30 mars 2013

Corruption: un juge va enquêter sur le système Dassault à Corbeil-Essonnes

Corruption

Un juge va enquêter sur le système Dassault à Corbeil-Essonnes

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L’Humanité, le 30 mars 2013

Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour achat de votes, corruption, blanchiment et abus de biens sociaux, en lien avec les campagnes municipales organisées de 2008 à 2010 à Corbeil-Essonnes (Essonne), remportées par le sénateur Serge Dassault puis son bras droit Jean-Pierre Bechter, tous deux UMP.

Ces soupçons de pratiques électorales illégales faisaient auparavant l'objet d'une enquête préliminaire en cours depuis 2010 et menée par la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris, à la suite d'un signalement par l'agence anti-fraude Tracfin. Par ailleurs, une information judiciaire pour appels téléphoniques malveillants a été ouverte après des plaintes des enfants Dassault et une enquête préliminaire pour extorsion en bande organisée est également diligentée.

Climat délétère

La décision du parquet répond à l'appel lancé le 27 février dernier par Bruno Piriou pour "faire en sorte que justice se fasse à Corbeil-Essonnes". Le conseiller municipal PCF, adversaire de Serge Dassault puis de Jean-Pierre Brechter lors des derniers scrutins, déplorait alors dans un communiqué "l’ampleur ahurissante des sommes en jeu pour assurer leur réélection" et le "climat délétère allant jusqu’aux sanglants règlements de compte de ces derniers jours".

Le rappel des faits est édifiant:

juin 2009: A la tête de la commune de 1995 à 2009, l'industriel Serge Dassault se voit contraindre de lâcher les rênes de cet ex-bastion communiste à son bras droit Jean-Pierre Bechter à la suite de l'invalidation de la municipale de 2008 par le Conseil d'Etat, qui établit "l'existence de dons d'argent d'une ampleur significative de la part du maire sortant à destination des habitants de la commune", "de nature à altérer la sincérité du scrutin".

octobre 2009: l'élection de son successeur désigné Jean-Pierre Brechter est annulée

décembre 2012: Jean-Pierre Brechter est élu au terme du troisième scrutin en trois ans

décembre 2012: le Canard Enchaîné rapporte qu'une somme de 1,7 million d'euros en liquide aurait transité par le Liban avant d'arriver, quelques semaines avant l'élection municipale de 2010, dans les mains d'intermédiaires chargés de la distribuer aux militants et aux électeurs. L'hebdomadaire mentionnait des vidéos de jeunes d'un quartier de la commune estimant n'avoir pas touché leur dû et la voix de Serge Dassault évoquant une transaction avec un intermédiaire.

février 2013, ces allégations, balayées par le camp Dassault, rebondissent dans la chronique des faits divers à la suite de deux règlements de comptes perpétrés en moins de trois semaines en février à Corbeil, où deux jeunes hommes sont la cible de coups de feu. L'une des victimes, Rachid Toumi, dans une interview accordée au Parisien, affirme que ces règlements de compte sont la conséquence d'un système présumé d'achat de votes mis en place par le sénateur Serge Dassault et l'actuel maire de la commune, Jean-Pierre Bechter. "Corbeil, c'est devenu un système mafieux. L'argent de Dassault a tout pourri", lâche-t-il dans une vidéo, le visage caché.

Bonne nouvelle

"Il faut que la justice passe pour que les règles républicaines fonctionnent à nouveau dans cette ville. La corruption est une nuisance dans cette commune", a déclaré vendredi Bruno Piriou pour qui l'ouverture de l'information judiciaire était une "bonne nouvelle".

Le député (PS) Carlos da Silva, ex-suppléant de Manuel Valls, a quant à lui appelé MM. Dassault et Bechter à "immédiatement tirer toutes les conséquences" de cette information judiciaire "pour ne pas nuire davantage à Corbeil-Essonnes".

"J'ai été élu avec 800 voix d'avance. Je ne vois pas comment on aurait pu acheter 800 voix", a déclaré à l'AFP, Jean-Pierre Bechter.

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