08 novembre 2012

Face aux Chrétiens

Face aux Chrétiens

A l'occasion de l'Assemblée plénière de la Conférence des Evêques de France, "Face aux chrétiens" est enregistré à Lourdes pour un entretien exceptionnel avec le Cardinal André Vingt-Trois. Dominique Gerbaud, Clémence Houdaille de Radio-Notre-Dame, Pauline de Torsiac de RCF et Dominique Greiner de La Croix interrogent le Président de la Conférence des Evêques de France sur les dossiers "chauds" du moment, en particulier la question du "mariage" pour les personnes homosexuelles, dont le projet de loi est sorti au Conseil des ministres ce mercredi. Le cardinal revient aussi dans cette émission sur le récent Synode sur la nouvelle évangélisation et sur les points forts abordés pendant l'assemblée plénière, notamment la présence des chrétiens dans la société aujourd'hui et le dialogue avec l'islam

23:08 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La religion existe-t-elle ?

La religion existe-t-elle ?

Par Baudouin Decharneux : Maître de recherches du FRS-FNRS, Professeur à l’ULB, Membre de l’Académie Royale de Belgique

Présenté par Charles Huygens : Directeur général du Département de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles

Mercredi 19 décembre 2012 à 18 heures 30

Bibliothèque des Riches Claires

Rue des Riches Claires 24 - 1000 Bruxelles

Tél. : 02/548.26.10  Fax : 02/548.26.48

bp1@brunette.brucity.be

http://www.bibliorichesclaires.be

Entrée libre, réservation souhaitée

12:09 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05 novembre 2012

Réflexions théologiques juives sur le Concile Vatican II

Réflexions théologiques juives sur le Concile Vatican II

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Conférence du Rabbin David Meyer, professeur à l'Université pontificale grégorienne de Rome

Mardi 6 novembre 2012 de 12h30 à 13h30

Musée Juif de Belgique

Rue des Minimes, 21 à 1000 BXL

En 1965 (d'octobre 1962 à décembre 1965), le Concile Vatican II modifia en profondeur les bases de la théologie catholique vis-à-vis des religions non chrétiennes et du judaïsme en particulier. En adoptant la déclaration Nostra, Aetate, Vatican II marque donc un tournant décisif dont l'impact est encore loin d'avoir été pleinement perçu aujourd'hui. L'Eglise catholique y reconnaît implicitement sa responsabilité et propose de repenser de fond en comble l'image des Juifs, du peuple juif et du judaïsme.

Dès lors, les relations avec le judaïsme seront marquées du sceau de la fraternité, valorisant les différences entre ces deux religions "soeurs". Le texte de Nostra Aetate est le résultat d'un long travail théologique et rédactionnel du Cardinal Béa qui, sa vie durant, s'employa à valoriser la relation entre l'Eglise et le peuple juif. C'est à lui, sous l'impulsion du Pape Jean XXIII, très concerné par l'amélioration et la normalisation des relations avec le judaïsme, que nous devons les avancées remarquables dans ce domaine dont le Concile Vatican II vint apporter confirmation. Quel regard théologiquement critique peut-on poser sur ce document fondateur, à la base de notre expérience actuelle des relations entre le judaïsme et le catholicisme ? Quelles ont été les réactions de la communauté juive

12:32 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04 septembre 2012

Liste FDF Saint-Josse-ten-Noode

Liste FDF Saint-Josse-ten-Noode

CANDIDAT(E)S aux ELECTIONS 2012


1. LIMANI Djef

2. LAMBILLION Patricia

3. BOUGHABA Abdellah : figurait en 2006 sur la liste CDH

4. DE BRAEKELEER Lydia

5. LAMBILLION Roger

6. ROX Renée : conseillère CPAS

7. BIOT Patrick

8. DELVAUX Michèle

9. CREMER Jean-Louis

10. TASDAGITICI Semsettin

11. DEVAUX Sébastien

12. ELÇI Fatma

13. MOUHSSIN Hassan

14. TASDAGITICI Tulay

15. FATHI Samira

16. OURIAGHLI Abdellah : figurait en 2006, en tant que réformateur, sur la liste MR

17. BIOT Sandrine

18. FATHI Otman

19. ARINSOY Nevbahar

20. MOERENHOUT Didier

21. ELHACHMI Sarah

22. LAABI Tarik

23. LABYAD Khadija

24. LAFÈRE Alain

25. TASDAGITICI Nevriye


(?) : VANDIEST Daniel

(?) : BAHORI Boubker

13 août 2012

L'Eglise de Saint-Josse rénovée dès septembre

L'Eglise de Saint-Josse rénovée dès septembre

L’Avenir, le 13 août 2012

L'Eglise Saint-Josse située sur la place du même nom nécessite une rénovation. Les murs s'effritent et les pierres risquent de choir sur la voie publique. La rénovation de la toiture débuterait dès le mois de septembre. Mais qui payera les coûts de la rénovation ?

"Nous avons reçu une lettre de la Fabrique d’église pour nous signaler que des travaux seraient entrepris en toiture dès le mois de septembre, indique Jean Demannez (PS), le bourgmestre de Saint-Josse dans La Capitale. Pour le reste, nous attendons un devis plus précis pour l’ensemble de la rénovation.

Pour remettre l'ensemble de l'église en état, il faudra des fonds supplémentaire. Comme la Fabrique est en déficit, c'est la commune, déjà connue pour sa pauvreté, qui devra suppléer. Et ce même si une importante subvention régionale est attendue, l’église étant classée, poursuit le mayeur dans La Capitale.

L'église Saint-Josse datant de la fin du 19ième siècle est de style néobaroque. Aujourd'hui, une partie de sa nef est inaccessible au public pour risques d'éboulis.

14:21 Écrit par Rachid Z dans Cultes, Saint-Josse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03 juin 2012

La secte des Deux soleils

La secte des Deux soleils

Sébastien MICHAUX, le 02 juin 2012

À Servance, une femme, le gourou présumé d’une association prônant le retour au naturel à travers les produits bios qu’elle cultive et commercialise, a été incarcérée.

Daphnée y est entrée, comme tous les autres, en tant que patiente. En détresse psychologique, un trait caractéristique, elle pousse alors la porte de l’association Ajir où l’on prône les thérapies alternatives, notamment le Reïki, une méthode de soins d’origine japonaise basée sur la canalisation des énergies. La structure est alors basée à Belfort. Et, depuis l’internement d’un adepte qui n’avait «pas supporté les séances de magnétisme et de globalisation des énergies», fait déjà l’objet de soupçons.

L’association, initialement créée à Dole (Jura), change de président en 2004 après cet épisode. Est successivement rebaptisée Elae puis Helahe. Et enfin Espace naturel et éveil lors de son installation en 2009 à Servance. Dans cette charmante commune des Vosges saônoises, Luce Barbe, le gourou présumé dont la chambre de l’instruction a confirmé hier le maintien en détention, entend ériger le retour au naturel comme religion. Cette femme de 49 ans, qui se veut thérapeute, séance qu’elle facture 40 €, crée une SCI au nom de laquelle se fait l’acquisition d’un bâtiment pour 140.000 €. Daphnée y investit 70.000 €. Nom du site : la Ferme des deux soleils. Marc, une autre victime, met tout son temps et son énergie dans les travaux de rénovation. Un peu d’argent aussi.

Ici, la vingtaine de camarades développent le maraîchage bio à travers une entreprise, Lustra, puis une seconde, la Société civile d’exploitation agricole qui émerge en février dernier, lorsque le procureur Jean-François Parietti et les gendarmes de Lure prennent les choses en main sur la base des témoignages recueillis fin 2011.

12 à 15 heures de travail par jour

A La Ferme des deux soleils, on y produit des fruits et légumes qui s’écoulent sur les marchés de la région, mais aussi à travers les cinq magasins qui ouvrent à Lure, Héricourt, Luxeuil et Le Thilliot (88). On invite les écoliers à découvrir les bienfaits de la nature, un gîte voit le jour. Mais ici, tout se fait bénévolement. Les gens travaillent 12 à 15 heures par jour. Paient leur logement, leur nourriture, mais aussi certains outils ou les aménagements des commerces.

Ils vendent leur maison pour les besoins de l’association

Tous ici ont laissé leur vie d’avant, l’extérieur étant soumis aux ondes négatives, vendu leur maison, leurs biens pour assouvir les besoins de l’association. Qui compte, à sa tête, une femme que les enquêteurs soupçonnent d’avoir pris l’ascendant psychologique sur la communauté. Sur son mari, en premier lieu. Un patient, au départ, venu là en thérapie, comme les autres. L’ex-femme de cet ancien informaticien ayant coupé les ponts avec ses proches le signale en 2006 : «Il a complètement changé, s’est désintéressé de son travail et de sa famille au profit de l’association».

Luce Barbe développe, détaillent les témoins, la pratique dite des souvenirs induits. Une méthode, sectaire selon l’observatoire des sectes en France, consistant à vous assimiler à un(e) autre dans une vie antérieure. Un personnage très mauvais suscitant un sentiment de culpabilité sur lequel se construit progressivement la mainmise psychologique. Apparaît également le Guide Mehaël, du nom d’un ange interdit de culte très tôt par l’Eglise, auquel seule le gourou présumé aurait un accès direct. C’est lui qui protège la communauté. S’en extraire place les fidèles en situation dangereuse. C’est au nom de Mehaël, aussi, qu’un adepte aurait vendu sa maison 71.000 € selon un prix dicté par le Guide.

Constamment sollicitée, notamment au travers de réunions destinées à maintenir la cohésion et la pression, Daphnée «se persuade de cette réalité», mais est progressivement gagnée par le doute. Mais en faire état, c’est s’exposer aux brimades. «Quand j’ai relevé que nous étions contraints de tout payer alors que nous bossions sans cesse, on m’a rétorqué que j’étais habité de l’énergie du radin», raconte Marc qui, humilié de la sorte en public, a remis son poing dans la poche.

Convoquée le 24 mai, Luce Barbe, soupçonnée de travail dissimulé, escroquerie et «abus frauduleux de l’ignorance ou la faiblesse d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique», a été incarcérée le lendemain au terme de sa garde à vue. Mais l’enquête, qui comprend un volet financier et un autre portant sur l’abus de faiblesse, ne fait que commencer…

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Respirianisme : mieux que le régime Dukan, les bouffeurs de lumière

Respirianisme : mieux que le régime Dukan, les bouffeurs de lumière

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Chloé Andries, le 02 juin 2012

Le 16 mai, la grande prêtresse du «respirianisme» (groupe New Age qui prétend que l’homme peut se nourrir exclusivement de lumière) était en visite exceptionnelle à Bruxelles. L’occasion d’aller écouter la gourou d’un courant qui aurait déjà causé la mort de cinq personnes (trois selon le Sunday Time, une selon Krone.at et une dernière selon The Local) et revendique 40 000 fidèles.

C’est donc comme ça qu’on se retrouve, un soir de semaine à Bruxelles, à troquer son très banal steak-frites contre un dîner cosmique. Dans une salle pleine à craquer de silhouettes faméliques et de bobos aisés, nous voilà prêts à «manger de la lumière», guidés par Jasmuheen, grande prêtresse, tunique bleue pailletée sur fuseau noir, cheveux blonds coupés court, sourire invariablement fiché aux lèvres.

Rappelons brièvement avec qui nous sommes allés casser la croûte.

Dix-neuf ans sans manger

Jasmuheen, quinqua australienne, développe depuis une vingtaine d’années une théorie new age au fondement assez simple : pour atteindre le bonheur, l’homme pourrait arrêter de manger et se nourrir exclusivement de lumière, moyennant un protocole strict de méditation et de jeûne. Elle-même jure n’avoir rien avalé depuis dix-neuf ans, hormis une tasse de thé par ci par là.

Une fable difficile à croire, surtout depuis la diffusion d’une émission de télévision australienne, en 1999, où la belle blonde avait accepté de jeûner devant la caméra. L’expérience avait tourné court, au bout de quatre jours, le médecin jugeant rapidement son état de santé préoccupant.

«L’échec respirianiste»

Le hic : au moins cinq personnes sont décédées après avoir suivi le processus respirianiste. La dernière en date, une Suisse de 62 ans, a été retrouvée morte de faim en avril dernier, après avoir suivi le régime préconisé. Jasmuheen se défend de toute responsabilité, rejetant la faute sur les «cadavres», qui n’auraient pas bien suivi ses préceptes. Mais la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et son pendant belge, le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN), s’inquiètent depuis des années des dangers sanitaires de ce mouvement.

Malgré tout, Jasmuheen revendique 40 000 adeptes (certainement surévalués) et propose des stages et conférences toujours bien remplis. Ce soir, à Bruxelles, ils sont environ 130 à boire ses paroles.

1. L’Occident se trompe

«En Occident, nous avons oublié notre essence», lâche la grande prêtresse, qui explique avoir été déçue, enfant, de parler à un Jésus qui ne lui répondait jamais. Après avoir roulé sa bosse en Inde, rencontré un gourou, médité 23 heures par jour, l’Australienne aurait accédé à sa lumière divine et donc à la paix intérieure.

«J’ai réalisé que cette essence était une ressource phénoménale, et que je n’avais plus faim. Je me suis dit, il doit bien exister une source libre et gratuite pour que chacun puisse être libéré.»

Les uns applaudissent, les autres sourient, tous sont médusés.

Frédéric Lenoir, sociologue des religions, décode le succès de ce type de mouvements qui fleurissent en Occident :

«Le croire n’a pas disparu de nos sociétés occidentales, mais il a opéré une profonde mutation. Le discours des grandes traditions religieuses n’apparaît plus comme crédible, pour plusieurs raisons : la science est passée par là, les institutions sont en crise, la quête de sens s’est individualisée.

Certains se tournent vers le développement personnel, d’autres vers la philosophie. Le flottement du croire peut aussi être récupéré par des groupes new age. La question de la dérive sectaire, elle, n’est pas forcément corrélée à cette mutation. Simplement, dès qu’un discours est légitimé par l’irrationnel, il peut dévier

2. Le test qui tue

Après un speech bien rôdé d’une heure et demie sur les bienfaits de la lumière – y compris pour résoudre la faim dans le monde – Jasmuheen passe aux tests pratiques avec résultats 100 % garantis.

Exercice du jour : comment demander à notre essence divine si nous pouvons arrêter de manger et si oui, dans quelles proportions. Debout, les yeux fermés, adressez-vous à votre moi intérieur :

«Le Prana (la lumière) me nourrit-il à hauteur de 50% ?»

Répétez inlassablement la formule jusqu’à ce que votre corps penche. Vers l’avant, la réponse est oui, vers l’arrière, la réponse est non. Un peu basique dans le genre travaux pratiques… Mais tout le monde a penché dans le bon sens. C’est l’extase.

Pour Frédéric Lenoir, ce besoin de résultats tangibles s’inscrit dans une tendance de fond :

«Le croire s’est largement individualisé. Chacun cherche à valider sa croyance par sa propre expérience. Il recherche un mieux-être ici et maintenant, a besoin de résultats, ce que les grands récits monothéistes n’offrent pas, même s’ils s’y adaptent».

3. Le dîner cosmique (avec session ventriloque d’esprit)

Après les exos, place au clou du spectacle : le dîner cosmique. Lumière tamisée, douce mélodie en fond sonore, la grande prêtresse lance le banquet virtuel.

«Fermez les yeux, ralentissez votre respiration. Vous puisez maintenant ce qu’il faut en vitamines, minéraux, protéines. Je suis éternel... Je suis infini... Je suis la paix

La salle est en transe, les uns joignent les mains, les autres s’allongent, ouvrent les bras. Après cette demi heure de semi coma, coup de théâtre : voilà Jasmuheen prise d’une violente quinte de toux. Sa voix change, se fait plus rauque.

«Chers amis, nous avons dû faire un ajustement au larynx de cette femme pour vous transmettre un message. Vous pouvez nous appeler le collectif des êtres de lumière

Ne me dis pas que des esprits nous parlent ? Si, si, apparemment, Jasmuheen discute régulièrement avec les anges, la Vierge, Jésus, et autres esprits en pagaille.

«Vous êtes entrés dans un moment critique de votre évolution. Votre monde va faire comme la civilisation Maya autrefois, vous allez effectuer une transmigration en masse pour accéder à l’unité

Amis de la poésie apocalyptique, bonsoir. Il est quasi 23 heures, et là, tout de suite, j’ai un peu du mal à capter la substantifique moelle de ce discours un brin «Guerre des étoiles». Grâce à Dieu, nos amis esprits semblent plutôt à cheval sur les horaires :

«Nous sommes sensibles au fait que votre temps est limité ce soir. Nous allons y revenir plus tard, au fil des jours où vous serez réunis. Nous avons tant de choses à vous dire.»

Bah oui, forcément, il y a un stage de quatre jours à 440 euros prévu après la conf, ça serait dommage de le louper.

Jasmuheen sera ensuite en visite à Paris en octobre prochain. Date à confirmer.

22:21 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19 mai 2012

Au Maroc, le chrétien est un étranger

Au Maroc, le chrétien est un étranger 

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Jacques Berset, le 19 mai 2012

Les autorités marocaines ont une grande estime pour la petite minorité catholique du pays, affirme Mgr Santiago Agrelo Martinez. "EIles ont plus que du respect pour nous… les catholiques vivant au Maroc sont très appréciés", confie à l’Apic l’archevêque franciscain de Tanger (*), ville marocaine située en face du Détroit de Gibraltar.

Mais l’avenir de cette Eglise, qui compte quelque 2’500 catholiques de nationalité étrangère pour l’archidiocèse de Tanger et 25’000 pour celui de Rabat, n’est pas radieux. Elle manque de personnel et sent le poids des années, ce qui pourrait rendre sa présence aléatoire. Bénéficiant d’un "dahir" (décret royal) du roi Hassan II, l’Eglise catholique au Maroc a un statut juridique qui lui permet de développer ses activités de culte et ses œuvres sociales dans les étroites limites de la légalité du pays.

Cependant, dans le Royaume chérifien, où le roi porte de titre de "Commandeur des croyants" (Amir al-Mouminine), les lois anti-prosélytisme interdisent aux chrétiens tout travail d’évangélisation.

Apic: L’Eglise catholique au Maroc n’a pas le droit d’évangéliser…

Mgr Agrelo: Actuellement, l’Eglise catholique est très appréciée par le gouvernement, notamment pour ses œuvres sociales. Si notre présence ne se base pas sur un concordat, le "dahir royal" est une loi qui nous protège et légitime toutes nos activités.

Certes, on pourrait, comme nous sommes tous des étrangers, nous demander de partir du jour au lendemain. Nous ne sommes que des hôtes au Maroc, et on ne peut se permettre aucune déviation par rapport à la législation. Nous n’avons actuellement aucun problème, à condition de respecter strictement la loi, ce que nous faisons dans le respect de notre pays d’accueil.

Dans mon pays d’origine, en Espagne, il y a encore de nombreux chrétiens qui pensent que nous devons agir contre ces lois anti-prosélytisme qui violent la liberté de conscience des individus. Certes, en tous lieux, évangéliser, c’est nécessairement servir, mais auprès des musulmans du Maroc, c’est uniquement servir…

Apic: Il y a eu effectivement, dans les années 2009-2010, une vague d’expulsions de chrétiens étrangers accusés de faire du prosélytisme…

Mgr Agrelo: Ces mesures nous ont fait comprendre la fragilité de notre situation, nous qui sommes ici "dé-terrés". On pense que le gouvernement a pris ces mesures pour calmer les islamistes, mais je ne pourrais pas donner une explication fondée. Il y a dans ce pays des lois anti-prosélytisme, que je considère comme injustes, car elles nous empêchent de manifester concrètement et publiquement ce à quoi nous croyons. Mais nous devons respecter ceux qui ont une autre foi, ne pas les questionner sur leur foi.

A l’évêché, presque tout le personnel est musulman. Ce sont également des musulmans qui travaillent dans nos œuvres sociales. Nous devons faire en sorte qu’ils puissent vivre leur religion sans entraves. Le jour de leurs fêtes musulmanes, je leur fais un cadeau. Mais dans le domaine pastoral, ce ne sont que les catholiques qui travaillent.

Apic: Les conversions ne peuvent alors qu’être clandestines…

Mgr Agrelo: Si on est citoyen marocain, on ne peut être que musulman ou juif. Les chrétiens ne sont que des étrangers. Il est interdit de prêcher en dehors de la communauté, c’est un fait et c’est la loi. La prudence et l’efficacité nous conseillent d’être respectueux des lois. Je ne connais pas de conversions de Marocains dans l’archidiocèse de Tanger.

Mais ce que je crains le plus, ce n’est pas l’absence de liberté religieuse ni de liberté de conscience. Ce qui me préoccupe, c’est que, demain il n’y ait plus ici de mains chrétiennes pour faire partager aux pauvres le pain de l’espérance.

Je pense être le dernier évêque franciscain de la Province franciscaine de Santiago (Saint-Jacques de Compostelle) à Tanger, car notre Province a désormais d’autres priorités, mais l’Ordre franciscain continuera d’être présent au Maroc et ne va pas abandonner cette mission.

Apic: Qui sont les catholiques de votre diocèse ?

Mgr Agrelo: Sur un territoire d’un peu plus de 20’000 km2, notre diocèse, qui compte 7 paroisses (6 de langue espagnole et une de langue française), occupe, la grande partie de l’ancien Protectorat espagnol au Maroc. Nos quelque 2’500 catholiques sont notamment des familles européennes, pour la plupart des familles espagnoles restées au Maroc après l’indépendance du pays, de jeunes Africains venus faire des études dans les universités marocaines, du personnel travaillant dans les écoles et instituts étrangers, des employés d’entreprises étrangères, des délégations diplomatiques, et…des prisonniers.

Outre les Espagnols, les catholiques sont Philippins, Italiens, Portugais, Français, mais également Africains subsahariens, venant du Niger, du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée, du Congo, du Nigeria… Nombre d’entre eux – hommes, femmes et enfants - sont des clandestins. Nous en aidons quelques uns à l’évêché, c’est une partie importante de notre travail pastoral.

D’autre part, nous travaillons également au plan pastoral dans la prison de Tanger, dans la section pour les étrangers. Si on érigeait une paroisse dans cette prison, ce serait celle qui compterait le plus de fidèles de tout l’archevêché ! La plupart de ces prisonniers – il y en a habituellement une bonne centaine – ont été arrêtés pour trafic de drogue, et la grande majorité sont des Espagnols.

Il faut que les gens sachent que les conditions de détention dans les prisons marocaines sont très dures. Bien que cette situation soit connue, il ne semble pas que cela dissuade les transporteurs de cannabis. Certains tentent leur chance de cette façon, étant donné la crise économique qui frappe l’Espagne, qui est juste à côté, dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Apic: Si la prédication vous est interdite, vous évangélisez tout de même par vos actes !

Mgr Agrelo: Nos œuvres manifestent qui nous sommes. C’est peut-être l’aspect le plus évident de notre Eglise dans cette réalité musulmane. Une petite Eglise, poignée de sable sur une plage, mais profondément enracinée dans la société, solidaire des nécessiteux, qui s’efforce d’agir pour un monde plus juste pour tous.

Notre diocèse compte quinze instituts religieux, auxquels il faut ajouter le Mouvement des Focolari, quelques prêtres "Fidei donum" (des prêtres diocésains qui restent attachés à leur diocèse d’origine et y retournent après quelques années passées au service d’une Eglise missionnaire, ndr), et quelques coopérants laïcs.

Le domaine le plus important de nos activités est celui de l’éducation, y compris les projets d’alphabétisation, d’appui scolaire, de formation professionnelle, de promotion de la femme. Nous offrons également des cours de langue, et nous disposons de centres culturels, de bibliothèque, d’activités de dynamisation culturelle et d’une école agricole. Le diocèse est aussi actif dans le soutien aux handicapés physiques et psychiques, aux enfants sourds-muets. A cela s’ajoutent les actions sociales que mène l’Eglise au nord du Maroc, comme les centres de distributions de repas et d’habits pour les plus pauvres. Il faut encore mentionner des projets axés sur les nouvelles pauvretés qui sont d’autres défis pour notre Eglise.

Depuis quelques mois, nous avons mis sur pied un Centre d’accueil pour les jeunes filles en situation de risque, qui nous sont adressées par les autorités judiciaires marocaines. Depuis de nombreuses années, nous venons en aide aux immigrés clandestins, grâce notamment à une Délégation diocésaine qui tente de répondre aux nombreux besoins des personnes qui, faute de papiers officiels, sont privées de leurs droits les plus élémentaires.

Apic: Votre priorité pastorale, dans l’esprit du "Poverello" d’Assise, ce sont donc les pauvres.

Mgr Agrelo: Rappelons-nous que Jésus n’a pas été envoyé en premier lieu aux philosophes, aux puissants de la terre, aux hommes politiques, aux militaires ou aux commerçants, mais bien aux pauvres. Finalement, nous ne sommes pas envoyés aux religions de la terre, mais aux pauvres de la terre.

Au Maroc, le paradoxe que nous vivons, en tant que chrétiens, dans notre relation avec le monde musulman, c’est que nous portons l’Evangile de la liberté, de la lumière et de la grâce à des personnes que, légalement, nous n’avons pas le droit d’évangéliser.

(*) Mgr Santiago Agrelo Martinez, archevêque franciscain de Tanger, au Maroc, est né en 1942, en Galice, à l’extrémité nord-ouest de l’Espagne. Ordonné prêtre en 1966, il est depuis 2007, archevêque de Tanger. L’Apic a rencontré Mgr Agrelo à Fribourg lors du colloque interdisciplinaire sur "Les impulsions franciscaines au dialogue interreligieux", organisé à l’Université les 4 et 5 mai 2012 à l’occasion du départ à la retraite (éméritat) du professeur Adrian Holderegger, professeur de Théologie morale fondamentale à la section germanophone de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg.

18:14 Écrit par Rachid Z dans Cultes, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Canada: la laïcité berceau de l'intolérance ?

Canada

La laïcité berceau de l'intolérance ?

Natalia Trouiller, le 16 mai 2012

Les évêques canadiens montent au créneau contre ce qu'ils appellent un "relativisme agressif" qui génère selon eux de nouvelles formes d'intolérance. Dont les chrétiens sont la principale cible

Dans une lettre pastorale adressée "aux personnes de bonne volonté", les évêques canadiens lancent un appel "pressant" au respect des religions. Selon eux, la situation s'est suffisamment dégradée au Canada pour justifier une prise de position nette de l'épiscopat.

Après une définition de la liberté religieuse - "elle comprend la capacité de choisir sa foi et de la pratiquer ouvertement, personnellement et communautairement au sein de la société", les évêques rappellent qu'elle est un droit imprescriptible: "l'Etat reconnaît et respecte - il n'accorde pas - le libre exercice de la liberté religieuse". Enfin, ils s'inquiètent des "situations qui amènent à se demander si notre droit à la liberté de conscience et de religion est toujours respecté" depuis les dix dernières années.

Cette interrogation recouvre deux préoccupations. La première concerne un certain nombre de lois qui restreignent, selon les évêques, "le droit à l'objection de conscience chez les professionnels de la santé et du droit, les enseignants et les politiciens. Par exemple, des collèges de médecins exigent de leurs membres qui refusent de pratiquer l'avortement qu'ils redirigent leurs patients vers un collègue qui est prêt à le faire; ailleurs, des pharmaciens sont menacés d'être forcés de remplir des ordonnances de contraceptifs ou de "pilules du lendemain"; en Colombie-Britannique, au Manitoba, à Terre-Neuve et  en Saskatchewan, les commissaires de mariage doivent désormais célébrer les mariages homosexuels ou présenter leur démission".

La seconde préoccupation concerne ce que les évêques appellent le "relativisme agressif". "Moins flagrante que la persécution violente des chrétiens, la "dérision culturelle systématique des croyances religieuses", pour reprendre l'expression du pape Benoît XVI, sévit dans plusieurs régions du monde. Pour les laïcistes radicaux, toute expression de croyance religieuse doit être reléguée à la sphère privée: ils cherchent donc à priver la religion de la moindre influence sur la société. [...] La religion est de plus en plus marginalisée, et tenue pour insignifiante, étrangère, voire déstabilisante pour la société. [...] Contraindre les croyants à garder pour eux leurs convictions tandis que les athées et les agnostiques ne sont soumis à aucune restriction de cette nature, c'est en fait une forme d'intolérance religieuse".

12 mai 2012

Au Maroc, des juifs venus d'Israël prient leurs saints en toute tranquilité

Au Maroc, des juifs venus d'Israël prient leurs saints en toute tranquilité

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AFP, le 12 mai 2012

Ils n'ont pas osé aller en pélerinage en Tunisie par crainte du printemps arabe. Mais au Maroc, où les islamistes sont pourtant aussi au pouvoir, des juifs d'Israël n'ont pas eu peur de venir cette semaine vénérer leurs saints en toute tranquilité.

Comme chaque année, quelque 5. 000 juifs - la plupart d'origine marocaine - sont venus de tous les coins du monde, et notamment d'Israël, pour rendre hommage aux 1. 200 saints enterrés dans cette terre d'islam qu'ils "aiment", priant à l'unisson pour la "paix et la cohabitation entre les deux religions" au Moyen-Orient.

Le plus important des sanctuaires juifs au Maroc est celui d'Amran Ben Diouane, un saint vénéré qui repose depuis 250 ans au dessus des montagnes de Ouazzane (200 km au nord de Rabat).

"Mille saints reposent au Maroc, l'un des lieux les plus importants au monde avec un pélerinage qui dépasse les cinq mille personnes", explique Jacob Tordjamn rabin de Tanger (nord).

Le sanctuaire Amrane Ben Diouane, planté dans un cimetière juif, se dresse au milieu de plusieurs hectares d'oliviers.

Sous surveillance policière, son accès est autorisé aux seuls Marocains dûmement munis d'une autorisation délivrée par la communauté juive du royaume.

Sous une chaleur de 42 degrès cette semaine, un juif venu d'Israél sursaute quand on lui demande s'il prie aussi Dieu pour réconcilier Israéliens et Palestiniens.

"Mon frère que tu sois juif, arabe ou musulman nous voulons tous la paix, laisse moi prier", répond-il devant la tombe supposée être celle du saint Amran.

Le pélerinage dans ce sanctuaire, commencé jeudi s'achève samedi soir après le Shabbat.

Durant ces cinq jours de prières, les pélerins fortunés dorment dans de petites villas, les autres couchent dans des maisonnettes au toit de zinc.

Sous un immense olivier, ils défilent chaque jour, jetant des cierges sur un énorme bûcher allumé à même la tombe d'Amran Ben Diouan. "Un homme pieux, intègre, bienfaiteur, bon" lit-on sur une plaque ornant la façade d'une synagoque.

Au premier soir, un fidèle a fait la ronde offrant du whisky à gogo à l'assistance: "buvez mes frères, je commémore aujourd'hui la mort de mon père en souhaitant la paix", crie-t-il à tue-tête.

Près de lui, un juif orthodoxe, Mahmane Bittgoun "venu de Jérusalem" lance un son puissant à travers une corne. "C'est pour amplifier les prières et la bénédiction", assure-t-il. Les femmes l'encouragent en poussant des youyous.

Il s'arrête un moment de jouer sur cet instrument qui remonte à la nuit des temps, et invite l'assemblée à écouter sa conversation téléphonique établie par gsm avec des pélerins du temple Mirone, un saint enterré près de Tel-Aviv.

"Ils sont maintenant 130. 000 pélerins à Mirone, ils vous saluent, prient pour vous et vous demandent de prier pour eux à travers Amran Ben Diouan", lance-t-il le front en sueur.

Un rabin Natan S. résidant à Beercheva (Israël) refuse de parler de politique. "Religieusement on prie pour la paix au Proche-Orient mais politiquement, je refuse de parler", dit-il coupant court à toute question sur le conflit.

Vers minuit, les pélerins s'en vont prier dans la synagogue d'en face sans oublier le "grand saint" Rabi Simon Baryoha enterré en Israël à qui "tous les juifs du monde rendent hommage cette semaine suivant le calendrier hébraïque".

Après la chaleur torride du jour et l'épreuve du pélerinage, rendue encore plus dûre à supporter à cause de la lueur des flammes et l'odeur piquante des bougies brûlées, les pélerins partent s'installer dans un immense restaurant pour festoyer au son de la musique.

La traditionnelle et étonnante cérémonie de vente aux enchères des bougies ponctue le repas.

La collecte, qui se chiffre à des millions d'euros, est versée dans une caisse pour la rénovation et l'entretien des sépultures des 1. 200 saints juifs du Maroc.

14:31 Écrit par Rachid Z dans Cultes, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11 mai 2012

Liberté religieuse: L’Europe doit s’impliquer davantage

Liberté religieuse

L’Europe doit s’impliquer davantage

La Croix, le 11 mai 2012

Mercredi 9 mai, les Groupes politiques PPE (droite libérale) et ECR (conservateurs) du Parlement européen organisaient, avec la COMECE, un séminaire sur les «Chrétiens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord». Il s’inscrit dans le prolongement du séminaire de 2010 sur la «Persécution des chrétiens».

Des organisations, telles que l’Aide à l’Église en Détresse, étaient invitées à soumettre aux organisateurs rapports et analyses. Ce séminaire avait pour but d’aider les députés européens à mieux «comprendre dans quelle mesure le ‘printemps arabe’ rencontre les attentes de valeurs plus libérales comme la démocratie et les droits fondamentaux». Il tentait également d’impliquer davantage l’U.E. en faveur de la liberté religieuse.

«L’U.E., si elle veut rester crédible dans sa défense des droits de l’homme, doit s’engager plus clairement dans la défense des chrétiens du Moyen-Orient. Nous exigeons une réaction à chaque acte de discrimination et attendons que ce problème soit toujours présent dans les discussions politiques et commerciales entre l’UE et le monde arabe.» Ainsi s’exprimait Konrad Szymanski, membre du parti conservateur. Quant à Mgr Joe Vella Gauci, membre de la Comece, il a rappelé que «le chemin vers la vraie démocratie reste incertain; d’où les objectifs fondamentaux que doivent être le respect de tous les citoyens, l’élimination des sociétés parallèles, le respect des diverses communautés et cultures et la création d’un système sociopolitique capable de sauvegarder les droits humains et les valeurs démocratiques».

16:12 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03 mai 2012

Maroc: Laïcité ou l'éternelle ingérence

Maroc

Laïcité ou l'éternelle ingérence

Par Souleyma Haddaoui, le 02 mai 2012

La pratiquante au Maroc commence à subir les mêmes affres que sa coreligionnaire en France, devenant la victime de débats douteux et de discriminations laïcistes dangereuses.

Le Maroc a, semble-t-il, atteint le summum de la démocratie et de la modernité telle que conçue en Occident. Depuis mars dernier en effet, le débat concernant la Marocaine, n'est plus limité à son éducation, sa couverture sociale ou aux lois qui devraient la prémunir et la protéger contre toute forme de violence. Le Maroc a atteint le statut de pays avancé car la société débat désormais de la licéité du voile dans la fonction publique...

La pratiquante au Maroc commence à subir les mêmes affres que sa coreligionnaire en France, devenant la victime de débats douteux et de discriminations laïcistes dangereuses. Avant le scandale du lycée Descartes qui a vu le refus d'accès aux concours de grandes écoles de deux jeunes filles à cause de leur port du foulard, Karim Boukhari titrait son édito de Tel Quel à la veille du 8 mars, «aïe, le voile» . Il s’agissait d’ouvrir le débat sur la pertinence du voile dans la fonction publique et surtout dans les emplois touristiques. Nous ne sommes, de toute évidence, plus à une schizophrénie près dans ledit plus beau pays du monde.

Il faut rappeler tout de même que nous sommes un pays constitutionnellement musulman. Traditionnellement, culturellement et politiquement. Pour le dernier aspect, que l’on ne s’y méprenne pas, ce n'est pas du fait de la prise du pouvoir par le PJD (parti islamiste modéré) mais bien parce que le roi occupe le rang de Commandeur des croyants. Tout débat sur la laïcité au Maroc devrait donc être d'abord examiné à partir de ce prisme, ce qui n'est jamais mentionné par les laïcards. Normal, ils ne voient généralement pas plus loin que le bout du foulard...

Avoir aujourd'hui un débat franco-français sur le voile et encore plus une loi discriminatoire dans nos lycées même s'ils dépendent de l'Education Nationale française, est absolument hors de propos. De plus, il faut souligner que le rejet même dont ont fait l'objet les deux lycéennes, n'a aucune validité y compris sur le sol français, car le voile est permis dans l'enseignement supérieur. Par conséquent, elles ont le droit de contester cette décision inique et de se présenter au concours des grandes écoles.

Illicéité de la laïcité au Maroc :

Talal Asad fait une analyse édifiante de la laïcité à la française : il souligne que le voile musulman, tel qu'envisagé par l'Etat français, représente une violation de l’identité laïque du pays. Par analogie, nous pouvons argumenter que l’interdiction du port du voile au Maroc, constitue une violation de l’identité islamique du pays. Mais il faut aussi souligner que la France ne se permettrait pas d'appliquer de telles lois s'il n'y avait pas une permissivité en amont, de la part des autorités marocaines. Car il s'agit avant tout de l'intégrité juridique du Maroc. Le PJD, au pouvoir depuis novembre, devrait rappeler certains éléments de base aux amis français et plutôt que de censurer des journaux étrangers comme le Nouvel Observateur, devrait interdire la présence de lois étrangères.

La France est de plus en plus présente dans le pays : économiquement, idéologiquement et, ces dernières années, physiquement par ses nombreux citoyens qui trouvent refuge dans ce havre exotique, à deux heures d'avion. Sarkozy, à son arrivée au pouvoir en 2007, dira lors de son premier discours de politique étrangère, que "le premier défi à relever est de prévenir la confrontation entre l'Islam et l'Occident.(...) Prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident, c’est aussi encourager, aider, dans chaque pays musulman, les forces de modération et de modernité." Nicolas Sarkozy citera le Maroc parmi ces pays. "C'est la première fois qu'un chef d'Etat français, utilise dans son discours le terme d'Occident." rappelle Alain Gresh. Et pour cause, l'américanisme de Sarkozy n'est plus à démontrer. Il va de soi qu'il sera promoteur du clash des civilisations, cher à Huntington.

Rappelons aussi que Sarkozy fait la promotion en France, d'un Islam de France l'opposant à un Islam en France. Tout est dans la nuance, on veut un Islam "gaulisé". Et en remontant l'Histoire à la colonisation française, nous comprendrons les fondements d'une telle idéologie. Il n'en demeure pas moins qu'à la simple évocation de ces éléments, le cocktail de présence française au Maroc mêlé à la présidence d’un tel bonhomme, ne pouvait que tôt ou tard faire surgir, l’air de rien, un débat sur la place du voile

L'éternel retour du colonial :

Un petit retour sur l’Histoire de nos chers occupants d’un temps --révolu?--, peut nous faire y voir plus clair. Prenons l’exemple de l’Algérie sous l’occupation française et examinons le rapport du colon à l’Islam à l’époque, encore plus frontal qu’aujourd’hui.

Le 24 octobre 1870, la France, par le biais du Décret Crémieux, accordera la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie mais maintiendra les Musulmans sous le Code de l'Indigénat, à moins qu'ils ne renoncent à leur statut personnel, donc à leur religion. Déjà, les Musulmans étaient perçus comme une menace et leur naturalisation de fait était donc exclue. La politique de deux poids deux mesures dans la France d'aujourd'hui prend racine dans ce passé colonial, selon le sociologue Tony Jugé. En effet, ce dernier dans son article, "The modern Colonial Politics of Citizenship and Whiteness in France" (2006) analyse que "la notion actuelle de l'intégration, ressemble beaucoup à la situation par laquelle sont passés les Algériens à la fin du 19° siècle dans leur propre pays."

Ensuite, Jules Ferry --dont découle la loi Ferry appliquée dans les années 1881-1882 en Algérie--, était un fervent défenseur de la laïcité et voyait en les Algériens une race inférieure, notamment à cause de leur attachement culturel à l'Islam et à sa pratique. La loi Ferry a participé à la détérioration de l'enseignement de l'arabe et de tout ce qui se rapporte à l'Histoire de l'Algérie ou des pays arabes. C'est cette loi qui gouverne le lycée Descartes de Rabat. C'est cette même loi à laquelle s'est référée Mme Kechoun, responsable de l'accueil au lycée, défendant ainsi le refus de l'admission au concours des deux jeunes filles voilées.

L'examen du Décret Crémieux à travers le prisme actuel, nous montre que par exemple, les organismes religieux en France bénéficient de traitements distincts selon la confession concernée. C'est le "régime d'exception" qui a toujours prévalu lorsqu'il s'agissait des musulmans. C'est ainsi qu'aujourd'hui le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) est la seule institution religieuse à avoir des liens directs avec l’Etat, pire, à en être la progéniture (sous l'égide de Sarkozy, à l'époque ministre de l’Intérieur) alors que les organismes Juifs et Chrétiens sont tout à fait autonomes. Il va sans dire que le lien entre l'Etat et le CFCM est en totale contradiction avec les principes de laïcité tels qu'édictés par la loi 1905.

Une autre ingérence de l'Etat dans les affaires religieuses est celle du rapport de la commission Stasi qui, comme le rappelle Talal Asad, désigne la nature des "signes religieux ostentatoires". Le rapport omet délibérément de voir en le port du foulard, le respect d'un précepte religieux qui rend donc le foulard non pas un simple "signe" religieux comme le serait une croix autour du cou, mais comme faisant partie de l’identité de la musulmane, pleine et entière. De ce fait, le voile n’est pas un "signe" que la femme peut retirer comme bon lui semble.

"Dans chaque bougnoul se trouve un français qui veut se libérer":

Pour ce qui est du "cas" marocain, c’est sur l’élite francophone, assimilée que s’appuie la France pour promouvoir ses idéaux soi-disant républicains sur un territoire proche d’elle et dont elle craint la religion majoritaire. Le Maréchal Lyautey avait déjà scindé en deux le Maroc : un qu'il appellera le "Maroc utile" incluant les grandes métropoles économiques puis le reste du territoire qu'il appellera "inutile" et qui regroupait, à l'époque coloniale, l'ensemble des activités précapitalistes. De plus, pour Lyautey et au même titre que Ferry, seule comptait l'éducation française des élites en opposition aux marocains arabisants.

C'est le système de toute colonie finalement, comme l'a analysé Frantz Fanon, d'éduquer l'élite dans le giron colonial pour voir perpétuer les idéaux de la "civilisation". Dans le cas du débat sur le voile en France, c'était probant car les médias se sont beaucoup tournés vers des musulmanes dites "libérées" pour imposer la laïcité à la française. On a transmis le message à travers des femmes qui ont fui la persécution religieuse, ou se sont détournées de leur tradition. Des femmes donc "intégrées" selon le schème français. Une Djemila Benhabib par exemple, rescapée du GIA algérien qui implore, depuis le Canada, le Sénat français de mettre une limite à l’"épidémie" du voile et qui se demande si la France ne serait pas devenue "malade". Une Chadhortt Djavann qui a fui le régime Khomeini, qualifiera les voilées de "prostituées" sur le plateau télé de France 2...

Ce sont des femmes généralement déconnectées de la réalité française, persécutées par des franges extrémistes et étrangères, qui dictent donc l'attitude que la république française doit avoir vis-à-vis de ses musulman(e)s. Plutôt curieux et certainement biaisé. Ces femmes rappellent l'image mentionnée par le film Full Metal Jacket dans lequel un soldat américain en pleine guerre du Vietnam déclare "en chaque viet se trouve un Américain qui veut se libérer". Ainsi, nous arabes, musulman(e)s, ne savions pas que nous étions prisonnièr(e)s jusqu'à ce que le Prince Occident, vêtu de son armure de colon, soit venu nous déclarer que notre culture, notre foi, notre identité ne valaient rien et que notre Salut se trouverait au bout de son glaive...ou épinglé par sa loi.

Pour la musulmane pratiquante, un féminisme plafonné

Le drame des femmes donc dites libérées, chouchou de l'Occident et adeptes d'une tolérance excluant automatiquement celles qui font un choix différent de celui qu’elles promeuvent, est qu’elles tombent souvent dans les mêmes pièges qu’elles condamnent: la confusion du politique et du religieux, puis le traitement des autres femmes comme des mineures, incapables de décider pour elles-mêmes.

En effet, les associations féministes marocaines, de tendance gauchiste, font souvent preuve d’intolérance à l’égard des porteuses de foulard. Comme si la modernité devait constituer un désaveu de la tradition. Il y a même comme un soulagement à l’idée de l’exclusion de cette autre qui dérange. Ce constat, bien que paradoxal et difficile à réconcilier tant avec les idéaux droits-de-l’hommistes qu’avec une islamité du pays, constitue un danger pour la démocratie et pour les discours de libération de la femme. Comme l’indique Mohamed Tozy dans son enquête avec Mohammed El Ayadi sur l'Islam au quotidien: "ce discours de dénonciation [de la femme voilée] renforce paradoxalement celui machiste sur la minorité des femmes". Les féministes reprennent effectivement un discours orientaliste qui voit la femme arabe et musulmane comme une éternelle opprimée. Pourtant, la vraie liberté pour la femme, est celle du choix personnel, fût-il celui de porter le foulard.

La nécessaire réconciliation des deux Maroc:

La laïcité a prouvé son échec. Ne soyons pas assez stupides pour tenter l'expérience au Maroc. Ne pourrions-nous pas, pour une fois, nous libérer l'esprit de la présence occidentale ? Trouver notre propre voie ? N’avons-nous pas les outils nécessaires à notre portée ? Avant de voir en la France le modèle à suivre, réfléchissons-y à deux fois: voulons-nous promouvoir une culture assimilationniste ? Ne serait-il pas dangereux d'instaurer un ghetto religieux, en plus de celui, déjà existant, économique et social? Jusqu'à quand pourrons-nous vivre ainsi, avec deux Maroc qui semblent à priori inconciliables?

Il faut aussi avoir la même attitude face à l'influence grandissante des idéologies wahhabites qui n'ont rien à faire sur le sol marocain. L'Islam du pays n'a aucun complexe à avoir vis-à-vis d'une fabrication extrémiste, aveugle. Le voile intégral que l'on remarque de plus en plus dans certaines villes du royaume hérisse le même poil qui veut préserver le patrimoine culturel du pays et dont celui des pays du Golfe ne fait résolument pas partie. Ces derniers pervertissant tout autant notre population par leur présence et leur influence, que la France.

Ces luttes d'influence finalement n'existent qu'à cause d'un vide politique et social que l'on a laissé s'installer. Une prolongation de la scission recommandée par Lyautey et d'autres, donnant lieu à un malaise au sein de la population et un écart de plus en plus dangereux entre la prétendue élite et la base populaire. La priorité de la Marocaine et du Marocain n'est pas le port ou non du voile mais une meilleure éducation, et une meilleure justice sociale. Nous comptons toujours près de la moitié de la population analphabète dont la majorité sont des femmes. Des millions de Marocains vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Les extrêmes comblent dangereusement ce vide...Et si l'élite instruite continue obstinément à s'aveugler en ne regardant que vers l'Occident, des conséquences graves risquent de s'abattre sur l'unité déjà fragile du pays...

13:15 Écrit par Rachid Z dans Cultes, Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

«La diversité confessionnelle de l’empire des Habsbourg 1781-1918»

Conférence du comité culturel

«La diversité confessionnelle de l’empire des Habsbourg 1781-1918»

La conférence aura lieu le mercredi 9 mai 2012 à 19h30, à la salle St Clément de Maria am Gestade.

Cette conférence traitera du multiconfessionnalisme sous les Habsbourg, exceptionnel à plus d’un titre. A partir de la fin du XVIIIè siècle, la tolérance confessionnelle s’étend aux protestants, aux orthodoxes et aux juifs, puis, avec l’annexion de la Bosnie-Herzégovine, aux musulmans. Le souverain, catholique, pratique une neutralité que répercutent tous les officiels : les autorités traitent à égalité tous les membres du clergé.

Cette diversité confessionnelle renvoie à la diversité linguistique : l’on peut appartenir à la même foi sans parler la même langue et à l’inverse parler une même langue sans avoir la même foi. Ceci pose la question de l’adéquation entre culture nationale et culture religieuse. Les querelles nationales se doublent parfois de querelles confessionnelles. Enfin, anticléricalisme et antisémitisme sont des phénomènes importants au tournant du XXè siècle.

Plus que de laïcisme, il faut sans doute parler pour l’empire des Habsbourg de neutralité religieuse : le clergé reste, avec la dynastie, l’armée et la bureaucratie, l’un des piliers qui permettent à l’édifice de se maintenir.

Catherine Horel est directrice de recherche au CNRS, IRICE, Université de Paris I. Spécialiste de l’Europe centrale contemporaine, a enseigné dans plusieurs universités, y compris à celle de Vienne et à Budapest. Auteur entre autre de Cette Europe qu’on dit centrale. Des Habsbourg à l’intégration européenne (1815-2004), Paris, Beauchesn, 2009 (Prix Guizor (médaille de bronze) de l’Académie française 2010).

12:23 Écrit par Rachid Z dans Conférence-débats, Cultes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06 avril 2012

Grand rabbin Guigui : "En Europe, on a peur de la différence"

Grand rabbin Guigui

"En Europe, on a peur de la différence"

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Propos Recueillis par Gérald Papy, le 06 avril 2012

La tuerie de Toulouse, le grand rabbin de Bruxelles Albert Guigui l'a perçue comme une «catastrophe» pour la communauté juive, mais aussi pour tous les Européens. Car deux symboles importants étaient visés : les enfants et l'éducation, fleuron de nos démocraties. Pour l'homme de religion, l'objectif des extrémistes est aussi politique : déstabiliser nos sociétés. Ce constat conforte Albert Guigui dans la nécessité de jeter des ponts entre les classes sociales, les cultures, les religions... Or, sur ce terrain, les Etats-Unis, lui semble-t-il, réussissent mieux le vivre ensemble que l'Europe. Le droit à la différence y est davantage cultivé. Un atout à condition qu'il s'inscrive dans le respect de l'autre.

Quatre personnes juives, dont trois enfants, parmi les victimes du tueur de Toulouse : qu'avez-vous ressenti ?

C'est une catastrophe pour la communauté juive parce que l'on s'est attaqué à deux symboles : tuer un enfant est le pire des crimes ; s'attaquer à une école juive, c'est s'en prendre à l'éducation, une des fleurons de nos démocraties. On a aussi visé une école juive pour déstructurer nos institutions communautaires, semer la panique parmi les parents, les perturber dans leur quotidien.

A-t-on voulu atteindre un refuge de la communauté juive ?

Non, pas essentiellement un lieu protégé. Surtout un lieu où l'on essaie d'enraciner les enfants dans la tradition de leurs parents, de leurs grands-parents tout en les ouvrant à la vie. Raison pour laquelle c'est une catastrophe non seulement pour la communauté juive mais aussi pour tous les citoyens européens, juifs ou non juifs. Pourquoi vouloir semer la panique dans nos sociétés ? Les défenseurs de la démocratie doivent tout faire pour que ces actes ne se reproduisent plus. Il est important que les Etats s'unissent, notamment au niveau européen, et rassemblent leurs forces pour combattre ceux qui veulent déstabiliser les démocraties.

Une mort violente a-t-elle une signification particulière dans le judaïsme ?

Non. Le judaïsme sanctifie la vie. Dans la tradition juive, la valeur de la vie dépasse toutes les autres. Lorsqu'une vie est en danger, on peut enfreindre tous les commandements de la Torah. Par exemple, Yom Kippour, le jour le plus sacré, peut être enfreint s'il s'agit de sauver des vies humaines.

Ne retrouvons-nous pas, dans l'islam aussi, cette valeur ? Je crois que oui. J'ai entendu souvent mes collègues imams reprendre cette phrase du Talmud et qui, semble-t-il, se trouve également dans le Coran : «Celui qui tue un être humain, c'est comme s'il tuait l'humanité tout entière.» Mais quand on instrumentalise une religion, quand on s'en sert de levier pour ses propres intérêts, on peut lui faire dire tout ce que l'on veut. C'est, je crois, ce que les djihadistes font aujourd'hui.

La tuerie du lycée Ozar-Hatorah relève-t-elle d'un cas isolé et exceptionnel ou exprime-t-elle une lame de fond d'antisémitisme durable et en expansion ?

Si nous nous référons aux événements de France, il est préjudiciable de vouloir importer dans nos sociétés européennes des conflits extérieurs. Il faut surtout oeuvrer à améliorer le vivre ensemble. Si notre monde devient de plus en plus violent, c'est tout simplement parce que de l'autre on ne connaît que les préjugés. Quand on parle de l'islam, c'est le terrorisme. Quand on parle du judaïsme, d'autres préjugés dominent. L'important est d'essayer de connaître l'autre tel qu'il est et non tel que je voudrais qu'il soit. Pour cela, il faut jeter des ponts entre les différentes couches sociales, cultures, religions... Créer ce qu'Emmanuel Levinas appelle «la révélation de l'Autre». Il faut cultiver ce vivre ensemble et favoriser toutes les initiatives qui permettent aux hommes de se rencontrer et de mieux se connaître.

Deux réflexions à la suite de votre réponse. D'une part, affirmer qu'il ne faut pas importer les conflits extérieurs, n'est-ce pas un voeu pieux à l'heure de la mondialisation, des télévisions satellitaires, d'Internet et des réseaux sociaux ?

Nous sommes dans une société devenue un village planétaire. Les informations y circulent presque à la minute. Il faut savoir éviter les amalgames et éduquer les citoyens à éviter les amalgames. Tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Il faut le dire. C'est dramatique de condamner toute une communauté parce qu'un délinquant commet un crime. Il faut aussi savoir faire la distinction entre antisionisme, antijudaïsme et antisémitisme. En quoi une jeune fille de 8 ans d'une école juive de Toulouse est-elle responsable du conflit au Moyen-Orient ? Il faut éduquer nos enfants à cette pluralité depuis la plus tendre enfance.

D'autre part, agit-on suffisamment pour favoriser la rencontre des autres ?

Notre pays a été malheureusement endeuillé il y a deux semaines par l'attentat à la mosquée d'Anderlecht. L'imam Abdallah Badou, qui en a été victime, était l'exemple du jeteur de ponts entre les communautés religieuses. Il est venu ici à la synagogue lors de la Fête des kabbales, reçu avec une délégation de sa mosquée et d'autres leaders religieux. Il a parlé de tolérance, d'ouverture, de dignité de l'homme, de respect de l'autre. Il m'a invité chez lui dans sa mosquée. Je m'y suis rendu avec des représentants de notre communauté et d'autres leaders religieux. Je me suis adressé à eux en arabe et en français. Ce sont des hommes comme cela dont on a besoin. Et malheureusement, ce sont ces hommes-là que l'on essaie d'abattre parce que ces extrémistes ont peur de ce vivre ensemble.

Je ne sais si les hommes politiques ont une responsabilité. Mais beaucoup de jeunes se tournent vers l'extrémisme parce qu'ils se sentent un peu perdus dans cette société. Ils ne réussissent pas dans leurs études, n'arrivent pas à avoir une formation, traînent toute la journée dans la rue. Ils deviennent des proies faciles pour tous les extrémistes qui cherchent à les happer. Il faut faire davantage de discrimination positive pour ces personnes en difficulté, auxquelles on doit apporter plus d'aide qu'à d'autres.

Ces extrémistes sont-ils aussi des produits d'une société en crise économique ?

Certainement. La crise économique y contribue. Cependant, certains extrémistes veulent aussi imposer leur mode de vie à nos sociétés occidentales. Ils profitent de ces jeunes-là pour les instrumentaliser et les valoriser. Ils leur donnent ce qu'ils n'ont pas trouvé dans notre société occidentale. Pourquoi beaucoup se radicalisent-ils dans les prisons ? Parce qu'ils se sentent punis par cette société qui n'a rien fait pour les aider. Ils rencontrent des extrémistes qui leur disent : «Vous n'êtes pas des vauriens. Vous pouvez faire quelque chose de votre vie.» Ils leur donnent une mission : «Vous allez défendre l'islam.» Ils ne leur disent pas que c'est l'extrémisme qu'ils vont défendre.

A Anderlecht et à Toulouse, le salafisme, qui tue d'ailleurs surtout des musulmans, est apparu comme un vecteur commun. Cette tendance est-elle spécifique à la religion musulmane ou traverse-t-elle d'autres religions ?

Toutes les religions sont traversées par des courants divers. C'est aussi le privilège de la démocratie de pouvoir laisser la liberté à chacun de réfléchir, de penser comme il l'entend. Je ne vois pas dans la pluralité un danger, j'y vois une richesse. Chacun apporte ce qu'il a de meilleur, chacun offre son vécu. A condition que ce soit dans le respect de l'autre. C'est ce que l'on ne retrouve pas chez certains extrémistes.

A l'heure actuelle, l'islam n'est-il pas dominé par une vision très rigoriste, dont l'émergence du salafisme est une illustration, et ne souffre-t-il pas d'un manque d'interprétation des textes sacrés par rapport à d'autres religions ?

On ne peut jamais généraliser. Il y a dans l'islam des écoles qui interprètent et d'autres qui le font moins. Ce qui est inquiétant, c'est le souhait de quelques-uns de passer à l'acte et d'attenter à la vie de ceux qui pensent différemment. Que chacun pense comme il veut, c'est son droit quand il y a respect mutuel. Je crois au droit à la différence. Le mot tolérance est malheureux parce que tolérer quelqu'un signifie le supporter. Moi, je ne veux pas être toléré. Je veux être accepté tel que je suis. Et je veux que l'autre soit accepté comme il est. Chacun est libre de penser comme il veut. A condition de respecter la loi civile, l'autorité. A partir du moment où je choisis de vivre dans un pays, je dois me soumettre à ses règles. C'est ce qu'on explique dans la tradition juive par la formule «La loi du pays fait loi». Tout en étant ce que je suis.

Antisionisme, antijudaïsme, antisémitisme : estimez-vous que la critique du gouvernement israélien peut dériver vers de l'antisémitisme ?

Souvent. L'Etat d'Israël ne doit pas être traité de manière privilégiée. Chacun a le droit de porter un jugement. Cependant, aujourd'hui, la critique d'Israël n'est pas équilibrée. Souvent l'autre aspect de la question n'est pas pris en compte. Ce que je demande aux médias, c'est qu'ils informent objectivement et pas dans le «deux poids, deux mesures». C'est peut-être difficile à dire : l'antisionisme est parfois un exutoire pour les antisémites qui ne veulent pas se déclarer antisémites parce que ce n'est plus à la mode...

Engranger des progrès dans la résolution du conflit israélo-palestinien, le régler à terme contribuerait-il à pacifier les relations entre les communautés dans les sociétés européennes ?

Je vais vous répondre à deux niveaux. D'abord, cela n'enlèverait pas d'argument à ces extrémistes parce que leurs principales victimes ne sont pas des juifs mais des musulmans. Cela n'arrêtera pas.

Mais, c'est mon voeu le plus ardent qu'un jour je puisse voir la paix entre Juifs et Arabes. Je crois très fort à cette paix et je suis sûr que les Juifs et les Arabes sont faits pour vivre ensemble. Nous avons tellement de points communs. Je suis né au Maroc. J'ai vu cette cohabitation. Elle était merveilleuse. Je rêve d'un Moyen-Orient pacifié.

Depuis plus d'un an, des pays arabes ont connu des révoltes populaires qui ont eu pour effet de favoriser la démocratisation et l'arrivée au pouvoir des islamistes. La participation de ceux-ci dans le jeu démocratique est-elle une bonne chose à terme pour les relations israélo-arabes ?

Celui qui peut dire ce que sera le Moyen-Orient demain, je ne l'ai pas encore vu naître. Il est très difficile de faire des pronostics. Je veux être optimiste même si le climat se radicalise, que ce soit en Egypte, en Algérie... Je ne perds pas espoir que ces jeunes qui ont fait la révolution comprennent qu'il est important de retrouver la démocratie et la paix. Aujourd'hui, apparemment, elle paraît s'éloigner. Je parie sur le positif. Par exemple, dans les derniers développements en Israël, le Hamas n'est pas intervenu. Peut-on en conclure qu'il a compris que la diplomatie vaut mieux que la guerre ? Peut-être. Tout change dans la vie, surtout au Moyen-Orient. Les alliances se font et se défont. Menahem Begin était un extrémiste. C'est lui qui a conclu la paix avec Anouar el- Sadate. L'important est de renforcer les éléments qui aident à la paix pour les aider et de favoriser le dialogue à tous les niveaux, interpersonnel, interétatique, interreligieux, interculturel.

La parole suffit-elle nécessairement ? Vous insistez sur le droit à la différence. Certaines voix se sont élevées ces dernières années pour affirmer que les démocraties européennes, dans la tolérance des autres cultures, n'ont pas placé suffisamment de barrières pour éviter certaines dérives. Que vous inspire cette analyse ?

C'est exact. Les démocraties, malheureusement, ont leurs faiblesses. Certains profitent des avantages qu'elles offrent pour, ensuite, se retourner contre elles. L'exemple des Etats-Unis est intéressant. Toutes les minorités y sont acceptées, reconnues et vivent ensemble. Ici, en Europe, on a peur de la différence. Il faut donner à chacun la possibilité de s'épanouir dans son identité et dans son authenticité. Si les gens sont heureux, ils contribueront au bien-être des autres. A une condition fondamentale : le droit à la différence ne signifie pas la licence, l'anarchie, le n'importe quoi. Que je puisse vivre ma religion comme je l'entends et que l'Etat m'aide à cela, c'est bien. Mais à condition que ma religion ne soit pas un facteur de déstabilisation pour les autres, à condition que cela ne porte pas préjudice aux autres. C'est dans cette harmonie-là que chaque citoyen pourra s'épanouir. Et pourra apporter le meilleur de lui-même à la société.

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27 mars 2012

Religions d’État et Droits de l’Homme

Religions d’État et Droits de l’Homme

Par Gilles Carat, mars 2012

Une recommandation du Rapporteur des Nations Unies sur la Liberté de religion et de croyances, en date du 6 mars 2012, met en garde sur les effets délétères que le concept de «Religion d’État» peut avoir sur la réalité pratique des Droits Humains, notamment en matière de liberté de croyances. «Il semble difficile, sinon impossible, d’imaginer une «Religion d’État» qui, en pratique, n’ait pas d’effet adverse sur les minorités religieuses, conduisant alors à une discrimination des membres de celles-ci

Dans son rapport, il distingue la procédure d’enregistrement légal nécessaire pour pouvoir conduire certaines activités, qui devrait être «rapide, transparente, juste, inclusive et non discriminatoire», d’un deuxième type de «reconnaissance», qui vise à conférer un statut privilégié à une ou plusieurs religions.

Un certain nombre d’États n’utilisent que la seconde procédure, officialisant une seule ou une poignée de religions pour finalement mener une politique discriminatoire plus ou moins harassante à l’égard des «recalés».

En quoi les problématiques de Religion d’État peuvent-elles concerner la République française ? Tout simplement parce que le gouvernement français, qui a tendance à se présenter commele plus laïc de tous”, est l’un des rares gouvernements occidentaux qui, de facto, mène une politique decultes reconnus” et intervient activement dans le domaine religieux. D’une part, comme le montre le livre de Raphael Liogier "Une laïcité ‘légitime’ - La France et ses religions d'État", l’État français favorise certaines obédiences par des aides financières, des invitations dans les commissions officielles à titre de consultants, la présence officielle de membre gouvernementaux à certaines cérémonies religieuses, etc., d’autre part, il se sert de la reconnaissance d’association cultuelle, quasiment impossible à obtenir en France, pour rejeter dans une zone de non-droit les communautés non désirées (car il est clair qu’il n’y a pas de critères objectifs, mais simplement des préjugés dans ce domaine pseudo-légal).

Ainsi, 95 % au minimum des communautés ayant de près ou de loin une connotation spirituelle en France n’ont aucune chance d’êtrereconnues”, quand les autres bénéficient bel et bien d’un statut de religion reconnue dans les faits. Donc, par un tour de passe-passe, du fait de cette “non-reconnaissance” légale, ces groupes n’ont aucuns droits et il est permis de lesinquiéter pour leur croyances”, puisqu’ils tombent hors du cadre prévu de la Constitution Française. Ils pourront subir un harcèlement (refus de permis de construire, refus de location de salle, interdiction d’enseigner, refus de certains enfants dans des crèches (sic !), interdiction de promotion dans l’administration), traitements que jamais l’État ne se permettrait vis-à-vis decitoyens normaux”. Le gouvernement français est donc tout à fait visé par cette recommandation de l’ONU et se retrouve sur le même banc que nombre d’États totalitaires connus pour leurs violations des Droits Humains.

La même situation prévaut en France pour nombre de croyances thérapeutiques ou philosophiques, qui peuvent se heurter à une interdiction d’expression, voire de simple existence, en raison du contrôle exercé par desOrdreschargés de veiller sur une certaine orthodoxie, plus intéressés par la défense d’idéologies (et d’intérêts) que par le progrès de l’Humanité. Bien entendu, si certains avaient un doute sur ce point, il suffit d’observer les objectifs, le comportement et les raisonnements d’un organe officiel tel que la Miviludes pour vérifier cet état de fait.

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