27 février 2013

Rachid Nekkaz annonce avoir régler aujourd’hui sa 600ème amende pour port du niqab

Rachid Nekkaz annonce avoir régler aujourd’hui sa 600ème amende pour port du niqab

(France et Belgique confondues)

Islam en France, le 26 février 2013

Rachid Nekkaz est fondateur et porte-parole de «Touche pas à ma constitution», une association qui milite pour "défendre la liberté des femmes qui veulent porter le niqab", fondée en juillet 2010 quand la loi interdisant de sortir le visage masqué dans les rues françaises a été voté au Sénat. L’homme, qui indique avoir fait fortune sur Internet et dans l’immobilier, s’engage à régler l’amende à la place de toutes les femmes verbalisées pour cette cause. «J’incite ces femmes qui veulent porter le niqab à la désobéissance civile mais dans le respect républicain» précise t-il, devant le guichet du Trésor Public, accompagnée de la contrevenante entièrement voilée, verbalisée à Villiers-sur-Marne, en montrant les deux billets de 100 euros sortis de son portefeuille. «Si ces femmes sont verbalisées, elles doivent payer une amende, mais la République m’autorise aussi à la payer pour elles» explique le natif de Villeneuve-Saint-Georges, qui annonce régler aujourd’hui sa 600ème amende pour port du niqab (France et Belgique confondues).

S’il se dit personnellement contre le port du niqab, Rachid Nekkaz entend «défendre la laïcité. Il s’agit de permettre aux gens de s’habiller comme ils le veulent dans la rue, patrimoine universel de la liberté dans les états de droit», insiste-t-il.

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26 février 2013

«L’Islam est un instrument d’influence» : Pujadas

 «L’Islam est un instrument d’influence»

Pujadas

"Lors de l’invitation de l’imam de Drancy et de Pujadas («agissons avant qu’il ne soit trop tard») chez Zemmour & Naullau, David Pujadas pose une analyse pertinente. Pour David Pujadas, c’est sans doute l’affaire des investissements qataris dans les banlieues et grandes entreprises françaises, qui marque une rupture avec les analyses classiques des rapports  islamo-françaisL’Islam d’hier était sous-traité aux pays du Maghreb, aujourd’hui c’est l’Islam mondial qui sous traite le bon développement de l’islamisation en France…

13:41 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L’islam, "défi pour l’Europe", selon Valls

L’islam, "défi pour l’Europe", selon Valls 

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Christophe Lamfalussy, le 26 février 2013

Manuel Valls voit dans l’islam radical une pensée totalitaire et plaide pour l’ordre.

Homme politique le plus populaire de France, à gauche comme à droite, Manuel Valls, 50 ans, le ministre de l’Intérieur, s’est bâti une réputation de "Sarkozy de gauche", comparaison qui l’amuse. Il était lundi soir l’invité des Grandes Conférences catholiques à Bruxelles. Peu avant, il a accordé cette interview exclusive à "La Libre Belgique".

Le président du parti tunisien d’Ennadha, Rached Ghannouchi, vous reproche d’avoir parlé de “fascisme islamique”…

Je n’ai pas vocation à polémiquer avec le leader d’un parti tunisien. C’est Jean-Pierre Elkabbach qui, le premier, a parlé de fascisme islamique.

Mais vous l’avez repris à votre compte…

Bien sûr, parce qu’il y a des formes de totalitarisme. Quand au nom d’un islam radical dévoyé, on tue des responsables politiques, on nie la condition de la femme, on brûle des mosquées et des livres, comme à Tombouctou c’est une pensée totalitaire. Il ne faut jamais l’oublier : les musulmans sont les premières victimes de ce totalitarisme et de cet obscurantisme. Il faut que l’islam puise dans son histoire, dans ses valeurs, pour combattre ce radicalisme et cette violence qu’une minorité porte.

La France est-elle menacée par ce radicalisme ?

La France, comme l’Europe, ont un défi tout à fait extraordinaire à accomplir. L’islam est devenu en quelques années la deuxième religion de notre pays, avec quatre à six millions de Français ou de citoyens résidant en France de confession musulmane. Nous comptons entre 2 200 et 2 300 lieux de culte. La France et l’Europe doivent faire la démonstration que l’islam est compatible avec la démocratie, les droits de l’homme, la condition de la femme et la séparation de l’Etat avec les Eglises. Il y a très peu d’exemples dans l’histoire de l’humanité où en aussi peu de temps une religion a pris son essor dans un pays. [ ] Il nous faut en peu de temps faire accepter cette religion, combattre les peurs et affirmer des règles pour que l’islam trouve sa place.

Vous faites le pari que l’islam est soluble dans la tradition française ?

Nous devons faire ce pari. Aujourd’hui une majorité de Français doutent.

Comment réussir ?

D’abord, en luttant contre le racisme, les actes envers les musulmans et contre l’antisémitisme. C’est difficile en période de crise économique. Le rôle de l’éducation, la place de l’histoire des religions à l’école sont aussi importants. Il faut aussi que l’islam s’organise. Il faut créer les conditions d’un islam français, que nous formions des imams français qui parlent français dans nos universités, avec une influence de moins en moins étrangère. La question se pose aussi pour les lieux de culte. Je ne cache pas mon inquiétude sur des financements qui viennent du Maghreb et des pays du Golfe. Nous avons intérêt à avoir des financements qui viennent de France, qui gagnent en transparence.

12:30 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

A propos de cannibalisme et d'Ilias Azaouaj

A propos de cannibalisme et d'Ilias Azaouaj

 "Voici comment parle les hypocrites : il préfère parler sur son frère Abu Imran que de condamné l'acte des policiers sur la sœur en niqab..."

