Nathalie, Nyanga-Lumbala Jeanne, Özen Özlem, Sampaoli Vincent, Schiltz Willem-Frederik, Schyns Marie-Martine, Seminara Franco, Slegers Bercy, Smeyers Sarah, Sminate Nadia, Somers Bart, Somers Ine, Temmerman Karin, Terwingen Raf, Thiébaut Eric, Thiéry Damien, Tuybens Bruno, Uyttersprot Karel, Vanackere Steven, Van Biesen Luk, Van Cauter Carina, Van den Bergh Jef, Vandeput Steven, Van der Auwera Liesbeth, Van der Maelen Dirk, Van Eetvelde Miranda, Van Esbroeck Jan, Van Gool Dominica, Van Grootenbrulle Bruno, Vanheste Ann, Van Noppen Florentinus, Van Quickenborne Vincent, Van Vaerenbergh Kristien, Vanvelthoven Peter, Vercamer Stefaan, Vienne Christiane, Waterschoot Kristof, Weyts Ben, Wierinck Godelieve, Wilrycx Frank, Wollants Bert, Wouters Veerle

ET NOUS ON NE VOTERA PAS POUR VOUS !

ont voté CONTRE

Annemans Gerolf, Balcaen Ronny, Brems Eva, Calvo y Castañer Kristof, De Bont Rita, Dedecker Jean Marie, De Man Filip, De Vriendt Wouter, D'haeseleer Guy, Genot Zoé, Gerkens Muriel, Gilkinet Georges, Goyvaerts Hagen, Jadot Eric, Lahssaini Fouad, Louis Laurent, Pas Barbara, Ponthier Annick, Schoofs Bert, Snoy et d'Oppuers Thérèse, Valkeniers Bruno, Van Hecke Stefaan, Veys Tanguy

21 juin 2013

En soutien à Bahar Kimyongür

 

En soutien à Bahar Kimyongür

Rassemblement devant le Ministère des Affaires étrangères

Le 19 juin 2013

11:14 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité, Turquie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19 juin 2013

L’islamophobie d’état génère l’exclusion et la violence physique

L’islamophobie d’état génère l’exclusion et la violence physique 

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Raphaël Liogier : «Les agressions islamophobes sont justifiées comme de la self-défense»

«Les agressions islamophobes sont justifiées comme de la self-défense»

Raphaël Liogier

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Par Fouad Bahri, le 18 juin 2013

L’islamophobie est-elle en train d’exploser en France ? Après une semaine marquée par la multiplication des agressions physiques contre des femmes voilées et la tentative, avortée, d’organiser une manifestation anti-islam par le mouvement Résistance républicaine, Zaman France vous propose un entretien exclusif avec le sociologue du fait religieux Raphaël Liogier, auteur du livre Le mythe de l’islamisation, pour tenter comprendre les ressorts profonds de ce phénomène inquiétant.

Comment analysez-vous l’intensification des actes islamophobes et le passage à l’acte ?

Si nous étions dans une situation de phobie, cela n’entraînerait pas de passage à l’acte mais des formes de rejets. Cliniquement, on est plus dans la phobie mais dans ce que j’appelle un théâtre paranoïaque. Dans la phobie, vous pouvez être dans la condescendance, le rejet ou la peur. Dans le théâtre paranoïaque, vous supposez que l’autre vous en veut à vous en particulier.  Il y a la projection de l’intentionnalité. Cela n’était pas le cas avant 2003 ou 2004. Il n’y avait pas de blessure narcissique. On n’avait pas l’idée que les musulmans sont là parce qu’ils ont un plan et qu’ils veulent acculturer ou provoquer une colonisation inverse. Les agressions physiques contre les femmes voilées sont justifiées par leurs auteurs non pas comme de la phobie mais comme de la self-défense contre une agression intrinsèque des musulmans.

Pourquoi cette tendance ne se manifeste que maintenant ?

