15 février 2013

Des djihadistes maghrébins en Syrie

Des djihadistes maghrébins en Syrie

Avant-goût de l'après-Assad

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Par Franck Guillory, le 15 février 2013

Deux ans après le début de la guerre civile en Syrie, la situation n’a jamais paru aussi bloquée. Forces de l’opposition et troupes fidèles au régime de Bachar al-Assad continuent de s’affronter et les civils restent pris entre leurs deux feux. Sans issue. Pourtant, un phénomène inquiète. Il n’est pas nouveau mais s’intensifierait…

Après l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, l’Afghanistan à nouveau, l’Irak, la Libye, le Sahel… la Syrie est désormais la destination favorite des djihadistes du monde entier, unis et décidés à poursuivre un combat qui ne saurait être que global.

La poursuite de la lutte

A la suite du Printemps arabe, des jeunes originaires des pays du Maghreb ont choisi à poursuivre le combat qu’ils avaient entamé en prenant les armes et en rejoignant les djihadistes en Syrie. Ils se sont associés – ont rejoint – les groupes d’opposition syriens qui cherchent à renverser le régime de Bachar al-Assad. Parmi ces groupes, il y aurait Jabhat al-Nusra, un groupe affilié à al-Qaïda. Parmi ces djihadistes, se seraient trouvés des Algériens, des Tunisiens, des Mauritaniens et un grand nombre de Libyens. Dans les derniers arrivants, on trouverait, en particulier, les combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) délogés du Sahel par l’intervention au Mali des forces françaises.

Faire tomber les régimes laïcs

Pour les djihadistes, les pays du monde se divisent en terre de kufr – les mécréants -, terre d’Islam et terre de djihad.

Tout pays témoin d’une guerre contre le régime au pouvoir est un environnement favorable au djihad. Les mouvements islamistes s’efforcent de tirer profit des chaos armés qui secouent les pays au cours d’une révolution et, pour cela, ils unissent leurs objectifs et stratégies à ceux des mouvements révolutionnaires, y compris laïcs, avec l’objectif d’en profiter par la suite.

La démocratie n’est pas un objectif pour les djihadistes, mais ceux-ci ne révèlent leur intention qu’après la chute du régime en place.

La Syrie, maillon faible

La Syrie est désormais terre de djihad où il s’agit de détruire le régime laïc de la dynastie Assad pour le remplacer par un état islamique. Baptisé le Levant par les djihadistes, elle est même le pays où ils estiment avoir le plus de chance d’atteindre leurs objectifs – puis s’en servir comme base arrière pour poursuivre au-delà leur combat.

La même stratégie est en œuvre ailleurs dans les pays du Printemps arabe, en Libye, en Egypte, en Tunisie. Dans ces pays, les succès électoraux des islamistes n’atténuent en rien la menace djihadiste. Si les islamistes dits modérés semblent l’avoir emporté, s’ils donnent des gages à la société et aux partenaires internationaux en jouant le jeu de la démocratie – alliés parfois à des forces laïques, comme en Tunisie -, il n’en reste pas moins que des lignes dures n’ont pas abandonné leur objectif final : l’établissement d’Etats islamiques. Les événements de la semaine écoulée, depuis l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, en Tunisie en sont une parfaite illustration.

Mais nulle part, le niveau de chaos a atteint celui observé en Syrie.

Une stratégie révolutionnaire éprouvée

Les djihadistes n’ont rien inventé. L’histoire mondiale des révolutions démontrent qu’il est rare que les forces les plus radicales accèdent directement au pouvoir après le renversement de l’ancien régime.

La mère de toutes les révolutions modernes, la révolution française de 1789, n’avait-elle pas suivi cette même logique – de la chute de la monarchie absolue à l’échec de la monarchie constitutionnelle, de la Convention à la Terreur ? Idem pour sa petite sœur, la révolution russe de 1917 ou, plutôt, les révolutions russes de février et d’octobre qui ont vu les mencheviks d’abord puis les bolcheviks, les modérés puis les radicaux, succéder au tsarisme. Le même processus s'est reproduit en Iran en 1979. Les exemples sont nombreux.

S’il n’y a pas, semble-t-il, de statistiques précises sur la présence de Maghrébins en Syrie, il est certain que la présence de combattants étrangers aura des répercussions sur l’après-Assad – ainsi que sur les autres pays fragilisés de la région. En ce sens, on comprend bien que les révolutions du Printemps arabe ne sont pas encore arrivées à leur terme

13 février 2013

Torture au Maroc : le rapport Mendez bientôt rendu public

Torture au Maroc

Le rapport Mendez bientôt rendu public

Par Christophe Guguen, le 13 février 2013

Le rapport final du Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Juan Mendez, sera dévoilé dans quelques jours à Genève lors de la 22e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

L'argentin Juan Mendez, Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, présentera son rapport final sur la torture au Maroc dans quelques jours, à l'occasion de la 22e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève.

Ce rapport, le premier du genre, fait suite à sa visite au Maroc en septembre dernier. Juan Mendez avait passé une dizaine de jours dans le royaume pour rencontrer les autorités marocaines, des représentants de la justice, de la société civile, des groupes de défense des droits de l'homme, des agences de l'ONU, ainsi que des victimes de violences et leurs familles.

Juan Mendez avait fait part de ses premières observations fin septembre lors d'une conférence de presse donnée à Rabat. Il affirmait alors que «le Maroc développe une culture de respect des droits de l'homme qui est un bon point de départ en vue de l'élimination de la torture dans un futur proche. Mais le pays est loin de pouvoir affirmer qu'il a éliminé la torture».

Il expliquait notamment : "Chaque fois qu'il est question de sécurité nationale, il y a une tendance à utiliser la torture dans les interrogatoires. Il est difficile de dire si c'est très répandu ou si c'est systématique, mais cela arrive assez souvent pour que le gouvernement marocain ne puisse l'ignorer".

Torture, impunité, prisons secrètes : ce que dit l'ONU

Pour rédiger son rapport final, Juan Mendez a pu s'appuyer sur les travaux du Comité de l'ONU sur la torture, qui a présenté son rapport périodique Maroc en juin 2012. Ce document fait en effet un point complet sur les sujets de préoccupation du Comité, la collaboration de l'Etat marocain et les recommandations de l'ONU.

Voici ci-dessous les grands axes de ce rapport Maroc, qui n'a fait l'objet d'aucune publicité dans le royaume depuis sa publication.

Aspects positifs

Le Comité de l'ONU sur la torture se félicite du «dialogue constructif» entre ses experts et l'Etat marocain. Il note également «avec satisfaction» la ratification par le Maroc d'un certain nombre de conventions internationales, de la mise en place du CNDH, du vote de la nouvelle constitution et du lancement de la réforme de la justice.

Définition et criminalisation de la torture

Selon le Comité, le Maroc «devrait s’assurer que les projets de loi actuellement devant le Parlement étendent le champ de la définition de la torture, conformément à l’article premier de la Convention contre la torture. L’État partie, conformément à ses obligations internationales, devrait veiller à ce que quiconque se rend coupable ou complice d’actes de torture, tente de commettre de tels actes ou participe à leur commission fasse l’objet d’une enquête, et soit poursuivi et sanctionné sans pouvoir bénéficier d’un délai de prescription.

Utilisation de la torture dans les affaires de sécurité

Le Comité se dit «préoccupé par les nombreuses allégations d’actes de torture et de mauvais traitements commis par les officiers de police, les agents pénitentiaires et plus particulièrement les agents de la Direction de surveillance du territoire (DST) – désormais reconnus comme officiers de police judiciaire – lorsque les personnes, en particulier celles suspectées d’appartenir à des réseaux terroristes ou d’être des partisans de l’indépendance du Sahara occidental, sont privées de l’exercice des garanties juridiques fondamentales comme l’accès à un avocat ou durant les interrogatoires dans le but de soutirer des aveux aux personnes soupçonnées de terrorisme».

Impunité des responsables de torture

Le Comité «est particulièrement préoccupé par le fait de n’avoir reçu à ce jour aucune information faisant état de la condamnation d’une personne pour actes de torture au titre de l’article 231.1 du Code pénal. Le Comité note avec préoccupation que les officiers de police sont dans le meilleur des cas poursuivis pour violences ou coups et blessures, et non pour le crime de torture, et que selon les données fournies par l’État partie, les sanctions administratives et disciplinaires prises à l’endroit des officiers concernés ne semblent pas proportionnées à la gravité des actes commis. Le Comité note avec préoccupation que les allégations de torture, pourtant nombreuses et fréquentes, font rarement l’objet d’enquêtes et de poursuites et qu’un climat d’impunité semble s’être instauré en raison de l’absence de véritables mesures disciplinaires et de poursuites pénales significatives contre les agents de l’État accusés des actes visés dans la Convention, y compris les auteurs des violations graves et massives des droits de l’homme commises entre 1956 et 1999».

«Transfèrements secrets» de la CIA

Le Comité «prend note des déclarations de l’État partie selon lesquelles il n’était pas impliqué dans les opérations de «transfèrements secrets» menées dans le contexte de la lutte internationale contre le terrorisme. Néanmoins, le Comité reste préoccupé par les allégations selon lesquelles le Maroc aurait servi de point de départ, de transit et de destination de «transfèrements secrets» opérés en dehors de tout cadre légal, notamment dans les cas de MM. Mohamed Binyam, Ramzi bin al-Shib et Mohamed Gatit. Il note que les informations lacunaires fournies par l’État partie sur les enquêtes qu’il a menées à ce sujet ne sont pas à même de dissiper ces allégations. Le Comité est gravement préoccupé par les allégations selon lesquelles tous ces «transfèrements secrets» se seraient accompagnés de détention au secret et/ou dans des lieux secrets, d’actes de torture et de mauvais traitements, notamment lors des interrogatoires des suspects, ainsi que de refoulements vers des pays dans lesquels les personnes auraient été également soumises à la torture».

Les prisons secrètes du Maroc

Le Comité «prend note des déclarations faites par l’État partie durant le dialogue selon lesquelles il n’existait aucun centre de détention secret au siège de la DST à Témara, comme l’attestaient les résultats des trois visites effectuées par le Procureur général du Roi en 2004, mais aussi par les représentants de la Commission nationale des droits de l’homme et par plusieurs parlementaires en 2011. Toutefois, le Comité regrette le manque d’informations relatives à l’organisation et à la méthodologie de ces visites, qui au vu de la situation et des allégations nombreuses et persistantes de l’existence d’un tel centre de détention secret ne permettent pas de lever le doute sur ce point. Cette question reste donc un objet de préoccupation pour le Comité. Ce dernier est également préoccupé par les allégations selon lesquelles des lieux de détention secrets existeraient également au sein même de certains établissements de détention officiels. D’après les allégations reçues par le Comité, ces centres de détention secrets ne feraient l’objet d’aucune surveillance ni inspection de la part d’organes indépendants. Pour finir, le Comité est préoccupé par les allégations selon lesquelles une nouvelle prison secrète aurait été construite dans les environs d’Ain Aouda, près de la capitale de Rabat, pour y détenir les personnes soupçonnées d’être liées à des mouvements terroristes».

Torture au Sahara

Le Comité «est préoccupé par les allégations faisant état d’arrestations et de détentions arbitraires, de détentions au secret et dans des lieux secrets, d’actes de torture et de mauvais traitements, de l’extorsion d’aveux sous la torture et d’un usage excessif de la force par les forces de sécurité et par les forces de l’ordre marocaines au Sahara occidental.»

Traitement des migrants et des étrangers

Le Comité «prend note» des informations fournies par le Maroc mais «reste toutefois préoccupé par les informations reçues selon lesquelles, dans la pratique, des migrants illégaux ont été reconduits à la frontière ou expulsés en violation des lois marocaines, sans avoir eu la possibilité de faire valoir leurs droits. Suivant plusieurs allégations, des centaines d’entre eux auraient été abandonnés dans le désert sans eau ni nourriture. Le Comité déplore le manque d’information sur ces événements de la part de l’État partie, ainsi que sur les lieux et les régimes de détention des étrangers en attente d’expulsion qui ne relèvent pas de l’administration pénitentiaire. Le Comité déplore enfin le manque d’information au sujet des enquêtes éventuellement menées sur les violences commises par les forces de l’ordre à l’encontre de migrants clandestins dans les régions de Ceuta et Melilla en 2005».

Coopération avec les mécanismes de l’ONU

Le Comité recommande au Maroc «d’intensifier sa coopération avec les mécanismes des droits de l’homme de l’ONU, notamment en autorisant les visites, entre autres, du Groupe de travail sur la détention arbitraire, de la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants, et du Rapporteur spécial sur le droit de réunion et d’association pacifiques».

Il invite aussi le Maroc «à envisager d’adhérer aux principaux instruments relatifs aux droits de l’homme auxquels il n’est pas encore partie, notamment au Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et au Statut de Rome de la Cour pénale internationale». (un projet de loi a été validé en décembre dernier par le gouvernement pour ratifier ce protocole facultatif à la Convention contre la torture).

Enfin, le Comité de l'ONU exhorte le Maroc «à diffuser largement les rapports qu’il a soumis au Comité, ainsi que les conclusions et recommandations de celui-ci, par le biais des sites Internet officiels, des médias et des organisations non gouvernementales».

Terrorisme légal s’il est d’Etat

Terrorisme légal s’il est d’Etat

Par Manlio Dinucci, le 12 février 2013

Tandis qu’il promet dans son spot électoral des «réformes radicales contre le gaspillage et la corruption», Mario Monti envoie à Tripoli le ministre de la défense Di Paola avec un paquet cadeau d’environ 100 millions d’euros : 20 véhicules blindés de combat Puma, remis à «titre gratuit» (c’est-à-dire payés avec l’argent public des contribuables italiens) aux gouvernants libyens, dont l’engagement anti-corruption est bien connuUn groupe de pouvoir, à l’intérieur duquel sont en cours de féroces vengeances, mis en cause même par le Conseil de sécurité de l’Onu, pour ses «continuelles détentions illégales, tortures et exécutions extra-judiciaires». Tout parfaitement légal, cependant. La loi sur les missions internationales des Forces armées pour la «consolidation des processus de paix et de stabilisation», approuvée il y a trois semaines par le sénat avec un vote bipartisan presque unanime, autorise la dépense pour proroger l’emploi de personnel militaire italien en activité d’«assistance, support et formation en Libye» dans le but de «rétablir la sécurité publique». L’Italie se met ainsi en rang derrière les Etats-Unis, qui sont en train de former une force d’élite libyenne avec la mission officielle d’ «affronter et vaincre les organisations terroristes et extrémistes violentes». Les mêmes qui ont été utilisées en 2011 par les puissances occidentales pour semer le chaos en Libye, alors que l’Otan l’attaquait avec ses chasseurs-bombardiers et ses forces spéciales (les qataris comprises) infiltrées. Les mêmes organisations terroristes qui sont aujourd’hui armées et entraînées par l’Otan, notamment dans des camps militaires en Libye, pour semer le chaos en Syrie.

Le secrétaire à la défense étasunien Leon Panetta a déclaré au Congrès que, depuis l’an dernier, le Pentagone arme les «rebelles» en Syrie. La majorité d’entre eux n’est pas constituée de Syriens, mais de groupes et militants d’autres nationalités, parmi lesquels des Turcs et des Tchétchènes. Il s’avère de source autorisée qu’il y ait aussi des criminels saoudiens, recrutés dans les prisons, à qui est promise l’impunité s’ils vont combattre en Syrie.  La mission de ce ramassis armé est celle de semer la terreur à l’intérieur du pays : avec des bombes chargées d’explosifs à fort potentiel, des enlèvements, des violences de tous types surtout sur les femmes, assassinats en masse de civils.  Ceux qui ont le coeur bien accroché trouveront sur Internet des vidéos tournées par les «rebelles» eux-mêmes : comme celle d’un jeune garçon qu’on pousse à couper la tête, avec une épée, à un civil qui a les mains liées dans le dos.

De plus en plus, en Syrie comme ailleurs, la stratégie Usa/Otan mise sur la «guerre secrète». Non fortuitement Obama a choisi comme futur chef de la Cia John Brennan, «conseiller antiterrorisme» à la Maison Blanche, spécialiste des assassinats à distance par des drones armés, responsable de la «kill list» autorisée par le président. Où il n’est pas exclu qu’il y ait eu aussi le nom de Chokri Belaid, le dirigeant tunisien assassiné par des killers professionnels avec une technique typiquement terroriste.

Un groupe de travail belgo-algérien pour examiner les questions de visa et d’immigration

 Un groupe de travail belgo-algérien pour examiner les questions de visa et d’immigration

Le Soir, le 12 février 2013

La Belgique et l’Algérie vont mettre sur pied un mécanisme de contact” pour évoquer les questions de visa et d’immigration qui posent problème entre les deux pays, a affirmé mardi le secrétaire d’Etat belge à l’Asile et à la Migration, Maggie de Block, et son homologue algérien Belkacem Sahli. Ce groupe de concertation et de coordination permanent doit aborder une solution durable aux points litigieux que sont, du côté algérien, la délivrance de visas pour les Algériens souhaitant se rendre en Belgique, et du côté belge, le problème de l’immigration illégale.

Selon les chiffres de la secrétaire d’Etat, 5.502 personnes se disant de nationalité algérienne ont été interpellées l’an dernier en Belgique et 893 étaient détenues dans une prison belge. “Mais 80% des gens qui sont présumés Alégiens ne sont pas Algériens”, a rétorqué M. Sahli devant quelques journalistes, à l’issue d’entretiens avec Mme De Block, qui effectuait une visite de travail d’une journée à Alger en compagnie du ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders.

Certaines de ces personnes en séjour illégal ou détenues sont en effet dépourvues de documents d’identité et se font passer pour des Algériens en sachant qu’il sera difficile de prouver leur identité réelle faute d’échanges d’informations de ce genre entre Bruxelles et Alger. La solution évoquée entre Mme de Block et M. Sahli, qui est secrétaire d’Etat pour la communauté nationale à l’étranger, passe par l’identification formelle de ces personnes par le biais des empreintes digitales. Car en Algérie, tout détenteur d’une carte d’identité doit obligatoirement donner ses empreintes digitales aux autorités. En vue de leur réadmission, a précisé M. Sahli. Le secrétaire d’Etat algérien a pour sa part réclamé des progrès dans la délivrance des visas pour les Algériens désireux de se rendre en Belgique qui esttrès lente”, selon lui. Il a aussi évoqué devant la presse des cas demauvais traitementsinfligés à des Algériens à leur arrivée à l’aéroport de Bruxelles-National.

Du côté belge, on a annoncé la mise sur pied d’une procédure “fast track (rapide) pour l’octroi des visas à des hommes d’affaires ou à des employés d’entreprises, à des équipes sportives et à des groupes culturels.

12 février 2013

Assassinat de Chokri Belaïd

Assassinat de Chokri Belaïd

Non, la vérité n’est toujours pas bonne à dire !

Égalité et Réconciliation, le 12 février 2013

Au matin du mercredi 06 février 2013, l’assassinat de M. Chokri Belaïd, 49 ans, leader de l’opposition tunisienne, déchaîne la colère des Tunisiens et pourrait bien bouleverser l’échiquier politique du pays. M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères condamne cet assassinat. Écoutons-le, avant d’écouter M. Chokri Belaïd (qu’il repose en paix) ou d’en lire la traduction juste après. Plus que jamais, le proverbe qui dit «Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge» est de circonstance, autant pour les Tunisiens que pour les Syriens !

Déclaration de M. Laurent Fabius

«La Révolution au départ, c’était une lutte pour la dignité, pour la liberté. Et maintenant c’est la violence qui s’installe. Donc, moi je veux condamner de façon extraordinairement ferme ce qui s’est passé en Tunisie – qui est un assassinat politique – apporter mon soutien et le soutien de la France à ceux qui veulent faire arrêter la violence, et dire qu’on ne peut pas laisser se développer l’obscurantisme et la violence. Donc, les Tunisiens, ce sont nos amis, nos frères, nos cousins. Oui, en tout cas… oui, oui, oui, c’est l’obscurantisme qui a tué. Parce que Chokri Belaid était un opposant. C’était un laïc. C’était un avocat. Il avait été menacé, et je ne sais pas qui est à l’origine de cet assassinat. Mais la violence, il faut la rejeter. On ne peut l’accepter nulle part, notamment pas en Tunisie. On ne peut pas accepter ça. Donc, j’espère vraiment que les Tunisiens vont se ressaisir. Le pouvoir tunisien est divisé, il est divisé. Il est divisé parce que vous avez trois composantes. Et puis, il y a l’adoption d’une Constitution qui n’arrive pas à se faire. Alors, le Premier ministre a décidé de changer le gouvernement d’après ce que je comprends, d’aller aux élections ; s’il y a des élections. Il faut que les Tunisiens s’expriment.» (06 février 2013)

Intervention de M. Chokri Belaid

«Ce sont nos enfants et ils devraient rappeler à M. Ghannouchi sa propre jeunesse. Quand on ouvre nos lieux de cultes, nos mosquées légitimement édifiées pour adorer le Dieu unique… Quand à Tunis on “autorise des agents”, à la solde de criminels US et de l’entité sioniste d’y pénétrer dans le but d’embrigader nos jeunes gens, avant de les “envoyer se faire tuer en Syrie” pour défendre un projet qui n’est pas le leur… Quand on laisse notre pays ouvert à ces voix venues de l’Orient ; ces voix prétendument pieuses, alors qu’elles n’appellent qu’à la fitna [sédition, révolte, émeute d’après Wikipédia] et aux illusions… Quand dans notre pays – le pays de Yadh Fadhel Ben Achour, le pays des réformes, du progrès, de la prestigieuse mosquée Zitouna et de son université – on laisse entrer ces tenants de la fitna et de l’ignorance… venus aussi des montagnes de Tora-Bora et d’ailleurs… Quand on les laisse prêcher la violence dans les mosquées et les universités de Tunis… s’adonner à la violence… s’accaparer les prières du Vendredi… prononcer leurs discours incendiaires pour inciter à la zizanie, aux assassinats, aux blasphèmes, à la discorde entre nous, et à la négation de notre identité tunisienne… on oublie qu’ils ne savent rien de la Tunisie !

Ils ne savent rien des valeurs de la Tunisie, vieille de 3 000 ans. Ils ne savent rien de Mohammed ben Arafa al-Werghemmi [1316-1401] qui fut le premier à interdire l’esclavage. Les Américains et les Britanniques n’en savent rien ! Ils ne savent pas que cette région du monde a donné la première Constitution et la première Démocratie du temps de “Carthage”. Ils ne savent pas que la première Constitution du monde musulman et de la patrie arabe date de «Ahd El-Aman» [Pacte de sécurité-1857] et que ce pays a fondé la première centrale syndicale sous la présidence de Mohamed Fadhel Ben Achour [1946]. Ils ne savent rien de rien !

Et les voici qui nous apportent les prêcheurs de la fitna et de l’ignorance, pour nous prendre nos enfants, leur laver le cerveau, les armer, les corrompre de leur argent ; jusqu’à ce que l’on découvre que c’est “une affaire montée par des Services du renseignement”, pour la mise à exécution d’un projet US-sioniste ! Oui… Le projet qui consiste à partager la Syrie en de multiples petits états divisés sur des bases ethniques : un État pour les Sunnites, un État pour les Alaouites, un État pour les Druzes, un État pour les Chrétiens… Idem pour le Liban, etc. Où est-ce que tout cela nous mène ?

Cela nous mène à offrir une légitimité à l’entité sioniste en tant qu’État juif. L’État n’est plus que religieux ! Nous ne pouvons plus parler ni de patrie, ni d’union ! Nous ne sommes plus affiliés ni à la patrie, ni à la citoyenneté, ni à l’équité ! Nous ne sommes plus fidèles à nos pays ! Nous ne pouvons plus penser Al dine lil’Lah wal watan lil’jamih [La religion pour Dieu et la patrie pour tous] !

Observez où tout cela nous a déjà mené aujourd’hui. Observez notre jeunesse délibérément égarée ; le responsable de cet égarement étant “un gouvernement mêlé à certaines transactions”, transactions qui sont la cause de la transformation des maisons de Dieu en lieux d’endoctrinement. Et, c’est notre peuple qui en paie les frais aujourd’hui ! De jeunes adolescents, sans éducation, sans savoir, et sans expérience. Il a suffi d’une fatwa lancée par un individu installé sous un climatiseur en Orient, en Arabie saoudite, ou au Qatar, capitale de la normalisation avec l’entité sioniste, pour que nos enfants, la chair de notre chair, aient à en payer les frais !»

Soutien de l'ULB aux forces démocratiques qui luttent en Tunisie

ULB, le 08 février 2013

L'Université libre de Bruxelles a appris avec émotion l'assassinat de Chokri Belaïd, figure majeure de l'opposition démocratique en Tunisie. Elle y voit le signe d'un grave basculement dans la Tunisie post-révolutionnaire, frappée depuis de longs mois par le climat de violence qui a en particulier visé les démocrates, les militants des droits de l'homme et les universitaires.

Notre Université est d'autant plus émue que Chokri Belaïd figurait parmi les avocats qui s'étaient spontanément offerts pour assurer la défense du doyen de la Faculté de la Manouba, Habib Kazdaghli, objet de menaces successives et d'agressions dans le chef de la mouvance salafiste, et que l'ULB a constamment soutenu dans son combat face à la justice.

L'ULB tient en ces jours sombres à témoigner avec force son soutien résolu aux forces démocratiques qui luttent en Tunisie pour assurer le triomphe de la Révolution du 14 janvier 2011, le respect des libertés publiques, des principes de liberté d'expression et d'opinion comme d'égalité entre les hommes et les femmes.

10 février 2013

Manifestation de protestation contre l'assassinat de Chokri Belaid à Bruxelles

Manifestation de protestation contre l'assassinat de Chokri Belaid à Bruxelles

Le 09 février 2013

13:15 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

08 février 2013

Rassemblement de protestation devant l’Ambassade de Tunisie à Bruxelles

Rassemblement de protestation devant l’Ambassade de Tunisie à Bruxelles

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Nous apprenons avec une profonde tristesse et une grande colère l’assassinat d’une grande figure de la gauche tunisienne, d’un militant politique et de la société civile et de la lutte contre la dictature, Chokri BELAID.

Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses camarades et frères de lutte et à tout notre peuple.

Nous dénonçons avec énergie et avec la plus grande fermeté cet acte criminel et toutes les formes de violences qui veulent déstabiliser notre pays et semer la division dans les rangs de notre peuple.

Nous imputons la responsabilité politique de l’ampleur de cette violence au gouvernement et plus particulièrement au Ministre de l’Intérieur qui a la sécurité du pays et des citoyens dans ses attributions, et pour cette raison, nous exigeons sa démission immédiate.

Nous appelons toutes les forces démocratiques et patriotiques et les composantes de la société civile et au peuple tunisien à la plus grande vigilance et à la nécessité de demeurer unis face aux périls qui guettent notre société.

Nous devons par cette unité barrer la route à tous ceux qui essayent d’entraver le processus démocratique et la réalisation des objectifs de la révolution tunisienne.

Nous appelons la communauté tunisienne, les composantes de la société civile et tous les amis de notre pays de se rassembler

Ce samedi 9 février 2013 à 12h00 devant l’Ambassade de Tunisie à Bruxelles, Av. de Tervuren, 278 1150 Bruxelles.

Non à la violence politique et non à l’impunité

Pour la poursuite de toutes les forces impliquées directement dans les atteintes à la liberté d’expression, d’organisation la vie des militants

LES PREMIERS SIGNATAIRES :

Conseil de défense de la révolution tunisienne

Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie

Association des Démocrates tunisiens au Benelux

23:25 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

07 février 2013

Conseil de Défense de la Révolution Tunisienne (section BeLux)

Conseil de Défense de la Révolution Tunisienne (section BeLux)

COMMUNIQUE DE PRESSE

Le 06 février 2013

Nous apprenons avec une profonde tristesse et une grande colère l’assassinat d’une grande figure de la gauche tunisienne, d’un militant politique et de la société civile et de la lutte contre la dictature, Chokri BELAID.

Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses camarades et frères de lutte et à tout notre peuple.

Nous dénonçons avec énergie et avec la plus grande fermeté cet acte criminel et toutes les formes de violences qui veulent déstabiliser notre pays et semer la division dans les rangs de notre peuple.

Nous imputons la responsabilité politique de l’ampleur de cette violence au gouvernement et plus particulièrement au Ministre de l’Intérieur qui a la sécurité du pays et des citoyens dans ses attributions, et pour cette raison, nous exigeons sa démission immédiate.

Nous appelons toutes les forces démocratiques et patriotiques et les composantes de la société civile et au peuple tunisien à la plus grande vigilance et à la nécessité de demeurer unis face aux périls qui guettent notre société.

Nous devons par cette unité barrer la route à tous ceux qui essayent d’entraver le processus démocratique et la réalisation des objectifs de la révolution tunisienne

12:44 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

05 février 2013

Entretien avec le cheikh jihadiste Ahmed ‘Achûch, Al-churûq

Entretien avec le cheikh jihadiste Ahmed ‘Achûch, Al-churûq

(Le 30 octobre 2012)

L’Egypte en Révolution(s), le 04 février 2013

«Nous ne reconnaissons pas la légitimité de Morsi et nous l’appelons à faire pénitence en retournant à Dieu».

Qu’est-ce qu’est le salafisme jihadisme ?

Ahmad ‘Achûch : l’expression «salafisme jihadisme» (al-salafiyya al-jihâdiyya) concerne un courant islamique authentique (asîlan) qui appelle au Véritable Livre et à la Sunna et dont l’objectif est de faire revenir les gens au culte de leur Seigneur. Il appelle la oumma à se remettre sur la voie droite en établissant un émirat islamique (al-khilâfa al-islâmiyya). Sans Etat ou sans émirat, les musulmans ne peuvent pas mettre en œuvre leur religion sous la forme qui agrée Dieu, parce que la religion s’accomplit par un comportement individuel et collectif. Pour le comportement collectif, il faut une autorité (sulta) qui exerce une contrainte.

Est-ce que le discours du salafisme jihadiste a changé après la révolution ?

Ahmad ‘Achûch : le discours politique du salafisme jihadisme n’a pas changé, ni avant et ni après la révolution. Nous avions dit la parole de la vérité avant que les peuples ne s’y rangent à leur tour, lorsque certains étaient embarqués dans ces régimes, et donnaient de la légitimité aux régimes en place, tout en prétendant que ceux qui se révoltaient contre ces derniers étaient des khawârij [qualificatif péjoratif donné à ceux qui sont «sortis de la communauté» lors de la grande discorde provoquée par l’assassinat du calife Othman en 657]. Nous étions seuls sur la place (al-midân), certains parmi nous ont été tués, d’autres ont été emprisonnés ; nous avons vécu en détention pendant de longues périodes ; nous avons enduré les conséquences de la parole de vérité. Nous n’avons peur d’aucun reproche au service de Dieu. Nous avions appelé au renversement de ces dirigeants et à la révolte ; nous avons eu près de vingt années d’avance sur les peuples avec cet appel. Au même moment, d’autres que nous étaient les auxiliaires de la sécurité, tout en étant de mèche avec les média de Safwat al-Charîf [ancien puissant ministre de l’information et secrétaire général du PND sous Moubarak] pour dénaturer l’image du salafisme jihadisme et celle du jihad.

Est-ce que le salafisme jihadisme égyptien est une extension de l’organisation d’al-Qaïda ?

Ahmad ‘Achûch : d’abord, j’aimerais rectifier la vision de l’organisation d’Al-Qaïda, je vais lui donner une définition expressive, je dis donc qu’al-Qaïda est la maison de l’honneur (al-bayt al-charaf), le titre de la gloire (unwân al-majd) ; le foyer de l’honneur de la oumma (mawtin ‘izzat al-umma). Il est le fidèle qui protège les capacités des musulmans face à des dirigeants qui vendent leur peuple à vil prix (arkhas al-asmân). Il faut saluer Ben Laden vivant et mort. Si les révolutions du printemps arabes avaient été justes, elles auraient pris Ben Laden comme symbole de l’héroïsme, du sacrifice et du don de soi. Al-Qaïda combat un ennemi criminel en embuscade dans le monde musulman. S’il n’y avait pas eu l’organisation Al-Qaïda, les pays musulmans auraient été découpés en petits Etats et les juifs et les Nazaréens nous dirigeraient, après s’être débarrassés de régimes ayant perdu légitimité et utilité auprès des Etats-Unis et de l’Occident. C’est l’action d’al-Qaïda qui a arrêté les plans américains visant à diviser l’Egypte en quatre petits pays et à faire de même dans tous les autres pays musulmans. Nous sommes fiers d’être une extension de l’organisation d’al-Qaïda dans ses dogmes, ses principes et ses idées. L’organisation d’al-Qaïda est une extension du Jihad égyptien. Les cadres du Jihad égyptien ont créé al-Qaïda, à l’instar du cheikh Ali al-Ruchîdî, connu sous le nom de Abou Ubayda al-Banchiri, et du cheikh Subhî Abou Sitta, connu sous le nom de Abou al-Hafs al-Misrî.

Comment le salafisme jihadisme considère-t-il le jihad aujourd’hui ?

Ahmad ‘Achûch : tout le monde sait comment les avions israéliens pilonnent nos frères en Palestine. Est-ce que résister à Israël doit être considéré comme un crime ? Nous, nous combattons le nouveau mouvement colonialiste dirigé par l’Amérique et l’Occident et il n’est pas question que nous capitulions ; nous sommes en guerre contre les Etats-Unis et Israël et tous les tyrans (tawârît) qu’ils ont placés dans les pays musulmans pour exécuter leur projet colonial dans nos pays.

A votre avis, pourquoi les prédicateurs (al-du‘ât) ont-ils changé d’avis, concernant la nécessité de se rebeller contre un souverain (darûrat al-khurûj ‘ala al hâkim) ?

Ahmad ‘Achûch : les prédicateurs ont changé d’avis parce que la foule a été convaincue de la nécessité de changer ces régimes par la force. Parmi les prédicateurs, il y avait ceux qui prêchaient contre le changement des dirigeants par la force ; maintenant, ils prêchent l’obligation de les éliminer par la force ! Savez-vous quel est le secret de ce changement du tout au tout ? Un cheikh ou un prédicateur (dâ’iyyat) ne peut pas dire que la lutte en Syrie est interdite (muharâm). S’il disait cela, la foule lui jetterait des pierres en le maudissant. Ainsi, il obéit à la force du courant populaire et non à la force des preuves légales (dalîl) dont il faisait état devant les gens. Qu’est ce qui fait que le jihad en Syrie, l’effusion de sang et la lutte deviennent une chose digne d’éloge aujourd’hui, alors que ce n’était pas le cas auparavant ?

Quels sont les règles d’excommunication (takfîr) dans le salafisme jihadisme ? Car vous êtes accusés de faire un usage précipité de l’excommunication ?

Ahmad ‘Achûch : le dogme du salafisme jihadisme considère que la racine (al-asl) des gens est l’islam, que la société est musulmane. Celui dont on ne sait rien pour nous est musulman, on ne prononce pas l’excommunication sur la base d’un simple doute, nous n’excommunions que celui qui a fait la preuve de son excommunication ; nous n’excommunions le menteur qu’à trois conditions :

La première : s’il dit ou fait des actes qui méritent l’excommunication ;

La seconde : que les conditions soient remplies selon les spécifications établies dans des ouvrages se rapportant aux sources de la jurisprudence sur la capacité légale et ses empêchements ;

La troisième : qu’il n’y ait pas de cause d’empêchement, comme l’ignorance, la contrainte, l’exégèse allégorique (al-ta’wîl), l’erreur etc.. Nous, nous adhérons à l’école sunnite (madhhab ahl al-sunnat) sur l’excommunication et nous sommes en désaccord avec les khawârij dont nous nous désolidarisons. Si, parmi les docteurs, il y en a qui considèrent qu’il y a de l’exagération (ghuluw) ou de l’erreur, il n’a qu’à réagir et nous éclairer. Nous ne sommes pas portés à excommunier à la légère, et nous ne sommes pas non plus des extrémistes. Au contraire, nous sommes très encadrés (mundabitûn) sur les questions de sang. Nous ne cherchons pas à tuer un musulman, dès lors que nous considérons le sang des musulmans comme sacré ; de même, nous ne nous révoltons pas contre les musulmans. Mais il existe une grande différence entre le fait de se révolter contre un souverain oppressif qui a changé lacharî‘a sans l’appliquer et de se révolter contre un souverain musulman qui gouverne selon lacharî‘a, même s’il commet des fautes dans certains de ses jugements.

Comment voyez-vous les opérations d’Al-Qaïda et l’assassinat de civils ?

Ahmad ‘Achûch : l’expression de «civils» rentre dans le cadre de la guerre psychologique, c’est une expression corrompue, l’islam ne la reconnaît pas. Quand un homme atteint l’âge adulte, il est capable de se battre. C’est donc un combattant jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable de combattre à cause du vieillissement. Si une armée entre en guerre et qu’elle vienne à manquer d’hommes, d’où viendront les renforts ? Les renforts viendront des civils en question. C’est cette vérité que les prédicateurs ont occultée en acceptant la guerre psychologique lancée par les Américains contre l’islam et les musulmans. En ce qui concerne la femme en islam, elle ne peut pas être tuée, sauf si elle combat. Dans les pays qui autorisent le recrutement des femmes dans l’armée, elles peuvent donc être tuées. Il est interdit de tuer celle qui ne combat pas. Nous ne faisons pas exprès de tuer les enfants, même si c’est le cas dans certaines circonstances, et ils sont tués selon l’endroit où ils se trouvent. Nous ne tuons que le combattant (al-muqâtil).

Quand s’arrêtera le jihad de défense (jihad al-daf’) et le fait de viser les civils ?

Ahmad ‘Achûch : si l’Occident se retire et rentre chez lui, s’il cesse d’approvisionner Israël, il deviendra alors possible de négocier et de s’entendre. Mais avant, non. Nous ne tuons pas les musulmans. Il y en a qui créent chez les gens la peur du salafisme jihadisme et qui prétendent que notre combat est dirigé contre les peuples musulmans. C’est un mensonge, invalide [sur le plan religieux] (bâtil), et c’est une imposture. Celui qui dit cela, soit c’est un agent, soit c’est un idiot (makhbûl). Nous, nous mourrons pour protéger les musulmans, comment dans ce cas pourrions-nous les combattre ?

Quelle est la relation entre le courant jihadiste et l’avant-garde (talî‘a) salafiste avec les autres confréries islamistes ?

Ahmad ‘Achûch : la relation du courant jihadiste en général et de l’avant-garde salafiste (al-talî‘a al-salafiyya), en particulier avec les groupes islamistes, est fondée sur l’amour et la fraternité, sauf ce qui contredit le jugement de Dieu et de son Prophète, que la bénédiction et la prière soient sur Lui. Celui qui contredit [la parole de Dieu], nous lui portons la contradiction et nous l’éclairons à l’aide de preuves (adilla). Toutefois il y a un petit groupe qui présente les signes de l’hypocrisie. Ils circonviennent (yudâhinûn) la religion de Dieu en renonçant aux fondements catégoriels de l’islam, [de conserve] avec les partisans du sécularisme et les Nazaréens, eux et leur tromperie. Dans le même temps, ils proclament leur détestation à l’endroit de leurs frères dans l’islam, qu’ils décrivent dans les termes les plus outrageants comme dignes d’excommunication. Ce n’est pas tout, ils exhortent leurs chefs au sein des services de sécurité [à lutter] contre le courant jihadiste. Ils justifient cela en ayant recours aux vieux soupçons des hypocrites (munâfiqûn). Certains de ces hypocrites ont publié un communiqué à leurs partisans en leur demandant de jouer le rôle d’informateur et de guide contre les fils du courant jihadiste, au profit de la Sécurité nationale (al-amn al-watanî).

Que pensez-vous des repentances (al-murâja‘ât) de l’organisation du Jihad (tanjîm al-jihad) et de la Gamâ’a islâmiyya ?

Ahmad ‘Achûch : moi, je parle seulement du jihad, je ne parlerai pas de ceux qui ont fait ces repentances ; il n’y a pas de point commun entre eux et nous dans les programmes et les conceptions. Leur comportement en prison était déviant (munharif). Celui qui a été à l’origine de ces déviations est le général (al-liwâ) Ahmad Râ’fat, plus connu sous le nom de Hajj Moustapha Raf’at. Il y a une grande différence dans le comportement de ces gens, et dans leurs attitudes, avant et après [ces repentances]. Ces repentances sont, par excellence, une construction de la Sécurité, leurs héros véritables sont des hommes de la Sécurité de l’Etat (amn al-dawla) et non pas des hommes du mouvement islamiste. Le facteur sécurité joue toujours son rôle dans ces attitudes, même après la sortie de prison.

Est-ce qu’il y a des divergences à l’intérieur du courant jihadiste ? Si c’est le cas, ces différences sont elles des différences programmatiques ou des différences liées à des positions particulières ?

Ahmad ‘Achûch : le courant jihadiste a traversé une période douloureuse en Egypte, la prison a été une épreuve intense et, en même temps, un moment de clarification (tamhîs). Il y a ceux qui ont tenu bon sur leurs croyances, leurs principes : ils étaient la majorité. Et il y a aussi une minorité qui a fait marche arrière et qui a travaillé comme informateurs auprès de la Sécurité. Je les engage à ne pas parler au nom du courant jihadiste. Après la sortie de prison du courant jihadiste juste après la révolution, ceux qui sont restés fidèles à leurs positions se sont engagés dans la prédication pour Dieu, même s’il y a pu y avoir des nuances sur certains thèmes ou dans l’interprétation de certaines prises de position. Les repentis se sont aussi activés, mais plutôt comme agents de la sécurité, en gagnant leur pain grâce à la religion et en trahissant Dieu et son Prophète. Ce sont les bouches (abwâq) de la Sécurité. Les médias sécularistes hostiles à l’islam ont essayé de faire d’eux des stars, en cherchant à leur faire endosser les habits de dirigeants, en les dotant d’une légitimité historique, mais ces gens ne peuvent pas être considérés comme partie intégrante du courant jihadiste.

Il y en a qui parle au nom du jihad et qui ont établi un parti jihadiste démocratique. Quelle est votre position à ce sujet ?

Ahmad ‘Achûch : il serait plus élégant pour le parti du Jihad démocratique de s’appeler le parti de l’Associationnisme démocratique (al-chirk al-democratî) ! C’est, par excellence, un parti affilié à la Sécurité, dont les hommes travaillent pour le compte de la Sécurité nationale (al-amn al-watanî). Ses dirigeants sont les activistes de la repentance à l’intérieur des prisons, laissez-moi vous dire que celui vend sa conscience vend aussi sa religion.

Selon vous, quelles sont les erreurs dans lesquelles est tombé le courant islamiste ?

Ahmad ‘Achûch : on peut diviser le courant islamiste en deux catégories : D’abord, les «Frères». Ils fonctionnent selon leurs intérêts personnels, et agissent face à la réalité à partir de leurs propres conceptions. Ils ont une vision opportuniste qui a fait qu’ils ont collaboré, au début, avec les dirigeants du Conseil militaire sur la base de l’obéissance. Puis, cette relation s’est tendue lorsque les intérêts ont divergé. Les Frères sont très habiles pour nouer des engagements secrets. En ce qui concerne le salafisme politique partisan, nous constatons qu’il est né de l’antre de la sécurité de l’Etat et qu’à l’antre de la sécurité de l’Etat, il retournera. Nous nous abstenons de citer les ignominies qui caractérisent leur comportement, la presse s’en est largement faite l’écho, on n’a pas besoin de les publier ou de les faire connaitre.

Quels sont les mécanismes pour choisir le calife ?

Ahmad ‘Achûch : le calife ou souverain (hâkim) n’arrive pas au pouvoir par des élections ou par le vote. Nous avons posé des conditions précises [à sa désignation]. Les gens ordinaires ne connaissent pas ces procédures mais les oulémas les connaissent. Le docteur de la Loi (‘âlim) qui choisit le calife doit remplir les mêmes conditions que celles qui s’appliquent au calife. L’islam ne permet pas qu’un non-musulman dirige les musulmans. Le non-musulman peut vivre avec moi sur ma terre mais en tant que minorité. Il a le droit d’assurer la sécurité de sa personne, de son honneur et de ses biens, mais il n’a pas le droit de m’empêcher de gouverner selon ma charî’a.

Il y en a parmi les oulémas qui autorisent un non-musulman à détenir l’autorité, mais ce n’est pas un cas général, jusqu’à quel point pouvez-vous accepter cela ?

Ahmad ‘Achûch : je défie quiconque de dire que l’islam autorise un non- musulman à exercer quelle que forme d’autorité que ce soit sur un musulman, celui qui prétendrait cela doit fournir des preuves et des arguments (…) la discrimination en Europe est une réalité visible, même entre chrétiens, comment peut-on me demander de ne pas appliquer une discrimination à raison de la croyance religieuse

Pourquoi avez-vous créé l’avant-garde salafiste (al-talî‘a al-salafiyya) que vous présidez ?

Ahmad ‘Achûch : nous faisons partie du courant jihadiste, nous ne représentons que nous mêmes et nous ne parlons pas au nom de tout le courant. Nous avons annoncé les objectifs de l’avant-garde salafiste, pour que personne ne parle en notre nom, compte-tenu de ce que l’expression de salafisme jihadisme et de Gamâ’at al-jihâd est revendiquée par beaucoup de gens. Ceux qui parlent au nom du courant sont eux qui sont restés fidèles à leurs positions et qui n’ont pas changé à l’intérieur de la prison, parmi eux il y a le cheikh Mohammad al-Zawâhirî.

Est-ce qu’un retour à l’action armée est de nouveau possible en Egypte et quand pourriez vous y avoir recours ?

Ahmad ‘Achûch : le courant jihadiste en Egypte est une extension du courant jihadiste mondial, un auxiliaire parmi ses auxiliaires. Il porte l’esprit de l’islam, sa droiture et sa vocation. Il croit que la victoire de cette religion ne se fera que par un Livre qui guide et un Sabre victorieux (nâsir). C’est pourquoi nous croyons à la science et à l’action, nous croyons dans le jihad dans la voie de Dieu, et nous croyons que le jihad peut se faire par la main, la langue et l’argent. C’est ainsi que nous agissons et nous appelons les autres à faire de même. Le jihad se fait contre les ennemis et il y a aussi le jihad de l’âme (jihad al-nafs) ; nous ne nous limitons pas au jihad de l’âme comme le prétendent les gens qui sont dans l’erreur (batâlîn). Celui qui se met dans le camp des ennemis de Dieu – le miséricordieux –, et de son Prophète, nous sommes en guerre contre lui et en situation d’inimitié vis-à-vis de lui. En ce qui concerne l’Egypte, notre bataille c’est la bataille du Livre (mushaf) comme l’a si bien mentionné le cheikh des jihadistes (chaykh al-mujâhidîn) le Dr. Ayman al-Zawâhirî. Nous estimons que l’Egypte a besoin de clairvoyance, de guidance et d’une accessibilité à la preuve [divine]. Parce qu’il y a une différence entre la vérité (al-haqq) et l’erreur (al-bâtil) pour que, par le témoignage, périsse celui qui (devait) périr, et vive, par le témoignage, celui qui (devait) vivre, [allusion à la sourate coranique du Butin, verset 42).

03 février 2013

RIF 1921 una historia olvidada

RIF 1921 una historia olvidada

17:35 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Quel rôle joue "l'Islam" dans les révolutions arabes

Quel rôle joue "l'Islam" dans les révolutions arabes

Intervention de Farhad Khosrokhavar dans le cadre de l'Université Populaire de l'Institut de Recherche et d'étude Méditerranée et Moyen Orient (iReMMO) du 12/01/13.

Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'EHESS et chercheur au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques, est l'auteur de "The New Arab Revolutions that Shook the World" (Paradigm Publishers, Boulder, London, 2012)

01 février 2013

Festival du Film à Tanger: Le PJD s'en mêle

Festival du Film à Tanger

Le PJD s'en mêle

La projection du documentaire Tinghir-Jérusalem, une «offense» selon le parti

Par Ali Abjiou, le 31 janvier 2013

... Parti de la justice et du développement a exprimé sa désapprobation quant à la programmation du documentaire du cinéaste franco-marocain musulman d'origine berbère, Kamal Hachkar, "Tinghir-Jérusalem: Les échos du Mellah''.

Une production qui raconte l'histoire de familles juives marocaines installées à Tinghir, parties dans les années 50 et 60 en Israël. Hachkar, installé en France en tant que professeur d'histoire, est revenu à Tinghir, son village natal, pour suivre les traces du départ de la communauté juive qui y vivait depuis des générations. Et de là, il part vers Jérusalem à la rencontre des survivants de cette communauté.

La direction locale du PJD est allée jusqu'à publier un communiqué de protestation contre la projection prévue du documentaire. Le parti d'Abdelilah Benkirane considère cette projection comme une «offense» envers les sentiments pro-palestiniens de la population de la ville de Tanger et exige du CCM le retrait de ce documentaire de la liste des projections prévues lors de ce festival. Ce dernier se tiendra du 1er au 9 février, et au delà de la polémique, il est prévu que 21 longs métrages et 14 courts métrages entrent en lice dans le cadre de la compétition officielle.

C'est le scénariste et réalisateur français Jacques Dorfmann qui présidera le jury dédié au long métrage…

13:18 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Enquête au royaume de la rente

Enquête au royaume de la rente

Par Aboubakr Jamai, le 31 janvier 2013

L'enquête menée par l'équipe de Lakome sur la liste des bénéficiaires d'agréments de carrières, publiée récemment par le gouvernement, montre d'abord une évidence : les copains et les coquins du régime en profitent allègrement. Pour ne rien arranger, la quasi-totalité des entreprises dont Lakome a pu consulter les comptes ne déclarent pas de profits. Elles ne paient donc pas d'impôt sur les bénéfices. Une étude attentive de leurs comptes révèle le genre d'anomalies qui feraient le bonheur de n'importe quel scrupuleux inspecteur des impôts. On découvre aussi la présence parmi les détenteurs d'agréments, de sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux dont les actionnaires, forcément anonymes, échappent de fait au fisc marocain. Pour compléter le tableau, il s'avère que certaines de ces sociétés sont alliées à des proches du palais dont un membre du secrétariat particulier du roi. Une révélation qui souligne jusqu'à la caricature la corruption du système. En fait, l'enquête recèle trois autres enseignements majeurs.

C'est une liste digne d'une «république» bananière, preuve d'une administration publique scandaleusement défaillante. C'est une liste tellement mal ficelée qu'on se demande si tout cela n'a pas été orchestré de connivence avec le ministère de Rabbah pour rendre sa publication inoffensive. Parmi ses innombrables anomalies, des sociétés bénéficiaires d'agréments toujours en cours de constitution, d'autres même pas inscrites au registre de commerce, des sociétés aux dirigeants inconnus et on en passe et des meilleurs. Cette constatation n'est ni anodine ni surprenante.

Elle n'est pas anodine car elle contredit dans les faits l'un des arguments principaux des tenants de la constitution actuelle. Ceux-ci justifient le maintien de l'autoritarisme sous la forme d'une institution monarchique qui ne rend pas de comptes malgré ses larges prérogatives, par la nécessité d'un Etat fort.  Un Etat qui servirait les intérêts suprêmes de la nation parce qu'immunisé des bassesses politiciennes et des chicaneries partisanes, parce qu'hors de portée de la volonté d'une populace encore trop immature pour choisir ses propres dirigeants politiques. L'étude attentive de la liste montre pourtant que cet Etat largement contrôlé par la monarchie et ses alliées, est médiocre, incompétent.

Cette constatation n'est pas surprenante non plus car l'autoritarisme ne peut s'accommoder de l'application scrupuleuse des règles de droit qui gouvernent le fonctionnement d'un Etat réellement fort. Le droit, en l'occurrence, n'est pas ce que le texte écrit et voté dit, c'est ce que le gouvernant et ses affidés décrètent sur le moment. C'est cette vérité que l'on énonce chez nous en ânonnant le sempiternel : «la loi est bonne mais elle est mal ou pas appliquée». C'est une situation inscrite dans l'ADN du système. Elle n'est pas le résultat de l'incompétence de quelques fonctionnaires. Ces derniers mois ont d'ailleurs démontré qu'il existait au sein de l'appareil de l 'Etat des fonctionnaires à la fois compétents et honnêtes.

Les juges de la Cour des comptes ont produit ces deux dernières années des rapports qui honorent leur mission. Ce n'est pas leur faute si, par exemple, rien n'a été fait contre ce chouchou du régime qu'est Anas Sefrioui, PDG d'Addoha, alors qu'ils avaient souligné les passes-droits dont lui a fait bénéficier le gendarme de la bourse, le CDVM. Ce n'est pas non plus leur faute si l'agence de presse de l'Etat, la MAP, continue à insulter l'intelligence des marocains en produisant de l'information «nord-coréenne» alors que les juges de la Cour des comptes en ont courageusement dénoncé la gouvernance. Autre exemple, ce sont des cadres et ex-cadres du ministère des finances qui ont sorti l'affaire Bensouda/Mezouar et leurs primes indues, qui ont exposé le système des «caisses noires». Ce sont là des cas qui montrent bien que le problème ne réside pas dans la technicité ni l'honnêteté des agents de l'Etat. Le problème réside dans un système qui pour se perpétuer a besoin de générer de la mauvaise gouvernance.

Le deuxième enseignement de cette enquête a trait à l'affaire du Sahara. L'une des accusations éculées mais toujours abondamment utilisées par le régime pour discréditer ses opposants est de les accuser de trahir la «cause nationale», d'affaiblir la patrie dans sa lutte pour parachever son intégrité territoriale. Notre enquête permet de lui retourner la politesse. Les sociétés bénéficiaires d'agréments domiciliées au Sahara sont soit les moins transparentes de la liste publiée par le ministère de l'équipement, soit appartiennent à des potentats locaux alliés du Makhzen. Les indépendantistes ne pouvaient espérer mieux pour renforcer leur argument de nation spoliée par un Etat colonial, et mafieux qui plus est.

Le dernier enseignement majeur de cette enquête porte le nom d'une commune : Ain Tizgha. A l'image du pays, c'est une commune riche en ressources mais pauvres en services communaux pour cause de corruption et de prébendes. Un rapport récent estime que la commune ne perçoit que 30% du montant des recettes de la taxe sur l'exploitation des carrières qu'elle aurait dû percevoir s'il n'y avait pas fraude. Car les détenteurs d'agréments pistonnés fraudent. Et c'est bien parce qu'ils sont pistonnés qu'ils peuvent aisément frauder. Ces 30 % perçus correspondent à 5 Mdh. Le montant additionnel auquel peut prétendre la commune s'il n'y avait fraude serait donc de 11,7 Mdh. Sachant que son budget annuel total est de 16 Mdh, une gouvernance saine libérée des scories de l'économie de rente lui permettrait d'augmenter ses recettes de plus de 70%. Voilà une petite commune qui sans être des plus démunies du pays est loin d'être des plus riches. Une commune dont une grande partie des habitants vivent encore d'agriculture vivrière, et qui voit ses ressources pillées dans des proportions faramineuses.

Voilà un régime qui multiplie les opérations ostentatoires de charité, à travers notamment les actions de la fondation Mohammed V et son grand show de la campagne de solidarité nationale, alors qu'il perpétue un mode de gouvernance qui dépouillent les marocains de ressources qui leur reviennent de droit.

00:30 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30 janvier 2013

Un ancien député sénégalais emprisonné au Maroc va être extradé en Arabie saoudite où il risque la décapitation

Un ancien député sénégalais emprisonné au Maroc va être extradé en Arabie saoudite où il risque la décapitation

Alcaly-Cissé.jpg

Demainonline, le 28 janvier 2013

Un ancien député sénégalais, Alcaly Cissé, arrêté au Maroc au mois de septembre dernier à la demande de l’Arabie saoudite, risque d’être extradé dans ce pays où la peine pour le délit qui lui est reproché est la mort par décapitation.

Alcaly Cissé est impliqué dans une affaire d’escroquerie au détriment d’un sujet saoudien portant sur un montant de 2,5 milliards de francs CFA (3 800 000 euros).

Une affaire d’escroquerie comme tant d’autres, sauf que cette fois-ci le présumé escroc risque la peine de mort s’il est mis entre les mains de nos pieux frères saoudiens qui ne badinent pas avec ce genre de délits, surtout quand ils sont commis chez eux par des étrangers.

Selon le site sénégalais Rewmi, «les autorités marocaines sont prêtes à signer les yeux fermés» l’ordre d’extradition de cet ex-député, «au grand dam de ses avocats qui craignent que leur client n’ait pas droit à un procès équitable».

C’est que l’Arabie saoudite, gardienne des lieux saints de l’Islam, a tendance à appliquer un peu trop vite la charia aux musulmans étrangers. Elle en raffole même.

Franco utilisait le football et les stades pour faire oublier aux Espagnols qu’ils vivaient sous une dictature militaire. Comme ses prédécesseurs, le vieux roi Abdallah utilise les sanglantes scènes de décapitation pour assouvir les bas sentiments de son peuple et calmer les aspirations de ses sujets à plus de libertés.

Le Maroc est devant un grave dilemme. Où il exécute l’ordre des frères saoudiens qui nous refilent du pétrole à prix coûtant, ou il fait plaisir aux frères sénégalais, alliés traditionnels (et inconditionnels !) du Maroc en Afrique, en renvoyant chez lui le présumé escroc.

10:23 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28 janvier 2013

Le «capitalisme extrême» des Frères musulmans

Le «capitalisme extrême» des Frères musulmans

Par Gilbert Achcar, (aperçu), février 2013

Aux affaires en Egypte, les Frères musulmans ne peuvent plus se contenter du slogan «L’islam est la solution». Car leur politique libérale risque de susciter de fortes oppositions.

Monsieur Khairat Al-Shater est le numéro deux des Frères musulmans, et le représentant de son aile la plus conservatrice. Quant au richissime Hassan Malek, après avoir débuté dans les affaires en partenariat avec M. Al-Shater, il dirige aujourd’hui avec son fils un réseau d’entreprises dans le textile, l’ameublement et le commerce employant plus de quatre cents personnes. Ces deux hommes incarnent bien le credo économique des Frères musulmans en faveur de la libre entreprise, qui se conforme davantage à la doctrine néolibérale que la forme de capitalisme développée sous la présidence de M. Hosni Moubarak.

Le portrait de M. Malek dressé par Bloomberg Businessweek aurait pu s’intituler «L’éthique frériste et l’esprit du capitalisme», tant il semble paraphraser l’ouvrage classique du sociologue Max Weber. Les Malek, explique le magazine, «font partie d’une génération de conservateurs religieux ascendante dans le monde musulman, dont la dévotion stimule la détermination à réussir dans les affaires et la politique. Comme le dit Malek :Je n’ai rien d’autre dans ma vie que le travail et la famille. Ces islamistes posent un formidable défi à la gouvernance laïque dans des pays comme l’Egypte, non seulement à cause de leur conservatisme, mais aussi en raison de leur éthique de travail, de leur détermination et de leur abstention apparente du péché de paresse. (…) “Le fonds de la vision économique de la confrérie, s’il fallait la définir d’une façon classique, est un capitalisme extrême”, dit Sameh Elbarqy, ancien membre de la confrérie».

Ce «capitalisme extrême» se manifeste dans le choix des experts en économie participant à l’assemblée chargée de rédiger le projet de Constitution égyptienne, largement dominée par les Frères musulmans et les salafistes, et boycottée par l’opposition libérale et de gauche. «M. Tareq Al-Dessouki est un homme d’affaires, député du parti Nour [salafiste]. Il dirige la commission économique du nouveau Parlement et a pour mission de résoudre les conflits éventuels ...