16 mars 2013

Est-il possible d’être socialiste et sioniste ?

"Cette figure du socialisme belge était un fervent sioniste et plus encore, un sioniste précoce"

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Luc Henrist, le 16 mars 2013

En Belgique, on trouve des dizaines de rues ou de places, et même une station de métro à Bruxelles qui portent le nom d’EMILE VANDERVELDE. Mais qui était cet homme ?

Né le 25 janvier 1866 à Ixelles (une commune de Bruxelles), Emile Vandervelde a été l’une des plus grandes figures du socialisme belge et européen. En 1914, il a été nommé Ministre d’État par le roi. Dès 1916, il est devenu membre du Conseil des ministres, puis ministre de l’Intendance de 1917 à 1918. Par la suite, il participera à la Conférence de la Paix à Paris comme membre de la délégation officielle belge. Et de 1918 à 1921, il sera en charge du portefeuille du Ministre de la justice.

Emile Vandervelde a défendu la réforme pénitentiaire, la lutte contre l’alcool, les droits syndicaux, les droits de la femme,… avant d’être nommé aux Affaires étrangères de 1925 à 1927 où il contribuera à l’élaboration du pacte de Locarno. De 1935 à 1936, il est devenu, à nouveau, membre du Conseil des Ministres, puis Ministre de la santé publique. Pendant ces vingt années, les socialistes belges voient aboutir plusieurs des réformes politiques qu’ils avaient appelées de leurs vœux : le suffrage universel ; la liberté syndicale ; la journée de 8 heures ; la pension et l’assurance chômage ; ou encore la loi contre l’alcoolisme, dite «loi Vandervelde».

En 1933, date de la création de la fonction, il assure la présidence du Parti Ouvrier Belge (P.O.B.) et ce durant les cinq dernières années de sa vie. En revanche, ce qui est moins connu, c’est que cette figure du socialisme était un fervent sioniste et plus encore, un sioniste précoce

Il existe de nombreuses lettres et articles qu’il a écrits et dont je vais vous citer quelques extraits :

«Le Sionisme» (publié dans «La dépêche de Toulouse» du 23 avril 1928) : «Après huit jours passés en Palestine, il ne saurait être question de porter un jugement sur le sionisme. Mais on peut donner une impression et, je le dis tout de suite, cette impression est formidable ! [..] Vers 1340, il n’y avait pour ainsi dire plus de Juifs en Palestine : un peu plus de 7.000, dont 4.500 à Jérusalem. Il y en a 160.000 aujourd’hui, dont 100.000 au moins arrivés depuis la guerre (14-18), de Russie, de Pologne, de Roumanie, des pays à pogroms, et rien n’est plus saisissant que le contraste entre les autochtones que l’on voit, le jour du Sabbat se cogner la tête contre le Mur des Pleurs, et ces nouveaux venus, dont 50% au moins sont des agnostiques, sans aucune autre religion que leur foi ardente en une résurrection nationale».

«Les pogromes de Palestine» (publié dans «La dépêche de Toulouse» du 13 sept. 1929) : «… Si les bagarres s’étaient limitées aux Juifs pieux qui se cognent la tête contre le Mur des lamentations et les derviches qui gardent farouchement l’enceinte sacrée de la mosquée d’Omar… Mais les troubles, en traînée de poudre, se sont étendus à toute la Palestine et l’émir El Hussein, le grand Mufti, déclare qu’il s’agit d’une révolte nationale visant à jeter à la mer les Juifs et – il ne le dit pas, mais on peut croire qu’il le pense – les Anglais et autres chrétiens. [..] La population juive ne s’est accrue qu’assez lentement. Toute immigration a été interdite pendant ces deux ou trois dernières années. Aujourd’hui encore on n’admet de nouveaux arrivants qu’au compte-gouttes. Les sionistes n’ont pas occupé d’autres terres que celles qu’ils ont achetées, très cher, aux propriétaires de latifundia syro-palestiniens».

«Karl Kautsky et le sionisme» (publié dans «La dépêche de Toulouse» du 2 nov. 1929) : «… si d’autre part les autorités britanniques locales en Palestine n’ont pas toujours tenu la balance égale, c’est du côté des Arabes, non des Juifs, que cette balance a penché. [..] Ce qui fait notre sympathie pour l’entreprise sioniste, ce qui la différencie avantageusement de tant d’autres colonisations de peuplement, c’est qu’elle ne recourt, ne peut recourir et ne veut recourir, vis-à-vis des populations arabes ou autres déjà établies en Palestine, à aucune moyen de force, à aucun procédé de contrainte, directe ou indirecte. Toutes les terres qu’elle occupe, elle les a achetées. Toutes les colonies qu’elle a créées, elle les a établies, non à la place des propriétés ou des villages arabes, mais à côté d’eux, transformant, assainissant, rendant à la culture – comme dans l’Émek – des marécages ou des landes abandonnées»

«La bestialité antisémite» (publié dans «Le Peuple» du 26 mars 1933) : «Que dans ce pays, des bandes fanatisées par le mensonge souillent les sépultures d’inscriptions ordurières, mettent à sac des synagogues, qu’il soit nécessaire, comme ce fut le cas au cours de ces dernières semaines, d’assurer la protection des fidèles assemblés dans les temples en mobilisant des forces de police, ce sont des symptômes bien troublants…»

«Idées et doctrines – L’oasis palestinienne» (publié dans « La dépêche de Toulouse » du 28 mars 1933) : «Aujourd’hui, par contre, paradoxe étrange, alors qu’ailleurs rien ne va plus, la Palestine juive traverse une ère de prospérité relative. Elle apparaît comme une oasis dans les déserts de la dépression économique. A Haïfa, comme dans d’autres localités, l’industrie se développe ; les travaux du port sont en voie d’achèvement ; le pipe-line des pétroles de Mossoul, dont une des branches doit y aboutir, lui donnera une grande importance. L’agriculture, modernisée, gagne du terrain sur les marais et sur les landes pierreuses et stériles. Les plantations d’orangers surtout, se développent avec une rapidité inouïe. L’orange est devenue le principal article d’exportation. Les environs de Jaffa et de Tel-Aviv sont déjà un nouveau jardin des Hespérides. [..] Jadis, ils s’en allaient, par grandes masses, aux Etats-Unis. Dans la seule ville de New-York, il y a plus d’un million de Juifs. Aujourd’hui, les Etats-Unis leur sont à peu près fermés par les lois prohibitives de l’immigration, et aussi par un antisémitisme dont l’Allemagne hitlérienne, hélas, est loin d’avoir le monopole. [..] La suite des évènements montrera, nous en avons la ferme conviction, que le peuple Juif, tant de fois persécuté et jamais dompté, trouvera dans la persécution même, de nouvelles forces de résistance et de cohésion».

«Un pays sans chômeurs» (publié dans «La dépêche de Toulouse» du 4 août 1935) : «Lorsque, sur l’invitation du docteur Weizmann, je visitai les colonies sionistes en 1928, la Palestine était en pleine crise, dans l’océan mondial de la prospérité. Aujourd’hui, c’est exactement le contraire. Au milieu de la dépression générale, la Palestine est, en dehors de l’U.R.S.S., à peu près le seul pays qui n’ait pas de chômage et qui vive dans un état de prospérité presque paradoxale. [..] Haïfa [..] était en 1919, une grosse bourgade laissée par les Turcs, de quelque 25.000 habitants. A présent, il y en a plus de 100.000. [..] De même qu’à Haïfa, la population y a presque doublé en trois ou quatre ans. En 1931, (Tel-Aviv) cet ancien faubourg de Jaffa ne comptait encore que 46.000 habitants. Leur nombre, aujourd’hui atteint également 100.000 et, d’une manière générale, l’ancien rêve sioniste de voir un jour dans Eretz-Israël, les juifs égaler ou dépasser les Arabes, n’apparaît plus comme une impossibilité absolue (Ils sont 250.000 aujourd’hui contre 600.000 Arabes et chrétiens)»

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