L’année charnière est 2003. C’est l’attaque américaine en Irak qui se fait sans l’aval des Européens. A partir des années 2000, on est plus seulement dans une crise économique mais aussi symbolique. C’est la blessure narcissique de l’Europe qui a perdu sa prééminence économique, militaire et culturelle. Partout sur le Vieux Continent, on a à ce moment là des débats sur l’identité nationale et l’origine chrétienne de l’Europe. 2003, c’est aussi l’année de création de Riposte laïque.

Y-a-t-il une spécificité française à ce phénomène ?

Il y avait une spécificité française au début, avec la fameuse exception française. L’Europe s’est pensée pendant un siècle au centre du monde, et la France était au centre du centre du monde. En 2003, un rapport à été remis à François Baroin à la demande de Jean-Pierre Raffarin, qui parlait de nouvelle laïcité qu’il faut mettre en place parce que la laïcité à un moment donné peut entrer en contradiction avec les droits de l’homme et qu’il faut alors choisir la laïcité, ce qui est absurde car historiquement elle est le produit des droits de l’homme. Autrement dit, on avait le droit de faire des lois qui étaient contradictoires avec ces droits de l’homme parce que le bateau coule. C’est la laïcité en situation d’urgence qui conçoit l’islam comme une menace au mode de vie européen. On est plus dans la stricte laïcité mais dans une laïcité d’exception. On se croit en situation de guerre et on met en place des tribunaux d’exception. Tout se concentre dans le mot islamisation. Toute manifestation de l’islam est considérée comme plus que ce qu’elle n’est. Il y a un aspect procès d’intention. Cela se voit très bien dans le phénomène Tariq Ramadan.

Ce théâtre paranoïaque est-il un phénomène naturel ou relève-t-il de la construction ?

Je ne crois pas à la théorie du complot ni du côté des musulmans, ni de celui des institutions. C’est plus grave encore. Il y a une telle frustration et une telle angoisse du côté de la population française. Le sentiment de déclin irréversible, la mondialisation et le capitalisme sont vus comme l’horreur absolue, le comble étant la visibilité de l’islam et des musulmans perçus comme voulant imposer leur religion. Il faut vraiment ne pas avoir confiance en son identité pour penser que 6 ou 7 % de la population vous menace culturellement. Ce qui relie ces choses n’est pas un lien logique mais psychologique. Comme on ne peut pas en vouloir à la mondialisation, il faut personnaliser avec tout ce qui a l’air hétérogène comme l’islam. 

Dans votre livre Le mythe de l’islamisation, vous décrivez plus précisément ce que vous entendez par théâtre paranoïaque…

Le théâtre paranoïaque, c’est ce qui permet de passer à l’acte. Le mythe de l’islamisation, c’est l’Europe qui met en scène son propre déclin sur le dos de l’islam. Comme dans tout théâtre, il y a quatre acteurs. Le héros qui prétend défendre la civilisation, l’Europe, l’Occident, qui parfois passe à l’acte comme Anders Breivik. Le peuple trompé qui se représente comme étant trahi, qui est majoritaire mais qui se pense presque comme minoritaire culturellement, qui pense avoir perdu. Dans la phobie, vous comprenez que l’autre est plus faible, avec des opinions comme : «ils sont inférieurs, ils sont sauvages, ils sont moins biens» alors que dans le théâtre paranoïaque, vous considérez que les faibles sont forts. Si les musulmans prient dans la rue, ce n’est pas parce qu’il y a moins de mosquées proportionnellement que les temples protestants. Non. S’ils prient dans la rue c’est parce qu’ils veulent occuper la rue, vont-ils dire. Il y a enfin le traître multiculturaliste qui dénonce ce qui se passe et il y a le djihadiste potentiel. Dans ce schéma, tout musulman est un djihadiste potentiel. On le voit dans l’expression «musulman modéré» comme si l’islam était en soi négatif. Et cela peut aussi créer du passage à l’acte chez le musulman qui peut prendre cela au sérieux et là ça donne Mohamed Merah. Merah n’est pas devenu djihadiste parce qu’il était musulman, il est devenu musulman pour être djihadiste !

