28 février 2013

Un regard paranoïaque

Un regard paranoïaque

Maurice Tarik Maschino, le 28 février 2013

Il en est des sociétés comme des personnes : certaines perdent la raison, deviennent folles et s’enferment dans un délire. C’est le cas des sociétés européennes, qui s’enfoncent un peu plus chaque jour dans la peur de l’islam et des musulmans. Une peur panique, qu’analyse dans un essai absolument remarquable, Le Mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, de Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix en Provence, où il dirige l’Observatoire du religieux.

Que les musulmans s’apprêtent à conquérir l’Europe n’est pas seulement la conviction de quelques racistes primaires, elle sévit dans de nombreux milieux qui, en Angleterre, en France, en Suisse, dénoncent l’imminence d’une «invasion» : une «conférence anti-djihad internationale» s’est tenue à Zurich en 2010 ; à Paris, la même année, ont été organisées des «assises internationales sur l’islamisation de nos pays».

Ce délire a pris forme à la suite de la Révolution iranienne de 1979, puis de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran. Les attentats qui ont frappé la France et l’Espagne dans les années 1980/1990, la fatwa contre Salman Rushdie, la destruction des tours de Manhattan, les prises d’otages, les déclarations intempestives de certains dirigeants maghrébins à l’ONU (1) ont modifié le regard des Européens sur l’islam : au «regard méprisant» du XIXe siècle, au «regard effrayé» des années 1980 a succédé, précise R. Liogier, «un regard paranoïaque». Autrement dit, un regard fou, totalement déconnecté du réel, l’interprétant de façon toujours négative/agressive et transformant le fait le plus banal en preuve accablante.

Un regard qui prête à l’autre des plans machiavéliques, prend les propos les plus sensés pour autant de mensonges et voit par exemple dans la concentration de musulmans dans certains quartiers la «conquête» d’un territoire, dans les prières de rue du vendredi une «provocation», dans la construction de mosquées un défi à la chrétienté, dans les minarets le marquage islamique du ciel européen et dans les entrailles «surproductives» des musulmanes des fabriques d’«envahisseurs».

Répliquer à ces paranoïaques que, faute de ressources, les musulmans les moins aisés s’établissent dans les quartiers les moins chers, qu’ils prient dans la rue faute de mosquées – il n’y en a que 1990 en France et seules 23 ont un minaret –, qu’ils ne refusent pas de s’intégrer mais qu’en face, on fait tout pour les tenir en marge, ces objections sont d’emblée récusées. Dans leur délire, ces malades contestent jusqu’à l’objectivité des statistiques.

Les «envahisseurs» ne représentent que 4% de la population européenne et 3,5% de la population française. Leur taux de fécondité ne cesse de baisser, dans leurs pays d’origine comme en Europe : il est de 1,75% en Algérie, de 2% en Tunisie, de 2,2% en France (moyenne nationale : 2,1%). Un peu partout, le taux de renouvellement des générations (2,1%) est insuffisant ou au point mort. Au total, précise R. Liogier, «on dénombre dans l’UE entre 12 millions (fourchette basse) et 16 millions (fourchette haute) de musulmans pour une population de 500 millions d’individus» ; on est «très loin des 50 millions fantasmés».

Chiffres inaudibles, «trafiqués» pour ceux qu’habite le cauchemar d’une Europe en voie d’islamisation et qui deviennent, pour les musulmans, de plus en plus dangereux. S’il est des fous paisibles, les paranoïaques, eux, n’hésitent pas à passer à l’acte. A titre individuel comme de façon officielle.

A titre individuel : refus de crèche, refus d’école, refus d’emploi, refus de logement – de plus en plus souvent, les portes se ferment dès qu’un musulman se présente. Les discriminations sont en hausse dans tous les pays. Comme les agressions contre les personnes, qui ont été 9 fois plus fréquentes en France en 2011 qu’en 2010, comme les actes d’islamophobie, qui ont augmenté de 33% la même année, comme les actes de vandalisme contre les mosquées, plus 2%.

Comportements de voyous ? Certes. Mais les dirigeants politiques donnent l’exemple, qui, à force de lois et de réglementations diverses, s’acharnent contre les musulmans, qu’il s’agisse de la loi anti-burqa de 2011, de l’interdiction pour les mères qui portent un foulard de participer à des sorties scolaires, ou, pour des nourrices, de garder chez elle leur foulard lorsqu’elles accueillent des enfants. Qu’ils soient pratiquants ou pas, boivent du vin ou préfèrent l’eau minérale, fréquentent les cafés plutôt que les mosquées n’a aucune importance : les musulmans sont des musulmans et, comme tels, doivent être surveillés, contrôlés, tenus à l’écart ou à distance, éventuellement emprisonnés et si possible renvoyés dans leurs douars d’origine.

L’Europe, qui n’est plus «la référence mondiale», «est nostalgique de sa gloire passée», écrit R. Liogier. Le mythe de l’islamisation redonne un sens aux choses. Le paranoïaque antimusulman a besoin du musulman parce qu’il lui redonne une cause, une raison de lutter». «Boucs émissaires d’une crise d’identité européenne», les musulmans du Vieux Continent n’ont pas fini de souffrir.

1)  «Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour conquérir l’hémisphère Nord. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire» (Houari Boumediène)

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Tareq Oubrou : «Les musulmans doivent s’adapter à la société française !»

«Les musulmans doivent s’adapter à la société française !»

Tareq Oubrou (recteur de la Mosquée de Bordeaux), 28 février 2013

La chose est assez rare pour être soulignée, il est encore possible de parler de l’islam de France en toute sérénité. Ce que vient de faire “L’Express” en donnant la parole à Tareq Oubrou.

Vous estimez que les musulmans doivent s’ajuster à la société dans laquelle ils vivent, française en l’occurrence. De quelle manière ?

En partant des réalités concrètes qui l’entoure. Il faut que les musulmans puissent accorder leurs gestes à leur foi sans perturber le fonctionnement de la société par des revendications outrancières, quitte à renoncer à une certaine visibilité. Le tout ou rien est néfaste et aboutit à une voie sans issue, qui alimente la peur chez les non-musulmans. On est musulman lorsqu’on a la foi ; c’est la grâce de Dieu qui sauve. Les pratiques cultuelles, elles, sont aménageables. Les prières peuvent être effectuées après le travail, par exemple, ou le jeûne du ramadan reporté en cas de maladie. Le vrai problème concerne les comportements qui relèvent de l’éthique personnelle et qui sont devenus des marqueurs pour beaucoup de musulmans: manger halal, porter le voile… Avec le halal, nous ne sommes pas dans le sacré. Le fidèle a seulement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de l’animal. Quant au voile, je n’ai trouvé aucun texte qui oblige la femme à se couvrir la chevelure. Le combat que les musulmans ont mené pour le port du voile me désole, parce qu’il donne une image négative de la façon dont l’islam perçoit la femme. Cette tendance à tout ritualiser conduit certains fidèles à parler plus de la pratique que de Dieu lui-même !

Les fidèles peuvent-ils s’appuyer sur les imams pour suivre cette voie?

Les imams sont malheureusement souvent les ventriloques des associations qui les salarient et qui sont tenues le plus souvent par des migrants de la première génération. Ces associations ne veulent pas d’imams intellectuels, mais des imams venus du bled, qui ne leur coûtent pas cher, ne font pas de vagues, et qui maintiennent le statuquo théologique. Dans les prêches, les problèmes comme l’échec scolaire, la drogue, l’usage de la raison et du bon sens critique, ne sont pas abordés, alors qu’ils devraient être l’occasion de responsabiliser les musulmans dans la société. Nous avons à Bordeaux un institut privé de formation, où une vingtaine de jeunes apprennent à penser la foi musulmane dans un environnement sécularisé, en tenant compte du droit français notamment. Dans cet institut, je veux avant tout former des gens équilibrés, car quelqu’un qui a des comptes à régler avec la société ne peut pas faire un bon imam. Avec le temps, nous espérons pouvoir développer des spécialités qui répondent aux attentes de la société: économie, bioéthique, etc. L’engagement dans la société : voilà l’antidote à l’esprit de victimisation si répandu dans la communauté musulmane.

Vous appartenez depuis longtemps à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), dont l’image s’est ternie ces dernières années. Ses détracteurs lui reprochent de s’être notabilisée, de ne pas suffisamment faire de place aux jeunes, d’inviter des prédicateurs polémiques… Pourquoi être resté ?

Je suis un homme très fidèle. Bien que je sois loin d’être d’accord sur tout, c’est à l’UOIF que j’ai appris la démocratie, la tolérance et le sens de la responsabilité qui m’ont mené sur le chemin que je poursuis aujourd’hui. Pour moi, l’UOIF ne doit pas intervenir sur le plan politique, par exemple; c’est une organisation religieuse. Elle est aujourd’hui profondément en crise, c’est vrai. À mes yeux, soit elle change radicalement, soit elle disparaît.

Et le Conseil français du culte musulman ? Faut-il le maintenir, en dépit de son manque cruel de représentativité ?

Le CFCM était nécessaire pour donner à l’Etat un interlocuteur. Mais je pense qu’il faut repartir de la base. On pourrait commencer par organiser des assises de l’islam en France rassemblant des imams, des théologiens, des penseurs, des présidents d’associations … L’islam est une religion qui vit sur le terrain, partout dans l’Hexagone. En revanche, il est encore beaucoup trop marqué par une représentation ethnique – marocaine, algérienne, tunisienne… Il n’existe pas d’islam de France, mais un islam maghrébin de France.

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Conseils du recteur de Al-Azhar aux jeunes prêcheurs musulmans en Europe

Conseils du recteur de Al-Azhar aux jeunes prêcheurs musulmans en Europe

ACRE, le 27 février 2013

Ahmed at-Tayyeb, recteur de l´université de Al-Azhar a demandé aux jeunes prédicateurs musulmans en Europe de se mettre en contact avec les autres musulmans européens pour résoudre leurs problèmes. «Le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche islamique doit garantir la tranquillité des citoyens musulmans afin qu´ils puissent coexister en paix sans tenir compte de la couleur, la race et la religion. Les différences du point de vue religieux ne doivent être un obstacle pour la paix sociale. La différence est un fait universel et continuera de l´être jusqu´au jugement dernier. Ces mots ont été prononcés, selon le journal égyptien Al-Chourouq, par Ahmed at-Tayyeb devant une délégation de musulmans irlandais présidée par Hassan Halawa, secrétaire général du Conseil de la Fatwa et de la Recherche Islamique et l´imam de la mosquée de Dublin, Muhammad Hussein.

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27 février 2013

Rachid Nekkaz annonce avoir régler aujourd’hui sa 600ème amende pour port du niqab

Rachid Nekkaz annonce avoir régler aujourd’hui sa 600ème amende pour port du niqab

(France et Belgique confondues)

Islam en France, le 26 février 2013

Rachid Nekkaz est fondateur et porte-parole de «Touche pas à ma constitution», une association qui milite pour "défendre la liberté des femmes qui veulent porter le niqab", fondée en juillet 2010 quand la loi interdisant de sortir le visage masqué dans les rues françaises a été voté au Sénat. L’homme, qui indique avoir fait fortune sur Internet et dans l’immobilier, s’engage à régler l’amende à la place de toutes les femmes verbalisées pour cette cause. «J’incite ces femmes qui veulent porter le niqab à la désobéissance civile mais dans le respect républicain» précise t-il, devant le guichet du Trésor Public, accompagnée de la contrevenante entièrement voilée, verbalisée à Villiers-sur-Marne, en montrant les deux billets de 100 euros sortis de son portefeuille. «Si ces femmes sont verbalisées, elles doivent payer une amende, mais la République m’autorise aussi à la payer pour elles» explique le natif de Villeneuve-Saint-Georges, qui annonce régler aujourd’hui sa 600ème amende pour port du niqab (France et Belgique confondues).

S’il se dit personnellement contre le port du niqab, Rachid Nekkaz entend «défendre la laïcité. Il s’agit de permettre aux gens de s’habiller comme ils le veulent dans la rue, patrimoine universel de la liberté dans les états de droit», insiste-t-il.

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26 février 2013

«L’Islam est un instrument d’influence» : Pujadas

 «L’Islam est un instrument d’influence»

Pujadas

"Lors de l’invitation de l’imam de Drancy et de Pujadas («agissons avant qu’il ne soit trop tard») chez Zemmour & Naullau, David Pujadas pose une analyse pertinente. Pour David Pujadas, c’est sans doute l’affaire des investissements qataris dans les banlieues et grandes entreprises françaises, qui marque une rupture avec les analyses classiques des rapports  islamo-françaisL’Islam d’hier était sous-traité aux pays du Maghreb, aujourd’hui c’est l’Islam mondial qui sous traite le bon développement de l’islamisation en France…

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L’islam, "défi pour l’Europe", selon Valls

L’islam, "défi pour l’Europe", selon Valls 

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Christophe Lamfalussy, le 26 février 2013

Manuel Valls voit dans l’islam radical une pensée totalitaire et plaide pour l’ordre.

Homme politique le plus populaire de France, à gauche comme à droite, Manuel Valls, 50 ans, le ministre de l’Intérieur, s’est bâti une réputation de "Sarkozy de gauche", comparaison qui l’amuse. Il était lundi soir l’invité des Grandes Conférences catholiques à Bruxelles. Peu avant, il a accordé cette interview exclusive à "La Libre Belgique".

Le président du parti tunisien d’Ennadha, Rached Ghannouchi, vous reproche d’avoir parlé de “fascisme islamique”…

Je n’ai pas vocation à polémiquer avec le leader d’un parti tunisien. C’est Jean-Pierre Elkabbach qui, le premier, a parlé de fascisme islamique.

Mais vous l’avez repris à votre compte…

Bien sûr, parce qu’il y a des formes de totalitarisme. Quand au nom d’un islam radical dévoyé, on tue des responsables politiques, on nie la condition de la femme, on brûle des mosquées et des livres, comme à Tombouctou c’est une pensée totalitaire. Il ne faut jamais l’oublier : les musulmans sont les premières victimes de ce totalitarisme et de cet obscurantisme. Il faut que l’islam puise dans son histoire, dans ses valeurs, pour combattre ce radicalisme et cette violence qu’une minorité porte.

La France est-elle menacée par ce radicalisme ?

La France, comme l’Europe, ont un défi tout à fait extraordinaire à accomplir. L’islam est devenu en quelques années la deuxième religion de notre pays, avec quatre à six millions de Français ou de citoyens résidant en France de confession musulmane. Nous comptons entre 2 200 et 2 300 lieux de culte. La France et l’Europe doivent faire la démonstration que l’islam est compatible avec la démocratie, les droits de l’homme, la condition de la femme et la séparation de l’Etat avec les Eglises. Il y a très peu d’exemples dans l’histoire de l’humanité où en aussi peu de temps une religion a pris son essor dans un pays. [ ] Il nous faut en peu de temps faire accepter cette religion, combattre les peurs et affirmer des règles pour que l’islam trouve sa place.

Vous faites le pari que l’islam est soluble dans la tradition française ?

Nous devons faire ce pari. Aujourd’hui une majorité de Français doutent.

Comment réussir ?

D’abord, en luttant contre le racisme, les actes envers les musulmans et contre l’antisémitisme. C’est difficile en période de crise économique. Le rôle de l’éducation, la place de l’histoire des religions à l’école sont aussi importants. Il faut aussi que l’islam s’organise. Il faut créer les conditions d’un islam français, que nous formions des imams français qui parlent français dans nos universités, avec une influence de moins en moins étrangère. La question se pose aussi pour les lieux de culte. Je ne cache pas mon inquiétude sur des financements qui viennent du Maghreb et des pays du Golfe. Nous avons intérêt à avoir des financements qui viennent de France, qui gagnent en transparence.

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24 février 2013

Eviter la fitna sur Facebook:Nader abou Anas

Eviter la fitna sur Facebook 

Nader abou Anas

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18 février 2013

Voyage d'une âme mécréante Feiz Muhammad

"Voyage d'une âme mécréante"

Feiz Muhammad

"Qu'est-ce qui arrive à l'âme après votre dernier souffle ? Dans cette conférence, Sheikh Feiz décrit ce qui arrive à l'âme d'un mécréant après avoir quitté cette vie. Découvrez comment l'âme du mécréant sera péniblement arrachée de son corps et prise par les anges qui ne veulent pas le toucher ..."

(Attention, cette vidéo peut heurter les âmes sensibles !) (Rachid Z)

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L'Europe face aux nouvelles générations musulmanes

L'Europe face aux nouvelles générations musulmanes

Par Ndeye Andújar*, le 17 février 2013

L'enseignement religieux dans les écoles…

Différentes approches de l'éducation religieuse existent à travers l'Europe, de l'éducation religieuse laïque à l'enseignement "trans-curriculaire" de l'Islam, en passant par l’enseignement dispensé hors du cadre scolaire. Concernant l’enseignement hors du cadre scolaire, il existe des inquiétudes au sujet des formateurs –imams et autres- venant souvent de pays étrangers, sans qualification formelle et avec peu de connaissance du contexte social et culturel européen (rapport de l'EUMC, 2006).

Au cours des dernières années, le problème de l'enseignement religieux dans les écoles a inondé les médias. En outre, dans le cas de l'Islam, le débat semble être conditionné par des préjugés alimentés par les discours provenant de l'extrême-droite, de certains médias et de certains politiques.

D'autre part, si nous considérions le cas de l’Espagne, les craintes portent sur la propagation des lectures fondamentalistes. Des craintes qu’il faut situer dans le contexte international et qui génèrent deux arguments essentiels contre l’enseignement de l’Islam :

• L'éducation religieuse Islamique pourrait rendre les jeunes plus isolés (les ghettoïser).

• Les écoles publiques, si elles devaient enseigner l’Islam, deviendraient des instruments pour propager des valeurs contraires au système démocratique, aux droits de l'homme ou à l'égalité des sexes.

Or, l’enseignement religieux peut être un outil dans la lutte contre l'analphabétisme religieux et le respect de la diversité.

Afin de mieux comprendre les «autres», nous devons apprendre à nous connaître. Il est crucial de montrer les nombreux parallèles entre le Coran, la tradition prophétique et les sources bibliques, les Évangiles, ainsi que la relation entre l'Islam, la pensée grecque et les cultures de l'Ancien Proche-Orient.

L'islamophobie et les jeunes générations...

Les tendances racistes et islamophobes enregistrées dans les différents rapports à travers l'Europe nous offrent un reflet inquiétant sur ​​la discrimination, dans des domaines aussi déterminants en matière d'intégration, comme le travail, l'éducation et le logement. La religion musulmane est constamment présentée comme une source inhérente du terrorisme.

En 2005, une publication par le Conseil européen intitulé «l'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes» définie l’islamophobie comme «la peur ou les préjugés contre l'Islam, les musulmans et tout ce qui touche à cette religion. Qu'elle prenne la forme de manifestations quotidiennes de racisme et de discriminations, ou d'autres, des formes plus violentes, l'islamophobie constitue une violation des droits de l'homme et une menace pour la cohésion sociale».

Selon les personnes interrogées dans le cadre de cette publication, même dans les cas où les musulmans en question sont des ressortissants d'un Etat membre européen, ils peuvent se sentir exclus. Ils sentent qu'ils sont perçus comme des étrangers qui constituent une menace pour la société, et qu'ils sont traités avec suspicion. Ce sentiment semble être plus fort chez les jeunes musulmans nés en Europe que chez leurs parents. Alors que les deuxième et troisième générations sont à bien des égards mieux intégrés que la première, en même temps, leurs attentes sont plus grandes, et donc l'exclusion est ressentie plus fortement (Islamophobie, 2005a).

Ils estiment également que l'intégration étant un processus à double sens, la pression continue sur les musulmans à s'intégrer signifie que, dans la pratique, l’attention est portée sur un seul versant de ce processus. Ils soutiennent que leur sentiment d'appartenance est intimement lié à l'égalité de traitement qu'ils attendent du reste de la société.

Il existe un aspect positif qui doit être mis en évidence. Dans les pays où existent une deuxième et une troisième génération, une nouvelle génération de jeunes est en train d’émerger. Une génération plus instruite, occupant des places élevées dans l’échelle sociale, déterminée à affronter tous les jours les problèmes sociaux, et engagé dans le développement d'une société multiculturelle qui soit ouverte et équitable (Islamophobie, 2005b).

La participation des jeunes à la vie politique…

Un groupe de travail dénommé «Forum de la Jeunesse Musulmane Européenne et des Organisations Etudiantes (FEMYSCO )» a étudié trois questions principales relatives à la participation politique de la jeunesse musulmane européenne : la situation des jeunes hommes et femmes musulmans qui souhaitent participer à la vie politique dans les pays respectifs ; les obstacles qu'ils doivent affronter et le rôle que jouent les ONG dans la promotion de l'engagement politique.

La première déclaration faite par les participants du forum, constate que le nombre de citoyens de confession musulmane diffère d'un pays européen à l'autre, mais que dans tous les pays, leur engagement politique était en mauvaise voie. Et les participants du forum pensent que le système politique européen n'est pas favorable à la participation des jeunes musulmans.

Dans la plupart des cas, l'engagement politique se heurte à une série d'obstacles, l'une étant le fait que des personnalités politiques ne reconnaissent pas les jeunes musulmans. Parmi les autres obstacles il y a la laïcité, la perception que les médias donnent des musulmans, les préjugés, le manque de fonds et l'absence de modèles positifs pour les jeunes. Des ONG encouragent les jeunes -hommes et femmes- à "participer" dans différents domaines (responsabilités sociales, économiques et civiques), mais il est rare que leurs actions conduisent à des engagements réels.

Il est intéressant de souligner les propositions faites par ce groupe de travail, autant pour les individus que pour les ONG : le respect des droits de l'homme, le renforcement de l'engagement des individus à la citoyenneté et la sensibilisation des organisations au problème de la discrimination contre les musulmans. Souvent, ces pratiques discriminatoires sont associées avec le rejet de certains droits, comme par exemple le droit à l'éducation en France ou le droit de travailler en Italie.

Les jeunes qui ont mené cette enquête affirment qu’«en tant que citoyens musulmans, l'Islam guide leurs actions quotidiennes et les dirige à respecter la loi des Etats démocratiques de l'Europe dans laquelle ils vivent, à moins que ces lois ne deviennent injustes ou contraires aux principes d’exercice de la liberté religieuse». Un problème peut exister quand les jeunes musulmans sont empêchés de pratiquer leur religion (par exemple, si les jeunes filles sont exclues des écoles –en France, pour port du hijab), ce qui peut conduire à une remise en cause de la loi (FEMYSO, 2003).

Vers un Islam européen ?...

La présence des musulmans en Europe peut contribuer à la transformation de la pensée islamique. Avec chaque nouvelle génération, la nécessité de faire émerger un Islam autochtone va progressivement être mise en avant. Aux jeunes générations de créer les conditions pour une autre culture islamique en Europe, à travers un discours universel.

Pour Olivier Roy, le discours théologique islamique en Europe ne prend toujours pas en compte ces innovations culturelles, mais il est possible de dire qu'il y a les prémices d'un renouveau de la réflexion théologique.

En termes généraux, il existe deux approches différentes dans ce domaine : d'une part, il y a les partisans d'une adaptation du fiqh (jurisprudence islamique) en conformité avec le contexte des sociétés européennes, de l'autre, il y a les défenseurs d’une vision globale, ce qui entraînerait une évolution de la théologie islamique dans son ensemble, et, par extension, les sociétés musulmanes.

La première approche est représentée par le Conseil européen de la fatwa . Ce conseil est chargé de développer des opinions juridiques sur les questions qui touchent les musulmans en Europe (mariage, l'héritage, la société consumériste, le divorce, et ainsi de suite).

Le second, dont le principal promoteur est Tariq Ramadan, défend une approche universaliste. Dans son livre Les musulmans d’Occident et L'avenir de l'Islam, il jette les bases d'une identité musulmane européenne. Ramadan estime qu'il est nécessaire pour les nouvelles générations de développer leurs propres réflexions sur les principes et l'éthique de la religion, ainsi que sur leurs racines dans les sociétés sécularisées. Pour ce faire, ils doivent non seulement étudier les sources musulmanes- puisque c'est ainsi qu'ils seront en mesure d'apporter une nouvelle lecture de l'Islam, adaptée aux temps modernes - mais ils doivent également créer un cadre de référence qui offre aux citoyens musulmans les moyens de vivre et de s'engager de manière satisfaisante dans leur société.

Ramadan rejette l'«approche binaire» que contient, dit-il, la notion de minorité. En effet, car cela comporte, croit-il, l'idée d'une opposition entre «eux» et «nous». C'est ce qui justifie sa critique de l’idée d’une «sharia des minorités».

En revanche, les défenseurs d'un fiqh européen estiment que la suggestion de Ramadan pourrait conduire une vision catholique de l'Islam. En tout cas, ce que les deux approches ont en commun c’est la nécessité de contextualiser l'Islam sur le sol européen.

En Espagne, le travail actif de musulmans convertis- en particulier, le travail de «Junta Islámica» [Conseil Islamique], une association créée en 1989 qui a développé l'accord de coopération avec le gouvernement- joue un rôle important dans la création d'un Islam espagnol. Selon Mansur Escudero, président de l’association, «l'Islam, comme la voie spirituelle suivie par un cinquième de l'humanité, ne peut pas continuer à être entravée par des éléments culturels ou politiques. Il est temps de mettre en évidence la spiritualité comme un élément positif de développement personnel, accentuant les valeurs coraniques universelles telles que la générosité, l'hospitalité, la solidarité et l'amour de ce qui est bon et beau, dans le cadre du plein respect de toutes les croyances et les cultures». Cette déclaration de principes résume la vision des musulmans espagnols, pour qui l'Islam est une éthique et une recherche spirituelle.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que malgré les conflits et les tensions les musulmans sont de plus en plus à revendiquer leur droit à une identité multiple. Jusqu'à présent, les études sociologiques ainsi que les perceptions des jeunes musulmans en Espagne (par exemple) ont mis l'accent sur l'élément migrateur, mais les générations nouvelles devront faire face à de nouveaux défis qui dépassent les oppositions entre Islam et citoyenneté.

*Ndeye Andujar est professeure d'espagnol (Paris), vice-présidente du Conseil Islamique Catalan

13 février 2013

Les Roms de Bulgarie répondent à l’appel de l’islam

Les Roms de Bulgarie répondent à l’appel de l’islam

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Oumma.com, le 12 février 2013

Dans une Bulgarie qui compte en son sein la plus forte proportion de musulmans à l’échelle européenne - la communauté musulmane représentant 15% des 7.3 millions d’habitants - et où l’islam a fait depuis longtemps la preuve éclatante de sa compatibilité avec la démocratie et son environnement chrétien, la minorité Rom répond irrésistiblement à l’appel de la troisième religion monothéiste.

Pour le chercheur Alexey Pamparov, il faut remonter aux années 90 pour comprendre les raisons de ce phénomène de conversions actuellement en pleine expansion, quand l’Etat bulgare brillait alors par sa démission dans les ghettos, abandonnant les Roms à leur triste sort. Cette désertion du pouvoir a permis aux évangélistes d’investir le terrain, se faisant fort de ramener ces brebis égarées dans le droit chemin, en prêchant la bonne parole, en proscrivant la consommation d’alcool, et en incitant à trouver un travail honorable.

Vingt ans plus tard, l’islam a supplanté le christianisme dans les cœurs des grands laissés-pour-compte de la Bulgarie, Alexey Pamparov ayant observé une nette diminution des vols, larcins, proxénétisme et prostitution, là où la foi en Allah et les préceptes coraniques réchauffent les âmes de la meilleure des flammes.

A l’instar de Shasine et son mari, tous deux chrétiens dans leur précédente vie, les Roms sont nombreux à embrasser l’islam, les plus fervents d’entre eux se reconnaissant au niqab revêtu par leur épouse, alors que l’immense majorité des musulmanes bulgares arborent le foulard islamique.

C’est le conjoint de Shasine, un ouvrier du bâtiment, qui a eu le premier le déclic, au cours d’un chantier à Vienne, en Autriche, tandis qu’il était hébergé, comme les autres travailleurs immigrés, par la communauté musulmane locale. De retour en Bulgarie, Angel, métamorphosé et répondant désormais au prénom de Moussa, se mit à parfaire sa connaissance de l’islam dans une mosquée, jusqu'à en devenir l’imam Ahmed Moussa.

Parmi la nouvelle génération de Roms pour qui l’islam fait sens, une frange minoritaire est attirée par le courant salafiste, comme c’est le cas de Habibe, 35 ans, et de sa jeune épouse Lyudmila, devenue Melek, dont on ne distingue que le regard bleu sous son voile intégral noir.

"L’islam m’a ouvert un océan de connaissances", a déclaré la jeune femme (photo ci-dessus) à l’AFP, cette dernière ayant été contrainte de quitter les bancs de l’école à l’âge de 14 ans, avant de justifier son mode de vie : "Je porte le niqab depuis maintenant trois ans, car je veux me réserver exclusivement pour mon mari et m’assurer ainsi une place au paradis". C’est dans le magasin de leur sœur en Dieu Shasine, que le couple fait ses emplettes et trouve son bonheur grâce à des niqabs importés de Turquie.

Dernièrement, une douzaine d’imams et d’enseignants de la branche salafiste ont été sous le coup d’une inculpation pour «diffusion d’une idéologie anti-démocratique», parmi lesquels figurait l’imam Ahmed Moussa qui n’a cessé de clamer son innocence.

L’affaire, qui a défrayé la chronique, a fini par un non-lieu, mais a rappelé des heures sombres, ravivant le funeste souvenir des années 80, lorsque des centaines de musulmans, victimes d’une implacable politique de «bulgarisation» menée par la main de fer du dictateur communiste Todor Jivkov, ont été forcés de prendre des patronymes bulgares, tandis que 300 000 d'entre eux, refusant de s’y résoudre, ont choisi l’exil.

15:11 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11 février 2013

Face à constante diabolisation des musulmans...

Face à constante diabolisation des musulmans...

Face à constante diabolisation des musulmans faite par les médias et la classe politique, le collectif Amanah (Loyauté en arabe), se réclamant de l'Islam traditionaliste, est allé à la rencontre d'Alain Soral, écrivain dissident et Président d'Egalité & Réconciliation.

Cet entretien exclusif, réalisé au Théâtre de la Main d'Or de Dieudonné, a été l'occasion d'aborder plusieurs questions relatives à la présence musulmane en France, et de faire une clarification de certains points régulièrement abordés par Alain Soral.

Nous espérons avoir fait un pas de plus, inch'Allah, vers la réconciliation des français de toutes origines, malgré la volonté oligarchique de les pousser à l'affrontement.

Aperçu des sujets Abordés lors de l'interview:

L'historique du parcours d'Alain Soral et de sa relation avec les musulmans de France - Les musulmans d'Egalité & Réconciliation - Le système de valeurs de l'Islam - Imran Hosein et les autres prédicateurs musulman - Tariq Ramadan - Les révolutions arabes et le projet mondialiste - L'"Islamo-sionistes" & L"islamo-racailles",... - La chute du régime Kadhafi - Islam et démocratie - Abdelaziz Chaambi, Houria Bouteldja - L'Institut du Monde Arabe - Le modèle républicain, la gauche et l'indigénat réel, la structuration de la communauté musulmane de France - Précisions sémantiques : "salafisme", "extrême-droite", "antisémitisme" - Le combat est-il perdu ?

01:29 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07 février 2013

MONTREUX : Un élu demande un carré musulman au cimetière de Clarens

MONTREUX

Un élu demande un carré musulman au cimetière de Clarens

Par Claude Béda, le 07 février 2013

Conseiller communal, Bassam Degerab souhaite, via son initiative, mieux intégrer la communauté musulmane issue de l’immigration

«Comment un jeune Suisse musulman peut-il avoir un sentiment profond pour son pays si lors du décès de son père qui a habité de longues années ici, ce dernier doit être rapatrié dans sa région d’origine pour y être enterré en respect avec sa religion ?»

Conseiller communal à Montreux, Bassam Degerab (Les Verts) demande, via une motion, l’aménagement d’un carré musulman au cimetière communal, à Clarens. «J’ai entrepris cette démarche dans un but citoyen et non pas religieux, explique l’élu. Il n’est actuellement pas possible à un soldat suisse et musulman de notre commune d’être enterré selon ses croyances.»

Actuellement, la commune de Montreux octroie des tombes à la ligne pour tous les résidents. Mais ce système ne permet pas d’orienter les tombes vers la Mecque. Toutefois, le musulman qui souhaite y avoir une sépulture conforme à l’islam peut acquérir une concession. «Je demande donc que ce carré musulman soit non payant», précise Bassam Degerab. Pour être conforme au rite islamique, une sépulture doit être orientée vers le sud-est et bénéficier d’une concession suffisamment longue pour garantir la disparition totale des restes carnés du corps, soit une cinquantaine d’années.

31 janvier 2013

Tout sur Chalgoumi, Larbin du CRIF et de Sarkozy

Tout sur Chalgoumi, Larbin du CRIF et de Sarkozy

11:55 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L'islam, cause ou symptôme de la crise ?

L'islam, cause ou symptôme de la crise ?

Tareq Oubrou, le 31 janvier 2013

À partir des questions d'actualité liées à l'islam et ses problématiques qu'il pose à travers les musulmans en France, j'ai essayé d'ouvrir des voies de réflexions fondamentales pour repenser l'islam et ses pratiques à partir de la réalité laïque française. L'imam que je suis est ici à la fois pasteur et docteur. Il a une double fonction: liturgique et pastorale d'une part et docteur de la loi (Mufti), d'autre part en tant qu'interprète des Textes sacrés. Autrement dit, praticien et théoricien. C'est dans cette optique qu'il faudrait lire mon livre-entretien.

Dans ce billet, je proposerai une analyse sommaire de la visibilité de l'islam en France: est-elle source du problème identitaire national ou un simple marqueur sociologique? Puis, je proposerai quelques perspectives théologiques pour une présence musulmane paisible.

Ma réflexion admet par conséquent un aspect pragmatique pour résoudre une question musulmane concrète liée au contexte laïque français. Il propose implicitement une refondation herméneutique des Textes de l'islam et une inventivité méthodologique plus fondamentale et plus générale de la religion musulmane. Ce projet n'a donc pas pour seule ambition de s'arrêter à nos frontières françaises.

L'islam, cause ou symptôme de la crise ?

Devenu un lubrifiant de la machine politicienne, le thème de l'islam apparaît à chaque échéance électorale. À la fin de l'année 2009, juste avant les élections régionales, le président de la République Nicolas Sarkozy a lancé un débat national sur l'identité française.

Ayant été invité moi-même à participer à ce débat dans ma région, en Gironde, j'ai pu mesurer le degré émotionnel et irrationnel du débat et les incohérences de certaines réflexions qui ne convainquent même pas ceux qui les avançaient. Ce même thème fut repris une deuxième fois par Nicolas Sarkozy comme une stratégie pour les présidentielles. On connaît tous la suite de cette tactique politicienne. Elle s'est soldée par un échec et n'a fait que renforcer davantage l'extrême-droite. Aujourd'hui, une certaine droite qui se veut décomplexée s'obstine encore à continuer dans cette voie pour accéder au pouvoir et parfois pour des ambitions personnelles. Ce jeu politicien fragilise la démocratie.

De l'immigration, le débat passe sans transition à l'islam et au terrorisme, en passant par le fondamentalisme et l'intégrisme. Délinquance, violence, sexisme, terrorisme, islamisme..., tous ces mots évoqués parfois dans un même discours donnent l'impression aux Français qu'il y aurait un déterminisme islamique qui expliquerait ces phénomènes. Ce genre de glissement sémantique sème la confusion. Il laisse entendre que les musulmans sont tous et partout les mêmes, inflexibles et insensibles à l'environnement, comme si le Coran était leur code génétique. Comme s'il suffisait de consulter le Coran pour comprendre les musulmans, et de scruter les comportements des musulmans pour comprendre le Coran.

Cette erreur s'explique en partie par un sentiment de défiance à l'égard de l'islam qui remonte au Moyen-Âge chrétien et qui s'exprime aujourd'hui en langage laïque. En effet, l'histoire laisse toujours ses traces -conscientisées ou non- dans les mentalités: les croisades "religieuses" il y a longtemps; la guerre coloniale séculière, notamment d'Algérie, dont la plaie n'est pas encore fermée.

Quant à la crise identitaire française actuelle, elle est d'abord liée à un modèle d'intégration qui ne répond plus à la réalité nouvelle de notre monde et à la nouvelle configuration de notre société française désormais pluriculturelle et multiconfessionnelle. Aussi le système scolaire reproduit-il les exclusions et les inégalités de la société qui touchent en premier chef des jeunes issus de l'immigration, comme on aime encore les appeler alors qu'on est à la quatrième génération. Une des raisons de cette crise revient à une politique de la ville et du logement, de droite comme de gauche d'ailleurs, qui a procédé par relégation géographique et urbaine de cette population. Cette politique contre la mixité sociale fut à l'origine d'un communautarisme non choisi, et dont on accuse aujourd'hui paradoxalement cette population. Ce qu'on qualifie de communautarise religieux musulman n'a fait que se greffer sur ce communautarisme économique. Une sorte de religiosité identitariste par défaut.

Néanmoins toutes ses explications franco-françaises ne peuvent être les seules raisons de la crise de l'identité française. Il y a d'autres facteurs extrinsèques. Effectivement, la France européanisée puis mondialisée est emportée dans un mouvement dont on ne réalise pas encore ni la célérité ni l'ampleur.

Ce qu'on qualifie de mondialisation n'est plus un simple phénomène, mais devenu un vrai paradigme nécessaire pour comprendre notre situation actuelle. Il s'agit d'un phénomène "d'intrication", concept que j'ai emprunté à la physique quantique, et qui bouleverse notre perception du temps et de l'espace, à cause des déplacements physiques et virtuels permis la technique et les moyens de transport et de communication de plus en plus sophistiqués. Cette intrication est à l'origine d'une imbrication des événements, des cultures, des civilisations et d'une fusion entre le réel et le virtuel. Tout cela provoque un changement anthropologique radical. Le destin de toute notre humanité est désormais pour la première fois et plus que jamais lié. Ce qui était distal devint proximal; l'étranger, un voisin et concitoyen désormais. Et c'est ainsi que notre humanité se révèle à elle-même brusquement et brutalement dans toute sa diversité et ses différences.

Cette mondialisation explique aussi l'affaiblissement des Etats nations, qui s'effacent de plus en plus devant l'empire économique. On ne fabrique plus le citoyen mais le consommateur universel. En effet, la globalisation économiste tend à standardiser le style de vie par une production culturelle et communicationnelle qui procède par hypermassification et uniformisation des désirs, créant ainsi les mêmes besoins pour vendre le même produit et partout. Et si cet économisme s'impose avec la mondialisation, c'est qu'il y a parallèlement un terreau favorable car la mondialisation correspond historiquement à une postmodernité marquée par un mouvement général de désécularisation, caractérisé par un recul de la raison au profit de l'irrationnel favorable à une économie des instincts, notamment celui de la peur et de l'émotion. Une sorte de prémodernité.

En effet, après avoir cru longtemps à un désenchantement annoncé par Max Weber selon une perception linéaire de l'histoire et à un progrès qui mènerait à une sortie de la Religion, prédit par Marcel Gauchet, on vit aujourd'hui cet "éternel retour". Le retour de celui-même qui a paradoxalement annoncé la mort de Dieu et qui par inadvertance n'avait peut-être pas prévu son retour. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui "le retour au religieux", et qui s'annonce fracassant et menaçant, notamment au regard d'un esprit français laïque.

Pour résumer, nous sommes aujourd'hui "gouvernés" par deux forces: l'émotion et l'irrationnel d'une part ; la technique et la technologie d'autre part. La mondialisation pour finir est aussi un paradoxe. Nous assistons à deux mouvements antagonistes: celui de l'uniformisation par l'économisme à laquelle s'opposent des crispations et des revendications identitaires de tous genres.

Dans ce climat, l'islam apparaît comme une religion qui réchauffe l'actualité mondiale et notamment française par son ébullition et dope par sa crispation "salafiste" celles des autres. Ce salafisme qui n'est pas le vrai, car "néowahabite" pour être plus précis, n'est qu'un retour irrationnel et simpliste à un passé imaginaire et imaginé. Cet aspect subversif de la religion musulmane apparaît comme un catalyseur de ce retour identitariste généalogique contagieux.

09:46 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29 janvier 2013

«La pratique religieuse peut-elle empêcher le plein exercice de la citoyenneté ?»

«La pratique religieuse peut-elle empêcher le plein exercice de la citoyenneté ?»

Débat avec Tariq Ramadan, Mohamed Ali Hadraoui, Xavier Lemoine (maire UMP de Montfermeil) et Yvan Rioufol…