18 avril 2013

Syrie : Enlevé par des islamistes mais oublié par le monde

Syrie

Enlevé par des islamistes mais oublié par le monde

L’histoire du père Michael Kayal est emblématique du sort des chrétiens de Syrie

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Propos recueillis par Carly Andrews, le 18 avril 2013 

Kidnappé puis oublié : le 9 février 2013, le père Michael Kayal, un jeune prêtre de 27 ans, vivant à Alep, en Syrie, a été enlevé par des rebelles extrémistes islamiques. Deux mois après sa disparition on est sans nouvelles de lui, mais le monde n’en parle pas.

Mgr Georges Dankaye, recteur du Collège arménien de Rome et procureur de l’Eglise arménienne catholique près le Saint-Siège, parle de cet enlèvement et du terrible cauchemar que vivent les chrétiens de Syrie chaque jour : violences, sang, torture et un niveau d'inhumanité incroyable.

«Père Michael a été un de mes élèves au séminaire pendant deux ans à Alep. Il était très gentil et intelligent», raconte Mgr Dankaye, un sourire triste aux lèvres. «Il aimait le sport, la musique et le chant, était toujours prêt à aider».

Les deux hommes étaient ensemble au Collège arménien, quand Michael étudiait le droit canon à l’Institut pontifical oriental. Il a ensuite été ordonné prêtre le 2 novembre 2011.

Quand le père Michael est retourné en Syrie, les émeutes avaient déjà commencé et la violence était en train de s’étendre à tout le pays. Mais son «esprit, son enthousiasme et son zèle» avaient conquis le cœur du curé et des paroissiens. Alors que la situation empirait et que les réfugiés affluaient des banlieues d’Alep, père Michael, en compagnie de trois autres jeunes prêtres, a lancé une mission avec les migrants. «Ils allaient tous les jours dans les écoles où les familles musulmanes avaient trouvé refuge. Ils leur apportaient de la nourriture pour le déjeuner et le dîner, ainsi que d’autres aides, voire des médecins».

Père Michael semblait suivre la voie des saints, travaillant dans un esprit de service et de compassion: «Je me souviens d’un coup de fil où il m’a dit: 'ce que je peux faire toujours, c’est servir, rien n’est plus grand que cela '», se rappelle Mgr Dankaye. 

le 9 février, le père Michael a quitté Alep. Il était prévu qu’il se rende à Rome, en faisant une halte dans une petite localité sur la route de Beyrouth avant d’arriver en Italie le 12 février. Il venait de se mettre en route lorsqu’à un des nombreux postes de contrôle le long des routes syriennes, une bande de rebelles a pris d’assaut l’autobus. «Il y avait  à l’intérieur trois prêtres, deux en habit sacerdotal et un salésien en civil. Ils ont fait descendre les deux en habit et pas le troisième».

«Une demi-heure plus tard, les ravisseurs téléphonaient à son frère : «Nous vous contacterons bientôt pour arriver à un accord», a raconté Mgr Dankaye. «Depuis ce moment-là, le seul contact a été avec son frère, jamais avec l’Eglise; le frère a ensuite parlé à l’évêque…et l’évêque aurait informé le gouvernement». La famille du Père Michael a fait savoir qu’elle avait reçu la demande d’une rançon d’un million de lires syriennes et la libération de 15 détenus. Toutefois, plus tard, les terroristes renonceront à la demande de libérer des prisonniers, se contentant uniquement de l’argent. «Ceci nous fait penser qu’il s’agit plus d’un petit groupe armé que du Front de libération Syrien, car la libération de 15 prisonniers aurait fait vraiment envie». «Il y a environ 2000 petits groupes comme ça. Ils ne sont ni coordonnés, ni organisés entre eux ; chaque groupe suit ses propres objectifs, ses propres idéaux». Leur désorganisation est devenue évidente après le «oui» de la famille au paiement de la rançon, quand le groupe ne s’est plus manifesté pour la réclamer.

Quelle est donc la situation aujourd’hui ? Père Michael est-il toujours vivant ? Mgr Dankaye affirme que  «la seule information qu’on ait de lui est un coup de téléphone du 20 février ; ils lui ont permis de parler à sa mère pendant une demie minute à peine, et il a dit 'Maman, je vais bien, mais prie pour moi'. Depuis, il n’y  a pas eu d’autres contacts. Nous ne savons plus rien. C’est le mystère !».

Avons-nous affaire à une persécution manifeste et cruelle de l’Eglise chrétienne en Syrie ? La réponse, bien entendu, est «oui», mais la situation est complexe; Mgr Dankaye explique qu’au début des affrontements, l’opposition a dit qu’elle voulait préserver la communauté chrétienne. Elle a dit 'N’ayez pas peur d’aller contre ce régime ; nous vous traiterons bien; mais bien sûr il n’a pas obtenu la réponse positive qu’il attendait. Pour Mgr Dankaye, "l’opposition pensait que la communauté chrétienne en Syrie aurait pris les armes et se serait unie aux rebelles", mais celle-ci ne sait pas prendre les armes ou entrer en guerre. Elle est composée de citoyens normaux qui aiment leur pays, et il est difficile pour eux de prendre les armes contre quiconque... Ils n’ont donc pas participé aux manifestations, ni pris les armes, et cela a mis les rebelles en colère».

Et maintenant, a poursuivi Mgr Dankaye, «ils disent : 'Nous nous vengerons. Vous chrétiens vous ne participez pas à la guerre, vous le payerez'». Cette attaque est plus dictée par la vengeance qu’une persécution spécifiquement religieuse. Mgr Dankaye a néanmoins évoqué d’autres groupes  comme les «Djihadistes ou les Nusrats, auquel cas on peut parler franchement de persécution religieuse».  Il a aussi cité les Alawouites, ajoutant qu’une «bonne partie des sunnites est favorable au gouvernement et commet des massacres».

«La communauté chrétienne n’a aucune issue, elle est encerclée», a souligné Mgr Dankaye. «Elle se prépare pour le martyre... nous ne le voulons pas, nous ne l’espérons pas; nous le craignons mais c’est comme ça». Mgr Dankaye a ensuite rappelé les paroles prononcées par son père deux semaines auparavant : «Il m’a dit :  'Si tu entends dire que nous sommes morts, ne viens pas à nos funérailles ; nous ne voulons pas que tu subissent notre sort».

Mgr Dankaye a ensuite fait part d’un message reçu par un ami il y a quelques jours, qui incarne la gravité choquante de la situation des chrétiens syriens: «Le loup tue les louveteaux qui n’y arrivent pas tout seuls, de manière à ce qu’ils ne soient pas mangés vivants par des souris et des fourmis. C’est un geste de pitié. Ne juge pas mes paroles trop sévèrement. Parle avec tes parents». Quand des parents arrivent à penser qu’il vaut mieux mettre fin à la vie de leurs enfants, on peut imaginer les atrocités qui les attendent à quelques pas de leur porte.

A la dernière question sur ce que peuvent faire les chrétiens du monde entier, la réponse a été : «prier, ne pas cesser de prier. C’est un moment que Notre Seigneur a lui aussi vécu dans le jardin de Gethsémani. Il y a la tentation de fuir, ou de crier au Seigneur 'Sauve-nous!', mais ensuite, si telle est sa volonté, nous devons être prêts, comme l’ont été les martyrs, à affronter la mort dans la fidélité... c’est dans la prière que nous restons accrochés à notre foi et forts dans l’espérance, et jusqu’au dernier moment nous restons dans l’amour, même face à celui qui ne sait pas ce qu’il fait».

Nous nous adressons donc aux chrétiens du monde entier : priez pour le père Michael; priez pour la Syrie, une terre maculée de sang, dévastée par une vague de mal inexorable; priez pour les hommes torturés et mutilés, pour les femmes et les jeunes filles violées, pour les chrétiens persécutés ; priez pour tous ceux qui commettent ces terribles atrocités, mais surtout priez que le monde sorte de cette insupportable spirale de silence et vienne au secours de ses frères sœurs.

Nous lançons enfin un appel désespéré aux ravisseurs du père Michael, nous faisons appel à leur humanité : faites-le rentrer chez lui. S’il vous plait, laissez le père Michael rentrer chez lui.

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Syrie: Pour l'archevêque de Damas, Bachar al-Assad «respecte les droits de l'homme»

20Minutes, le 18 avril 2013

Malgré les défections régulières au sein du régime, Bachar al-Assad peut encore compter sur l’Eglise syrienne. Dans un entretien accordé au Parisien, publié ce jeudi, Monseigneur Elias Tabé, archevêque syriaque de Damas, a défendu l’action du président syrien, dont les idées sont «convaincantes» et qui «respecte les droits de l’homme».

Le prélat, qui indique que les chrétiens sont pour le moment épargnés par le conflit, craint ainsi particulièrement un renversement du pouvoir par les islamistes dans un pays où, jusqu’alors, «toutes les religions ont toujours coexisté en paix».

«Je souhaite que Bachar al-Assad reste au pouvoir, son discours officiel est très juste», estime Monseigneur Elias Tabé. D’ailleurs, si la même situation s’était déroulée en France lorsque Nicolas Sarkozy était au pouvoir, l’ancien président «aurait fait la même chose», selon lui. «Un chef d’Etat doit écraser ce qui menace le pays. (…) Il n’y a pas d’autre option que les chars», clame-t-il.

Écrit par : Rachid Z | 18 avril 2013

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