06 août 2008

Pékin, alerte maximum

Pékin, alerte maximum

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Par Henry de Saint-Clair, Bakchich.info, le 6 août 2008

Depuis décembre dernier, les Chinois craignent les attentats et ils sont sur les nerfs. Et ils n’ont pas forcément tort. Lundi dernier, seize policiers étaient victimes d’un attentat à Kashgar.

Les dirigeants chinois affirment que les Jeux Olympiques seront «sûrs». Aimable rhétorique d’hôtes délicats, mais à laquelle les autorités de Pékin ne croient guère !

Le terrorisme est une menace permanente qui provient notamment de groupes musulmans «séparatistes» de la province du Xinjiang (nord ouest de la Chine). Li Wei, expert anti-terrorisme à l’Institut des Relations Internationales de Chine - organisme qui conseille le gouvernement - cité par le New York Times, a déclaré que les «JO de Pékin font face à de réelles menaces d’attaques terroristes».

Seule réserve, la probabilité d’un attentat à la bombe dans la ville même de Pékin ou d’une prise d’otages dans le village olympique, est considérée comme «faible» par les experts de l’anti-terrorisme. En revanche, la possibilité d’actions dans le reste de la Chine et les villes olympiques secondaires existe. Les villes de la façade maritime possèdent, elles aussi, un fort potentiel symbolique, à l’image de Shanghaï, Hong Kong ou Qingdao.

Un groupe terroriste peut en cacher un autre

Toujours dans le NYT, Steve Viquers, ancien directeur des renseignements criminels de Hong Kong et aujourd’hui responsable de International Risks, une entreprise de sécurité, «la principale menace vient de l’ETIM, Parti Islamique du Turkestan Oriental, que les chinois surveillent depuis longtemps». Ce mouvement est actuellement basé au Pakistan, dans les zones tribales, sous la protection d’Al Qaïda et des Talibans.

Mais plus récemment, les experts ont découvert deux autres groupes menaçants assimilés un peu rapidement au précédent. Le premier, "Hizb ut-Tahrir" (le Parti Islamique de Libération), a lui pour but affiché la création d’un califat islamique en Asie Centrale. Le troisième et dernier groupe inconnu jusqu’à la semaine dernière, se nomme Parti Islamique du Turkestan. Aucune information ne permet de confirmer son existence opérationnelle. L’autre crainte des autorités chinoises concerne la supposée présence de «cellules dormantes» sur leur territoire. Douze cellules «terroristes» auraient été démantelées et 82 personnes suspectées de «terrorisme» arrêtées dans le Nord Ouest au Xinjiang, a annoncé le 16 juillet 2008 un site gouvernemental chinois.

L’ombre de Ben Laden sur les jeux de Pékin

De plus, lors de la Conférence Internationale sur la Sécurité et la Coopération pour les Jeux Olympiques qui s’est tenue à Pékin le 25 avril 2008, le Secrétaire Général d’Interpol, R.K. Noble, a expliqué qu’en décembre dernier, la police indonésienne avait arrêté des suspects proches d’Al Qaïda qui projetaient des attentats pendant les Jeux de Pékin. Ces activistes ont été arrêtés en possession de documents dont une carte de Pékin annotée avec des indications spécifiques sur les sites olympiques.

La prudence s’impose sur la question du «terrorisme» en Chine. L’insuffisance des informations, l’impossibilité de les vérifier correctement et les contradictions qui leur sont inhérentes empêchent une claire lisibilité du sujet. Toutefois, entre 1997 et 2007, plus de 85 attentats à la bombe (plus de 300 morts et de 800 blessés) ensanglantent l’ensemble du territoire chinois. Les provinces périphériques comme le Xinjiang et le Tibet ne sont pas les seules touchées. Le 7 mars 1997, Pékin subit pour la première fois un attentat dans un bus. Il ne sera jamais revendiqué. Pourtant, le gouvernement chinois pointe du doigt immédiatement, sans donner d’éléments de justification, des éléments «ouïghours» exilés au Kazakhstan voisin. Le premier attentat-suicide, quant à lui, est perpétré le 2 octobre 2002 à Guilin, sans pourtant avoir également de liens apparents avec l’Islam radical.

Du terrorisme aux violences sociales, le vrai risque pour la Chine

Distinguons bien les actes terroristes liés à des revendications politiques contre le pouvoir chinois et les actes de violence commis par des chinois ordinaires pour interpeller les pouvoirs locaux. Les premiers sont le plus souvent considérés par les autorités chinoises comme l’une des «forces du mal chinois». Les seconds sont commis le plus souvent par des personnes subissant des injustices (ouvriers et employés licenciés, paysans spoliés…). Sans parler des actes de désespoir qui se multiplient : le 8 août 2005 à Fuzhou, un homme atteint d’un cancer en phase terminale se fait exploser dans un bus et blesse 31 personnes.

 

 

14:42 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05 août 2008

Ces Iraniennes qui revendiquent leurs droits

Ces Iraniennes qui revendiquent leurs droits

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Par Stéphane Bussard de retour d'Iran, LE TEMPS.CH, le 05 août 2008

Shirin Ebadi poursuit son combat. Le Prix Nobel de la paix a dénoncé, lundi 4 août, à Téhéran, un projet de loi du gouvernement iranien visant à faciliter la polygamie. L'avocate a, selon l'AFP, mis en garde contre le risque de "corruption morale de la société". Selon le projet de loi qui devrait être débattu au parlement, le mari n'a plus besoin du consentement de sa première épouse pour contracter un nouveau mariage.

Activiste dans le domaine des droits de la femme, Azadeh Sobout souligne que la préoccupation principale des femmes en Iran, c'est de maintenir ce qui a été obtenu jusqu'ici. "C'est la seule option que nous avons en ce moment", relève la jeune Téhéranaise de 26 ans. La répression à l'encontre des femmes s'est sensiblement accrue. L'évolution est paradoxale, car ces dernières ne cessent d'accroître leur influence sur la société iranienne. Elles restent fortement représentées dans l'administration, à des postes clés dans les banques, dans les universités (65% des étudiants) malgré des efforts pour en limiter l'accès. Mais depuis quelque temps, les réunions de féministes sont devenues très difficiles. Les téléphones portables sont écoutés, les courriels lus. Il faut feinter de plus en plus pour contourner les forces de l'ordre promptes à disperser le moindre rassemblement.

En réalité, les femmes iraniennes ont pour l'heure d'autres préoccupations que le voile. Elles veulent d'abord des lois égalitaires. Selon la diyat, quand une femme est tuée dans un accident, elle ne vaut que la moitié d'un homme. Pour épouser un non-Iranien, une femme a besoin de l'accord du Ministère de la culture. Ses enfants et son mari n'ont pas droit à la nationalité iranienne.

"LA VIE EST SUFFOCANTE"

L'inverse n'est pas vrai. Lors de violences conjugales, le témoignage d'une proche de la femme victime est nul. Il faut qu'il y ait le témoignage d'un homme. Depuis le lancement, en 2006, d'une pétition visant à récolter un million de signatures pour obtenir la parité, plusieurs dizaines d'activistes ont été arrêtées. Hana Abdi, 21 ans, étudiante à l'Université de Payame Nour dans le Kurdistan iranien, en est une. Interpellée le 6 novembre 2007 lors de récolte de signatures, elle est accusée du

crime de moharebe contre l'islam et contre l'Etat iranien et condamnée à 5 ans d'emprisonnement. D'autres femmes ont préféré l'exil. Le mensuel féminin Zanan, qui se battait depuis plus de seize ans pour le droit des femmes et qui annonçait voici peu la révolution féminine, a été contraint de fermer boutique en janvier 2008. Motif? "Il a calomnié les institutions militaires et révolutionnaires" tout en menaçant "la sécurité spirituelle et morale ainsi que la force idéologique du pays."

Iman et Amir, deux jeunes Téhéranais qui étudient depuis quelques années à Washington et à Toronto, le reconnaissent : "Nous aimons l'Iran. Mais pour les Iraniennes, la vie y est suffocante." Les deux Téhéranais, qui reviennent régulièrement au pays, se souviennent : "Nous allions à l'école de 8 heures le matin à 3 heures de l'après-midi. L'école fermait après toutes les écoles de filles de sorte que nous ne nous rencontrions pas dans la rue. Conséquence : les garçons socialisent très peu avec les filles. La sexualité devient très confuse. Pour ne pas perdre leur virginité, une chose sacrée en Iran, les filles s'adonnent au sexe oral. Au collège, certains garçons flirtent avec d'autres garçons avant de pouvoir rencontrer une copine."

Malgré le sentiment de régression, les femmes iraniennes gardent espoir. "En Iran, le président, sa politique et du coup le pays entier sont imprévisibles. Tout peut changer rapidement", souligne Marjaneh, 24ans. De fait, dans les rues de Téhéran, malgré une police "religieuse" toujours plus prompte à sévir contre les femmes qui porteraient le hidjab de façon négligée, de nombreuses jeunes femmes ne craignent plus un emprisonnement de quelques heures. Elles continuent de provoquer avec des roussari qui cachent à peine une chevelure fuligineuse ou un maquillage osé. Certaines portent même un pansement sur le nez pour faire croire à une opération de chirurgie esthétique.

