18 mars 2013

«Les droits de l’homme sont un apprentissage»

«Les droits de l’homme sont un apprentissage»

Le rapporteur auprès de l’ONU Heiner Bielefeldt parle de l’idée et de la pratique des droits de l’homme

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Interview Janet Schayan, le 18 mars 2013

M. le Professeur Bielefeldt, quelle importance a l’idée des DROITS DE L’HOMME pour la conception que la République fédérale a d’elle-même ?

L’article 1 de LA LOI FONDAMENTALE débute par la phrase «La dignité de l’homme est intangible.» Cet article constitue un nouveau départ fondamental – comparé non seulement au régime de non-droit du national-socialisme mais aussi à la Constitution de Weimar. Il s’agit de souligner dès le premier article que la politique s’oriente de manière contraignante sur les standards des droits de l’homme, des droits que l’on peut aussi faire valoir par voie de justice. Les DROITS DE L’HOMME sont le leitmotiv de la Loi fondamentale, ils sont essentiels à l’identité de son régime.

(…)

La validité universelle des DROITS DE L’HOMME ne cesse d’être remise en question. Certains les considèrent comme «un produit de l’Occident». Comment répondez-vous à ce reproche ?

Etonnamment, je l’entends moins souvent que je ne m’y attendais. Ce reproche est plus présent dans les débats universitaires qu’en diplomatie internationale. Les DROITS DE L’HOMME ne sont pas un produit de l’Ouest mais le résultat d’une histoire complexe, d’un apprentissage souvent conflictuel, au cours duquel divers pays et régions se font entendre avec leurs différences. Cet apprentissage ne s’est naturellement pas déroulé simultanément dans toutes les régions du monde mais il ne constitue nullement un monopole de l’Ouest. Les DROITS DE L’HOMME sont surtout une réponse aux processus de pluralisation se manifestant sous forme d’aggravation des crises.

(…)

On a récemment assisté à des débats opposant la liberté d’opinion et la liberté de religion. Comment considérez-vous le rapport entre ces deux droits ?

J’y vois surtout un rapport de synergie. Naturellement, cela ne va pas sans risque de frictions ponctuelles. Mais il serait erroné, et même dangereux, de présupposer un antagonisme intrinsèque entre ces deux droits. On interprète souvent mal la liberté de religion. Son titre indique qu’il s’agit des valeurs et des pratiques religieuses. Mais la protection ne porte pas sur la vérité de la religion 
et celle des traditions religieuses, cette protection est accordée aux personnes dans leur liberté en la matière. Le sujet de la liberté de religion, comme de tous les autres droits de l’homme, est l’homme – en tant qu’être parfois complexe qui a des convictions religieuses ou philosophiques, et qui apprécie les pratiques correspondant à celles-ci. Cela ne peut pas être la mission de l’État de protéger les pratiques religieuses concrètes en tant que telles, ou même de protéger l’honneur de la religion ; sa mission porte sur la dignité, la liberté, l’égalité des droits entre les hommes. Les religions, avec leur message, leurs rites et leurs pratiques, ne viennent en considération que lorsqu’elles sont transmises par les hommes…

23:38 Écrit par Rachid Z | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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