06 juin 2013

Discrimination à l'accès à l'emploi même pas voilée

Discrimination à l'accès à l'emploi même pas voilée

Maison de l'Emploi et de la Formation - Bruxelles-Ville

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Commentaires

« Un boulot ? Où habitez-vous ? »

Le Soir, le 5 mars 2011

Passer à côté d’un travail parce qu’on habite un quartier sensible ? Une discrimination à l’embauche pas officiellement répertoriée… mais beaucoup s’en plaignent. Insidieux.

Jean-Marie Auquier sait de quoi il parle : « Si je dis à quelqu’un que je vis à la résidence Elsa Triolet ou à la rue de Picardie à Jemappes, cela ne suscite aucune réaction. Mais si je dis que je vis au “Coq”, les gens lèvent les bras au ciel… »

Le Coq ? Disons plutôt la « cité du Coq », près de Mons. Il y a vingt ans, ce plateau était synonyme de violence et de mal de vivre. La télé en fit ses choux gras : « La police n’osait plus venir : elle retrouvait son combi sur quatre blocs. On balançait des frigos depuis les étages, des extincteurs, des sacs remplis d’eau, des carcasses… Puis nous avons exigé la sécurité. Des mesures efficaces ont été prises. Résultat : tout n’est pas parfait, mais ceux qui font encore les malins sont rares. »

Une mauvaise réputation se bâtit vite et elle colle à la peau. Aujourd’hui encore, et même si le quartier est bien plus calme, dire tout haut que l’on vient du « Coq », c’est s’offrir une étiquette parfois lourde à porter quand il s’agit, par exemple, de trouver un boulot ou un stage.

Demandez donc ce qu’il en est aux habitants du quartier de la Plaine-du-Lys, à Dammarie-lès-Lys, en périphérie de Paris. « Ce quartier souffre d’une connotation négative, nous voulons en faire un quartier comme les autres », explique Jean-Claude Mignon, le maire UMP de l’endroit.

La mesure prise est radicale et concerne 10.000 habitants. C’est une première en France. Dans le cadre d’un vaste programme de rénovation urbaine, le quartier et toutes ses composantes changent de nom : « Depuis 15 ans, j’habitais Résidence Picardie et depuis peu, mon adresse est le 49, rue Blanche-de-Castille, explique Nicole Staudt, qui habite les lieux. Cela fait moins “cité”, c’est une très bonne idée. »

Saïda Madrane, 25 ans, est moins convaincue : « C’est très bien si ça peut améliorer l’image de la Plaine-du-Lys, mais je ne vois pas ce que cela va apporter de plus, à part le fait de mieux être localisé sur les GPS… »

Peut-on vraiment passer à côté d’un boulot parce que l’on provient d’un quartier maudit ? Eric Demouy, directeur de la maison de l’Emploi de ce secteur sensible, le pense : « Lorsqu’on affiche “Résidence Auvergne à Dammarie” sur son CV, c’est associé à la zone sensible de la ville… »

Le phénomène est difficile à quantifier et les preuves d’éventuels excès sont rares. En France pourtant, le Centre d’études de l’emploi note « un effet spécifique et important du lieu de résidence sur l’accès à l’emploi ». Le Conseil économique et social relève que « les discriminations en fonction de l’adresse d’un candidat sont une réalité ». Au point que le gouvernement a étudié l’introduction du lieu de résidence dans les critères de discrimination définis par la loi de 2001…

En novembre dernier, un sondage CSA mené pour la commune « difficile » de La Courneuve, au nord de Paris, a montré que 58 % des Français estiment que la discrimination par le lieu de résidence est répandue.

En Belgique, à notre connaissance, aucune étude n’a été menée pour déterminer l’existence d’un « délit de quartier maudit » qui serait source de discrimination à l’embauche.

Les critères d’ordinaire retenus pour écarter un candidat relèvent surtout de l’âge, du sexe, de l’orientation sexuelle ou de l’origine étrangère, mais pas du lieu de résidence. En tout cas, ce n’est pas dit.
Qu’en est-il sur le terrain ?

Namur ne compte guère de quartiers difficiles sur son territoire. On songe au Plomcot ou à la cité des Balances, mais guère plus. Jacques Etienne, le bourgmestre, est surpris par l’initiative de son confrère français de Dammarie-lès-Lys : « Je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un aurait voulu changer le nom d’une rue de Namur parce qu’elle a mauvaise réputation. Je pense même que les habitants seraient choqués si on en arrivait là. »

La discrimination se loge pourtant partout. Elle est insidieuse, la preuve : « Un phénomène prend des proportions importantes, constate-t-on au CPAS. Il s’agit de l’accès au logement en fonction du statut : trouver un logement quand on bénéficie de l’aide du CPAS est très difficile. »

A Liège, Droixhe est un autre quartier délicat, comparable à la cité du Coq ou à la Plaine-du-Lys. Depuis qu’il a illustré, dans les années nonante, le paroxysme d’une cité au bord de l’implosion, Droixhe continue d’être synonyme de quartier malfamé. Même si les amateurs de blues ne découvrent plus leur voiture saccagée lorsqu’ils viennent à un concert à la salle des fêtes, pareil pour les spectateurs du cinéma Le Parc… Foi de policiers, les faits de délinquance ont beaucoup baissé.

« Mais beaucoup gardent un a priori négatif sur le quartier », reconnaît Nathalie Dupont qui travaille dans le quartier pour l’association « La Bobine ». « Certaines portes ne s’ouvrent pas quand on vient d’ici. Des mères ont parfois cherché une école pour leur enfant en dehors du quartier et elles ont été surprises des réactions négatives quand on a su d’où elles venaient. »

Les tours abandonnées, les démolitions d’immeubles ou les zones de tris à ciel ouvert des ferrailleurs du quartier ne contribuent guère à inverser la vapeur.

« Mais cela va aller mieux, martèle Patrice Lempereur, le président du comité de quartier Bressoux-Droixhe. Ils sont plus de 2.500 à avoir moins de 25 ans dans le quartier. Quand ils cherchent du boulot, ils se gardent bien de dire d’où ils viennent, les clichés ont la vie dure. »

Un Relais Emploi est logé au premier étage de la plus haute tour de la cité. Maryse De Kerschieter relativise la discrimination à l’embauche liée à l’adresse : « Il y a d’autres problèmes qui ne sont pas propres au quartier : faible qualification, mauvaise maîtrise du français et origine étrangère. C’est le lot des quartiers “point de chute” : quand la situation socioprofessionnelle s’améliore, les gens quittent le quartier pour un autre, qui a meilleure réputation. »

A Bruxelles, pour l’expérience du CV anonyme (voir ci-contre), on prend soin de gommer aussi l’adresse des candidats à l’emploi, en plus du nom, par exemple. Preuve qu’à défaut de certitudes statistiques, l’hypothèse du « délit de sale quartier » n’est pas une vue de l’esprit.

Retour au « Coq » à Jemappes. « Du temps où le Coq faisait l’actualité, il ne reste que la réputation, témoigne Cédric, le fils de Jean-Marie Auquier. J’ai choisi de vivre dans la tour de mon enfance. J’ai du boulot. »

Écrit par : Rachid Z | 06 juin 2013

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Bonjour Monsieur,
un erratum a été publié sur le site de la MEF et une réponse vous y a été adressée.
L'avez-vous vu ?
Et où en parlez-vous ici sur le blog ?
Je pense qu'il n'y a pas objet à polémiquer.
Il s'agit d'une simple erreur humaine, sans aucun impact au vu de la rectification immédiate de l'asbl concernée.
Laurence DECHENE

Écrit par : DECHENE LAURENCE | 06 juin 2013

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Cher Monsieur,

Pour rejoindre le commentaire précédent, nous avons fait un erratum sur notre page Facebook.
Il s'agit en effet d'un erreur de notre part qui a été modifiée quand nous nous en sommes rendu compte.
Merci donc de le signaler sur votre blog également.
Toute personne intéressée est invitée à poser sa candidature pour ce lundi 10/11 au plus tard.
Merci donc de ne pas attiser une polémique qui n'en est pas une.
N'hésitez pas à me contacter si vous souhaitez plus d'informations.
Sabrina Nisen
Directrice de la Maison de l'Emploi et de la Formation.

Écrit par : Sabrina Nisen | 06 juin 2013

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Pour ce lundi 10/06

Écrit par : Sabrina Nisen | 06 juin 2013

Rectificatif apporté par les responsables de la Maison de l'Emploi et de la Formation - Ville de Bruxelles : Bonjour Mr Zegzaoui. Vous avez raison, il s'agit en effet d'une mauvaise information qui a été diffusée, et nous venons d'apporter une rectification précisant qu'habiter la Ville de Bruxelles n'est pas un critère obligatoire (voir correction apportée ci-dessus).

Écrit par : Rachid Z | 07 juin 2013

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C'est pourtant ce que la ville de Bruxelles regarde quand elle engage des gens pour des postes différents. Pour plus de clarté, demandons ,après engagement, une transparence sur l'attribution de ces postes et des autres aussi!

Écrit par : Jacques | 07 juin 2013

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Bonjour,

vous êtes toujours à la recherche?

Merci

Écrit par : david | 14 juillet 2014

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