23 janvier 2013

Le monde de l’enseignement islamique dans le cycle obligatoire

Le monde de l’enseignement islamique dans le cycle obligatoire

Felice Dassetto, extrait issu de son dernier livre : L’Iris et le Croissant

Le système institutionnel belge, en raison de son histoire et des rapports de force internes, tout comme celui d’autres pays européens, donne la possibilité à des initiatives privées d’organiser des écoles, l’État ne détenant pas le monopole de l’instruction obligatoire. En Belgique, contrairement à ce qui se passe aux Pays-Bas, au Danemark ou au Royaume-Uni, il y a, jusqu’à présent, relativement peu d’initiatives de création d’écoles «islamiques» assorties de la demande de reconnaissance par l’État. La raison pourrait être due à l’incertitude de l’élite dirigeante musulmane, aux divergences d’opinions à ce sujet, mais également à l’existence de cours de religion islamique dans le réseau officiel et à la relative ouverture de l’importante offre du réseau catholique. Il n’est pas exclu que la demande grandissante d’un enseignement, et surtout d’un environnement islamique, n’aboutisse à terme à une multiplication de ces initiatives.

Par ailleurs, dans le cadre de la loi belge issue du Pacte scolaire, il est prévu que, dans le réseau officiel, il soit donné des cours de religion pour les cultes ayant fait l’objet de reconnaissance ainsi que des cours de morale laïque, et ce, dans le cycle primaire et secondaire.

Les écoles «musulmanes»

Certaines écoles inspirées par des associations musulmanes se sont développées à Bruxelles. La première en date est l’École islamique Al Ghazali, fondée en 1989 et qui offre un enseignement maternel et le cycle complet de l’enseignement primaire. Elle a été lancée par l’ancien directeur saoudien du Centre islamique et culturel de Belgique (qui quittera la Belgique en 1990) et un groupe de parents. Cette initiative fut lancée de manière polémique avec la naissance de la première affaire des foulards.

L’asbl École islamique Al Ghazali (M. B., asbl n° 443.359.383) était à l’origine composée surtout de fonctionnaires du Centre islamique et culturel de Belgique. Les ambitions comprenaient, en plus de finalités générales en termes de scolarité, des objectifs spécifiquement religieux : «Dans le cadre des buts et objectifs de l’enseignement islamique inspiré par le Coran et la Sunna et dans l’esprit d’entente et de respect envers les lois du royaume belge et les différentes communautés religieuses l’association poursuit les objectifs suivants...» (art. 4). Parmi ceux-ci, celui de promouvoir l’«enseignement de la langue arabe» et l’«enseignement de la religion islamique».

Cette école a été abritée jusqu’en 2008 dans les locaux du Centre islamique. En 1997, l’asbl prend la dénomination d’Enseignement confessionnel islamique en Belgique. Ce changement, qui ne mentionne plus l’école Al Ghazali, laisse entendre que le projet est plus large que celui de la création d’une seule école. En même temps, les mentions relatives à l’islam signalées plus haut sont abandonnées.

Le règlement d’ordre intérieur, par contre, rappelle qu’il s’agit bien d’un enseignement confessionnel. Ainsi, l’élève, est-il rappelé à l’article 13, «ne doit pas oublier qu’il est à la fois dans une école et dans une mosquée», ce qui se réfère au temps où l’école se situait dans la mosquée du parc du Cinquantenaire. L’on rappelle que les classes commencent par la récitation de la Fatiha et se terminent par la récitation d’el-Asr. Au réfectoire, on récite l’invocation avant et après le repas.

Le changement de statuts de 1997 marque aussi une emprise moindre de l’institution Centre islamique sur le conseil d’administration. Quelques figures issues du premier CA, comme l’Égyptien Hassan Mahmoud Megahed, l’enseignant tunisien Mohamed Laroussi ou Kebir Bencheikh, un ancien militant marocain, aujourd’hui conseiller communal CDH à Evere, demeurent et vont jouer un rôle clé dans l’école. En 2003, le siège sera transféré progressivement à Evere et puis, en 2008, dans de nouveaux locaux en face de l’Hôtel de ville d’Etterbeek.

Cette année, ce centre, qui avait besoin de locaux, a pu déménager grâce à l’acquisition par le Centre islamique et culturel de Belgique, via un financement de 400 000 dollars obtenu auprès de la Banque islamique de développement, d’un bâtiment loué à l’école pour un prix symbolique.

Des familles traditionnelles ou salafistes y sont très influentes. L’enseignement suit évidemment le programme de la Communauté française et fait l’objet d’inspections comme toute autre école. Cette école libre est reconnue et subventionnée par la Communauté française.

Deux autres écoles primaires, rattachées plus ou moins directement au mouvement turc des nurgiu de Fethullah Gülen, existent à Bruxelles (avec également une section à Charleroi). Il s’agit de l’École des étoiles, située à l’origine à Anderlecht, et établie aujourd’hui à Haren, et de son pendant flamand, Lucerna, située près du canal. Ces écoles sont respectivement reconnues par les Communautés française et flamande.

Elles ont été fondées en 2005. L’École des étoiles est affiliée à la Fédération des écoles libres. La philosophie de cette école est moins immédiatement islamique qu’Al Ghazali. Dans l’esprit de formation de l’élite turquemusulmane du mouvement nurcu en général et des fethullaci en particulier, elle bénéficie d’une contribution financière d’hommes d’affaires turcs en Belgique, via l’association professionnelle Betiad (2). L’école Lucerna (qui a essaimé à Gand, Genk et Anvers) est néerlandophone et vise notamment à améliorer les performances des enfants turcs en vue de contribuer à la création d’une élite turco-flamande.

Une initiative scolaire non reconnue prépare au jury central au niveau secondaire des élèves qui ne fréquentent plus l’école à cause de l’interdiction du port du foulard. C’est l’institut Avicenne de Molenbeek qui fait partie de l’ensemble des activités associées à la mosquée Al Khalil. Des enfants de l’école islamique Al Ghazali y prolongent leur scolarité au-delà du primaire.

Notes :

(1) : Ce financement a été mentionné dans un communiqué de la Chambre islamique du commerce et de l’industrie en lien avec une mission économique de l’Awex conduite par le prince Philippe en 2009 (www.iccionline.net). Après avoir fait état de la signature d’un accord général entre Philippe Suinen, «PDG» de l’AWEX et Ahmad Mohammed Ali, président de la Banque islamique de développement concernant de nombreuses activités de coopération futures, l’accès à la finance islamique etc., le communiqué dit ceci : «Les deux parties ont convenu d’établir des programmes spécifiques au bénéfice des communautés musulmanes du Royaume de Belgique... Il est à noter, ajoute le communiqué, que la Banque (islamique de développement) entretient des bonnes relations avec la communauté musulmane de Belgique et a déjà contribué à hauteur de 400 000 dollars pour l’achat du bâtiment de l’école Imam al-Ghazali à Bruxelles en faveur de la communauté musulmane de Belgique».

Ce mélange entre accords commerciaux et accords religieux n’est pas sans rappeler celui qui est à l’origine de l’implantation du Centre islamique du cinquantenaire dans les années 1960.

(2) : La politique d’implantation des écoles par le mouvement de Fethullah Gülen suscite des questions. Voir par exemple B. Balci, Missionnaires de l’islam en Asie Centrale. Les écoles turques de Fethullah Gülen, Paris, Maisonneuve-Larose et Institut français d’études anatoliennes, 2003. Un collège privé «Educative» a été créé dans la banlieue Sud de Paris. D’autres centres d’aide scolaire sont ouverts dans diverses villes françaises.

Écoles islamiques : personne n’est compétent

 Écoles islamiques

Personne n’est compétent

Belga, le 23 janvier 2013

La ministre a reconnu hier que ces écoles islamiques en Belgique échappaient à son contrôle.

Il existe une dizaine d’écoles islamiques en Belgique. Elles seraient financées par l’Arabie Saoudite. Selon la sûreté de l’État, ces écoles représentent un danger. Car elles prônent un islam rigoriste, influencé par le courant wahhabite.

La ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open-VLD), a confirmé dernièrement cette inquiétante réalité. Elle avait aussi expliqué dans la foulée que la Sûreté de l’État n’exerçait aucun contrôle officiel sur l’enseignement. Ce contrôle relève de la compétence des Communautés.

Hier, la ministre de l’enseignement, Marie-Dominique Simonet (CDH), a avoué que la Communauté n’en avait nullement le contrôle non plus. Elle était interrogée par le député Richard Miller (MR). «Des informations en ma possession, il apparaît que les écoles évoquées par la ministre de la Justice ne sont ni reconnues ni subventionnées par la Communauté. Leur fréquentation ne permet donc pas de répondre à l’obligation scolaire et encore moins d’acquérir un diplôme homologué par la Communauté française», a expliqué la ministre de l’enseignement. Elle a toutefois assuré de sa plus grande vigilance quant à cette problématique et de sa pleine collaboration avec la justice sur ce sujet. En clair, il faudrait que ces écoles demandent des subsides pour pouvoir être contrôlées. Ce n’est pas le cas.

«Il y a donc une zone de non-droit puisque la ministre de la justice ne peut pas intervenir et que le ministre de l’enseignement ne le peut pas non plus», a répliqué le député Richard Miller. «En outre, ces élèves qui sont en âge d’obligation scolaire doivent suivre en plus un enseignement dans nos écoles, où ils peuvent alors diffuser labonne parole».

Le wahhabisme est un mouvement politico-religieux saoudien. Cette doctrine diffère des autres doctrines de l’Islam, très largement majoritaires. Parfois perçue comme une secte, le wahhabisme est régulièrement présentée comme un mouvement ultra-orthodoxe et extrémiste.

Moussa Zemmouri

Moussa Zemmouri

Un Belge ex détenu de Guantanamo récite la sourate Al Ankabout 1- 15

10:43 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29 décembre 2012

Fichu Foulard

Fichu Foulard

Portrait d’une jeune étudiante en médecine, belge, musulmane. Pratiquante, elle porte le voile et souhaite se marier religieusement avec son compagnon pour être en règle avec la religion. Le couple rencontre un imam pour lui poser des questions sur la dot, la cohabitation, la présence de l’épouse…

A voir sur

SONUMA

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18 décembre 2012

Le dossier CEOM

Le dossier CEOM

Le Conseil européen des Ouléma marocains (CEOM), passé maître dans la dilapidation des deniers publics du peuple marocain...

Le Maroxellois

17 décembre 2012

"Faut-il interdire le Parti Islam ?"

"Faut-il interdire le Parti Islam ?"

Richard Miller vs. Redouane Ahrouch

Le CEOM

Le CEOM

Khalil Zeguendi (Maroxellois)  

C’est l’appellation d’une sombre organisation islamique marocaine censée représenter et promouvoir, à travers toute l’Europe, l’islam de rite malékite : le Conseil Européen des Oulémas Marocains...

13 décembre 2012

Le CEOM ou le visage de l’islam makhzenien

Le CEOM ou le visage de l’islam makhzenien

Rachid Z, le 13 décembre 2012

A la lecture d’un épais dossier constitué par l'équipe du Maroxellois qui paraîtra la semaine prochaine dans le magazine, nous apprenons que les dirigeants de ce Conseil Européen des Oulémas Marocains, structuré en AISBL et présidé par l’«imam bling bling» Tojgani, sont poursuivis devant les tribunaux belges. Cinq ex-membres du personnel administratif accusent les serviteurs de l’islam malékite à la sauce makhzeniènne de malversations et de détournements de deniers publics !

15:15 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12 décembre 2012

"Les salafistes en Belgique"

"Les salafistes en Belgique"

14:24 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23 novembre 2012

Colloque(s) sur l’islam à L’Université Libre de Bruxelles

Colloque(s) sur l’islam à L’Université Libre de Bruxelles

Par Eric de Beukelaer, le 20 novembre 2012

Le 13 novembre 2010, la «Pensée et les hommes» organisait un colloque à l’ULB sur la présence de l’islam à Bruxelles.  

Ce 17 novembre 2012, une deuxième édition de ce colloque eut lieu, sous le patronage du président de la Chambre, André Flahaut (PS). Elle se déroula dans la même Université: http://www.lapenseeetleshommes.be 

A chaque fois, il me fut demandé une intervention. Un curé en col romain qui s’exprime à la tribune de l’Université du Libre-examen, devant une salle comble de francs-maçons… Et ce, qui plus est, sur une sujet explosif… Voilà bien un défi que j’aime relever.

Je ne prétends nullement développer ici une approche exhaustive ou sans failles. Comme toute production intellectuelle, mon avis est ouvert à la critique. Mais si personne ne s’exprime, il n’y aura pas de débat. Et celui-ci sera remplacé par la méfiance, la rumeur et le murmure.

Je remercie donc les organisateurs pour leur confiance et le public pour son écoute bienveillante.

Les textes de mes deux contributions se trouvent ci-dessous. Le lecteur attentif remarquera qu’ils se recoupent.

1. Islam et démocratie :

un regard de théologien à partir de l’expérience catholique. (Novembre 2010)

 Angle d’approche

«Le jour où l’Islam sera majoritaire, appliquera-t-on la Sharia dans les rues de Bruxelles ?» C’est la question qui fâche. Combien de fois ne l’ai-je pas entendue dans la bouche de concitoyens inquiets, qui n’étaient nullement islamophobes. A tort ou à raison, l’Islam apparaît à de nombreux observateurs comme une pensée globalisante – une pensée qui s’adapte à la modernité et à l’économie de marché, mais qui ne serait pas soluble dans le pluralisme. L’Islam serait une religion dont le projet intrinsèque serait politique : l’aboutissement de la foi musulmane serait l’établissement d’une société régie selon les principes coraniques. «Tu verras», me disent ces voix, «tant qu’ils sont minoritaires, les musulmans se plient à notre tradition politique, mais le jour où ils deviendront majoritaires, les non-musulmans seront réduits en dhimmitude».

Je souhaite ici étudier succinctement cet enjeu du point de vue théologique. La question que je pose est : Quels critères théologiques rendent possible qu’une religion adopte la démocratie comme projet politique – un projet qui inclut pleinement la notion de liberté religieuse ? Je ne m’occuperai donc pas ici des critères sociopolitiques permettant l’intégration d’une population immigrée : accès à l’éducation et émergence d’une classe moyenne, etc. Je ne parlerai pas, non plus, de la question des «accommodements raisonnables» qu’une société doit ou non faire pour faciliter l’intégration des adeptes d’une religion. Je ne traiterai pas plus de la difficulté psychologique avec laquelle est confronté celui qui possède une double racine nationale : le fils d’un immigré originaire de Rabat se sentira-t-il plus Belge ou Marocain ? Je rappelle simplement que le dilemme de la double racine n’est pas propre à nos concitoyens musulmans. Je connais dans ma bonne ville de Liège des petits-fils d’immigrants italiens qui, quand la Belgique rencontré l’Italie dans un match de foot, ne se privent pas de crier dans les rues de la cité ardente : «Viva Azzuri !»

La question du sentiment de double appartenance nationale n’est donc pas avant tout liée à la religion. Enfin, mon propos ne traite pas davantage de la légitime influence exercée par une population dominante sur la société. Ainsi en 1830, 98% de la population belge était catholique. Le poids du catholicisme était donc tout naturellement important dans le pays, mais jamais celui-ci ne devint religion d’état. Dans un même ordre d’idée, si en 2030 les croyants de religion musulmane forment une majorité à Bruxelles, il serait naturel que ceci influe la vie de la capitale. A condition toutefois que cela ne fasse pas du Coran la nouvelle constitution de la région bruxelloise.

Evolution catholique

«Charité bien ordonnée commence par soi-même»… Pour illustrer mon propos, je voudrais partir du Catholicisme. En un siècle le regard que la religion à laquelle j’appartiens a posé sur le pluralisme politique a fondamentalement évolué.

En 1864, le pape Pie IX énumère encore dans un texte officiel – nommé «le Syllabus» – 80 erreurs de notre temps. Il y condamne une série de contre-vérités concernant notamment la démocratie, la liberté de religion, la séparation de l’Église et de l’État, le rationalisme, le socialisme etc. Ainsi trouve-t-on dans le syllabus parmi les propositions condamnées, la thèse suivante : «A notre époque, il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’État, à l’exclusion de tous les autres cultes. Aussi c’est avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangers qui s’y rendent y jouissent de l’exercice public de leurs cultes particuliers» (propositions 77-78).

Le raisonnement sous-jacent au Syllabus était encore le suivant : la religion chrétienne est porteuse de vérité. Or, il est dans l’intérêt de tous les hommes de découvrir la vérité. Donc, dans un état dont la population est à majorité catholique, seul le catholicisme doit être promu par les instances publiques et recevoir en conséquence le statut de religion d’état. Les autres religions ou convictions politiques seront tolérées, à condition de ne pas chercher à se propager. Même si la portée de ce texte fut fort adoucie par l’interprétation qu’en firent la plupart des évêques de par le monde qui trouvaient déjà à l’époque son contenu dépassé, la position que le Syllabus défend était à peu près celle qu’on retrouve aujourd’hui dans un régime islamique. Ici aussi, le point de vue défendu est que le Coran révèle à l’homme sa vérité la plus profonde et que – dans une société à dominante musulmane – la Sharia doit donc s’appliquer. Les autres religions sont tolérées à condition de ne pas être prosélyte.

(...)

Qu’est-ce qui a permis l’évolution qui donne à l’Eglise catholique de décréter aujourd’hui que la liberté religieuse et le pluralisme politique sont non seulement légitimes, mais en plus nécessaires ? Il s’agit d’une prise de conscience «théologique» que 14 siècles de religion d’état avaient fait perdre de vue : le fait qu’une vérité spirituelle ne peut jamais s’imposer par la contrainte. Il est normal et naturel que pour un croyant la religion se veuille la principale boussole de son existence. Cependant, il s’agit également de rappeler que cette boussole perd le nord dès qu’elle s’exerce sous la contrainte. La laïcité politique, ou séparation entre religions et Etat, trouve ici sa justification théologique: dans l’espace public chaque citoyen doit jouir d’une totale liberté de conscience, afin de pouvoir authentiquement chercher la vérité spirituelle qui donnera sens à sa vie. Toute alliance entre le sabre et le goupillon, non seulement dévoie la politique mais, en outre, pervertit la religion.

Religions et libre-examen dans l’espace public

Cela revient-il à dire que dans un état de droit les convictions religieuses sont à reléguer dans le domaine de la vie privée ? Je me suis toujours opposé à cette façon de voir, car elle me semble philosophiquement erronée. Il est au contraire normal et sain que les convictions profondes d’un homme influent sur sa vie de citoyen et son engagement politique. Personne ne songe à demander à un libre-exaministe de ne pas appliquer le libre-examen dans son action politique. De même, il serait vain de demander à un catholique de ne pas faire de la politique en catholique, ou à un musulman à ne pas faire de la politique en musulman. Une démocratie saine ne se construit pas sur le gris de l’absence de convictions philosophiques, mais sur un patchwork de couleurs convictionelles différentes.

Les religions et convictions n’appartiennent pas au domaine du privé, mais à celui de l’intériorité : C’est par un acte de foi porté par une expérience religieuse qu’un homme se reconnaît chrétien ou musulman. Cela fait partie de son intériorité. De même, c’est par une foi en la raison qui se suffit à elle-même, porté par une conviction philosophique, que l’on devient libre-exaministe. Cela aussi, fait partie de l’intériorité. Au nom de la liberté religieuse, tout homme a droit au libre choix de son intériorité. Pareil choix repose sur une expérience «intérieure» – expérience dès lors toujours quelque peu incommunicable. En effet, personne ne peut prouver pourquoi il croit en Dieu ou pourquoi il n’y croit pas.

La démarche spirituelle diffère de celle qui prévaut dans l’espace public ou cohabitent des citoyens de toutes convictions. «L’homme est un animal politique», enseignait Aristote, «parce que l’homme est un animal qui parle». La vie politique se fonde sur le langage, qui implique l’échange de communication. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le cœur de la démocratie s’appelle un «parlement». Or, se parler n’est possible que si l’on possède un langage commun. Comme les convictions religieuses et philosophiques sont de l’ordre de l’intériorité – et donc du domaine de ce qui toujours quelque part incommunicable –  celles-ci ne peuvent servir de langage commun pour fonder une société laïque. L’apport majeur des Lumières à notre civilisation est d’avoir rappelé que le seul langage capable de fonder une démocratie, est le langage de la raison. Non pas la raison procédurale, qui se borne de constater que les formes ont été respectées dans la prise de décision, mais la raison intelligente qui cherche à comprendre ce que l’autre me dit afin de lui répondre. Sa grammaire logique et sa visée critique font en sorte que seul ce type de raison permet à des personnes de convictions différentes d’écouter l’autre sans a priori en vue d’arriver avec lui à prendre une décision politique commune en vue du bien de la cité.

Voilà pourquoi en démocratie – même si tous les citoyens partagent la même conviction religieuse – aucune révélation ne peut servir de «base constitutionnelle» à l’Etat. En effet, dans ce cas-là il y aurait deux catégories de citoyens : ceux qui adhèrent à la religion officielle et qui seraient citoyens à part entière et ceux qui n’y adhèrent pas et qui deviendraient, de par ce fait, des citoyens de seconde catégorie. Autrement dit, même si demain Bruxelles devient à 99% catholique ou musulmane, il n’y aurait de démocratie véritable que si le pourcent de non-catholiques ou de non-musulmans jouit des mêmes droits politiques que tous les autres citoyens. L’enjeu se vérifie dans des questions bien concrètes qui ont trait à la liberté religieuse : le droit de sortie et le droit de faire entrer. Dans un état de droit, chaque citoyen doit pouvoir apostasier sa foi sans être inquiété politiquement et doit  être en droit de – non seulement célébrer publiquement sa religion – mais également de pratiquer un prosélytisme paisible visant à faire de nouveaux adeptes.

Islam et démocratie

Une prise de conscience théologique permit à l’Eglise catholique de se réconcilier avec la laïcité politique au cours des XIXe et XXe siècles, au point d’en devenir aujourd’hui un fervent avocat. Il s’agit de savoir où la théologie musulmane se situe sur ce chemin. La question se pose avec une acuité particulière à l’heure où, après l’échec de la mouvance nationaliste et socialisante qui avait dominé les nations arabes au cours de la guerre froide, un certain «réveil de l’Islam» prône une conception moderne mais globalisante de la religion. De plus, pour l’Islam les données du problème diffèrent en deux points par rapport au christianisme. Premièrement, la révélation divine n’y est pas concentrée dans une personne – comme le Christ pour les chrétiens – mais bien dans un écrit, le Coran. Secondement, là où le christianisme se veut une religion de la grâce – l’homme ne naît pas chrétien, mais le devient par le baptême et la foi – l’Islam se présente davantage comme la religion naturelle de l’humanité : tout homme naît musulman, mais nombre d’entre eux perdent cet héritage par des conditionnements socio-historiques.

L’option est donc la suivante : Soit le théologien musulman considère que, puisque le Coran et les enseignements du Prophète présentent le projet de Dieu sur l’homme mais aussi sur la société, leurs prescrits se doivent d’être appliqués «en direct» à toute société où la foi musulmane est majoritaire. Dans ce cas, nous retrouvons une théologie comparable à celle du Syllabus de Pie IX, une théologie qui prêche l’alliance du sabre et du croissant. C’est ce que l’on nomme le courant islamiste. Soit le théologien musulman considère que le Coran – comme parole de Dieu – est la source première d’où découlent les principes éthiques dont vivent les croyants, mais que ceci ne dispense pas de respecter l’autonomie d’un espace politique laïque – un espace où domine la raison. Dans ce cas, l’Islam peut se marier avec la démocratie avec le même bonheur que le christianisme. Cette dernière option est défendue par des théologiens comme Fazlur Rhaman, qui écrivait : «Les prescrits du Coran ne peuvent être appliqués littéralement dans le contexte d’aujourd’hui, car ceci aurait pour effet de pervertir le but même du Coran». (The Impact of Modernity on Islam, p.127, Journal of Islamic Studies, vol.5 n°2, Juin 1966, pp.112-118).

Le courant démocratique en Islam est-il aujourd’hui aussi minorisé que d’aucuns le prétendent ? Je ne suis pas assez expert pour répondre, mais je peux comprendre la difficulté : adopter le projet démocratique implique de revenir sur une longue tradition de pensée théologique fondée sur la religion d’état. Rompre avec pareille tradition doctrinale séculaire exige une profonde remise en question de l’Islam, comme ce fut le cas pour le Catholicisme au cours des XIXe et XXe siècles. La réalité du terrain démontre pourtant que la plupart de nos concitoyens de religion musulmane sont de paisibles démocrates. Dans un pays comme les Philippines, il existe même un parti politique nommé «les démocrates chrétiens et musulmans». Pourquoi pas ? Je rappelle que deux questions servent de «test» pour vérifier la compatibilité démocratique  d’une religion : l’apostasie et le prosélytisme. Un Islam démocratique enseignera haut et fort que, dans le Coran, aucun châtiment terrestre n’est envisagé contre ceux qui apostasient ou changent de religion, pas plus qu’envers les non-musulmans qui annoncent librement leur foi. Que les avertissements du Coran ne relèvent que du domaine spirituel et de la vie dans l’au-delà. Seul pareil enseignement rend la théologie musulmane compatible avec l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme sur la liberté religieuse : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites».

Mieux encore, seule cette voie me semble concilier la démarche du croyant musulman avec le prescrit du verset 256 de la Sourate 2 (La vache, Al-Baqarah) : «Nulle contrainte en religion» !

2. Traditions abrahamiques dans un monde multipolaire :

       le complexe du homard, 50 ans après Vatican II (Novembre 2012)

Carapace plutôt que colonne vertébrale

La psychologue François Dolto décrit le «complexe du homard» comme une des manifestations de l’adolescence. Quand il perd sa carapace, le sympathique crustacé se protège, tant qu’il n’en a pas acquis une autre. Ainsi l’adolescent : en pleine mue, le pubère se construit une identité défensive, voire même caricaturale. (On dira que les ados sont souvent un peu «too much»). L’adulte, lui, n’a normalement pas besoin de carapace. Il a une colonne vertébrale : une identité enracinée dans le réel. Celle-ci lui permet de communiquer sans agresser. Les vertébrés n’ont pas besoin de carapace dure. Ils ont une peau, capable de douceur. Celui qui est solide de l’intérieur, s’autorise la douceur vers l’extérieur. «Heureux les doux, ils posséderont la terre», proclamait le Christ. Chez l’adulte, la dureté est donc symptôme d’insécurité. Le complexe du homard est alors le signe d’une régression mentale : la carapace est le symptôme d’une intériorité en panne de consistance.

Pareil phénomène vaut pour les individus, mais s’applique également aux réalités collectives. Exemples : Un nationalisme agressif est l’expression d’une nation insécurisée. Une culture intolérante, pointe vers une civilisation qui doute. Aucun phénomène humain n’est à l’abri de la régression mentale – du repli identitaire. Petit clin d’œil à mes amis de l’ULB : Une laïcité philosophique agressive, est tout autant le marqueur d’un libre-examen en perte de repères.

Bref, la meilleure façon de demeurer lucide et vigilant face à la tentation du complexe du homard est de ne pas s’en croire immunisé. Celui qui ne voit la possibilité de repli identitaire que chez «les autres», témoigne déjà d’une identité dangereusement bétonnée. Appliquons cela aux religions abrahamiques. Le judaïsme est un cas particulier, car il s’agit d’une religion sans visée universaliste. La régression mentale juive sera donc plutôt un complexe du «Bernard l’ermite» – le tout aussi sympathique crustacé, qui se cherche un coquillage protecteur. En effet, quand il se sent insécurisé, le judaïsme a davantage tendance à se refermer sur lui-même, plutôt que d’agresser le monde extérieur. (Certains objecterons qu’une frange politique en Israël se montre aujourd’hui particulièrement agressive envers les Palestiniens. C’est exact, mais l’ultra-sionisme est un phénomène plus politique que théologique). Le «complexe du homard» s’applique, par contre, tant au christianisme qu’à l’islam. Quand elles se sentent insécurisées, grande est la tentation pour ces deux religions universalistes, de se construire une carapace.

(...)

Complexe du homard musulman

Dans une récente interview (La Libre, 10 novembre pp.6-7), Alain Winants, patron de la Sûreté de l’Etat, déclare :  «Certains éléments dans la société ont tendance à se radicaliser sous l’influence de certaines idées, comme le salafisme, interprétation rigoriste de l’Islam qui veut retourner à l’Islam des origines. Il prône le rejet des valeurs de l’Occident et le repli identitaire. Avec pour conséquence que ces personnes se mettent en marge de la société dont elles rejettent les valeurs. On voit surgir des comportements qui n’ont pas de place dans notre société : polygamie, inégalité homme-femme, rejet fondamental de l’homosexualité, mise en doute de la théorie de l’évolution. On voit que ces personnes qui suivent ce courant tentent de bâtir leur propre société, avec leurs valeurs, leur enseignement, leur médecine, leur propre police – cela, c’est dans les souhaits – voire leur propre justice. On peut arriver à une bipolarisation. Ces comportements vont susciter une réaction de l’extrême droite qui va trouver dans cette idéologie un terreau pour combattre l’islam en général. On voit apparaître en Angleterre des mouvements comme ‘Nations against Islam’. En Belgique, il y a des mouvements, soutenus par l’extrême droite, qui prônent une politique contre l’islamisation des villes. Et cette réaction de l’extrême droite peut engendrer une réaction de l’extrême gauche (Ainsi, l’affaire ‘burqa blabla’ qui enflamma l’ULB. Elle illustre bien la possible alliance contre-nature, entre gauche radicale et anarchique, d’une part et islam fondamentaliste, de l’autre. Note de l’A). (…) Dans la durée et sur le long terme, il (le salafisme) est peut-être plus dangereux qu’un attentat terroriste».

Ici surgit la question à cent million d’euro – celle qui agite nombre d’occidentaux quand ils parlent de «la montée de l’islam». L’islamisme est-il un phénomène structurel ou conjoncturel ?  Autrement dit : Les relents fondamentalistes qui agitent une partie minoritaire – mais fortement agissante – du monde musulman, sont-ils le propre de cette religion ou s’agit-il, comme ce fut le cas dans le monde chrétien, d’un symptôme du complexe du homard ? Pour le dire crûment : Quand il devient totalitaire, l’islam montre-t-il son vrai visage ou sa caricature adolescente ?

Il revient avant tout aux musulmans de répondre à cette question. Cependant, je ne vois apriori pas pourquoi, si l’ouverture pacifiée au monde est possible pour le catholicisme, cela ne le serait pas pour les musulmans. Nombre de mes contradicteurs sur ce point m’objectent que – par son essence même – l’islam ne s’accommode d’une culture qu’en l’islamisant. Que les croyants musulmans acquis au pluralisme démocratique, quand ils sont sincères, ne sont pas représentatifs. Quitte à me faire traiter de naïf, j’objecte : Et si, au contraire, l’islamisme n’était qu’une régression nostalgique vers le passé et l’islam des lumières un chemin d’avenir ? Pour étayer mon intuition, je souligne – qu’à l’instar du christianisme – l’islam sort également de siècles de turbulences. Ceci expliquerait qu’il ait, à son tour, cédé au complexe du homard. Le califat, qui fut la première puissance mondiale au Xe siècle, fut mis sous tutelle ottomane dès le XIVe. Avec la mort de Soliman le Magnifique (1566), l’empire turque déclina à son tour. Jadis lumière du monde et alliée des sciences, la civilisation musulmane devint décadente, au moment précis où l’astre de l’occident se remit à briller. Quand advint la révolte arabe contre les Ottomans (1916-1918) et l’épopée de Lawrence d’Arabie, les alliés ne tinrent pas leurs promesses et les pays du Proche et Moyen Orient devinrent des protectorats pétroliers. Puis, il y eut la guerre froide. La génération des Nasser et Arafat lorgna un temps vers le camp soviétique pour obtenir une place sur l’échiquier mondial. Mais avec le mur de Berlin, le communisme s’écroula. Des siècles de déclin ont donc replié les nations musulmanes sur elles-mêmes. Restées à la périphérie de l’histoire, les masses n’ont pas intégré l’avènement de la raison critique et la perspective historique. Quant aux élites, orphelines de grandes causes et insécurisée dans un monde multipolaire, elles se cherchent désormais un avenir dans un retour aux sources. Ce faisant, la tentation est grande de préférer la carapace du homard à la colonne vertébrale spirituelle : C’est sous sa forme figée que l’islam paraîtra donc le plus fidèle.

Spiritualité citoyenne

La première guerre mondiale illustra que le nationalisme mène à la guerre. La seconde guerre mondiale démontra que le racisme était un délire mortifère. La chute du mur de Berlin signa l’échec du marxisme. La faillite de Lehman-Brothers (2008) souligna que le capitalisme n’apporterait pas le paradis sur terre. Il est donc réjouissant de voir la jeunesse se tourner vers la spiritualité pour se trouver une identité. Notre monde multipolaires a, en effet, besoin de citoyens enracinés. Dans mon essai «Credo politique» (éd. Fidélité/Avant-Propos, 2011), je plaide donc pour une nouvelle «spiritualité citoyenne», qu’elle soit – selon les citoyens – croyante, agnostique ou athée. Mais notre monde multipolaire fait peur. Et la peur est mauvaise conseillère, car elle est source de régression mentale. Le complexe du homard rôde. La tentation est grande de se protéger du réel, en se construisant une carapace.

Alors, faut-il espérer un Vatican II musulman ? L’expression est anachronique, car l’islam n’a pas de Vatican et les sunnites sont dépourvus de clergé. Cependant, si le concile Vatican II a signifié pour l’Eglise catholique une renonciation symbolique au complexe du homard, lui permettant de poser un regard bienveillant sur le monde, alors oui – l’islam est appelé à poursuivre sur le même chemin. Une spiritualité de la paix ne peut se laisser dominer par la peur. Succomber au complexe du homard est toujours un aveu de faiblesse. Une religion avec une colonne vertébrale saisit – elle – comme par instinct, que l’authentique spiritualité ne peut s’accommoder de contrainte. Evidemment que les préceptes du Coran peuvent inspirer les musulmans pour mener des débats démocratiques, un peu comme les catholiques s’inspirent de ce qu’ils appellent la loi naturelle (les principes chrétiens accessibles à tout homme par un travail de la raison). Mais, pas plus que la loi naturelle, la sharia ne peut se substituer au débat démocratique et s’imposer à une société. Ici je rappelle ce que j’énonçais lors du précédant colloque de l’ULB, dans cette même salle : L’apport majeur des Lumières à notre civilisation est d’avoir rappelé que le seul langage capable de fonder une démocratie, est le langage de la raison. Non pas la raison procédurale, qui se borne de constater que les formes ont été respectées dans la prise de décision, mais la raison intelligente, qui cherche à comprendre ce que l’autre me dit, afin de lui répondre. Sa grammaire logique et sa visée critique font en sorte que seul ce type de raison permet à des personnes de convictions différentes (catholiques, musulmans, libre-exaministes, etc.) d’écouter l’autre sans a priori, en vue d’arriver avec lui à prendre une décision politique commune en vue du bien de la cité.

Conclusion

Le complexe du homard représente, non seulement un danger pour la démocratie, mais il transforme, en outre, toute religion en sa caricature. Par-dessus tout, il est un aveu de faiblesse : Quel est ce dieu, tellement peu sûr de lui, qu’il ordonne la contrainte pour être reconnu ? Par contre, libéré du complexe du homard, une religion perçoit que le pluralisme démocratique est allié de la foi, car il permet un réel choix. Qu‘il soit chrétien ou musulman, la foi du croyant adulte ne sera authentique, que si son cheminement spirituel est vécu en totale liberté. J’en appelle donc aussi aux médias : Elles ont évidemment pour mission d’informer sur les dérives fondamentalistes. Mais – même si c’est moins vendeur – elles doivent également laisser la parole à ces intellectuels musulmans qui défendent une foi solide, mais non défensive. Une foi qui accepte la raison humaine comme langue maternelle de la démocratie. Bref, une foi qui a traversé le complexe du homard.

14:59 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

22 novembre 2012

Un parti «islamiste» en Belgique

Un parti «islamiste» en Belgique

Russia TV, à travers le point de vue raciste de Philip Claeys, euro-député Vlaams Belang, nous en parle…

15:10 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

EXPLICATEUR Les salafistes en France, un problème «social, pas religieux»

EXPLICATEUR

Les salafistes en France, un problème «social, pas religieux»

Martin Untersinger, le 18 septembre 2012

Le mot «salafisme» suscite fantasmes et peurs. Cette fraction ultraminoritaire des musulmans est certes très active, mais la réalité qu’elle recouvre en France n’est pas aussi alarmante qu’on peut l’imaginer.

Qu’est-ce que le salafisme ?

Les salafistes veulent vivre comme les premiers disciples de Mahomet (les «salafs») et renouer avec une forme ancienne de l’islam, telle qu’elle avait cours entre le VIIe et le Xe siècle.

Ils veulent revivre une forme d’ «âge d’or», et mythifient un passé où l’islam est vu comme dominateur et très pieux (les salafistes établissent d’ailleurs un lien entre les deux).

Dans sa forme moderne, le salafisme est assez récent. Il était jusqu’au XVIIIe siècle très minoritaire, sauf dans le Najd, région d’Arabie saoudite d’où est issue la famille régnante al-Saoud. Celle-ci a fait du wahhabisme – une forme locale de salafisme – la religion d’Etat.

La présence du salafisme en France est encore plus récente : il a été importé dans les années 90, notamment par des étudiants français partis étudier en Arabie saoudite ou par des religieux du Golfe.

(Bien avant les années 90, aussi bien en Belgique qu’en France, une bonne part des associations cultuelles musulmanes, fréquentées par les populations issues de l’immigration maghrébine, se reconnaissait dans le mouvement piétiste (dans le sens étymologique du motindo-pakistanais tabligh. Progressivement, dans les années 90, vu la proximité de cette conception de croyance islamique avec celle de la salafiyyâh, le discours des imams officiant dans ces mosquées adoptait la même teneur que celui de leurs frères, tout aussi piétistes, de la voie des pieux prédécesseurs !) (Rachid Z)

Les salafistes portent fréquemment la barbe et la djellaba (le jilbab pour les femmes), prônent l’inégalité des sexes et appliquent le Coran à la lettre.

Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam :

«Le salafisme se répand comme l’évangélisme américain : dans les deux cas, des gens se tournent vers une religion où la vie quotidienne est régie par la norme explicite du religieux. Il n’y a pas de compromission avec le profane, et ceux qui ne suivent pas ce mode de vie ne sont pas considérés comme de bons musulmans.»

En France, des parcours sociaux chaotiques

Le salafiste est souvent un homme, entre 18 et 35 ans, qui habite dans les banlieues difficiles des grandes villes françaises. Les différents experts s’accordent sur le nombre, en constante augmentation, de 12 000 salafistes en France.

Pour Olivier Bobineau, sociologue des religions et spécialiste de l’islam, les salafistes sont «en souffrance» :

«Ils ont généralement un parcours de vie difficile, ils sont déclassés socialement, en situation d’instabilité affective et vivent dans des lieux où il y a de la violence, des problèmes de transport, de logement, du chômage.»

De fait, les salafistes sont surtout présents en banlieue parisienne et dans certaines grandes villes comme Lille, Lyon ou Marseille.

Pourquoi se tournent-ils vers le salafisme ?

Samir Amghar, auteur de «Le Salafisme aujourd’hui» (éd. Michalon, 2011) et docteur en sociologie, s’est immergé parmi les salafistes pour écrire sa thèse. Il explique, dans une interview à la revue Sciences humaines, ce qui peut pousser des musulmans – ou des non-croyants – à embrasser le salafisme :

«[La personne] devient “salafie” en s’affiliant à des groupes religieux intensifs forts, capables d’offrir des codes de sens et une sécurité apaisante. Ce sont des structures refuges, qui pensent dispenser la vérité, loin de toute forme d’incertitude qui peut paraître angoissante.»

Selon le chercheur, le succès du salafisme s’explique également par l’affaiblissement et l’institutionnalisation des «formes classiques de l’islam militant».

Un mouvement hétérogène

Certains chercheurs insistent sur le fait que le salafisme est composite, et regroupe trois familles très différentes, qui n’ont pas la même attitude envers la société : les quiétistes ; les politiques ; les djihadistes.

Le terme salafiste est d’ailleurs un abus de langage, par lequel on ne désigne souvent que les djihadistes. Les quiétistes – la majorité pour certains chercheurs – sont non-violents, «prônent l’apolitisme et s’opposent à la violence politique».

(La salafiyyâh (la voie des pieux prédécesseurs) ne désigne en aucune manière une catégorie de musulmans mais une croyance fondée essentiellement sur le Coran et la Sunna et les musulmans qui adoptent une telle attitude ne se subdivisent pas en «djihadistes» ou en «shaïkhistes», par exemple, ce serait contraire à leur précieuse croyance, l’islam !) (Rachid Z)

Olivier Roy :

«Les salafis “purs”, majoritaires, veulent un minimum d’interaction avec la société, même avec les autres musulmans, par risque de perdre de leur pureté. Ils s’installent dans une contre-société, avec des symboles visuels. Le salafi peut être quelqu’un de tout à fait pacifique.»

La branche politique du salafisme, d’origine plus récente et dopée par les révolutions arabes, entend davantage peser dans la balance politique, notamment en formant des partis et en intervenant dans le débat public. Olivier Roy :

«Les seuls qui étaient politiques étaient les djihadistes, les autres pensaient que la politique était profane par nature. Aujourd’hui, certains salafis se tournent vers la politique. L’apolitisme fonctionne quand on est une petite secte : c’est plus compliqué quand on est plus nombreux.»

Seuls les djihadistes – minorité parmi la minorité – prônent l’affrontement et la lutte armée. Les spécialistes du sujet s’accordent à dire que ces milieux sont très bien connus – et souvent infiltrés et neutralisés – par les services de renseignement et de sécurité français.

Quel rôle pour les pouvoirs publics ?

Pour Olivier Bobineau, le problème posé par les salafistes est «social, pas religieux» :

«Il faut des médiateurs, qui connaissent l’islam, le droit, la laïcité, la réalité et la condition de ces territoires. Il faut substituer à l’approche religieuse l’approche politique, sociale.

La violence ne vient pas de l’islam, cela vient des problèmes politiques, économiques et sociaux de la banlieue et des quartiers.»

Olivier Roy pense pour sa part que le religieux ne peut pas être évacué et que la réponse doit être «le respect de la légalité» :

«Il ne faut pas sur-réagir vis-à-vis du fondamentalisme. Quand j’entends le ministère de l’Intérieur parler de bon et de mauvais islam, je suis choqué en tant que laïque.

Le recrutement des salafis s’explique par les conditions sociales, par exemple en prison, mais une fois qu’ils sont devenus salafis, cela devient aussi un problème religieux.»

14:25 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16 novembre 2012

L’Islam belge en question(s) à l’ULB

 L’Islam belge en question(s) à l’ULB

Christian Laporte, le 16 novembre 2012

Le colloque se déroulera ce samedi 17 novembre, à partir de 9 h, salle Dupréel, avenue Jeanne 44, à l’ULB.

C’est ce qui s’appelle tomber à pic : à l’heure où la polémique est loin de s’apaiser à Bruxelles autour du parti Islam, qui a décroché des élus aux communales à Anderlecht et à Molenbeek; où Sharia4Belgium se fait encore remarquer; et où des voix s’élèvent face à l’incroyable immobilisme de la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open VLD) pour sortir l’Exécutif des Musulmans de Belgique de l’impasse, le politologue Chemsi-Cheref -Khan (islamophobe, ex-collaborateur de l'échevin sortant franc-maçon de l'Instruction publique à Schaerbeek !) (Rachid Z) et ses amis de la Pensée et les Hommes remettent le couvert d’une grande réflexion sur l’avenir de l’islam à Bruxelles. "Ce nouveau colloque", explique Chemsi-Cheref-Khan "arrive, pensons-nous, très sincèrement, à son heure, pour mettre le "croissant" à sa meilleure place, c’est à dire, dans l’intimité de la foi du croyant sincère. Comme lors de notre première rencontre, nous proposerons un panel choisi avec beaucoup de soin qui abordera les différentes facettes du vivre ensemble dans la capitale de l’Europe du XXIe siècle, avec l’ ambition de faire de l’ islam d’ici un vrai pilier de notre démocratie de pacification".

Le colloque se déroulera ce samedi 17 novembre, à partir de 9 h, salle Dupréel, avenue Jeanne 44, à l’ULB. Dans la matinée, il sera question avec Abdelaziz Kacem des "ébauches de laïcité en terres d’islam" alors que Mohamed El Battiui s’interrogera du passage de l’islam dans un contexte belge à un islam belge.

Des regards pluriels suivront avec le chanoine Éric de Beukelaer, qui parlera des suites de Vatican II sur le dialogue interreligieux, alors que le rédac-chef de la revue du Centre communautaire laïc juif, Nicolas Zomersztajn (un sioniste notoire !) (Rachid Z), se demandera si le judaïsme organisé peut être un modèle pour les musulmans d’ici ? Enfin, Jacques Rifflet, qui vient de publier "L’islam dans tous ses états" - on en traitera dans le prochain supplément "Lire" - s’interrogera sur la façon de concilier l’observance d’un sacré et les principes d’une démocratie séculière. L’après-midi sera consacré à divers aspects de l’islam en Belgique. Parmi d’autres intervenants, Firouzeh Nahavandie évoquera l’enseignement de l’islam et du monde musulman à l’ULB et Michel Claise se penchera sur "Justice, Sharia et Laïcité". Il sera aussi question de l’urgence de réformer l’Exécutif des Musulmans avec Denis Ducarme (un populiste MRdiste !) (Rachid Z), ce qui présage des débats pour le moins enflammés...

11:49 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13 novembre 2012

Deux dirigeants de la mosquée de Saint-Gilles en correctionnelle

Deux dirigeants de la mosquée de Saint-Gilles en correctionnelle

La Dernière Heure, le 13 novembre 2012

La chambre du conseil de Bruxelles a renvoyé mardi deux dirigeants de la mosquée de Saint-Gilles devant le tribunal correctionnel. Le président et le secrétaire général du Centre islamique El Mouhsinin, qui gère notamment la mosquée de Saint-Gilles, sont prévenus de deux faux et de deux détournements.

Le président de l'ASBL, Benjelloul K. et le secrétaire, Ali B., sont renvoyés devant le juge du fond pour répondre de faux concernant des contrats de travail d'employés au Centre El Mouhsinin, et de faux concernant un procès-verbal d'une assemblée générale de l'ASBL, datée de 2007. Le PV avait été signé par l'imam alors que celui-ci n'était pas présent à l'assemblée.

Benjelloul K. et Ali B. sont aussi renvoyés en correctionnelle pour deux détournements de fonds. Le premier concerne une somme de 25.000 euros retirée en espèces sur le compte de l'ASBL et dont l'utilisation n'a pas été justifiée. Le second concerne une somme de 10.000 euros versée sous forme d'"enveloppes" à des professeurs du centre islamique que ceux-ci disent pourtant ne pas avoir reçue.

Les prévenus ont toutefois bénéficié du non-lieu pour les détournements de dons de fidèles, dont une collecte qui avait été estimée à 30.000 euros. Le juge a estimé que, l'asbl ne tenant aucune comptabilité, il n'existait pas de preuve suffisante concernant cette prévention.

Les fidèles avaient précisément porté plainte après que les dirigeants de la mosquée aient refusé de leur montrer les comptes de l'ASBL.

23:21 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Cultes, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

10 novembre 2012

"Le salafisme, plus dangereux qu'un attentat terroriste"

"Le salafisme, plus dangereux qu'un attentat terroriste"

RTL.be, le 10 novembre 2012

La menace terroriste a évolué depuis le 11 septembre vers des cellules plus isolées, ce qui complique le travail des services de renseignement, explique samedi Alain Winants, le patron de la Sûreté de l'Etat, dans les pages de La Libre Belgique. Et d'ajouter que selon lui, le salafisme est plus dangereux, à terme, qu'un attentat.

Le patron de la Sûreté, Alain Winants, explique qu'aujourd'hui, à côté du terrorisme violent, il y a le radicalisme latent, soit certains individus qui se radicalisent sous l'influence de certaines idées, "comme le salafisme", une interprétation "rigoriste de l'Islam" qui "prône le rejet des valeurs de l'Occident et le repli identitaire. Avec pour conséquence que ces personnes se mettent en marge de la société dont elles rejettent les valeurs". Pour Alain Winants, ce type de comportement peut conduire à une "bipolarisation". Cela va susciter "une réaction de l'extrême droite qui va y trouver un terreau pour combattre l'Islam en général (...) Et cette réaction de l'extrême droite peut engendrer une réaction de l'extrême gauche."   

C'est une minorité "agissante" et "dangereuse"

Le patron de la Sûreté de l'Etat estime que le salafisme est peut-être, sur la durée et le long terme, "plus dangereux qu'un attentat terroriste car c'est insidieux, cela mine les valeurs occidentales et fait en sorte qu'une partie de la population est incitée à se mettre en marge des valeurs occidentales de la société (...) Non seulement il nie les valeurs occidentales mais voit dans l'Occident une menace pour l'Islam, en tout cas quand des troupes occidentales vont dans des pays comme l'Irak." Et d'ajouter que si ce n'est qu'une petite minorité, c'est une minorité "agissante" et "dangereuse".   

Le patron de la Sûreté dénonce par ailleurs un manque criant de personnel au sein de ses services. "Le niveau d'alerte est atteint. Il faut être conscient que la sécurité a un prix et qu'il y a une limite sous laquelle on ne peut pas descendre. Cette limite, nous l'avons atteinte."

13:29 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |