20 avril 2012

Élections présidentielles de 2012 : Musulmans, aux urnes !

Élections présidentielles de 2012

Musulmans, aux urnes ! 

La campagne électorale est aujourd'hui en France un enjeu primordial dans la vie de chaque citoyen musulman français. Lutter contre les discriminations faites aux musulmans doit être le socle de chaque citoyen français. Par ailleurs, on vote pour des opinions, des propositions en accord avec soi-même et non pour sauver un candidat ou un autre, c'est le principe de la démocratie, en tout cas concernant le premier tour. D’après un précédent petit sondage réalisé auprès des lecteurs de Mooslym.com, environ 60% des musulmans seulement irons aux urnes le 22 avril. Montrons leurs que l'on existe, montrons leurs que le poids de notre communauté va passer par le vote. La balle est dans notre camp, ne soyons pas dupes face aux politiciens qui nous bassinent avec des «propos mielleux» où derrière se cache du venin.

Jurisprudence islamique : Musulmans français, doit-on voter ?

Pour les parasites, avant de lire cette article et de crier au «Shirk» ou autre, nous vous conseillons de visionner cette vidéo. Doit-on voter aux élections présidentielles de 2012 en France ?

Voter : oui, mais pour qui ?

Dressons donc le tableau, pour qui allons-nous «octroyer nos points». Pour qui voter ? Bien sûr, chacun peut voter pour celui qui lui convient et les musulmans ne sont pas sortis tous d'un «moule». Pour vous donner quelques pistes, nous souhaitons retracer très rapidement les campagnes des candidats.

Jean-Luc Mélenchon

Le candidat le plus apprécié de la communauté musulmane et des français issu de l’immigration. Il est écrit dans son programme que «Concernant les religions, le gouvernement français agira pour qu’aucune d’entre elles ne soit mise à l’index au prétexte de la laïcité, comme le fait régulièrement le Front national à propos de la religion musulmane». Il est dommage qu’aucune mesure n'est proposée pour lutter contre l'islamophobie. Monsieur Mélenchon, se dire contre l'islamophobie c'est bien mais avoir des mesures concrètes pour lutter sincèrement contre l'islamophobie est essentiel, n'est-ce pas ? Notons que le quotidien Saphirnews révèle une information qui peut faire grincer des dents, Mélenchon est favorable à la loi «anti-nounous voilées», ce qui est donc contraire à ce qu'il a pu dire jusqu'à présent.

François Hollande

Très, très fort ... dans l'hypocrisie. Monsieur Hollande ne se préoccupant aucunement de l'islamophobie en recrudescence dans son programme. Non, il préfère critiquer notre oumma (communauté musulmane) et plus précisément la division homme-femme au salon du Bourget. Par ailleurs, dans son programme, il se dit luttant contre le racisme et l'antisémitisme et sinon l'islamophobie, on en fait quoi ? On évite d'en parler car ce n’est pas bon pour la campagne et cela ferait fuir des électeurs......Petit rappel : c'est le PS qui est à initiative de la loi contre les nounous musulmanes. Alors chut, on ne parle pas à monsieur Hollande d'Islam et de musulmans, c'est une question qui risquerait de le faire sortir de ses gonds et malheureusement dans le mauvais sens.

Nicolas Sarkozy

L'UPM cherche à créer une société de séparation, organisée en communautés dressées les unes contre les autres. Monsieur Sarkozy a stigmatisé les musulmans durant tout son quinquennat, et jusqu'à maintenant. Son but : discriminer, affaiblir économiquement les musulmans. Une nouvelle loi contre les musulmans de prévue Mr Sarkozy dans votre programme ?

Marine Le Pen

Que dire ? Mise à part qu'il faudrait être fou et qu’il serait grave d'être tenté de voter pour elle car derrière cette nouvelle image du FN, se cache le racisme, la xénophobie et l'islamophobie prédominante (éléments fondamentaux des partis d'extrême droite) dans les discours de Madame Le Pen. Halte à ce discours répugnant dont la serpillière a plus de valeur !

Eva Joly

Elle a rappelée à plusieurs reprises sa lutte contre le racisme et l'islamophobie. Elle est favorable à une égalité entre tous les citoyens français sans distinction, elle est favorable à une France cosmopolite (exemple : E.Joly est favorable à la mise en place d'un jour férié pour les musulmans et les juifs. Eva Joly : une politicienne ayant compris dans son intégralité la notion de laïcité ! Elle est contre la «laïcité ségrégationniste» actuel.

Poutou

Le discours est principalement tourné vers la crise financière et les difficultés de trouver un emploi stable ; la lutte contre le racisme et l'islamophobie sont aussi des thèmes importants dans son programme. Le NPA prend la défense des mamans voilées qui ne peuvent pas accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires. L'idée principale concernant l'islamophobie est que les principes laïques doivent garantir le droit au culte, condamnant la discrimination qui s’exerce en France à l’égard de la pratique religieuse musulmane. Et en feuilletant, le prospectus du programme NPA, nous pouvons constater que le NPA veut «l'abrogation de toutes les lois sur le voile stigmatisant les musulmans qui sont la cible prioritaire des attaques racistes, et la mise en œuvre d'une laïcité qui ne soit pas le faux nez de l'islamophobie» : c'est un grand pas d'un parti politique français dans la lutte contre l'islamophobie !

Nathalie Arthaud

Nathalie Arthaud a rédigé dernièrement une lettre aux collectifs mamans toutes égales afin de leurs expliquer qu'elles n'avaient pas leurs place au sein des établissements scolaires afin d'accompagner leurs enfants. Pour elle, le port du foulard ne rime pas avec égalité, n'a pas sa place à l'école et «qu'il est tout à fait possible aux mères de familles de suivre la scolarité de leurs enfants, d'établir un dialogue privilégié avec les enseignants et les écoles, sans mener ce combat pour le voile qui a bien d'autres sens.». Mais où est-elle partie chercher ces propos ? Chez Marine Le Pen ?

Le meilleur est qu'elle rappelle que le port du voile n'est pas un choix, que la femme subie une pression sociale... Arrêtez madame Arthaud avec ce discours qui n'a ni queue, ni tête, nous avons déjà entendu ce discours hypocrite à maintes reprises. Le voile est un choix religieux point. Après, si vous voyez derrière le voile une oppression ou autres chose, c'est que vous êtes sincèrement soit paranoïaque soit islamophobe : et dans les deux cas, c'est très grave !

Ainsi, Nathalie Arthaux est favorable à une laïcité marxiste, prônant ainsi la suppression de tous les signes religieux en France. Elle se dit vouloir mener une lutte contre l'islamophobie alors qu'elle vient de rédiger une lettre l'islamophobe ! Vivrait-elle dans le paradoxe ? Ou devrait-elle revoir la vraie définition du mot laïcité peut-être ?

Mélenchon, le chouchou des musulmans ?

Dans cet article, nous aurions pu nous intéresser de manière plus approfondie sur d'autres questions et sur d'autres «petits candidats». Toutefois, l'intérêt fondamental actuel pour notre oumma est de sauver nos pratiques, nos cultes, notre dignité, à l'heure où chaque musulman est stigmatisé par les médias, les politiciens et les lois relatives au voile...

Soyons au rendez-vous le 22 avril 2012 pour sauver les intérêts de notre oumma en France. Nous sommes des musulmans français conscients de l'utilité du vote afin de s’affirmer sur le terrain politique et de faire entendre nos voix !

18 avril 2012

France : 94 % des victimes d’Islamophobie sont des femmes

 France :

94% des victimes d’Islamophobie sont des femmes

Le message de l’Islam, le 16 avril 2012

Le CCIF (collectif contre l’islamophobie en France) publie en avant-première, quelques chiffres tirés de son rapport 2011 sur l’islamophobie en France. On y apprend que les courageux islamophobes s’en prennent quasi-exclusivement aux femmes.

En France, à défaut d’avoir la parité dans les salaires, on compense avec les violences faites contre les femmes musulmanes

Si l’avenir des musulmans venait singulièrement à s’assombrir, rassurons-nous le personnel des services publics est formé, en effet 53% des actes visant les individus se déroulent au sein d'un service public.

Le privé ne rejoint pas encore le public mais 13% des actes se déroulent tout de même au sein d'entreprises de service privées (auto-école, salle de sport...)

En attendant le rapport complet du CCIF, rendez-vous sur le site et adhérez pour soutenir la prévention contre les actes islamophobes. Ca ne vous empêchera pas d’être agressé verbalement ou physiquement, mais vous aurez au moins bonne conscience après l’agression : vous aurez tenté d’endiguer la haine.

07 avril 2012

Marc-Edouard Nabe : A propos du 11 septembre et de l'affaire Merah

Marc-Edouard Nabe

A propos du 11 septembre et de l'affaire Merah

En pleine affaire Merah, Oumma TV a donné la parole à l'écrivain Marc-Edouard Nabe. Au programme de l'entretien : les crimes de Toulouse-Montauban, Ben Laden, le 11-Septembre, la Palestine et la guerre en Afghanistan.

33 minutes pour faire scandale : à l'occasion du weekend pascal, Oumma TV met en ligne l'intégralité de l'interview annoncée de Marc-Edouard Nabe. Reconnu -y compris par ses ennemis- comme l'un des meilleurs écrivains de sa génération, l'homme suscite également la colère ou le dépit de nombreux internautes en raison de sa défense radicale de la version officielle du 11-Septembre. Perçu comme un anarchiste islamophile, le polémiste continue, dix ans après la publication de son ouvrage « Une lueur d'espoir », d'encenser l'acte « révolutionnaire » d'Oussama Ben Laden…

20:37 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03 avril 2012

AH, CES MUSULMANS…

AH, CES MUSULMANS…

Par Makhlouq, le 2 avril 2012

Importante par son nombre, en France, la minorité musulmane peut inverser le cours des élections quelles qu’elles soient. Pourtant elle reste absente dans la vie de la société française alors que, si elle s’imposait, elle pourrait participer à sa construction et infléchir les tendances. Pourquoi ne le fait-elle pas ? Il faudrait d’abord que cette communauté se pose les bonnes questions afin d’en avoir les bonnes réponses notamment quant à la soumission au pouvoir, pour des intérêts personnels, de ceux qui sont censés la représenter. Si la communauté musulmane n’exclut pas les «collabeurs» qui la freinent elle ne pourra jamais progresser. Le «Printemps musulman» en France est-il encore si loin ?

Toutes nationalités confondues, le nombre de Musulmans dans l’Hexagone s’élève selon le Ministère de l’intérieur à près de six millions d’âmes. Parmi elles, il faut noter plus de la moitié qui, en principe, devrait déposer un bulletin dans les urnes donc donnerait, semble-t-il, son avis.

C’est sur cette minorité et l’utilisation, ou plutôt l’exploitation, de son vote à des fins électoralistes que porte mon article.

A l’époque, avant d’être élu à la Magistrature suprême, Sarkozy lorsqu’il était encore Ministre de l’Intérieur mais aussi celui des Cultes, ne l’oublions pas, avait très bien compris l’importance de cet électorat potentiel … qui, par le passé, en réalité et dans les faits, n’en était pas un.

Il ne l’était pas parce que déconnecté en très grande majorité de la vie politique et de la réalité françaises… par les gouvernants d’abord qui mirent au ban de la société la communauté musulmane… comme ils le firent pour d’autres bien avant. Mais cette disjonction est aussi due à plusieurs autres facteurs :

– le propre désintéressement de cette communauté quant à son devenir dans l’Hexagone,

– son éparpillement du fait des différentes nationalités d’origine la composant,

– ses luttes intestines fréquentes et aussi pitoyables les unes que les autres,

l’absence de leader en raison des animosités internes qui consistent à tirer toujours vers le bas celui qui tente de se hisser et de voir, sinon de montrer, la lumière.

Je disais donc que Sarkozy fut le seul homme du pouvoir à avoir compris, véritablement et avec maestria (une fois n’étant pas coutume), l’importance et l’enjeu d’un pareil électorat. Aussi tenta-t-il, en première opération, un coup d’essai qui fut en réalité un coup de maitre : la création du Conseil Français du Culte Musulman (C.F.C.M.).

Pareille entité, sortie toute faite du cerveau d’un incorrigible et outrancier opportuniste, n’avait aucunement pour but d’aider les Musulmans… car des Musulmans Sarkozy n’en a cure… en dehors de leurs voix… mais devait canaliser cet électorat qui ne disait jamais son nom.

En deuxième opération, l’homme comprît également qu’il fallait placer ses pions dans les mosquées, notamment des imams soumis totalement à son autorité, constituant ainsi une machine bien huilée qui inciterait au vote… orienté dans sa direction, bien évidemment. C’est pourquoi, le Ministre des Cultes parla très tôt d’un Islam… de France.

Sarkozy, contrairement à ce que tout le monde pense, n’est pas seulement un impulsif, il est aussi un stratège sinon un parfait sociologue parce qu’il a réussi à décrypter le comportement des Musulmans et des Maghrébins… formant la plus grande communauté dans la religion d’Allah.

Il comprît plus vite que les autres qu’il fallait se rapprocher d’un pareil réceptacle d’électeurs, mis en veilleuse pour les raisons citées plus haut, mais aussi le susciter, l’exhorter au vote. Mais l’inciter à donner son opinion, qui au demeurant était une idée noble, ne suffisait pas… il fallait le canaliser… l’attirer vers lui. Aussi, en troisième opération, adopta-t-il une politique de drague sachant que les Musulmans étaient surtout sensibles aux promesses… et rien qu’aux promesses. C’est ainsi qu’il fit semblant de rassembler «ces éparpillés de la République» en créant le CFCM… en y plaçant des «collabeurs» comme disait Marc Edouard Nabe. Il mit en place des Imams, alla même jusqu’à prêcher… à la tribune de l’UOIF, réputée pourtant être une organisation «intégriste». Il ratissa encore plus large en s’acoquinant avec les responsables… seulement les responsables… des pseudo-partis musulmans de France, de la Mosquée de Paris, tous sous la botte, qui lui vouèrent une fidélité… jusqu’à faire son jeu en défendant son opinion sur les banlieues, en épousant ses thèses sionistes, en acceptant leur propre musellement sur la question palestinienneenfin en vendant leur âme en parfaits et bons colonisés, serviteurs dévoués et crédules mais terriblement critiques sinon offensifs envers leurs propres frères.

C’est sous le règne de Sarkozy que foisonnèrent alors les collabeurs et c’est à ce moment qu’ils furent propulsés sur le devant de la scène médiatique… mais jamais politique… en dehors des postes de «musulmans de service»… sans aucun pouvoir sinon celui qu’accorde le «Maitre» (Rachida Dati, Fadila Amara, Rama Yade etc…)

Sarkozy n’avait rien d’un ami des Musulmans… bien au contraire. Néanmoins, il comprit, à juste titre, qu’il pouvait les utiliser à bon escient en leur promettant uniquement un côté matériel, comme la construction de quelques mosquées et la création de carres musulmans, en gratifiant leurs chefs de menues médailles et autres petites faveurs insignifiantes. Il utilisa, en somme, la politique coloniale qui consistait à implanter les Cadis dans les localités, futurs indicateurs et collaborateurs, fidèles, loyaux envers l’envahisseur, capables de réprimer leurs compatriotes de toutes les manières possibles et s’appropriant des biens sur le dos de leurs frères. C’est dire que le bégaiement de l’histoire peut être positif pour qui sait l’utiliser.

Toute cette clique de «responsables musulmans», dont les intérêts personnels furent plus importants que ceux de leurs coreligionnaires réussit à faire croire à sa communauté que Sarkozy était l’ami qui allait apporter le renouveau, la reconnaissance, l’expression du culte et la liberté de le pratiquer. Excellent attrape-nigauds. Les Musulmans ont bel et bien été bernés par leurs prétendus dirigeants d’abord puis par Sarkozy ensuite. Mais si les gens on été colonisés c’est qu’ils étaient colonisables quelque part. En faisant confiance à un individu et à ses suppôts dont ils connaissaient manifestement les pratiques, les Musulmans ne peuvent être aucunement excusables.

Pis encore, je parie que si Sarkozy leur fait d’autres promesses qu’il ne tiendra pas, comme les premières, ils tomberont derechef dans le piège. Pour information, sachez chers lecteurs, que l’Union des Associations Musulmanes de Seine-Saint-Denis a affrété une vingtaine de cars afin de soutenir le candidat-président à Villepinte… dont cinq, ne transportant que des femmes… avec foulard.

Pour cela… ni le voile, ni la séparation des sexes ne sont interdits ! Laïcité à géométrie variable.

Et pas un mot de cette pratique dans les médias… sauf dans le Canard enchainé !

02:35 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02 avril 2012

“La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine”

La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine

Valérie Amiraux, le 02 avril 2012

Le collectif Les mots sont importants a publié sur son site internet la version intégrale du texte de Valérie Amiraux et d’Alana Lentin, La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine, paru dans une version plus courte dans les colonnes du journal Le Monde (édition du 20 mars 2012). Le texte est reproduit ci-dessous.

Il n’y a aucun doute : la campagne pour les présidentielles 2012 a fait de la diversité culturelle, et en particulier de celle qu’incarnent les musulmans de France, un sujet central des positionnements de tous les protagonistes. Ces dernières semaines, cette agaçante évidence a mué en quelque chose de répugnant à mesure que se sont déployés les tirs croisés d’une véritable guerre culturelle engagée pour sauver les valeurs de la République et protéger les citoyens français.

Les rires de C. Guéant écoutant Serge Létchimy à l’Assemblée nationale, la moue mais l’absence de commentaires de Marine Le Pen confrontée, sur le plateau de Canal Plus, aux images de son père écoutant des commentaires sur le nez proéminent du candidat Sarkozy qui «rappellerait» ses origines…tout cela est loin d’être insignifiant.

Dans ce contexte, les récentes déclarations autour de la suppression du terme race dans la Constitution, proposition faite par François Hollande et critiquée par Nicolas Sarkozy, sont plutôt bénéfiques : en mettant sur le devant de la scène un terme supposément interdit au motif que ses fondements scientifiques n’ont aucune valeur, elles nous permettent de dire les choses en utilisant la bonne terminologie, d’attirer l’attention sur les glissements que permet l’interdiction de parler de race dans un contexte où, si elle n’a aucun signification biologique et juridique, elle n’en conserve pas moins une pertinence sociale et in fine politique.

Si la guerre culturelle est aussi explicitement engagée dans ces présidentielles 2012, c’est parce qu’insidieusement, à notre corps défendant et sans que nous ne puissions le nommer, une racialisation des différences culturellesnotamment religieusess’intensifie en France sur le terreau d’un racisme qui peine d’autant plus à dire son nom qu’il vise ici très précisément une population, celle des musulmans, présentée comme illégitime sur le plan de ses attributs culturels. Pourtant, C. Guéant nous avait bien assuré, et le Monde l’avait cru qui titrait en synthèse d’une entrevue avec le susdit le 2 janvier dernier : «L’islam ne doit pas être un sujet d’empoignades en 2012».

Voilà des positions tranchées, sur un sujet d’importance. D’un côté, François Hollande, candidat socialiste à la présidence, partisan d’un retrait du mot race de la Constitution. De l’autre, Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession, qualifiant sur Europe 1 cette proposition de ridicule. Depuis 2004, gauche et droite font pourtant globalement front uni dans la lutte contre l’islamisation potentielle de la France et tranchent dans le vif, en légiférant sur ce qui appert comme le plus consensuellement légitime d’exclure et multipliant les déclarations sur ce qui « dépasse » et contrevient aux règles de la vie en République, visiblement (les prières de rue) ou non (la viande halal).

On pourrait, par extension, rapatrier dans ce fourre-tout les arguments qui, par procuration, ont été rattachés à ce débat. La violence des jeunes dans les banlieues, l’islamisation des quartiers, la polygamie, la violence contre les femmes et l’homophobie des musulmans, les bruits et les odeurs. Ah non pardon, ça c’était quelqu’un d’autre. Un joyeux murmure, une petite musique doucereuse, confortée par les propos sur le mur pour empêcher l’immigration de A. Klarsfeld (celui qui dirige l’Office de l’immigration et de l’intégration), les civilisations de C. Guéant (celui qui fait des blagues sur les Auvergnats), la laïcité «positive» de Guaino et consorts (celui qui écrivit les discours de Riyad et Rome).

Qu’est-il arrivé à la race en France ? Elle a tout d’abord été séparée efficacement de la religion, au mépris d’une donnée de l’histoire significative, celle de la mission colonisatrice dont on oublie aussi qu’elle fut une mission de sécularisation, par exemple dans une Algérie dont on allait conquérir les femmes, qu’il fallait, dit Fanon, aller chercher «derrière le voile où elles se dissimulent et dans les maisons où l’homme les cache.» Le dénigrement de l’islam (et des musulmans) s’inscrit aussi dans ces traces.

L’expression du dégoût n’est pas validé en termes théologiques ou culturels, car ici le principe de neutralité constitutif du régime de laïcité permet l’égalité entre les cultes, mais bien incarné par le rejet de manières d’être et de faire qui n’ont pas disparu, «malgré» la puissance de la contrainte coloniale. De fait, les musulmans ont été exclusivement associés à une série de comportements socialement inacceptables (sexisme, violence conjugale, homophobie, cruauté envers les animaux) et menaçant la cohésion sociale.

Toutes les statistiques du monde ne suffisent pas à inverser la machine. L’institutionnalisation des inégalités hommes-femmes sur le marché du travail, le maintien des inégalités de salaire et d’avancement de carrière sont toujours moins importantes que la menace musulmane, celle des burqas, des burkinis, des horaires aménagés dans les piscines ou du choix du sexe de son gynécologue.

Toutes les explications sur la réelle signification du terme de laïcité, sur le fonctionnement de ses principes fondateurs et de ses finalités ne servent à rien. La scène est bien plantée et le président sortant, chantant en canon avec le Front national, y contribue activement. Au point qu’une proposition d’accorder le droit de vote aux étrangers au niveau local mute en une journée en débat sur la viande halal consommée en région parisienne à l’insu des consommateurs. Y compris à l’Élysée ?

Ce que permet l’irruption du terme de race dans ce contexte ? De faire le lien et d’affirmer la chose suivante : le sens produit par ce magma de déclarations publiques, en continu depuis 2007 et en accéléré depuis le début de la campagne électorale, et de décisions juridiques qui stigmatisent les musulmans en France ne doit plus être euphémisé. C’est du racisme. Et la différence culturelle, visible ou non, associées aux musulmans joue ici comme race.

La manœuvre de prestidigitateur proposée par Hollande nous place en réalité dans une impasse. Il ne s’agit pas pour nous de revenir sur l’enjeu juridique. L’affirmation constitutionnelle feint d’ignorer la race pour mieux exprimer la volonté d’en nier la valeur juridico-politique. Au-delà du constat, triste mais lucide, que la suppression du mot race ne supprimerait pas le racisme, il y a dans l’usage du terme race, comme dans celui du terme de civilisation, toute la prudence à apporter lorsque l’on mobilise un terme doté simultanément d’une signification analytique pour ceux qui observent le social et décrivent notamment les relations d’inégalités et de pouvoir entre les individus dans les sociétés, et d’un sens établissant une hiérarchie des valeurs reprise ad nauseam par tout un chacun, élu ou anonyme.

L’opposition au terme de race n’est pas une nouveauté. C’est, on le sait, la réponse choisie après la Seconde Guerre mondiale après la découverte des camps de concentration, inscrite dans le droit à différents niveaux dans un contexte, rappelons-le, toujours colonial pour la France et ségrégationniste aux Etats-Unis. En déniant la signification d’une pensée raciale et refusant désormais l’usage du terme race au motif de la condamnation des sciences raciales, les vainqueurs de l’Allemagne nazie pensent alors éradiquer la source principale du nazisme. On connaît plus particulièrement en France le rôle joué par Claude Levi-Straus dans le projet de l’UNESCO des années 50 de substituer ethnicité ou culture à la notion de race.

Ce jeu de passe-passe lexical n’a pourtant occulté ni la discrimination ni le racisme : la conviction de la supériorité de certains groupes sur d’autres, qu’on se réfère pour le faire à la notion de race, d’ethnicité, de culture, de religion ou de …civilisation.

Car c’est bien le racisme qui continue de donner tout son sens à la race. Désormais pensé de manière totalement dissociée de l’idée de la validité différentiation biologique entre les groupes humains, il continue d’opérer en inférant que les différences entre les individus sont naturelles et indépassables, inscrites au patrimoine génétique des cultures et des religions plutôt que des races, mot socialement tabou et politiquement peu correct.

De deux choses l’une : soit F. Hollande se pense magicien et voit la Constitution comme une baguette magique (à deux reprises : en constitutionnalisant le principe de laïcité et en retirant le terme de race), soit il est naïf (supprimer la race anéantirait le racisme ?), ce que nous ne pouvons croire. La déclaration saura séduire les indécis, ceux qui attendent un geste, un mot plus fort que la litanie nauséabonde des membres et proches du gouvernement. Mais ils ne doivent pas s’y tromper : Hollande ne s’engage pas dans une lutte corps et âme contre le racisme et la discrimination. Il ne renverse pas la machine raciste.

Au contraire, il se range avec Sarkozy et ses sbires dans le camp de ceux qui, de façon cosmétique et opportuniste, flattent une diversité relative, sélective et électoralement commode. En faisant cette proposition, Hollande aplanit tout désir de réfléchir au présent à la contribution de l’expérience coloniale à la naturalisation de la racialisation des altérités culturelles et religieuses. Il s’engage sur la voie du déni de leurs effets discriminants vécus au quotidien par des femmes, des hommes et des enfants qui, si cette proposition devenait réalité au lendemain de la victoire socialiste, demanderont avec raison des comptes à un président inconséquent.

20 mars 2012

«Muslim Pride» : quand l'islamophobie tourne à l'islamoparanoïa

«Muslim Pride»

Quand l'islamophobie tourne à l'islamoparanoïa

Par Pauline Compan, le 19 mars 2012

Déconstruire l'islamophobie ambiante. L'Institut des Cultures d'Islam (Paris 18e) a ouvert, jeudi 15 mars, un cycle de débats et de rencontres intitulé «Dépasser les islamophobies européennes» en parallèle d'une exposition, supervisée par Raphaël Liogier, sociologue et initiateur du concept social de «Muslim Pride», et préparée par ses étudiants de l'IEP d'Aix-en-Provence. Celle-ci se tient jusqu'au 29 mars dans les locaux de l'ICI. Pour l'inaugurer, une première conférence s'est tenue pour discuter de l'islamophobie, voire même «l'islamoparanoïa» qui secoue les sociétés européennes.

«Aujourd'hui il existe une peur d'un "ennemi intérieur", quelqu'un que l'on ne voit pas et à qui l'on prête des intentions.» Pour le sociologue Raphaël Liogier, l'islamophobie ambiante des sociétés européennes est différente du racisme des années 80. «Au fantasme du nombre s'est désormais superposé une intentionnalité, une volonté d'attenter à la culture française», continue M. Liogier. Une «islamoparanoïa» aurait donc touché les sociétés européennes.

Dans ces conditions, «islamophobie» est-il le bon terme ? «Nommer les choses est déjà un pas vers une reconnaissance d'un problème», poursuit le psychologue Eric Vandorpe. Et pourtant le terme divise. Car certains dénient l'existence de cette «peur irrationnelle» de l’islam et préfèrent invoquer la liberté d’expression pour justifier des discours virulents, empreints souvent d'ignorance sur l'islam.

«Le problème aujourd'hui, c'est aussi que le terme devient courant, il est revendiqué comme une manière de dire "j'ai la rage"», continue M. Vandorpe. Dans ces conditions, le psychologue ne se satisfait pas de ce terme car un «phobique» au sens clinique évitera la confrontation avec l'objet de sa peur, alors que les relents islamophobes de la société s'expriment, au contraire, ouvertement et justifient des lois islamophobes par des accusations envers l'islam, qui est supposé être sexiste et raciste.

Déconstruire les préjugés

Cette islamophobie sociétale qui tourne à l'islamoparanoïa s’exprime dans l'exposition présentée à l'ICI. Sur les murs de la première salle, des couvertures de journaux de toute l'Europe entendent refléter les préjugés, parfois violents, véhiculés par les médias à propos de l'islam.

Alors face à cette déferlante, les autres pans de l’exposition tentent de déconstruire l'objet médiatique qu'est devenu l'islam. Des clichés montés des musulmans de toute l’Europe, tandis qu'un autre tableau met en valeur les mots issus de la culture arabe couramment utilisés dans le vocabulaire français. Une exposition intéressante mais un peu courte, que les visiteurs peuvent venir voir gratuitement. Ils pourront profiter de leur venue pour participer aux ateliers et aux débats proposés par l'ICI jusqu’au 29 mars.

13 mars 2012

Fracture sunnites-chiites : Attention danger !

Attention danger !

Fracture sunnites-chiites

Tareq Ramadan le 02 mars 2012 à Lille

«L’un des grands dangers qui, aujourd’hui, menace la conscience musulmane contemporaine, c’est la fracture sunnites-chiites. Et, je peux vous dire que ça fait peur ! Cela fait peur parce que lorsque vous entendez des intellectuels laïques, des personnes que je respecte, des savants indépendants auprès desquels j’ai pu étudier, que j’ai lu et de les voir aussi rapidement tomber dans le piège sunnites contre chiites, qui prennent le côté de l’un comme le côté de l’autre, on ne peut que se dire : là on est tous en danger parce que cette fracture-là va être utilisée dans un sens ou dans l’autre.

C’est vrai que les pétromonarchies sont du côté de l’opposition à la Syrie parce que c’est d’une avant-garde sunnite qu’elles veulent. C’est vrai que le roi d’Arabie Saoudite a demandé aux États-Unis de couper la tête du serpent iranien. Et, il est vrai, en même temps, qu’en Iran, aujourd’hui, vous avez une réelle campagne de propagande pro-chiite.

Nous sommes dans l’obligation de faire un pas en arrière et de ne pas tomber dans ce piège. Il faut être du côté de la justice, du côté des peuples pour justement savoir déterminer qui est l’oppresseur…»

07 mars 2012

Mohamed Bajrafil : Entrevue sur le Salafisme

Mohamed Bajrafil

Entrevue sur le Salafisme

12:55 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06 mars 2012

10 façons d'éviter la fitna sur Facebook

10 façons d'éviter la fitna sur Facebook

14:56 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Halal-Cacher: Fillon demande aux juifs et musulmans de revenir sur les "traditions ancestrales"

Halal-Cacher

Fillon demande aux juifs et musulmans de revenir sur les "traditions ancestrales"

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AFP, le 06 mars 2012

En pleine polémique sur la viande halal, François Fillon a provoqué lundi la colère du Crif en suggérant aux juifs et aux musulmans de revenir sur les "traditions ancestrales" d'abattage rituel des animaux, qui ne correspondent plus aujourd'hui "à grand-chose".

Lundi matin, le Premier ministre, s'exprimant à titre personnel, a estimé sur Europe 1 que "les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n'ont plus grand chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé".

Ces déclarations ont suscité le mécontentement du président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, dont l'organisation entretient de bonnes relations avec Nicolas Sarkozy.

"J'ai été choqué de l'entendre s'exprimer ainsi", "la déclaration de François Fillon est stupéfiante", a déclaré à l'AFP Richard Prasquier.

"Même s'il dit que c'est à titre personnel qu'il s'exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l'Eglise et de l'Etat", a rappelé M. Prasquier.

Sollicité à plusieurs reprises, le Conseil français du culte musulman (CFCM) n'a pu être joint.

A l'UMP, la secrétaire nationale Salima Saa, étoile montante du parti majoritaire, s'est déclarée "attristée de voir s'étaler des jugements négatifs et dévalorisants sur les musulmans de France".

M. Fillon avait précisé sa pensée en affirmant qu'"on est dans un pays moderne". "Il y a des traditions qui sont des traditions ancestrales, qui ne correspondent plus à grand-chose alors qu'elles correspondaient dans le passé à des problèmes d'hygiène", a enchaîné M. Fillon.

"On pourrait y réfléchir", a-t-il ajouté, précisant toutefois que ce n'était "pas le jour et pas le moment d'engager ce débat".

Juppé mal à l'aise

La polémique sur la viande halal a été initiée par la candidate du Front national, Marine Le Pen, puis reprise par Claude Guéant qui l'a même liée au droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales.

Nicolas Sarkozy a pour sa part plaidé samedi à Bordeaux en faveur de "l'étiquetage de la viande en fonction de la méthode d'abattage". Lundi dans l'Aisne, il est revenu sur le sujet devant la presse, : "Un sondage disait il y a dix jours que le premier sujet de préoccupation des français, c'est cette question de la viande halal", a-t-il lancé, alors qu'il avait jugé le 21 février qu'il s'agissait d'une "polémique qui n'a pas lieu d'être".

Il n'est "pas judicieux" et "ce n'est pas le moment de parler" de l'étiquetage de la viande halal ou casher, a de son côté réagi le Grand rabbin Bruno Fiszon, spécialiste des questions d'abattage au Consistoire central.

"Si on veut informer, qu'on informe le consommateur sur tous les événements qui ont amené son steak dans l'assiette. Un étiquetage qui se focaliserait uniquement sur le rituel conduirait à une stigmatisation", a-t-il insisté.

M. Fillon a défendu la position du président-candidat et réfuté toute stigmatisation des musulmans et juifs de France: "On ne peut demander à la fois la traçabilité de tous les produits et ne pas souhaiter que les Français sachent ce qu'ils mangent".

Il n'a pas désavoué non plus Claude Guéant pour avoir établi un lien entre droit de vote des étrangers et viande halal. Le ministre de l'Intérieur a d'ailleurs répété lundi soir, quasiment dans les mêmes termes, ses propos sur un lien éventuel entre vote des étrangers et viande halal.

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a pour sa part pris ses distances avec le sujet. "J'ai déjà dit que le 'choc des civilisations' n'était pas ma tasse de thé. Je pense que le problème de la viande halal est un faux problème en réalité, qu'il y a d'autres vraies questions qu'il faut se poser", a déclaré le maire de Bordeaux.

«L’islam et le réveil arabe»

«L’islam et le réveil arabe»

Conférence organisée par European Muslim Network, le 25 novembre 2011 aux Facultés St-Louis, sur les thèmes suivants : «Le 11/09, l'Europe et les musulmans" – «L'Islam et le réveil arabe»  et «Sur les traces du mois de Ramadan» …

00:38 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05 mars 2012

Interdiction de salle lors de la conférence avec T. Ramadan, M.E Nabe et N. Ennasri : Honte aux imposteurs qui trahissent

Interdiction de salle lors de la conférence avec T. Ramadan, M.E Nabe et N. Ennasri

Honte aux imposteurs qui trahissent

CMF, le 5 mars 2012

Le Collectif des Musulmans de France dénonce avec la plus grande fermeté l'annulation, sans motif, de la réservation de la salle Courmont à Lille. En effet, le vendredi 2 mars devait s'y tenir une conférence avec Tariq Ramadan, Marc-Edouard Nabe et Nabil Ennasri autour du thème : "Des révoltes des quartiers en France au réveil arabe : enseignements et perspectives." Suite à un prétexte administratif fallacieux, la municipalité de Lille a décidé d'annuler le débat piétinant ainsi la liberté d'expression.

Il ne fait aucun doute que c'est la présence de deux intellectuels aux idées dérangeantes qui a motivé cette décision. Cette annulation est intolérable d'autant plus que ce n'est pas la première fois que M. Ramadan fait l'objet d'une censure sur le territoire français. Fort heureusement, les organisateurs de la rencontre ont pu se rabattre vers une solution de dernière minute et le débat a finalement pu se tenir dans des conditions décentes.

Il y en a assez de ces délits d'opinion à répétition qui ne visent pas uniquement M. Ramadan mais tous les discours qui s'opposent à la pensée unique et aux intérêts des thuriféraires du pouvoir. Il devient urgent de dépasser le stade de l'indignation. Le CMF invite donc tous ses concitoyens à sanctionner lors des prochaines échéances électorales tous les partis politiques qui ont un respect de la liberté d'expression à géométrie variable notamment à l'endroit d'intellectuels musulmans ou citoyens musulmans engagés et indépendants. Ces positions aussi lâches sont indignes de partis qui trahissent ainsi les principes républicains du pluralisme et du débat d’idées !

L'atmosphère de criminalisation de la pensée qui règne en France est aujourd'hui inquiétante. Après les colloques sur l'Apartheid israélien annulés récemment dans des universités à Paris et à Lyon, c'est au tour d'intellectuels d'être punis pour délit d'opinion. Plus que jamais la prudence citoyenne et la sanction électorale s'imposent pour exiger de la classe politique un minimum de respect et de dignité.

02 mars 2012

Hani Ramadan : "Je suis leader de ma vie"

Conférence

Hani Ramadan

"Je suis leader de ma vie"

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29 février 2012

L'Allemagne va former des imams dans ses universités

L'Allemagne va former des imams dans ses universités  

ActuVoilà, le 29 février 2012

L'Allemagne, où l'Islam est devenu la troisième religion, va pour la première fois former cette année des imams dans ses universités, notamment à Osnabrück où des prédicateurs suivent déjà une formation continue.

Dès la prochaine rentrée dans cette université du nord-ouest de l'Allemagne, un master en cinq ans permettra à 25 jeunes musulmans de devenir imams dans une mosquée, professeur de religion ou chercheur en théologie islamiques.

Une première dans un pays qui compte plus de 4 millions de musulmans, dont 45% ont la nationalité allemande, et où l'intégration des immigrés, en majorité turque, demeure difficile.

La chancelière Angela Merkel veut ainsi favoriser un Islam "made in Germany" plutôt qu'importé de l'étranger.

"Ma génération a grandi ici, l'Allemagne c'est notre patrie", explique le responsable de ce nouveau cycle d'études, Bülent Ucar, un Allemand musulman d'origine turque de 35 ans. "Si notre religion n'appartient pas à ce pays cela signifie que nous sommes aussi des étrangers".

"Mais dans 95% des mosquées en Allemagne, les prêches sont encore en turc, en bosniaque ou en arabe", explique le professeur.

Quelque 8.000 imams officiant de Hambourg à Munich sont des fonctionnaires de l'Etat turc envoyés dans les 896 mosquées ou communautés gérées par l'organisation Ditib, directement dépendante du ministère turc du Culte. La plupart parlent à peine allemand et ne restent que quelques années en Allemagne.

Dans le cycle d'études théologiques dispensé à Osnabrück, toutes les matières, de la philosophie à l'histoire de l'Islam en passant par les arts, seront enseignées en allemand.

Des cours spécifiques "liés aux problématiques européennes", selon M. Ucar, sur l'immigration, le christianisme ou le judaïsme, seront en outre dispensés. Et à l'issue de leur formation théorique, les étudiants feront "comme pour les études de théologie catholique ou protestante" un stage pratique dans une mosquée, détaille Bülent Ucar.

A Osnabrück, les imams ou les travailleurs sociaux employés dans des communautés musulmanes peuvent déjà suivre une formation continue. "Depuis le mois d'août dernier, nous nous retrouvons une fois par mois pour deux journées de séminaire", explique Ibrahim Petek, iman depuis huit ans d'une mosquée de Bielefeld (ouest). Au programme "l'étude du système scolaire, le droit, la Constitution ou les questions de société", poursuit-il, afin d'améliorer les connaissances du pays.

"Un imam est avant tout un transmetteur de la foi mais il est aussi un enseignant et accompagne ses fidèles dans des situations difficiles personnelles ou familiales", résume Bülent Ucar.

Durant un cours, l'enseignant autrichien, Moussal Al-Hassan Diaw, explique à une trentaine d'adultes les différences entre les modèles d'assimilation des étrangers de la France et du Royaume-Uni "où vous pouvez voir un policier en uniforme porter le turban sikh".

La classe comprend 90% d'hommes. Mais une dizaine de femmes - toutes voilées - se sont inscrites à la formation. "Mon objectif, c'est d'obtenir une qualification professionnelle pour le travail social que je fais dans ma mosquée depuis dix ans", souligne l'une d'elles, Rua Khwairah.

Micros éteints, on ne cache pas que certains musulmans conservateurs se montrent très méfiants à l'égard de ces formations.

"Ce qui est important", rétorque M. Ucar, "c'est de montrer via ces études que l'Islam et la démocratie, l'Islam et la liberté ne sont pas contradictoires".

15:33 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Recompositions des populations turques en France et en Allemagne

Recompositions des populations turques en France et en Allemagne

Par Maïtena ARMAGNAGUE* , le 01 juillet 2007

L’immigration turque, apparue dès les années 1960 en Europe (en Allemagne, en France, en Belgique et aux Pays-Bas) a connu des restructurations ayant pour effet une recomposition de son identité et du jeu politique de la Turquie. La logique de la migration a conduit à la formation d’une organisation de type diasporique, par l’importation en Europe des conflits et des tensions propres à la Turquie par le biais d’organisations politiques et religieuses.

L’Allemagne et la France sont les deux principaux pays d’accueil des immigrations turques; nous observerons, dans ces deux pays, les recompositions de ces communautés. Dans la tradition sociopolitique française à la fois humaniste et assimilationniste, l’immigration turque interroge la communauté scientifique et politique car elle se constitue sur une base communautaire, c’est-à-dire ethnique. De ce fait, l’immigration turque demeure, pour Michèle Tribalat, une «exception», au modèle républicain. En Allemagne, les politiques d’intégration, pourtant plus promptes à reconnaître les attributs minoritaires (religieux notamment), n’ont pas suscité l’acculturation systématique des populations turques au sein de la société. Il s’agira donc d’observer, en France et en Allemagne, les étapes de la construction de l’identité turque immigrée. Nous étudierons, dans ces deux pays, l’évolution des relations entre les minorités turques et l’Etat turc et les rôles joués par les agents communautaires (associations, organisations politiques et religieuses) dans cette évolution.

L’organisation communautaire

L’immigration turque en Europe a pour origine la concomitance de deux mouvements: le besoin de main d’œuvre dans les pays d’Europe occidentale durant les Trente glorieuses et les restructurations économiques et démographiques ayant lieu au même moment en Turquie. L’exode rural nourrissant le sous-prolétariat urbain des grandes villes turques, les pouvoirs publics turcs profitent des besoins en main d’œuvre des pays occidentaux pour diminuer le nombre de demandeurs d’emploi en envoyant ces «surnuméraires» au-delà des frontières et des responsabilités sociales nationales [1].

A ses débuts, l’immigration turque en Europe correspond au modèle allemand du Gastarbeiter (travailleur-invité dont la présence est temporaire); elle est caractérisée par l’entrée sur le territoire de travailleurs venus seuls pour accumuler un capital afin d’améliorer leur situation au retour. Cette première étape ne dure pas. Si un certain nombre de ces hommes est effectivement reparti en Turquie [2], la fermeture des frontières et le regroupement familial ont accéléré l’avènement de la seconde phase du processus d’immigration. Plus familiale, elle s’installe dans le temps; le projet de retour définitif en Turquie est abandonné.

Le regroupement familial va reconfigurer l’immigration turque: le lien à l’origine n’est plus aussi évident que lorsque femme et enfants sont restés sur la terre natale. Les Turcs vont donc soit s’assimiler progressivement, à la manière de la plupart des minorités ethniques qui les ont précédés, soit entretenir la logique migratoire de l’extranéité alors même que les familles ne sont plus géographiquement déchirées. C’est cette deuxième voie que les migrants turcs ont valorisée en recréant une «Turquie de l’extérieur» construite à partir de multiples réseaux d’appartenance politique et religieuse. Formés autour de la famille élargie et de la région d’origine, ils organisent concrètement l’immigration. Leur fonction essentielle est la préservation de la logique migratoire; ils tendent donc à demeurer hermétiques et homogènes culturellement, notamment grâce aux stratégies matrimoniales.

L’émergence d’une organisation diasporique (construite à partir d’organes communautaires internationalisés) n’a été possible que parce que les Turcs disposaient d’une vie associative et religieuse dynamique et de solides ressources économiques par le biais de l’ethnic business. L’Etat turc s’est, dans ce cadre, progressivement désinvesti de la structuration des communautés turques d’Europe.

L’organisation diasporique: l’affranchissement d’un Etat tutélaire dès la fin des années 1980

La diaspora repose sur une autonomie à l’égard de l’Etat du pays d’origine, elle vise à reconfigurer la politique intérieure au sein de celui-ci et s’installe dans la durée. Dans les premières étapes du processus migratoire, les immigrés demeuraient sous la tutelle d’Ankara qui organisait la migration, considérant la population immigrée comme une extension de la population nationale. Progressivement, les migrants sont parvenus à construire leur autonomie vis-à-vis de la puissance publique turque.

L’identité turque immigrée repose sur une interpénétration entre conscience religieuse et conscience nationale. Dans les premières étapes du processus migratoire, cet équilibre est garanti par l’Etat qui répond aux besoins cultuels et d’éducation des migrants. L’école turque (dispositif d’Enseignement en Langues et Civilisations d’Origine dont les instituteurs sont fonctionnaires d’Ankara) et le Dyianet, ministère des affaires religieuses (ses imams et ses associations), sont autant d’instruments de l’Etat-animateur de la migration. Mais cette animation est le fait d’une puissance parfois autoritaire qui parvient de moins en moins à s’adapter aux attentes et aux préoccupations nouvelles de populations dorénavant implantées dans des sociétés urbaines et non-musulmanes. Alors, ce qui peut apparaître comme de la «propagande kémaliste» à l’école turque ou une «censure» de l’islam au Dyianet est remis en cause par une partie de la population. Apparaissent des organisations politiques ou religieuses (ultranationalistes ou islamistes) concurrentes directes d’Ankara pour le culte et l’instruction des jeunes générations. Ces instances participent à la dé-légitimation de l’Etat aux yeux de leurs membres. Les «Turcs d’Europe» jouant un rôle non négligeable sur la scène politique intérieure turque, le véritable enjeu manqué par l’Etat est de ne pas les avoir laissés prendre leur autonomie, ce qui lui aurait permis de se prémunir contre les oppositions recomposées dans l’immigration. Face aux questionnements intérieurs et extérieurs des fondements kémalistes de l’Etat et des dérives de l’Armée, l’identité turque est investie par des organisations radicales qui ont su s’imposer comme nouveaux agents de structuration des communautés d’Europe.

Les nouveaux agents communautaires

Il existe une interdépendance entre les évolutions politiques en Turquie et les activités politico-religieuses des migrants [3]. Celles-ci peuvent viser la conquête de libertés ou remettre en cause la Constitution (garantie par l’Armée) et son principe fondamental: la laïcité. Nombre d’associations turques en Europe sont ainsi rattachées à des partis politiques en Turquie ou à des confréries.

Les ultranationalistes

En Europe, l’association Türk Kültür ve Sport Dernegi (Association sportive et culturelle turque), directement liée au MHP (le Parti nationaliste du mouvement) d’extrême droite, ne perd pas en dynamisme. Les militants du MHP sont les Loups gris. En dépit de sa partition interne, le MHP recomposé représente une force politique à part entière depuis les résultats électoraux de 1995 et de 1999 où il est arrivé en deuxième position après le Parti socialiste (DSP). Les Loups revendiquent leur appartenance à un panturquisme radical. Ils ont su séduire des jeunes qui, en réaction au contexte européen et français de rejet de l’adhésion de la Turquie dans l’Union, de crispation autour des problématiques arméniennes, kurdes et chypriotes et aussi de la vie amère dans certaines zones urbaines paupérisées, ont développé une «ethnicité fière» [4] construite sur un nationalisme patriotique. En Allemagne comme en France, le MHP dispose de lieux associatifs et de culte en concurrence avec ceux de l’Etat turc.

La percée islamiste

Fort de son premier grand succès électoral aux élections de 1991, le parti islamiste [4] devient une force politique incontournable en Turquie. En 1993, il remporte les élections municipales à Istanbul et à Ankara et les législatives de 1995. En 2002, l’AKP est le premier parti turc.

En 1993, Milli Görus (Vision nationale) est créé en France après avoir été fondé en Allemagne; il est attaché à la ligne de M.Erbakan du parti islamiste turc dont il est la version occidentale. Il est caractérisé par sa doctrine anti-kémaliste et teintée d’antisémitisme. Il anime une vie associative dynamique, met à disposition de ses adhérents un fonds funèbre, des lieux de culte et des imams, du soutien scolaire et des centres culturels et d’études théologiques. Il vient donc, lui aussi, se substituer aux activités de l’Etat et développe une approche politique de la religion.

Par un jeu de surenchère politique, la force de l’islamisme conduit à un durcissement des positions kémalistes. En 2002, si l’AKP est en tête, c’est le CHP, parti créé par Atatürk, qui arrive en deuxième position, ce qui révèle une vie politique turque crispée sur les questions du Kémalisme et de l’islamisme, crispations que l’on retrouve en immigration dans la concurrence entre les diverses organisations.

Les confréries orthodoxes

Prohibées par la République turque en vertu de la Constitution et du code pénal réprimant les activités anti-laïques, des confréries islamiques (Nurculuk et Süleymanci) se sont reconstituées dans l’immigration sous forme d’associations. Elles ne s’inscrivent pas dans la sphère politique mais peuvent l’influencer. Ces organisations, avec leurs lieux de culte, leurs enseignements coraniques, leur soutien scolaire, produisent une banalisation de l’islam rigoriste et une course à la vertu sur le marché spirituel. Les jeunes générations y sont plus sensibles, car elles en sont les premières cibles.

Les communautés turques d’Allemagne et de France s’affranchissent de l’Etat turc de manière parfois problématique du fait de la radicalité de certains agents communautaires. Pourtant, la construction nécessaire d’une culture et d’un islam turcs dans les sociétés d’Europe est aussi le fait d’organisations telles Milli Görus qui participent à l’existence strictement européenne de la «communauté» en lui créant un certain espace de liberté. D’autres initiatives plus spontanées, indépendantes politiquement et non radicales existent mais restent encore minoritaires; elles sont néanmoins un enjeu décisif pour l’avenir des populations turques d’Europe. La clé de cette évolution se trouve notamment dans les modalités d’intégration des secondes générations.

Notes : 

* Doctorante en Sociologie à l'Université de Bordeaux 2, chercheure au LAPSAC et au CADIS, en charge de la recherche relative à l'immigration turque en France et en Allemagne pour la Direction de la Population et des Migrations.

[1] L'Allemagne compte 2,1 millions de Turcs, soit près des deux tiers de la population turque immigrée en Europe. La France (deuxième pays d’accueil) compte 208.000 Turcs selon l’INSEE (1999); entre 350.000 et 400.000 selon le Consulat qui comptabilise les titulaires de la double nationalité.

[2] Establet, R. Comment peut-on être Français? 90 ouvriers turcs racontent, Fayard, 1997.

[3] Rigoni, I, Mobilisations, actions et recompositions. Migrants de Turquie et réseaux associatifs., Thèse de doctorat en Sciences politiques, Paris 8, 2000.

[4] Perroton, J, École et ethnicité. Une relation à double face., Thèse de doctorat de sociologie, Bordeaux 2, 1999.

[5] Refah (1980-1997) devenu le Fasilet jusqu’en 2001, date de sa scission entre le Saadet (ligne d’Erbakan) et l’AKP (ligne d’Erdogan).

03:03 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans, Turquie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |