13 décembre 2012

«Education et déstructuration capitaliste de la société»

«Education et déstructuration capitaliste de la société»

Claude Bourrinet, le 11 décembre 2012

Une enquête de l’observatoire des jeunes et des familles de la fondation Apprentis d’Auteuil révélait récemment qu’une famille sur deux rencontrait des difficultés considérables face à des enfants qui échappent de plus en plus à toute espèce de contrôle. Dans ce sondage, les troubles de comportement sont évoqués, l’impossibilité de fixer des règles et des limites, et ce malaise touche autant les parents d’origine modeste que ceux dont la situation est plus aisée. Pour autant, ce n’est pas tant la nature des relations entre générations qui est mise en question, que la valeur des perspectives plus larges dans lesquelles elles s’inscrivent. Car au-delà d’un constat de crise de l’éducation et de la formation des jeunes, c’est toute une civilisation qui révèle sa faille profonde, la gravité d’une maladie qui la mine et va finir par la terrasser.

En règle générale, la société technicienne qui est la nôtre offre naïvement l’aide du spécialiste pour remédier aux maux physiques ou moraux. Les pédopsychologues, comme les praticiens qui apportent une aide dans les domaines bien particuliers des déficiences personnelles (dyslexie, autisme, troubles mentaux, comportementaux, les dysfonctionnements familiaux, voire sociaux), les conseillers d’orientation, les formateurs de parents etc., constituent une brigade d’intervention qui, depuis quelques décennies, s’est étoffée, et connaît le même triomphe que, sur un autre plan, les professionnels de la justice, avocats de toutes catégories, ou la tribu de la finance. Car là où la valeur fait défaut, on cherche une solution dans la maîtrise du fonctionnement. Ces tentatives constituent au demeurant des sources appréciables de profits, tant la société libérale ne provoque des problèmes que pour offrir de pseudo solutions. Des cliniciens aux établissements privés, en passant par les soutiens à la carte ou les formations onéreuses, il y a toujours une «remédiation», comme l’on dit dans le jargon des technocrates de la pédagogie, pour toutes les défaillances.

Les familles qui se déstructurent, bien qu’on ait présenté ce chaos annoncé comme un progrès vers la liberté et la réappropriation de son propre corps, sa «libération», que l’on place souvent avant l’esprit, l’abandon des contraintes d’antan, perçues comme des obstacles à la réalisation du moi, sont les symptômes d’un état des choses dont on voit de plus en plus qu’il ressemble à un champ de ruines. La société libérale est fondée sur l’existence d’un individu dont l’autonomie est postulée par essence, dont le comportement est justifié par la raison supérieure de l’intérêt. Entre le désir du sujet et la satisfaction de celui-ci, tout tiers, surtout s’il possède une autorité de fait, devient vite insupportable. Le consommateur compulsif qu’est devenu l’enfant conditionné par les messages publicitaires, l’étalage de tentations mercantiles, et conforté par le discours libertaire, perçoit d’autant plus ses parents comme des empêcheurs de tourner en rond dans le champ de l’illimité, que l’anthropologie postmoderne leur dénie toute légitimité absolue, le relativisme sociétal étant devenu la règle dans le cercle des penseurs issus du structuralisme déstructurant. «… l’individu que la civilisation libérale commence seulement à produire en série éprouve les pires difficultés à intérioriser les limites et les interdits, pourtant indispensables à la construction d’une vie autonome. Faute de pouvoir prendre appui sur une quelconque autorité tierce – que tout le discours réel du capitalisme tend désormais à discréditer – il est, en effet, condamné à tourner indéfiniment en rond dans l’«arène de l’illimitation»» (J.C. Michéa ; Le Complexe d’Orphée).

Le «droit de», assumé dans toute société codifiée, est devenu un «droit à», que le «droit des enfants», par exemple, a pu illustrer comme moyen de culpabiliser et de décrédibiliser les parents. La liste des droits n’a pas plus de fin, du reste, que celle des individus, encore qu’il faille aussi considérer que chacun a droit à plusieurs droits, voire à une quantité illimitée, en fonction de la variété de ses caprices, de ses pulsions, ou de ses besoins. La situation s’avère dramatique lorsque l’on prend conscience que la génération précédente, qui élève de nos jours ses enfants, a eu le malheur, ou le bonheur illusoire et mortifère, d’expérimenter la nouvelle société, et de perdre, la première, les repères traditionnels d’autorité, qu’elle a vertement contestées. Aussi est-elle particulièrement désarmée pour réagir avec perspicacité, pour autant qu’elle comprenne bien ce qui lui arrive.

La réaction générale, en effet, face à un chaos que tous, sauf quelques idéologues minoritaires, sont en mesure de constater, ne serait-ce que parce qu’ils en souffrent, est de diagnostiquer le mal dans sa dimension formelle et dans ses conséquences partielles. On considère que les ravages au sein des familles ou de l’école proviennent d’un manque de discipline, d’une absence de morale, d’une pénurie malheureuse de communication, quand ce ne sont pas les causes inverses, c’est-à-dire trop d’autorité, un excès d’injonctions moralisatrices, ou une trop grande familiarité entre générations.

Ces analyses échouent à cerner un phénomène qui excède les expériences singulières, même si c’est au niveau individuel qu’il s’incarne le plus visiblement. La généralisation de l’impuissance éducative montre qu’il n’est guère de recette assurée. C’est comme si l’on voulait accorder un orchestre pendant que le paquebot prend l’eau de toute part. Même s’il ne s’agit que de son petit orchestre, un duo, un trio, un quatuor, que l’on essaie d’harmoniser dans sa cabine particulière – et il n’est certes pas impossible de réussir, par moment, quelque bonne composition -, la situation d’ensemble est au naufrage, l’arrière plan génère un sentiment diffus de panique, et, comme une eau qui s’insinue partout, l’esprit de dissolution mine les meilleures volontés en même temps que les cadres que l’on croyait pérennes.

Ce qui change radicalement les données de la crise, par rapport aux temps anciens, c’est l’adoption consensuelle d’un paradigme, de ce que Renaud Camus, dans un livre, «Décivilisation», qui est un chef d’œuvre de lucidité, nomme l’hyperdémocratisme : «J’appelle hyperdémocratie la volonté de faire sortir la démocratie de son lit politique pour la projeter dans des domaines qui, à première vue, ne lui sont guère congéniaux, et per exemple la culture, justement, ou la famille…». Il s’agit-là d’une intolérance, propre à l’âge des masses, à tout ce qui évoque une réelle différence, ou une supériorité quelconque. Or, la civilisation quantitative actuelle tend à promouvoir l’égalité absolue, au nom de la lutte contre les «privilèges» et les «discriminations». Depuis l’après-guerre, ce sont les «héritiers» qui sont visés, et Bourdieu a fait, dans les cabinets ministériels ainsi que dans les salles de professeurs, de nombreux émules. Or, comme le rappelle Renaud Camus, «tout mouvement vers l’égalité implique toujours, autant et souvent plus que l’élévation de la partie défavorisée, l’abaissement simultanée de la partie favorisé…»

La division de la société entre une classe où était de règle la contrainte, cette «syntaxe» des valeurs, («J’ai appelé la syntaxe l’autre dans la langue : se contraindre à parler syntaxiquement, c’est reconnaître qu’on n’est pas seul, qu’à travers nous parlent une langue, un peuple, une histoire, une convention, un pacte d’in-nocence, un consentement à la non-adhésion à soi-même, à l’expression pure»), syntaxe qui est la formalisation au niveau de l’ethos, du legs des temps passés et de la bienséance civile, alliée à la transmission d’une culture savante, élitiste, et l’autre partie de la société, en principe exclue de cette éducation qui apprenait à se « tenir droit », mais qui, d’une façon ou d’une autre, en recevait les leçons, à tel point que, ce que l’on a nommé «école républicaine», était, peu ou prou, le symbole d’une civilisation qui était encore ouverte à l’ascendante exigence d’une éducation assumée consciemment, a laissé place à « la grosse classe unique de convergence centrale », totalitaire productrice et prescriptrice d’un discours hédoniste, ludique, démobilisateur, démoralisant et avachissant. Personne n’en est exempt. «… les héritiers n’héritent plus de rien (culturellement) et [sont] aussi déshérités que les non-héritiers.» Même dans les familles encore soucieuse d’une éducation digne de ce nom, il est très ardu, voire impossible, de garder à l’abri des enfants infectés par la maladie universelle de la vulgarité, du laisser aller et des plaisirs faciles et grossiers.

L’oligarchie postmoderne, souvent le fruit, grâce à l’émergence de nouveaux domaines économiques, liés à la révolution des transmissions de l’image et du son, ou bien portée par le triomphe du capitalisme financier, partage amplement les goûts plébéiens de la masse, comme des pauvres enrichis, des parvenus. Nous avons assisté à une révolution «culturelle» plus profonde que celle conduite par Mao. Aucun signe de ralliement ou de contre-offensive ne peut être viable. Peu nombreux sont ceux qui se souviennent ou connaissent vraiment ce que fut le monde d’avant, qui fait figure dorénavant de continent perdu. Et sa disparition n’est pourtant pas si lointaine ! Non qu’il fût parfait, et qu’il dût apparaître comme un idéal vers lequel faire retour, mais il gardait encore les principes qui furent ceux de toutes les époques, de toutes les civilisations, jusqu’à la nôtre, si différentes des autres, si anormale, si malade. Il était banal alors de considérer qu’il fallait faire des efforts pour devenir soi-même, que l’enfant, s’il avait vocation à se transformer en adulte, ne l’était pas pour autant, et qu’il n’était pas détenteur de cette distance de soi à soi, indispensable pour juger du monde, des autres, et pour acquérir une autonomie si prisée maintenant, sans qu’on sache ce qu’elle est vraiment, et qu’il était nécessaire, enfin, de se «désenseigner» pour accéder à une authentique éducation, à une maîtrise et à un savoir qui, comme l’indique l’étymologie latine, conduit à la voie idoine.

La situation peut donc s’avérer désespérée. Les saines réactions ne sont que des réactions, les sursauts ne sont pas des sauts vers autre chose, vers un autre monde. Les initiatives personnelles, aussi méritantes soient-elles, si elles n’aboutissent pas à des déconvenues, ne se présentent guère que comme des actes de guérilla. Il faudrait bien sûr que cette «petite guerre» se transmue en une grande, en un affrontement avec la source des maux, cette société libérale qui brouille tout, détruit tout, ne respecte rien, et choisit les valeurs marchandes plutôt que la valeur humaine.

On ne demandera certes pas aux hommes politiques et aux technocrates de la modernité d’apporter les véritables remèdes à ce désastre. Pour qu’il existe des chances de rencontrer, dans les sphères décisionnelles, une claire compréhension de ce qui se passe, il faudrait que les gouvernants soient autres qu’ils ne sont, ce qui est une vue bien singulière de l’esprit, un raisonnement pas l’absurde. Car accéder à la vérité du monde qu’ils conduisent à sa perte serait pour eu l’équivalent d’un suicide.

11:54 Écrit par Rachid Z dans Enseignements, Opinions | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12 décembre 2012

La corruption n’est pas un aléa du pouvoir, elle en est un symptôme

La corruption n’est pas un aléa du pouvoir, elle en est un symptôme

Par Marie-Christine Lemieux-Couture, le 12 décembre 2012

Il est de bon ton, chez les bien-pensants, de s’imaginer que le gouvernement est l’expression institutionnalisée du droit commun et de la vox populi. Que sans cette raison suprême, ce serait le règne du désordre ; que sans cette digue de justice sociale, le pauvre peuple serait dévoré par les tout-puissants ; que sans cet emblème de l’équité, nos droits et libertés seraient ensevelis six pieds sous la tyrannie. Pour les partisans du principe d’autorité, le gouvernement est une instance modératrice sans laquelle la majorité serait forcée de se plier aux intérêts d’une poignée d’individus. Il s’agit d’entretenir l’illusion selon laquelle l’égalité entre les êtres humains n’est possible que si elle est forcée par un pouvoir qui leur est supérieur. Et cette façade de bonne volonté que représente une telle conception de ce qu’est un gouvernement est largement profitable à la minorité qui se cache derrière pour opprimer le peuple. Mais si, vraiment, la société n’est constituée que d’individus en lutte — au point où il faut une instance supérieure qui réglemente les rapports entre eux afin d’éviter qu’il n’y ait que le plus fort qui l’emporte —, alors cette instance, tenue elle-même par des individus qui sont, par définition, eux aussi en lutte, ne peut servir qu’à conforter le pouvoir des plus forts.

C’est à l’ombre du gouvernement que se constitue la classe dominante et c’est par son bras qu’elle assure la pérennité de son oppression et la conservation des moyens de production. Aussi, il n’y a rien d’étonnant à constater la proximité entre le gouvernement et la classe dominante : d’anciens députés, ministre ou premier ministre siègent à la tête de lobbys, de cartels du capitalisme, de firmes de propagandeux, de médias faiseux d’opinions publiques ou d’avocats en charge de défendre leurs crimes contre l’humanité. Des riches au gouvernement, il n’y a qu’une porte tournante. Le gouvernement est fabriqué par la classe dominante pour la classe dominante, et tous les moyens sont bons pour que n’accèdent au pouvoir que ceux qui servent ses intérêts et qui renforcent son pouvoir.

Quand un gouvernement concède des droits au peuple, qu’il lui «offre» un service ou une enquête publique par exemple, ce n’est que dans le but ultime de conserver ses privilèges et la domination de sa classe sur l’ensemble de la société. Il en va ainsi du droit de vote qui se limite à donner l’illusion au peuple de choisir qui le dirige en oubliant qu’il est dirigé et qu’il n’est pas nécessaire qu’il le soit. Ce droit de vote, ce n’est rien de plus que l’acte de transmettre à un étranger le pouvoir de gérer notre bien commun, de faire des lois qui le protège et protège la classe dominante à notre détriment, d’élaborer des plans d’austérité qui nous privent de nos moyens de subsistance au profit des riches ou d’utiliser la force quand il lui faut réprimer notre grogne à son égard ou à l’égard des mieux nantis. Le droit de voter lors d’une élection permet d’utiliser notre être-ensemble pour justifier des décisions contre lesquelles, autrement, on se révolterait.

Ce même gouvernement, armé de ses chiens de garde du PR et des médias, n’a de cesse d’associer l’anarchie au chaos et à la violence. De fait, il ne peut pas laisser la société vouloir s’autogérer ni s’émanciper de son pouvoir, car l’élite capitaliste et lui perdraient tous les moyens d’exploiter les masses et de tirer profits à ce que nous crevions de faim. Nous pourrions trop aisément comprendre que non seulement nous n’avons pas besoin d’être gouverné, mais que le gouvernement est la source même de la corruption. Que le progrès ne vient pas de la hiérarchie, mais de la coopération. Que le partage a beaucoup plus de sens que la propriété privée. Que nos richesses nous appartiennent collectivement, et non, individuellement. Si nous conservions chacun notre pouvoir et exercions notre droit de vote sur l’ensemble des décisions à prendre pour nous, nous représenterions une force de frappe bien plus grande contre les manigances d’une minorité qui cherche à nous réduire à l’esclavagisme à son seul profit.

Il n’y a aucune raison pour laquelle il y aurait une élite, qui possède toutes les richesses, et des soumis, qui ne possèdent d’autres possibilités que celle d’être son bétail. Il n’y a aucune raison pour laquelle la société devrait être basée sur la loi du plus fort, la performance et la compétitivité plutôt que l’entraide, la collaboration et la solidarité. Il n’y a aucune raison pour laquelle certains vivraient dans l’opulence pendant que d’autres meurent de froid. Il n’y a aucune raison à une organisation inégalitaire du social légiféré par un gouvernement, sauf celle de maintenir un ordre social selon lequel les vainqueurs peuvent jouir de leur victoire en étant certains que nous restons des perdants.

*Discours prononcé le 9 décembre 2012, lors de la manifestation organisée par le Mouvement du 24 septembre dans le cadre de la Journée Mondiale des Nations Unies contre la corruption.

23 novembre 2012

Alerte ! Les antisémites sont partout donc nulle part...

Alerte !

Les antisémites sont partout donc nulle part...

Hervé Nathan, le 16 novembre 2012

Il y a des jours où le débat politico-médiatique donne le tournis : hier, 15 novembre, une interview de Philippe Cohen dans le Point, à propos de sa biographie de Jean-Marie Le Pen en commun avec Pierre Péan, nous disait que Jean-Marie Le Pen n’est pas «forcément un antisémite obsessionnel» (1) . Au contraire, sur Mariane.net ce 16 novembre nous apprenons sous la plume de Claude Askolovitch que le vrai danger, ce serait François Fillon, car  le futur éventuel président du premier parti de France serait un antisémite caché, à la mode d’avant-guerre, quand on s’amusait à compter les «youpins» dans les réceptions mondaines. Formidable renversement de la perspective…

Mais qu’a dit de si monstrueux François Fillon ? De fait un cliché assez anodin: Jean-François Copé, de par ses «origines» ne peut pas réellement passer une alliance avec le Front national. Sous-entendu : étant juif, Jean-François Copé ne peut pas s’entendre avec le ramassis d’antisémites que constitue le FN. Notons déjà la police du dictionnaire : avant on ne pouvait pas dire «juif». Bientôt, c’est «origine» qui sera bannie du vocabulaire…

Le problème c’est que le premier à avoir argué de ses «origines» (hou la la, j’ai dit le «mot»), c’est… Jean François Copé, lors d’une polémique qui l’opposa à Martin Hirsch. Celui-ci avait osé soulever le problème du conflit d’intérêt (manifeste) que constituait pour un député de la République, et président du groupe UMP, le fait d’exercer en parallèle l’activité fort lucrative d’avocat d’affaires. Copé furibard et vindicatif avait alors évoqué les «origines» (je l’ai redit…)  de son ennemi : «Il se trouve que Martin Hirsch et moi nous avons un point commun que nous avons découvert en parlant : ses parents, comme mon père pendant la guerre, ont été sauvés par des Justes», avait-il déclaré sur iTélé-Le Monde-France Inter-Dailymotion. «Quand on a cette culture familiale, je ne dis pas que cela commande des obligations, chacun choisit sa vie comme il le peut, et ce n'est pas moi qui donnerait des leçons de morale. Je dis simplement que l'on ne peut pas vivre les choses de la même manière», ajoutait-il.

Et mieux encore Copé dénonçait «un exercice de délation», un mot qui, placé dans un contexte où figurent les Justes, les juifs et la guerre, évoque forcément la collaboration… Par ailleurs, Jean-François Copé longtemps discret sur ce plan, a mis sa part juive sur la place publique et l’utilise quelquefois comme un argument politique : son «histoire familiale» , affirme-t-il expliquerait «son amour pour la France».

Sauf l’intéressé lui-même, personne n’aurait donc le droit d’évoquer le «parcours», «l’origine» de Copé ? On serait tenté de dire : «bravo», tant l’idée d’assigner qui que ce soit à une identité religieuse, familiale, ethnique, est insupportable.

Mais le paradoxe de Claude Askolovitch, et sa deuxième erreur, c’est de penser profondément qu’il existe une essence juive de la politique, puisqu’il écrit que «peut-être ses origines, effectivement, séparent encore Copé de Marine Le Pen…». Ou encore que «l’homme Copé, fils de juif et de gaulliste, sait ce que vaut le Front national».  Askolovitch-Fillon, même combat ! L’appartenance, proche ou non, au peuple juif, serait donc bien une  sorte de garantie. Mais de quoi ? D’imperméabilité aux sirènes de l’extrême-droite ? En aucun cas. Rappelons qu’en 1998, Charles Baur, petit-neveu d’un grand rabbin de France, avait passé alliance avec le Front national, non pas celui de Marine mais de Jean-Marie (celui qui n’est pas antisémite obsessionnel…), dans le but de conserver son fauteuil de président du conseil régional de Picardie.

Comme quoi être juif, ou avoir des parents juifs, ne protège de rien : ni de la pluie, ni de l’extrême droite. C’est d’ailleurs vrai de toutes les ethnies et de toutes les religions et même de l’absence de foi. Si Copé cède, ou même fait semblant, aux appels de Marine Le Pen, c’est juste parce qu’il pense que c’est le bon chemin pour parvenir au pouvoir, comme Charles Baur !

Dernière erreur, celle qui consiste à mêler la République à cette mauvaise controverse. Il y aurait des «ruisseaux souterrains de la République», qui charrieraient un antisémitisme refoulé. Et de désigner les têtes à couper. Bayrou : antisémite ! Libération : antisémite (en l’occurrence, l’auteur a compris à l’envers un article de Jean Quatremer sur Pierre Moscovici, je l’invite à une nouvelle lecture) ! Christian Jacob : antisémite ! Ils n’oseraient pas le dire, voire se le dire, mais en d’autres temps, ils auraient combattu Mendès, et Blum ! Et pourquoi pas assassiné Georges Mandel ?

Il y a en France suffisamment de vrais antisémites dangereux qu’on trouve à l’extrême droite et chez les djihadistes, pour ne pas aller chercher des fantômes et des fantasmes, et accuser des personnalités d’une infamie qu’elles n’ont pas commise. Faut-il le rappeler : la République est depuis l’abbé Grégoire l’instrument constant de l’émancipation et de l’égalité des Juifs. La fange est à chercher chez ses ennemis, et non en son sein, et à force de voir des antisémites partout on ne les trouve plus nulle part.

(1) N’ayant pas lu le livre, Le Pen, une histoire française (chez Robert Laffont), laissons à Pierre Péan et Philippe Cohen le temps de nous expliquer pourquoi ce dilettante de Jean-Marie Le Pen aura mis une telle constance à nous persuader de sa détestation des juifs durant cinquante ans de vie politique.

20 novembre 2012

L'homme, un être croyant ?

L'homme, un être croyant ?

Dans notre société actuelle, on assiste à une crise de foi. Croire pose problème. Face à ce rejet général du croire, pensez-vous qu'un être humain est nécessairement un être croyant ? Un être humain peut-il se passer de croyance ?

Conférence avec Marguerite Lena, lundi 19 novembre 2012, à Picpus

23:51 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Désinformation institutionnelle sur la manifestation de CIVITAS

Désinformation institutionnelle sur la manifestation de CIVITAS

Alain Escada, Président de CIVITAS, 20 novembre 2012

Depuis dimanche soir, les dépêches tombent les unes après les autres se recopiant les unes les autres : «dérapages» en marge de la manifestation de CIVITAS alors que près de 20.000 personnes de tous horizons ont manifesté dans le calme, la sérénité et la bonne humeur.

«Dérapages verbaux», au motif que les arguments ou les slogans entendus ne conviendraient pas à certains journalistes et politiques, sourcilleux gardiens de la liberté d’expression à sens unique. Cette première désinformation est inquiétante pour les vrais défenseurs de la liberté : il s’agit en réalité d’une tentative d’intimidation visant à n’approuver la liberté d’expression que lorsqu’elle est conforme aux diktats des faiseurs d’opinion et du gouvernement socialiste. A cet égard, il est inquiétant que, dans une démocratie digne de ce nom, un ministre en exercice, en l’espèce Madame Najat VALLAUD-BELKACEM, distribue par voie de communiqués successifs, les brevets de conformité à ce qui doit être dit par les opposants à son projet funeste, que ce soient ceux des manifestations de samedi ou de dimanche.

De nombreux politiciens osent même réclamer une dissolution de CIVITAS pour on ne sait quels motifs : il est certain qu’il est plus simple d’empêcher un opposant de parler, ce qui en dit long sur l’état d’esprit de ceux qui n’admettent la liberté d’expression que définie par eux. Il s’agit de pures agitations politiciennes.

«Dérapages physiques» : la quasi-unanimité journalistique, à de rares exceptions, a titré sur les dérapages physiques et la violence dont auraient fait preuve des «intégristes» «en marge de la manifestation de CIVITAS». Les médias ont également repris sans discernement les propos de la militante homosexuelle Caroline FOUREST qui tweetait depuis le fourgon dans lequel elle semble avoir été interpellée. A l’entendre, les jeunes filles victimes de la «violence intégriste» étaient juste venues contremanifester gentiment déguisées en nonnes.

La réalité est radicalement différente :

Les jeunes filles en questions appartiennent au groupe les FEMEN d’origine ukrainienne, groupe interdit en Ukraine, financé par un milliardaire allemand ; elles sont venues contre-manifester illégalement puisque sans déclaration préalable, avec virulence, en portant un voile de religieuse sur la tête, les seins nus, certaines en porte-jarretelles, avec des expressions injurieuses écrites sur la poitrine («fuck God», «fuck church », «Saint-esprit étroit», «Marie marions-nous», «occupe-toi de ton cul»), pour attaquer les manifestants de CIVITAS - dont des enfants qui ont été extrêmement choqués - en les aspergeant de gazs fumigènes contenus dans des aérosols mentionnant en Anglais «Saint sperme» et «sperme de Jésus» ! Une photo en témoigne : un enfant dans sa poussette a été directement visé par un jet de gaz de l’une des FEMEN !

