15 février 2012

Les médias sociaux, entre chiffres et mots !

Les médias sociaux, entre chiffres et mots !

Intervention du docteur/journaliste Fahd Al-Sunaidy directeur de la chaîne Al-Majd et présentateur de l'émission "Sa3aat Hiwaar" en ma compagnie lors d'un colloque. La vidéo est en arabe, français et néerlandais. Votre frère Azaouaj Iliass. 

02:32 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans, Médias | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Appel pour une initiative citoyenne des musulmans de France

Appel pour une initiative citoyenne des musulmans de France

Oumma.com, le 14 février 2012

Comme les générations qui nous ont précédés ont écrit quelques-unes des pages de l’histoire de ce pays, les signataires de cet Appel souhaitent affirmer leur volonté de participer à l’avenir de la France.

Nous appelons les candidat(e)s à la présidence de la République Française à faire de la devise de ce pays «Liberté, Egalité, Fraternité» une réalité pour chacun plutôt qu’un vestige sur le fronton des mairies.

Nous les invitons, en ces temps difficiles, à être des facteurs d’unité entre les citoyens, dans le respect inconditionnel de leurs origines, de leurs opinions ou de leurs convictions religieuses.

Nous leur demandons de prendre position, de la manière la plus ferme, contre tout discours, toute idée ou tout slogan qui viserait à monter les Français les uns contre les autres, en faisant notamment de l’islam et des musulmans les boucs émissaires des maux que connaît notre société.

Sous l’impulsion du candidat élu, le prochain gouvernement aura à cœur de lutter sans équivoque contre l’islamophobie, les discriminations et les crimes de haine perpétrés à l’encontre des musulmans de France.

La France traverse aujourd’hui une période difficile et subit une crise économique, sociale et morale sans précédent qui requiert, de la part des responsables politiques, courage et dignité. Le nouveau président devra ainsi faire face à ces défis tout en se portant garant de la cohésion nationale.

Nous, musulmans de France, sommes porteurs d’une foi qui élève, responsabilise et mène à la rencontre et au respect de l’Autre. Comme nos concitoyens, nous aspirons à contribuer à une société plus juste, plus égalitaire et plus respectueuse des différences de chacun. Aussi, cette initiative se propose de mettre en place une dynamique appelée à perdurer au-delà des échéances présidentielles pour permettre aux citoyens musulmans de France de rester actif dans le débat social.

C’est dans cette approche constructive que nous proposons de recueillir, durant les 10 semaines à venir les remarques, propositions et inquiétudes des Français musulmans sur la situation que traverse le pays. Elles seront ensuite synthétisées et soumises aux candidats afin qu’ils se prononcent, offrant ainsi aux citoyens, transparence et clarté dans leur choix électoral.

Nous appelons enfin tous ceux, associations, mouvements, organisations ou simples citoyen(ne)s, qui souhaitent participer à cette initiative prometteuse, à se joindre à nous en prenant part à cet Appel.

Les initiateurs de l'Appel :

Collectif Contre l'Islamophobie en France -CCIF- ; Collectif des Musulmans de France -CMF- ; Etudiants Musulmans de France -EMF- ; Jeunes Musulmans de France -JMF- ; Union des Organisations Islamiques de France -UOIF-.

Quelques commentaires suscités par l’Appel des représentants de ces groupes musulmans

Anonyme : "Une sorte de CRIF a l'Arabe, du communautarisme tout ça, mon vote je sais où il va et pour qui, mes décisions m'appartiennent, je suis libre".

Khaled : "Les musulmans ne devraient tout simplement pas voter, étant donné les partis qui sont représentés : Ils ne défendent et ne représentent aucun musulman et aucun parti ne représente l'islam..., car dans le Coran, dans la sourate Consultation, Allah nous dit clairement : ''Il vous a légiféré en matière de religion, ce qu'Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t'avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus : "établissez la religion; et n'en faites pas un sujet de division". Ce à quoi tu appelles les associateurs leur parait énorme. Allah élit et rapproche de Lui qui Il veut et guide vers Lui celui qui se repent.''

Dans la même sourate il y'a aussi : Ou bien auraient-ils des associés [à Allah] qui auraient établi pour eux des lois religieuses qu'Allah n'a jamais permises ? Or, si l'arrêt décisif n'avait pas été prononcé, il aurait été tranché entre eux. Les injustes auront certes un châtiment douloureux. Ce n'est pas à nous les musulmans de décider des futurs lois du pays."

Abdelkader : "«Cette teneur [utopique], ce sont les droits de l’homme, et, si elle a un goût de revenez-y, c’est qu’il n’y a rien eu jusqu’ici dans l’histoire qui fût aussi limité et entravé, par sa base, et aussi humainement anticipateur par ses postulats. Liberté, Égalité, Fraternité – l’orthopédie, telle qu’on l’a tentée, de la marche debout, de la fierté humaine – renvoie bien au-delà de l’horizon bourgeois.» E. Bloch (1961)"

12 février 2012

L’humanitaire islamique

L’humanitaire islamique

«Aidons les Pauvres» à Paris

«Nous sommes un rassemblement de bénévoles musulmans et musulmanes décidés à aider les plus démunis. Cela dans le but d’assumer nos recommandations religieuses puis d’assurer nos responsabilités en tant qu’être humain simplement...» (Diffusion prochainement d’un reportage vidéo portant sur cette même forme d’aide humanitaire islamique présente bien plus près encore de chez nous : «Aidons les Pauvres» à Bruxelles.) (Rachid Z)

15:33 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11 février 2012

"La compassion, chemin vers l'Amour universel"

"La compassion, chemin vers l'Amour universel"

Par le philosophe genevoisTariq Ramadan

13:19 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

10 février 2012

Histoire de l'islam en France

Histoire de l'islam en France

Pratiques religieuses, histoire coloniale, islamophilie

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Mosquée de Paris, inaugurée en 1926

Par Michel Renard, le 10 février 2012

La présence musulmane en France est l'enfant de la conquête coloniale de l'Algérie. Des prisonniers de l'île Sainte-Marguerite, entre 1841 et 1884, aux premiers émigrés kabyles d'avant 1914 et jusqu'aux contingents de Nord-Africains des années 1950 et 60, les Algériens représentent l'élément humain le plus nombreux qui reproduit en exil les pratiques religieuses musulmanes.

Sans ostentation et sans le secours de ses clercs savants, l'islam des ouvriers et petits marchands d'Algérie en France s'est exprimé par la prière et les fêtes rituelles, par le jeûne du mois de Ramadan, par la solidarité communautaire, par l'exaltation d'une identité perçue comme momentanément dominée mais riche de son passé idéalisé. Jusqu'au début des années 1970, il est resté massivement un islam du rite et de la foi, plutôt extérieur aux formulations politiques qui étaient accaparées par l'organisation nationaliste (Étoile Nord-Africaine, puis PPA et MTLD, avant le FLN). L'expérience du mouvement des Oulémas en métropole (1936-1938) est ainsi restée sans beaucoup d'impact.

Mais l'islam de métropole ne doit pas qu'à l'Algérie. Ses manifestations architecturales, qu'elles soient funéraires ou sanctuarisées avec quelques édifices du culte, relèvent d'initiatives institutionnelles : après l'ambassade ottomane à Paris qui obtient l'enclos musulman et la "mosquée" dans le cimetière du Père-Lachaise (1857), l'armée française est à l'origine d'une attention généralisée aux rituels d'inhumation musulmans à partir de l'automne 1914, et ensuite par la réalisation mémorialo-commémorative des nécropoles militaires et des carrés musulmans dans les cimetières.

La Mosquée de Paris, élément phare de l'islamophilie française, trouve ses origines dans le croisement des intérêts diplomatiques de la France en tant que "grande puissance" arabo-musulmane, et des projets de milieux indigénophiles attachés au respect des croyances religieuses des Arabes musulmans qu'ils soient sujets ou protégés du domaine colonial. L'Institut musulman de la Mosquée de Paris (1926) s'est incarné, jusqu'en 1954, dans la figure emblématique de Si Kaddour ben Ghabrit, né algérien, entré dans la carrière diplomatique comme agent du quai d'Orsay dès 1892, directeur du protocole du Sultan du Maroc et président de la Société des Habous des Lieux saints de l'Islam, première personnalité musulmane de métropole.

12:38 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07 février 2012

Les mouvements « islamistes » vivent une grave crise

Les mouvements «islamistes» vivent une grave crise

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Par Yamin Makri, le 07 février 2012

Ce culte du profit, cette injonction de la «croissance infinie» sont devenus le paradigme déifié auquel tout se soumet. C’est aujourd’hui le nouvel et redoutable ennemi, qui n’a que faire des nations, des cultures ou des religions.

Cela peut paraître paradoxal d’affirmer cela aujourd’hui alors que, du Maroc à l’Égypte, ces mouvements n’ont jamais été autant sollicités par les régimes arabes afin de participer à la gestion des affaires publiques de leurs pays.

En 2005, dans notre article Les notables de la république, mous mettions en évidence le rôle crucial qu’allaient certainement jouer ces mouvements dits «islamistes». Il était dit :

«Un siècle de lutte et de résistance a conféré au mouvement réformiste islamique une légitimité historique, et ce, pour plusieurs raisons : ces mouvements ont fermement combattu le colonialisme (…), ils ont participé à laréislamisationdes peuples musulmans (…), et ils ont été les rares voix à dénoncer les dictatures arabes à la solde d’un Occident complice

Mais, il était dit aussi que ces mouvements étaient en train de vivre une crise qui ne lui permettrait pas de faire face à l’ampleur des enjeux à venir. Ainsi, il était annoncé que, malgré sa force populaire et ses nombreuses institutions, il n’y avait pas de programme et l’ambition de ces organisations se réduisait :

"A s’intégrer au jeu politicien et à trouver des arrangements avec les pouvoirs en place… À accepter, de manière fataliste, une mondialisation ultralibérale… Et à se limiter aux développements d’institutions caritatives, humanitaires et éducatives privées."

Sept années plus tard, le printemps arabe est passé par là. Ces révoltes populaires, manipulées ou non par les officines occidentales, ont obligé les organisations «islamistes» à s’exprimer publiquement. Le «bricolage» dans les prises de position publiques et la confusion régnant à l’intérieur de ces organisations ont bien mis en évidence l’ampleur du désarroi des militants engagés. Ces derniers ne comprennent plus les compromis de leurs dirigeants, préférant négocier que renverser les dictatures affaiblies ou faisant le choix de se mettre sous protection occidentale pour renverser leur régime.

Ces évènements ont ainsi révélé cette triste réalité : lorsque nous ne prenons pas le temps pour réfléchir à un projet en adéquation avec nos réalités et lorsque l’Histoire nous oblige à assumer notre responsabilité, on ne peut que «bricoler».

Cela n’a pas toujours été le cas. Au xixe siècle, ce qui a fait la force de ce mouvement et lui a conféré son élan, fut le refus du taqlîd, ce refus de suivre aveuglément les avis religieux d’un autre siècle. Devant le démembrement de la oumma et face à l’avancée technologique et intellectuelle d’un Occident conquérant, il n’était plus possible de continuer à baser des actions sur des commentaires de Textes religieux datant du xe siècle.

Ce mouvement de renouveau préconisait la diffusion d'une pensée islamique adaptée à son contexte particulier : c’est-à-dire des sociétés musulmanes sclérosées et teintées de superstitions d’une part, et un colonialisme et un sionisme en plein essor d’autre part. Ces penseurs réformistes ont alors développé une pensée de l’action et ont structuré un mouvement de résistance et d’éducation populaire avec un discours adressé aussi bien à leur peuple qu’à l'Occident, qui se résumait ainsi :

1/ Les esprits et les cœurs musulmans doivent être libérés de leur admiration béate envers un Occident idéalisé et les peuples doivent reprendre confiance en leurs valeurs islamiques.

2/ Les terres musulmanes doivent être libérées de toutes présences étrangères.

Ces mouvements n’ont jamais eu pour objectif premier la prise du pouvoir. D’ailleurs Ibn Badîs, le célèbre réformiste algérien, considérait que le départ du colon français n’était même pas la priorité et que la conscientisation et l’éducation des masses algériennes musulmanes passaient bien avant.

Un siècle plus tard, certains prétendront que les réformistes ont, en grande partie, atteint leurs deux objectifs. Effectivement, formellement (au moins et mise à part la Palestine) les colonies occidentales ne sont plus. Et aujourd'hui aucune structure sociale et/ou politique issue d’un pays arabo-musulman n’est crédible si elle tourne le dos publiquement aux valeurs de l’Islam ; malgré le kémalisme turc ou le bourguibisme tunisien, aucune nation musulmane ne conçoit son avenir sans cette forte référence à son identité islamique. Les mouvements de révolte dans les pays arabes et les quelques élections libres qui ont pu avoir lieu le prouvent clairement.

Aujourd’hui, notre monde a radicalement changé, mais la pensée réformiste n’a pas évolué. Certes, ni le colonialisme, ni les régimes dictatoriaux n’ont permis l’évolution de cette pensée. Les conséquences sont d’ailleurs dramatiques car les leaders « islamistes » persistent à adopter une vision et une pensée de l’action élaborées il y a plus d’un siècle pour l’appliquer à un xxie siècle totalement différent.

C’est ce qu’on appelle le taqlîd al-mujaddidîn, c’est-à-dire l’imitation aveugle d’une vieille pensée sans que celle-ci soit réinterrogée au regard des nouvelles réalités. Triste sort de la grande majorité de ces organisations qui reproduisent, aujourd’hui et à leur tour, le comportement des «traditionnalistes aveugles» du xixe siècle. Ce comportement que les pères fondateurs de cette pensée décriaient à l’époque.

Actuellement, cela a des conséquences très concrètes sur les deux thèmes majeurs (identité et colonialisme) du réformisme du siècle dernier :

1/ Ils se satisfont de la disparition du colonialisme mais ils ne comprennent pas que la colonisation des esprits a pris une autre forme. Notamment à travers un mode de vie consumériste et plus généralement par le biais d’une soumission à un modèle économique inique.

2/ Ils se satisfont aussi de «l’étiquette islamique» qui traduit la reconnaissance formelle de leur identité (économie «islamique», habit «islamique», état «islamique», école «islamique», banque «islamique» etc.) mais qui ne se soucie pas du sens et de l’éthique, pourtant fondamental dans la spiritualité musulmane. Ils se limitent ainsi à cette simple reconnaissance, sans pouvoir élaborer un projet global et alternatif qui dépasse la critique moralisatrice d’un Occident perçu comme dépravé.

Devant un ordre libéral mondialisé où la logique du profit est première, la reconnaissance formelle des identités n’a jamais été un souci pour les dominants. La société de la «croissance» n’a que faire des apparences, ce qui lui importe c’est de donner l’orientation. Ainsi, pour cet ordre capitaliste, par exemple, le foulard porté sur la tête est un simple détail ; par contre, les idées consuméristes développées à l’intérieur des têtes «enfoulardées» sont capitales pour nourrir le système et les y soumettre.

La suite : Oumma.com

Demande de suspension de la loi du 1er juin 2011

Demande de suspension de la loi du 1er juin 2011

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COUR CONSTITUTIONNELLE - Extrait de l'arrêt n° 179/2011 du 17 novembre 2011 - Numéro du rôle : 5204, publié le 06 février 2012

En cause : la demande de suspension de la loi du 1er juin 2011 visant à interdire le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage, introduite par Elisabeth Cohen.

La Cour constitutionnelle, composée des présidents R. Henneuse et M. Bossuyt, et des juges L. Lavrysen, J.-P. Moerman, E. Derycke, J. Spreutels et P. Nihoul, assistée du greffier P.-Y. Dutilleux, présidée par le président R. Henneuse, après en avoir délibéré, rend l'arrêt suivant :

I. Objet de la demande et procédure

Par requête adressée à la Cour par lettre recommandée à la poste le 14 septembre 2011 et parvenue au greffe le 15 septembre 2011, une demande de suspension de la loi du 1er juin 2011 visant à interdire le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage (publiée au Moniteur belge du 13 juillet 2011) a été introduite par Elisabeth Cohen, faisant élection de domicile à 1050 Bruxelles, avenue Louise 208.

Par la même requête, la partie requérante demande également l'annulation de la même loi.

Le 21 septembre 2011, en application de l'article 72, alinéa 1er, de la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, les juges-rapporteurs J. Spreutels et L. Lavrysen ont informé la Cour qu'ils pourraient être amenés à proposer de rendre un arrêt de réponse immédiate.

II. En droit

B.1.1. L'article 1er de la loi du 1er juin 2011 «visant à interdire le port de tout vêtement cachant totalement ou de manière principale le visage» dispose que celle-ci «règle une matière visée à l'article 78 de la Constitution».

L'article 2 de la même loi insère dans le Code pénal un article 563bis, libellé comme suit :

«Seront punis d'une amende de quinze euros à vingt-cinq euros et d'un emprisonnement d'un jour à sept jours ou d'une de ces peines seulement, ceux qui, sauf dispositions légales contraires, se présentent dans les lieux accessibles au public le visage masqué ou dissimulé en tout ou en partie, de manière telle qu'ils ne soient pas identifiables.

Toutefois, ne sont pas visés par l'alinéa 1er, ceux qui circulent dans les lieux accessibles au public le visage masqué ou dissimulé en tout ou en partie de manière telle qu'ils ne soient pas indentifiables et ce, en vertu de règlements de travail ou d'une ordonnance de police à l'occasion de manifestations festives».

L'article 3 de la loi du 1er juin 2011 insère, dans l'article 119bis, § 2, de la Nouvelle Loi communale, une référence à la disposition précitée afin d'habiliter le conseil communal à sanctionner d'une amende administrative toute infraction à cette disposition pénale. Il insère, en outre, deux autres références à la même disposition pénale dans l'article 119bis, §§ 7 et 8, de la Nouvelle Loi communale, relatif à la procédure administrative d'infliction d'une telle amende.

B.1.2. La loi du 1er juin 2011 est entrée en vigueur le dixième jour suivant sa publication, soit le 23 juillet 2011.

B.2. Aux termes de l'article 20, 1°, de la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, la suspension d'une disposition législative ne peut être décidée que si des moyens sérieux sont invoqués et si l'application immédiate de cette disposition risque de causer un préjudice grave difficilement réparable.

B.3. La suspension par la Cour d'une disposition législative doit, en effet, permettre d'éviter que son application immédiate cause au requérant un préjudice grave, qui ne pourrait être réparé ou qui ne pourrait l'être que difficilement en cas d'annulation de cette disposition.

Il ressort de l'article 22 de la loi spéciale du 6 janvier 1989 que, pour satisfaire à la deuxième condition de l'article 20, 1°, de cette loi, la requête portant une demande de suspension doit contenir un exposé de faits concrets et précis de nature à établir que l'application immédiate de la disposition attaquée risque de causer un préjudice grave difficilement réparable au requérant. Celui-ci doit notamment faire la démonstration de l'existence du risque de préjudice, de sa gravité et de son lien avec l'application de la disposition attaquée.

B.4.1. En l'espèce, les développements de la requête invitent la Cour à distinguer trois risques de préjudice grave et irréparable.

B.4.2. La requérante soutient, d'abord, que l'application immédiate de la loi du 1er juin 2011 porte atteinte à plusieurs de ses droits et libertés fondamentaux, ainsi qu'à ceux de la société dans laquelle elle vit.

Elle ne fait cependant pas état de faits concrets et précis démontrant à suffisance que l'application de cette loi risque de lui causer un préjudice difficilement réparable.

Au surplus, en ce qu'il concerne la société dans laquelle vit la requérante, le préjudice allégué n'est pas personnel.

B.4.3. La requérante affirme, ensuite, que l'application immédiate de la loi du 1er juin 2011 l'expose à une sanction pénale ou administrative si un fonctionnaire compétent pour le constat de l'infraction instaurée par l'article 563bis du Code pénal estime qu'elle n'est pas identifiable en raison de la manière dont elle dissimulerait son visage dans un lieu accessible au public. Elle ajoute que cette loi permet aux autorités ou à d'autres tiers ayant recours à des caméras de surveillance disposées dans l'espace public de rassembler, de traiter, de conserver et d'utiliser des images d'elle, contenant des informations personnelles étrangères à toute infraction.

Toutefois, la requérante n'expose pas ce qui l'obligerait, avant que la Cour ne statue sur son recours en annulation, à dissimuler son visage de manière incompatible avec le prescrit de l'article 563bis du Code pénal et, par conséquent, de s'exposer à une sanction.

La requérante n'indique pas davantage en quoi l'application des dispositions attaquées permettrait que soit un usage de caméras de surveillance conforme à la réglementation existante visant à protéger la vie privée, soit des contrôles d'identité par la police lui causent un grave préjudice.

B.4.4. La requérante soutient, enfin, que l'application immédiate de la loi du 1er juin 2011 remet en cause la liberté de religion, qui constitue l'un des fondements d'une société démocratique, ce qui lui causerait un préjudice irrémédiable en tant que citoyenne athée d'une société démocratique et respectueuse des droits de l'homme. Elle souligne que, selon la Cour européenne des droits de l'homme, la liberté de religion constitue aussi un «bien précieux» pour les athées.

 A supposer qu'il existe, le préjudice allégué n'est pas personnel, puisqu'il ne se distingue pas de celui que subirait toute autre personne soucieuse du respect de cette liberté. Il n'est, de plus, pas difficilement réparable, puisqu'il disparaîtrait si, au terme de l'examen du recours en annulation, la Cour décidait d'annuler la disposition attaquée.

B.5. Il ressort de ce qui précède que la requérante ne prouve pas à suffisance que l'application immédiate de la loi du 1er juin 2011 risque de lui causer un préjudice grave difficilement réparable, de sorte qu'il n'est pas satisfait à l'une des conditions requises par l'article 20, 1°, de la loi spéciale du 6 janvier 1989.

Par ces motifs, la Cour rejette la demande de suspension.

Ainsi prononcé en langue française et en langue néerlandaise, conformément à l'article 65 de la loi spéciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, à l'audience publique du 17 novembre 2011.

Le greffier, P.-Y. Dutilleux.

Le président, R. Henneuse.

Discours de Hassan al-Bannâ

Discours de Hassan al-Bannâ

Notre engagement pour l’Islam, contre le «pharaonisme»

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Par Hani Ramadan, le 02 février 2012

Voici les premiers versets de la sourate Le récit, al-qasas.

Dieu dit : «Nous te racontons en toute vérité, (une partie) de l'histoire de Moïse et de Pharaon, à l'intention des gens qui croient.» En d’autres termes, seuls ceux qui ont la foi peuvent comprendre ces versets. C’est ainsi que nous devons écouter cette parole avec des cœurs éveillés. Nous découvrons alors que le Coran  est d’une étonnante actualité, plus de 1400 ans après sa Révélation !

Constatons, mes frères et sœurs en islam, que Dieu désigne le noble Prophète Moïse – que la paix soit sur lui –  par son nom, alors que Pharaon est mentionné par son titre. Pourquoi ? Parce que le pharaonisme est un phénomène qui se répète à travers l’histoire et que nous l’observons de nos jours encore : il y a toujours eu des tyrans persécutant les peuples et les réduisant à l’esclavage.

Aujourd’hui, en Egypte, Pharaon est tombé. Ceux qui hier étaient réduits au silence et jetés dans les prisons sont à l’heure actuelle majoritaires au Parlement égyptien, portés par le peuple. Ecoutez ce que disait l’imam Hassan al-Bannâ il y a près de soixante-dix ans :

«Je voudrais, Frères, vous dire franchement que votre message est encore inconnu de beaucoup de gens, et que le jour où ils le connaîtront et en saisiront la portée et les buts, il se heurtera à une vive opposition et à une forte inimitié. Vous serez alors obligés d’affronter un nombre important de difficultés et d’obstacles. C’est alors seulement que vous commencerez à marcher sur la voie des hommes investis d’une mission. Quant à présent, vous êtes encore inconnus et vous êtes encore à planifier votre message et à vous préparer au combat et à la lutte qu’il exige. L’ignorance du peuple concernant la réalité de l’islam se dressera sur votre chemin. Vous découvrirez, parmi les hommes de religions et les oulémas officiels, qui considérera votre compréhension de l’islam comme une étrangeté et désapprouvera votre lutte dans sa voie. Les chefs, les leaders, les détenteurs de la gloire et de la puissance, vous envieront. Tous les gouvernements pareillement s’opposeront à vous, chacun d’entre eux s’efforçant d’empêcher votre activité et de bloquer votre progression. Les oppresseurs tenteront par tous les moyens de s’opposer à vous et d’éteindre la lumière de votre message. Ils se feront aider par des gouvernements faibles d’une moralité décadente, tendant vers eux leurs mains par mendicité, et vers vous pour vous nuire et par inimitié. (….)

Vous serez alors emprisonnés, détenus, déportés, dispersés, vos propriétés confisquées, vos activités propres arrêtées, vos maisons soumises à perquisition. De fait, la période de votre épreuve pourra durer longtemps. «Les gens ont-ils pensé qu’on les laisserait dire qu’ils ont cru sans qu’ils ne soient soumis à l’épreuve?» (Coran, 29; 2). Mais Dieu vous a promis, après cela, la victoire des combattants (mujâhidûn) et la récompense de ceux qui agissent pour le bien. (….)

Ô Frères musulmans, écoutez!

J’ai voulu, par ces quelques mots, mettre sous vos yeux votre message. Peut-être que des heures critiques nous attendent au cours desquelles nous serons séparés les uns des autres pour un temps. En ce cas, je ne serai plus à même de vous parler ni de vous écrire. Je vous recommande de méditer le sens de ces mots, de les apprendre par coeur si vous le pouvez, et de les tenir comme votre point de rassemblement. Chaque mot porte plusieurs sens.

Mes frères, vous n’êtes ni une société bénévole, ni un parti politique, ni non plus une organisation locale avec des buts limités. Vous êtes la lumière nouvelle pour détruire les ténèbres du matérialisme par la connaissance de Dieu; et aussi cette voix forte qui s’élève pour rappeler le Message du Prophète.

En vérité vous devez vous sentir porteurs d’une charge que tous les autres ont délaissée.

Si on vous demande : «Quel est votre message?», répondez : «C’est l’islam, c’est le Message de Muhammad. C’est la religion qui contient un gouvernement et la liberté est l’une de ses exigencesSi l’on vous dit alors que vous faites de la politique, répondez que l'islam ignore de tels distinguos. Si l’on vous accuse d’être des révolutionnaires, dites : «Nous sommes la voix de la vérité et de la paix, en lesquelles nous croyons fermement et fièrement. Si vous vous dressez contre nous, sur le chemin de notre message, alors Dieu nous permet de nous défendre contre votre rébellion et votre injustice.» Et si l’on vous dit que vous cherchez de l’aide auprès des personnalités et des organisations, dites : «Nous croyons en Dieu, et renions ce que vous Lui associez.» Et s’ils persistent dans leur inimitié, alors dites-leur : «Que la paix soit sur vous! Nous n’avons pas le désir de (nous lier aux) ignorants !»

Puis, l’imam Hassan al-Bannâ nous rappelle nos devoirs, en disant :

«Frères !

- Croyez en Dieu et soyez fiers de Le connaître, de vous en remettre à Lui et de vous appuyer sur Lui. Ne craignez et ne redoutez personne d’autre que Lui. Accomplissez Ses prescriptions et évitez Ses interdictions.

- Adoptez les meilleures qualités morales et l’excellence à tous les niveaux de votre engagement. Soyez forts par ces qualités morales, et dignes par la dignité de la foi que Dieu vous a donnée, et par la noblesse que Dieu a octroyée aux hommes pieux et vertueux.

- Tournez-vous vers le Coran afin de l’étudier entre vous, et vers le pur récit de la vie du Prophète, afin de vous en rappeler le sens entre vous.

- Soyez actifs, et non pas polémistes. Lorsque Dieu guide un peuple, il lui inspire d’agir. Et un peuple ne s’égare pas après avoir été guidé sans que ne lui soit donné l’acharnement dans la dispute.

- Tissez des liens d’amour entre vous, et soyez particulièrement attentifs à préserver vos attaches, car c’est là que réside le secret de votre force, et le pilier de votre réussite. Et persévérez, jusqu’à ce que Dieu tranche par la vérité entre vous et entre votre peuple, et Il est Le Meilleur de ceux qui assure la victoire !

- Ecoutez et obéissez à vos chefs, dans la difficulté comme dans l’aisance, que cela vous plaise ou non. Ils représentent le symbole de votre doctrine et le chaînon qui vous relie les uns aux autres.

Et attendez après cela le secours et le soutien de Dieu. Et l’occasion se présentera, cela ne fait aucun doute : «Et ce jour-là les croyants se réjouiront  du secours de Dieu. Il secourt qui Il veut et Il est le Tout Puissant, le Tout Miséricordieux.» (Coran, 30, 4-5)

Que Dieu nous accorde de nous conformer à ce qu’Il aime et agrée, qu’Il nous amène à suivre les voies des hommes de bien et de bonne conduite, qu’Il nous donne de vivre la vie des gens dignes et heureux, et de mourir la mort des combattants et des martyrs !

Il est un Excellent Maître et un Excellent Secoureur.»

N.B. : Hassan al-Bannâ est mort  le 12 février 1949, à l’âge de 42 ans, assassiné par ordre du gouvernement égyptien

Quelle égalité dans le financement de l'Islam ?

Quelle égalité dans le financement de l'Islam ?

Par Nicolas Bossut, le 6 février 2012

Selon une étude du sociologue Jan Hertogen, 623.000 Belges seraient musulmans, soit 5,8% de la population. Pourtant, les musulmans ne reçoivent que 2,1 % des fonds publics attribués aux cultes. Comment expliquer une si grande disparité ?

La loi sur le financement des cultes remonte en Belgique à l’indépendance. En 1830, seuls trois cultes étaient alors reconnus par l’Etat : le culte catholique dans lequel se reconnaissait alors plus de 90% de la population, le culte protestant et le culte israélite.

Implications d’une reconnaissance

La reconnaissance d’un culte a plusieurs conséquences. Tout d’abord, l’Etat paie les traitements et les pensions des ministres du culte. C’est d’ailleurs pour lui une obligation constitutionnelle. En contrepartie, il exige une tutelle sur la comptabilité des organes représentatifs des cultes reconnus.

Les autorités religieuses ont par ailleurs l’opportunité, si elles le désirent, de proposer au gouvernement de reconnaître des communautés religieuses locales. Cette reconnaissance est officialisée par un arrêté royal qui fixe le nombre de ministres du culte attaché à chacune de ces communautés. Elle implique la mise en place pour chacune d’entre elles d’un établissement public de culte, appelé ‘Fabrique d’Eglise’ chez les catholiques, chargé de la gestion temporelle des biens de la communauté. En outre, les communes ou les provinces sont tenues de mettre à disposition de ces ministres du culte un logement ou, le cas échéant, une indemnité de logement.

Toutes ces mesures ont été décidées, à l’époque, en raison du service social prodigué aux fidèles et, pour l’Eglise catholique, à titre de compensation suite aux confiscations qu’elle avait dû subir à l’occasion de la Révolution française. Elle font partie de l’héritage belge du Concordat signé en 1801 par Napoléon.

Ce n’est qu’en 1959, avec la signature du Pacte scolaire, que l’organisation de l’enseignement des religions dans le réseau scolaire officiel, primaire et secondaire, sera fixée. Les cultes reconnus et la morale laïque pourront désormais faire enseigner leur doctrine ou leur philosophie par des enseignants qu’ils auront désignés par eux-mêmes et qui seront financés par l’Etat.

Les implications, notamment financières, sont donc nombreuses et justifient que nous nous y attardions.

Reconnaissance des cultes

Les évolutions que connaîtra notre pays vont l’amener progressivement à étoffer la liste des bénéficiaires de la loi sur le financement des cultes. Tous seront soumis aux mêmes conditions. Ils doivent pouvoir revendiquer un nombre suffisamment élevé d’adhérents, être établi dans le pays depuis un certain temps, présenter un intérêt social pour la collectivité, n’avoir aucune activité contraire à l’ordre public et être structuré, de manière à avoir un organe représentatif auprès de l’autorité civile.

Les anglicans entrent dans la danse les premiers, en 1870. Leur reconnaissance ne donne lieu à aucun débat particulier à l’époque. Il est vrai que le nombre d’anglicans présents en Belgique était déjà très limité.

Suivent en 1974 les musulmans. Les enjeux sont ici bien différents. La présence musulmane s’est considérablement accrue en Belgique suite à la signature de conventions d’immigration avec la Turquie et le Maroc (1964), la Tunisie (1969), l’Algérie et la Yougoslavie (1970). Alors que l’Islam constitue déjà la seconde religion de Belgique, aucune structure officielle n’existe pour encadrer les croyants. Émue par cet état de fait ou par opportunisme politique, l’Arabie saoudite qui, au contraire d’autres Etats, ne dispose d’aucune diaspora significative,  fait pression sur la Belgique. En 1967, elle obtient du Roi Baudouin la jouissance du pavillon oriental situé dans le Parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Le Centre islamique et culturel de  Belgique s’y installe. Entre 1971 et 1974, plusieurs propositions de reconnaissance du culte islamique furent déposées à la Chambre ou au Sénat. C’est finalement en plein crise pétrolière que les parlementaires acceptèrent finalement de reconnaître le culte islamique.

L’Eglise orthodoxe fut ensuite reconnue à son tour en 1985. Elle fut suivie en 1993 par la laïcité organisée qui exigea elle aussi d’obtenir un financement et obtint pour cela la révision constitutionnelle nécessaire.

La difficile représentation des cultes

Parmi les différentes conditions de reconnaissance de cultes, l’une d’entre elles, l’obligation d’être structurée et de fournir un interlocuteur unique à l’Etat, posa toujours problème aux différents cultes et plus particulièrement aux musulmans. Cette obligation avait été taillée sur mesure pour l’Eglise catholique, fortement hiérarchisée et organisée.

Les musulmans sont par contre, à l’inverse des catholiques et tout comme les juifs et les protestants, divisés en mouvements et confréries entre lesquelles le ressentiment est parfois puissant. L’Etat, en faisant l’impasse sur ces particularismes et en leur imposant de s’unir pour être financé, va à l’encontre de plusieurs siècles de tradition.

De 1978 à 1991, le Centre islamique et culturel de Belgique, contrôlé par l’Arabie saoudite, est l’unique interlocuteur des autorités belges, mais sa légitimité est contestée. Après de nombreux rebondissements, il fut décidé de soumettre au vote des fidèles la nomination d’un Exécutif des musulmans de Belgique. Les élections eurent lieu le 13 décembre 1998. 48.000 électeurs se présentèrent et les résultats furent validés le 6 janvier 1999.

Malheureusement, l’Etat imposa aux candidats un screening opéré par la Sûreté grâce à un tour de passe-passe qui lui permit au prix d’une hypocrisie non feinte de ne pas enfreindre sa propre constitution qui lui impose de ne pas intervenir dans la nomination ou dans l’installation des ministres d’un culte quelconque. Cette injustice provoqua une colère légitime de la part des musulmans. Les dés étaient pipés. Un nombre important de candidats, pourtant élus, furent récusés parce qu’ils n’avaient pas l’heur de plaire à la Sûreté ou au ministre en place.

Toutefois, en février 1999, Tony van Parijs, Ministre de la Justice, présenta les noms des 16 membres du nouvel Exécutif des musulmans. Dès les premiers jours, il fut la cible des critiques des candidats récusés, déclenchant de vives tensions en son sein et le neutralisant.

Injustice dans le financement des cultes

Aujourd’hui, presque 15 ans après l’élection du premier Exécutif des musulmans, ce dernier est toujours dans la tourmente. Pourtant, sans son aide, la nomination des professeurs de religion islamique et des inspecteurs chargés de les contrôler, le paiement des traitements des imams et la reconnaissance de nouvelles mosquées sont quasiment impossibles.

L’inégalité dans le financement des différents cultes ne cesse en conséquence de se creuser. Ainsi, en 2008, les musulmans ne recevaient que 2,1% des montants attribués aux cultes et convictions reconnues alors qu’ils représentaient la même année 12% de la population francophone. Même en imaginant qu’il n’y ait aucun musulman en Flandre, l’injustice est criante.

Connaissant le climat politique actuel marqué par une montée sans précédent d’un populisme anti-musulman, cette situation de blocage à laquelle l’Etat lui-même n’est pas étranger ne doit pas déplaire à tout le monde. Pourtant, cette iniquité risque de coûter cher au vivre-ensemble belge. Annemie Turtelboom, nouvelle ministre en charge des cultes, sera-t-elle capable de rétablir le dialogue ou d’apporter des propositions innovantes pour rattraper ce retard ?

Vers une réforme du système ?

Dans ce contexte, certains, comme Felice Dasseto, n’hésitent pas à remettre en cause l’édifice tout entier du financement des cultes et à avancer l’idée d’un impôt dédicacé. Chaque citoyen aurait la possibilité d’indiquer sur sa feuille d’impôt quel culte ou institution de la laïcité, voire quelle organisation caritative, il aimerait financer. Étant donné l’état actuel de la pratique religieuse, bien éloignée des modèles traditionnels, cette proposition pourrait fondamentalement changer la donne. Le débat reste ouvert.

00:00 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Cultes, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05 février 2012

Hezb Ettahrir dans une lettre ouverte à Hamadi Jebali et aux musulmans tunisiens

Hezb Ettahrir dans une lettre ouverte à Hamadi Jebali et aux musulmans tunisiens

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Par Synda TAJINE, le 05 février 2012

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Hamadi Jebali ainsi qu’à tous les musulmans, Hezb Ettahrir met en garde les tunisiens contre la politique du gouvernement actuel qu’il accuse de ne pas veiller à la réalisation des revendications citoyennes «dans le respect de l’Islam et de la parole de Dieu» et «honorant les engagements pris envers le peuple».

Cette lettre accuse également le gouvernement de «céder du terrain aux mécréants colonisateurs» en citant l’exemple de la présence de Hamadi Jebali au forum de Davos «mendiant l’aide de l’Europe et des Etats-Unis et les rassurant que l’Islam ne sera pas la source de législation en Tunisie».

S’adressant au Premier ministre - dont il remet en cause la légitimité démocratique -  il s’indigne de le voir «quémander les faveurs» des Etats-Unis «dont les soldats profanent les terres musulmanes et tuent les musulmans»,  la France «qui a semé la corruption dans notre pays et a soutenu Ben Ali jusqu’aux derniers jours de son règne», ou encore, l’Angleterre, «terre de mécréance qui a fait tomber le califat islamique et a brisé l’union des musulmans en apportant son soutien aux juifs».

Dans cette lettre, Hezb Ettahrir regrette l’attitude de Hamadi Jebali qui «emboite le pas de Bourguiba et de Ben Ali en collaborant avec les occidentaux» fustigeant ainsi l’attitude complaisante du chef du gouvernement vis-à-vis du FMI qui «ne servira qu’à perpétuer le contrôle des Etats-Unis et de l’Europe sur le monde en général et plus particulièrement sur les pays musulmans afin d’y instaurer son régime capitaliste».

Dans cette lettre, Hezb Ettahrir regrette «le système capitaliste que le gouvernement essaye d’instaurer», un système dont la chute est imminente. Selon ce texte, «aucun changement véritable n’est possible sans éradication de la source du mal».

«Les révolutions que le monde est en train de vivre seront la clé de la liberté, de la dignité et de l’honneur et non la simple destitution de dictatures afin d’instaurer de nouveaux systèmes basés sur des objectifs égoïstes et immédiats».

S’adressant aux musulmans tunisiens, Hezb Ettahrir les met en garde contre la «fausse démocratie» de leurs dirigeants qui «préfèrent sacrifier l’Islam afin de satisfaire les colonisateurs mécréants et pactiser ainsi avec l’ennemi» et qui ont «prouvé leur totale incompétence à satisfaire les revendications citoyennes».

Et de conclure, «Hezb Ettahrir vous appelle, au nom de ce grand jour du Mouled Annabawi, au nom de l’Islam, du califat islamique et des nombreuses victoires de l’Islam sur les mécréants. Nous vous invitons à vous allier avec nous afin de mettre fin à ces politiques corrompues, dictées par les pays occidentaux, afin d’éradiquer toute trace de colonisation politique et intellectuelle des terres musulmanes mettant ainsi en place une constitution basée sur le Saint Coran. Une constitution qui sera notre salut et celui de l’humanité entière».

Cette lettre, publiée sur le site officiel de Hezb Ettahrir, est également distribuée par des militants du parti aux sorties des mosquées, dans nombreuses villes tunisiennes.

Cliquer ici pour lire la lettre dans son intégralité (en langue arabe)

Vivre et mourir musulman en Alsace

Vivre et mourir musulman en Alsace

Grâce au statut particulier de l'Alsace-Moselle, le premier cimetière public musulman de France sera inauguré le 6 février à Strasbourg

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La région Alsace-Moselle bénéficie d'un droit des cultes spécifique à travers le Concordat de 1801. Il permet à la collectivité de participer au financement des cultes. La Grande Mosquée de Strasbourg a ainsi bénéficié de financements publics

Par Catherine Piettre, le 05 février 2012

Un lourd portail orné d'un arbre ferme l'accès du cimetière musulman de Strasbourg, encore vide. Jusque-là, les musulmans du quartier étaient inhumés juste à côté, dans le cimetière sud de la ville, qui accueille aussi les dépouilles de déportés soviétiques, de soldats du Commonwealth et d'Alsaciens tombés sous l'uniforme allemand. La plupart de leurs tombes sont couvertes de bruyères et de roses artificielles, assez loin des stèles discrètes de la tradition islamique.

Le fleurissement des tombes, un héritage chrétien, aurait-il déteint sur les musulmans du cru ? "Les tombes des musulmans d'ici sont beaucoup plus décorées que dans le pays d'origine", confirme Driss Ayachour, vice-président du conseil régional du culte musulman (CRCM), tout en rappelant que l'hommage aux défunts existe aussi en islam : "Le prophète Mahomet autorisait la visite des cimetières, pour se donner des repères."

Huit "carrés" musulmans existent déjà à Strasbourg au sein de cimetières multiconfessionnels. Tous saturés. Car le rapatriement des corps au Maghreb, qui était la règle dans les années 1960 et 1970, tend à disparaître au profit de l'inhumation en France. "Même les membres de la première génération commencent à changer d'avis, car leurs enfants et petits-enfants ne pourront pas se recueillir sur leur tombe, sauf à se rendre à des milliers de kilomètres dans un pays qu'ils ne connaissent pas toujours", résume Driss Ayachour.

"Un geste positif qui va dans le bon sens"

La communauté musulmane de Strasbourg a donc demandé la création d'un cimetière rien que pour elle en s'appuyant sur le droit local d'Alsace-Moselle. Issu du Concordat signé en 1801 entre l'État napoléonien et le Vatican, celui-ci permet aux pouvoirs publics d'intervenir dans le financement des cultes. Et, contrairement aux vicissitudes qui ont accompagné le projet de la Grande Mosquée de Strasbourg, cette demande-là a été promptement exaucée.

Après une vingtaine de réunions en un an, une convention entre le maire socialiste Roland Ries et le CRCM a été signée sur la gestion des carrés musulmans et du futur cimetière en octobre 2009, et approuvée par le conseil municipal à l'unanimité. La Ville de Strasbourg a investi 800 000 euros. Si, pour des raisons d'hygiène notamment, certains principes de l'islam sont un peu bousculés - les corps seront inhumés dans un cercueil, et non en pleine terre, par exemple -, les défunts seront enterrés sur le côté droit et leur sépulture orientée vers La Mecque, selon la tradition islamique. Autre particularité : en cas d'abandon de la concession, les restes mortuaires ne seront pas incinérés, mais placés dans un ossuaire spécifique.

"C'est un geste positif qui va dans le bon sens, pense Fabienne Keller, ancienne maire UMP de Strasbourg. Bien sûr, les musulmans n'étaient pas mentionnés au moment de la signature du Concordat, mais il est normal que les collectivités publiques financent ce genre de projet. "D'ailleurs, des Verts à l'UMP, tout l'échiquier politique alsacien s'est ému d'une possible remise en cause du régime concordataire par François Hollande, qui envisage d'inscrire dans la Constitution le principe de séparation des Églises et de l'État.

Sans vouloir s'immiscer dans le débat, Driss Ayachour, qui ne manque jamais de louer le dialogue inter-religieux en Alsace - un paradoxe dans une région où l'extrême droite est très ancrée -, plaide pour la sauvegarde de son particularisme. "C'est vrai que le système concordataire favorise le déblocage de nos dossiers. C'est aussi la meilleure solution pour sauvegarder un héritage historique et le vivre-ensemble dans la région."

16:02 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04 février 2012

«Les musulmans ne doivent pas porter le maillot de Manchester United»

«Les musulmans ne doivent pas porter le maillot de Manchester United»

(Et celui de nos tristes diables rouges ?) (Rachid Z)

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Buzzraider, le 04 février 2012

Le maillot de Manchester ne plaît pas à certains musulmans malaisiens. De hauts responsables religieux ont expliqué à leurs fidèles qu’ils ne doivent pas porter le célèbre maillot du club de football anglais de Manchester United car le diable est représenté sur son écusson.

Normal quand on est surnommé les Red Devils. Le port des maillots de plusieurs équipes de premier plan comme le Brésil, le Portugal, la Serbie, la Norvège et Barcelone est également déconseillé car la croix est symbolisée sur leur emblème.

Un conseil donné aux musulmans

«C’est très dangereux. Nous, les musulmans, ne devons pas porter les symboles d’autres religions ou du diable, a déclaré Nooh Gadot, un responsable religieux de l’Etat de Johor au sud de la Malaisie. Cela va saper notre foi en l’islam (…) Même s’il (le maillot) est un cadeau, nous devons le refuser

Le responsable a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une fatwa, ou avis religieux, contre ces maillots, mais d’un conseil donné aux musulmans pour qu’ils sachent ce qui est juste ou non.

Les joueurs de Manchester United sont extrêmement populaires en Malaisie comme dans le reste de l’Asie. La Malaisie est généralement considérée comme un pays musulman modéré mais des imams conservateurs ont édicté plusieurs avis controversés ces dernières années, comme l’interdiction des pratiques traditionnelles du yoga qui font référence à l’hindouïsme.

16:43 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02 février 2012

Le halal, nouvel enjeu politique des musulmans, selon Gilles Kepel

Le halal, nouvel enjeu politique des musulmans, selon Gilles Kepel

Le Monde, le 02 février 2012

Le titre est hugolien, la préface testamentaire, le contenu képélien. Avec Quatre-vingt-treize, son dernier ouvrage, le chercheur Gilles Kepel achève sa plongée dans l’islam de France, amorcée en 1987 avec la parution de son travail sous le titre Banlieues de l’islam. Comme il le précise lui-même, cet ouvrage hybride, entre témoignages, réflexion universitaire et balayage historique, est pour lui l’occasion de faire «ses adieux à la scène de l’islam de France».

Nourri du travail de terrain réalisé pour l’institut Montaigne en 2010 et 2011 dans les villes de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) et d’une plongée dans la blogosphère islamique, le livre tire son titre de l’identifiant du département concerné, 93. Présentées comme «emblématiques» des banlieues françaises, les communes étudiées ont été marquées par des émeutes urbaines en 2005, mais sont surtout caractérisées par une forte présence musulmane. L’allusion à l’œuvre éponyme de Victor Hugo, décrivant la Terreur de la Révolution française, ne constitue en revanche qu’un clin d’œil de forme.

Dans un style qui, au gré des chapitres, hésite entre littérature et essai de sociologie, le chercheur dresse un tableau actualisé et très (trop ?) détaillé de l’islam de France. Mais sans esprit polémique. Il décrit notamment l’émergence d’une jeunesse musulmane et française, étrangère aux catégorisations traditionnelles dictées par les pays d’origine et la participation de ces nouveaux citoyens à la construction de leur religion en dehors des institutions existantes. Il note aussi l’alignement d’une partie des jeunes générations à une lecture plus rigoriste de l’islam, caractérisée selon lui par le respect de la norme halal, qui distingue pour les croyants le licite de l’illicite dans l’alimentation et dans la plupart des comportements quotidiens.

Le halal, entre modèle bio et modèle casher

Il fait d’ailleurs de cette nouveauté la thèse centrale de son ouvrage, voyant dans le développement du marché halal le symbole d’une évolution de l’islam de France, «l’un des phénomènes les plus significatifs des transformations et de l’affirmation identitaire des musulmans de France». Ce marché serait à la fois le lieu où se jouent «les conflits intra-musulmans», notamment entre les générations, et le vecteur utilisé pour acquérir «une hégémonie politique» sur l’islam. Au risque de pousser l’analyse, il voit même dans la conquête du marché du halal, - aujourd’hui clivé entre un modèle inspiré du modèle casher, rigoriste et exclusif, et un autre calqué sur le modèle bio, plus inclusif et inscrit dans une société de consommation pluraliste-, «le paradigme d’un lobby politique en construction».

Comme il l’avait laissé entendre lors de la présentation du rapport de l’Institut Montaigne en octobre, M.Kepel balance toutefois entre deux hypothèses : l’existence (ou pas) d’un vote musulman. Il semble parfois surestimer la capacité de mobilisation des organisations musulmanes dans la participation citoyenne et électorale de la communauté ; il érige notamment l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93), en «lobby électoral», au risque de lui attribuer une influence qu’elle n’a pas véritablement. Il parie en outre sur un engagement politique des jeunes musulmans et s’il observe un accroissement de leur représentation au niveau municipal (transcription somme toute logique des évolutions démographiques dans certaines villes), il s’interroge «sur la traduction de la participation religieuse en action politique par un vote unifié» qui, reconnait-il, "ne va pas de soi".

Faiblesses du CFCM

Plus classiquement, M.Kepel décrit par ailleurs l’émergence de groupes salafistes, qui défendent une lecture littérale de l’islam, inspiré du wahhabisme d’Arabie saoudite, et qui, ce faisant prennent le pas sur le Tabligh, un mouvement tout aussi littéraliste mais vieillissant. Comme d’autres chercheurs, il s’interroge sur les raisons socio-culturelles qui jettent une partie de la jeunesse musulmane ou convertie dans les bras de ces groupes les plus rigoristes.

Plongeant dans les arcanes de l’institutionnalisation de l’islam de France, symbolisée par la création du Conseil français du culte musulman (CFCM), le chercheur revient aussi en expert sur ses étapes historiques. Il en conclut à la perte d’influence des quinquagénaires de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), un temps promus interlocuteurs officiels des pouvoirs publics, et à la fin du modèle «consistorial» incarné par un CFCM créé de toutes pièces par le ministère de l’intérieur et marqué par l’antagonisme entre Algériens et Marocains.

Quatre-vingt-treize, Gilles Kepel,Gallimard, 312 pages, 21 €

12:19 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01 février 2012

Russie : un éditeur musulman condamné

Russie

Un éditeur musulman condamné

AFP, le 01 février 2012

Le directeur d'une maison d'édition islamique, un colonel à la retraite, ancien médecin militaire, a été condamné à quatre ans de camp pour "extrémisme" par un tribunal de la région de Moscou, a rapporté mercredi le quotidien Kommersant. Le tribunal de la ville de Balachikha a qualifié d'"extrémistes" deux livres sur le prophète Mahomet et les rites musulmans publiés par la maison d'édition "Sad" (jardin) dirigée par Aïdar Khabiboulline.

Originaire de la république musulmane russe du Bachkortostan, l'homme a été arrêté en septembre 2010 au domicile d'une amie où une grenade et des "publications extrémistes" avaient été découvertes lors d'une perquisition. Les enquêteurs ont étudié une centaine d'ouvrages publiés par sa maison d'édition dont deux ont été jugées "extrémistes" à la suite d'expertises psychologiques et linguistiques.

D'autres experts, de l'Académie des Sciences, ont contesté le caractère extrémiste de ces publications. Plusieurs représentants de la communauté musulmane en Russie ont pris la défense de M. Khabiboulline, soulignant que ses livres avaient été recommandés pour les écoles musulmanes.

800 ouvrages interdits en Russie

En 2007, la Russie a adopté une loi contre l'extrémisme, dénoncée par l'opposition, qui introduit une notion floue de crimes motivé par "la haine politique et idéologique". Plus de 800 ouvrages sont interdits en Russie, selon une liste établie par le ministère de la Justice, pour l'essentiel des textes islamistes, néonazis, ultra-nationalistes russes ou antisémites. Curieusement, on trouve dans cette liste des brochures des Témoins de Jéhovah mais pas le Protocole des Sages de Sion, un grand classique de l'antisémitisme.

En décembre, un tribunal de Tomsk (Sibérie), avait rejeté une demande du parquet local d'interdire la Bhagavad-Gita, un livre sacré indien écrit entre le IIe et le Ve siècle avant notre ère. Le parquet local, sur la base d'expertises d'universitaires, avait estimé que certaines phrases de ce livre de quelque 800 pages pouvaient être qualifiées d'incitation à l'extrémisme.

16:33 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31 janvier 2012

Le procès Shafia ternit l'image des musulmans

Le procès Shafia ternit l'image des musulmans

Branchez-vous, le30 janvier 2012

Le procès Shafia a jeté un voile noir sur la communauté musulmane du Canada, ternissant davantage sa réputation déjà mise à mal par les attentats du 11 septembre 2001.

Des musulmans de tout le pays affirment toutefois que le pénible exercice aura eu au moins du mérite, puisque les révélations qui ont émergé lors du procès mettent en lumière des aspects problématiques de leur culture, ainsi que de nouvelles méthodes pour résoudre ces enjeux.

Pendant des mois, les Canadiens — musulmans et non musulmans — ont découvert avec stupeur l'histoire de ces trois Montréalais d'origine afghane qui ont tué quatre femmes de leur famille pour garder intact l'honneur du clan.

Lors du procès, la Couronne a plaidé que trois adolescentes de la famille avaient été tuées après avoir «fait honte» à leur famille en entretenant des relations amoureuses avec des garçons de leur âge et en faisant l'école buissonnière. La quatrième victime, la première femme de Mohammad Shafia, aurait souffert d'abus pendant des années et craignait pour sa vie.

Le juge Robert Maranger, qui présidait au procès, a affirmé dimanche qu'il était difficile de concevoir crime plus «abject», «haineux» et «déshonorant» que celui commis par les Shafia.

«Le motif apparent derrière ces meurtres honteux commis de sang froid est la violation de votre conception complètement tordue de l'honneur. C'est totalement inacceptable dans une société civilisée.»

Le procureur de la Couronne Gerard Laarhuis a suggéré que le verdict reflétait les valeurs canadiennes, ainsi que les principes d'une société libre et démocratique dont jouissent tous les Canadiens.

La ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, a commenté le verdict sur Twitter. «La violence motivée par l'honneur n'est pas une affaire de culture: il s'agit de violence barbare contre les femmes. Le Canada ne doit jamais confondre la misogynie et la culture», a-t-elle écrit.

Même si plusieurs musulmans refusent le concept de «crime d'honneur», plaidant qu'il s'agit d'une mauvaise représentation de leurs pratiques, ils admettent que la mort des quatre femmes fait émerger la nécessité de prendre clairement position contre la violence familiale dans leur communauté.

Quelques jours avant le verdict de culpabilité prononcé contre Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya et leur fils Hamed, une ville ontarienne avait lancé un programme destiné à éviter une répétition de ces événements dans le futur.

Le Family Honour Project, lancé par un centre communautaire musulman de London, en Ontario, vise directement le type de comportements qui ont ultimement coûté la vie aux quatre femmes.

Saleha Khan, l'une des responsables du centre, affirme que le projet était sur les rails bien avant le début du procès, mais admet que les manchettes lui ont donné une importance accrue. Même si les violences basées sur l'honneur existent dans plusieurs cultures, les stéréotypes touchant l'islam pourraient avoir été ravivés en raison de l'actualité, a fait valoir Mme Khan.

«Ça s'est transformé en combat entre 'eux' et 'nous'», a-t-elle soutenu dans une entrevue téléphonique. «Maintenant, à cause de l'image qui a été accolée à ça, des gens qui pourraient être victimes ne voudront pas dénoncer

Le programme souhaite faire cesser la violence en fournissant du soutien social qui prend en compte la culture des personnes impliquées.

Des leaders religieux musulmans avaient fait une sortie commune en décembre dernier pour condamner les meurtres motivés par l'«honneur».

14:07 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |