10 septembre 2013

L’électeur de mai 2014, cobaye scientifique

L’électeur de mai 2014, cobaye scientifique

Un chercheur québécois va étudier ce scrutin fort attendu

Christian Laporte, le 10 septembre 2013

D’accord, ce n’est pas la première fois que des chercheurs étrangers se focalisent sur la Belgique politique, ses palabres et son art exquis du compromis ! Un certain nombre d’entre eux y ont consacré des articles, souvent des livres, parfois des thèses.

Mais le politologue canadien André Blais de l’Université de Montréal, qui vient de passer par chez nous, entend aller un peu plus loin encore en mettant sous la loupe le comportement électoral des Belges en vue de leur triple scrutin de 2014. Mais il analysera déjà aussi ce qui précédera ce dimanche de mai qu’on espère démocratique à tous les étages… Il a accepté de lever un coin du voile lors d’une rencontre exclusive avec "La Libre" à la Fondation universitaire.

"Mon champ de recherche est de fait l’étude des élections" nous précise-t-il d’emblée.

De tous les types d’élections car il y a quelques mois il fut aussi très impliqué dans une recherche intitulée "Vote for Pope" autour de la désignation du successeur de Benoît XVI. Sa démarche n’avait rien de théologique ni de politique, ecclésialement parlant. L’objectif d’André Blais était en fait de comparer la désignation plutôt de style très censitaire du Pape par les cardinaux-électeurs à des systèmes électoraux présidentiels aussi éclectiques que ceux du Mexique, de la France ou de l’Irlande. Les citoyens furent invités à choisir dans une liste préétablie et à se prononcer pour un candidat si on optait pour une majorité relative à un tour, pour une majorité absolue à deux tours voire par approbation - on se prononce à la fois pour tous les candidats, pour ou contre… - ou de manière alternative où on classe ses candidats par ordre de préférence.

"Je dirige présentement un grand projet de recherche (Making Electoral Democracy Work) qui examine et compare le comportement des électeurs et des partis dans 26 élections dans cinq pays (Canada, France, Espagne, Allemagne et Suisse) à l’aide de sondages et d’une grille d’analyse de la stratégie des partis. Il a paru intéressant de nous pencher aussi sur la Belgique avec son triple scrutin exceptionnel de l’an prochain."

André Blais s’intéresse ainsi aux facteurs individuels et contextuels (surtout les règles électorales) qui affectent la décision de voter ou de s’abstenir et la décision de voter de façon sincère ou stratégique. Il préside enfin la Comparative Study of Electoral Systems (CSES) qui compare le comportement des électeurs dans plus de 50 pays.

Quelle hiérarchie des votes ?

"Je suis fasciné par vos trois élections car ce sera un choix compliqué et passionnant mais aussi parce que la Belgique reste un des rares pays à conserver le vote obligatoire à tous les niveaux. Je me pose évidemment la question de savoir si l’électeur belge établira une hiérarchie dans ses choix, ce qui est essentiel pour votre avenir institutionnel !" Concrètement, comme pour chaque pays, il analysera deux régions, en l’occurrence la Flandre et la Wallonie. Pour l’épauler, André Blais travaillera avec le Cevipol (ULB) et avec Jean-Benoît Pilet qui a lui-même séjourné à la chaire sur les recherches électorales à l’Université de Montréal. Le caractère obligatoire du vote passionne le chercheur canadien : "je m’intéresse à la perception par l’électeur de la pénalité qu’il peut subir et à la manière dont il voit sa mise en oeuvre. Cela dit, chez vous, le taux de participation reste très élevé ce qui contraste avec les pays d’Amérique latine où le vote reste obligatoire" . Le Pr Blais fera aussi appel aux citoyens belges avant le 25 mai : "nous voulons lui soumettre aussi une palette de systèmes de vote différents et cela pour les différentes élections." Une affaire à suivre dans les prochains mois sur le site electoraldemocracy.com. Une manière intéressante de conscientiser nos compatriotes à ne pas prendre à la légère leurs choix de 2014… 

Les commentaires sont fermés.