Le fantasme démographique nourrit aussi cette crainte islamophobe…

Oui alors que c’est une fausse idée. Il n’y pas contrairement à ce qu’on croit une hausse de la natalité chez les musulmans. Ce n’est pas une communauté qui augmente démographiquement. C’est une population fragile économiquement, qui n’a pas accès aux relais d’opinion, et qui comme toutes les populations fragiles, peut à un moment ou à un autre réagir de façon agressive. Faire des lois ne sert donc à rien car on croit se protéger d’une menace quand on se protège contre son angoisse.

Est-il encore possible de sortir de ce cercle vicieux de violence et de radicalisation ?  

Oui. Il faudrait plus de responsabilités des hommes politiques. Il faudrait revenir aussi à plus de rationalité et moins d’émotivité.  Ces agressions islamophobes arrivent ainsi juste au moment où on est en train de discuter au Parlement de laïcité, au moment où Hollande dit que la laïcité ne s’arrêtera pas au privé. Les Français se sentent légitimes à passer à l’acte parce qu’ils entendent cela à la télévision, parce que les politiques en parlent comme de problèmes alors que ce sont de faux problèmes. Par exemple, les membres de l’Observatoire de la laïcité créé par le gouvernement pensent pour la plupart qu’il y a un problème avec l’islam. Des gens comme Jean Baubérot n’y sont pas. On est allés sélectionner les gens en fonction de ce qu’on veut entendre. Les politiques doivent plutôt mettre en place les conditions d’un vrai débat.

Certaines réactions qu’on observe chez les musulmans comme une certaine inflation de débats et de conférences sur l’islamophobie, et parfois une tendance à la victimisation, ne renforcent-elle pas une polarisation oppositionnelle qui entretient la tension là où il faudrait la désamorcer ?

Paradoxalement, oui, mais pas dans le sens où on le pense. Ce qui a pu laisser le champ libre au développement d’une forme de paranoïa anti-musulmane, c’est moins la visibilité de l’islam qui est assez banale. La condamnation du halal au Quick ou la présence de femmes voilées aux sorties scolaire est, en ce sens, ridicule. C’est plutôt l’attentisme de certains musulmans ou dirigeants d’associations. Leur attitude, c’était : «ça va passer, il faut attendre, il faut rien faire, etc..». C’est l’attitude Tareq Oubrou, qui a été très influent sur ce point-là. Malgré cette attitude conciliante, vous allez pourtant avoir une vindicte des islamophobes contre Tareq Oubrou qui l’accuse d’être en lien avec les islamistes.

Quelle réponse les musulmans devraient-ils apporter selon vous ?

Quand on est visée en tant que minorité, c’est plus rassurant dans un pays avec une culture de la mobilisation, de manifester dans la rue et de dénoncer pacifiquement. Ce que ne font pas les musulmans en réalité qui ne sont pas capables de s’organiser pour dire stop ! Il y a aussi le risque de prêter le flanc aux accusations qui leur sont faites en amalgamant trop souvent des sujets de politique internationale avec l’islamophobie telle qu’elle existe dans ce pays. Mais n’oublions pas que les musulmans ne font que répondre à une agression, même si la réponse n’est pas toujours adéquate. Il ne faut pas retourner le sens de l’agression.

Une manifestation de Résistance républicaine, un rejeton de Riposte laïque qui milite contre l’islam, a été interdite à Paris. Comment jugez-vous l’évolution de ces mouvements identitaires anti-musulmans ?

Ces mouvements ne sont plus ni à droite, ni à gauche. Ils jouent sur la fragilité identitaire de l’Europe. Bloc identitaire, au départ c’est à droite. Riposte laïque, c’est fondée par quelqu’un qui viens de Res publica, donc à gauche. C’est à partir du mythe de l’islamisation qu’il peut y avoir une convergence entre eux. A droite, c’est la menace contre la culture catho et ses figures comme Clovis ou Jeanne d’Arc qui est visée. A gauche, le discours est sur la liberté d’expression, l’égalité hommes femmes. Le FN a repris cette construction dans son nouveau programme et discours.  Ces mouvements identitaires constituent le nouveau noyau au cœur de la vie politique française et leurs idées se retrouvent aussi bien au FN, qu’à l’UMP et au PS.  

18 juin 2013

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

"La fin de la modernité juive. Histoire d’un tournant conservateur"

Enzo Traverso

Compte-rendu de la conférence-débat organisée à l’UPJB ce 14 juin. Enzo Traverso, enseignant à Cornell University (USA), nous présente son dernier livre et nous explique l’évolution de la pensée juive contemporaine :

«Après la deuxième guerre mondiale, s’amorce un processus de déclin de l’antisémitisme. Avant la deuxième guerre mondiale, il fallait être antisémite pour faire une carrière politique ou académique, aujourd’hui, l’antisémitisme n’a plus droit de citer. Un politicien antisémite est quelqu’un qui s’expose à des risques, ce n’est pas comme ça qu’il peut bâtir sa carrière.

Parallèlement à ce déclin de l’antisémitisme, qui ne fait plus des juifs par excellence la figure de l’altérité négative au sein du monde occidentale mais progressivement après la seconde guerre mondiale, on a assisté au renversement de cette perspective. La mémoire de la Shoah est devenue aujourd’hui une pratique institutionnalisée. La mémoire de la Shoah est désormais portée non plus par les juifs, une communauté meurtrie par un génocide, elle est devenue une des formes d’expression des politiques de la mémoire des États, des gouvernements. Je la définis comme une religion civile.

On a besoin de se souvenir d’un génocide pour éviter qu’il ne se répète mais aussi pour combattre les formes d’exclusion, de xénophobie et d’oppression qui peuvent exister dans le présent. Or, la mémoire de la Shoah remplit de moins en moins cette fonction-là, me semble-t-il. Elle est une mémoire qui vise à ériger un culte sacré, à créer une sorte de mystique autour d’un évènement séparé de la société. Pour ne pas parler des instrumentalisations de cette mémoire, qui sont, à mes yeux, particulièrement scandaleuses et de plus en plus courantes.

A côté de ce déclin de l’antisémitisme, je pense que l’on assiste en Europe, dans le monde occidentale en général, à l’émergence d’une nouvelle forme de racisme et d’exclusion qui vise, comme cible privilégiée, les musulmans, l’islam. Et l’islam, d’une certaine façon, aujourd’hui, tendanciellement, joue ce rôle métaphorique comme l’a été la judaïté dans le passé. L’Europe s’est débarrassée de ce démon qui l’a hanté si longtemps et c’est une très bonne chose, personne ne pourra se plaindre du fait que quand il y a un acte antisémite, cela suscite la réprobation générale, c’est très bien. Malheureusement, il y a d’autres actes de racisme qui ne suscitent pas la même réprobation et qui sont mêmes encouragés par les politiques xénophobes. J’ai l’impression que cette incarnation métaphorique d’une altérité négative, aujourd’hui, est incarnée par les musulmans. C’est pour cela que je parle d’islamophobie, comme il y a une homophobie ou une judéophobie, qui remplit cette fonction. Et parfois, il y a même des affinités qui sont frappantes : le portrait de l’islamiste qui organise des complots ou des attentats rappelle de près la caricature antisémite du bolchévique qu’on trouve dans la presse européenne des années 20.» (Enzo Traverso, le 14 juin 2013)

REPRESSION POLITIQUE EN BELGIQUE : WHO'S NEXT ?

REPRESSION POLITIQUE EN BELGIQUE : WHO'S NEXT ?

LE DEBAT AURA BIEN LIEU !

(C'est malheureusement confirmé, Bahar vient d'être arrêté en Espagne. Il était sous le coup d'un mandat d'arrêt international lancé par la Turquie il y a plus de 10 ans !) (Souhail Chichah)

Alors que le débat précédent avait été interdit sans aucun motif par les édiles politiques St-Gilloises, nous sommes heureux de pouvoir annoncer que ce débat-ci pourra avoir lieu : les autorités ont donné leur accord et nous vous invitons donc à noter l’adresse du jour : Salle VK, Rue de l’Ecole 76 à 1080 Bruxelles.

Pour rappel, Quart d’X avait tenté d’organiser un débat sur la Burqa Pride, avec Souhail Chichah, au mois de mars de cette année, débat censuré à la dernière minute, ce qui justifiait nos craintes de voir ce débat-ci empêché également.

Plus d’infos sur cette censure : http://www.youtube.com/watch?v=kKLE4V5eX_k 

Ce jeudi 20 sera donc l’occasion de découvrir des militants qui oeuvrent dans des champs divers de l’action politique et qui ont été réprimés parce qu’ils défendaient des droits pourtant essentiels :

· Souhail Chichah a été exclu de l’ULB où il était assistant et chercheur pour sa participation à la Burqa Pride, qui visait à demander un débat contradictoire avec Caroline Fourest afin de dénoncer ses positions islamophobes, lors d’une tribune laudative que l’ULB offrait à la néoraciste, mais aussi parce qu’il dénonçait la politique coloniale d’Israël.

· Roberto D'Orazio, membre de la délégation syndicale des Forges de Clabecq, a été licencié et par la suite exclu du syndicat puis poursuivi sur base des actions menées durant le combat pour la reprise des Forges.

· Bahar Kimyongür a été condamné à quatre ans de prison ferme, et a fait l’objet d’une demande d’extradition de la Turquie, pour «terrorisme» dans le cadre du procès «DHKP-C», un mouvement d'extrême-gauche turc. Il a été ensuite acquitté.

· Barbara Van Dyck a été exclue de la KUL pour avoir participé à une action non violente de désobéissance civile menée contre un champ d’essai de pommes de terre OGM.

Modératrice : Nathalie Mathieu, porte-parole de Quart d’X

Lieu : Salle VK, Rue de l’Ecole 76 à 1080 Bruxelles.

Date : jeudi 20 juin 2013 à 19h

Entrée : 5€ (boissons et restauration en vente sur place)

Info et réservation : collectifantiracismes@gmail.com

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14:29 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Zoubida Jellab : Avis du Conseil d'État

Zoubida Jellab

Conseillère communale Ecolo

Bruxelles-Ville le 16 juin

Suite à son interpellation au Conseil communal du 10 juin dernier, relative au récent avis prononcé par le Conseil d’État sur la légalité du port de signe d’appartenance religieuse par les enseignants des religions et philosophie reconnues.

Zoubida Jellab dénonce : «La Ville de Bruxelles ne respecte pas la loi… J’estime que la Ville de Bruxelles qui est une autorité publique se doit de respecter la loi et de garantir également les droits fondamentaux des individus… Quand on est un citoyen engagé et responsable, il faut continuer à suivre ce que nos élus font et, bien sûr, il faut dénoncer le fait que l’autorité publique ne respecte pas la loi… Je trouve aussi que le Centre devrait changer de nom parce que Centre pour l’Égalité des Chances, il faut juste savoir : est-ce qu’on veut plus d’égalité ou est-ce qu’on veut plus de chance, sachant que la chance relève de la superstition ? Moi, je trouve dommage que des associations qui sont reconnues et financées ne soutiennent pas les citoyens qui viennent avec leurs plaintes…»