00:29 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

24 février 2013

«Sur quoi finiras-tu ta vie ?»

«Sur quoi finiras-tu ta vie ?»

Par Azaouaj Iliass, prédicateur bruxellois de tendance wahhabito-makhzenienne et militant très engagé en faveur des politicards (PS) Philippe Moureaux et François Hollande. 

17:09 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Eviter la fitna sur Facebook:Nader abou Anas

Eviter la fitna sur Facebook 

Nader abou Anas

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Marche blanche Cheykh Abdellah Dahdouh

Marche blanche

Cheykh Abdellah Dahdouh

Le 18 mars 2012

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19 février 2013

Islam belge au pluriel

Islam belge au pluriel

Il s´agit d´un livre destiné à un large public. Il englobe les contributions de plusieurs chercheurs belges aux formations différentes, avec des disciplines complémentaires (sociologie, anthropologie, sciences politiques, histoire, islamologie, etc.), offrant au lecteur une étude globale sur les populations musulmanes de Belgique dans leur diversité et complexité identitaire.

L´ouvrage comprend trois parties: La première aborde la question des «identités et appartenances» et se positionne face aux différentes façons de pratiquer la religion. La deuxième avec le titre «Entre élites et courants islamiques : des discours en transformation» s´intéresse surtout aux mouvements turcs Nurçu et Fetullah Gülen et au salafisme. La troisième «Musulmans et société globale : entre principes et pratiques» examine les relations des musulmans avec la société globale, la participation politique, la gestion publique du culte ou encore l’intégration spécifique du droit de la famille. Elle inclue des enquêtes réalisées auprès des jeunes étudiants et ouvre des perspectives nouvelles.

(Coordination éditorial de Brigitte Maréchal, Farid El Asri. PRESSES UNIVERSITAIRES DE LOUVAIN. 2012.)

18:39 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

"L’humanitarisme en Islam"

"L’humanitarisme en Islam"

Wissal asbl a le plaisir de vous inviter à une conférence-débat qui aura pour thème ‘’L’humanitarisme en Islam’’.

Nous aborderons de manière chronologique l’humanitarisme en islam et son développement durant la vie du prophète PSL, après sa mort et, jusqu’à nos jours.

Cette conférence sera donnée par :

Monsieur : Ridha Khaled

Monsieur : Ali Waleed

Le samedi 23 février 2013 à partir de 17h00

Lieu : 68 rue de Laeken 1000 Bruxelles

En espérant vous voir nombreux

Personnes de contacts :

Ben Abdel Nasser : 0485108679

Grami Wannes : 0486939870

Email : infos@wissal.be 

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18 février 2013

Voyage d'une âme mécréante Feiz Muhammad

"Voyage d'une âme mécréante"

Feiz Muhammad

"Qu'est-ce qui arrive à l'âme après votre dernier souffle ? Dans cette conférence, Sheikh Feiz décrit ce qui arrive à l'âme d'un mécréant après avoir quitté cette vie. Découvrez comment l'âme du mécréant sera péniblement arrachée de son corps et prise par les anges qui ne veulent pas le toucher ..."

(Attention, cette vidéo peut heurter les âmes sensibles !) (Rachid Z)

16:25 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L'Europe face aux nouvelles générations musulmanes

L'Europe face aux nouvelles générations musulmanes

Par Ndeye Andújar*, le 17 février 2013

L'enseignement religieux dans les écoles…

Différentes approches de l'éducation religieuse existent à travers l'Europe, de l'éducation religieuse laïque à l'enseignement "trans-curriculaire" de l'Islam, en passant par l’enseignement dispensé hors du cadre scolaire. Concernant l’enseignement hors du cadre scolaire, il existe des inquiétudes au sujet des formateurs –imams et autres- venant souvent de pays étrangers, sans qualification formelle et avec peu de connaissance du contexte social et culturel européen (rapport de l'EUMC, 2006).

Au cours des dernières années, le problème de l'enseignement religieux dans les écoles a inondé les médias. En outre, dans le cas de l'Islam, le débat semble être conditionné par des préjugés alimentés par les discours provenant de l'extrême-droite, de certains médias et de certains politiques.

D'autre part, si nous considérions le cas de l’Espagne, les craintes portent sur la propagation des lectures fondamentalistes. Des craintes qu’il faut situer dans le contexte international et qui génèrent deux arguments essentiels contre l’enseignement de l’Islam :

• L'éducation religieuse Islamique pourrait rendre les jeunes plus isolés (les ghettoïser).

• Les écoles publiques, si elles devaient enseigner l’Islam, deviendraient des instruments pour propager des valeurs contraires au système démocratique, aux droits de l'homme ou à l'égalité des sexes.

Or, l’enseignement religieux peut être un outil dans la lutte contre l'analphabétisme religieux et le respect de la diversité.

Afin de mieux comprendre les «autres», nous devons apprendre à nous connaître. Il est crucial de montrer les nombreux parallèles entre le Coran, la tradition prophétique et les sources bibliques, les Évangiles, ainsi que la relation entre l'Islam, la pensée grecque et les cultures de l'Ancien Proche-Orient.

L'islamophobie et les jeunes générations...

Les tendances racistes et islamophobes enregistrées dans les différents rapports à travers l'Europe nous offrent un reflet inquiétant sur ​​la discrimination, dans des domaines aussi déterminants en matière d'intégration, comme le travail, l'éducation et le logement. La religion musulmane est constamment présentée comme une source inhérente du terrorisme.

En 2005, une publication par le Conseil européen intitulé «l'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes» définie l’islamophobie comme «la peur ou les préjugés contre l'Islam, les musulmans et tout ce qui touche à cette religion. Qu'elle prenne la forme de manifestations quotidiennes de racisme et de discriminations, ou d'autres, des formes plus violentes, l'islamophobie constitue une violation des droits de l'homme et une menace pour la cohésion sociale».

Selon les personnes interrogées dans le cadre de cette publication, même dans les cas où les musulmans en question sont des ressortissants d'un Etat membre européen, ils peuvent se sentir exclus. Ils sentent qu'ils sont perçus comme des étrangers qui constituent une menace pour la société, et qu'ils sont traités avec suspicion. Ce sentiment semble être plus fort chez les jeunes musulmans nés en Europe que chez leurs parents. Alors que les deuxième et troisième générations sont à bien des égards mieux intégrés que la première, en même temps, leurs attentes sont plus grandes, et donc l'exclusion est ressentie plus fortement (Islamophobie, 2005a).

Ils estiment également que l'intégration étant un processus à double sens, la pression continue sur les musulmans à s'intégrer signifie que, dans la pratique, l’attention est portée sur un seul versant de ce processus. Ils soutiennent que leur sentiment d'appartenance est intimement lié à l'égalité de traitement qu'ils attendent du reste de la société.

Il existe un aspect positif qui doit être mis en évidence. Dans les pays où existent une deuxième et une troisième génération, une nouvelle génération de jeunes est en train d’émerger. Une génération plus instruite, occupant des places élevées dans l’échelle sociale, déterminée à affronter tous les jours les problèmes sociaux, et engagé dans le développement d'une société multiculturelle qui soit ouverte et équitable (Islamophobie, 2005b).

La participation des jeunes à la vie politique…

Un groupe de travail dénommé «Forum de la Jeunesse Musulmane Européenne et des Organisations Etudiantes (FEMYSCO )» a étudié trois questions principales relatives à la participation politique de la jeunesse musulmane européenne : la situation des jeunes hommes et femmes musulmans qui souhaitent participer à la vie politique dans les pays respectifs ; les obstacles qu'ils doivent affronter et le rôle que jouent les ONG dans la promotion de l'engagement politique.

La première déclaration faite par les participants du forum, constate que le nombre de citoyens de confession musulmane diffère d'un pays européen à l'autre, mais que dans tous les pays, leur engagement politique était en mauvaise voie. Et les participants du forum pensent que le système politique européen n'est pas favorable à la participation des jeunes musulmans.

Dans la plupart des cas, l'engagement politique se heurte à une série d'obstacles, l'une étant le fait que des personnalités politiques ne reconnaissent pas les jeunes musulmans. Parmi les autres obstacles il y a la laïcité, la perception que les médias donnent des musulmans, les préjugés, le manque de fonds et l'absence de modèles positifs pour les jeunes. Des ONG encouragent les jeunes -hommes et femmes- à "participer" dans différents domaines (responsabilités sociales, économiques et civiques), mais il est rare que leurs actions conduisent à des engagements réels.

Il est intéressant de souligner les propositions faites par ce groupe de travail, autant pour les individus que pour les ONG : le respect des droits de l'homme, le renforcement de l'engagement des individus à la citoyenneté et la sensibilisation des organisations au problème de la discrimination contre les musulmans. Souvent, ces pratiques discriminatoires sont associées avec le rejet de certains droits, comme par exemple le droit à l'éducation en France ou le droit de travailler en Italie.

Les jeunes qui ont mené cette enquête affirment qu’«en tant que citoyens musulmans, l'Islam guide leurs actions quotidiennes et les dirige à respecter la loi des Etats démocratiques de l'Europe dans laquelle ils vivent, à moins que ces lois ne deviennent injustes ou contraires aux principes d’exercice de la liberté religieuse». Un problème peut exister quand les jeunes musulmans sont empêchés de pratiquer leur religion (par exemple, si les jeunes filles sont exclues des écoles –en France, pour port du hijab), ce qui peut conduire à une remise en cause de la loi (FEMYSO, 2003).

Vers un Islam européen ?...

La présence des musulmans en Europe peut contribuer à la transformation de la pensée islamique. Avec chaque nouvelle génération, la nécessité de faire émerger un Islam autochtone va progressivement être mise en avant. Aux jeunes générations de créer les conditions pour une autre culture islamique en Europe, à travers un discours universel.

Pour Olivier Roy, le discours théologique islamique en Europe ne prend toujours pas en compte ces innovations culturelles, mais il est possible de dire qu'il y a les prémices d'un renouveau de la réflexion théologique.

En termes généraux, il existe deux approches différentes dans ce domaine : d'une part, il y a les partisans d'une adaptation du fiqh (jurisprudence islamique) en conformité avec le contexte des sociétés européennes, de l'autre, il y a les défenseurs d’une vision globale, ce qui entraînerait une évolution de la théologie islamique dans son ensemble, et, par extension, les sociétés musulmanes.

La première approche est représentée par le Conseil européen de la fatwa . Ce conseil est chargé de développer des opinions juridiques sur les questions qui touchent les musulmans en Europe (mariage, l'héritage, la société consumériste, le divorce, et ainsi de suite).

Le second, dont le principal promoteur est Tariq Ramadan, défend une approche universaliste. Dans son livre Les musulmans d’Occident et L'avenir de l'Islam, il jette les bases d'une identité musulmane européenne. Ramadan estime qu'il est nécessaire pour les nouvelles générations de développer leurs propres réflexions sur les principes et l'éthique de la religion, ainsi que sur leurs racines dans les sociétés sécularisées. Pour ce faire, ils doivent non seulement étudier les sources musulmanes- puisque c'est ainsi qu'ils seront en mesure d'apporter une nouvelle lecture de l'Islam, adaptée aux temps modernes - mais ils doivent également créer un cadre de référence qui offre aux citoyens musulmans les moyens de vivre et de s'engager de manière satisfaisante dans leur société.

Ramadan rejette l'«approche binaire» que contient, dit-il, la notion de minorité. En effet, car cela comporte, croit-il, l'idée d'une opposition entre «eux» et «nous». C'est ce qui justifie sa critique de l’idée d’une «sharia des minorités».

En revanche, les défenseurs d'un fiqh européen estiment que la suggestion de Ramadan pourrait conduire une vision catholique de l'Islam. En tout cas, ce que les deux approches ont en commun c’est la nécessité de contextualiser l'Islam sur le sol européen.

En Espagne, le travail actif de musulmans convertis- en particulier, le travail de «Junta Islámica» [Conseil Islamique], une association créée en 1989 qui a développé l'accord de coopération avec le gouvernement- joue un rôle important dans la création d'un Islam espagnol. Selon Mansur Escudero, président de l’association, «l'Islam, comme la voie spirituelle suivie par un cinquième de l'humanité, ne peut pas continuer à être entravée par des éléments culturels ou politiques. Il est temps de mettre en évidence la spiritualité comme un élément positif de développement personnel, accentuant les valeurs coraniques universelles telles que la générosité, l'hospitalité, la solidarité et l'amour de ce qui est bon et beau, dans le cadre du plein respect de toutes les croyances et les cultures». Cette déclaration de principes résume la vision des musulmans espagnols, pour qui l'Islam est une éthique et une recherche spirituelle.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que malgré les conflits et les tensions les musulmans sont de plus en plus à revendiquer leur droit à une identité multiple. Jusqu'à présent, les études sociologiques ainsi que les perceptions des jeunes musulmans en Espagne (par exemple) ont mis l'accent sur l'élément migrateur, mais les générations nouvelles devront faire face à de nouveaux défis qui dépassent les oppositions entre Islam et citoyenneté.

*Ndeye Andujar est professeure d'espagnol (Paris), vice-présidente du Conseil Islamique Catalan

15 février 2013

Des djihadistes maghrébins en Syrie

Des djihadistes maghrébins en Syrie

Avant-goût de l'après-Assad

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Par Franck Guillory, le 15 février 2013

Deux ans après le début de la guerre civile en Syrie, la situation n’a jamais paru aussi bloquée. Forces de l’opposition et troupes fidèles au régime de Bachar al-Assad continuent de s’affronter et les civils restent pris entre leurs deux feux. Sans issue. Pourtant, un phénomène inquiète. Il n’est pas nouveau mais s’intensifierait…

Après l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, l’Afghanistan à nouveau, l’Irak, la Libye, le Sahel… la Syrie est désormais la destination favorite des djihadistes du monde entier, unis et décidés à poursuivre un combat qui ne saurait être que global.

La poursuite de la lutte

A la suite du Printemps arabe, des jeunes originaires des pays du Maghreb ont choisi à poursuivre le combat qu’ils avaient entamé en prenant les armes et en rejoignant les djihadistes en Syrie. Ils se sont associés – ont rejoint – les groupes d’opposition syriens qui cherchent à renverser le régime de Bachar al-Assad. Parmi ces groupes, il y aurait Jabhat al-Nusra, un groupe affilié à al-Qaïda. Parmi ces djihadistes, se seraient trouvés des Algériens, des Tunisiens, des Mauritaniens et un grand nombre de Libyens. Dans les derniers arrivants, on trouverait, en particulier, les combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) délogés du Sahel par l’intervention au Mali des forces françaises.

Faire tomber les régimes laïcs

Pour les djihadistes, les pays du monde se divisent en terre de kufr – les mécréants -, terre d’Islam et terre de djihad.

Tout pays témoin d’une guerre contre le régime au pouvoir est un environnement favorable au djihad. Les mouvements islamistes s’efforcent de tirer profit des chaos armés qui secouent les pays au cours d’une révolution et, pour cela, ils unissent leurs objectifs et stratégies à ceux des mouvements révolutionnaires, y compris laïcs, avec l’objectif d’en profiter par la suite.

La démocratie n’est pas un objectif pour les djihadistes, mais ceux-ci ne révèlent leur intention qu’après la chute du régime en place.

La Syrie, maillon faible

La Syrie est désormais terre de djihad où il s’agit de détruire le régime laïc de la dynastie Assad pour le remplacer par un état islamique. Baptisé le Levant par les djihadistes, elle est même le pays où ils estiment avoir le plus de chance d’atteindre leurs objectifs – puis s’en servir comme base arrière pour poursuivre au-delà leur combat.

La même stratégie est en œuvre ailleurs dans les pays du Printemps arabe, en Libye, en Egypte, en Tunisie. Dans ces pays, les succès électoraux des islamistes n’atténuent en rien la menace djihadiste. Si les islamistes dits modérés semblent l’avoir emporté, s’ils donnent des gages à la société et aux partenaires internationaux en jouant le jeu de la démocratie – alliés parfois à des forces laïques, comme en Tunisie -, il n’en reste pas moins que des lignes dures n’ont pas abandonné leur objectif final : l’établissement d’Etats islamiques. Les événements de la semaine écoulée, depuis l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, en Tunisie en sont une parfaite illustration.