Azadeh Sobout reste elle aussi confiante : "Avant, les droits de la femme ne concernaient qu'une élite. Désormais, grâce aux technologies de l'information, une communication de masse auprès des femmes est possible. Même des hommes ont adhéré au réseau. C'est très prometteur pour l'avenir." Le réseautage se pratique surtout par Internet. Le cas d'une étudiante iranienne sur le point d'être abusée sexuellement par un responsable de l'Université de Zajan démasqué en juin dernier par le téléphone portable d'un étudiant a fait le tour du monde grâce à YouTube.

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03 août 2008

Philippe Val est un raciste

Philippe Val est un raciste

Démonstration, preuve à l’appui

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Par Pierre Tevanian, 2 août 2008

«Le racisme est une valorisation généralisée et définitive de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ou des privilèges.» À la lumière de cette définition d’Albert Memmi, nous sommes en mesure de démontrer que Philippe Val, le très médiatique et pontifiant patron-éditorialiste de Charlie Hebdo, est, purement et simplement, un raciste.

Lecteur assidu – de son propre aveu – du grand Spinoza, chansonnier depuis trois bonnes décennies, éditorialiste et écrivain depuis deux décennies, Philippe Val sait peser ses mots, et on est en droit de supposer que lorsqu’il écrit et publie quelque chose – et qu’il ne le renie pas dans les semaines, les mois et les années qui suivent – ses écrits nous livrent le fond de sa pensée. C’est pourquoi on ne peut pas considérer les ahurissants propos qui suivent comme une blague de fin de banquet ni comme du deuxième ou du troisième degré. C’est imprimé, noir sur blanc, dans le Charlie Hebdo le 5 janvier 2005 :

«[Les otages français, Christian Chesnot et George Malbrunot] ont été enlevés par des terroristes islamiques qui adorent égorger les Occidentaux, sauf les Français, parce que la politique arabe de la France a des racines profondes qui s’enfoncent jusqu’au régime de Vichy, dont la politique antijuive était déjà, par défaut, une politique arabe.»

Cette phrase de Philippe Val n’a évidemment aucun sens. Qualifier la politique antijuive de Vichy de politique «arabe» n’a aucun sens puisque aucune influence arabe n’a joué un quelconque rôle dans cette entreprise criminelle. Tout s’est passé entre l’Allemagne nazie et la France de Vichy, point barre.

Pour que cette phrase insensée signifie quelque chose, il faut admettre un postulat raciste : le postulat selon lequel les Arabes, en bloc, sont antisémites par nature. Dans cette hypothèse, même si aucun Arabe n’est ni auteur, ni incitateur ni demandeur d’une politique antijuive, ladite politique n’en est pas moins une «politique arabe» dans la mesure où elle ne peut que remplir de joie cette masse assoiffée de sang juif qu’est «le monde arabe» . En résumé : «politique arabe» ne signifie, chez Philippe Val, rien d’autre que «politique antisémite».

«Arabe» et «antisémite» sont donc synonymes.

En d’autres termes : Philippe Val essentialise «les Arabes», en fait une entité homogène, pour ensuite attribuer à cette essence («les Arabes») un caractère infâmant («antisémite»). Cette manière de penser, conjuguant l’essentialisation l’homogénéisation et le dénigrement, porte un nom : le racisme.

Philippe Val a donc écrit un texte purement et simplement raciste. Et comme il assume ce texte près de trois ans après sa publication, comme il ne l’a pas renié, on peut donc affirmer, de manière plus concise, qu’il est avéré et démontré que Philippe Val est raciste.

Reste maintenant à se demander pourquoi aucune association n’a jusqu’à présent porté plainte contre lui, ni même publié le moindre communiqué face à des propos racistes caractérisés, tenus dans un grand média – ni SOS Racisme, ni le MRAP ni la LICRA, ni la Ligue des Droits de l’Homme – et pourquoi aucun journaliste n’a jamais interpellé l’écrivain, éditorialiste, chroniqueur, débatteur multimédias qu’est Philippe Val lors d’un de ses innombrables prestations télévisées ou radiodiffusées.

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02 août 2008

Décision de la Cour constitutionnelle turque de ne pas interdire l'AKP

Décision de la Cour constitutionnelle turque de ne pas interdire l'AKP

Communiqué de presse de l'UETD Brussels

La Cour constitutionnelle de Turquie, dans son arrêt du 30 juillet 2008, a décidé qu'il n'y avait pas lieu de prononcer la dissolution de l'AKP.

En Turquie, cet arrêt a suscité soulagement et joie. À l'étranger, en particulier dans de nombreux Etats membres de l'Union européenne, il a été interprété comme une relance de la Turquie sur le chemin de la paix et de la stabilité.

Entre les dates d'ouverture et de clôture de la procédure, les débats se sont succédés, et de l'avis général, dans un système démocratique, la disparition d'un parti politique doit être le fait, non pas d'une juridiction, mais d'une volonté populaire librement exprimée.

Le président de la Cour constitutionnelle lui-même, dans le discours qu'il a prononcé avant de rendre public le verdict, a évoqué la nécessité d'opérer une réforme législative du système politique turc rendant plus difficile l'interdiction des partis politiques, et a appelé les différents acteurs politiques à prendre leurs responsabilités.

Cet appel doit être pris au sérieux et il est temps d'en finir avec une certaine mentalité qui fait de la Turquie un cimetière de partis politiques. À cet égard, les critères établis par la Commission de Venise et par le Conseil de l'Europe font office de références.

Tout au long de la procédure judiciaire, une petite minorité élitiste, animée d'un sentiment de «possession de l'Etat», a manifesté un grand mépris pour le choix de la population et a même appelé de ses vœux une intervention militaire, deux éléments qui illustrent l'étendue du problème que constitue la «démocratisation véritable» de la Turquie.

L'UETD Brussels reçoit l'arrêt de la Cour constitutionnelle de ne pas interdire l'AKP avec satisfaction et espère que ce parti poursuivra, en l'accélérant, le processus de démocratisation de la Turquie, qui passe en particulier par la poursuite des réformes d'adhésion à l'UE et par la finalisation du projet de constitution civile.

Mehmet Alparslan SAYGIN

UETD Brussels

Secretary-General

Avenue Louise 453/9 - 1050 Brussels

Tel.: +32 479 27 00 39 - Fax: +32 2 646 57 07

Website: www.uetd.be - www.uetd-brussels.eu

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30 juillet 2008

Perspectives féminines croisées

Perspectives féminines croisées

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Par Asma Lamrabet, le 30 juillet 2008

On tente de nous faire croire à nous musulmanes que plus d’islam, c’est plus d’aliénation et donc moins de liberté, et qu’il n’ y aurait que deux choix possibles : se libérer de toute aliénation religieuse en adhérant au seul modèle de libération féminine qui prévaut aujourd’hui. Ou se résigner à accepter sans réserve, tout ce qu’un fiqh (jurisprudence islamique) a légiféré au nom d’une lecture rétrograde de la femme : autrement dit, accepter en tant que femme moins de droits et plus de discrimination au nom du sacré !

Alors que choisir ? Un véritable dilemme pour les femmes musulmanes ! Certaines opèrent un choix en se libérant de toute référence religieuse. Le modèle de réussite restant symbolisé par une certaine vision de la femme occidentale. D’autres, les plus nombreuses, préfèrent fermer les yeux sur le déni de justice dont elles sont victimes au nom du religieux ! Elles préfèrent se soumettre aux lois des hommes, car on leur a enseigné que la subordination à l’homme est une obligation divine. C’est ainsi que soumises dès leur plus jeune enfance à ce postulat qui les nie en tant qu’individus à part entière, elles finissent par transmette fatalement cette tradition de soumission aux normes patriarcales, à des générations de musulmans et de musulmanes.

Cependant, elles sont de plus en plus nombreuses à revendiquer le fait d’être des musulmanes pratiquantes tout en restant critiques aussi bien vis-à-vis d’une certaine perception de l’islam imposée par des traditions culturelles passéistes, qu’envers un Occident cherchant à imposer un modèle unique de libération, auquel elles refusent de se soumettre.

C’est à partir de cette perspective, celle d’une lutte féminine le plus souvent non reconnue et minimisée, voire totalement ignorée, que je voudrais témoigner aujourd’hui. Parler au nom de cet engagement féminin, que je revendique, qui se veut spirituellement musulman, mais qui aspire à un universel partagé comme un bien commun de l’humanité. Cet engagement qui se fait au nom des références musulmanes, considère que l’islam peut être vécu comme un message émancipateur. Oui, je dis bien émancipateur. Ce terme peut paraître antinomique, dès lors qu’il est associé aux termes «femme et islam.» Car si l’émancipation des femmes, signifie la capacité de celles-ci à parler pour elles-mêmes et d’elles-mêmes, ces femmes musulmanes sont donc dans un processus d’émancipation. Elles revendiquent une lecture de l’islam libératrice. Motivées par leur foi et leurs convictions, elles réécrivent leur histoire en redéfinissant leur identité, considérée comme la propriété exclusive des hommes…

La suite : http://oumma.com/Perspectives-feminines-croisees

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TURQUIE : Et si le parti au pouvoir était interdit ?

TURQUIE

Et si le parti au pouvoir était interdit ?

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Par Sahin Alpay, Zaman, traduction et diffusion
Courrier international, le 30 juillet 2008

L’interdiction de l’AKP par la Cour constitutionnelle aurait des conséquences néfastes sur l’économie et sur la démocratie, affirme le quotidien islamique d’Istanbul.

Le 28 juillet, la Cour constitutionnelle d’Ankara devait commencer ses délibérations dans le procès d’interdiction intenté contre le Parti de la justice et du développement (AKP). Quelle que soit la teneur du ­verdict, il est certain que son annonce aura un grand retentissement sur la scène politique turque et au-delà. Pourquoi cela ?

Pour la majeure partie de la population, l’interdiction de l’AKP sera perçue comme une décision injuste et purement politique. Près de la moitié des électeurs turcs ont voté pour ce parti lors des élections de l’année dernière. En outre, les dirigeants de l’AKP ne manqueront pas de faire appel du jugement devant la Cour de Strasbourg, qui finira bien par condamner cette décision comme une violation de la liberté d’association telle que garantie par la Convention européenne des droits de l’homme.

En condamnant l’AKP, la Cour constitutionnelle ne violerait pas seulement la Convention européenne des droits de l’homme, mais également ses propres principes sur la liberté d’organisation, réaffirmés le 1er juillet, quand elle a refusé d’interdire le mouvement prokurde HAKVAR (Parti des droits et des libertés). Dans son jugement, la Cour déclarait que les partis politiques étaient indispensables à la démocratie et que leurs différentes solutions aux problèmes du pays n’étaient qu’une conséquence naturelle de leur rôle politique. Les formations politiques sont protégées par la liberté d’expression tant qu’elles ne constituent pas une menace claire et immédiate pour le régime démocratique.

Depuis l’ouverture du procès, la direction de l’AKP s’est comportée de manière responsable en évitant (dans la mesure du possible) de nuire aux intérêts économiques ou diplomatiques de la Turquie. Le gouvernement n’a pas modifié les règles concernant les organisations politiques, alors qu’il aurait pu les harmoniser avec les normes européennes pour rendre impossible l’interdiction de l’AKP. On peut donc s’attendre que le parti continue à agir de façon responsable, quelle que soit l’issue du procès. A contrario, l’interdiction de l’AKP risque d’aggraver la polarisation de la société turque et de réduire toute perspective de réconciliation nationale.

La condamnation de l’AKP pourrait aussi avoir des conséquences néfastes pour l’économie en ajoutant au climat d’incertitude et en décourageant l’investissement, ce qui pourrait se traduire par un ralentissement de la croissance et par l’augmentation du chômage et de la pauvreté. Les citoyens qui en concluront qu’il est impossible de mener une activité politique pacifique et démocratique en Turquie pourraient se radicaliser. Si, après l’AKP, c’est le DTP (Parti pour une société démocratique, prokurde) qui est interdit, les Kurdes de Turquie se diront probablement que leurs préférences politiques n’ont aucune importance et les organisations prônant la violence pourraient voir leurs rangs grossir.

La réputation – difficilement acquise – d’Ankara comme influence positive pour la paix, la stabilité et la démocratie dans la région en sera affectée. La Turquie ne sera plus considérée comme une démocratie en devenir, prête à rejoindre l’Union européenne, mais comme un énième régime autoritaire du Moyen-Orient. Les opposants à l’entrée de la Turquie dans l’UE auront de nouveaux arguments à faire valoir. Ankara verra disparaître ses chances de résoudre la crise chypriote, de normaliser ses relations avec l’Arménie ou d’être élu au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais la conséquence la plus grave pourrait être le message envoyé au monde musulman. Les mouvements islamistes pourraient se croire menacés – même après avoir accepté le processus démocratique et le sécularisme – et donc radicaliser leur position.

L’interdiction de l’AKP ne fera même pas le jeu de ceux qui l’attaquent. Le successeur de l’AKP décidera de se présenter devant les urnes et pourrait ressortir avec une majorité encore plus forte que [celle de] l’actuel gouvernement, étouffant encore un peu plus la voix de l’opposition. Il ne sera même pas possible d’éliminer [le Premier ministre] Recep Tayyip Erdogan et [le président] Abdullah Gul, puisque rien n’empêche le premier de se représenter comme indépendant et le second de ­rester à la présidence jusqu’à la fin de son mandat.

02:28 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29 juillet 2008

Esprit de l'islam, islam de l'Esprit

Esprit de l'islam,

islam de l'Esprit

Par Moustafa abou Mariam, intelligence extra-terrestre, angéliste exterminateur, partisan de la thèse du complot pour faire croire qu'il y a un complot et dans le même temps qu'il n'y en a pas, nostalgique de n'importe quel âge d'or, sputateur d'un monde crépusculaire, harmoniste d'imprécations, contrapuntiste d'ironie, persécuteur persécuté, bourreau et victime des sots, aspirant à la Miséricorde divine, pécheur en souffrance…, 2008

L'islam de Rûmi est l'islam authentique, parce qu'il accomplit vraiment la parole du Prophète : «Le croyant est à la recherche de paroles de sagesse ; où qu’il les trouve, il est le plus en droit de les faire siennes.» De la bouche de l'Envoyé d'Allah, la foi islamique est amour et recherche de la sagesse, par delà toutes les frontières de temps, d'espace, de culture ou autres, puisque il est bien dit que le croyant est en droit de s'approprier toute sagesse véritable, sans regard pour sa provenance apparente, étant bien entendu que sa provenance véritable ne peut être que l'Attribut unique et transcendant de la Sagesse divine.

Or toute parole du Prophète étant infiniment inspirée et par conséquent absolue, doit dès lors signifier réellement tout ce qu'elle est susceptible de signifier. Si j'entends bien, toutes les «paroles de sagesses» écrites dans tous les dialectes d'Orient et d'Occident, en hébreu comme en syriaque, en arabe comme en persan, en grec comme en latin, en tant que croyant (s'il plaît à Dieu), je suis en droit et par conséquent en devoir de les faire miennes, je suis même plus en droit que n'importe qui au monde et hors du monde, si ce n'est un croyant comme moi ou meilleur que moi. Notamment, j'ai le droit de faire miennes les paroles suivantes, pleines de sagesse, de Léon Bloy :

(…)

Si je prêtais attention à toutes les idioties que l'on écrit au nom de l'islam, et qu'en plus je me mettais à les appliquer, ce qui serait bien le comble, je devrais trembler de respect devant des mandrills enturbannés sortis d'al Azhar par le croupion ou de l'émonctoire médinois par n'importe quelle embouchure, qui n'ont jamais écrit ni même pensé de leur vie quelque chose d'aussi profondément islamique que ce qui précède. Ce faisant, je trahirais la littéralité de la parole du Prophète : «Consulte ton cœur. Le bien est ce qui procure le repos à l'âme et au cœur. Et le péché est ce qui te dérange en ton for intérieur et qui tourmente ta poitrine en dépit des multiples conseils.» Le voilà, l'esprit de l'islam. C'est dire avec une sagesse très haute qui est la clairvoyance même de l'amour : Plotin nous appartient et Proclus nous appartient ; Augustin, Denys, Érigène, Eckhart, Rusbrock, Bloy lui-même nous appartiennent aussi et tous ceux qui ont eu une minute de discernement métaphysique et d'intuition intellectuelle.

«Consulte ton cœur», c'est-à-dire non point : «fais ce que tu veux», encore moins : «consulte telle charogne influente connue pour son incomparable habileté à rendre la religion odieuse aux gens et l'air irrespirable à son approche», mais bien : consulte cette part de divin en toi, ce rayon de la Lumière divine qui est l'ombilic de ton être, il t'indiquera le moyen de remonter à la source des Lumières, du bien et de la sagesse, où il trouvera le repos et la paix au milieu des autres rayons – cette divine Paix intérieure que le bienheureux Rusbrock décrivait à la perfection dans ses Noces spirituelles : «l’unité du cœur est la collection de toutes les puissances de l’homme réunies et senties dans le domicile de la profondeur. La paix intérieure est le don de l’unité. La paix est la puissance intime et recueillante qui embrasse l’âme, le corps et toutes les puissances intérieures ou extérieures dans l’unité brûlante de l’amour» - et où, embrasé et embrassé, et embrassant toute chose dans «l'unité brûlante de l'amour», il se reconnaîtra dans toute parole d'amour, et fera sienne toute sagesse : celle de Rusbrock comme celle de Rûmi.

En vérité, il n'y a qu'une Sagesse et nous savons qu'elle est «folie aux yeux du monde». Qui était Platon ? Un fou. Qui était Plotin ? Un fou (néo-)platonicien. Qui étaient les Ikhwân as-Safâ' ? Des fous néo-platoniciens et pythagoriciens. Qui étaient le Prophète et ses Compagnons ? Des fous assurément, les plus fous d'entre les fous, qui nous ont montré l'exemple de la plus haute et de la plus sainte forme de folie, celle qui consiste à placer la Vérité unique au-dessus de tout, des biens et des enfants, de la vie et de la mort, du moi et des autres,…

L’intégralité : http://www.limbes.be/

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Peut-il exister un Islam de France ?

Peut-il exister un Islam de France ?

Par Rochdy Alili, le 29 juillet 2008

On pourrait croire, en conséquence de ce qui a été dit dans la première partie, que le bilan, en France, des instances extra familiales actuelles de construction d’une conscience et d’une identité musulmanes, présente un tel catalogue des faiblesses qu’il laisse libre cours à une volonté fortement exprimée et un tant soit peu institutionnalisée, de construire en toute indépendance et harmonie cette identité et la conscience qu’elle peut avoir d’elle même.

Il n’en est rien, parce que, malgré l’impossibilité de ces instances à proposer autre chose pour la conscience musulmane de France que les recettes traditionnelles issues des pays d’origine et mal accommodées à une modernité en mutation, elles savent très bien néanmoins ce qui est musulman et ce qui n’est pas musulman à leurs yeux. Les critères ont été fixés, de l’Algérie au Pakistan, de l’Iran à l’Arabie Saoudite et du Soudan aux campagnes d’Anatolie et ils sont clairement répétés ici, en Europe occidentale. De la sorte, la quête d’une identité musulmane en France et la prise de conscience claire de cette identité, ne se font pas sans tension entre, d’une part, les itinéraires personnels des musulmans et les instances importées qui décident de l’islam et de l’islamité sur la base d’une autorité que l’on ne peut guère considérer que comme ethnique. Ils ne se font pas sans tension non plus avec la société française dont le rejet anti-islamique est une donnée culturelle ancienne et récurrente, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse. A partir de là, le processus de cette identification et de cette prise de conscience peut parfois s’avérer ardu.

Au début de ce processus, la question fondamentale consiste à se demander ce que l’on est en tant que musulman, là où l’on est appelé à être musulman. Cette question amène à s’apercevoir très vite d’une difficulté assez particulière et spécifique à la démarche de s’identifier musulman dans la situation géographique et historique qui est celle du musulman de France. Cette difficulté tient au fait que la prise de conscience individuelle ne s’effectue pas de manière indépendante, mais en fonction de critères totalement différents selon les interlocuteurs et les partenaires.

Il est clair par exemple que la part d’islamité que l’on accepte d’assumer sera appréciée de manière opposée suivant les regards. Ainsi, l’exigence formulée par les tenants d’un islam exclusivement ritualiste et littéraliste ne permet pas à beaucoup de personnes qui acceptent et revendiquent leur islamité, d’entrer dans la catégorie musulman telle que définie par cet islam, qui se considère lui même comme le seul islam et tient ses seuls adeptes comme les seuls musulmans

L’intégralité : http://oumma.com/La-conscience-musulmane-de-France,1746

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26 juillet 2008

Contrôle de constitutionnalité «à la turque»

Contrôle de constitutionnalité «à la turque»

Par Alparslan, le 26 juillet 2008

Je souhaite revenir l’espace de quelques lignes sur un événement juridique majeur dans le paysage turc qui n’a, je crois, pas du tout été correctement relayé par la presse internationale : l’annulation par la Cour constitutionnelle de la révision constitutionnelle autorisant le port du foulard dans les universités.

Dans ce texte, je fais volontairement l’économie d’une analyse centrée sur le port du foulard et la laïcité, pour la simple raison que c’est précisément sur ce point que la presse internationale, dans son écrasante majorité, s’est concentrée, en présentant pour la énième fois une opposition entre deux camps monolithiques et figés qui résumeraient la réalité de l’espace public turc : les «laïques» et les «islamistes».

Néanmoins, j’écrirai ultérieurement sur ce sujet aussi, tant il me paraît évident, au regard des règles démocratiques, des droits et libertés fondamentaux et de la laïcité elle-même, qu’un texte normatif prévoyant l’interdiction du port du foulard à l’école (en général et non simplement à l’université) est indéfendable.

Le 9 février 2008, le Parlement turc, à une large majorité de 411 voix – donc supérieure à la majorité des 2/3 (367 voix) requise s’agissant de la loi fondamentale –, a voté une révision constitutionnelle modifiant les articles 10 (égalité devant la loi) et 42 (droit et devoir d’éducation et d’instruction) de la Constitution et consacrant le droit pour les étudiantes qui le souhaitent de porter le foulard dans les universités.

Immédiatement après ce vote, la principale formation d’opposition, le CHP,…

La suite : http://anachorete.hautetfort.com/

00:54 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25 juillet 2008

Aristote chez la Mère Poulard

Aristote chez la Mère Poulard

Tempête dans la baie sablonneuse de la médiévistique contemporaine

Par Moustafa abou Mariam, auto-agrégé en études holistiques et amateur d'omelette, le 14 juin 2008

J'ai la chance, au milieu de cataclysmes et de désagréments divers, d'être actuellement plongé dans des recherches passionnantes, mais assez éprouvantes, sur certains points délicats de la pensée religieuse de l'islam, comme la doctrine des Noms et Attributs divins. J'essaie de reconstituer le développement de cette question et d'autres apparentées, de le suivre à la trace depuis l'aurore naissante de la «scolastique» avec abu-l Hudhayl et de la philosophie arabe avec al Kindi, jusqu'aux grandes synthèses métaphysiques d'ibn Barrajân et suivants, jusqu'au grand Sabzévari tout près de nous.

J'explore des pistes qui, jusqu'à présent, ne l'ont guère été ou ont été écartées avec dédain par les tenants de la «science officielle», comme celle d'un rapport étroit entre le kalâm originel et la gnose islamique sous ses diverses formes, en particulier soufie. Il me faut donc lutter contre le préjugé mou, largement répandu, selon lequel le kalâm ne fut jamais autre chose qu'une «apologétique défensive», d'inspiration vaguement atomiste, n'entretenant guère que des liens très distendus avec ces autres écoles de pensée et avec l'influence néo-platonicienne dont elles auraient été le seul relais en terre d'islam.

Seule une approche de l'islam comme totalité vivante, qui soit autant que possible une approche intérieure, basée sur l'amour de cette tradition, le désir de la comprendre en profondeur pour mieux l'aimer et la servir, – «aimer pour comprendre, comprendre pour aimer» disait Bernanos, et je dirais que c'est là l'alpha et l'oméga de toute méthode digne de ce nom – permettra de montrer que le kalâm, bien sûr, mais aussi la charî'ah, comme émanations d'une unique Révélation divine, comme souffles d'un unique Zéphyr, trouvent leur intelligibilité véritable dans un référentiel néo-platonicien, gnostique, hénocentré, en étroite association avec la philosophie et le soufisme. Plus simplement dit, que la partie ne se comprend qu'à la lumière du Tout, ce dont nous, croyants de tous horizons, qui plaçons notre espoir dans le Tout et non dans la partie, nous doutions depuis longtemps, en dépit du fait que cela n'ait pas encore effleuré le cerveau précieux de nos spécialistes attitrés de la partie maîtres ès morcellement des morceaux.

Préciser ces intuitions, les étayer par des arguments consistants, au moins pour ceux qui sont capables dans une certaine mesure de voir avec «l'œil du cœur» comme disaient nos antiques maîtres, ce qui ne les empêche pas d'avoir besoin qu'on leur donne à voir quelque chose et non d'élégantes suppositions... tout cela demande de considérables efforts et un temps à mesure, le tout généreusement rémunéré par la société, jamais avare de coups de pieds au cul pour les fainéants qui préfèrent observer le ciel plutôt que de travailler honnêtement à le polluer un peu plus qu'il n'est, et toujours débordante d'imagination quand il s'agit d'inventer pour eux de nouvelles vexations, plus perverses les unes que les autres. Enfin, je ne vais pas épiloguer là-dessus, ce n'est pas le sujet du jour, je vous renvoie à ce cher Léon Bloy pour plus de précisions.

Au fait, où en étais-je ?... Ah ! oui, les efforts que demandent des recherches à visée purement intellectuelle dans un contexte global de persécution de l'intelligence, de la vie intérieure et de toute activité non polluante... Vous l'aurez compris, sans préjuger du résultat, je me donne bien du mal en ce moment, et si je ne le faisais pas la société s'en chargerait ; aussi pour me délasser un peu j'ai décidé de parler d'une affaire ridicule, du plus pur style «tempête dans un verre d'eau saumâtre», mais qui, néanmoins, sera l'occasion d'aborder des sujets plus sérieux liés à l'actualité de la subversion

L'intégralité : http://www.limbes.be/

15:08 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24 juillet 2008

Quand Philippe Val, Charlie Hebdo et BHL maltraitent la liberté d’expression...

Quand Philippe Val, Charlie Hebdo et BHL maltraitent la liberté d’expression...

Acrimed soutient Siné

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Par Grégory Rzepski, Acrimed, le 23 juillet 2008

Acrimed est solidaire du dessinateur Siné dont le congédiement de Charlie Hebdo constitue une atteinte évidente à la liberté d’expression. Nous reviendrons plus longuement sur cette «affaire» dans de prochaines publications. En attendant, quelques remarques incidentes...

De Philippe Val, il n’y a rien à dire. Rien à dire de ses pratiques de journalistes ou de patron de presse, de ses passions éradicatrices, de sa fausse impertinence, de son goût pour le débat contradictoire ; rien à dire du moins qui n’ait déjà été écrit depuis de nombreuses années par Acrimed, PLPL, Le Plan B, CQFD ou, plus récemment, par Bakchich, Télérama ou même le site Nouvelobs.com.

Sur Bernard-Henri Lévy, il n’y a rien à ajouter. Rien à ajouter depuis trente ans que dure et perdure l’imposture. Constant dans la calomnie et l’exhibitionnisme, BHL a apporté son soutien à Philippe Val dans une tribune publiée par Le Monde daté du 22 juillet 2008. Ce n’est guère surprenant, tant leur connivence le dispute à une mutuelle aversion pour la gauche de gauche et une commune affection pour l’humanitarisme de guerre.

Il y a dire, en revanche, du Monde et de Charlie Hebdo.

Relever notamment que l’un des principaux quotidien français (après Le Parisien-Aujourd’hui et Le Figaro), sinon le plus «prestigieux», ne publie rien sur l’«affaire» pendant plusieurs jours puis accorde à BHL une tribune avec un appel de «une» évoquant sans précaution ni distance «le texte antisémite de Siné». Une tribune truffée de procès d’intention. Un seul exemple : l’ex-nouveau philosophe écrit que Siné aurait donné «à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale» quand Siné moquait l’arrivisme d’un jeune homme envisageant une conversion religieuse pour épouser une héritière.

Le «quotidien de référence» ne s’embarrasse pas non plus d’un texte aux raccourcis historiques cousus de fil blanc. Ainsi, quand l’emphase «béachélienne» s’emporte contre les «ambiguïtés d’une tradition [celle dont se revendiquerait Siné] dont une des spécialités a toujours été, justement, de passer de la rage tous azimuts à sa concentration antisémite : les anarcho-syndicalistes du début du XXe siècle ; les partisans de l’action directe proposant, soixante-dix ans plus tard, de "jeter" les Juifs sur "le fumier de l’Europe" (Ulrike Meinhoff, dirigeante de la Bande à Baader)...» Il y a vingt-sept ans, un homme de droite (Raymond Aron) diagnostiquait avec justesse le problème «BHL» : «la boursouflure du style, la prétention à trancher des mérites et des démérites des vivants et des morts, l’ambition de rappeler à un peuple amnésique la part engloutie de son passé, les citations détachées de leur contexte et interprétées arbitrairement. »

La direction du Monde, pour sa part, s’accommode de la boursouflure. Tout comme celle de Charlie Hebdo. Mais son patron ne peut être tenu pour seul responsable de la capilotade dans laquelle s’est mis l’hebdomadaire. Depuis des années, le silence que se sont imposés les dessinateurs autorise Val à capter l’héritage du journal satirique pour le normaliser. Aujourd’hui, un pas est franchi. Le directeur a obtenu des principaux dignitaires du titre (Bernard Maris, directeur adjoint de la rédaction ; Gérard Biard, rédacteur en chef ; et Charb, rédacteur en chef adjoint) qu’ils co-signent une «note aux lecteurs» déplorant que Siné ait porté «atteinte» aux «valeurs essentielles» de Charlie Hebdo. La même note ajoute : «Il était prévu que la rédaction [le] réprouve sobrement et qu’[il] s’en explique et s’en excuse» mais «finalement il a refusé». Et les trois commissaires politiques de conclure : «Nous regrettons la décision de Siné. Nous regretterons aussi Siné».

Regretterons nous Charlie Hebdo ?

09:04 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21 juillet 2008

En Belgique : Voile intégral, burqa dans l'espace public: emprisonnement d’un jour à sept jours ?

En Belgique

Voile intégral, burqa dans l'espace public: emprisonnement d’un jour à sept jours ?

A propos d'une proposition de loi en vue d’interdire à toute personne de circuler sur la voie publique le visage dissimulé

 

Par Pierre Yves-Lambert, SUFFRAGE UNIVERSEL, le 25 février 2005

Je trouve cette proposition de loi assez
démagogue parce qu'elle met dans le même sac deux phénomènes de natures radicalement différentes: les voyous qui mettent des cagoules, des keffiehs ou des casques de moto pour commettre des délits, notamment (mais pas uniquement) dans les manifestations, et les femmes qui portent divers types de masques faciaux pour des motifs pseudo-religieux (tous ces niqabs et autres burqas ne constituent que des costumes relevant de traditions culturelles locales machistes nullement conformes à l'islam, au contraire du foulard - facultatif - recouvrant les cheveux).

L'amalgame entre ces deux phénomènes est bien résumé par l'auteur de la proposition, un aristocrate (chevalier) libéral issu de la frange la plus à droite de l'ex-Parti social-chrétien: "la présence en rue ou dans des espaces publics de personnes dont le visage est caché est contraire à nos us et coutumes, crée un sentiment d’insécurité, de malaise, voire de xénophobie".

Le fait que "la police n’applique que rarement ces règlements" communaux interdisant déjà "de se promener déguisé, travesti ou masqué excepté en périodes de carnaval" témoigne en tout cas du sens des priorités des policiers : n'ont-ils en effet pas autre chose à faire que de scruter les femmes dans la rue et d'embarquer dans le panier à salade toutes celles dont ils considèreraient (avec un burqomètre belge, cousin du haramomètre séoudien ?) qu'elles ont "le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, en manière telle qu’ils ne soient plus identifiables" ? Tant qu'on y est, je propose qu'on tire sur la barbe d'Abdullah Bastin, si c'est une fausse, hop, au trou pour sept jours avant d'être conduit à Guantanamo couvert de chaînes par la Commissaire Lizin !

Plus sérieusement, les quelques femmes "voilées intégrales" qui déambulent dans les rues belges ne constituent qu'un épiphénomène au regard des violences subies par des femmes voilées ou non dans les quartiers à forte population allochtone et des réactions peu professionnelles de certains services sociaux ou policiers, voire de la justice parce que "chez eux c'est normal".

Mais le député de Donnéa, qui a été chef de la police de Bruxelles pendant des années en tant que bourgmestre, ne connaît en la matière que la matraque, le casque anti-émeutes et le cachot. (C’est bien à ce baron François-Xavier de Donnea de Hamoir que le Roi des Belges a confié la mission d’examiner de quelle manière des garanties peuvent être offertes pour entamer d'une manière crédible un dialogue institutionnel…) (Rachid Z) J'oubliais, il habite square du Bois, une impasse également connue sous la dénomination "clos des Milliardaires", une voirie privée hors "voie publique" donc, où les épouses de cheikhs séoudiens pourront donc en toute quiétude observer leur voisin le chevalier derrière leurs niqabs.

A lire aussi : "Une tempête dans un verre d'eau" ou un sérieux coup de vent dans les voiles?, du MJM

17:50 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

La nation toute nue

La nation toute nue

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Par Laurent Lévy, le 21 juillet 2008

… Quoique la décision ne fasse aucune allusion au comportement vestimentaire de Faïza A., on sait par le débat suscité par cette affaire que ce que l’arrêt du 27 juin caractérise comme « une pratique radicale de sa religion » se manifestait entre autres par le port du «niqab» (voile couvrant ne laissant paraître que les yeux), inexactement désigné comme «burqa» (tenue traditionnelle afghane, qui masque le visage des femmes derrière un genre de grillage) par la plupart des commentateurs. Madame Prada-Bordenave précisait en outre dans son rapport que «elle mène une vie presque recluse et retranchée de la société française. Elle n’a aucune idée sur la laïcité ou le droit de vote. Elle vit dans la soumission totale aux hommes de sa famille et semble trouver cela normal. L’idée même de contester cette soumission ne l’effleure même pas». Et d’ajouter que ses déclarations sont «révélatrices de l’absence d’adhésion à certaines valeurs fondamentales de la société française». Il n’en fallait pas moins pour fonder la décision.

On n’épiloguera pas sur la vraisemblance qu’une femme, fût-elle marocaine, s’exprimant parfaitement en français, n’ait ainsi «aucune idée [ ! ] sur la laïcité ou le droit de vote». Mais on peut gager qu’il y a bien du fantasme orientalisant, et dans le fond bien du mépris, derrière une telle imputation. Il est par contre fort possible que Faïza A. et la commissaire du Gouvernement ne partagent pas le même point de vue quant à ces questions. Mais peu importe. On n’insistera même pas sur l’affirmation que cette femme, dont les voisins attestent qu’elle va comme tout le monde faire ses courses dans le quartier, et bavarde tranquillement avec ses voisines, aurait vécu «retranchée de la société française». Car la question de fond, si l’on tient pour acquis que la décision en cause est bien fondée en droit, c’est la règle de droit elle-même, et le nationalisme, c’est à dire le racisme, qu’elle sous-tend.

De quoi s’agit-il en effet ? Le Conseil d’État valide le décret du Gouvernement s’opposant à l’acquisition de la nationalité française par mariage, par une femme marocaine, et ce pour «défaut d’assimilation», au motif que sa pratique, qualifiée de «radicale» de sa religion, serait incompatible avec les «valeurs essentielles de la communauté française», au rang desquelles le «principe d’égalité des sexes».

Il n’y a pourtant pas grand chose ici qui aille de soi.

Qu’est-ce, par exemple, que cette «assimilation» exigée pour l’acquisition de la nationalité française ? On peut imaginer que cela veut dire que l’étranger-ère est devenu «similaire», «semblable» aux français-es. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Les français-es, sont tou-te-s différent-es. Auxquel-le-s faut-il être semblables ? A quel type moyen ?

On peut certes plutôt imaginer que l’assimilation consisterait simplement à avoir une vie «normale» dans la société française. Mais on retombe sur cette notion de «normalité». Qu’est-ce qui pourrait définir une vie «normale» dans un pays où existent des centaines de modes de vie, de choix, de goûts, d’opinions différentes ?

L’élément légal qui permet au Gouvernement de s’opposer à l’acquisition de la nationalité française est donc des plus flous, des plus incertains. Pour caractériser le défaut d’assimilation, le Conseil d’État a en conséquence recours à une notion qu’il semble considérer comme définissant l’assimilation, l’adoption des «valeurs essentielles de la communauté française», que la commissaire du Gouvernement avait évoquées comme «valeurs essentielles de la société française».

Or, cette notion est elle-même très incertaine. L’évoquer suppose en effet, qu’on tienne pour acquis, que la «communauté française» partagerait bien des «valeurs essentielles». Il est pourtant difficilement discutable que rares sont les «valeurs» qui seraient effectivement partagées par l’ensemble de la «communauté française», ici considérées – puisqu’il s’agit d’accession à la nationalité – comme des valeurs «nationales» (le sens premier du mot «nation» est d’ailleurs celui de «communauté»). Et la communauté c’est à dire la nation française, et à plus forte raison la société française, n’a rien d’homogène, à quelque point de vue que ce soit. En particulier pas du point de vue de ses «valeurs».

La seule «valeur», jugée essentielle à la communauté française, expressément mentionnée par le Conseil d’État dans cette affaire est le «principe d’égalité des sexes». Le moins que l’on puisse dire est que ce principe n’est en rien constitutif de l’identité française. Qu’il suffise de jeter un coup d’œil sur les bancs du Parlement ou sur les sièges des conseils d’administration des sociétés cotées en Bourse pour s’en convaincre. Les «barbus» de la IIIe République ont tout fait pour retarder l’accès des femmes au droit de vote qu’elles revendiquaient.

(…)

L’absence d’adhésion de Faïza A. aux valeurs nationales de la France est en outre induite par l’arrêt du 27 juin du fait qu’elle aurait adopté «une pratique radicale de sa religion». Là encore, on ne peut que s’interroger. Tout d’abord, cette notion ne recouvre rien de bien déterminable. Le fait est qu’au cours de l’enquête, les époux A. semblent avoir déclaré être des musulmans «salafistes». Mais outre que ce mot est employé dans des sens différents, ne correspondant pas tous au courant identifié le plus habituellement comme «salafiste», il n’est pas anodin de remarquer qu’il se trouve de nombreux spécialistes pour considérer que ce courant n’est pas caractérisé comme une «pratique radicale» de l’Islam, mais comme une pathologie sectaire de cette religion ; si bien que définir le «salafisme» comme une «pratique radicale de l’Islam» revient, de la part des juges, à trancher un débat interne à l’islamologie.

(…)

Il n’est pas anodin que, dans différentes déclarations auxquelles cette décision a donné lieu, les «valeurs essentielles de la communauté françaises» aient parfois été qualifiées de «valeurs de la République». C’est ainsi que l’association «Ni Putes Ni Soumises» s’en est félicitée , se disant «soulagée» que soit ainsi donné un «exemple pour tous ceux qui se revendiquent des valeurs de la République».

Le conseiller d’État Rémy Schwartz, ancien membre de la commission Stasi, affirme dans le même esprit que «une femme qui porte la burqa témoigne de son refus des valeurs de la République.»

(…)

Voici donc la Nation telle qu’elle est vue par la conception dominante : non pas la communauté de ceux qui vivent effectivement dans le pays et le font vivre, mais une communauté imaginaire, conforme à un idéal forgé à la petite semaine par les élites autoproclamées. Le hic n’échappe à personne : cette conception, si elle permet d’empêcher celles et ceux qui ne correspondent pas au modèle de venir le polluer de leur adhésion, n’a pas pour autant pour effet, en l’état du droit, d’en exclure les personnes qui, françaises de naissance, ne sont pas pour autant conformes à l’idéal-type du moment. Du moment, car cet idéal type qui se donne des allures d’éternité en évoquant des «valeurs essentielles» comme on parlerait de «valeurs éternelles» attribue à la Nation une «essence» très variable ; et considérer l’égalité des sexes comme une valeur essentielle de la société française aurait semblé grotesque il y a encore peu.

Le tour de force idéologique est d’ailleurs qu’on puisse aujourd’hui l’énoncer ainsi sans soulever la moindre levée de boucliers, en particulier parmi les féministes, pourtant bien placées pour savoir à quel point cette égalité est loin d’être passée dans les mœurs dominantes. Affirmer le caractère essentiellement étranger d’une méconnaissance de l’égalité entre les hommes et les femmes, cela revient à affirmer cette énormité, contraire à l’expérience quotidienne, que cette égalité serait en France une chose acquise, devenue essentielle à l’identité même d’une Nation définie par ses «valeurs».

(…)

La référence de la décision du Conseil d’Etat à la «pratique radicale de la religion» est particulièrement éclairante, dans la mesure où l’intégrisme, dans son sens premier, c’est à dire l’intégrisme catholique, est une réalité typiquement française, incarnée par feu Marcel Lefèbvre. La logique du Conseil d’ État devrait conduire à refuser la nationalité française à un polonais intégriste, ou à un new-yorkais loubavitch. Il n’est pourtant pas certain que cette solution serait retenue…

On est libre de combattre les idéologies que l’on ne partage pas. Rien n’oblige à partager la conception du monde des époux A. ou de Valérie Pécresse. Si les «valeurs» de la compétition, de la réussite individuelle, ou du règne de la Bourse – les «valeurs» des valeurs mobilières – sont, par exemple, aujourd’hui dominantes, rien n’interdit de les combattre et d’en promouvoir d’autres. Mais rejeter comme n’étant pas françaises les «valeurs» qui sont, en France, minoritaires ou marginales, quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur elles, c’est permettre à la politique d’être submergée par le mythe.

C’est dans le débat d’idées, dans les luttes politiques et sociales, dans le jeu des contradictions qui animent réellement la société, que l’on peut combattre réellement les pratiques sociales et les conceptions du monde que l’on juge contraires aux «valeurs» que l’on entend porter. Dans ces combats, celles et ceux qui luttent pour l’émancipation humaine ne se trouveraient peut-être pas sur chaque sujet du même côté que Faïza A. et son mari – ou que Valérie Pécresse. Mais cela ne suppose pas, bien au contraire, que la qualité de français soit contestée à l’une, tolérée à l’autre, et pleinement reconnue à la troisième.

Nier les contradictions de la société, les masquer derrière de prétendues « valeurs essentielles de la communauté (ou de la société, ou de la nation) française », les refuser comme antinationales, c’est promouvoir le statu-quo des dominations à travers une mystification idéologique. Il fut un temps, pas si ancien, où l’on disait : «communiste, pas français», ou encore «le Juif est l’ennemi de la France». On sait comment cela s’est terminé. La même idéologie régnait sur les États-Unis aux temps du maccarthysme, où le défaut d’américanisme (« un-american activities ») conduisait à supprimer le passeport de l’immigré Charles Chaplin ou du fils d’esclave Paul Robeson. Ces temps semblent faire, de part et d’autre de l’Atlantique, un terrible retour en force.

Une source «proche du dossier» confiait à l’AFP que «ce n’est pas la première fois que cet argument du défaut d’assimilation conduit à refuser l’octroi de la nationalité française», même si «c’est peut-être la première fois concernant le port d’une burqa». On a vu, dans le contentieux de la naturalisation, des refus liés à la langue parlée an famille, et même aux habitudes alimentaires. Il y a pourtant de nombreuses familles françaises au sein desquelles on parle arabe, berbère, ou portugais, sans même évoquer celles où l’on parle breton, occitan, alsacien ou corse. Et il est de notoriété publique que le couscous est le plat préféré des Français. Mais peu semble importer au Conseil d’État.

Il est évident que ce sont les mêmes réflexes qui conduisent à refuser la nationalité française aux étrangers qui ne se conforment pas à la conception dominante du monde, et qui conduisent à refuser aux résidents étrangers l’exercice de la citoyenneté. Et que la reconnaissance à toutes les personnes qui vivent dans le pays, et le font vivre, du bénéfice des «droits de l’homme et du citoyen» aurait pour heureux effet de rendre anecdotique l’enjeu de la question nationale.

L'intégralité du texte : http://oumma.com/La-nation-toute-nue

15:21 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20 juillet 2008

L'Espagne et ses bombes toxiques sur le Rif

L'Espagne et ses bombes toxiques sur le Rif

«Nous ne pouvons pas oublier ce crime contre l'humanité»

Par Amanda Figueras (article publié dans El Mundo, samedi 05 juillet 2008). Traduction de l’espagnol adaptée par Mohamed SIHADDOU, le 10 Juillet 2008

Cet article aborde une question encore très sensible en Espagne. C'est un des rares articles équilibrés publiés dans la presse espagnole traitant de cette question des armes chimiques utilisées pendant la guerre du Rif. Son importance réside dans le fait qu'il est publié à une semaine de la visite du chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, au Maroc et dans un journal (El Mundo) de référence en Espagne et proche de la droite espagnole. Celle-ci, en quelque sorte la gardienne de l'héritage franquiste, a souvent été réticente quant au traitement de cette question publiquement à cause de la sensibilité qu'elle présente encore dans certains milieux de l'opinion publique espagnole.

Après avoir averti l'auteur, je me suis permis de traduire l'article du mieux que je pouvais et en faire profiter les lecteurs francophones. Bien que la traduction soit très fidèle, mais pour des raisons lexicographiques et grammaticales propres à chaque langue, je me suis permis de l'adapter soigneusement à la langue française.

- L'Espagne et la France ont aspergé de gaz moutarde les souks et les villages du Rif

- L'Espagne a utilisé les armes chimiques pour se venger du désastre d'Anoual

- Abdelkrim combattait à la fois l'Espagne, la France et le Makhzen

- Hassan II a largué des bombes au Napalm sur les villages rifains

- L'Etat marocain ne veut pas enquêter sur l'impact de ces armes chimiques

Pendant la célèbre guerre du Rif (1921-1927), l'Espagne a utilisé les armes chimiques comme le phosgène, le diphosgène, la chloropicrine et surtout le gaz moutarde (l'ypérite), contre les populations civiles du nord du Maroc. De nombreux historiens l'affirment et les gouvernements espagnols successifs ne l'ont jamais nié ni reconnu d'une manière explicite.

Les bombes chargées de gaz toxiques - interdites par le Traité de Versailles de 1919 - étaient identifiées par la lettre «C». Les plus utilisées en 1924 furent les C-1 et C-2 (chargées respectivement de 50 et 10 kg d'ypérite), mais à partir de 1925 ils ont lancé d'autres modèles comme la C-5 (chargée de 20 kg de gaz moutarde), la C-3(chargée de 26 kg de phosgène) et la C-4 (chargée de 10 kg de chloropicrine). Et d'après les archives du «Service Historique Militaire des Martyrs d'Alcala de Henares» certaines de ces bombes larguées sur le Rif ont été remplies également d'essence et de phosphore.

Entre 4 et 24 heures après l'exposition au gaz moutarde, il se produit sur n'importe quelle muqueuse avec laquelle il entre en contact, une irritation intense, un dessèchement et des ampoules. S'il est inhalé, ce gaz peut occasionner de graves dommages à la trachée, aux bronches et aux poumons et peut éventuellement conduire à la cécité s'il entre en contact directement avec les yeux. Il peut provoquer aussi des hémorragies internes qui entraînent souvent la mort.

Après 80 ans, certains activistes remuent encore l'histoire pour que ce «crime contre l'Humanité» ne tombe pas dans l'oubli. Car il parait que les séquelles sont toujours visibles.

«Les Espagnols faisaient ce qu'ils voulaient. Je me souviens d'un enfant qui a respiré Arr-hajj (poison, en rifain) et qui en est mort» affirme Mohamed Salah Faragi. «Ma mère et mes sœurs toussaient jour et nuit, jusqu'à ce que ce poison les emporte. Mon frère est mort après avoir bu l'eau contaminée par ce poison. L'autre a perdu tous ses cheveux», explique Mohamed, âgé de 85 ans, surnommé «Santiago» par les Espagnols, «parce qu'il s'habillait en blanc», dit-il.

C'est l'expérience vécue de deux des derniers survivants que reprend le documentaire «Arrhash ou Arr-hâjj», réalisé par l'Espagnol Javier Rada et le Marocain Tarik El-Idrissi, qui sortira bientôt pour témoigner de cette tragédie .

Extrait du documentaire «Arrhach»

«Notre objectif est de témoigner sur une époque sombre de notre histoire afin d'éviter que ce crime ne disparaisse de nos mémoires avec la mort des derniers témoins qui ont vécu cette expérience douloureuse…D'un côté, nous refusons de reconnaître un crime que nous avons commis, nous-mêmes les Espagnols et…qu'on a toujours étouffé, et de l'autre côté, nous justifions d'autres guerres pour l'existence de supposées armes chimiques ailleurs», explique Rada.

L' «inassumable» ou l'inacceptable défaite

En 1912, grâce à un accord avec la France qui avait obtenu quelques mois auparavant la souveraineté sur le pays de la part du sultan Abdelhafid, l'Espagne a établi un Protectorat au nord du Maroc avec comme capitale la ville de Tétouan. Mais les Rifains ont refusé cet état de fait et commencèrent à s'organiser pour lui résister.

La résistance des Rifains était tellement forte à la fois contre l'occupation espagnole et l'autorité du Sultan Youssef ben Hassan (frère du sultan Abdelhafid et son successeur) soutenu par la France, que l'Espagne a dû envoyer jusqu'à 50.000 soldats pour se maintenir dans la région.

A partir de 1919 la révolte rifaine, menée par Abdelkrim Al-Khattabi, a pris de l'ampleur. En juillet 1921, les troupes espagnoles ont subi une grave défaite militaire face aux Rifains lors de la bataille d'Anoual, que les historiens espagnols appellent «le grand désastre d'Anoual». Le Roi Alfonso XII, affaibli après cette défaite catastrophique qui a terni la grandeur de l'Espagne, voulait coûte que coûte se venger des Rifains et en découdre le plus rapidement possible avec leur révolte avant qu'elle ne contamine d'autres régions.

Pour en finir vite avec l'insurrection des Rifains, les autorités espagnoles ont sollicité alors l'appui des Allemands. Selon les chercheurs Rudibert Kunz et Rolf Dieter Müller, les Allemands ont recommandé aux Espagnols de bombarder au gaz moutarde les souks, les villages et les groupements d'habitations (Dhshar) de ceux qui soutenaient la guérilla d'Abdelkrim. D'abord, Berlin a fourni à l'Espagne des bombes chimiques prêtes à l'emploi, avant de lui montrer plus tard comment les fabriquer; et c'est la tâche qui est revenue à l'usine de La Marañosa (Tolède).

Depuis 2001, cette usine est devenue un «Institut Technologique» de recherche. Mais, de nombreux citoyens et militants pacifistes croient qu'elle continue à développer des recherches dans le domaine des armes chimiques, biologiques et nucléaires et militent pour sa fermeture définitive.

Le Rif, ravagé par la France, l'Espagne et Hassan II

Les Espagnols, eux aussi, ont subi à leur tour les effets de ce gaz moutarde. Car il paraît que parfois il est difficile d'éviter les fameux «dommages collatéraux» et «les feux amis» dans les situations de guerre. L'historien Juan Pando a affirmé dans une lettre au journal El Mundo que «les troupes espagnoles au sol sur les fronts ont elles aussi été atteintes par l'ypérite comme les troupes rifaines». D'ailleurs, les officiels espagnols sont bien explicites sur le nombre et les noms des Espagnols gazés. Cet historien assure également «que l'ypérite a aussi été utilisé par l'aviation italienne en Libye».

En février 2007, le parti populaire PP et le parti socialiste PSOE ont empêché la Commission Constitutionnelle du Congrès d'approuver une proposition de loi présentée par la gauche républicaine catalane ERC et soutenue par le parti national basque PNV et les écolo-socialistes IU-ICV qui recommandait au gouvernement espagnol de présenter des excuses aux Rifains pour ces actions militaires non-conventionnelles, de dédommager financièrement les victimes de ces gaz et leurs descendants et de doter les hôpitaux d'Al-Hoceima et de Nador d'unités d'oncologie pour le traitement du cancer, maladie très répandue dans le Rif.

Le député Jorge Fernández Díaz du PP a refusé que l'Espagne «présente des excuses pour un prétendu crime contre l'humanité commis il y a 80 ans», en lançant ironiquement «Quand les citoyens apprendront que nous parlions du Rif au Congrès, ils ne sauront pas si nous nous référons à l'Hôtel Ritz».

Quant au parti socialiste espagnol PSOE, représenté par son député José Luis Galache, il s'est excusé de ne pas pouvoir voter ce projet de loi, en prétextant que cela pourrait créer un «conflit diplomatique» avec le Maroc. José Luis Galache a ajouté «que les services sanitaires marocains n'ont pas pu démontrer la relation de cause à effet entre les bombardements chimiques et le nombre important de malades atteints du cancer dans le Rif», et a rappelé «que pendant les années 50 le roi Hassan II a également utilisé le napalm contre les populations rifaines». En effet, de nombreux témoignages affirment que le monarque marocain a bombardé les villages rifains de napalm pendant les évènements de 1958-59, ce que certains historiens appellent «la Deuxième Guerre du Rif». Il a même désigné ses sujets du nord «d'Apaches, de contrebandiers…» et leur a fait savoir : «Qu'il est capable de liquider les deux tiers de la population marocaine pour que le reste puisse vivre tranquillement». Après le tremblement de terre de février 2004, dans un geste d'apaisement envers ces populations du nord, son fils Mohamed VI a visité Al-Hoceima ville située à 9 km d'Ajdir, ancienne capitale de la République Rifaine autoproclamée par Abdelkrim.

Sebastián Balfour, Professeur Émérite des Études Contemporaines Espagnoles qui dépend de «London School of Economics and Political Science» de l'Université de Londres, a déclaré au journal El Mundo que «pour dédommager les populations du Rif…pour améliorer la situation économique de leur région, qui est restée à la traîne à cause de leurs soulèvements contre l'Espagne et le Maroc, il serait plus logique qu'il y est une action commune de ces deux Etats».

Il n'existe pas de données fiables sur les relations (corrélation) de cause à effet des armes chimiques quant à la propagation des cancers au nord du Maroc. Juan Pando assure de son côté, que «l'ypérite n'est pas radioactif et ses séquelles même graves ne peuvent être transmises des parents aux enfants». Par contre, Sebastián Balfour affirme, selon les chiffres de l'unique hôpital d'oncologie infantile au Maroc que «cette maladie est beaucoup plus répandue dans le nord que dans le reste du pays»; ce qui est une preuve suffisante sur la responsabilité directe de ces armes chimiques sur la dégradation de l'état de santé des populations de la région.

L'Association des Victimes des Gaz Toxiques dans le Rif accuse l'Etat marocain de ne pas vouloir enquêter et collecter les données sur l'impact de ces armes chimiques sur l'environnement et leurs effets sur l'état de santé des populations locales. Son président, Ilias Omari, dit avec ironie que «le gouvernement marocain est plus préoccupé par l'état des sardines que par notre santé».

«L'Espagne a commis un crime dans le Rif. Elle nous a colonisé et aspergé de gaz et elle nous a enrôlé de force pour sa guerre civile» se plaint Sellam Teyeb du «Forum Espagnol Marocain pour la Mémoire Collective». Et il avance que «la majorité des Marocains atteints du cancer du poumon sont originaires du Rif, d'après les statistiques sanitaires officielles».

Il y a quelques années, au cours de la présentation du livre «Abrazo mortal = Accolade mortelle», de Balfour, l'ex-ministre de la défense espagnole, Narcís Serra, a déclaré que «pendant la guerre du Rif, le gouvernement espagnol a créé «une idée synthétique», une image artificielle du Maroc pour diaboliser l'ennemi et cela nous donne suffisamment de clés pour comprendre la situation actuelle»

En savoir plus : http://www.emarrakech.info/L-Espagne-et-ses-bombes-toxiques-sur-le-Rif_a15270.html?page=1

21:55 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Celui qui n’existe pas

Celui qui n’existe pas

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Par Les Rimbaud Warrior’s, extrait du livre Dans la Démesure des Possibles - L’université, la prison, un monde aux Éditions Chemins et ruines, dans les bonnes librairies depuis juillet 2008

Comment l’étudiant supporte-t-il l’université ? Sans doute en s’absentant du devenir de toute vie terrestre. Sans doute est-ce l’air du temps. Jamais l’air n’a été si pollué, le temps aussi compté. Les manières d’être aussi dégradées et peu variées. Les fausses différences aussi omniprésentes.

Si vous espérez créer une agora sur le campus et citez Marx dans une discussion, vous serez forcément considérés comme communistes. Si vous proposez une action concrète autre qu’une manifestation, vous serez forcément anarchistes. Si vous parlez peu et agissez dans la durée, le pouvoir vous nommera objets volants non identifiés. Si vous faites une grève sans appartenance politique, vous serez des «sans-étiquettes». Si vous ne dites rien et agissez clandestinement, des terroristes. Si vous ne dites rien ni ne faites rien, vous êtes nombreux et serez sans doute bien considérés. La foire aux étiquettes n’a pas de limite. Nous nous y laissons souvent prendre, à force d’être étiquetés. Le plus grand malheur n’est pas tant dans cette catégorisation que dans la rareté des discours où autre chose est dévoilé. L’enfer n’est pas tant dans cette catégorisation que dans les réductions langagières qui la fondent.

La foire aux étiquettes s’étend à la même vitesse que la société du Spectacle. Classifier, envier, jalouser, critiquer, s’élever faussement, consommer réellement, rentabiliser, se lasser, s’évader et classifier à nouveau : voilà le cycle infernal par lequel les hommes sont aspirés et contre lequel aucune force ne s’élève avec succès. Tous ces comportements sont enfantés par l’esprit de prostitution façonné par le haut. Il faut redéfinir tout ce qui apparaît évident par, pour et à côté de la pensée dominante. Le haut est une multitude de micro-pouvoirs. Il s’étend de la Banque Centrale Européenne à l’administration de la Région bruxelloise, de l’assemblée d’actionnaires de Microsoft à n’importe quel gouvernement, du professeur d’université au directeur de prison, d’un quelconque huissier au FMI, de n’importe quel journal au Vatican. Mais ce que l’on oublie trop souvent, c’est que tous les hommes sont des micro-pouvoirs quand ils sont avant tout leurs rôles, quand ils ne sont que leur médiocre fonctionnalité.

L’étudiant est un rôle dont le seul devoir est de se professionnaliser sans cesse. Tout ce qu’il peut apprendre doit servir son métier, et il le sait. C’est pourquoi il n’apprend pas tout ce qu’il juge inutile. C’est pourquoi il n’apprend pas. Il suit une conduite normalisée afin d’assurer une fonction spécialisée dans le monde de l’économie politique. Son rôle est de pérenniser et de reproduire la société capitaliste en reproduisant le savoir qui lui est propre, ce savoir étant celui de la pensée dominante. Celle-ci conserve donc à travers et grâce à l’université la domination du savoir, c’est-à-dire l’histoire qui légitime sa domination en la naturalisant, en conformant le passé au présent et en faisant de l’histoire un présent perpétuel et indépassable.

L’université apprend à l’étudiant à se pencher sur les abus du système, tant qu’il les étudie séparément, un par un, sans tracer de lien entre eux. On lui apprend à travailler sur des évènements micro-historique et micro-locaux, de telle sorte que dans la majorité des cas il ne puisse apprendre à percevoir l’étendue et les stratégies du réseau de pouvoir, le pouvoir en tant que totalité fragmentée. Or, quand on ne perçoit pas les stratégies du réseau de pouvoir, on ne peut devenir une force contre lui, on ne peut devenir une force à côté de lui. Plus grave, quand on n’en perçoit pas l’étendue, c’est qu’on en fait partie à son insu.

Nous nous excusons malhonnêtement pour la catégorisation qui suit. Elle arrive pour exemplifier l’inexemplifiable, en tant que l’étudiant lambda ou modèle ou bosseur n’existe pas. C’est seulement qu’il se répète. Un à un, se cachant les uns derrière les autres, se cachant derrière la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes, ils n’ont pas de temps pour l’inconnu, l’étranger, l’étrange. Leur vie entière semble inscrite dans leur agenda.

Chaque jour, dans leur quotidien domestiqué, plusieurs voies sont suivies par les étudiants, dont deux plus répandues.

La première voie est celle de l’étudiant-modèle. Il enchaîne cours, pause-cigarette, cours repas au restaurant universitaire, cours, un petit café au bar branché et retour chez lui. Ses résultats ne sont pas meilleurs que ceux des autres étudiants. Son savoir n’est pas supérieur. Il est seulement formaté à l’horloge d’un monde et à sa socialité terrible. L’auditoire est un lieu de socialité, une allégorie d’auditoire universel où seuls le capital et l’objectivité triomphent. L’étudiant-modèle est complètement intégré dans ce processus, a tel point qu’il finit par prêcher dans toutes les sphères de la vie ce qui lui a été imposé dans l’institution. Il n’énonce jamais rien d’autre que son programme de marchandise. S’il accorde à ses points une importance démesurée, c’est seulement parce que son cerveau les convertis en futur salaire, et beaucoup plus grave, parce qu’il confond la quantité alors imaginée avec la légitimité ou la beauté de sa vie, qu’il appelle, ne se trompant jamais assez, sa qualité de vie. Tout ce qu’il fait ou ne fait pas est déterminé par son plan de carrière. Tout ce qu’il dit ou ne dit pas ne peut être que mensonge sincère, car on lui a menti sur tout et il n’en sait rien. Et il faudra qu’il pense à sa prochaine promotion toute sa carrière pour ne pas percevoir que la vie lui a toujours échappé. Les étudiants-modèles sont inclus dans ce monde dans la mesure même où ils en sont perpétuellement tenus à l‘écart, comme absents de tout ce qui s’y déroule. C’est pourquoi ils ne rencontrent pas quand ils peuvent rencontrer, croyant que la neutralisation est la vie, la citoyenneté une liberté, la loi une protection.

La seconde voie est celle de l’étudiant brosseur, fumeur de joints, altermondialiste. Il brosse la plupart de ses cours, enchaîne une heure à la bibliothèque pour sa conscience, un DVD loué à la Médiathèque pour la soirée avec sa «meuf», plusieurs drogues là où c’est encore possible, quelques bières au cercle ou quelques joints au foyer culturel. Il rentre aussi chez lui à la fin de sa journée-Disney.

Les journées de l’étudiant modèle et de l’étudiant altermondialiste peuvent se confondre, se rejoindre, s’entrecouper. Parce qu’ils participent conjointement à la logique d’un monde où la pensée est complètement séparée des actes, où s’élever contre l’université - ce qu’elle est et devient - peut se résoudre avec gaieté dans une pétition. Tous les soirs, ces étudiants ne sont pas forcément chez eux. «Parce que je suis libre, et pas seulement libre, mais libre de faire tout ce que je veux». Ils vont au théâtre, à un concert, à une conférence sur la décroissance, au cinéma, au TD, à un repas de famille, à un match de football ou à la pèche aux canards. Ils peuvent même suivre deux ou trois de ces divertissements lors d’une même soirée. Toujours avaler la pilule, que ce soit l’ectasy, le cathodique écran, le Prozac, le but mille fois revu de Ronaldinho, la fantastique épopée de Bruce Willis, la centième gerbe, la dernière carte-mère. Le pacifisme se diffuse, la passivité triomphe. Ces non-situations participent à la même logique d’absence aux mondes, à soi et aux autres, enfantées par le processus capital et le décor qui lui correspond, décor dont l’université n’est qu’un trait.

Pourquoi écrire un texte sur ce qui n’existe pas ? Parce que même si l’étudiant lambda n’existe pas, appellation floue, vulgaire raccourci, les étudiants possessifs dépossédés sont partout. Et ils s’inspirent les uns des autres dans le manque d’imagination généralisé. Mimétisme et copisme. Et nous n’attendons rien d’eux. D’ailleurs, nous n’attendons plus grand-chose.

Pourquoi écrire un texte sur ce qui n’existe pas ? Parce que ce qui n’existe pas s’est manifesté, massivement. «Réussir», self made man, «gagner sa vie» : pléonasmes. Ça n’existe pas et c’est partout, dans toutes les bouches, dans tous les regards, vide de force.

19:25 Écrit par Rachid Z dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |