17 juin 2013

"Qui dira le Kadish"

"Qui dira le Kadish"

(Des Pavés pour la mémoire)

Marian Handwerker 

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Pavé de la mémoire au n° 23 de l'avenue Clays, Bruxelles 

 En présence du réalisateur

Film documentaire présenté par le Pr Adolphe Nysenholc

Un homme sonne à une porte. Lui ouvre une femme d'origine maghrébine. Il est né dans cette maison, où ses parents ont été arrêtés en 1942. L'hôtesse croit qu'on a tué des Juifs dans la maison. Elle a peur chaque fois qu'elle va à la cave. Le fils des déportés la rassure. La pose des pavés de mémoire devant la porte de la rue attestera qu'ils ont été assassinés loin de là, à Auschwitz. Le film établit un dialogue entre de nombreux enfants survivants, qui rendent hommage à leurs disparus par ces pierres gravées, et les nouveaux immigrés.

Le film présente un nouvel aperçu de la Shoah. Il émeut, sans pathos. Avec lui, la ville brille de cailloux d'or, qui sont comme des étoiles, dont la lumière émane encore longtemps après leur extinction.

Les Mardis du Musée 18/06 de 12h30 à 13h30

Adresse et réservations

Musée Juif de Belgique

Rue des Minimes 21

1000 Bruxelles

02 512 19 63

edu@mjb-jmb.org 

www.mjb-jmb.org 

Commentaires

Pavés de Mémoire: Discours de Yael Zimmerman

CCOJB, le 13 mai 2009

Pour la première fois en Belgique, des Pavés de Mémoire ont été posés à Anderlecht, Bruxelles et Schaerbeek à l'initiative de l'Association pour la Mémoire de la Shoah. Les Pavés de Mémoire sont des petits cubes de laiton placés par l'artiste allemand Gunter Demnig en mémoire des victimes du nazisme, devant les maisons où elles ont habité avant d'être déportées pour être assassinées.

A Anderlecht, les Pavés de Mémoire en souvenir de Berek Swiatlowski et Pesah Swiatlowski-Koronczyk ont été posés devant la maison située 47 rue Jorez. A Bruxelles, le Pavé de Mémoire en souvenir de Itzic Jancou - dit Jacques - Zimmerman a été posé devant la maison située 37 rue du Lavoir. A Schaerbeek, les Pavés de Mémoire en souvenir de Salomon Karolinski et Elisabeth Orcher-Karolinski ont été posés devant la maison située 40 rue Vondel.

DISCOURS DE YAEL ZIMMERMAN, PETITE-FILLE DE ITZIC JANCOU - DIT JACQUES - ZIMMERMAN ET DE SALOMON KAROLINSKI ET ELISABETH ORCHER-KAROLINSKI

Le 13 mai 1944, il y a 65 ans très exactement, mon grand-père Itzic Jancou, Jacques Zimmerman, fut arrêté à Bruxelles. Il mourra assassiné à Buchenwald neuf mois plus tard. Il avait 42 ans.

Il y a 67 ans, mes grands-parents Elisabeth Orcher-Karolinski et Salomon Karolinski, résistants, furent arrêtés à Bruxelles sur dénonciation le 18 août 1942. Ils mourront assassinés à Auschwitz quelques jours plus tard. Ils avaient 30 et 34 ans.

Nous inaugurons aujourd'hui à Bruxelles les Pavés de Mémoire en souvenir des victimes du nazisme, petits cubes de laiton qui laisseront sur quelques pavés de Belgique, une rare inscription portant des noms d'hommes, de femmes et d'enfants, et parmi eux, ceux des membres de ma famille, infime témoignage de leur trop courte existence, puisqu'ils n'ont pas de tombes.

Je pense à toi, grand-père Jacques, que je n'ai jamais connu si ce n'est à travers les photos de famille, et celle plus particulière couleur sépia, où tu poses, appuyé nonchalamment sur ton appareil photo d'époque. J'essaie d'imaginer derrière ton regard rieur et amusé l'homme et le père que tu étais, le grand-père que tu aurais pu être.

Je pense à vous, Elisabeth et Salomon, que je n'ai jamais connus, si ce n'est à travers les quelques trop rares photos que nous avons de vous. Je vous regarde marchant fièrement dans les rues de Bruxelles, jeunes, insouciants de l'horreur qui allait déferler sur l'Europe et ravager vos vies. Qu'ai-je perdu à ne pas vous avoir connus?

Enfant, je rêvais éveillée que vous reveniez tous, malgré la guerre et la mort, nous libérant ainsi de ce joug terrible, de cette perte indicible, de cette douleur indescriptible qui ronge nos coeurs depuis, ceux de vos enfants et petits-enfants, et dont personne n'ose vraiment parler.

J'imagine ces pavés de laitons dans les rues de Bruxelles, foulés aux pieds de passantes presses et indifférents, et qui représentent pour nous un univers, qui résonnent comme un cri que nous ne pouvons taire, comme une alarme stridente.

Il y a souvent maintes raisons à baisser les bras dans ce monde où la force prévaut ou les intérêts des plus puissants dominent ou les verdicts sont rendus mais la justice n'est pas faite, où la sagesse est trop rarement entendue.

On pourrait se demander, après tant d'années écoulées et de démentis aberrants, pourquoi poursuivre inébranlablement cette marche pour le souvenir et la mémoire.

Toutefois, que seraient nos vies sans cette lutte (qu'elle soit communautaire ou personnelle, qu'elle soit virulente ou silencieuse), pour le maintien de nos valeurs, pour le respect de la vie, pour la dignité des hommes, pour la tolérance d'autrui?

Quel avenir réserve-t-on à nos enfants sans l'enseignement du respect de l'autre et du respect de la vie? Ainsi au fil de l'histoire, des hommes et des femmes courageuses continuent à s'insurger et à refuser des lois insensées et le mal implacable.

Tels furent mes grands-parents: dignes, humains, courageux.

Je ne peux rester indifférente à ce combat car je suis un maillon de cette chaîne.

Se souvenir, c'est intérioriser un message, mais aussi faire le choix de sa voie.

Ce message me parle notamment de courage, d'humanisme, d'intégrité. Ce message me rappelle que rien n'est jamais gagné d'avance, qu'il faut rester constamment en éveil et ne pas renoncer à sa propre vérité tout en restant à l'écoute de l'autre.

Mes parents m'ont transmis ce message non par les mots mais par les actes, et ce n'est pas un hasard si cette première inauguration est celle des Pavés de Mémoire de leurs propres parents.

J'ose espérer que ma vie et mes actes ainsi que l’éducation que je donne aujourd'hui à mes filles en Israël, est à la hauteur de leur message et du vôtre.

Nous ne pouvons malheureusement pas réécrire l'histoire.

Nous nous devons de nous souvenir.

Nous nous devons de laisser des traces, des lettres et des signes.

Un Pavé de Mémoire, si petit soit-il, me permet d'aller à la rencontre de mon histoire.

Écrit par : Rachid Z | 17 juin 2013

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Divisions autour de la mémoire de la Shoah

La Libre Belgique, le 26 juin 2012

Les pavés de la mémoire sèment le trouble entre Juifs d’Anvers et de Bruxelles.

Le ton est monté de plusieurs crans depuis dimanche soir au sein de la communauté juive de Belgique, principalement entre le Forum der Joodse Organisaties anversois et le Comité de coordination des organisations juives de Belgique surtout présent à Bruxelles. Mais gare aux simplismes car certaines associations membres du CCOJB soutenaient le Forum lors d’une conférence de presse à la mi-journée alors qu’une autre se déroulait toujours à Anvers à l’initiative, celle-là, de l’Association pour la mémoire de la Shoah.

En cause : les fameux pavés de la mémoire, bien connus aussi comme "stolpersteinen", en l’occurrence de bien nommées "pierres d’achoppement".

Comme prévu - LLB des 19 et 25/6 - le bourgmestre d’Anvers a refusé leur installation après avoir consulté au préalable le Forum der Joodse organisaties, coupole des associations anversoises. Pour l’Association de la mémoire de la Shoah et son porte-parole Eric Picard, c’est un déni de justice derrière lequel l’on peut voir à la fois l’influence du judaïsme religieux anversois et une volonté de ne pas déplaire à la N-VA, qui pourrait arriver à la tête de la ville lors des communales. Dernière accusation, plus grave : selon Picard, le Forum exprime aussi un certain racisme à l’encontre de la population principalement d’origine arabe qui n’aurait nul respect pour ces pavés de la mémoire dans ses quartiers de vie qui étaient jadis ceux des citoyens juifs.

Le Forum anversois a réagi à ces affirmations mais aussi à la prise de position du Dr Maurice Sosnowki, le président du CCOJB interpellé sur la question par le magazine "Joods Actueel". Celui-ci a vivement déploré que le Forum s’oppose à la pose des pavés, sans doute parce que "les Juifs d’Anvers ne sont plus les descendants des victimes d’hier". M. Sosnowski est lui, au contraire, favorable aux pavés de la mémoire : il a participé à des cérémonies par le passé et samedi, il était présent à l’installation de ceux de deux résistants membres de la loge des Amis philanthropes (GOB) qui est la sienne. Le Forum est toutefois très fâché sur lui parce qu’il a ajouté que "le bourgmestre Janssens a été idiot d’aller demander des conseils au FJO. Cela montre qu’il ne tient nullement compte des divisions juives internes sur ce dossier". Maurice Sosnowski avait ajouté : "Il doit quand même être conscient que le Forum soutient aujourd’hui la N-VA et qu’il ne modifiera pas ainsi la position des juifs orthodoxes ".

Le Forum a tenu à répliquer sur tous les points, rejoint par le président de la communauté israélite de Bruxelles, Philippe Markiewicz, et surtout par Judith Kronfeld et Regina Slusnzy, responsables, respectivement, de l’association de l’Union des déportés juifs-Filles et fils de la déportation, et de l’Enfant caché, deux associations membres du CCOJB. Au nom de leurs mouvements, ils ont au contraire apporté leur soutien au Forum der Joodse Organisaties. Diane Keyser et Elie Ringer ont expliqué que si, à titre personnel, les membres de la communauté juive sont libres de dédier des pavés en hommage à leurs disparus, ils s’étaient inspirés dans leur réponse à Patrick Janssens d’un sondage plus global en cours d’analyse à l’université d’Anvers à l’initiative du Pr Herman Van Goethem, par ailleurs curateur du musée Kazerne Dossin. Une des questions avait trait auxdits pavés : seulement 13 % des Juifs néerlandophones et 29 % des Juifs francophones y sont favorables. Mais le Forum se dit surtout scandalisé par le fait que Patrick Janssens est attaqué de la sorte alors qu’il a eu le courage en 2007 de demander pardon pour les agissements des policiers anversois pendant les rafles. Par ailleurs, le Forum n’est pas le porte-parole des seuls orthodoxes et nombre de ses responsables ont perdu des proches à Anvers. On notera qu’au-delà des répliques aux attaques, tous ont plaidé pour une meilleure éducation à l’histoire de la Shoah et n’excluent pas que toutes les victimes se retrouvent sur un nouveau mémorial plutôt que disséminés dans la ville, du moins pour ceux qui auraient encore de la famille Enfin, le Forum n’est pas particulièrement proche de la N-VA, même s’il le rencontre comme tous les autres partis démocratiques.

Écrit par : Rachid Z | 17 juin 2013

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