Contrairement à ce que prétendent certains médias et politiques, aucun membre de l’organisation de CIVITAS ne s’est rendu coupable de la moindre violence envers ces FEMEN. Les policiers ont informé les responsables de CIVITAS que seuls avaient été interpellés quatre individus sans rapport avec CIVITAS et que rien ne pouvait être reproché à CIVITAS. A l’inverse, le service d’ordre de CIVITAS a été exemplaire puisqu’il a pu bloquer les FEMEN sans user de violence pour les empêcher d’avancer plus avant dans la manifestation et continuer à agresser les participants et à s’exhiber notamment devant des enfants. Les FEMEN font malheureusement peu de cas de l’innocence des nombreux enfants qui ont été violentés et qui ont été très choqués par leur attaque, leurs tenues et leurs slogans.

Aucune violence ni provocation n’est acceptable et c’est pourquoi CIVITAS annonce que son avocat, Maître Jérôme Triomphe, est en train de porter plainte auprès du procureur de la république contre les membres parfaitement identifiables des FEMEN, qui se sont rendus coupables d’exhibitions sexuelles notamment à la vue d’enfants (article 222-32 du code pénal), diffusion de message à caractère violent ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine et susceptibles d’être vus par des mineurs (article 227-24 du code pénal), violences en réunion et avec armes (article 222-13 du code pénal) y compris contre des enfants, entrave concertée à la liberté de manifestation par menaces, violences et voies de fait (article 431-1 du code pénal) ainsi que pour injures envers CIVITAS et les manifestants en raison de leur appartenance à la religion catholique ainsi que les messages écrits sur leur poitrine et les aérosols utilisés le démontrent aisément (article 33 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881).

Que les positions de CIVITAS soient discutées, c’est la liberté d’expression qui le veut. Mais que pour éluder le débat de fond sur un sujet aussi grave que le mariage et l’adoption homosexuels et que pour éclipser la formidable mobilisation des Français de samedi et dimanche, il soit procédé aux habituels procédés dialectiques de désinformation, de diabolisation et d’amalgame, cela n’est pas acceptable. CIVITAS indique donc qu’elle entendra poursuivre devant les tribunaux tout propos diffamatoire, injurieux ou provocant à la discrimination, à la haine ou à la violence à son endroit ou à l’encontre de ses membres.

11:55 Écrit par Rachid Z dans Médias, Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12 novembre 2012

Inscrire l'impartialité confessionnelle dans la Constitution

Inscrire l'impartialité confessionnelle dans la Constitution

(Ou, pour éviter de souiller cette Constitution, carrément tatouer le caratère raciste de la bêtise proposée par l'élu MRdiste sur son dégarni front !) (Rachid Z)

Belga, le 11 novembre 2011

Le sénateur Richard Miller (MR) a fait savoir dimanche qu'il déposera cette semaine une proposition inscrivant la neutralité confessionnelle de l'Etat dans la Constitution. Il veut de la sorte garantir clairement la séparation des Eglises et de l'Etat et la prévalence de l'Etat de droit sur toute norme confessionnelle.

Cette semaine, le président du FDF, Olivier Maingain, a annoncé dans la presse qu'il introduirait au parlement une proposition de modification constitutionnelle affirmant la laïcité de l'Etat. Son initiative fait suite à l'élection à Bruxelles de deux conseillers communaux de la liste "Islam" qui revendique l'application de la loi islamique en Belgique ainsi qu'aux événements récents qui ont entouré le groupuscule Sharia4Belgium.

Le sénateur MR réjoint l'idée de M. Maingain. "Les objectifs sont clairs: il faut trouver un moyen d'empêcher certains courants -qualifiés par les musulmans eux-mêmes d'extrémistes- d'utiliser les élections pour détruire l'Etat de droit", a-t-il expliqué.

M. Miller tique toutefois sur le mot "laïcité" qui, dans le cadre institutionnel belge, peut prêter à confusion puisqu'il vise l'un des huit courants philosophiques reconnus.

"L'Etat doit se comporter de la même façon devant tous les courants reconnus. Le terme 'laïcité' est trop ambigu. C'est comme si, tout à coup, l'Etat approuvait un courant idéologique et donnait l'impression que les autres ne sont pas constitutionnels", a-t-il souligné.

Le sénateur libéral préfère l'idée d'impartialité à celle de neutralité. "La neutralité de l'Etat, c'est un beau concept mais il sous entend que l'Etat ne fait rien et reste au balcon. Or, dans le système belge, l'Etat intervient: il finance des cours de religion ou de morale, des bâtiments, etc.".

Une modification de la Constitution ne sera cependant pas suffisante, a averti M. Miller. Il déposera aussi une proposition de résolution demandant l'organisation d'un deuxième débat consacré à la façon de se prémunir pratiquement contre le risque électoral de partis comme Islam.

09:16 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11 novembre 2012

Mariage homosexuel : un plan de com' en or pour les religions ?

Mariage homosexuel

Un plan de com' en or pour les religions ?

Propos recueillis par Atlantico, le 11 novembre 2012

Si à court terme, l'opposition au projet de loi sur le mariage homosexuel permettra aux organisations religieuses de fidéliser leur base, elle pourrait, à long terme se révéler contre-productive.

Atlantico : Les principales organisations religieuses françaises se sont prononcées contre le mariage homosexuel. Le cardinal-archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, Mohamed Moussaoui du Conseil Français du Culte Musulman et Gilles Bernheim, le Grand rabbin de France s’opposent clairement au projet de loi du gouvernement. Le débat autour du mariage homosexuel peut-il constituer une opération de communication bénéfique pour les religions en France ?

Raphaël Liogier : Il faut différencier les conséquences à court terme et à long terme. A court terme, cela peut effectivement être bénéfique pour les organisations religieuses. Il y a une base de fidèles qui est en situation de difficulté identitaire et qui recherche une certaine cohérence traditionnelle. En faisant ce type de déclarations, les instances religieuses fidélisent cette base-là.

En revanche, à moyen et long terme, il se trouve que dans l’ensemble de ces religions, il y a un débat, une dynamique, favorable à l’adoption du mariage homosexuel. Au sein même de l’islam, qui est réputé avoir plus de difficultés avec la modernité et la sécularisation, il existe des mouvements favorables au «mariage pour tous». Je pense notamment à l’association HM2F qui participe à cette dynamique de modernisation. Il existe également des prédicateurs, des imams respectés comme Tareq Oubrou à la mosquée de Bordeaux, qui défendent la compatibilité entre le fait d’être un musulman cohérent et de vivre pleinement son homosexualité. Au sein du catholicisme, cette dynamique existe aussi. Elle existe encore plus au sein du judaïsme et du protestantisme.

Le fait de rassurer une base, de se ré-enraciner dans une dogmatique traditionnelle, sera peut-être bénéfique à court terme. Mais avec le temps, dans une société qui continue toujours à se séculariser, les instances religieuses françaises se retrouveront face à un problème et ne pourront pas éviter un dialogue interne plus poussé sur ce sujet.

Plus que de fidéliser leur base, les organisations religieuses peuvent-elles en profiter pour attirer de nouveaux fidèles ?

Comme tout le monde, les instances religieuses essayent de trouver des fenêtres d’opportunité. Mais je ne crois pas que, sur le fond, ces prises de position relève d’une simple opération de communication. Il existe aujourd’hui un impératif pour les religions : rassurer la base sur la cohérence traditionnelle religieuse. C’est un impératif théologique, les représentants des grandes religions traditionnelles essayent d’être le plus cohérent possible du point de vue de leur propre tradition religieuse. C’est leur rôle, ils ne peuvent pas faire autrement, mais ils seront bientôt rattrapés par la dynamique interne. Par l’impact des croyants, la théologie elle-même devra donc se transformer.

Pour l’instant, je pense que c’est le protestantisme qui est avance dans ce domaine-là. Une certaine forme du protestantisme bien-sûr, pas le protestantisme néo-évangélique conservateur… Au sein même de l’Eglise catholique aussi il existe des mouvements comme cela. En apparence, il semble que l’islam soit plus en retard car les traditionalistes occupent davantage le devant de la scène. Au-delà de ce paravent, l’islam n’est pas si en retard que cela du point de vue de sa base et des débats qui ont lieu en ce moment. Il est vrai qu’il y a du machisme dans l’islam, il est vrai qu’il existe un rejet de l’homosexuel mais cette dynamique progressiste et séculaire existe et elle prend de plus en plus de place.

De manière générale, comme s’organise la communication des groupes religieux ? Existe-t-il des différences claires entre ces derniers ?

Il est clair que le groupe religieux le mieux organisé et structuré à ce niveau est l’Eglise catholique. Le Pape a de nombreux conseillers en communication, c’est bien normal. Ce n’est pas horrible, c’est en grande partie pour être sûr de ne pas faire d’impair, pour ne pas dire des choses qui seraient mal interprétées. Aujourd’hui le monde de la communication est tellement complexe que c’est tout à fait nécessaire. Cependant, au niveau des évêques, il doit y avoir, au sommet de la hiérarchie, des conseillers en communication mais je doute que chaque évêques dispose chacun d’un spécialiste du genre.

En ce qui concerne les musulmans, la question de l’islam est devenue tellement sensible que les leaders et personnalités qui comptent dans l’islam ont du mal à savoir quoi dire et comment le dire. A l’évidence, il y a une sorte d’atmosphère paranoïde vis-à-vis de l’islam et ils pensent que tout ce qu’ils disent peut être mal interprété. Ils ont du mal à gérer l’image déplorable de l’islam qui a pu être véhiculée par l’affaire Merah par exemple.

La seconde difficulté de l’islam réside dans le fait que, par excellence, l’islam est une religion où il n’existe pas de leader unique structuré comme dans l’Eglise catholique. Il peut y avoir une multitude de voix discordantes, tout le monde y va de son avis. L’inconvénient ici est que les médias vont généralement se saisir du pire avis, le plus traditionaliste.

17:16 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06 novembre 2012

Lettre ouverte à nos concitoyens concernés par l’islam

Lettre ouverte à nos concitoyens concernés par l’islam

Par Serge Grossvak, le 05 novembre 2012

Certains d’entre nous sont croyants, chrétiens, juifs, musulmans ou autres. Beaucoup d’entre nous sont athées et n’hésitent pas à critiquer les religions, les moquées, voire à en blasphémer les symboles ressentis comme aliénants. Nous ne devons pas vous le cacher, nous aimons la critique, la remise en cause, la moquerie. Cet esprit de fronde nous libère en nous autorisant à penser hors de conceptions dogmatiques. C’est un droit, notre droit, et nous y tenons.

Mais, chers concitoyens qui vous réclamez d’une forme d’adhésion religieuse ou culturelle à l’islam, aujourd’hui nous sommes affligés et révoltés par ce malsain climat de dénigrement à l’égard de tout ce qui touche de près ou de loin à l’islam, à une part de votre identité. Le caractère continu des campagnes médiatiques à votre encontre n’entre plus dans le cadre d’une légitime critique de la religion, des religions, mais est devenu un dénigrement nauséabond. Nous vivons un magma où se mêlent viande hallal, pain au chocolat, violence de banlieue, voile et niquab, caricatures, attentats, polygamie… Ce climat actuel prend racine dans des épisodes peu glorieux : ceux des mépris à l’égard des «macaronis», des «youpins», des «espingoins», des «polacks», des «nègres», des «bouseux», des bougnats auvergnats, des bretons… dans ces pans délétères de notre histoire nationale, que nous voudrions révolus, et qui profitent de chaque recul des valeurs humaines de solidarité, des effacements des fondements démocratiques et de l’esprit républicain authentique.

Bien sûr que nous n’ignorons pas certains faits insupportables, contraires aux droits de l’homme, et qui sont constatés dans certains pays. Leurs auteurs les justifient au nom de l’islam. Nous les condamnons. Nous ne condamnons pas l’islam. Comme par le passé, comme à chaque poussée raciste, certains veulent en déduire une supériorité intrinsèque d’un groupe humain sur un autre groupe humain. Aujourd’hui l’Occident est présenté donnant la leçon à l’Orient. L’histoire, cruelle, nous a pourtant enseigné qu’en matière d’atteinte aux droits de l’homme l’Europe n’a pas été préservée. «Le ventre est toujours fécond d’où est sortie la bête immonde» ainsi que le montre l’actuelle montée des «idées» de l’extrême droite.

Ce ventre fécond d’où naît tout autant la «cellule terroriste» dévoilée dans notre pays ou le tueur norvégien Breivik. Ce ventre de haine que nous avons à combattre avant qu’il ne soit trop tard pour nous tous que nous croyions en Dieu ou que nous n’y croyons pas, que ce Dieu soit celui des musulmans, des juifs ou des chrétiens. Défenseurs de la dignité nous devons nous unir par-dessus les frontières, par delà les différences de croyances ou d’incroyance.

Nous qui signons cette lettre, voulons adresser une alerte.

C’est à l’ensemble des Français, de ceux qui font notre pays que nous voulons dire attention ! On veut nous engager sur une pente périlleuse. Au bout de celle-ci, on ne trouve que la haine et l’ignominie. Notre passé récent nous a montré que cette haine peut mener très loin.

Notre alerte est sans complaisance et veut marquer notre solidarité active pour un indispensable sursaut en faveur du vivre ensemble. Nous voulons interpeller le Président de la République, et l’ensemble des pouvoirs publics dont le devoir est d’œuvrer à la fraternité des citoyens.

Pour signer cette pétition et/ou voir les signataires : http://www.mesopinions.com/petition... 

16:55 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans, Opinions | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04 octobre 2012

«DSK ? Paix à son sperme.»

«DSK ? Paix à son sperme.»

Propos recueillis par David Caviglioli(extraits), le 03 octobre 2012

Dans un roman à haut risque, Stéphane Zagdanski s'immisce dans le cerveau de Dominique Strauss-Kahn. Il nous raconte sa plongée au cœur de la démence contemporaine. Entretien.

Le Nouvel Observateur Comment vous sentez-vous, après une année en immersion dans le cerveau de Dominique Strauss-Kahn ?

Stéphane Zagdanski Je ne vous cacherai pas que l’année 2011 fut presque aussi pénible pour moi que pour Dominique Strauss-Kahn ! Comme si ce livre m’attirait des ennuis. Pour ne vous donner qu’un exemple, un gigantesque incendie a entièrement dévoré un entrepôt à Gagny où j’avais des archives irremplaçables. Et c’est loin d’être le pire de ce qui m’est arrivé.

L’annonce de ce roman en a surpris plus d’un…

Cela faisait longtemps que j’envisageais d’écrire quelque chose sur l’argent, sur le devenir désastreux de la finance contemporaine. Le vrai sujet de «Chaos brûlant», c’est cette gestion génocidaire du globe. Debord dénonçait en 1967 le «devenir-marchandise» du monde. Il faut aujourd’hui évoquer le «devenir-marchés–financiers» de la planète. Puis est arrivée l’affaire, qui en elle-même ne m’a pas tellement intéressée. Mais j’ai compris qu’il se passait quelque chose de l’ordre de la démence quand j’ai appris qu’il y avait eu plus de couverture médiatique sur cette affaire que sur le 11-Septembre.

En m’intéressant plus au personnage de DSK, j’ai compris que toute sa vie tourne autour de la hantise du cataclysme et du séisme. En commençant par sa jeunesse, avec le séisme d’Agadir, le 29 février 1960, auquel sa famille et lui avaient survécu dans son enfance. Cet été 2011 est pour moi un œil du cyclone de la démence contemporaine.

Quelle est la part du fictif et du vrai dans votre livre ?

Premier principe: tout est public. Je n’invente rien sur la vie privée des personnages célèbres du roman, même si j’examine des détails peu connus. Tout est consultable dans des biographies, des discours, des recueils de petites phrases, y compris les propos souvent orduriers de Sarkozy. Le rapport passionnel de DSK aux échecs (et donc à l’échec !) est entièrement vrai.

Même chose concernant Benjamin Brafman, l’avocat de DSK: l’histoire de sa famille rescapée de la Nuit de Cristal, ses conférences dans des synagogues où il fait parler les morts de la Shoah. Personne ne s’est intéressé à cet aspect mystique de «l’avocat de la mafia», alors que tout cela est dénichable sur YouTube. En revanche, je me suis immiscé dans le cerveau des personnages, et ce que j’y trouve est par définition inventé, que ce soit DSK, Nafissatou Diallo, Benjamin Brafman, Sarkozy ou les autres.

Votre roman a dû passer entre les mains de pas mal d’avocats…

Il y a eu quelques relectures, en effet. J’ai dû mettre de côté plusieurs passages qui risquaient, en cas de procès, de nous faire perdre à coup sûr. Ainsi, j’avais fait une description très minutieuse, très poétique même, du pénis de DSK au moment où il l’engouffre entre les lèvres de Nafissatou Diallo. C’était imaginaire, bien entendu. Or, paraît-il, cela constituait une «atteinte caractéristique à sa vie privée».

Vous expliquez les variations de la version de Nafissatou Diallo par un «principe d’incertitude peul». Que voulez-vous dire ?

Je me suis intéressé à Nafissatou Diallo, donc à la culture peule, à sa langue, ses croyances, ses maximes. La civilisation africaine est orale. Lorsqu’un Africain vous raconte quelque chose, quoi que ce soit, il ne le rapporte pas: il le recrée. C’est une forme d’improvisation, comme dans le jazz, dont les sources sont africaines. Si vous posez à une Peule vingt fois la même question, vous aurez vingt réponses différentes. Nafissatou Diallo est arrivée tard en Occident, elle ne voit pas et ne parle pas le monde en Américaine. Elle s’est peut-être fait violer, mais son rapport typiquement peul à la parole l’a desservie. Elle était face à des flics new-yorkais qui, lorsqu’ils vous demandent ce que vous faisiez entre 12h et 12h36, n’admettent aucune fioriture dans la réponse.

Votre portrait de DSK tourne autour d’un tremblement de terre auquel il a réchappé, enfant, à Agadir.

Le 29 février 1960, la ville est détruite en quelques secondes, on compte des milliers de morts mais la famille Kahn, Dominique, ses parents, sa sœur et son frère survivent. Mon idée, c’est que le séisme d’Agadir l’a à la fois ravagé et fondé. Un tremblement de terre, c’est dix ou quinze secondes durant lesquelles des constructions humaines vieilles de plusieurs siècles s’effondrent. Depuis, il ne pense plus qu’à jouir, et à fuir. Les plus grandes pensées du XXe siècle consistent à penser le rapport entre l’être et le temps. C’est une question essentielle dans le judaïsme aussi.

DSK, lui, incarne la fuite hors du temps du monde présent, entre la rapidité grandissante des déplacements et de la circulation des informations sur internet. Il est hanté par le séisme. Si on suit sa carrière, à chaque fois qu’il est au sommet, tout s’écroule sous ses pieds. La Mnef, la cassette Méry, l’affaire Piroska-Nagy… Et le plus extravagant, c’est qu’à chaque fois il s’en remet… pour replonger ensuite. C’est là que Nafissatou arrive. Il n’est pas impossible qu’il revienne dans cinq ou dix ans. Si l’euro s’effondre et qu’on cherche un économiste…

Vous écrivez que DSK «porte le séisme en lui».

Le 14 mai 2011 au matin, il était considéré comme l’homme le plus intelligent du monde, le joueur d’échecs qui a quinze coups d’avance sur ses adversaires. Et le voilà qui dérape dans une flaque de sperme à deux pas de l’Élysée ! DSK est littéralement aimanté par la catastrophe. Même sa libido est cataclysmique. C’est pour ça qu’il est si bon dans les situations de cataclysme réel: il a fait des merveilles en Haïti. Il a débloqué des centaines de millions en quelques heures. Il est remué par ça.

Vous le montrez comme un homme absent de lui-même. Dans la chambre du Sofitel, il demande à Nafissatou Diallo: «Sais-tu qui je suis?»

Oui, probablement sous-entendu: «N’aie pas peur, je suis un homme puissant, tu ne perdras pas ton travail.» C’est extraordinaire: c’est une phrase du roi Lear, qui lui aussi perd tout par aveuglement sentimental et qui pose la question: «Qui peut me dire qui je suis?»

Dans votre roman, on croise Bobby Fischer, le joueur d’échecs maladivement antisémite. L’hystérie médiatique autour de l’affaire peut-elle s’expliquer par la réactivation d’un fantasme sur les Juifs ?

Je ne le pense pas, même si les antisémites du globe y ont vu la confirmation de leurs convictions les plus moisies. Ce qui a surtout fasciné, c’est que le désastre de DSK symbolise toute notre époque, mêlant le sexe, la politique, l’économie, les médias, et la plus banale misère humaine… Concernant Bobby Fischer, cela m’a intéressé de rentrer dans le cerveau confus et paranoïaque d’un antisémite avéré, mais pas de n’importe lequel.

Les antisémites sont d’une uniformité moutonnière parfaitement ennuyeuse. Rien de très nouveau depuis Aman jusqu’à Ahmadinejad, sans parler des «antisionistes» français qui se croient très subversifs en ressassant des immondices vieilles de plusieurs siècles. Le cas de Bobby Fischer est distinct, et donc intéressant, pour deux raisons. La première, c’est qu’il était aussi absolument génial aux échecs qu’il était psychotique dans la vie. Après tout, des antisémites géniaux, hormis Voltaire, Dostoïevski et Céline, il n’y en a pas eu tant que ça. L’autre raison, triste et touchante, c’est que Bobby Fischer était juif de père et de mère, au même titre que DSK ou moi-même!

Nicolas Sarkozy apparaît dans le roman. On a longtemps présenté DSK comme un antidote au sarkozysme, mais vous semblez penser que les deux hommes ont quelque chose en commun.

Oui, à commencer par le fait que tous les deux sont manœuvrés par d’imbéciles communicants, les fameux spin doctors qui ne sont que des mythomanes à gage. C’est d’ailleurs le cas de n’importe quel politicien aujourd’hui. Quand un politicien dit «oui», il y a un communicant derrière son dos qui lui a dit d’assembler les lettres O-U-I pour répondre à un journaliste. Quoi qu’on pense de De Gaulle  – et Dieu sait si j’ai peu de sympathie pour lui ! – c’était un roublard encore nourri de rhétorique à l’ancienne. Comme l’ont démontré cinq années de présidence sarkozienne, ce temps-là est révolu. D’ailleurs de Gaulle avait une qualité indéniable: il méprisait l’argent. On ne peut pas en dire autant de Sarkozy ni de DSK. Ce sont des marionnettes du Chiffre. Leur langue, c’est les borborygmes débiles des Marchés Financiers: «AAA, BBB, CCC»

DSK, cet homme du séisme, fait pourtant partie de ces dirigeants qui n’ont pas vu venir le séisme financier…

Là, ce n’est pas un séisme, c’est un Gouffre. Un Gouffre qui est devenu l’autre face du monde. DSK n’est qu’un homme de paille du néolibéralisme. Il n’est pas du tout le grand économiste qu’on décrit habituellement. Il n’a jamais rien produit. On attend toujours son prix Nobel, qu’il annonçait vaniteusement à ses camarades de fac à 20 ans. C’est un keynesien-schumpeterien classique, n’importe quel prof d’économie en première année en sait autant que lui.

Au fond, c’est un fumiste qui raconte bobard sur bobard depuis qu’il a vingt ans. Ses derniers discours en tant que chef du FMI sont aberrants. Il passe son temps à dire que tout va mieux, que la nouvelle gouvernance mondiale va tout arranger, qu’il est optimiste pour les Grecs, etc. Ce n’est même pas du cynisme: il s’en fout. Ce n’est pas du tout un homme de parole. Contrairement à Nafissatou Diallo, lui n’est pas habité par le Verbe. De ce point de vue, spirituellement, il est très peu juif. Il faut choisir entre étudier la Torah et se taper des putes à longueur de temps ! Les mots ne lui coûtent rien. Ils ne lui servent qu’à donner le change. Son désir est ailleurs. Son désir, on le trouve dans sa passion pour les échecs, ou dans ses textos: «J’emmène une petite faire les boîtes de Vienne.»

«Un Gouffre qui est devenu l’autre face du monde»: qu’entendez-vous par là ?

C’est le grand thème du livre: la finance n’est pas qu’une partie du monde, elle est le monde. Le néo-libéralisme a pris possession de toute la planète, et c’est une possession plus despotique que tous les despotismes humains apparus auparavant. Son règne est celui du ravage. Je parle d’une «catastrocratie», qui n’est pas née d’hier. Elle s’est fait les griffes au XXe siècle avec les meurtres de masse, liés en partie à la crise de 1929, puisque sans elle Hitler n’aurait jamais pris le pouvoir.

Bien sûr, Hitler n’est pas à lui seul tout le XXe siècle, mais il en est l’incarnation la plus vociférante. Comme l’avait bien vu Lacan, «les nazis furent des précurseurs». L’organisation du massacre de millions de personnes fut à la lettre «assistée par ordinateur». Les premières machines IBM étaient dans les camps d’extermination nazis. D'ailleurs «Watson», le nouveau super-ordinateur d’IBM, a été récemment acquis à prix d’or par… je vous le donne en mille… Citigroup, le plus grand conglomérat financier mondial. Autant dire que les Grecs n’en ont pas fini de baver, et nous avec eux. Les valets de Goldman Sachs vont leur faire payer l’invention du mot «démocratie». Les péroraisons démagogiques des gouvernants ne servent qu’à masquer la domination de la finance. Or il y a toujours un rapport étroit entre domination et dévastation. On s’en doutait, après le nazisme et le stalinisme. Mais ni Hitler ni Staline n’avaient les moyens de faire fondre la banquise. On savait depuis Marx que l’empire capitaliste allait avoir une fin. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est que la planète allait sombrer avec lui.

Finalement, que vous inspire DSK ? On sent dans votre roman à la fois de la pitié et de l’hostilité…

Il ne m’intéresse pas comme être humain. Pour moi, DSK n’est que le logo grotesque du néolibéralisme, c’est un ensemble de phrases, de situations, de reflets. Qu’il soit aussi un personnage public, je n’y peux rien. Je ne suis pas allé fouiner dans sa vie privée, c’est lui qui s’est invité chez moi avec son éjaculation grotesque à la face du monde. Pour autant je n’éprouve envers lui aucune hostilité. Quant au DSK réel, paix à son sperme.

Stéphane Zagdanski, né en 1963 à Paris, est romancier et essayiste. On lui doit "Céline seul", "le Sexe de Proust", "Pauvre de Gaulle!" ou encore "De l'antisémitisme"

11:49 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15 août 2012

Le criminel, c’est l’électeur !

Le criminel, c’est l’électeur !

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Photos Tractothèque

Par Albert Libertad, le 1er mars 1906

C’est toi le criminel, ô peuple, puisque c’est toi le souverain.  Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte, - et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire, - des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produit tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécilité.

C’est bien toi le souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi-même qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement tu pourras vivre pleinement.

Le criminel, c’est l’électeur !

02 août 2012

Démocratie et démographie

Démocratie et démographie

Par François Galichet, le 12 juillet 2012

Habituellement, on considère les catastrophes – écologiques, économiques, financières et autres – comme l'effet de comportements irresponsables : industriels qui continuent à polluer, politiques obnubilés par le court terme, banquiers obsédés par le profit. L'insouciance vis-à-vis des conséquences de nos conduites produit un monde invivable pour les générations à venir : climat altéré, dette écrasante, chômage généralisé.

Face à ces conséquences prévisibles, la seule façon d'échapper à la culpabilité est d'abolir les victimes potentielles. S'il n'y a plus de générations futures, alors on n'est plus coupable de rien.

Cette abolition des victimes, c'est précisément la catastrophe qui la produit. Un monde catastrophique est un monde qui s'arrête brusquement, cesse de se perpétuer, et par conséquent n'exige plus de solidarité entre la génération présente et celles à venir.

La catastrophe est donc à la fois l'effet des comportements irresponsables et l'unique façon, sinon de les légitimer, du moins de les décriminaliser. S'il n'y a pas ou peu de descendants dont il faut préserver les chances, le "principe responsabilité" développé par Hans Jonas ne joue plus, et tout devient permis. C'est ce qu'exprime l'adage populaire : "Après moi le déluge !" Dans cet énoncé, le déluge est à la fois un constat et une justification, un fait et une raison d'agir. Si après moi il n'y a plus rien, alors je ne suis plus responsable de rien ni devant personne.

On peut donc dire que l'insouciance à la fois provoque la catastrophe (comme son résultat) et l'invoque (comme une justification). Cette logique circulaire est le plus souvent inconsciente, mais elle explique la difficulté de changer les comportements. Renoncer à l'insouciance ce n'est pas seulement changer de conduite, mais reconnaître une culpabilité lourde, qui n'est pas facile à assumer. D'où le choix inavoué du pire : puisque tout est fichu, le mieux est de jouir autant que possible du moment présent – ce qui accroît encore la probabilité du pire.

Le fatalisme engendre ce qu'il annonce, selon une logique de la prophétie auto réalisatrice. Il tire de cette nécessité qu'il produit lui-même sa plus grande force. Il a besoin que la catastrophe se produise pour être absous de toute condamnation morale, et par conséquent il est d'autant plus déterminé à persister et résistant à toute objurgation ou démonstration.

Cette logique est encore renforcée par l'accroissement des populations. Christian Morel, dans un ouvrage récent sur "les décisions absurdes", observe qu'elles sont d'autant plus fréquentes que les personnes participant à la décision sont nombreuses. Chacun alors tend moins à donner son véritable avis qu'à exprimer ce qu'il croit être l'avis majoritaire ou à suivre celui d'un leader qui semble s'imposer. De même que la méfiance engendre, et donc justifie, la méfiance, de même le fatalisme suscite et légitime le fatalisme, le rend à la fois plus attrayant et plus probable aux yeux du plus grand nombre. Si personne ne se soucie du futur lointain, je serais bien bête d'être seul à m'en préoccuper.

Rousseau considérait que les grandes nations étaient vouées au despotisme ; la démocratie n'était possible à ses yeux que dans les petites collectivités comme les cités antiques. A l'époque de la Révolution, la France était le pays le plus peuplé d'Europe ; mais à l'échelle actuelle elle serait minuscule. A cela s'ajoute que le faible degré d'instruction restreignait encore le nombre des personnes capables de participer vraiment aux délibérations politiques. Aujourd'hui, ce nombre est considérable : on ne peut que s'en féliciter, mais en même temps il pose, en France comme ailleurs, un problème de gouvernance démocratique.

Une humanité de huit milliards d'hommes (et bientôt dix ou douze) non seulement n'est pas supportable pour la planète mais engendre des modes de délibération et de décision qui ne favorisent pas les bons choix. La crise actuelle de l'Europe (passée de 6 à 27 pays) le montre bien ; mais aussi l'incapacité mondiale à gérer des crises comme celle de la Syrie ou à se mettre d'accord sur une politique de préservation de l'environnement.

Pour résister à la fascination du fatalisme et à l'hédonisme du présent, il faut poser le problème de la démographie. Y a-t-il un nombre optimum d'hommes pour habiter la planète Terre ? S'agit-il seulement de savoir si on peut les nourrir, ou bien aussi et surtout si une démocratie authentique est possible dans des pays dépassant le milliard d'habitants ? Comment échapper aux phénomènes médiatiques qui favorisent les effets de mode, les leaders charismatiques, la démagogie au détriment d'une délibération rationnelle et rigoureuse ? Comment contrer la logique mimétique, si bien analysée par René Girard, qui suscite les crises que nous ne cessons de vivre depuis deux décennies ? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles il faut répondre si l'on veut sortir de la spirale du catastrophisme autojustificateur.

22:54 Écrit par Rachid Z dans Citoyenneté, Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15 juin 2012

Vers une nouvelle religion globale, l'individuo-globalisme ?

  Vers une nouvelle religion globale, l'individuo-globalisme ?

HuffPost, le 15 juin 2012

Il est des chercheurs qui, livre après livre, nous aident à penser le nouveau monde qui vient. Probablement parce qu'ils savent voir, derrière le masque des doxa, les fils signifiants solides mais subtils qui lient les faits sociaux entre eux. C'est le cas du sociologue Raphaël Liogier, professeur d'Université à l'institut d'Etude politiques d'Aix-en- Provence, où il dirige l'Observatoire du religieux, qui après avoir déconstruit la laïcité à la française, pensé l'émergence visible des minorités arabo-musulmanes, ou travaillé sur le bouddhisme autant que sur le trans-humanisme, publie cette semaine l'ouvrage "Souci de soi, conscience du monde - Vers une religion globale ?" chez Armand Colin.

Outillé des travaux de recherche qu'il mène et dirige avec ses doctorants, le sociologue nous propose des hypothèses de réflexion stimulantes. Mais il nous convie en même temps à un voyage vers l'altérité - cette altérité qui altère - la sienne, comme celle qui nous fait traverser le chamanisme autant que les salons de bien-être, la scientologie ou le yoga hébraïque, les indiens navajos ou le festival Burning Man du Nevada, les coachs philosophes ou le livre d'Urantia, la sophrologie ou la méditation, le new age ou le reiki, les printemps arabes mobilisés via internet comme le journal Astrapi ou le Tao de la physique pour ne citer que quelques exemples... Bref, toutes les formes contemporaines d'expression du religieux

Son ambition est de proposer une grille d'analyse de l'influence sociale du fait religieux, à partir d'un décryptage de la religion telle qu'elle est vécue par les acteurs sociaux (individus, groupes, communautés). Le fait religieux ne s'y réduit pas aux religions institutionnalisées, mais il est appréhendé comme l'ensemble de croyances, de représentations sociales et de dispositifs institutionnels et pratiques qui interviennent dans nos comportements, nos postures sociopolitiques ainsi que dans la mise en scène rituelle du social et du politique.

Pour lui, une foi nouvelle, est en train de changer, silencieusement, notre monde : caractérisée par un redéploiement du religieux dans des pans entiers de la société où sa présence sociale avait été auparavant remise en cause globalement par le processus transversal de sécularisation. Il s'agit alors de décrypter cette nouvelle grammaire symbolique autant que sociale de la modernité-en-acte des sociétés postindustrielles à partir d'une hypothèse forte : si l'homme n'est homme que parce qu'il se raconte à lui même ce qu'il est, dans un métarécit signifiant qui ordonne ses désirs, c'est bien alors que l'imaginaire qui est infrastructurel (le socle) et l'économie ou le politique superstructurel (au sens marxiste).

Or, coexistent, dans notre dynamique culturelle, une montée de l'individualisme -qui consacre la singularité de chacun, et se manifeste autant dans le culte du corps et de l'apparence physique ou du bien-être, que dans la quête d'un bonheur égocentré ou du développement personnel - et une ouverture au monde au global - qui transcende les frontières classiques des Etats-Nations et qui se manifeste par une conscience écologique, les actions humanitaires, les dialogues interculturels, l'apologie de la diversité, le développement d'internet, le développement durable... Cette apparente contradiction -qui pour certains ne serait que l'expression pathologique d'un imaginaire sans structure - construit un nouvel Etre Ensemble hypermoderne, précipité actif et fluide. Il se construit sous nos yeux et Liogier y voit une nouvelle religion de notre temps, l'individuo-globalisme... Elle conjugue autodéfinition de soi (subjectivisation) et conscience globale (universalisation). Mais il ne s'agit nullement de post-modernité, ce que démontre avec l'érudition qu'on lui connaît le sociologue-philosophe, qui traverse les clivages disciplinaires, comme tous ceux qui nous permettent de cheminer dans une meilleure compréhension du monde et de nous-mêmes.

Dans la multiplicité des goûts, dans la fluidité des choix, dans la labilité et l'incertitude des relations globalisées et intimes, chacun cherche le sens décisif de sa vie, derrière les saveurs multiples de la vérité et vit dans le même temps une nouvelle culture globale : un même mythe, derrière des scénarios multiples...

Fidèle et infidèle à la fois, unique et universelle à la fois, magique et rationnelle à la fois, telle est cette nouvelle fréquence sociale dialogique, - cette nouvelle métaphysique - qui se déploie sous nos yeux, qui inquiète parfois mais qui constitue la musique de fond de notre temps.

15:28 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14 juin 2012

C’est triste ...

C’est triste ...

 Hamid Bénichou, le 13 juin 2012

Ce soir, je suis vraiment triste après avoir eu une info disant que certains partis politiques bruxellois soutiennent timidement notre initiative.

Depuis le 04-04-2012 où j'ai pris l'initiative de dénoncer les dérives et les excès d'une frange du groupe social belge musulman et à ce jour je n'ai pas cessé de demander à ce groupe de changer d'attitude et de comportement et surtout de se comporter en bon citoyen respectueux des fondamentaux et des lois du peuple Belge.

Hélas chers concitoyens un problème a surgi

Sans prendre en considération les besoins dus à la situation explosive dans laquelle nous nous trouvons.

- Alors que les autres composantes de la population demandent et exigent même du groupe social belge musulman de manifester son désaccord vis à vis de l'intégrisme et de l'extrémisme

- Alors que nous souffrons du regard de l'autre

- Alors que le rejet de notre groupe est visible d'une manière manifeste(discrimination à l'embauche, au logement à l'enseignement)

- Alors que nous souhaitons ouvrir le débat social à travers cette initiative avec toutes les forces politiques au-delà de leurs sensibilités pour créer un socle commun qui favorisera le Vivre-Ensemble.

- Alors que nous courbons l'échine pour ne pas attirer l'attention sur nous

Voilà que certains partis Bruxellois pour des raisons électoralistes et d'opportunisme ne réagissent que timidement à notre initiative.

Triste constat

Ajouter le coup de massue : la conférence de presse donnée en Arabe par des Imams habitant en Belgique depuis des années qui condamnent  le groupuscule Scharia4Belgium

Le groupe belge musulman est-il représenter par ces imams ?

C'est ça l'image qu'on a voulu véhiculer auprès des médias pour informer les autres concitoyens ?

Mon combat continuera mais je demande à ces partis de revoir leur approche pour des raisons humaines et non chiffrées.

11:57 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12 juin 2012

«La binationalité est une bonne solution»

«La binationalité est une bonne solution»

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Propos recueillis par Thomas Holzer, le 12 juin 2012

Comment définir le sentiment d'appartenance à la nation luxembourgeoise ?

Denis Scuto (historien à l'Université du Luxembourg et à l'Université libre de Bruxelles) : Celui-ci diffère d'une personne à l'autre. L'identité nationale n'existe pas vraiment sur des critères objectifs. Auparavant, les États-nations parvenaient à susciter un sentiment d'appartenance national aussi fort que le religieux. Aujourd'hui, cette notion est latente. Être luxembourgeois tient avant tout du lien juridique.

La binationalité est-elle compatible avec ce sentiment d'appartenance ?

C'est une bonne solution. Une personne peut être attachée à son pays d'accueil, en l'occurrence le Luxembourg, sans pour autant trahir son pays d'origine.

Et le droit du sol au Luxembourg ?

Le Grand-Duché reconnaît le droit du sang et le double droit du sol. Cela signifie qu'un enfant peut devenir luxembourgeois à partir du moment où un de ses parents est né au Luxembourg. Mais il y a également des possibilités de naturalisation...

La loi de 2008 a-t-elle simplifié l‘accès à la nationalité luxembourgeoise ?

Oui et non. D'un côté la procédure est simplifiée, gratuite et ouverte à plus de personnes. De l'autre, le test de langue est très compliqué. Souhaite-t-on vraiment prendre en compte les réalités migratoires ou favorise-t-on les crispations identitaires ? C'est toute la question...

14:15 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11 juin 2012

Position pour le second tour des législatives

Position pour le second tour des législatives

A l’indépendant, le 10 juin 2012

Demain comme hier nous nous battrons contre la fausse universalité du "capitalo-parlementarisme" défendu par la droite et par la gauche "de gouvernement" et  contre le monothéisme du marché soutenu par les mythes de l'Europe, de la croissance, de la modernité, de la démocratie "de marché", et béni par l'empire américain.

Demain comme hier nous nous battrons, sur une base internationaliste et de dialogue des civilisations, pour un avenir à visage humain (certains qualifieront cet avenir de socialiste ou communiste, d'autres ne le qualifieront pas avec ces mots: ce qui compte c'est le contenu). 

Mais, parce qu'une coalition au sommet de partis - sans ancrage à la base - ne répond pas à ces exigences (d'où le recul des forces du FDG et la poussée constante de l'abstention), nous ne nous plierons pas à la sacro-sainte et si trompeuse "discipline républicaine" et nous ne soutiendrons pour ce second tour des législatives, comme pour le premier, aucun candidat, aucun front, pas même un front "républicain" anti-FN.

D'ailleurs, pourquoi ce parti - avec lequel nous n'avons rien en commun - n'aurait-il pas, comme les autres, dans l'actuel système institutionnel dans lequel nous ne nous reconnaissons pas, des élus en proportion de son nombre d'électeurs ?

15:57 Écrit par Rachid Z dans Citoyenneté, Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |