04 mai 2012

«Que cesse enfin l'homophobie au CDH !»

«Que cesse enfin l'homophobie au CDH !»

Extrait de la lettre envoyée à Madame Milquet par le Mouvement Exposant H*

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Tractothèque, le 27 août 2006

"En pratique par contre, à nouveau, certains de nos candidats n'ont rien trouvé de mieux que de faire une campagne avec de forts relents homophobes. Pour preuve une candidate, par ailleurs députée bruxelloise, pour «prouver» à «sa» population qu'elle «restait fidèle à ses valeurs et ses convictions ( dixit)», clame haut et fort et avec beaucoup de fierté à celle-ci qu'elle a voté, en juin dernier, contre la résolution du Parlement Bruxellois d'instaurer une journée contre l'homophobie. Notons d'ailleurs qu' elle fut la seule dans l'hémicycle à s'y opposer… même le Vlaams Belang n'avait osé cela. En juin dernier, un autre candidat CDH a agressé un candidat Ecolo sur son homosexualité… Voila les faits dont tu n'as, peut-être, pas eu connaissance mais qui, malheureusement, sont présents au sein du parti."

(*) : Mouvement rassemblant des gays et lesbiennes proches du CDH

27 avril 2012

Immigration : Le Royaume-Uni rappelé à l'ordre par Bruxelles

Immigration

Le Royaume-Uni rappelé à l'ordre par Bruxelles

Fabien Jannic, le 27 avril 2012 

La Commission européenne a donné deux mois au gouvernment britannique pour changer ses lois. Le pays n'a pas intégré dans son droit l'entièreté de la directive sur la libre circulation des personnes. Mais les pouvoirs publiques ne semblent pas décidés à obtempérer.

Le Royaume-Uni va-t-il bientôt être obligé de payer une amende à Bruxelles ? C’est en tout cas le risque qu’encourt la couronne britannique si elle ne modifie pas ses lois en matière d’immigration.

La Commission européenne a jugé que la Grande-Bretagne avait oublié d'intégrer dans son droit quatre aspects de la directive européenne sur la libre circulation des personnes . Le gouvernement a donc deux mois pour s'exécuter ou l’affaire sera portée devant la Cour de Justice européenne de Luxembourg.

La plupart des experts considèrent cependant que le délai donné par l'UE est trop court.

Permis de séjour

Du côté britannique, on n’apprécie guère les invectives de l’UE. Le ministère de l'Intérieur a, de toute manière, indiqué qu’il n’était pas d’accord avec l’ultimatum et qu’il se battrait contre la demande de Bruxelles.

D’après la directive de libre circulation adoptée en 2004, tous lescitoyens européens ont le droit de voyager librement, de vivre et de travailler où ils le souhaitent dans l’Union Européenne.

La Commission a relevé quatre cas qui posent problème. Notamment le fait que le pays ne donne pas de permis de séjour aux membres de la famille d’un citoyen européen habitant au Royaume-Uni. L’UE demande également à Londres de donner les mêmes permis de séjour aux citoyens Roumains et Bulgares résidant sur le territoire britannique qu'aux autres citoyens européens.

Une montagne pour pas grand chose

"Une tempête dans un verre d’eau ? Pour Colin Yeo, un spécialiste de l’immigration à la Renaissance Chambers, les changements demandés par Bruxelles sont avant tout techniques et ne devraient pas changer fondamentalement la politique du Royaume-Uni sur le sujet. En effet, la famille d'un ressortissant de l'UE peut rester sur le territoire britannique sans avoir besoin d'un permis de séjour.

Il semble que la Grande-Bretagne fasse une montagne de pas grande chose en n’amendant pas ses lois alors qu’elle sait qu’elles ne sont pas en accord avec celles de l’UE. Il était certain que la Commission finirait par faire quelque chose. a-t-il souligné.

24 avril 2012

L’activité parlementaire du mois

L’activité parlementaire du mois

Marilyn Mahy (CGSP), le 06 avril 2012

Une proposition de Décret visant à interdire le port de signes convictionnels par le personnel des établissements d’enseignement officiel organisés ou subventionnés par la Communauté française a été rejetée lors de la séance parlementaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles du 21 mars dernier.

Déposé par le MR, le texte entendait faire respecter le principe de neutralité par les membres du personnel enseignant et éducatif dans l’exercice de leurs fonctions au sein des établissements scolaires de la FWB mais également lors des activités organisées en dehors des murs de l’école, en proscrivant le port de tout signe convictionnel, hors du cadre des cours de religion et de morale.

Le débat avait déjà été abordé en commission conjointe des parlements francophones en 2010, il revient une nouvelle fois au sein des mêmes assemblées, à l’initiative du MR, sans plus de succès. Le Parlement de la Communauté française a rejeté la proposition de décret ce 06 mars en Commission de l’Éducation, résultats des votes similaires en séance plénière le 21 mars.

Les partis de la majorité ont jugé le texte obsolète et redondant aux dispositions reprises dans le Décret datant du 31 mars 1994 définissant la neutralité de l’Enseignement en FWB et dans les règlements de travail existants, bases légales effectives à l’heure actuelle.

C’est ce qu’avance le CDH en citant l’arrêt du 21 décembre 2011 dans lequel le Conseil d’État s’est prononcé favorablement sur une interdiction dans l’enseignement officiel à Charleroi ; un 2ième arrêt sur le sujet est attendu par le Conseil de l’Enseignement flamand.

Même argument pour Ecolo et le PS qui soutiennent l’efficacité suffisante du cadre décrétale en place. Le PS relève également la vision peu intégratrice de cette proposition et les risques accrus d’exacerber les différences, développement contraires à un socle de valeurs communes.

Rappelons que la CGSP s’est toujours opposée au port de signes convictionnels dans les établissements scolaires et réclame une application cohérente des décrets «neutralité»

Amnesty International critique la discrimination à l'encontre des Musulmans

Amnesty International critique la discrimination à l'encontre des Musulmans

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IRIB, le 24 avril 2012

Dans un rapport, publié mardi par Amnesty International, la discrimination à l'encontre des Musulmans dans certains pays européens dont la France, la Belgique et les Pays-Bas, a été vivement critiquée.

Des préjugés et des peurs à l’encontre des musulmans sont véhiculés et instrumentalisés à des fins politiques. Ce constat est dénoncé par Amnesty International, dans un nouveau rapport publié le 24 avril 2012. Les gouvernements répondent de plus en plus par des lois discriminatoires au climat xénophobe dans la population.

Selon ce rapport, ces préjugés négatifs s'appliquent plutôt dans les secteurs d'éducation et de travail.

Ceci dit, Amnesty International a appelé les États européens à déployer plus d'effort afin de combattre les jugements négatifs à l'encontre des Musulmans.

19 avril 2012

Entre "islamophobie" et "islamoparanoïa"

Entre "islamophobie" et "islamoparanoïa"

SaphirNews, le 18 avril 2012

Si l’islamophobie était une erreur de diagnostic, l’islamoparanoïa serait-elle plus appropriée pour dénommer un certain malaise en Europe envers l’islam et les musulmans ?

Débat entre Raphaël Liogier, professeur à l’IEP d’Aix ; Eric Vandorpe, psychologue ; Nilüfer Göle, sociologue et directrice d’études à l’EHESS.

La rencontre est modérée par Abdelkrim Branine, journaliste à BeurFM, présentateur de l’info dans tous ses états.

Cette rencontre s'est déroulé le 15 mars 2012 à l'Institut des Cultures d'Islam (Paris) en ouverture de "Muslim Pride : Dépasser les Islamophobies européennes".

18 avril 2012

France : 94 % des victimes d’Islamophobie sont des femmes

 France :

94% des victimes d’Islamophobie sont des femmes

Le message de l’Islam, le 16 avril 2012

Le CCIF (collectif contre l’islamophobie en France) publie en avant-première, quelques chiffres tirés de son rapport 2011 sur l’islamophobie en France. On y apprend que les courageux islamophobes s’en prennent quasi-exclusivement aux femmes.

En France, à défaut d’avoir la parité dans les salaires, on compense avec les violences faites contre les femmes musulmanes

Si l’avenir des musulmans venait singulièrement à s’assombrir, rassurons-nous le personnel des services publics est formé, en effet 53% des actes visant les individus se déroulent au sein d'un service public.

Le privé ne rejoint pas encore le public mais 13% des actes se déroulent tout de même au sein d'entreprises de service privées (auto-école, salle de sport...)

En attendant le rapport complet du CCIF, rendez-vous sur le site et adhérez pour soutenir la prévention contre les actes islamophobes. Ca ne vous empêchera pas d’être agressé verbalement ou physiquement, mais vous aurez au moins bonne conscience après l’agression : vous aurez tenté d’endiguer la haine.

17 avril 2012

J’suis pas : Zebda

J’suis pas : Zebda

Intégration, diversité, minorités, identité des mots qui piègent

Zebda, ce sont d'abord des Toulousains originaires des quartiers nord de la Ville Rose, des fils d'immigrés algériens qui revendiquent que toutes les dimensions de notre identité collective soient pensées. Dans une France encore très jacobine, bien que devenue plus que jamais dans son histoire pluriculturelle et pluriculturelle, la présence durable et installée de ce qu'il est convenu de nommer des "minorités" issues des migrations, dont la présence ne peut plus être pensée comme temporaire, impose une réévaluation des conditions de production du sentiment d'appartenance. En contradiction avec l'abstraction de la citoyenneté française, les pluralismes culturels et cultuels se développent dans la France "patrie des Droits de l'Homme". Le titre de Zebda "la correction" en souligne les enjeux :

Y'a un texte un peu partout sur les murs Pour le lire putain faut une armure (...) Ce texte est le croisement improbable D'un bandit de chez moi avec un cartable Libres et égaux... entre midi et deux (...) Qu'est-ce que je lis C'est du joli Les hommes naissent où ça ? Mais lis ! Qu'est-ce que je lis Que c'est joli Les hommes naissent ...

NON à la discrimination

NON à la discrimination !

13:58 Écrit par Rachid Z dans Discriminations, Enseignements | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02 avril 2012

“La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine”

La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine

Valérie Amiraux, le 02 avril 2012

Le collectif Les mots sont importants a publié sur son site internet la version intégrale du texte de Valérie Amiraux et d’Alana Lentin, La race en France ou l’histoire de l’éléphant (socialiste) dans le magasin de porcelaine, paru dans une version plus courte dans les colonnes du journal Le Monde (édition du 20 mars 2012). Le texte est reproduit ci-dessous.

Il n’y a aucun doute : la campagne pour les présidentielles 2012 a fait de la diversité culturelle, et en particulier de celle qu’incarnent les musulmans de France, un sujet central des positionnements de tous les protagonistes. Ces dernières semaines, cette agaçante évidence a mué en quelque chose de répugnant à mesure que se sont déployés les tirs croisés d’une véritable guerre culturelle engagée pour sauver les valeurs de la République et protéger les citoyens français.

Les rires de C. Guéant écoutant Serge Létchimy à l’Assemblée nationale, la moue mais l’absence de commentaires de Marine Le Pen confrontée, sur le plateau de Canal Plus, aux images de son père écoutant des commentaires sur le nez proéminent du candidat Sarkozy qui «rappellerait» ses origines…tout cela est loin d’être insignifiant.

Dans ce contexte, les récentes déclarations autour de la suppression du terme race dans la Constitution, proposition faite par François Hollande et critiquée par Nicolas Sarkozy, sont plutôt bénéfiques : en mettant sur le devant de la scène un terme supposément interdit au motif que ses fondements scientifiques n’ont aucune valeur, elles nous permettent de dire les choses en utilisant la bonne terminologie, d’attirer l’attention sur les glissements que permet l’interdiction de parler de race dans un contexte où, si elle n’a aucun signification biologique et juridique, elle n’en conserve pas moins une pertinence sociale et in fine politique.

Si la guerre culturelle est aussi explicitement engagée dans ces présidentielles 2012, c’est parce qu’insidieusement, à notre corps défendant et sans que nous ne puissions le nommer, une racialisation des différences culturellesnotamment religieusess’intensifie en France sur le terreau d’un racisme qui peine d’autant plus à dire son nom qu’il vise ici très précisément une population, celle des musulmans, présentée comme illégitime sur le plan de ses attributs culturels. Pourtant, C. Guéant nous avait bien assuré, et le Monde l’avait cru qui titrait en synthèse d’une entrevue avec le susdit le 2 janvier dernier : «L’islam ne doit pas être un sujet d’empoignades en 2012».

Voilà des positions tranchées, sur un sujet d’importance. D’un côté, François Hollande, candidat socialiste à la présidence, partisan d’un retrait du mot race de la Constitution. De l’autre, Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession, qualifiant sur Europe 1 cette proposition de ridicule. Depuis 2004, gauche et droite font pourtant globalement front uni dans la lutte contre l’islamisation potentielle de la France et tranchent dans le vif, en légiférant sur ce qui appert comme le plus consensuellement légitime d’exclure et multipliant les déclarations sur ce qui « dépasse » et contrevient aux règles de la vie en République, visiblement (les prières de rue) ou non (la viande halal).

On pourrait, par extension, rapatrier dans ce fourre-tout les arguments qui, par procuration, ont été rattachés à ce débat. La violence des jeunes dans les banlieues, l’islamisation des quartiers, la polygamie, la violence contre les femmes et l’homophobie des musulmans, les bruits et les odeurs. Ah non pardon, ça c’était quelqu’un d’autre. Un joyeux murmure, une petite musique doucereuse, confortée par les propos sur le mur pour empêcher l’immigration de A. Klarsfeld (celui qui dirige l’Office de l’immigration et de l’intégration), les civilisations de C. Guéant (celui qui fait des blagues sur les Auvergnats), la laïcité «positive» de Guaino et consorts (celui qui écrivit les discours de Riyad et Rome).

Qu’est-il arrivé à la race en France ? Elle a tout d’abord été séparée efficacement de la religion, au mépris d’une donnée de l’histoire significative, celle de la mission colonisatrice dont on oublie aussi qu’elle fut une mission de sécularisation, par exemple dans une Algérie dont on allait conquérir les femmes, qu’il fallait, dit Fanon, aller chercher «derrière le voile où elles se dissimulent et dans les maisons où l’homme les cache.» Le dénigrement de l’islam (et des musulmans) s’inscrit aussi dans ces traces.

L’expression du dégoût n’est pas validé en termes théologiques ou culturels, car ici le principe de neutralité constitutif du régime de laïcité permet l’égalité entre les cultes, mais bien incarné par le rejet de manières d’être et de faire qui n’ont pas disparu, «malgré» la puissance de la contrainte coloniale. De fait, les musulmans ont été exclusivement associés à une série de comportements socialement inacceptables (sexisme, violence conjugale, homophobie, cruauté envers les animaux) et menaçant la cohésion sociale.

Toutes les statistiques du monde ne suffisent pas à inverser la machine. L’institutionnalisation des inégalités hommes-femmes sur le marché du travail, le maintien des inégalités de salaire et d’avancement de carrière sont toujours moins importantes que la menace musulmane, celle des burqas, des burkinis, des horaires aménagés dans les piscines ou du choix du sexe de son gynécologue.

Toutes les explications sur la réelle signification du terme de laïcité, sur le fonctionnement de ses principes fondateurs et de ses finalités ne servent à rien. La scène est bien plantée et le président sortant, chantant en canon avec le Front national, y contribue activement. Au point qu’une proposition d’accorder le droit de vote aux étrangers au niveau local mute en une journée en débat sur la viande halal consommée en région parisienne à l’insu des consommateurs. Y compris à l’Élysée ?

Ce que permet l’irruption du terme de race dans ce contexte ? De faire le lien et d’affirmer la chose suivante : le sens produit par ce magma de déclarations publiques, en continu depuis 2007 et en accéléré depuis le début de la campagne électorale, et de décisions juridiques qui stigmatisent les musulmans en France ne doit plus être euphémisé. C’est du racisme. Et la différence culturelle, visible ou non, associées aux musulmans joue ici comme race.

La manœuvre de prestidigitateur proposée par Hollande nous place en réalité dans une impasse. Il ne s’agit pas pour nous de revenir sur l’enjeu juridique. L’affirmation constitutionnelle feint d’ignorer la race pour mieux exprimer la volonté d’en nier la valeur juridico-politique. Au-delà du constat, triste mais lucide, que la suppression du mot race ne supprimerait pas le racisme, il y a dans l’usage du terme race, comme dans celui du terme de civilisation, toute la prudence à apporter lorsque l’on mobilise un terme doté simultanément d’une signification analytique pour ceux qui observent le social et décrivent notamment les relations d’inégalités et de pouvoir entre les individus dans les sociétés, et d’un sens établissant une hiérarchie des valeurs reprise ad nauseam par tout un chacun, élu ou anonyme.

L’opposition au terme de race n’est pas une nouveauté. C’est, on le sait, la réponse choisie après la Seconde Guerre mondiale après la découverte des camps de concentration, inscrite dans le droit à différents niveaux dans un contexte, rappelons-le, toujours colonial pour la France et ségrégationniste aux Etats-Unis. En déniant la signification d’une pensée raciale et refusant désormais l’usage du terme race au motif de la condamnation des sciences raciales, les vainqueurs de l’Allemagne nazie pensent alors éradiquer la source principale du nazisme. On connaît plus particulièrement en France le rôle joué par Claude Levi-Straus dans le projet de l’UNESCO des années 50 de substituer ethnicité ou culture à la notion de race.

Ce jeu de passe-passe lexical n’a pourtant occulté ni la discrimination ni le racisme : la conviction de la supériorité de certains groupes sur d’autres, qu’on se réfère pour le faire à la notion de race, d’ethnicité, de culture, de religion ou de …civilisation.

Car c’est bien le racisme qui continue de donner tout son sens à la race. Désormais pensé de manière totalement dissociée de l’idée de la validité différentiation biologique entre les groupes humains, il continue d’opérer en inférant que les différences entre les individus sont naturelles et indépassables, inscrites au patrimoine génétique des cultures et des religions plutôt que des races, mot socialement tabou et politiquement peu correct.

De deux choses l’une : soit F. Hollande se pense magicien et voit la Constitution comme une baguette magique (à deux reprises : en constitutionnalisant le principe de laïcité et en retirant le terme de race), soit il est naïf (supprimer la race anéantirait le racisme ?), ce que nous ne pouvons croire. La déclaration saura séduire les indécis, ceux qui attendent un geste, un mot plus fort que la litanie nauséabonde des membres et proches du gouvernement. Mais ils ne doivent pas s’y tromper : Hollande ne s’engage pas dans une lutte corps et âme contre le racisme et la discrimination. Il ne renverse pas la machine raciste.

Au contraire, il se range avec Sarkozy et ses sbires dans le camp de ceux qui, de façon cosmétique et opportuniste, flattent une diversité relative, sélective et électoralement commode. En faisant cette proposition, Hollande aplanit tout désir de réfléchir au présent à la contribution de l’expérience coloniale à la naturalisation de la racialisation des altérités culturelles et religieuses. Il s’engage sur la voie du déni de leurs effets discriminants vécus au quotidien par des femmes, des hommes et des enfants qui, si cette proposition devenait réalité au lendemain de la victoire socialiste, demanderont avec raison des comptes à un président inconséquent.

29 mars 2012

Israël - Éthiopie : diplomatie positive

Israël - Éthiopie : diplomatie positive

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Par Maxime Perez, le 29 mars 2012

En nommant une ambassadrice d'origine éthiopienne à Addis-Abeba, l'Etat hébreu adresse un message fort à sa communauté falasha, victime de discrimination.

C'est ce qu'il convient d'appeler un retour aux sources. Belaynesh Zevadia, 43 ans, retrouve l'Éthiopie, son pays natal, vingt-sept ans après l'avoir quittée pour rejoindre la Terre promise. Elle vient d'être nommée ambassadrice d'Israël à Addis-Abeba, devenant ainsi la première femme d'origine éthiopienne à occuper un haut poste. «Je suis honorée pour moi et ma famille, a reconnu la diplomate. C'est la preuve qu'en Israël tout le monde peut accomplir ses rêves, peu importe que l'on soit nouvel immigrant ou Israélien de souche.»

Modèle d'intégration réussie, Belaynesh Zevadia est aussi un exemple de dévouement pour sa communauté. En 1985, quelques mois seulement après être arrivée d'un petit village de la province de Gondar, elle propose ses services à l'Agence juive pour venir en aide aux nouveaux immigrants éthiopiens. L'État hébreu est alors engagé dans l'opération Moïse, un vaste pont aérien qui permettra l'exfiltration de 8 000 Falashas via des camps de réfugiés au Soudan qu'ils avaient rejoints à pied, souvent au péril de leur vie. Quelques années plus tard, Belaynesh Zevadia décroche un master en études africaines à l'université hébraïque de Jérusalem, couronnant de brillantes études de sciences politiques. Ambitieuse, elle franchit un nouveau cap en 1993, quand elle intègre le ministère israélien des Affaires étrangères. Jusqu'ici, sa carrière diplomatique l'avait surtout menée aux États-Unis, où elle a travaillé pour les consulats d'Israël à Houston et à Chicago.

Alibi

«La décision de nommer comme ambassadrice Belaynesh Zevadia, au-delà du fait qu'elle est une diplomate de talent, transmet un message important à la société israélienne, qui est actuellement aux prises avec la question du racisme envers nos frères d'Éthiopie, précise le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, qui a personnellement appuyé la candidature de Zevadia. Cette nomination est particulièrement importante en ce sens : nous voulons lutter contre la discrimination

À l'évidence, la diplomate sert aussi d'alibi aux autorités de l'État hébreu, qui peinent à empêcher les manifestations d'hostilité contre cette communauté. Après que les autorités rabbiniques eurent tardivement reconnu leur judaïté, les 120 000 Juifs éthiopiens recensés aujourd'hui en Israël ont du mal à s'intégrer. Confrontés au chômage et à la pauvreté, beaucoup vivent relégués dans des villes de seconde zone, telle Kiryat Malachi. En janvier dernier, c'est dans cette localité du sud d'Israël que des habitants avaient refusé de leur louer des appartements. Des dizaines de milliers d'Éthiopiens avaient alors manifesté à Jérusalem pour dénoncer le racisme.

Roms : la Commission des droits de l’homme dénonce les discriminations

Roms

La Commission des droits de l’homme dénonce les discriminations

Par François Tcherkessoff, le 28 mars 2012

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), dont est membre le Secours Catholique, exhorte le gouvernement, dans un long avis motivé, à renoncer aux mesures jugées discriminatoires contre les Roms et les gens du voyage.

La CNCDH réagit aux rapports faits par la France au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD). Le Comité avait notamment fait des recommandations à la France après des renvois collectifs de Roms dans leurs pays.

Pas d’expulsions collectives

Sur la question fondamentale de la liberté de circulation, la CNCDH demande le respect de la Convention européenne des droits de l’homme. Celle-ci interdit les expulsions collectives d’étrangers ; elle exige un «examen individuel approfondi» et contradictoire avant toute décision d’éloignement du territoire.

La Commission précise que le fait de perdre son droit au court séjour (trois mois) «pour le motif de charge déraisonnable» pour le système social du pays d’accueil, n’est pas acceptable. La Cour de Justice européenne admet en effet «une certaine solidarité financière des ressortissants [de l’État d’accueil] avec ceux des autres États membres, notamment si les difficultés que rencontre le bénéficiaire du droit de séjour sont d’ordre temporaire», relève la CNCDH.

Stop aux restrictions transitoires

La Commission demande par ailleurs l’arrêt des restrictions transitoires visant les Roumains et les Bulgares, mesures discriminatoires et constituant «un frein dans l’accès à l’emploi et donc dans l’accès à des conditions de vie dignes et à l’intégration des populations Roms en France».

Droit d’asile

La CNCDH rappelle aussi que les Roms relèvent du droit d’asile, en tant que minorité discriminée dans leur pays. La règle des pays d’origine dits sûrs (qui permet de les renvoyer plus rapidement) ne doit donc pas s’appliquer à eux, précise la CNCDH. Pas plus d’ailleurs qu’aux personnes issues de Bosnie-Herzegovine, Croatie, Serbie, Kosovo, Macédoine, tous pays considérés comme sûrs par la France.

Droits sociaux pour tous les Européens

Concernant les prestations sociales et la santé, la Commission recommande l’ouverture des droits aux prestations sociales et médicales pour tous les citoyens de l’Union européenne résidant en France, y compris donc les Roms.

École accessible aux enfants

Sur la question cruciale de la scolarisation, La CNCDH demande le développement d’une politique d’accueil et d’accompagnement spécifique des enfants Roms et de leur famille par l’école et les collectivités territoriales (ramassage scolaire, cantine, garderie…)

Halte au rejet des gens du voyage

Après les recommandations du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, la Commission réitère par ailleurs fortement toute une série de propositions en faveur des gens du voyages : suppression du titre de circulation (discriminatoire), remise en cause de la catégorie administrative gens du voyage, contestation de la commune de rattachement avec un quota maximum de 3% de gens du voyage, inscription de droit commun sur les listes électorales, droit au logement et au stationnement temporaire, double inscription à l’école et au Centre national d’enseignement à distance…

En conclusion, la Commission affirme que les discriminations «en raison de l’origine, de l’habitat ou du mode de vie », « doivent être combattues par des mesures concrètes d’accès aux droits et par une volonté politique réelle et affirmée de lutter contre les stéréotypes et les discriminations».

09 mars 2012

Le tabou de la discrimination ethnique à l'Ecole enfin levé ?

Le tabou de la discrimination ethnique à l'Ecole enfin levé

Propos recueillis par François Jarraud, le 13 février 2012

La discrimination scolaire peut-elle se résumer à la question sociale ? Ou faut-il faire entrer dans la discrimination scolaire la question ethnico-raciale ? Ces dernières années plusieurs travaux sont allés en ce sens. On peut penser à ceux de G Felouzis, sur les collèges du Bordelais, ou à ceux de F Lorcerie. Mais d'autres montrent aussi une bonne réussite d' enfants immigrés. Comment dès lors s'y retrouver ?

Pour la Halde et l'Acsé,  Fabrice Dhume, Suzana Dukic, Séverine Chauvel et Philippe Perrot ont entreprise d'éplucher la totalité des études parues en France sur cette question depuis un demi-siècle. Un travail presque exhaustif, reprenant près de 500 travaux publiés depuis la fin des années 1960. Les auteurs concluent en soulignant des résultats contradictoires. Il est vrai que des travaux ont d'abord nié la discrimination (Clerc et Girard en 1964), puis montré une meilleure réussite des enfants "étrangers", toutes choses étant comparables par ailleurs (Caille et Vallet 1996), avant d'établir une discrimination socio-urbaine mais dont les effets scolaires sont complexes (Felouzis en 2003). Mais ces oppositions apparentes s'expliquent en grande partie, comme le remarque F Lorcerie, par l'écart de temps entre les travaux.

Du coup les auteurs proposent la constitution d'un groupe de travail, la formation des enseignants "pour la mobilisation du droit" et la création de "pôles collectifs de vigilance". Et on retrouve dans cette conclusion les ambigüités de l'enquête. Le dernier tabou du système éducatif est-il sur le point de tomber ? C'est la question finale de l'entretien que nous a accordé Fabrice Dhumme.

"L'institution scolaire a une tendance systématique à renverser  la question"

Fabrice Dhume fait le point sur la question de la discrimination ethnique à l'Ecole et met en évidence les résistances du Ministère de l'Education scolaire. Le terme "discrimination ethnique" est toujours ignoré d'Eduscol...

On voit dans le livre qu'il y a une hausse des études sur la question de la discrimination ethnique alors que le sujet a longtemps été nié. Pourquoi cet intérêt croissant ?

Il y a plusieurs éléments. Le premier c'est l'émergence de la question de l'orientation des enfants immigrés qui est directement liée à ce livre. Elle va de plus en plus se poser. Il y a aussi l'émergence de la question de la discrimination et de ses effets politiques. Ce qu'on montre dans le livre c'est que la question de la différence de traitement des enfants immigrés, voire de la discrimination, existe depuis la fin des années 1970. Mais ces travaux ont eu peu d'échos dans le champ scientifique et dans le champ politique. Elles ont été mises sous silence. Ce qui émerge aujourd'hui c'est la question d'une possible discrimination dans l'orientation scolaire. Des travaux récents y compris statistiques apportent un éclairage nouveau sur ces questions.

Effectivement pendant longtemps il y a eu une négation de cette approche et tout était remis sur le plan social, comme vous le montrez dans le livre. Finalement est-ce pertinent d'avoir une approche ethnique de la discrimination ?

Tout dépend de ce qu'on entend par approche ethnique. Un des éléments que l'on met en évidence c'est que la recherche traite de la question des origines de deux manières opposées. L'une, "primordialiste" et majoritaire, pense l'origine comme une caractéristique propre, primordiale, de certaines populations. Comme si l'ethnique c'était l'autre. De ce fait on est pris dans un paradoxe : on est dans un contexte de tabou sur ces questions qui rend difficile le fait de parler de ces sujets et en même temps on pense que l'ethnique est une caractéristique primordiale de ces individus. La deuxième approche est plus récente. On la retrouve dans les travaux sur l'ethnicité, comme ceux de F. Lorcerie. Elle pense la question des origines comme une production dans les interactions. Du coup, si on la prend comme ca il est pertinent de s'interroger sur la façon dont ça se produit dans les relations scolaires. Dans les travaux de l'éducation nationale, comme ceux de JP. Caille, quand on pense que l'ethnique est une catégorie primordiale des individus ça n'apparait pas pertinent dans l'approche statistique. L'enjeu ce n'est donc pas de penser les différences des publics mais comment la différence se fabrique.

Peut-on dire qu'aujourd'hui l'origine ethnique influe sur l'orientation et les résultats scolaires ?

C'est difficile de répondre. Car ce que l'ouvrage tente de faire c'est de proposer une synthèse des travaux sur 50 ans. Et selon les points de vue adoptés par les chercheurs on a des réponses antagoniques à cette question de la pertinence de l'hypothèse d'une discrimination. Ce que montrent les travaux minoritaires, qui s'intéressent à la parole des minorisés mais qui sont souvent fragiles sur le plan institutionnel, c'est qu'à peu près à tous les niveaux de l'Ecole et des interactions autour d'elle des rapports ethniques s'organisent. Mais comment faire le lien entre tout cela et ce qu'on appelle l'orientation ? Comment tout cet ensemble de rapports auxquels participe l'ethnique, se traduit dans les trajectoires ? C'est difficile d'y répondre de façon univoque car les travaux montrent qu'il n'y a pas d'orientation systématique. La discrimination si elle existe n'est pas automatique. Elle se combine avec d'autres catégories de sexe et de classe sociale. Y compris du point de vue des élèves, les façons de réagir à cette expérience de la discrimination est très différente dans les parcours. On voit de la surmobilisation mais aussi du décrochage. On peut conclure que la discrimination n'est pas univoque et que la question ethnico-raciale n'est pas autonome d'autres questions, comme le genre par exemple ou les classes sociales. Quand on est dans des modèles statistiques on n'arrive pas toujours à différencier cela. Du coup on conclue que le plus important est le social. Or des analyses qui croisent les caractéristiques font émerger des choses. Par exemple les travaux de Jean-Paul Payet qui combinent le sexe et l'ethnie montrent des différenciations qui stigmatisent par exemple les garçons maghrébins. Les travaux de Yaël Brinbaum montrent des différenciations quand on croise genre et catégorie ethnique.

On ne peut pas penser tous les jeunes d'origine étrangère comme un seul groupe cohérent. On sait que dans les rapports scolaires s'expriment des préjugés ethnico-raciaux. Là où la discussion reste ouverte c'est sur la façon dont on passe des préjugés à la pratique discriminatoire. On a du mal à penser que ce qui s'exprime dans les préjugés positifs ou négatifs sur certains groupes ne se retrouve pas dans les pratiques.

C'est clair que la discrimination joue par exemple dans l'apprentissage car c'est une orientation avec une sélection à l'entrée. Certains jeunes ont du mal à trouver des patrons. On a le même phénomène en université pour des cursus sélectifs. Une étude du Nord Pas-de-Calais a montré que porter un prénom musulman a un effet négatif, toutes choses égales par ailleurs, pour entrer dans des filières universitaires sélectives.

Ce qui est plus compliqué avec l'orientation c'est que c'est une notion très générale. Et les résistances sont différentes. Par exemple, une étude Inetop portant sur la discrimination selon le genre a montré qu'il est moins pensé comme une discrimination. On n'a donc pas les mêmes ressources de résistance à ce processus. C'est ce que montrent des travaux comme ceux de JP Zirotti ou JP Payet.

Dans la société on voit que la discrimination s'accompagne d'une ghettoïsation. Voit-on la même chose dans le monde scolaire ?

A travers les travaux sur la ségrégation, on voit qu'il y a plusieurs effets qui se combinent : urbain qui se traduit par exemple dans les ZEP. C'est une traduction dans le champ scolaire d'une forme de ségrégation générale. Par contre on voit aussi depuis la fin des années 1990 qu'il y a une part proprement scolaire de la fabrication de cette ségrégation. Même si le terme de ghettoïsation n'est pas forcément pertinent, on a bien des formes de ségrégation avec des processus à travers l'Ecole pour renforcer des ségrégations et aussi l'exprimer de façon singulière. Par exemple les travaux de JP. Payet sur la fabrication des classes montrent que  des formes de gestion de la ségrégation urbaine se retraduisent dans l'univers scolaire et préfigurent des orientations différentes.

Quand on est conscient de cela quelle politique peut-on mener pour avoir une Ecole moins ségrégative ?

Notre recherche veut aussi contribuer à des propositions. Il faut aller vers la reconnaissance de ces questions et travailler sur la mobilisation des professionnels. En prenant conscience de ces mécanismes, les professionnels peuvent développer des capacités de résistance aux formes d'assignation et même participer à une émergence politique de ces questions. Un exemple de recommandation c'est mettre en place des espaces collectifs de vigilance où enseignants et parents peuvent se retrouver. Des dispositifs d'alerte mais qui obligent aussi à trouver des réponses à la discrimination.

Comment est reçu le livre ?

C'est compliqué au champ scientifique et chez les acteurs de l'éducation. L'institution scolaire a une tendance systématique à renverser  la question et à la retourner dans des formes qui mettent en cause les publics de l'Ecole. Par exemple en 2008 dans la circulaire de rentrée on a eu une opération de déviation politique de cette question pour la reformuler en terme de harcèlement entre élèves. Ce qui fait que la question de la discrimination dans l'institution scolaire n'a jamais pris une vraie place politique. On reste lié à des stratégies qui prennent en otage les publics dans ces jeux-là.

16:58 Écrit par Rachid Z dans Discriminations, Enseignements | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08 mars 2012

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Le foulard et la barbe : une hypothèse

Le foulard et la barbe : une hypothèse

 

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Par Henri Goldman, (extrait (légèrement modifié) de Le rejet français de l’islam, PUF, 2012, pp. 97-101.), le 06 mars 2012

Pourquoi le foulard des musulmanes a-t-il déclenché une vague d’hostilité aussi puissante qui ne s’est fixée sur aucun autre objet ? Pour nous aider à le comprendre, posons une autre question : pourquoi cette hostilité a-t-elle épargné le double masculin du foulard islamique, c’est-à-dire la barbe ? Pourtant, pour ceux qui la portent, celle-ci répond aussi à un prescrit coranique. Taillée d’une certaine façon, elle constitue sans le moindre doute un signe religieux ostensible au même titre que le foulard. Et sans doute même «pire» : les «barbus» sont généralement liés aux tendances les plus fondamentalistes de l’islam, ce qui n’est absolument pas le cas du foulard.

Bref, si le foulard islamique doit être refoulé à l’extérieur d’un périmètre protégé régi par des exigences de neutralité et de laïcité, il n’y a aucune raison valable pour que la barbe islamique ne le soit pas. En 1928, la Turquie d’Atatürk, sœur de la République française en laïcité constitutionnelle, n’avait pas hésité à voter une loi associant le foulard et la barbe dans une kyrielle d’interdits destinés à assurer une rupture culturelle avec l’ordre ancien. Le 23 février 1998, en vertu de cette loi, l’université d’Istanbul diffusa une circulaire stipulant que «les étudiantes portant le foulard islamique et les étudiants portant la barbe ne doivent pas être acceptés aux cours, stages et travaux pratiques». Avis confirmé par le gouvernement le 18 mars 2003 : «Les étudiants de l’université d’Istanbul ne peuvent porter aucune tenue vestimentaire symbolisant ou manifestant une quelconque religion, confession, race, inclination politique ou idéologique dans aucun établissement et département de l’université d’Istanbul et dans aucun espace appartenant à cette université».

Mais ce geste superbement égalitaire est sans doute plus facile là-bas qu’ici. La Turquie […] n’est pas un pays d’immigration et n’est donc pas confrontée avec des pratiques culturelles importées dont elle ne saisit pas le sens. En Turquie, c’est clair : tout foulard est religieux et toute barbe est islamique. Même signification, même interdit. Cette démarche ne pourrait être transposée à l’identique en France. Pour le foulard, passe encore. Son origine «étrangère» ne fait pas de doute. Parmi les «Françaises de souche», à part quelques religieuses en cornette qui vivent généralement cloîtrées ou confinées, il y a bien quelques femmes cancéreuses qui portent un foulard pendant leur chimiothérapie quand elles ne peuvent pas se payer une perruque. Tant pis pour elles, elles seront les victimes collatérales de l’interdit. Mais le port de la barbe est autrement plus répandu. Il est partagé par plusieurs «tribus» bien de chez nous : les artistes peintres, les hippies, les néo-romantiques, les écolos radicaux, les hommes à double menton… Il appartient à notre histoire : Victor Hugo, Jean Jaurès, Karl Marx… Comment faire le tri ? En fonction de l’origine ethnique des barbus ? Interdit. Et on passerait alors à côté des convertis, réputés les plus dangereux. Selon la taille de la barbe, seuls certains formats étant conformes au modèle religieux ? Risible et vexatoire. Résultat : le barbe islamique passera partout là où le foulard islamique sera interdit. L’interdit des signes religieux visera les femmes musulmanes, pas les hommes. Encore une victoire pour l’égalité des sexes dont notre civilisation est si fière !

Bien entendu, il y a d’autres raisons, plus troubles et moins avouables, à la fixation univoque sur le foulard et à l’indifférence devant la barbe. […] Pour tout ce qui relève de la différence des sexes, nous vivons toujours, malgré un égalitarisme formel, sous le règne de la domination masculine. C’est encore et toujours le regard masculin qui configure l’espace public et celui-ci est aussi une scène érotique où les hommes viennent faire leur provision de stimuli...

La suite : Henri Goldman