05 février 2012

Hezb Ettahrir dans une lettre ouverte à Hamadi Jebali et aux musulmans tunisiens

Hezb Ettahrir dans une lettre ouverte à Hamadi Jebali et aux musulmans tunisiens

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Par Synda TAJINE, le 05 février 2012

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Hamadi Jebali ainsi qu’à tous les musulmans, Hezb Ettahrir met en garde les tunisiens contre la politique du gouvernement actuel qu’il accuse de ne pas veiller à la réalisation des revendications citoyennes «dans le respect de l’Islam et de la parole de Dieu» et «honorant les engagements pris envers le peuple».

Cette lettre accuse également le gouvernement de «céder du terrain aux mécréants colonisateurs» en citant l’exemple de la présence de Hamadi Jebali au forum de Davos «mendiant l’aide de l’Europe et des Etats-Unis et les rassurant que l’Islam ne sera pas la source de législation en Tunisie».

S’adressant au Premier ministre - dont il remet en cause la légitimité démocratique -  il s’indigne de le voir «quémander les faveurs» des Etats-Unis «dont les soldats profanent les terres musulmanes et tuent les musulmans»,  la France «qui a semé la corruption dans notre pays et a soutenu Ben Ali jusqu’aux derniers jours de son règne», ou encore, l’Angleterre, «terre de mécréance qui a fait tomber le califat islamique et a brisé l’union des musulmans en apportant son soutien aux juifs».

Dans cette lettre, Hezb Ettahrir regrette l’attitude de Hamadi Jebali qui «emboite le pas de Bourguiba et de Ben Ali en collaborant avec les occidentaux» fustigeant ainsi l’attitude complaisante du chef du gouvernement vis-à-vis du FMI qui «ne servira qu’à perpétuer le contrôle des Etats-Unis et de l’Europe sur le monde en général et plus particulièrement sur les pays musulmans afin d’y instaurer son régime capitaliste».

Dans cette lettre, Hezb Ettahrir regrette «le système capitaliste que le gouvernement essaye d’instaurer», un système dont la chute est imminente. Selon ce texte, «aucun changement véritable n’est possible sans éradication de la source du mal».

«Les révolutions que le monde est en train de vivre seront la clé de la liberté, de la dignité et de l’honneur et non la simple destitution de dictatures afin d’instaurer de nouveaux systèmes basés sur des objectifs égoïstes et immédiats».

S’adressant aux musulmans tunisiens, Hezb Ettahrir les met en garde contre la «fausse démocratie» de leurs dirigeants qui «préfèrent sacrifier l’Islam afin de satisfaire les colonisateurs mécréants et pactiser ainsi avec l’ennemi» et qui ont «prouvé leur totale incompétence à satisfaire les revendications citoyennes».

Et de conclure, «Hezb Ettahrir vous appelle, au nom de ce grand jour du Mouled Annabawi, au nom de l’Islam, du califat islamique et des nombreuses victoires de l’Islam sur les mécréants. Nous vous invitons à vous allier avec nous afin de mettre fin à ces politiques corrompues, dictées par les pays occidentaux, afin d’éradiquer toute trace de colonisation politique et intellectuelle des terres musulmanes mettant ainsi en place une constitution basée sur le Saint Coran. Une constitution qui sera notre salut et celui de l’humanité entière».

Cette lettre, publiée sur le site officiel de Hezb Ettahrir, est également distribuée par des militants du parti aux sorties des mosquées, dans nombreuses villes tunisiennes.

Cliquer ici pour lire la lettre dans son intégralité (en langue arabe)

Mohamed VI libère 458 personnes mais garde Rachid Niny en prison

Mohamed VI libère 458 personnes mais garde Rachid Niny en prison

Par Badr Soundouss, le 04 février 2012

On vient de l’apprendre, le roi Mohamed VI vient de gracier à l’occasion de la fête du mouloud 458 personnes. Une fournée dont fait partie l’ancien champion du monde de boxe thaïe Zakaria Moumni. Sept militants fiévristes et le syndicaliste Seddik Kabbouri ont également été libérés.

Selon son bon plaisir le sultan a gracié dans la foulée trois prédicateurs salafistes, Hassan Kettani, Mohamed Rafiki, alias Abou Hafs et Omar Haddouchi qui avaient été condamnés en septembre 2003 à respectivement 25, 20 et 30 ans de prison ferme pour «endoctrinement, association de malfaiteurs et atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat.»

Ces condamnations avaient eu lieu après les attentats de mai 2003 à Casablanca, qui avaient fait 45 morts, dont 14 kamikazes, et dont les auteurs intellectuels, selon l’actuel chef du gouvernement Abdelilah Benkirane (du temps où il était dans l’opposition…), ne se cachent pas dans Al Qaïda ou dans le mouvement salafiste.

Benkirane a insinué à plusieurs reprises, en privé et en public (voir les vidéos accrochés sur le site du PJD), que les véritables auteurs de ces attentats sont à chercher du côté de certains cercles proches du pouvoir. Il visait sans le nommer Fouad Ali El Himma, le conseiller en eaux troubles du roi.

Après la fête de ces libérations, vient l’incompréhension. Pourquoi l’ex-directeur du quotidien Al Massae, Rachid Niny, n’a pas été libéré ? Es-ce que le patron de la DST, Abdellatif Hammouchi, qui est à l’origine de l’incarcération du journaliste, ainsi qu’El Himma dont l’implication dans une affaire de corruption avait été révélée par Al Massae, sont derrière cette hargne royale ?

Est-ce une vengeance ? Mais une vengeance pourquoi ? Niny a pourtant toujours défendu la monarchie. Et il s’en prenait souvent, de manière véhémente, à ceux qui s’attaquaient au roi ou à la monarchie.

Lors de sa première interview à la chaîne qatarie Al Jazeera après sa nomination, l’actuel premier ministre avait déclaré qu’il avait demandé à plusieurs reprises au roi de de libérer Niny. En vain, avait-il soupiré.

00:11 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04 février 2012

André Azoulay : «les Marocains sont ouverts à l’idée d’un réchauffement des relations avec Israël»

André Azoulay

«Les Marocains sont ouverts à l’idée d’un réchauffement des relations avec Israël»

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Oumma.com, le 3 octobre 2011

André Azoulay, le conseiller royal chargé des affaires économiques, qui en fait à part ses propres affaires s’occupe de tout sauf de l’économie au Palais, croit que «la majorité des marocains est ouverte à l’idée d’un réchauffement des relations avec Israël». C’est un câble de l’ambassade américaine à Rabat qui le signale.

Ce câble, œuvre de Wikileaks qui le signale comme confidentiel, évoque une rencontre entre Thomas Riley, ambassadeur des Etats-Unis à Rabat, et l’inamovible conseiller royal.

C’était en décembre 2005 et Azoulay rendait compte au diplomate américain de son périple en Israël un mois plus tôt et de sa visite à son «vieil ami» Mahmoud Abbas à Gaza.

Azoulay, qui est un homme avare en paroles comme le décrit le même Riley dans un autre câble, a été cette fois assez éloquent. Non seulement le conseiller de Mohamed VI s’est montré certain qu’une "majorité de marocains" est pour la normalisation avec l’Etat hébreu mais il a accusé «certains», dont les islamistes, d’être contre.

Azoulay qui a déclaré à l’ambassadeur être engagé personnellement bien avant qu’il ne soit nommé conseiller royal par Hassan II dans un processus de réconciliation entre Palestiniens et Israéliens (apparemment sans grand succès jusqu’à aujourd’hui), s’est lamenté que les Américains ne fassent plus appel à lui comme dans le passé.

Azoulay qui s’est promis de faire avancer cette «idée» de normalisation entre les deux Etats, marocain et israélien, a expliqué à son interlocuteur que son «ami» Mahmoud lui a lancé en direction des autorités marocaines «nous avons besoin de vous» et demandé que ces dernières utilisent leur «effet de levier». C’est-à-dire que le Makhzen, allié traditionnel et discret d’Israël, utilise ses relations, secrètes et pas secrètes, avec l’Etat hébreu (à l’époque dirigé par le gentil Ariel Sharon) pour venir en aide à la Palestine.

On en apprend des choses dis donc !

03 février 2012

Jacob Cohen traite le conseiller royal Azoulay de «collaborateur du Mossad»

Jacob Cohen traite le conseiller royal Azoulay de «collaborateur du Mossad»

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Par Badr Soundouss, le 03 février 2012

L’écrivain marocain Jacob Cohen traite dans un article d’opinion publié sur son blog (et reproduit par Demain), le conseiller royal et homme d’affaires André Azoulay de «sayan». Un «sayan», comme l’explique Cohen dans son dernier livre «Le printemps des Sayanim», est un informateur en hébreu.

Les Sayanim «sont des Juifs de la diaspora qui, parpatriotisme, acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes, leur apportant l’aide nécessaire dans le domaine de leur compétence.» Un «Sayan» , insiste Jacob Cohen dans une interview publiée par le site français le Post, est « un informateur, en hébreu – est un juif qui habite en dehors d’Israël et qui accepte, par ‘ patriotisme’, de collaborer avec le Mossad, soit pour aider les espions, soit pour participer à la guerre de désinformation

Jacob Cohen, qui se situe plus dans la ligne politique des juifs progressistes marocains du calibre d’Abraham Serfaty et de Simon Lévy, est un farouche opposant de la politique de dialogue avec Israël. Tout est le contraire d’André Azoulay et de Robert Assaraf, un autre affairiste marocain.

«Cette politique de ‘dialogue’, bien servie par un autre ‘juif de cour’, le sayan andré Azoulay, n’a eu pour résultat jusqu’à présent qu’à légitimer la mainmise sioniste sur toute la Palestine. Que des dirigeants sionistes, comme la ‘bouchère de Gaza’ (NDLR : Tzippi Livni, invitée en 2009 au Maroc par Brahim Fassi Fihri, le fils de l’ex-ministre des affaires étrangères et nouveau conseiller royal Taïb Fassi Fihri), arrivent au Maroc, à Tanger, comme en terrain conquis, et reçus avec les honneurs, je trouve cela indigne d’un pays arabe et musulman.», écrit Cohen dans sa chronique.

Ces opinions assez courageuses pour un juif qui réside en France, lui ont pourtant attiré des pépins au … Maroc.

En effet, la présentation d’un ouvrage de cet auteur, qui devait se tenir le 26 janvier à l’Espace Tayeb Saddiki de Casablanca, a été annulée sine die par le directeur du développement de ce site, Baker Saddiki, pour cause de «travaux urgents».

Or, selon l’auteur, qui a dépêché des amis sur place, il n’y a actuellement aucune trace de  «travaux urgents» dans l’Espace Tayeb Saddiki.

L’homme de théâtre Tayeb Saddiki, à qui appartient l’Espace du même nom, est un ami personnel d’André Azoulay.

La prochaine fois, Jacob Cohen devrait penser à donner une conférence sur «les relations fraternelles entre Israël et le Maroc». Il aurait sûrement plus de succès auprès des responsables de cet espace.

La Tunisie un partenaire européen privilégié

La Tunisie un partenaire européen privilégié

11:04 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02 février 2012

Rassemblement de solidarité avec l’Azawad à Paris

Rassemblement de solidarité avec l’Azawad à Paris

En guise de soutien aux touaregs de l’Azawad qui se battent pour la libération de leur territoire et afin d’exprimer la solidarité des Imazighen de France et d’Europe, Tamazgha lance un appel pour un rassemblement devant l’Assemblée nationale à Paris,le samedi 4 février 2012 à 15h.

Cet appel devrait trouver écho chez tout amazigh jaloux de sa liberté et conscient de la nécessité de libérer le Pays Amazigh de siècles de domination et de colonisation.

Le Jour Guinée

Le gouvernement Benkirane et le défi de la communication

Le gouvernement Benkirane et le défi de la communication

Par Mohammed Mraizika, le 02 février 2012

La communication gouvernementale, au sens d’«un service public» et non pas de «propagande» idéologique qui viserait l’endoctrinement et le contrôle des opinions et des initiatives, est un des outils privilégiés de sensibilisation, d’explication et de dévoilement des politiques publiques dans les plus grandes démocraties participatives. Au Maroc, c’est l’une des failles abyssales du système institutionnel. Nous sommes plutôt dans un état caractérisé d’incommunicabilité. La question est : le nouveau gouvernement, qui se veut proche et transparent, parviendra-t-il à combler cette faille et à inaugurer une ère nouvelle en matière de communication institutionnelle ? 

Le fléau de l’incommunicabilité

Si, en anthropologie,  l’incommunicabilité «dans les relations entre les hommes» est «du fait des différences de langue, de cultures, de systèmes de  référence» (Charlie Galibert, «L’incommunicabilité dans le cadre de la pratique anthropologique», Socio-anthropologie, N°23-24| 2009), l’incommunicabilité qui affecte les institutions nationales trouve sa source à la fois dans la complexité et l’inefficience des procédures et des outils employés et dans un mélange d’habitudes et de réflexes bien ancrés dans la culture administrative du pays. Le clientélisme, le favoritisme, la corruption et l’abus d’autorité ne sont, en définitif, que quelques-unes des manifestations de ce mal endémique qui entrave le bon fonctionnement du système institutionnel marocain. Les services publics de proximité (poste, hôpitaux, eau, électricité, conservation, impôts, préfectures, police, municipalités….) sont passés maîtres dans l’art de «noyer le poisson», d’entretenir le secret, de refuser le renseignement, et de ce fait, de mettre à rude épreuve les nerfs des usagers. Souvent, l’accueil est peu convenable, l’information une denrée rare, devenue, par la force des choses, monnayable. Les feuilles d’impôt et de soins, les factures d’eau, d’électricité et du téléphone sont hermétiques et incompréhensibles pour le commun des citoyens. Les opérations liées à la propreté et au ramassage des ordures ménagères, entourées d’opacité et très juteuses par ailleurs, ne génèrent que gêne et désagrément pour les citoyens.

Le plus triste dans l’histoire, c’est que peu de secteurs de la vie publique nationale échappent à ce fléau de l’incommunicabilité. Dans le domaine de l’économie, l’impact est considérable. Les entreprises les plus volontaires sont découragées par l’absence et/ou la rétention de l’information et par la complexité des procédures et règles en usage, notamment en matière d’attribution des autorisations (transport, construction, commerce) et de passation des marchés publics. Les Marocains du Monde les plus entreprenants et les investisseurs étrangers les plus sérieux sont rebutés par la manière dont leurs projets sont accueillis et traités. Aux tracasseries les plus absurdes s’ajoutent souvent les délais les plus aberrants. Tous ces «indignés», ces mécontents des services publics n’aspirent qu’à une chose, assez normale sous d’autres cieux : trouver en face d’eux des interlocuteurs compétents, capables de «communiquer» et, surtout, de fournir des renseignements fiables, indispensables à la conduite et à la gestion des affaires commerciales.

Le discours politique lui-même, est ennuyeux, décalé des réalités sociales. Incapable de produire de l’adhésion et du débat, ce discours ne suscite que rejet et indifférence voire pire, comme le souligne Roland Barthes : «Parler, et à plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer… c’est assujettir» (Extrait de Discours au collège de France).

Loin d’intégrer les mutations de la société civile, des technologies (réseaux sociaux/internet) et des opinions qui s’y expriment dans leur grande diversité avec méthode, rapidité et slogans percutants (cf. le Mouvement du 20 février), la communication institutionnelle en cours dans notre pays est en faillite. Elle est solidement arrimée à des pratiques que structurent des conceptions et des méthodes de gestion et d’exercice du pouvoir des plus archaïques.  Elle est, à ce titre, un frein est une tare dommageable à la fois à l’image du pays et à son évolution politique, sociale et économique.

Une lapalissade

C’est élémentaire mon cher Watson, une communication institutionnelle défaillante nuit à l’établissement de relations apaisées et confiantes entre les services de l’Etat et les citoyens. C’est l’incommunicabilité qui favorise l’incompréhension et la suspicion et rend possible toutes sortes d’abus d’autorité. Là où il y a rétention de l’information, les foyers de la corruption prospèrent et lorsque le message politique et institutionnel est brouillé les politiques publiques sont mal perçues et les urnes désertées.

L’incommunication favorise la confusion en réduisant les frontières qui existent entre l’intérêt général et l’intérêt particulier. La perception du sens du devoir et de  la responsabilité est elle-même brouillée.

La différence faite par les spécialistes entre «communication politique et communication publique» garde ici toute sa pertinence. Pour Thierry Saussez «la communication gouvernementale n'est nullement personnalisée. Elle ne porte pas sur des idées, des concepts ou des promesses, mais sur des faits précis, des mesures, des réformes ou des comportements qui vont dans le sens de l'intérêt général ou du mieux vivre ensemble» (cf. Pour ou contre la communication gouvernementale, Le Figaro, du 28/02/2009).                      

Le type de communication qui domine au sein de la plus grande majorité des institutions nationales est fait d’une confusion des genres : intérêt personnel, pécuniaire et centré, se mêlant et se mélangeant à l’intérêt collectif et général. En effet, lorsque la promotion d’une politique publique, d’une campagne de sensibilisation et d’information (Cancer, maltraitance, civisme, conduite à risque, civisme, vote…), ou une tournée ministérielle, privilégie la personne du Ministre et néglige la cause elle-même, lorsque c’est le parti d’origine qui récolte les bénéfices de l’action de communication – payée par le contribuable- et non le Ministère ou la catégorie de citoyens concernée, tous les repères se trouvent dévoyés et les effets réduits. Lorsque les Ministres partisans coalisés au sein d’un même gouvernement, favorisent en priorité leur clan et leur chapelle politique au détriment du collectif et du gouvernement auquel ils appartiennent, c’est la cacophonie, le conflit et la méfiance qui s’installent. Cette attitude irresponsable est coûteuse, déstabilisatrice et peu productive. L’exemple du gouvernement sortant est à ce propos fort éloquent.

Par conséquent, le nouveau gouvernement, qui se veut «communiquant», qui inscrit son action - sa stratégie et son discours - dans une démarche volontariste, privilégiant la transparence, le respect de la souveraineté du peuple, la proximité et la concertation, doit veiller à ce que le Comment et le Pourquoi «communiquer» des services publics et des institutions nationales trouvent de la hauteur et du sens. La lutte contre le fléau de l’incommunicabilité doit être, compte tenu de ses enjeux et effets, directs et collatéraux, sur le fonctionnement des institutions et la crédibilité de l’action gouvernementale, l’une de ses premières préoccupations. Responsable des politiques publiques, il a l’obligation - morale et politique - de les expliquer et d’informer les citoyens sur leur teneur et leur utilité.

Toutefois, il ne peut y avoir participation ni communication ou échange et débat démocratique sans respect des libertés publiques et individuelles, sans une véritable indépendance de la presse et sans l’association de la société civile dans sa grande pluralité et diversité. Dans les démocraties représentatives et participatives les plus avancées, le respect de la liberté d’expression, des oppositions et des opinions contraires et le contradictoires, est une vertu et non une faiblesse.  De même, il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans la primauté du droit qui passe par l’éradication de la gabegie, de l’impunité et de toute forme d’abus de pouvoir, qui sont de véritables fléaux qui trouvent dans le secret et l’anarchie institutionnelle, et donc dans l’incommunicabilité, un terreau favorable. C’est le prix à payer pour que ce rêve longtemps caressé par le peuple marocain, d’un Etat de droit, devienne enfin réalité.

09:32 Écrit par Rachid Z dans Médias, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01 février 2012

Liberté d'expression

Liberté d'expression

«Il n'y en a ni de bon ni de mauvais usage, il n'en existe qu'un usage insuffisant»

Par Amel Belhadj Ali, le 01 février 2011

Dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et des peuples, on peut lire: «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme». Le premier alinéa de l’article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne stipule pour sa part que: «Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières».

Partout dans les pays développés, la liberté d’expression est considérée comme étant le baromètre de la démocratie. Car c’est bien grâce aux médias que le peuple peut être informé de qui fait quoi. Et c’est aussi à cause de cela que les régimes dictatoriaux se sont fait un devoir de ligoter les médias et de les réduire à de simples mégaphones de la voix du Maître.

La Tunisie n’a pas échappé à la loi de l’oppression et pendant des décennies, le régime au pouvoir s’est acharné sur les médias, faisant tout pour les asservir, appauvrir leur formation, leur imposer des lignes rouges qu’ils ne pouvaient franchir sous peine d’être sanctionnés. Il a également tout fait pour fragiliser leur situation matérielle pour en faire des proies faciles aux tentatives d’intimidation et de corruption. Quoi de mieux pour qu’ils perdent leur crédibilité et fauchent le mépris du peuple ?

Ceux qui ont résisté ont été emprisonnés, violentés, menacés jusque dans leur intégrité physique et morale et dans leurs familles et enfants.

Le 14 janvier a sonné le glas des exactions à l’encontre des journalistes. Plus jamais cela! Un cri et une promesse exprimés d’une seule voix par tous les médias, du moins ceux qui se respectent et par tous les journalistes crédibles, intègres et convaincus, ceux qui ont la vocation et la passion du métier.

Les journalistes tunisiens de tous horizons ont décidé d’assurer leur rôle d’informer, de ne plus se taire ou s’autocensurer. D’être au service de leurs concitoyens et de s’employer à rechercher l’information crédible, objective, utile et sûre. Parce que démocratie et liberté d’expression sont étroitement liées et que tous et toutes ont droit à l’information. Partant de ce fait, pouvoirs publics, société civile, institutions de l’Etat et organismes privés ont également le devoir d’œuvrer à rendre plus aisée la mission d’informer.

Pour qu’un peuple arrive à prendre des décisions concernant son avenir, à court, moyen ou à long terme, il doit savoir de quoi il retourne chez lui dans son propre pays et c’est aux médias de l’informer et de l’impliquer. Pour que son choix soit réfléchi et conscient, l’information doit être objective et désintéressée. D’où le lien entre liberté d’expression et démocratie.

Liberté d’expression et celle de la presse vont de pair et doivent être protégées dans les Etats de droit comme nous voulons que notre Tunisie soit aujourd’hui. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, les journalistes qui découvrent le bonheur de s’exprimer librement comprennent mal qu’on la leur reproche, qu’on les accuse d’être des partisans ou qu’on les traite de vendus. Vendus de qui ? Les agressions récentes dont furent victimes certains confrères et consœurs n’ont qu’une seule explication, la nouvelle liberté de paroles et de ton retrouvés par la presse tunisienne dérange ceux qui n’étaient habitués qu’à entendre le son de leur propre voix et ceux qui veulent qu’on plébiscite tous ce qu’ils font sous peine d’être considérés comme leurs ennemis.

Les médias tunisiens refusent aujourd’hui toutes les méthodes employées pour les faire taire, ils sont au service de leur pays, rien n’est plus sacré que la liberté de s’exprimer et rien de plus noble ! Voilà qui explique qu’en cette journée du 1Er février ils crient leur colère contre tous ceux qui veulent entraver leur liberté d’INFORMER.

Raoul Vaneigem disait «Il n'y a ni bon ni mauvais usage de la liberté d'expression, il n'en existe qu'un usage insuffisant».

Nous en prenons acte.

16:58 Écrit par Rachid Z dans Citoyenneté, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28 janvier 2012

Mariah Carey comme solution au chômage au Maroc

Mariah Carey comme solution au chômage au Maroc

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Oumma.com, le 28 janvier 2012

Le site marocain indépendant Demain online ironise sur la présence de la chanteuse Mariah Carey au festival Mawazine à Rabat ! "Hourra ! et Youppie ! Le Maroc avance à pas de géant dans la démesure. Alors que des diplômés chômeurs s’immolent par le feu dans la capitale du royaume, que d’autres menacent de faire pareil un peu partout au Maroc, et que la situation économique risque de déraper d’un moment à un autre, le régime a trouvé la parade. Il nous sort les confettis et les paillettes. C’est officiel, le festival Mawazine, créature de Mohamed Mounir Majidi, le secrétaire particulier du roi, a invité cette année la chanteuse américaine Mariah Carey."

L'article de Thami Afailal s'interroge sur le montant du cachet de la star internationale:  "On ne sait pas combien de millions d’euros touchera Mariah Carey, mais elle est plus chère qu’Elton John ou même Shakira, qui sont passés par là. Selon les câbles américains révélés par Wikileaks, Mariah Carey a reçu 1 million de dollars pour avoir interprété quatre petites chansons devant les Kadhafi pour le Nouvel an 2010. Voilà qui va mettre du baume au coeur des diplômés chômeurs qui viennent de perdre l’un des leurs".

19:20 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27 janvier 2012

La Ville de Bruxelles, en contradiction avec la Communauté Internationale sur le Sahara ?

La Ville de Bruxelles, en contradiction avec la Communauté Internationale sur le Sahara ?

Par Viviane (Ecolo), le 16 janvier 2012

Quelques jours avant sa fermeture définitive, le Cinéma Arenberg diffusait le 25 novembre dernier  et à l’occasion de la fête nationale du Maroc, le film du réalisateur Hassan El Bouharrouti, «La marche verte, le retour des branches à la racine».

Pour rappel, «La Marche verte» fait allusion à l’annexion forcée  du Sahara occidental. Le 5 novembre 1975, le roi Hassan II organisait une marche de près de 500.000 marocains pour coloniser cette partie du désert.

Les écologistes de la Ville de Bruxelles s’étonnent du soutien de la cellule «Solidarité Internationale» de la Ville. «Nous ne remettons bien évidemment pas en question la liberté d’expression de chacun mais, ici, on peut s’étonner d’un soutien public et financier de la Ville, en contradiction à la position officielle de notre pays et de nombreuses résolutions des Nations Unies qui insistent pour une autodétermination du peuple Sahraoui», souligne la Conseillère communale Zoubida Jellab.

Le film diffusé défend clairement la thèse que le Sahara Occidental est un territoire appartenant au Maroc.

Selon Human Rights Watch et Amnesty International, le Maroc n’hésite pas à torturer et emprisonner ses propres citoyens dès qu’ils soulèvent la question de l’appartenance du Sahara Occidental.

Lors du Conseil Communal de ce lundi 16 janvier, Ecolo fera part de ses interrogations sur le sujet et, plus largement, sur les objectifs et les budgets utilisés par cette cellule «Solidarité International».

Stéphanie Pouessel : Les identités amazighes au Maroc

Stéphanie Pouessel*

Les identités amazighes au Maroc

Les Amazighs représentent près de 50% de la population marocaine

Par Le Matin DZ, le 26 janvier 2012

Dans l’introduction de son livre, Stéphanie Pouessel précise que son objectif sera "de saisir les enjeux d’une revendication qui puise sa légitimité dans "la culture", l’"identité" et la "langue".

"A partir de discours sur une culture particulière, "la culture berbère", nous retracerons l’élaboration politique et historique de cette cristallisation identitaire" et que se définir berbère dans le cadre d’un discours militant "ne peut être considéré comme une résurgence des traditions, mais bien plutôt comme une opposition au nationalisme postcolonial, trait saillant du contexte politique contemporain."

Les Berbères qui représentent 50 % de la population marocaine se répartissent entre trois grandes régions : le Rif, le Moyen-Atlas et au Sud, la région du Souss. Elles sont régies respectivement par trois groupes : le tarifit, le tamazight et le tasoussit ou tachelhit. Initiée par des intellectuels berbérophones de naissance, la revendication berbériste se diffuse maintenant dans toutes les couches de la société marocaine. Percevant le "nationalisme arabe" comme un colonialisme postcolonial, ils critiquent la nature même du pouvoir et de la Constitution de 1996 qui dans son Préambule annonce que "Le royaume du Maroc, État musulman souverain, dont la langue officielle est l’arabe, constitue une partie du Grand Maghreb arabe." Pour expliquer comment s’est progressivement mise en place l’idée de la nation marocaine "une et indivisible", arabe et érigeant la langue arabe comme "support identitaire", Stéphanie. Pouessel considère qu’il s’agit d’une réaction contre la colonisation : "Dans les villes traditionnelles comme Fès, la résistance à la pénétration étrangère, au nom des valeurs arabo-islamiques, se mue en une revendication nationaliste. S’alignant sur tous les préceptes du nationalisme arabe, la nation marocaine se voit ainsi ancrée dans l’arabité. Le nationalisme marocain concrétise l’unité de la nation arabe dans la personne du roi qui représente les fondements sacrés de la nation marocaine. L’arabisme et le salafisme sont alors réappropriés et ancrés dans le patrimoine national." (p.29)

Pour désacraliser la "culture élitiste représentée par l’arabe classique, langue du pouvoir", les Berbères ont promu la langue maternelle, darija, qui sensibilise la jeunesse marocaine. La lutte contre cette "culture" s’est manifestée aussi par : la revalorisation des populations noires marocaines (la "gnaoua’ttitude") ; la référence au mouvement kabyle qui possède "une véritable histoire de contestation politique et religieuse ; le tifmagh comme un désinvestissement de l’alphabet arabe ; une réappropriation critique de la "bibliothèque coloniale" ; le judaïsme devenu une composante positive de l’identité marocaine : "La place octroyée à la judéité dans le Maghreb contemporain est celle d’une mémoire qui se révèle à mesure que les communautés juives disparaissent. Plus la présence juive, au sens de réalité de population, s’amenuise, plus la judéité du Maroc s’impose sur le devant de la scène, dans les discours sociaux et la recherche académique ; paradoxe de l’exaltation d’une culture à mesure de sa disparition factuelle." (p.95)

De la culture à l’engagement politique

Le contenu de la revendication amazighe marocaine précisé, Stéphanie Pouessel étudie la sociologie des militants et celle du mouvement associatif berbère qui lutte pour un État démocratique et laïc au sein duquel les Marocains seraient égaux devant la loi. Le roi Mohamed VI s’est résolu à déclarer dans son discours du Trône de 2001 que le Maroc a puisé sa culture millénaire dans l’amazigh, mais il a ignoré "la dimension politique portée par le mouvement berbère : celle de la remise en cause de la Constitution marocaine, de la reconnaissance de la langue berbère dans la Constitution - donc de la détrônisation de la langue arabe - celle de la laïcité, de la démocratie ; autant de thèmes susceptibles de faire vaciller les fondements de la royauté chérifienne" (p. 131).

Tamazgha : le combat du Congrès mondial amazigh

Le projet politique de laïcité de l’État s’accompagne d’un rejet de "l’orthodoxie musulmane et des courants islamistes qui imposent le côté législatif de la religion". Pour des raisons liées à son histoire millénaire, le peuple marocain possède une identité collective qui n’exclut pas les mouvements d’autonomie régionale qui s’effectuent à l’intérieur de ce cadre, en particulier dans le Rif et le Grand Souss. Allant plus loin, le journal Le Monde Amazigh développe et diffuse autour de Rachid Raha, un projet qui "propose une gestion autonome de neuf régions suivant la langue, l’économie et l’histoire." S’inspirant des modèles allemand, suisse et espagnol, Rachid Raha n’appelle pas au séparatisme, mais à l’autonomie.

Le Mouvement d’autonomie de la Kabylie (MAK) de Ferhat Mehenni qui se dit kabyle avant d’être amazigh s’inscrit complètement dans ce mouvement fédéraliste qui englobe l’ensemble des composantes berbères nationales et des différentes diasporas dans un projet transnational porté par le Congrès mondial amazigh (CMA). Fondé à Saint Rome de Dolan dans le Sud de la France en 1995, le CMA a été dirigé par Mabrouk Ferkal, par Rachid Raha au IIe congrès de Lyon puis par Lounès Belkacem au Ille congrès tenu dans la banlieue lilloise en 2002. Au IVe congrès de 2005, tenu à Nador, il devait déclarer : "Nous revendiquons simplement le droit d’exister avec tous nos droits individuels et collectifs en tant que peuple. Notre pays est Tamazgha ; notre histoire millénaire ; notre culture a valeur universelle ; notre projet est démocratique et laïque, pacifique pour notre peuple. Notre espace régional n’est pas le Moyen-Orient, mais la Méditerranée occidentale."

Au final, la conclusion de Stéphanie Pouessel est optimiste, car bien que des mésententes transnationales et nationales entachant l’idée d’une unité berbère se soient manifestées autour du lieu de la tenue du Ve Congrès Mondial amazigh, tenu malgré tout à Meknès, elle estime que la conception d’une "nation amazighe" transnationale et autochtone s’est affirmée. Dans ce livre bien construit qui s’appuie sur une documentation considérable, S. Pouessel a bien montré la mutation du mouvement culturel, premier en un mouvement politique fondé sur la laïcité, la démocratie, le rejet de l’islamisme institutionnalisé et du "colonialisme arabe postcolonial". La marche des peuples berbères d’Afrique du Nord qui s’est longtemps manifestée de façon discontinue a fini par s’unifier dans le Congrès mondial amazigh qui préconise la formation de Tamazgha et d’un Occident méditerranéen. Le tsunami qui a ébranlé les pays arabes s’est traduit en Libye par la formation d’un Comité national amazigh, première pierre de la fondation de Tamazgha. La seconde pierre a été posée par le Gouvernement provisoire de la Kabylie (GPK) qui a organisé le Yennayer dans une salle de l’Assemblée nationale, ce qui le consacre comme un interlocuteur valable de la France, de l’Europe et de l’ONU. La marche sera difficile, car tout sera fait pour que les chefs d’État s’appuient sur les forces islamistes pour contrarier le projet berbère, et cela particulièrement de la part de l’État algérien qui s’emploie à mener une guerre multiforme des deux côtés de la Méditerranée, contre les organisations amazighes et en particulier contre les Kabyles et ceux qui les soutiennent, parce qu’ils sont en train de renouer les fils avec l’Étoile Nord-Africaine, dont les militants et l’encadrement étaient majoritairement des Kabyles et que son programme correspond dans un contexte nouveau à celui du Congrès mondial amazigh. N'est-il pas le temps pour tous les hommes épris de liberté, de justice et de fraternité de soutenir de façon concrète le combat des Amazighes dans tous les pays de l'Afrique du Nord ?

Note

*Stéphanie Pouessel, docteure en anthropologie, diplômée de l'EHESS, est aujourd'hui chercheuse à l'institut de Recherche sur le Maghreb contemporain de Tunis.

01:32 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26 janvier 2012

Liberté de la presse au Maghreb

Liberté de la presse au Maghreb

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14:21 Écrit par Rachid Z dans Médias, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Le ministre marocain des Affaires étrangères à Alger pour resserrer les liens

Le ministre marocain des Affaires étrangères à Alger pour resserrer les liens

Par Béatrice KHADIGE, le 23 janvier 2012

Le nouveau chef de la diplomatie marocaine Saad Eddine Othmani a fait état lundi, à son arrivée à Alger pour sa première visite à l'étranger, d'une "volonté commune" d'"insuffler une nouvelle dynamique" aux relations algéro-marocaines.

M. Othmani, un des principaux dirigeants du parti islamiste modéré Justice et Développement (PJD), vainqueur des législatives de l'an dernier, a été accueilli à sa descente d'avion à l'aéroport Houari Boumediene, en provenance du Caire, par son homologue Mourad Medelci.

M. Medelci, lui-même en visite à Rabat le 16 novembre, l'a conforté en insistant sur cette "volonté" de renforcer les liens des deux pays.

"Tous les facteurs plaident en faveur d'une ouverture des relations" bilatérales "année après année" et dans tous les domaines notamment économiques, a-t-il estimé, cité par l'agence APS.

Les deux hommes étaient ensemble au Caire pour une réunion de la Ligue arabe sur la Syrie et qui a permis, selon M. Othmani, un début de concertation entre les cinq pays de l'Union du Magreb arabe (UMA).

Il s'agit de la première visite d'un ministre marocain des Affaires étrangères en Algérie depuis celle, en juin 2003, de Mohamed Bénaïssa qui justement devait relancer le "processus d'édification" du Maghreb, qui comprend outre ces deux pays, la Mauritanie, la Tunisie et la Libye qui préside actuellement l'organisation.

"Nous sommes aujourd'hui conscients que des mutations sont survenues dans certains pays de l'UMA, des changements à même de nous offrir une meilleure opportunité d'aplanir les entraves à la complémentarité et à l'intégration maghrébine", a dit M. Othmani, rejoignant par ses propos ceux tenus la veille à Alger par le ministre délégué algérien aux Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel.

M. Othmani sera reçu mardi matin par le président Abdelaziz Bouteflika et restera deux jours à Alger à l'invitation de M. Medelci.

Tout ne sera pas réglé maintenant à Alger

"Nous ne pourrons pas tout trancher lors de cette visite ni discuter de tous les programmes", a-t-il toutefois reconnu, ajoutant qu'il s'agit "du début d'un processus de consultations".

Parmi les problèmes qui ont entravé l'action de l'UMA et les liens algéro-marocains, la question du Sahara Occidental, ex-colonie espagnole occupée en 1975 par Rabat comme partie intégrante de son territoire alors qu'Alger soutient le front indépendantiste sahraoui Polisario. L'Onu mène actuellement des négociations pour parvenir à une solution internationale.

Pour l'heure, les points de vue restent opposés: Rabat offre une large autonomie au Sahara Occidental sous sa souveraineté. Le Polisario veut un référendum international pour permettre aux Sahraouis de choisir la meilleure solution.

Abdelaziz Rahabi, ancien ministre algérien de la Communication et diplomate, rappelle toutefois lundi au quotidien El-Watan, que le problème du Sahara est antérieur à l'UMA, créée en 1989. Selon lui, les Marocains jugent aujourd'hui comme ils l'avaient fait initialement que de "bonnes relations" avec Alger "pourraient servir de catalyseur au règlement de la question sahraouie".

Les autres dossiers en suspens concernent "l'indemnisation des Algériens chassés du Maroc", après la décision d'Alger de fermer sa frontière en 1994 en réponse à l'instauration par Rabat du régime des visas. Le Maroc avait mis en cause le renseignement militaire algérien dans un attentat meurtrier à Marrakech.

A l'appel marocain à une réouverture de cette frontière, M. Messahel a rétorqué dimanche qu'elle s'ouvrira "bien un jour".

Il y a aussi, comme le relève lundi l'éditorial du journal francophone Liberté, "le trafic de drogue qui empoisonne aujourd'hui la société algérienne", avec plus de 300.000 consommateurs, en référence aux tonnes de cannabis marocain régulièrement saisies en Algérie.

Enfin, la dégradation de la sécurité dans le Sahel depuis le début le conflit libyen inquiète Alger qui veut d'ailleurs en parler à la prochaine réunion de l'UMA, "probablement" le 17 février à Rabat, selon M. Messahel.

11:21 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

24 janvier 2012

Les salafistes marocains

Les salafistes marocains

Entretien avec Haoues Seniguer, qui achève une thèse de sciences politiques sur les islamistes marocains

Propos recueillis par Oumma.com, le 24 janvier 2012

Selon vous, le PJD a bénéficié du vote salafiste ?

Oui, très clairement. Je reviens d'une enquête de terrain où de nombreux témoignages ainsi que des écrits (pour partie encore non publiés) concordants, confirment une tendance, au fond transversale à l'ensemble du monde arabe, d'une sensible progression du salafisme y compris au sein des rangs islamistes les plus légalistes ou légitimistes tels que ceux du Parti de la Justice et du Développement justement.

Ce qui peut constituer, pour plus d'un d'entre nous, une nouveauté ou une demi-surprise tant il est vrai que, par le passé, salafistes et islamistes ont fréquemment été aux prises les uns aux autres et/ou mis en opposition, pas forcément inopportunément du reste, dans le discours scientifique. Ce qui fait voler en éclats le traditionnel clivage entre islamistes et salafis qui pouvait s'observer, ici ou là, dans le monde musulman. Celui-ci a, semble-t-il, vécu.

Par ailleurs, avant de parler de soutien proprement dit, cette "salafisation" (qui existe chez les Frères Musulmans comme l'avait montré, avec brio, il y a quelque temps déjà feu Husam Tammam) se donne déjà à voir, notamment au niveau de la base militante du PJD, à dominante religieuse ou "néo-fondamentaliste"; c'est-à-dire, très concrètement, au sein du Mouvement Unicité et Réforme (MUR). Il s'agit d'une organisation qui, en plus d'avoir des salafis en son sein, a battu campagne, officieusement, pour le parti de la lampe (PJD) dont il est l'une des principales chevilles ouvrières nonobstant les déclarations récurrentes des cadres du parti islamiste sur la prétendue indépendance des deux structures. Que nenni.

Le MUR, selon l'expression de l'un de mes amis journalistes marocains, est "le noyau dur du PJD" dont les personnalités produisent à la fois des textes théologiques pour accompagner/justifier l'action politique et se mobilisent, de surcroît, dans l'espace social pour y ré-ancrer la prise en compte de la référence religieuse à tous les niveaux de la vie privée et publique. Pour ces derniers, l'islam est tout à la fois principe, moyen et fin. Ils usent d'ailleurs souvent d'une formule itérative dans leurs publications: "iqâmat al-dîn 'ala mustawat al-dawla" (établir la religion au niveau de l'État). C'est une espèce de survivance de l'État islamique que ces derniers ne déclament plus si ouvertement !

A présent, afin d'illustrer, plus avant, le rapprochement entre islamistes et salafis, j'apporterai et commenterai au moins trois éléments d'observation : premièrement, quand on scrute, avec minutie, le détail cartographique des résultats des différents partis aux dernières élections législatives, région par région, il est remarquable que le PJD, pourtant totalement absent par le passé, arrivât très confortablement en tête, dans la région de Marrakech-Tensift-Al-Haouz, avec 8 sièges remportés auxquels s'ajoutent deux autres sièges dans le cadre de la liste nationale

Le Parti Authenticité et Réforme de Fouad Ali Al-Himma, nouvellement promu au rang de conseiller du roi, n'arrive qu'en seconde position alors même que ce dernier est originaire de la région en question. Le PJD est parvenu, d'une certaine manière, même s'il ne faut pas en exagérer la portée, à casser quelque peu les logiques nobiliaires ou clientélistes classiques en promouvant, pour sa part, un discours de la fraternité "islamique" au service de la proximité avec les citoyens qui brise toutes les "intermédiations" comme nous l'a confié un cadre du parti, récemment rencontré à Rabat.

Or Marrakech, justement, est le haut lieu de naissance et la pépinière par excellence des mouvements salafis marocains. Et la prédication salafie, là-bas, s'est construite et s'est ordonnée dès les années 1970, soit parallèlement à l'islamisme alors naissant. Il est donc, à cet égard, inadéquat de voir le salafisme comme une espèce de suite chronologique (et quasi naturelle) à l'islam politique dans une perspective évolutionniste. Ceux-ci ne sont pas forcément des déçus de l'islamisme. Les salafis, à Marrakech, ont commencé à prêcher, à croître et à élever des "Maisons du Coran", sous la supervision du Ministère des Affaires Religieuses (Habous), déjà durant ces années-là. Il faut savoir aussi que Marrakech est la ville qui abrite, très officiellement, le très influent et fréquenté centre (al-markaz) salafi de l'Association pour l'appel au Coran et à la Sunna ("jam'iyya al-da'wa ilâ al-qur'ân wa al-sunna").

Deuxièmement, le PJD s'est rapproché et réciproquement, avec le cheikh Al-Maghrâwî, leader spirituel des salafis marocains à la tête justement de "L'association pour l'appel au Coran" à Marrakech. Ce dernier reconnaît ainsi, ouvertement, vouloir "renforcer" la place et les assises du PJD dans le champ politique. Ce propos a été relayé, sans démenti aucun, par Ahmad Al-Shqîrî Al-Dînî du PJD, le 29 novembre dernier. Maghrâwî a même été reçu par Benkirane. C'est, visiblement, l'entente cordiale entre les deux courants et chacun semble s'en accommoder.

Ce qui aurait déterminé ce "mariage de raison" est le fait objectif que le PJD est le seul parti, avec une base sociale religieuse importante, d'une part, à prendre en compte les revendications identitaires des Marocains dans le champ politique institué et d'autre part, à lutter, y compris en prenant la défense des salafis, contre les atteintes ou dérives "sécuritaires" de certains agents d'autorité à l'endroit de ces derniers.

Enfin, salafis et islamistes communient dans un légitimisme absolu à l'égard du roi et des institutions monarchiques. Ce qui constitue aussi, je le crois fort, un des motifs du vote salafi pour le PJD et cette alliance de prime abord inattendue. Bien sûr, le Palais voit en cela un effet d'aubaine pour conserver sa mainmise sur les champs politique et religieux et trouvent, en ceux-là, deux alliés de taille contre les frondeurs de toutes sortes, à commencer par Justice et Bienfaisance qui est l'objet de procès en sorcellerie de la part des salafis.

Vous affirmez que les salafistes sont assez présents dans les institutions religieuses  marocaines ?

Peut-être m'autoriserez-vous une petite nuance : sans forcément être présents physiquement dans les institutions religieuses (ce qui apparaît cependant fort probable), leurs idées, en tout état de cause, prospèrent et sont relayées, appuyées au plus haut niveau de l'État sans grande entrave. A commencer par des hommes de foi, parfois de renom, rémunérés par l'État et qui demeurent, par conséquent, sous son autorité. La parole de fonctionnaires, que nous le voulions ou non, engage, de facto, celle de l'État à moins d'une expression vive, contrastée ou contraire. On peut donc raisonnablement supposer que les services de sécurité les connaissent parfaitement et savent de quoi leur idéologie est faite. Personnellement, j'ai pu mesurer toutes ces dernières années, dans les mosquées marocaines, un tropisme islamiste et salafiste évident. Il y a bel et bien porosité entre clercs (oulémas) et islamistes ou salafis. Il n'y a pas ou plus véritablement de sens à opposer les deux catégories d'agents sociaux en termes de représentation du monde à la différence près que certains s'engagent en politique et/ou soutiennent des courants d'opinion, d'autres non...

Maintenant, pour répondre directement à votre question, je dirai qu'il s'agit d'une révélation, si révélation il y a, qui m'a été faite à l'occasion d'une interview et d'échanges répétés avec des leaders d'opinion marocains. J'y apporterai ensuite quelques nuances avec, à la clé, une analyse personnelle et complémentaire. Dans un livre à paraître, Mountassir Hamada, écrit deux chapitres tout à fait éclairants dans le cadre d'une seconde partie intitulée al-salâfiyya al-wahâbiyya fî al-maghrib bayna al-mû'ssasât al-dînîyya wa al-harakât al-islâmiyya (le salafisme wahhabite au Maroc entre les institutions religieuses et les mouvements islamistes) : "Le salafisme wahhabite au sein des institutions religieuses" (al-salâfiyya al-wahâbiyya fî awsât al-mû'ssasât al-dîniyya) et "le salafisme wahhabite au sein des mouvements islamistes" (al-salâfiyya al-wahâbiyya fî awsât al-harakât al-islâmiyya).

Fondamentalement, ce que dit M.Hamada ne diffère pas forcément de ce que disent ceux qui observent, depuis des années, au Maroc, la genèse du mouvement islamiste. En effet, dans les années 1970, Hassan II, comme d'autres chefs d'États dans le monde musulman à la même époque, sollicite activement des personnalités religieuses au premier rang desquelles Taqîyy Al-Dîn Al-Hilâli, figure marquante de l'islamisme et du salafisme marocains puisque ce dernier fut le maître à penser autant de certains cadres actuels du PJD que de Maghrâwî en personne. Ce dernier est même parfois présenté comme son successeur naturel.

Les salafis bénéficient depuis le début des années 1970, en dehors de quelques périodes de tension avec le pouvoir (comme après les attentats de New York en 2001 et de Casablanca en 2003), d'une bienveillance du Palais compte tenu de leur utilité éminemment politique dans le combat des idéologies dites "athées" et plus particulièrement de la gauche laquelle contestait, à l'époque (dès le début des années 1960), le monopole royal sur tous les leviers du pouvoir. Disons donc, que les autorités marocaines, voyaient plutôt d'un bon oeil l'émergence du salafisme d'abord, pour "décapiter" la gauche mais aussi pour faire contrepoids, ensuite, aux islamistes.

La construction et la floraison, à compter du milieu des années 1980, "des maisons du Coran" financées par l'agent du Golfe n'ont pas été bridées; bien au contraire, celles-ci "furent bénies par les autorités" selon Hamada malgré quelques restrictions et interdictions par la suite. Celles-ci ne mettent pas pas vraiment en cause le "deal" entre salafis et pouvoir central. Pour le journaliste précité, l'absence de réaction vigoureuse des institutions religieuses officielles quand le cheikh Al-Maghrâwî a produit une fatwa autorisant le mariage avec des adolescentes (9 ans), trahirait beaucoup plus qu'une complicité passive. A ce titre, ce dernier rapporte un propos tenu à l'époque, malgré la consternation de la société civile, par Ahmad Khamlichî, directeur de la très royaliste institution religieuse "Dâr Al-Hadîth Al-Hasaniyya": "Ce qui est demandé, ce n'est pas la critique de l'islam et sa révision mais de distinguer les dispositions péremptoires ou indiscutables (de textes religieux en cela irréformables) d'avec les dispositions interprétatives (al-ahkâm al-'ijtihâdiyya) révisables de façon continue." On le voit, aucune dénonciation de la fatwa n'est explicitement formulée. Au demeurant, nombre de prêcheurs actuels de mosquées seraient, en outre, passés par ces "Maisons du Coran" toutes liées à l'association de Maghrâwî et disséminées sur tout le territoire comme, par exemple, à Casablanca, Fès, Tanger, Marrakech, Kénitra etc.

Le Palais a, in fine, tout intérêt à ménager des espaces de dialogue, de connivence et d'entraide avec salafis et islamistes du PJD qui font ainsi écran aux activistes plus radicaux qui contestent, en ce qui les concerne, la légitimité politico-religieuse de la monarchie et de son roi. On peut dire que le Palais ménage la chèvre et le chou adoptant, à dessein, une position d'équilibriste.

Le PJD risque-t-il se subir une pression venant de la base des milieux salafistes ?

Sans aucun doute puisque l'arrivée au pouvoir d'un parti islamiste suscite forcément des attentes et des espérances de la part des conservateurs en général et des acteurs religieux en particulier pour lesquels l'islam compte plus que tout. Il peut très bien, par conséquent, y avoir de la surenchère laquelle, à maints égards, pourra cependant en partie être canalisée. Pour ce faire, le PJD fera certainement en sorte de libérer encore davantage la parole et l'action religieuses dans l'espace social, favoriser ou en tous les cas, ne pas entraver le prosélytisme des salafis et la construction de nouvelles Maisons du Coran. Le PJD s'est engagé, durant la campagne électorale, à aller dans le sens de la construction de nouveaux espaces religieux mettant en évidence le rôle éducatif et social de la foi en société.

Comment le Mahzen (système marocain)  réagit face à la montée de ces partis religieux ?

Je pense que le Makhzen, via le Ministère de l'Intérieur qui, soit dit en passant, a échappé au PJD et pour cause, suit et suivra de très près, comme à l'accoutumée, moins "les partis religieux" comme vous le dites mais les mouvements religieux et les partis à référent religieux. En l'espèce, "Rien de nouveau sous le soleil" rétorquerait l'Ecclésiaste. Plus sérieusement, comme je l'ai soutenu en amont, la monarchie instrumentalise savamment tous les courants et tendances qui s'expriment au sein du champ religieux. Au même titre que pour le champ politique qui se caractérise par sa fragmentation avancée, il en est de même pour un champ religieux qui, par là même, inocule l'émergence d'un courant hégémonique ou majoritaire en son sein. Le Palais compte, de la sorte, s'appuyer sur ses contradictions, qui plus est en cooptant une partie des mouvements ou personnes qui le composent.

Comment expliquez-nous la nomination de Mustapha Ramid au poste de Ministre de la justice, un individu connu pour la défense de dossiers de militants impliqués dans le terrorisme ?

J'ai écrit récemment, dans Libération, que le PJD a pour rôle de relégitimer la monarchie ou le Palais. Je le confirme ici. Aussi, la nomination de quelqu'un comme Ramid qui jouit d'une image "positive", surfaite ou non, de la part des militants islamistes, d'homme de poigne, de conviction, va dans le sens d'une tentative de re-créditation l'institution judiciaire abîmée. Une justice aussi discréditée que celle du Maroc imposait le choix d'une personne de ce type. Spécialiste des questions judiciaires en tant qu'avocat, et défenseur acharné d'une indépendance de la justice accrue et d'une plus grande intégrité des jugements rendus en son nom, Ramid fait figure d'homme de la situation même si sa nomination, à ce poste prestigieux, a fait l'objet de tractations serrées et houleuses entre Benkirane et certains membres influents du pouvoir royal. Certains de ceux-là lui reprochent sa trop grande rugosité et son puritanisme moral. Sans doute y a-t-il la crainte de voir des dossiers d'État révélés au grand jour...C'est une hypothèse.

Quelle est la marge de manœuvre du PJD ?

Très étroite. Et pour cause, des signaux envoyés par le roi, quelques jours à peine suivant les élections, ne trompent pas. Le 7 décembre, Fouad Ali Al Himma, farouche adversaire des islamistes du PJD, est nommé conseiller de Mohammed VI. Celui-là même dont le nom a été brocardé par les manifestants du 20 février car, selon eux, il serait à la source de nombreux maux socio-économiques et politiques (dossiers sécuritaires, tortures etc.,) retrouve, après des élections que son parti, le PAM, a pourtant perdu, conseiller du souverain. Ce qui apparaît, aux yeux de beaucoup de Marocains, comme une défiance vis-à-vis du corps électoral. C'est bien sûr aussi un très mauvais signe envoyé par la monarchie au 20 février, une sorte de fin de non-recevoir.

Le président de la commission consultative de la révision de la Constitution, Abdellatif Menouni (récompensé, apparemment, pour son loyalisme à l'égard du roi...), est également nommé conseiller... Le Ministère de l'Économie (attribué à un Ministre istiqlalien proche des milieux d'affaires et du Palais) échappe au PJD alors même que tout le monde pressentait, à ce poste, Najib Boulif spécialiste des questions économiques et de la finance islamique. Dans un entretien que j'ai eu avec un militant actif du 20 février à Rabat, "le gouvernement de l'ombre, c'est le PJD et le "vrai" gouvernement, ce sont les conseillers..." Ce qui en dit long sur les risques que court, à moyen terme, le PJD en termes de crédibilité sur la scène gouvernementale. Crédibilité d'ores et déjà entachée du fait de devoir composer avec des partis associés, par le passé, au pouvoir et, à ce titre, complètement discrédités par de larges segments de la société.

Mais, gare aux raccourcis faciles. Je défends l'hypothèse suivante : il n'y pas d'un côté, des islamistes du Palais (ou le roi) et de l'autre côté, des islamistes contre le Palais (le roi). C'est beaucoup plus complexe en ce sens qu'à l'intérieur même du PJD, ordinairement qualifié de parti "makhzénisé", il y a une volonté de conquérir toujours plus de parcelles de liberté arrachées à la monarchie et de nouveaux espaces de dissidence ou de contestation sans mettre en cause la suprématie du roi en matière politico-écononomique et religieuse. Le PJD est même parvenu à réaliser quelques victoires symboliques car, indirectement, une partie de ses recommandations a trouvé écho au sein du Palais et dans la société : certaines des idées inspirant la loi sur les partis de 2006 telle que l'obligation faite aux partis d'organiser périodiquement des congrès, la lutte contre la corruption avec l'instauration, en 2008, de l'Instance Centrale de Prévention de la Corruption" etc.,  abondent dans ce sens. Ce qui, évidemment, ne préjuge aucunement de la qualité et de l'efficacité ou non d'une telle instance.

23 janvier 2012

Birame Dah Abeid, président de l’IRA

Birame Dah Abeid, président de l’IRA

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«Les oulémas qui sont très écoutés dans la société mauritanienne, ont une grande part de responsabilité dans la légitimation de l’arbitraire par leur accompagnement des pouvoirs esclavagistes et racistes»

Propos recueillis par Haiba, le 05 décembre 2011

Dans un entretien exclusif accordé au site d’information Levéridique online, le jeune leader du mouvement abolitionniste IRA a indiqué que son organisation ne défend pas la seule cause des haratines mais lutte contre toutes les manifestations de violation des droits de l’homme en Mauritanie. C’est pourquoi a-t-il expliqué, l'IRA a manifesté sa solidarité avec le magistrat radié récemment pour avoir prononcé un verdict condamnant des esclavagistes, de même que notre mouvement est solidaire avec l’ancien commissaire aux Droits de l’Homme Ould Dadda, victime de détention arbitraire. Le leader d’IRA s’est encore insurgé contre les oulémas qui participent à la légitimation des phénomènes d’injustice comme l’esclavage et la castification de la société. Il a par ailleurs assuré qu’en aucun cas, il n’emmènera des armes de l’étranger, ou ne comploterait avec un pays étranger pour déstabiliser la Mauritanie ou saper son unité nationale. Voici dans son intégralité cet entretien :

Le Véridique : Lors de votre conférence presse d’avant-hier, vous avez appelé vos militants et sympathisants de ne pas faire recours à la violence. Est-ce là un nouveau virage dans votre discours et votre méthode de lutte ?

Il ne s’agit pas d’un nouveau discours mais de propos qui sied à la situation explosive que vit actuellement le pays. Parce qu’au sommet de l’Etat et dans les rouages des renseignements dans les centres de décision se sont installés des hommes des segments qui n’ont aucune responsabilité, qui n’ont aucune vision et dont les actes peuvent provoquer de graves préjudices à l’unité nationale et à la paix civile. Le projet d’assassinat de ma personne soit à l’ordre du jour au sein de ce segment, au sein de ces hommes qui détiennent le pouvoir actuellement et cela peut emmener toute action violente qu’ils ont projeté et qu’ils peuvent exécuter peut provoquer des réactions que nous ne maitriserons pas de la part de la rue de la part des hommes et femmes qui souscrivent à notre vision des populations qui peuvent se sentir visé à travers notre personne. C’est pourquoi j’ai voulu anticiper et dire à tous nos sympathisants qu’en cas ou l’Etat ou les services de renseignements commettent l’irréparable par un attentat mortel contre nous que leur réaction ne soit pas une la violence par la violence ne paie pas. Nous répondons à la violence par résistance morale, par une force de sacrifice. J’ai appelé tous mes partisans à ne jamais répondre à la violence par la violence. Mais de continuer le combat pour la réalisation de nos positions de principe fondés sur notre farouche détermination à changer les choses en Mauritanie, à créer les mécanismes qui permettent à chacun d’avoir une citoyenneté égale.

Le Véridique : Vos détracteurs vous reprochent de vouloir saper l’unité cohésion et à dresser les composantes du pays les unes contre les autres à travers votre engagement pour une seule frange de la population ?

BODA : Nous ne menons pas un combat en faveur d’une seule composante de la population parce que notre organisation est une organisation nationale multiethnique qui a en son sein des cadres et des militants de toutes les catégories de la population mauritanienne. D’autre part notre discours est unitaire. Il vise à soulager les problèmes et les difficultés de toutes les franges des populations sans distinction de couleur, de classe, d’ethnie. Même si le combat contre l’esclavage occupe la part de lion dans notre action parce que la majeur partie de la population mauritanienne c’est des hratines victimes de l’esclavage ou de ses séquelles. Donc les hratines sont en pointe dans ce combat mais c’est aussi le combat des autres couches. IRA s’est rendu à Inal, il ne s’agit pas d’un problème hratine, c’est un problème qui concerne les négro-mauritaniens que nous soutenons car ils comptent pour nous comme tous les hratines. Les maures étaient présents à Inal comme ils sont présents dans le combat contre l’esclavage pour lequel ils se sacrifient. D’autre part, nous soutenons les populations arabo-berbères lorsqu’elles sont victimes d’injustice. C’est pourquoi IRA est allée soutenir le magistrat radié injustement, nous avons également soutenu Ould Dadde victime de détention arbitraire. Je considère personnellement que le sacrifice des arabo-berbères dans la lutte contre l’esclavage n’est pas moindre que celui mené par les hratines. Autant dire que notre combat concerne toutes les franges de la population au même titre que tout autre combat pour la citoyenneté. Nous ne croyons pas à un combat mené par une seule ethnie ou pour une seule ethnie.

Le Véridique : Pour revenir à votre dernière conférence de presse, vous avez pointé un doigt accusateur contre les oulémas ?

BODA : Cela s’inscrit dans le cadre de la subversion idéologique que mène IRA. Nous considérons que le système en place en Mauritanie est assis d’abord sur des piliers idéologiques, fondés sur des «valeurs» et une vision qui prônent l’inégalité des races. Le code malékite, personnifié par oulémas en Mauritanie, joue un grand rôle dans la légitimation des phénomènes d’injustice comme l’esclavage et la castification de la société. Nous considérons qu’il s’agit d’une interprétation fallacieuse et travestie de la religion. Ces oulémas qui sont très écoutés dans la société, ont une grande part de responsabilité dans la légitimation de l’arbitraire par leur accompagnement des pouvoirs esclavagistes et racistes. Il faut casser le monopole des fatwas et son accaparement par ce groupe d’oulémas car ils se contentent d’interprétations qui vont dans le sens de leur soutien aux pouvoirs, et non de l’intérêt de l’Islam et des musulmans. C’est pourquoi, je déplore la requête formulée à l’Etat par Ould Habibourahmane pour constituer une commission de prévention du vice. Il s’agit là d’une récupération politicienne de cette question. Ce principe édicté par le prophète Mohamed (PSL), antérieur à tous les gouvernants actuels, est une obligation pour tout musulman surtout un érudit, il n’est nul besoin de constituer une commission pour s’en acquitter. C’est un problème de conscience.

Le Véridique : certains vous reprochent de faire recours à l’étranger alors que les questions pour lesquelles vous militez ne peuvent être résolues qu’en Mauritanie et pour les Mauritaniens eux-mêmes. Pourquoi menez-vous votre lutte à partir de tribunes basées à l’étranger ?

BODA : Toutes les questions qui concernent la Mauritanie sont débattues dans des tribunes à l’étranger par le gouvernement lui-même. A toutes les manifestations où je me rends, des délégations du gouvernement s’y rendent et me portent la contradiction. Et puis l’accord de Dakar qui a permis de dépasser la profonde crise institutionnelle que connaissait le pays à l’époque, a été conclue à l’étranger même si par ailleurs il a été paraphé à Nouakchott. L’étranger où je me rends est le même que celui auquel le gouvernement fait recours. Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas, je n’emmènerai des armes de l’étranger, ou ne comploterait avec un pays étranger pour déstabiliser la Mauritanie ou saper son unité nationale. Je ne viendrai de l’étranger qu’avec ce qui est de nature à aider le pays à raffermir son unité et consolider la paix sociale. En fait, si réellement l’Etat est prêt à trouver solution aux problèmes que nous soulevons à l’étranger, il n’y aura plus de raison à nos déplacements à l’extérieur. Nous avons recours aux tribunes de l’étranger parce tout simplement notre pays nous réprime, nous violente, alors que l’étranger nous encense, nous félicite et reconnait la légitimité et la justesse de notre combat. Je m’inscris en faux par rapport aux libyens qui ont offert à l’OTAN l’occasion de bombarder leur pays, et contre les irakiens qui ont emmené les américains à détruire l’Irak. Je suis farouchement opposé à toute forme de recours à des pays étrangers dans le but de provoquer des dissensions et des tensions au sein de mon pays. Bref, je suis contre tout interventionnisme étranger.

Le Véridique : L’accord politique conclu entre les parties prenantes au dialogue national ont davantage criminalisé l’esclavage. S’agit-il là d’une avancée dans ce dossier ?

BODA : Non, il ne s’agit nullement de progrès. C’est plutôt une fuite en avant. C’est une manière de cacher l’échec et l’incapacité du parti de l’armée et des partis politiques civils qui lui sont arrimés, à faire une avancée dans les domaines de l’application des lois antiesclavagistes. C’est très décevant surtout si l’on sait que cela émane de partis politiques sur lesquels nous avons toujours fondé un grand espoir de les voir contribuer efficacement à l’avancée du dossier de l’esclavage. Il s’agit de diversion car il existe une panoplie de lois qui sont bonnes, le problème qui se pose ce n’est pas un vide juridique, il existe un arsenal juridique cohérent, il suffit d’appliquer ces lois au lieu d’en rajouter d’autres. Ce qui a été décidé lors du dialogue national n’a aucun intérêt pour les victimes de l’esclavage et de ses séquelles.

Le Véridique : Seriez-vous candidat lors des prochaines consultations électorales ?

BODA : Je ne me présenterai à aucun mandat électif. Je souhaite avoir un contrat moral avec les mauritaniens qui consiste à libérer le pays des séquelles préjudiciables qui menacent la paix sociale et empêchent la promotion d’une démocratie apaisée. Cependant, je puis vous dire que l’organisation IRA et son président joueront un rôle déterminant en faveur des forces progressistes du pays, lors des prochaines échéances électorales. Notre poids et notre influence seront déterminant dans la quantification des rapports de force des partis en compétition.

13:10 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |