20 mai 2013

Marseille : les musulmans font un état des lieux de l'islamophobie

Marseille

Les musulmans font un état des lieux de l'islamophobie

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Luc Leroux, le 20 mai 2013

L'islamophobie gagne du terrain et prend un tour inquiétant, selon les participants de la 11e rencontre annuelle des musulmans du Sud, organisée hier au Parc Chanot de Marseille par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). "Les musulmans sont devenus des cibles", affirme même Raphaël Liogier, politologue et sociologue de l'Institut d'Études Politiques d'Aix-en-Provence et directeur de l'Observatoire du Religieux.

Selon lui, "nous sommes dans une situation comparable aux années 1930" avec des musulmans "pris en étau" entre progressistes et traditionalistes. "L'Europe est sur le déclin, explique le sociologue, elle n'est plus le centre du monde. On ne peut pas en vouloir à la Chine, l'Inde, le Brésil ou au capitalisme mondialisé, alors il faut personnaliser la cause. Et les musulmans sont là pour personnaliser la cause". Une "laïcité en état de siège" conduirait à des "mesures d'exception" comme l'interdiction faite aux mères portant un voile simple d'accompagner les sorties scolaires ou visant les nounous à domicile.

Porte-parole du collectif contre l'islamophobie, Marwan Muhammad a recensé en 2012 469 actes reposant sur la discrimination. Il distingue une "islamophobie de droite bâtie autour de l'identité, de l'assimilation pour laquelle le musulman est désigné comme une menace" d'une "islamophobie de gauche plus pernicieuse car construite autour de valeurs ayant une connotation positive comme la liberté des femmes, la liberté d'expression, la laïcité". L'islamophobie, selon le collectif, "instrumentalise les valeurs de gauche pour rendre le racisme acceptable. Ce n'est plus : "Sale Arabe, rentre chez toi !" C'est désormais : "Il convient de réaffirmer la laïcité avec force !"

Bons citoyens

La loi de mars 2004 sur le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics entre, selon Raphaël Liogier, pour la première fois en "contradiction avec les droits de l'homme" mais, explique-t-il, son respect montre que "les musulmans sont de bons citoyens car ils obéissent à une loi qui leur était défavorable".

Cette rencontre annuelle s'est questionnée sur "un manque de communication des musulmans" qui représentent 10 % de la société française. S'interrogeant sur leur part de responsabilité dans l'islamophobie, Rachid Lamaarti, administrateur de l'UOIF, a appelé les musulmans à "vivre à l'intérieur de notre société. C'est bien d'écouter Al Djazira mais c'est ici que ça se passe. Nous avons la place que nous méritons."

Il a souhaité le développement de médias musulmans et invité à "quitter des espaces sécurisés dont on a du mal à sortir par peur d'une perte identitaire pour vivre, de manière plurielle, avec la société à laquelle nous appartenons". L'opposition au mariage pour tous aura fourni l'occasion d'un tel décloisonnement.

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