Mais nulle part, le niveau de chaos a atteint celui observé en Syrie.

Une stratégie révolutionnaire éprouvée

Les djihadistes n’ont rien inventé. L’histoire mondiale des révolutions démontrent qu’il est rare que les forces les plus radicales accèdent directement au pouvoir après le renversement de l’ancien régime.

La mère de toutes les révolutions modernes, la révolution française de 1789, n’avait-elle pas suivi cette même logique – de la chute de la monarchie absolue à l’échec de la monarchie constitutionnelle, de la Convention à la Terreur ? Idem pour sa petite sœur, la révolution russe de 1917 ou, plutôt, les révolutions russes de février et d’octobre qui ont vu les mencheviks d’abord puis les bolcheviks, les modérés puis les radicaux, succéder au tsarisme. Le même processus s'est reproduit en Iran en 1979. Les exemples sont nombreux.

S’il n’y a pas, semble-t-il, de statistiques précises sur la présence de Maghrébins en Syrie, il est certain que la présence de combattants étrangers aura des répercussions sur l’après-Assad – ainsi que sur les autres pays fragilisés de la région. En ce sens, on comprend bien que les révolutions du Printemps arabe ne sont pas encore arrivées à leur terme

13 février 2013

Indonésie: une fatwa contre les ralentisseurs sur les routes

Indonésie

Une fatwa contre les ralentisseurs sur les routes

Par Vincent Souriau, le 13 février 2013

Une fatwa fait sensation en Indonésie. Cet avis, émis par la plus haute instance religieuse du pays, le Conseil indonésien des Oulémas, proclame que les ralentisseurs sur les routes ne sont pas conformes aux valeurs de l’islam. Une décision surprenante pour cette institution religieuse déjà très controversée.

Difficile de voir le rapport entre l’islam et les ralentisseurs de vitesse. Peu de monde en Indonésie est parvenu à comprendre cette prise de position. Et pourtant, c’est une fatwa recommandée en bonne et due forme par le Conseil des Oulémas, l’instance suprême en matière religieuse en Indonésie. Sachant que le pays compte plus de 200 millions de musulmans, ce sont des avis qui comptent.

Ces dignitaires religieux viennent donc de déclarer que les ralentisseurs devaient être bannis dans la province de Kalimantan, sur l’île de Bornéo, au motif qu’ils empêcheraient les voitures et les deux-roues de circuler librement et qu’ils causeraient des accidents. Une décision très sérieuse, puisque le chef du Conseil des Oulémas dans cette région fait référence au prophète Mahomet, qui aurait dit en son temps qu’aucun obstacle n’est censé obstruer la circulation dans les rues.

En théorie, ce n'est pas vraiment le rôle du Conseil des Oulémas de rendre ses avis dans des domaines aussi inattendus. Mais ces dernières années, on a vu émerger un florilège de fatwas presque surréalistes : interdiction de pratiquer le yoga, défense de se mettre du gel dans les cheveux, de lancer des feux d’artifice ou encore de trop regarder les talk-shows à la télévision. Avec, à chaque fois, des raisons très solennelles mises en avant par le Conseil, qui considère que ces activités sont inadmissibles pour un bon musulman.

Mais il y a eu aussi des avis beaucoup moins légers, avec des positions très conservatrices sur le mariage inter-religieux ou la promotion de l’excision pour les jeunes filles. En 2005, les autorités religieuses avaient même été jusqu'à comparer la laïcité et le libéralisme à des maladies sexuellement transmissibles.

Ces décisions sont pour le moins compliquées à suivre pour les fidèles alors qu’en théorie, le Conseil des Oulémas avait été créé dans les années soixante-dix comme une autorité morale indiscutable pour que les politiques publiques en Indonésie s’inspirent des vertus de l’islam.

Sauf qu’aujourd’hui, les fatwas comme celle sur les ralentisseurs, font sourire même les pratiquants. Et en parallèle, les recommandations très conservatrices ont repoussé une bonne partie des Indonésiens qui cultivent un Islam modéré et tolérant comme c’est la tradition en Indonésie.

Publiquement, aucun musulman ne remettra en cause les décisions des Oulémas, mais en réalité, c’est devenu une instance qui fait rire ou pleurer, mais qui a perdu une grande partie de son influence sur les Indonésiens.

Les Roms de Bulgarie répondent à l’appel de l’islam

Les Roms de Bulgarie répondent à l’appel de l’islam

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Oumma.com, le 12 février 2013

Dans une Bulgarie qui compte en son sein la plus forte proportion de musulmans à l’échelle européenne - la communauté musulmane représentant 15% des 7.3 millions d’habitants - et où l’islam a fait depuis longtemps la preuve éclatante de sa compatibilité avec la démocratie et son environnement chrétien, la minorité Rom répond irrésistiblement à l’appel de la troisième religion monothéiste.

Pour le chercheur Alexey Pamparov, il faut remonter aux années 90 pour comprendre les raisons de ce phénomène de conversions actuellement en pleine expansion, quand l’Etat bulgare brillait alors par sa démission dans les ghettos, abandonnant les Roms à leur triste sort. Cette désertion du pouvoir a permis aux évangélistes d’investir le terrain, se faisant fort de ramener ces brebis égarées dans le droit chemin, en prêchant la bonne parole, en proscrivant la consommation d’alcool, et en incitant à trouver un travail honorable.

Vingt ans plus tard, l’islam a supplanté le christianisme dans les cœurs des grands laissés-pour-compte de la Bulgarie, Alexey Pamparov ayant observé une nette diminution des vols, larcins, proxénétisme et prostitution, là où la foi en Allah et les préceptes coraniques réchauffent les âmes de la meilleure des flammes.

A l’instar de Shasine et son mari, tous deux chrétiens dans leur précédente vie, les Roms sont nombreux à embrasser l’islam, les plus fervents d’entre eux se reconnaissant au niqab revêtu par leur épouse, alors que l’immense majorité des musulmanes bulgares arborent le foulard islamique.

C’est le conjoint de Shasine, un ouvrier du bâtiment, qui a eu le premier le déclic, au cours d’un chantier à Vienne, en Autriche, tandis qu’il était hébergé, comme les autres travailleurs immigrés, par la communauté musulmane locale. De retour en Bulgarie, Angel, métamorphosé et répondant désormais au prénom de Moussa, se mit à parfaire sa connaissance de l’islam dans une mosquée, jusqu'à en devenir l’imam Ahmed Moussa.

Parmi la nouvelle génération de Roms pour qui l’islam fait sens, une frange minoritaire est attirée par le courant salafiste, comme c’est le cas de Habibe, 35 ans, et de sa jeune épouse Lyudmila, devenue Melek, dont on ne distingue que le regard bleu sous son voile intégral noir.

"L’islam m’a ouvert un océan de connaissances", a déclaré la jeune femme (photo ci-dessus) à l’AFP, cette dernière ayant été contrainte de quitter les bancs de l’école à l’âge de 14 ans, avant de justifier son mode de vie : "Je porte le niqab depuis maintenant trois ans, car je veux me réserver exclusivement pour mon mari et m’assurer ainsi une place au paradis". C’est dans le magasin de leur sœur en Dieu Shasine, que le couple fait ses emplettes et trouve son bonheur grâce à des niqabs importés de Turquie.

Dernièrement, une douzaine d’imams et d’enseignants de la branche salafiste ont été sous le coup d’une inculpation pour «diffusion d’une idéologie anti-démocratique», parmi lesquels figurait l’imam Ahmed Moussa qui n’a cessé de clamer son innocence.

L’affaire, qui a défrayé la chronique, a fini par un non-lieu, mais a rappelé des heures sombres, ravivant le funeste souvenir des années 80, lorsque des centaines de musulmans, victimes d’une implacable politique de «bulgarisation» menée par la main de fer du dictateur communiste Todor Jivkov, ont été forcés de prendre des patronymes bulgares, tandis que 300 000 d'entre eux, refusant de s’y résoudre, ont choisi l’exil.

15:11 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12 février 2013

«Islamisme en Arabie saoudite: un produit d'importation ?»

«Islamisme en Arabie saoudite: un produit d'importation ?»

Entretien avec Stéphane Lacroix

Propos recueillis par Patrick Haenni, le 11 février 2013

Religioscope - L’étude de l’affirmation politique de l’islam dans les pays du Golfe reste encore très embryonnaire. De toutes évidences, les spécificités sont fortes, mais les grandes problématiques (islamisme, post-islamisme), même «importées» et sous des formes «hybrides» selon vos termes s’y retrouvent par ailleurs. Quels sont, selon vous, les apports majeurs à l’analyse de l’islam politique qu’apporte l’analyse de son déploiement dans les sociétés politiques des pays du Golfe ?

Stéphane Lacroix - Ces apports me semblent être à la fois empiriques et théoriques. L’islam du Golfe est d’abord, on le sait, en partie un produit d’exportation, et l’islam politique, partout, se nourrit d’une manière ou d’une autre de ses influences. Le Golfe est par ailleurs l’un des laboratoires majeurs où s’est déroulé ce qui est peut-être le principal événement ayant marqué le champ de l’islam sunnite dans la seconde moitié du vingtième siècle: la rencontre entre ces deux grandes traditions fondamentalistes de l’époque moderne que sont, d’une part, celle, essentiellement religieuse, du wahhabisme (du nom du prêcheur Muhammad Abd al-Wahhab, né en 1703 en Arabie centrale et cofondateur du premier Etat saoudien) et, d’autre part, celle, plus politique, des Frères musulmans. L’Arabie Saoudite a en effet accueilli à partir des années 1950 une partie importante des cadres exilés du mouvement islamiste qui, bientôt intégrés au cœur du système, ont pu exercer une influence décisive sur la culture religieuse locale, tout en s’inspirant à leur tour de celle-ci.

Sur le plan sociologique, les sociétés du Golfe présentent une configuration tout à fait originale, puisque, étant essentiellement rentières, elles ont tendance à posséder une classe moyenne très large et que, par conséquent, les divisions verticales (en classes sociales) y sont beaucoup moins opérantes qu’ailleurs. Cela ne signifie cependant pas que ces sociétés n’y sont pas traversées de luttes; mais ces dernières ont plutôt pour principe les divisions sociales horizontales (en champs ou en secteurs), qui se retrouvent même particulièrement exacerbées. L’un des aspects les plus intéressants de l’islamisme saoudien est ainsi que s’y exprime, de manière beaucoup plus visible que dans d’autres contextes, la rivalité entre oulémas islamistes et intellectuels islamistes, les uns et les autres possédant, in fine, des habitus et des visions du monde irréconciliables. Cette rivalité a même été, le livre le montre, l’une des raisons de l’incapacité des islamistes à mobiliser durablement.

Religioscope - Un des paradoxes de cette synthèse entre islam politique et wahabisme réside dans la variété des formes qu’elle a pu prendre, allant des néo-jihadistes à ce que vous qualifiez «d’islamo-libéraux», couplage suprenant au regard d’une vision d’un islam péninsulaire perçu comme à l’aune exclusive de son rigorisme. Quel est selon-vous le sésame de cette diversité ?

Stéphane Lacroix - Cette variété a différentes causes. D’abord, il faut souligner que l’Arabie Saoudite a été le réceptacle d’à peu près tout ce que le revivalisme islamique a produit au 20e siècle. Si les Frères musulmans ont représenté l’influence extérieure dominante, donnant naissance au principal mouvement de l’islam politique saoudien, la Sahwa (ou «réveil islamique»), de nombreux autres groupes, comme le jama’at-e islami, le tabligh ou les ahl-e hadith, ont également établi une présence intellectuelle dans le royaume. Cela donné lieu à autant d’hybridations avec le wahhabisme, et à l’émergence d’autant de courants et sous-courants au sein du champ islamique saoudien. Pour ne prendre qu’un exemple, le petit groupe qui prit d’assaut la grande mosquée de la Mecque en 1979, al-jama‘a al-salafiyya al-muhtasiba, s’inspirait avant tout d’un mélange de dogme wahhabite et d’enseignements d’un cheikh syrien d’origine albanaise, Muhammad Nasir al-Din al-Albani, se réclamant d’une variante locale du courant des ahl-e hadith indo-pakistanais, et par ailleurs ennemi juré des Frères musulmans.

Au sein de la Sahwa même, s’est établie d’emblée une distinction entre un courant dit «sourouriste» (adeptes du shaykh Mohamed Sourour Zein al-Abidîne), plus wahhabite que Frère musulman, et un autre dit ikhwani, qui préfère faire primer les enseignements des Frères. Dans les années 1990, l’épreuve de force avec la pouvoir et la répression qui s’en est suivie ont fait éclater la Sahwa sur des lignes assez comparables à ce qu’on a pu constater ailleurs au Moyen-Orient : des activistes ont choisi de répondre à la violence par la violence, et ont apporté leur soutien à al-Qaïda ; d’autres ont préféré rompre avec toute rhétorique oppositionnelle ; d’autres, enfin, ont décidé de poursuivre sur le chemin de l’activisme politique, mais en redéfinissant leur discours comme «islamo-démocrate», et en cherchant à contracter des alliances avec le restant des factions politiques saoudiennes, notamment les libéraux et les islamistes chiites.

Religioscope - Comment comprendre, plus particulièrement, l’apparition et le devenir de «l’islamiste-libéral» saoudien ?

Stéphane Lacroix - L’ «islamiste-libéral» est né de l’éclatement de la Sahwa. Autant que les autres héritiers de ce mouvement, il est le produit de la synthèse entre idéologie Frère musulmane et wahhabisme - mais un wahhabisme dont il fait une relecture originale: pour les «islamistes libéraux», l’extraordinaire accomplissement d’Abd al-Wahhab est d’avoir revendiqué le droit à l’ijitihad (interprétation) à un moment où l’Oumma avait sombré dans le taqlid (imitation); or, expliquent-ils, à la suite d’Abd al-Wahhab s’est construite une institution religieuse qui a confisqué ce droit, et a voulu imposer à tous sa définition de l’orthodoxie. En proposant des interprétations novatrices dans le contexte saoudien, les «islamo-libéraux» seraient, donc, estiment-ils, plus fidèles à l’esprit du cheikh fondateur que les gardiens autoproclamés de son œuvre.

Dans la période troublée qui a suivi les événements du 11 septembre 2001, marquée en Arabie par une véritable phase d’introspection nationale, les islamo-libéraux ont pu bénéficier d’un contexte particulièrement favorable. Mieux, ils ont même reçu le soutien de l’alors prince héritier Abdallah, trop content de trouver des alliés dans la société à un moment où les rivalités avec ses frères étaient à leur paroxysme. Initialement, les islamo-libéraux, qui ont présenté au pouvoir plusieurs pétitions au contenu particulièrement audacieux (ils demandaient notamment la transformation sous trois ans du système politique saoudien en une monarchie constitutionnelle), sont parvenus à rassembler largement dans l’élite intellectuelle, aussi bien chez les islamistes que chez les libéraux, et à faire parler d’eux.

Mais la dynamique s’est vite essoufflée. D’abord, Abdallah, effrayé par leur audace, a, dès la fin 2003, cessé de les soutenir. Ensuite, leur incapacité à emporter le soutien de figures religieuses de poids a limité la portée de leur discours. Enfin, le mouvement a été traversé de scissions multiples, notamment avec une partie de ses alliés libéraux, redoutant la mainmise des islamistes. Profitant de sa faiblesse, le pouvoir a fait arrêter en mars 2004 certaines des principales figures du mouvement. Libérés depuis, ces derniers ont cherché, malgré les entraves du pouvoir, à relancer la mobilisation - sans grand succès.

Religioscope - Alors que l’islam d’Arabie saoudite est surtout perçu comme une offre religieuse destinée à l’exportation, vous montrez bien que la sahwa est d’abord un produit d’importation - l’islamisme - qui a «pris» sur le contexte politico-religieux saoudien - le wahabisme. N’y a-t-il pas pour autant des effets de retour: la synthèse de l’islamisme des Frères et du wahabisme est-elle, en retour, susceptible d’influencer le devenir des mouvements islamistes hors de la péninsule arabique ? Dit autrement, hors d’Arabie saoudite se dirige-t-on vers la polarisation ou la réconciliation entre ces deux écoles ?

Stéphane Lacroix - La synthèse entre wahhabisme et idéologie des Frères musulmans s’est d’abord produite en parfaite entente. Les oulémas officiels saoudiens, gardiens de l’islam wahhabite dans sa forme la plus pure, et les islamistes liés au mouvement de la Sahwa entretenaient d’ailleurs les meilleures relations jusqu’au milieu des années 1980. Pour rassurer les grands cheikhs saoudiens, des idéologues tels Muhammad Qutb, frère du défunt Sayyid Qutb, avaient même consacré l’essentiel de leur production intellectuelle à démontrer la comptabilité des deux fondamentalismes.

Pour des raisons à la fois politiques et liées à la conjoncture socio-économique, des activistes liés au mouvement de la Sahwa prirent, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, la tête d’un puissant mouvement de contestation qui, pendant un temps, fit vaciller le pouvoir. Soudainement, ce dernier prit conscience du danger. Pour affaiblir la Sahwa, certaines officines gouvernementales travaillèrent alors à détacher le wahhabisme de l’idéologie des Frères, en soutenant par tous les moyens un courant nouveau qui fit alors son entrée dans le champ islamique: le courant dit «jamiste» ou «madkhaliste», du nom de ses principaux chefs de file, les cheikhs Muhammad Aman al-Jami et Rabi‘ bin Hadi al-Madkhali. Pour ces derniers, il y entre le wahhabisme et l’idéologie des Frères incompatibilité totale. Ils rejettent ainsi l’idée même d’engagement politique, décrit comme un danger pour la foi. Très vite, les madkhalistes gagnèrent en présence, et le madkhalisme devint la principale variante salafiste exportée depuis l’Arabie. C’est elle qui est aujourd’hui dominante dans beaucoup de pays, à commencer par la France. Cette situation a naturellement engendré une polarisation entre salafistes et Frères musulmans qui, jusqu’à il y a peu, n’existait pas vraiment. Dans l’état actuel des choses, alors que ce salafisme madkhaliste est devenu un concurrent sérieux des Frères musulmans sur le marché de l’Islam dans de nombreux pays, cette polarisation ne semble pas près de s’atténuer.

Religioscope - Le salafisme aujourd’hui est mondial. Il mobilise sur les dilemmes de l’islam politique un peu partout dans le monde arabe, progresse en Occident, convertit beaucoup. Y voir une forme culturelle d’islam intimement liée à la péninsule arabique est de moins en moins pertinent. Certains chercheurs, comme Olivier Roy, décèlent à l’inverse une apologie du déracinement et de la globalisation car le salafisme refuse l’idée d’un ancrage culturel du religieux. Le succès mondial du salafisme signifie-t-il une perte relative de la centralité saoudienne ? Assiste-t-on à des phénomènes d’autonomisation et/ou d’adaptation du salafisme fruit de son interaction avec de nouveaux contextes ?

Stéphane Lacroix - Une idée répandue veut que les salafistes, parce qu’ils se réclament de la lettre des textes sacrés, soient des acteurs figés, insensibles aux variations du social. C’est d’ailleurs ce que proclament les salafistes eux-mêmes, stigmatisant en retour ces musulmans qui «transigent trop facilement avec leur foi».

Cette perception, pourtant, ne résiste pas à un examen attentif. Partout où ils sont implantés, les salafistes ont fait preuve d’une adaptabilité certaine. Le Koweït, où le mouvement salafiste est présent depuis la fin des années 1960, est un cas d’école: tirant leur inspiration de l’Arabie Saoudite, les premiers salafistes commencèrent par refuser toute forme d’organisation, arguant que créer une structure autonome contribuerait à diviser la communauté des musulmans. Pressé par le contexte (et la concurrence d’autres mouvements dans le champ islamique), ils décidèrent finalement au début des années 1970, à la suite de la publication d’un ouvrage qui fit alors grand bruit - «La légitimité de l’action collective» (shar‘iyyat al-‘amal al-jama‘i) du cheikh Abd al-Rahman Abd al-Khaliq - de créer une association, l’«association pour le renouveau du patrimoine islamique» (jam‘iyyat ihya al-turath al-islami). Quelques années plus tard, à la suite de nouveaux développements, ils se décidèrent à présenter des candidats au parlementce qu’ils refusaient obstinément au départ, puisque cela équivaudrait à reconnaître la légitimité d’un système qui n’est pas fondé sur la Loi islamique. Depuis, les parlementaires salafistes se sont imposés, à plusieurs reprises, comme des défenseurs acharnés de la «démocratie koweïtienne». Plus récemment, enfin, plusieurs activistes issus du mouvement salafiste ont défié le pouvoir en créant le premier parti politique koweïtien se réclamant comme tel, le parti de l’Oumma (hizb al-umma), dont le programme ouvertement salafo-démocrate a été exposé dans l’ouvrage «La liberté ou le déluge» (Al-hurriya aw-l-tawfan) de son fondateur Hakim al-Mutayri. Notons que le cas du Koweït est loin d’être isolé : des dynamiques comparables peuvent être observées au Liban ou au Yémen.

Cela signifie effectivement une chose : l’Arabie Saoudite perd sa centralité dans la géographie du salafisme. Y contribue notamment, on le voit, l’émergence de cheikhs comme Abd al-Rahman Abd al-Khaliq, qui possèdent une autorité suffisante pour ne plus avoir à se référer aux oulémas saoudiens. Aujourd’hui, ce sont même parfois les développements qui traversent le salafisme hors d’Arabie qui ont incidence sur le mouvement dans le royaume: l’ouvrage «La liberté ou le déluge» a ainsi été abondamment discuté dans les salons saoudiens, où il a alimenté le débat autour des idées du courant islamo-libéral.

11:12 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |