20 mars 2012

Napoleon : un ex rappeur reconverti à l'Islam

Napoleon

Un ex rappeur reconverti à l'Islam

Ceci est l'histoire de Mutah Wassin Shabazz Beale, plus connu sous son nom de scène Napoléon.

Mutah a grandi dans une famille musulmane de mère portoricaine et de père Afro-américain.

Agé de trois ans, lui et ses frères ont assisté au meurtre de ses parents par des amis de la famille, qui faisaient parties de l'association "Nation of Islam".

Suite à cette douloureuse expérience, il a déménagé avec ses frères dans le New Jersey à Irvington chez ses grands-parents.

En 1994, il a fréquenté un jeune nommé Yafeu "Kadafi" Fula qui était le fieul de Tupac Shakur.

La mère de Kadafi a raconté l'histoire de Mutah à Tupac et ce dernier a alors décidé de lui donner une chance.

Mutah intégra alors le groupe Dramacydal sous son propre nom.

En 1995 Mutah fit une apparition sur le titre "Outlaw" du célèbre opus de Tupac "Me against the world".

Ils (Hussein, Kadafi, Kastro, E.D.I. and Makaveli (Tupac)) fondirent le groupe Outlaws et c'est à cette occasion que Tupac donna un nom de scène à chacun des artistes. Ces noms étaient basés sur des personnages historiques, ennemis des Etats-Unis. Et c'est ainsi que Mutah pris le surnom de Napoléon faisant référence à l'empereur Napoléon Bonaparte.

En 1996 Mutah (aka Napoleon) fit d'autres featuring avec Tupac sur son double album "All eyez on me".

Et cette aventure prit fin lors de l'assassinat de Tupac le 7 septembre 1996.

En 1997 le groupe déménagea en Californie pour donner un second souffle à leur carrière.

Ils signèrent avec Death Row Records (album "Still I rise") pour ensuite fonder leur propre maison de disque avec laquelle ils sortirent deux albums (Ride Wit Us Or Collide Wit Us et Novakane).

En 2005 il sorti son album solo sans réel succès et finit par complètement quitter le monde du hip hop entre autre parce que le mode de vie de l'artiste était incompatible avec celui d'un musulman tel qu'il était devenu.

N'oubliez pas la conférence avec la venue de l'ex rappeur US Napoleon, ex-membre du groupe Outlawz de Tupac. Belgo Da3wa en collaboration avec le Centre Islamique et Culturel de Belgique l'ont invité pour une conférence intitulée «De 2pac à l'Islam et son impact» le 24 mars 2012 à 19h00.

Centre Islamique et Culturel de Belgique

Parc du Cinquantenaire 14 - 1000 Bruxelles

Rejoignez Belgo Da3wa sur Facebook :

http://www.facebook.com/belgoda3wa

29 février 2012

Laïcité et enseignement

Laïcité et enseignement

Conférence organisée le 27 février 2012 à l’ULB par le Cercle du Libre Examen, en partenariat avec l'UAE. Conférence abordant de nombreuses thématiques autour de l'école primaire et secondaire en rapport avec la laïcité : la question du créationnisme, des difficultés actuelles d'enseigner la théorie de l'évolution, les projets d'un cours commun philosophique pour tous, etc.

Intervenants :  Nadia Geerts : Licenciée et agrégée en philosophie, militante républicaine, laïque, antiraciste et féministe, Jean-Christophe de Biseau : Responsable de l'agrégation en biologie (ULB) et auteur d'articles sur la question du créationnisme, Jacques Vermeylen : Maître en théologie (Louvain), professeur à la faculté de théologie de l'université catholique de Lille, président de l'Association européenne de théologie catholique (AETC), Hervé Hasquin : Ancien recteur et président de l'ULB, professeur d'université, historien et homme politique

Modération : Renaud Vanbergen, ancien président du Cercle du Libre Examen

(Il faut reconnaître que l'intervention d'Hervé Hasquin est assez remarquable. En effet, sa conception de la laïcité, dite "ouverte", autrement dit moins enmurée et nettement plus respectueuse des différences que celle souvent imposée, autant idéologiquement qu'arbitrairement, par les autorités publiques s'avère radicalement opposée à celle prônée par la laïciste Nadia Geerts !) (Rachid Z)

20:38 Écrit par Rachid Z dans Cultes, Enseignements | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27 février 2012

Kerry James : Lettre à la République

Lettre à la République

Kerry James

El Gusto Orchestra of Algiers

El Gusto Orchestra of Algiers

Concert tenu au Bozar le 14 janvier 2012. Dans l'Algérie coloniale des années '40 et '50, juifs et musulmans partagent leurs émotions et leurs rêves dans la Casbah et y interprètent ensemble le chaabi, un mélange de plusieurs influences musicales venant d'Afrique du Nord, d'Andalousie et du Moyen-Orient. Avec le temps, cette harmonie se disloque mais le rêve subsiste …

12:47 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26 février 2012

Mariage Religieux : «Le Calvaire des Femmes Juives»

Mariage Religieux

«Le calvaire des femmes juives»

Selon la loi juive, la demande de divorce revient seulement au mari. Les femmes ne peuvent pas se remarier tant que leur ancien époux ne leur a pas donné «guet», un acte écrit dans lequel l'homme divorce de sa femme.

En l'absence de «guet», les époux sont toujours considérés comme mariés selon la tradition juive, même s'ils ne vivent plus ensemble.

Qui plus est, si elle demeure avec un autre homme, elle pourra être accusée d'adultère et les enfants nés de cette union seront considérés comme des «mamzer» (bâtards) selon la loi juive. Ces enfants, n'étant pas reconnus comme juifs, sont alors obligés de faire une démarche de «conversion» au judaïsme…

02:58 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23 février 2012

Le vice-président de l'Exécutif des Musulmans démissionne

Le vice-président de l'Exécutif des Musulmans démissionne

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7sur7, le 23 février 2012

Le vice-président de l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), Mohamed Adahchour, qui occupe ce poste depuis 2005, a présenté sa démission mercredi soir. Il souhaite cependant rester membre de l'assemblée générale de l'ASBL Collège de l'Exécutif des Musulmans de Belgique.

Passer le flambeau

"Après cette période relativement longue au cours de laquelle j'ai pu oeuvrer avec grand enthousiasme, j'estime qu'il est à présent judicieux de transmettre le flambeau à d'autres gens afin de leur permettre à leur tour d'apporter un nouveau souffle à notre institution", a-t-il indiqué dans sa lettre transmise au président de l'EMB et au président de l'ASBL Collège de l'EMB.

L'Exécutif connaît depuis un temps quelques tensions entre ses membres "conservateurs" et "réformateurs", rassemblés au sein de l'Alternative démocratique des musulmans de Belgique (ADMB).

La raison de la démission du vice-président ne se trouverait néanmoins pas là, a estimé le président de l'EMB, Ugurlu Semsettin, dont le mandat a été prolongé à la mi-janvier ainsi que les mandats des huit autres membres composant l'Exécutif, dont Mohamed Adahchour.

Contraintes personnelles

"Je viens de recevoir sa lettre. Il s'agit d'une décision tout à fait libre et je suis en train de lui demander de revoir celle-ci. Nous connaissons actuellement des difficultés budgétaires en raison des subsides que l'Etat nous a attribués mais ne nous a jusqu'à présent pas encore versés. Cela prend du temps. Je ne connais pas la raison de cette démission mais il y a sûrement plusieurs éléments qui ont joué", a expliqué jeudi Ugurlu Semsettin.

"Cette décision, qui fait suite à certaines contraintes personnelles, a été mûrement réfléchie", concluait dans sa lettre Mohamed Adahchour.

15:35 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Cultes, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22 février 2012

La non-violence du Dalaï Lama cède la place à une jeunesse tibétaine prête à en découdre

La non-violence du Dalaï Lama cède la place à une jeunesse tibétaine prête à en découdre

Propos recueillis par Romain Mielcarek, le 22 février 2012

Les Tibétains fêtent ce mercredi leur du nouvel an. Pour eux, la stratégie de non-violence du Dalaï Lama est un échec. Sans renier leur chef spirituel, une frange de la jeunesse prend le relais de cette figure symbolique qui n'aspire plus qu'au repos.

Les Tibétains en exil continuent de s'insurger contre les persécutions des Chinois. La voix du Dalaï Lama semble se faire de moins en moins entendre au milieu des cris de colère. Qui sont ces Tibétains qui ne croient plus à la médiation pacifique ?

Raphaël Liogier : Il y a de nouvelles générations de Tibétains qui, comme beaucoup de jeunes de par le monde, se font plus virulents et espèrent une lutte plus frontale avec le pouvoir chinois. Cette volonté de résistance n'est pourtant pas antinomique avec une véritable légitimité du Dalaï Lama. Ces Tibétains en colère continuent d'avoir confiance en leur leader spirituel mais pour eux, la non-violence a fait son temps et a finalement prouvé ses limites face à Pékin. Il ne faut pas non plus oublier que le peuple tibétain est un peuple pacifique du fait du bouddhisme mais qu'il a également une grande histoire guerrière. Au fil des siècles, il s'est retrouvé à plusieurs reprises dans la résistance face à l’envahisseur chinois mais aussi parfois dans la conquête d’une partie de la Chine.

Cette opposition plus dure a commencé à se manifester à la fin des années 1980. Suite aux barbaries et aux tueries qui ont ravagé le Tibet à l'époque même où survenaient les évènements de la place Tien'anmen, ils auraient espéré une réaction ferme de la part de leur chef. Le Dalaï Lama, lui, a maintenu sa volonté de tenter encore et encore d'améliorer les rapports avec Pékin.

Le renversement d’équilibre a eu lieu en 2008 avec les Jeux Olympiques. La nouvelle génération n’était pas encore convaincue qu’il fallait un face à face et pensait, pleine d’espoir que les Chinois allaient saisir cette occasion historique pour une véritable négociation et un véritable apaisement des relations puisque toutes les caméras du monde étaient braquées sur eux. C’est pourtant exactement le contraire qu’il s’est passé : les Chinois se sont cabrés, sont devenus très maladroits vis-à-vis des médias occidentaux et les micro-révoltes au Tibet ont été réprimées dans la violence et dans le sang.

Ce mouvement risque pourtant de ne pas avoir la moindre portée. Comme l'a souvent répété le Dalaï Lama, sa posture n'est pas seulement le fait d'une volonté bouddhique de non-violence. C'est tout simplement la seule voie possible pour la simple raison que le rapport des forces est parfaitement inégal : que peuvent faire 7 millions de Tibétains face à 1,5 milliards de Chinois ? C'est là une autre caractéristique du bouddhisme : le pragmatisme.

Quel rôle peut encore jouer le Dalaï Lama ? Va-t-il laisser la communauté tibétaine s'engager dans un rapport de force accru avec la Chine ?

Ces derniers mois, le Dalaï Lama a compris qu’il y avait des limites à sa tactique. Il veut simplement transférer son pouvoir. Il va laisser ceux qui ont une stratégie plus directe de face à face se mettre en branle. Il a une telle puissance symbolique qu’il pourrait très bien continuer à jouer son rôle et à défendre une stratégie non violente. Mais lui-même est fatigué, il a des problèmes de santé. Il souhaite se concentrer sur la pratique de sa spiritualité et s'investir dans le bouddhisme tranquillement dans son coin.

Le Dalaï Lama a aussi cherché à jouer justement cette carte de la non-violence contre cette frange tibétaine plus dure. Il aurait aimé apparaître aux yeux de Pékin comme un interlocuteur plus présentable, plus pacifique, avec qui il est possible de dialoguer. Il a toujours été très large dans ses revendications en demandant au Chinois non pas l'autonomie politique du Tibet mais l'autonomie culturelle pour protéger les traditions de son peuple.

Cette  stratégie a échoué dans les années 2000 car les Chinois n’ont pas confiance en lui, ils pensent que c’est une stratégie dont la finalité est de demander l’autonomie politique donc ils n’arrivent pas à s’entendre.

Justement, comment les Chinois appréhendent-ils ces mouvements plus contestataires qui défendent une résistance plus physique et véhémente ?

Les Chinois ne réalisent pas vraiment ce qui est en train de se passer. Au delà du Dalaï Lama, c'est tout le gouvernement tibétain en exil qui risque de céder à une stratégie plus violente. Tout cela pourrait évoluer vers une lutte plus frontale et de véritables velléités séparatistes.

Cette dernière existe déjà dans la constitution mais elle n’est pas réelle, c’est-à-dire qu’il faut donner la possibilité aux Tibétains d’apprendre leur religion, d’étudier en tibétain etc. et qu’il n’y ait pas ce que lui et certains appellent aujourd’hui un génocide culturel. Et contre ça, il abandonne l’idée de séparatisme ou même d’autonomie politique.

C'est de toute manière tout le drame de la situation tibétaine au sein de la Chine. Les Tibétains de l’intérieur sont complètement écrasés d'un point de vue démographique. Les déplacements de population se sont accrus depuis 30 ans. Les Chinois ont toujours cherché à déborder la population tibétaine à l’intérieur même du Tibet en le peuplant de Hans, en remplaçant la culture du blé et de l’orge tibétains par la culture du riz et à imposer progressivement la langue chinoise au sein de la société.

Malgré cette suprématie chinoise, il y a une chose qui inquiète les Chinois : au sein même du pays, l'expansion du bouddhisme gagne les coeurs. Au travers de la spiritualité, la sympathie envers le Dalaï Lama et l'attrait de la culture tibétaine n'est plus le fait exclusif des étrangers.

20 février 2012

Canada : la Cour Suprême s'en prend à la liberté des parents en matière d'éducation

Canada

La Cour Suprême s'en prend à la liberté des parents en matière d'éducation

 Par Michel Janva, le 20 février 2012

"L'affaire a débuté en 2008. Jusque-là, l'enseignement public dans les écoles québécoises dispensait aux enfants, selon le choix des parents, un cours d'enseignement moral et religieux catholique ou protestant. Cette année-là, le gouvernement décide de mettre en place un cours d'éthique et de culture religieuse (ECR) qui propose non plus de l'instruction confessionnelle, mais de l'éducation morale et religieuse, c'est-à-dire une présentation laïque des différentes confessions et des cours de morale civique, dans tous les établissements publics et privés de la Belle-Province. [...]

Dans l'affaire dite de Drummondville, ce sont deux parents catholiques qui ont demandé aux tribunaux de pouvoir dispenser leurs enfants de ces cours, arguant que "le relativisme auquel seraient exposés les élèves qui suivent le cours ECR entraverait leur capacité de transmettre leur foi à leurs enfants". Déboutés par la Cour supérieure du Québec, puis par la Cour d'appel, les deux parents ont porté l'affaire devant la juridiction canadienne suprême. Celle-ci vient de les débouter également.

Pour les juges suprêmes, en effet, l'obligation de suivre les cours d'ECR "ne contrevient pas à la liberté de conscience et de religion". "Suggérer que le fait même d'exposer des enfants à différents faits religieux porte atteinte à la liberté de religion de ceux-ci ou de leurs parents revient à rejeter la réalité multiculturelle de la société canadienne et méconnaître les obligations de l'État québécois en matière d'éducation publique", écrit ainsi l'une des juges, Mme Deschamps. Pour autant, bien qu'ayant pris cette décision à l'unanimité, deux des neuf juges de la Cour suprême ouvrent la porte à de futures poursuites pouvant cette fois-ci aboutir: "Par ailleurs, l'état de la preuve ne permet pas non plus de conclure que le programme et sa mise en application ne pourront éventuellement porter atteinte aux droits accordés aux appelants et à des personnes placées dans la même situation". Les regards se tournent maintenant vers l'affaire du collège Loyola, établissement privé catholique qui avait obtenu, lui, de pouvoir dispenser les cours d'ECR "dans une perspective catholique" par un jugement de la Cour supérieure du Québec qui a été porté devant la Cour suprême par le gouvernement. Jugement attendu dans les prochains mois."

11:40 Écrit par Rachid Z dans Cultes, Enseignements | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19 février 2012

Dominique Vidal : L'état du monde 2012, Nouveaux acteurs, nouvelle donne

Dominique Vidal

L'état du monde 2012, Nouveaux acteurs, nouvelle donne

Interview de Dominique Vidal, historien et journaliste, par Les Pieds dans le Cloître et La Vie Rennaise, tournée à la librairie Planète IO de Rennes, à l'occasion de la sortie de "L'état du monde 2012 : Nouveaux acteurs, nouvelle donne"...

 

18:00 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07 février 2012

Quelle égalité dans le financement de l'Islam ?

Quelle égalité dans le financement de l'Islam ?

Par Nicolas Bossut, le 6 février 2012

Selon une étude du sociologue Jan Hertogen, 623.000 Belges seraient musulmans, soit 5,8% de la population. Pourtant, les musulmans ne reçoivent que 2,1 % des fonds publics attribués aux cultes. Comment expliquer une si grande disparité ?

La loi sur le financement des cultes remonte en Belgique à l’indépendance. En 1830, seuls trois cultes étaient alors reconnus par l’Etat : le culte catholique dans lequel se reconnaissait alors plus de 90% de la population, le culte protestant et le culte israélite.

Implications d’une reconnaissance

La reconnaissance d’un culte a plusieurs conséquences. Tout d’abord, l’Etat paie les traitements et les pensions des ministres du culte. C’est d’ailleurs pour lui une obligation constitutionnelle. En contrepartie, il exige une tutelle sur la comptabilité des organes représentatifs des cultes reconnus.

Les autorités religieuses ont par ailleurs l’opportunité, si elles le désirent, de proposer au gouvernement de reconnaître des communautés religieuses locales. Cette reconnaissance est officialisée par un arrêté royal qui fixe le nombre de ministres du culte attaché à chacune de ces communautés. Elle implique la mise en place pour chacune d’entre elles d’un établissement public de culte, appelé ‘Fabrique d’Eglise’ chez les catholiques, chargé de la gestion temporelle des biens de la communauté. En outre, les communes ou les provinces sont tenues de mettre à disposition de ces ministres du culte un logement ou, le cas échéant, une indemnité de logement.

Toutes ces mesures ont été décidées, à l’époque, en raison du service social prodigué aux fidèles et, pour l’Eglise catholique, à titre de compensation suite aux confiscations qu’elle avait dû subir à l’occasion de la Révolution française. Elle font partie de l’héritage belge du Concordat signé en 1801 par Napoléon.

Ce n’est qu’en 1959, avec la signature du Pacte scolaire, que l’organisation de l’enseignement des religions dans le réseau scolaire officiel, primaire et secondaire, sera fixée. Les cultes reconnus et la morale laïque pourront désormais faire enseigner leur doctrine ou leur philosophie par des enseignants qu’ils auront désignés par eux-mêmes et qui seront financés par l’Etat.

Les implications, notamment financières, sont donc nombreuses et justifient que nous nous y attardions.

Reconnaissance des cultes

Les évolutions que connaîtra notre pays vont l’amener progressivement à étoffer la liste des bénéficiaires de la loi sur le financement des cultes. Tous seront soumis aux mêmes conditions. Ils doivent pouvoir revendiquer un nombre suffisamment élevé d’adhérents, être établi dans le pays depuis un certain temps, présenter un intérêt social pour la collectivité, n’avoir aucune activité contraire à l’ordre public et être structuré, de manière à avoir un organe représentatif auprès de l’autorité civile.

Les anglicans entrent dans la danse les premiers, en 1870. Leur reconnaissance ne donne lieu à aucun débat particulier à l’époque. Il est vrai que le nombre d’anglicans présents en Belgique était déjà très limité.

Suivent en 1974 les musulmans. Les enjeux sont ici bien différents. La présence musulmane s’est considérablement accrue en Belgique suite à la signature de conventions d’immigration avec la Turquie et le Maroc (1964), la Tunisie (1969), l’Algérie et la Yougoslavie (1970). Alors que l’Islam constitue déjà la seconde religion de Belgique, aucune structure officielle n’existe pour encadrer les croyants. Émue par cet état de fait ou par opportunisme politique, l’Arabie saoudite qui, au contraire d’autres Etats, ne dispose d’aucune diaspora significative,  fait pression sur la Belgique. En 1967, elle obtient du Roi Baudouin la jouissance du pavillon oriental situé dans le Parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Le Centre islamique et culturel de  Belgique s’y installe. Entre 1971 et 1974, plusieurs propositions de reconnaissance du culte islamique furent déposées à la Chambre ou au Sénat. C’est finalement en plein crise pétrolière que les parlementaires acceptèrent finalement de reconnaître le culte islamique.

L’Eglise orthodoxe fut ensuite reconnue à son tour en 1985. Elle fut suivie en 1993 par la laïcité organisée qui exigea elle aussi d’obtenir un financement et obtint pour cela la révision constitutionnelle nécessaire.

La difficile représentation des cultes

Parmi les différentes conditions de reconnaissance de cultes, l’une d’entre elles, l’obligation d’être structurée et de fournir un interlocuteur unique à l’Etat, posa toujours problème aux différents cultes et plus particulièrement aux musulmans. Cette obligation avait été taillée sur mesure pour l’Eglise catholique, fortement hiérarchisée et organisée.

Les musulmans sont par contre, à l’inverse des catholiques et tout comme les juifs et les protestants, divisés en mouvements et confréries entre lesquelles le ressentiment est parfois puissant. L’Etat, en faisant l’impasse sur ces particularismes et en leur imposant de s’unir pour être financé, va à l’encontre de plusieurs siècles de tradition.

De 1978 à 1991, le Centre islamique et culturel de Belgique, contrôlé par l’Arabie saoudite, est l’unique interlocuteur des autorités belges, mais sa légitimité est contestée. Après de nombreux rebondissements, il fut décidé de soumettre au vote des fidèles la nomination d’un Exécutif des musulmans de Belgique. Les élections eurent lieu le 13 décembre 1998. 48.000 électeurs se présentèrent et les résultats furent validés le 6 janvier 1999.

Malheureusement, l’Etat imposa aux candidats un screening opéré par la Sûreté grâce à un tour de passe-passe qui lui permit au prix d’une hypocrisie non feinte de ne pas enfreindre sa propre constitution qui lui impose de ne pas intervenir dans la nomination ou dans l’installation des ministres d’un culte quelconque. Cette injustice provoqua une colère légitime de la part des musulmans. Les dés étaient pipés. Un nombre important de candidats, pourtant élus, furent récusés parce qu’ils n’avaient pas l’heur de plaire à la Sûreté ou au ministre en place.

Toutefois, en février 1999, Tony van Parijs, Ministre de la Justice, présenta les noms des 16 membres du nouvel Exécutif des musulmans. Dès les premiers jours, il fut la cible des critiques des candidats récusés, déclenchant de vives tensions en son sein et le neutralisant.

Injustice dans le financement des cultes

Aujourd’hui, presque 15 ans après l’élection du premier Exécutif des musulmans, ce dernier est toujours dans la tourmente. Pourtant, sans son aide, la nomination des professeurs de religion islamique et des inspecteurs chargés de les contrôler, le paiement des traitements des imams et la reconnaissance de nouvelles mosquées sont quasiment impossibles.

L’inégalité dans le financement des différents cultes ne cesse en conséquence de se creuser. Ainsi, en 2008, les musulmans ne recevaient que 2,1% des montants attribués aux cultes et convictions reconnues alors qu’ils représentaient la même année 12% de la population francophone. Même en imaginant qu’il n’y ait aucun musulman en Flandre, l’injustice est criante.

Connaissant le climat politique actuel marqué par une montée sans précédent d’un populisme anti-musulman, cette situation de blocage à laquelle l’Etat lui-même n’est pas étranger ne doit pas déplaire à tout le monde. Pourtant, cette iniquité risque de coûter cher au vivre-ensemble belge. Annemie Turtelboom, nouvelle ministre en charge des cultes, sera-t-elle capable de rétablir le dialogue ou d’apporter des propositions innovantes pour rattraper ce retard ?

Vers une réforme du système ?

Dans ce contexte, certains, comme Felice Dasseto, n’hésitent pas à remettre en cause l’édifice tout entier du financement des cultes et à avancer l’idée d’un impôt dédicacé. Chaque citoyen aurait la possibilité d’indiquer sur sa feuille d’impôt quel culte ou institution de la laïcité, voire quelle organisation caritative, il aimerait financer. Étant donné l’état actuel de la pratique religieuse, bien éloignée des modèles traditionnels, cette proposition pourrait fondamentalement changer la donne. Le débat reste ouvert.

00:00 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Cultes, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04 février 2012

Une nouvelle Exégèse des lieux communs ?

Une nouvelle Exégèse des lieux communs ?

Par Lionel Rouve, le 04 février 2012

Raphaël Liogier, professeur de sociologie et de philosophie de la connaissance à Sciences Po Aix-en-provence, n’est pas très connu du grand public. A en juger par son dernier livre, "Les évidences universelles" [1], il gagnerait pourtant à l’être.

Qui, aujourd’hui, prend encore la peine de lire Léon Bloy, «pamphlétaire, romancier, ‘’entrepreneur de démolitions’’, qui tourmenta ses contemporaines avec (…) violence» ? A part Sébastien Lapaque, il n’y a probablement guère d’inconditionnels de ce féroce imprécateur. Quant à ceux qui savent ou se souviennent qu’il est l’auteur d’une remarquable Exégèse des lieux communs, publiée en 1911 pour «obtenir le mutisme du Bourgeois», «c'est-à-dire l’homme qui ne fait aucun usage de la faculté de penser et qui vit ou paraît vivre sans avoir été sollicité, un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit», ils sont sans doute encore plus rares : rarissimes.

Faut-il le regretter ? Dans la mesure où l’irascible périgourdin n’avait pas son pareil pour étriller les poncifs bourgeois et qu’il serait dommage de quitter ce monde sans avoir fait l’inoubliable expérience de son style proprement hors du commun, il n’y a sans doute guère de motifs de se réjouir qu’on ne lise plus Léon Bloy. A la limite, que l’on continue d’ignorer celui qui fut l’un des plus grand écrivains notre langue, c’est même, quelque part, profondément inquiétant.

Cela étant, peut-être ne faut-il pas trop dramatiser. En effet, il n’y a pas que Bloy qui sache étriller avec talent ces multiples lieux communs, «bourgeois» ou non, qui envahissent les cerveaux. Raphaël Liogier, par exemple, dans un ouvrage inspiré par ses émissions de radio diffusée sur France Culture durant l’été 2007, parvient à merveille à réduire en cendres ceux qui, aujourd’hui, nous empêchent de nous «adapter, changer, évoluer, surmonter les difficultés, résoudre les problèmes, comprendre l’imprévu», bref, d’être moins cons et bornés qu’à l’accoutumée.

Sans doute, le style est-t-il moins emporté que celui de Bloy, plus académique. Il ne faut toutefois pas s’y tromper : l’extrême classicisme dans lequel l’ensemble est rédigé recèle une critique pour le moins radicale et rafraichissante de ces idées reçues qui nous empêchent trop souvent de voir plus loin que le bout de notre nez, et dont on gagnerait vraiment à se débarrasser.

De là à dire que Liogier a, cent ans après Bloy, écrit ce que l’on pourrait qualifier de «nouvelle Exégèse des lieux communs», c’est à vous de voir

[1] Editions de la Librairie de la Galerie, 2011, 213 p 18 €

14:36 Écrit par Rachid Z dans Cultures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31 janvier 2012

Le procès Shafia ternit l'image des musulmans

Le procès Shafia ternit l'image des musulmans

Branchez-vous, le30 janvier 2012

Le procès Shafia a jeté un voile noir sur la communauté musulmane du Canada, ternissant davantage sa réputation déjà mise à mal par les attentats du 11 septembre 2001.

Des musulmans de tout le pays affirment toutefois que le pénible exercice aura eu au moins du mérite, puisque les révélations qui ont émergé lors du procès mettent en lumière des aspects problématiques de leur culture, ainsi que de nouvelles méthodes pour résoudre ces enjeux.

Pendant des mois, les Canadiens — musulmans et non musulmans — ont découvert avec stupeur l'histoire de ces trois Montréalais d'origine afghane qui ont tué quatre femmes de leur famille pour garder intact l'honneur du clan.

Lors du procès, la Couronne a plaidé que trois adolescentes de la famille avaient été tuées après avoir «fait honte» à leur famille en entretenant des relations amoureuses avec des garçons de leur âge et en faisant l'école buissonnière. La quatrième victime, la première femme de Mohammad Shafia, aurait souffert d'abus pendant des années et craignait pour sa vie.

Le juge Robert Maranger, qui présidait au procès, a affirmé dimanche qu'il était difficile de concevoir crime plus «abject», «haineux» et «déshonorant» que celui commis par les Shafia.

«Le motif apparent derrière ces meurtres honteux commis de sang froid est la violation de votre conception complètement tordue de l'honneur. C'est totalement inacceptable dans une société civilisée.»

Le procureur de la Couronne Gerard Laarhuis a suggéré que le verdict reflétait les valeurs canadiennes, ainsi que les principes d'une société libre et démocratique dont jouissent tous les Canadiens.

La ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, a commenté le verdict sur Twitter. «La violence motivée par l'honneur n'est pas une affaire de culture: il s'agit de violence barbare contre les femmes. Le Canada ne doit jamais confondre la misogynie et la culture», a-t-elle écrit.

Même si plusieurs musulmans refusent le concept de «crime d'honneur», plaidant qu'il s'agit d'une mauvaise représentation de leurs pratiques, ils admettent que la mort des quatre femmes fait émerger la nécessité de prendre clairement position contre la violence familiale dans leur communauté.

Quelques jours avant le verdict de culpabilité prononcé contre Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya et leur fils Hamed, une ville ontarienne avait lancé un programme destiné à éviter une répétition de ces événements dans le futur.

Le Family Honour Project, lancé par un centre communautaire musulman de London, en Ontario, vise directement le type de comportements qui ont ultimement coûté la vie aux quatre femmes.

Saleha Khan, l'une des responsables du centre, affirme que le projet était sur les rails bien avant le début du procès, mais admet que les manchettes lui ont donné une importance accrue. Même si les violences basées sur l'honneur existent dans plusieurs cultures, les stéréotypes touchant l'islam pourraient avoir été ravivés en raison de l'actualité, a fait valoir Mme Khan.

«Ça s'est transformé en combat entre 'eux' et 'nous'», a-t-elle soutenu dans une entrevue téléphonique. «Maintenant, à cause de l'image qui a été accolée à ça, des gens qui pourraient être victimes ne voudront pas dénoncer

Le programme souhaite faire cesser la violence en fournissant du soutien social qui prend en compte la culture des personnes impliquées.

Des leaders religieux musulmans avaient fait une sortie commune en décembre dernier pour condamner les meurtres motivés par l'«honneur».

14:07 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28 janvier 2012

Mariah Carey comme solution au chômage au Maroc

Mariah Carey comme solution au chômage au Maroc

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Oumma.com, le 28 janvier 2012

Le site marocain indépendant Demain online ironise sur la présence de la chanteuse Mariah Carey au festival Mawazine à Rabat ! "Hourra ! et Youppie ! Le Maroc avance à pas de géant dans la démesure. Alors que des diplômés chômeurs s’immolent par le feu dans la capitale du royaume, que d’autres menacent de faire pareil un peu partout au Maroc, et que la situation économique risque de déraper d’un moment à un autre, le régime a trouvé la parade. Il nous sort les confettis et les paillettes. C’est officiel, le festival Mawazine, créature de Mohamed Mounir Majidi, le secrétaire particulier du roi, a invité cette année la chanteuse américaine Mariah Carey."

L'article de Thami Afailal s'interroge sur le montant du cachet de la star internationale:  "On ne sait pas combien de millions d’euros touchera Mariah Carey, mais elle est plus chère qu’Elton John ou même Shakira, qui sont passés par là. Selon les câbles américains révélés par Wikileaks, Mariah Carey a reçu 1 million de dollars pour avoir interprété quatre petites chansons devant les Kadhafi pour le Nouvel an 2010. Voilà qui va mettre du baume au coeur des diplômés chômeurs qui viennent de perdre l’un des leurs".

19:20 Écrit par Rachid Z dans Cultures, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27 janvier 2012

Henri Goldman : Le rejet français de l'islam

Henri Goldman

Le rejet français de l'islam

Je me permets de vous signaler la parution de mon essai "Le rejet français de l'islam" aux Presses universitaires de France (avec un avant-propos de Francis Martens). Il tombe à pic : le débat sur la laïcité s'est invité dans la campagne présidentielle française et l'heure est plutôt à la surenchère. Dans un tel climat, ce petit ouvrage peut faire office d'antidote.

À noter, pour les lecteurs belges, que j'assume dans cet essai mon état de "francophone périphérique" et le lieu d'où je parle en procédant à de fréquents allers-retours entre la France et la Belgique. Ce détour me semblait s'imposer tant une certaine "laïcité à la française" fascine une fraction influente de l'opinion dite laïque en Belgique francophone.

Si vous aviez la possibilité de diffuser cette information, d'y faire écho ou de me donner l'occasion de présenter cet ouvrage devant différents publics ou dans différents médias, ça me rendrait grand service.

Voici les références de l'ouvrage – http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:Le_rejet_français_de_l'islam   – qui peut être commandé dans toutes les bonnes librairies.

26 janvier 2012

Festival du film de Tanger

Festival du film de Tanger

Edgar Morin, une leçon de vie et de cinéma

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Propos recueillis par Modou Mamoune FAYE, le 16 Janvier 2012

Le cinéma est le pôle du réel, de l'imaginaire et de la fantaisie, selon Edgar Morin. Ce philosophe, sociologue et écrivain français de près de 91 ans (il est né le 8 juillet 1921 à Paris sous le nom de Edgar Nahoum), garde toute la pertinence de ses réflexions, malgré son âge avancé. Vendredi dernier, dans une salle de l'hôtel Rif remplie de monde, il a fait un brillant exposé intitulé «Du cinéma», dans le cadre du 13ème Festival national du film de Tanger.

Faisant la genèse du septième art depuis son invention par les frères Lumière en 1895, le philosophe, sociologue et écrivain français, Edgar Morin, a évoqué les grandes époques qui ont marqué le cinéma, particulièrement la comédie incarnée par un certain Charlie Chaplin. C'était la période du muet, dans les années 1910 à 1930, avec des chefs d'œuvre comme «Métropolis» de l'Autrichien Fritz Lang, un film expressionniste réalisé en 1927. A l'époque, les projections étaient accompagnées d'une musique jouée par un orchestre ou un simple piano, pour ajouter un peu d'ambiance aux scènes muettes. «L'avènement du cinéma parlant a inventé le silence dans les films. Le cinéma devient, ainsi, quelque chose de polyphonique. On assiste à l'apparition des stars, des nouveaux héros séducteurs et des femmes fatales», explique Edgar Morin.

Avec le cinéma parlant, les stars vont «s'humaniser» et acquérir une dimension qui permettra au public de s'identifier à ces héros du 20ème siècle. Ce culte et ce mystère qui entourent les stars vont vite révéler leur fragilité, en dépit des apparences souvent trompeuses, d'un bonheur dans lequel ils semblent vivre. Le suicide de Marilyn Monroe, le 5 août 1962, en est une parfaite illustration, rappelle Edgar Morin. La disparition de la célèbre comédienne américaine va ébranler bien des certitudes et fait, quelque peu, craqueler le vernis de mystère qui entoure les «dieux du cinéma» devenus, du coup, de simples mortels.

Entre stéréotypes et archétypes

L'usine de rêves qu'est Hollywood n'en continue pas moins d'étendre ses tentacules et de susciter des vocations à travers le monde. Ses westerns, ses thrillers et ses aventures à l'eau de rose vont faire du septième art une véritable industrie avec des retombées commerciales qui se chiffrent à des millions de dollars. Le cinéma, en se développant, crée, aussi, des métiers annexes : décorateurs, scénaristes, monteurs, accessoiristes, musiciens et divers autres techniciens. «Le cinéma, à la fois, art et industrie, demande, de plus en en plus, de production, de création et d'imagination. Parfois, malheureusement, la production a tendance à tuer la création», déplore Edgar Morin. Ainsi, il y a un conflit permanent entre la recherche de la rentabilité et le souci de la création artistique. Ce phénomène fait que «les stéréotypes deviennent, parfois, des archétypes», explique-t-il. Le cinéma a mis du temps avant d'être reconnu comme un art à part entière. Pendant longtemps, les intellectuels l'avaient relégué au rang de divertissement sans grande importance, destiné à ceux qu'on appelait le «bas-peuple». L'écrivain et académicien français, Georges Duhamel, disait même que le cinéma contribuait à abrutir les masses. Un autre penseur, le philosophe américain d'origine allemande, Herbert Marcuse, était plus incisif et méprisant dans ses critiques, car voyant le cinéma comme une «sous culture, un instrument d'aliénation». Par contre, des intellectuels surréalistes, comme l'écrivain français, André Breton, en véritables visionnaires, avaient découvert, avant les autres, l'intérêt du cinéma pour la société moderne.

Emergence de nouvelles tendances

Le milieu du 20ème siècle a vu apparaître les premiers critiques de cinéma, les salles art et essai et les cinémathèques. L'un des premiers critiques, le Français André Bazin, a, ainsi, joué un rôle crucial dans le développement de cet art naissant. D'ailleurs, il fait partie des fondateurs des Cahiers du cinéma, en 1951 et de la revue Radio cinéma télévision, devenue Télérama. Les années 1960, selon Edgar Morin, ont été marquées par la décadence de l'empire Hollywood qui, paradoxalement, n'a pas entraîné la mort du cinéma. Au contraire, on assiste à l'émergence de nouvelles tendances incarnées par des noms, comme Francis Ford Coppola ou Martin Scorsese, qui vont imprimer une nouvelle dynamique au septième art, avec une pluralité dans la création.

En France, la Nouvelle vague, à la fin des années 1950, permet à de jeunes réalisateurs, comme François Truffaut, Agnès Varda et Jean-Luc Godard, de faire des films avec peu de moyens, dans la rue ou dans l'intimité des maisons, loin des décors de studios. «Cela a entraîné une plus grande liberté des créateurs», analyse Edgar Morin. Cette tendance entraîne, également, l'épanouissement d'un art, avec ses singularités, à l'image des Japonais et des Grecs qui inventent un cinéma original.

Selon Edgar Morin, le cinéma, comme tout grand art, influe sur la vie, les comportements et joue un rôle quand il consolide des croyances déjà ancrées. «L'être humain est très complexe et le cinéma nous le révèle. En regardant un film, nous cessons d'être xénophobes, sexistes, ce qui n'est pas le cas dans la réalité. Le cinéma nous aide à mieux comprendre notre moi. Il constitue une sorte de dédoublement de notre mémoire, un peu comme le mythe du mémoire qui nous renvoie notre image virtuelle», explique-t-il. En délaissant, de plus en plus, le «happy end» (la fin heureuse), le cinéma ne faisait que refléter la crise culturelle et économique de la fin des années 1960 qui révélait les failles de la civilisation occidentale. Il y a eu comme un effondrement de la mythologie du bonheur. Cependant, le cinéma traduit bien cette réalité semi-imaginaire de l'humain dont parlait l'écrivain russe, Maxime Gorki.

«On ne peut pas vivre sans rêves, sans imaginaire, sans fantasmes. Aujourd'hui, dans les œuvres cinématographiques, la promesse du bonheur est remplacée par la problématisation du bonheur», affirme Edgar Morin. Selon lui, les grands films sont problématisant (posent les problèmes), tandis que les autres sont euphorisants (essaient de masquer ces mêmes problèmes).

Le sociologue français fait une nette distinction entre un cinéphage qui consomme tout ce qui lui tombe sous les yeux et un cinéphile qui est plus sélectif, plus raffiné dans ses choix filmiques. Et en dépit de la crise et de toutes les menaces qui planent sur le secteur, il demeure optimiste pour le cinéma qui a un «avenir extraordinaire» devant lui, avec des «possibilités inouïes».

Il demande juste au public de profiter de tous les cinémas, car cela favorise la compréhension mutuelle entre les peuples et les nations. La culture cinématographique, contrairement à ce que disent certains, n'est nullement en péril, estime Edgar Morin.

10:52 Écrit par Rachid Z dans Cultures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |