20 mars 2013

Les indépendantistes flamands dévoilent leur stratégie d'éclatement de la Belgique

Les indépendantistes flamands dévoilent leur stratégie d'éclatement de la Belgique

Par Jean-Pierre Stroobants, le 19 mars 2013

Grandir encore pour imposer, lors du prochain scrutin, sa volonté aux francophones qui "devront alors accepter que Flandre et Wallonie se séparent". Geert Bourgeois, dirigeant historique de l'Alliance néo-flamande (NVA) et numéro deux du gouvernement régional de Flandre, a indiqué, samedi 16 mars, quel serait l'objectif de son parti et de son chef de file, Bart De Wever, en 2014. Après ce que le ministre nomme "la mère de toutes les élections", le parti indépendantiste réclamera le transfert de toutes les compétences encore fédérales (la sécurité sociale, la fiscalité, l'emploi...). Ce qui serait le prélude à l'implosion du pays.

"Si la NVA devient incontournable (...) les partis francophones ne pourront faire autrement que tenir compte de nos conclusions. C'est ce qui se passe dans un mariage. Si un partenaire dit "je veux cela" et que l'autre répond "non", alors c'est terminé", a détaillé M. Bourgeois, vieux militant de la cause nationaliste et cofondateur de la NVA.

Ses propos sans ambiguïté ont relancé le débat institutionnel qui promettait, en tout état de cause, de ressurgir à l'issue des régionales et législatives du printemps 2014. Ils confirment que la NVA n'entend pas rééditer l'épisode de 2010 lorsqu'elle avait participé - sans vouloir les faire réussir - à des négociations pour la formation du gouvernement fédéral qui durèrent cinq cent quarante jours et se traduisirent par son renvoi dans l'opposition. Cette fois, elle veut aller "vite", imposer sa volonté aux francophones, qui comprendront rapidement qu'ils "doivent suivre" et seront en outre obligés de se ranger à l'idée que la capitale du pays défunt sera cogérée. Le ministre poursuit : "Si la Belgique s'effondre, ils ne doivent pas penser qu'ils recevront Bruxelles. Nous ne lâcherons jamais la capitale commune."

"Commune", parce que M. Bourgeois n'utilise pas le terme d'indépendance, sans doute encore effrayant pour une partie de son électorat, mais préfère évoquer une "autonomie totale" de la Flandre et de la Wallonie. M. De Wever parle quant à lui d'une "confédération", vue comme le stade intermédiaire entre le fédéralisme et le séparatisme.

Les deux responsables tiennent, en réalité, des discours complémentaires. Le premier tente de conforter le "noyau dur" de son parti, marqué par le combat historique pour l'émancipation de la Flandre ; le second insiste surtout sur les thèmes socio-économiques et sécuritaires afin d'élargir encore la base de la NVA et conquérir les déçus de la démocratie-chrétienne et du Parti libéral, en quête de dirigeants charismatiques.

SAVANTE COMBINAISON

Une stratégie payante, selon les sondages : après avoir remporté, en 2012, les municipales et conquis la ville d'Anvers, la NVA est créditée de quelque 40 % des intentions de vote. Si elle réalise ce score, elle pourra à la fois prendre la tête du gouvernement régional et bloquer la négociation au niveau fédéral, rendant ainsi le royaume définitivement ingouvernable.

Les deux dirigeants du parti savent toutefois qu'une grande majorité de l'opinion flamande reste, à en croire les sondages, hostile à l'idée d'un éclatement du pays (15 % seulement y seraient favorables), même s'ils votent à raison de quelque 40 % environ pour des partis (la NVA et l'extrême droite du Vlaams Belang) qui prônent clairement l'éclatement.

MM. Bourgeois et De Wever tentent donc, dans une savante combinaison, de dénoncer les partis de droite et du centre-droit qui gouvernent actuellement l'Etat fédéral avec les francophones tout en leur proposant une alliance en vue de la mise en place d'une majorité au sein de la future Flandre autonome.

L'Open VLD (libéral) est critique : "Après le carnaval, les masques tombent", a déclaré le vice-premier ministre Alexander De Croo. Le CD&V (chrétien-démocrate) est ambigu : Kris Peeters, président du gouvernement régional, ne rejette pas catégoriquement l'hypothèse de l'autonomie complète, tout en estimant qu'elle est prématurée et qu'il faudrait, en toute hypothèse, en débattre préalablement avec les francophones.

Chez ces derniers, on assiste à une véritable levée de boucliers. "Personne ne touchera au statut de Bruxelles, qui ne pourra être gérée que par les Bruxellois eux-mêmes", déclare la vice-première ministre PS, Laurette Onkelinx. "Jamais la Flandre n'obtiendra son indépendance avec Bruxelles", commente Charles Michel, président du Mouvement réformateur (libéral). "Pas question de cogestion ! Geert Bourgeois devra me passer sur le corps. S'il veut l'autonomie, il devra lâcher Bruxelles", renchérit le député centriste Benoît Cerexhe.

13:21 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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