09 mars 2013

Au moins 70 Belges sont partis se battre en Syrie

Au moins 70 Belges sont partis se battre en Syrie

Christophe Lamfalussy, le 09 mars 2013

L’estimation provient de la Sûreté, qui tente de surveiller les déplacements.

Au moins 70 ressortissants belges se battent actuellement dans les rangs des rebelles en Syrie, selon une estimation récente et confidentielle de la Sûreté, ont affirmé à "La Libre Belgique" plusieurs sources proches du gouvernement et des services de sécurité. La Sûreté refuse de confirmer cette estimation, parlant d’un phénomène mouvant, susceptible d’évoluer de jour en jour, mais ces sources sont alarmées par le nouveau pôle d’attraction du djihadisme en Syrie et des conséquences qu’il aura lorsque ces combattants reviendront en Belgique.

"Je pense même qu’il y en a plus que cela", nous dit un expert belge du terrorisme. "C’est plus facile d’aller en Syrie qu’en Afghanistan. Mais il faut rester prudent. Il y a des gens qui vont en Syrie pour se battre et d’autres qui veulent se faire prendre en photo avec une kalachnikov et faire le fanfaron à Bruxelles".

La Sûreté estime que "l’histoire est en train de se faire, la situation susceptible d’évoluer tous les jours" et qu’il est difficile d’établir un chiffre précis en raison des départs non détectés, des faux départs et des retours précoces. "Nous pouvons cependant confirmer avoir détecté depuis plusieurs mois le départ de ressortissants belges vers la zone de combat syrienne", nous dit le porte-parole de la Sûreté, ajoutant n’avoir pas connaissance de ressortissants belges partis se battre aux côtés des forces de Bachar Al Assad.

Dans une interview à la VRT-radio, diffusée jeudi soir, Michèle Coninsx, la magistrate belge qui préside Eurojust, a parlé de "quelques dizaines de jeunes Flamands" originaires d’Anvers, de Malines et de Vilvorde, mais le phénomène est plus large que cela. Eurojust, qui regroupe à La Haye 27 procureurs, coordonne l’échange d’informations sur ce dossier entre les États de l’UE. Eurojust se dit "préoccupé" et estime à plusieurs centaines le nombre d’Européens partis se battre avec les rebelles syriens.

Après l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, peut-être le Mali, la Belgique continue donc de fournir malgré elle des mercenaires de l’islam.

Certains présentent peu de dangers, tels ces jeunes musulmans bruxellois partis en 2008 vers le Waziristan, au Pakistan, qui furent refoulés par les talibans qui ne les prenaient pas au sérieux. Mais d’autres sont des recruteurs et idéologues de l’islam radical international. C’était le cas du Tunisien Moez Garsallaoui dont la mort par un drone américain, en octobre 2012 au Nord-Waziristan, est désormais confirmée par le renseignement belge.

Moez Garsallaoui, qui avait vécu en Belgique, est considéré comme le mentor de Mohamed Merah, le gamin de la banlieue de Toulouse devenu tueur en série après un séjour au Pakistan et en Afghanistan. "L’action de Merah était le résultat d’une préparation minutieuse, d’un véritable processus d’apprentissage fait de contacts nombreux", a averti le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls, le 29 janvier à Bruxelles, lors d’une conférence sur la lutte contre l’extrémisme violent.

Le risque est que certains de ces jeunes, une fois drillés en zones de combat, reçoivent de groupes comme al Qaeda mission de commettre un attentat et de se fondre dans leur pays d’origine. Ils portent des vêtements occidentaux, pas de barbes, boivent de l’alcool, fument et mangent du porc, "tout ceci a pour but de passer inaperçu et de s’intégrer à la société qu’ils entendent attaquer", a souligné le 8 février le ministère espagnol de l’Intérieur après l’arrestation d’un Marocain de 22 ans, Mohamed Echaabi, présenté comme un "terroriste présumé".

La Syrie n’est pas l’Afghanistan

En Syrie, les choses sont moins claires qu’en Afghanistan. Les pays européens ont une position en retrait par rapport au conflit. Il n’y a pas de forces de coalition occidentales sur place contre lesquelles les islamistes se battent. Dès lors, sur quelle base juridique peut-on interdire à des jeunes Belges, convertis ou d’origine étrangère, de se battre à l’étranger ?

Le législateur avait prévu en 1979 d’interdire aux Belges de s’enrôler dans une armée étrangère. Cette loi trouve son origine dans la guerre d’Espagne mais n’a été concrétisée qu’avec le départ de ressortissants belges vers le Front Polisario dans les années 70. Elle est toujours d’actualité. Mais pour qu’elle soit appliquée, il faut qu’un arrêté royal soit décrété désignant le pays - ici la Syrie - comme l’un des pays où des Belges ne pourraient pas se battre. Cette loi de 1979 avait été utilisée au procès de Nizar Trabelsi avant qu’une législation antiterroriste soit adoptée.

En attendant, tétanisés par la guerre en Syrie où l’Onu estime à 70000 le nombre de victimes, certains répondent à l’appel, comme Abdel Raman Ayachi, le fils du cheikh Bassam, qui dirige désormais une brigade de 600 hommes au sein des "Faucons du Sham".

05:31 Écrit par Rachid Z dans Belgique, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Djihad : la crainte d’une filière française

Par Ludovic BASSAND, le 09 mars 2013

Après une première arrestation en novembre, un djihadiste d’environ 35 ans vient d’être capturé par les troupes françaises au Mali. Il serait porteur d’un passeport délivré par la préfecture de l’Isère et aurait vécu en Haute-Savoie.

Combien sont-ils, ces Français tentés par l’islam radical et la guerre sainte ? Sur cette question, les avis divergent. Jean-Charles Brisard, expert international en terrorisme, n’hésite pas à parler de « plusieurs centaines de jeunes partis combattre sur des théâtres d’opérations comme l’Afghanistan, la Somalie, le Nigeria ou le Mali ». Exagère-t-il ? Parmi les spécialistes reconnus, Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et directeur de la revue Sécurité globale , affirme que les services de renseignement français détectent une petite vingtaine de candidats au djihad chaque année. À ce rythme, on arrive, au maximum, à 200 candidats sur dix ans…
Mais, encore faut-il que ces jeunes extrémistes parviennent à leurs fins. Il n’est pas si simple de partir un beau matin dans le Waziristan ou dans l’Adrar des Ifoghas pour y croiser le fer avec les mécréants. Des contacts sont nécessaires. Une filière organisée constitue le meilleur moyen. Et encore faut-il se faire accepter par les djihadistes locaux et faire la preuve de sa détermination, y compris à périr en martyr !

Des dizaines de suspects

Pour toutes ces raisons, le traçage des djihadistes en devenir est possible. Les mosquées à risques sont placées sous surveillance par les hommes de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Les forums sur lesquels les islamistes radicaux échangent sont observés à la loupe et noyautés. La filière française du djihad existe, c’est une certitude, mais elle est placée sous l’étroit et discret contrôle de la DCRI et, à l’étranger, des agents de la Direction générale des services extérieurs (DGSE). Ces spécialistes travaillent dans le secret mais avec efficacité. Chaque année, en France, ils démantèlent deux ou trois cellules dangereuses et permettent l’arrestation de plusieurs dizaines de suspects.

Selon l’analyse de Jean-Yves Camus, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), les apprentis terroristes sont issus de l’ensemble du territoire, souvent de la première ou seconde génération d’immigrés. Ils présentent souvent des profils violents, en rupture culturelle et sociale. « Pendant trop longtemps, on n’a pas voulu les voir », regrette-t-il. « Ils représentent maintenant un risque à long terme. » Enfin, Jean-Yves Camus remarque que de plus en plus de terroristes repérés sont des musulmans originaires d’Afrique de l’Ouest.

Le cas Merah constitue l’exception à la règle. En raison de divers dysfonctionnements, le tueur de Toulouse avait pu échapper à la nasse. « Sur l’affaire Merah, aujourd’hui, on sait le principal », estime Eric Denecé, directeur du centre de recherche sur le renseignement. « La conclusion, malgré les dysfonctionnements, est qu’il y a eu une part de ce qu’on appelle la faute à pas de chance. »

Interrogé sur les otages

Quant au jeune terroriste capturé au Mali, il va subir les 96 heures légales de garde à vue puis être déféré devant un juge, sans doute pour association de malfaiteurs en vue d’actes de terrorisme. Selon une source proche des services de renseignements, l’interrogatoire poussé auquel il sera soumis sera conduit pour démanteler la filière qu’il a utilisée pour rejoindre le Mali. Les enquêteurs vont également chercher à savoir s’il a vu ou entendu quelque chose qui permettrait de connaître le sort actuel et la localisation des otages français. Il sera libre de répondre ou pas et de se faire assister par un avocat.

Écrit par : Rachid Z | 09 mars 2013

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On démantèle deux ou trois cellules agissantes par an : Jean-François Daguzan (Directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique)

Le Progrès, le 08 mars 2013

Comment évaluer le nombre d’apprentis djihadistes français ?

Ce n’est pas facile à estimer. On ne peut donner que les chiffres fournis par les directions des services chargés de leur surveillance. Dix à vingt tenteraient de rejoindre une zone de djihad chaque année.

Sont-ils tous détectés ?

On peut toujours en rater, l’affaire Merah est venue le rappeler. Mais le système de suivi est plutôt efficace. Il passe par la surveillance de certaines personnes et de sites internet.

Les djihadistes les plus dangereux sont-ils ceux qui reviennent ?

Beaucoup ne reviennent pas. Certains sont tués au combat. Certains, enfin, ne parviennent jamais à passer à l’acte car ils ne sont pas considérés comme assez fiables pour entrer dans la voie du djihad. D’autres ne maîtrisent pas suffisamment l’arabe ou les langues locales.

Quels sont les profils les plus dangereux ?

Les solitaires sont les plus difficiles à repérer.

Va-t-on traquer les djihadistes français à l’étranger ?

Oui, c’est le travail de la DGSE. Il y a du travail, car les révolutions arabes ont provoqué un gros appel d’air vers la Tunisie, la Libye, le Mali… Ceux qui sont aujourd’hui au Mali y sont entrés depuis quelque temps déjà.

En France, le niveau d’alerte augmente-t-il ?

Il est élevé mais stable depuis plusieurs années. On démantèle 2 ou 3 cellules agissantes par an. Les arrestations de suspects sont fréquentes mais ne se terminent pas toutes par des condamnations et des incarcérations.

Peut-on poursuivre un Français qui a participé au djihad à l’étranger ?

Depuis la réforme Valls, la réponse est oui. Mais il faut des preuves.

Écrit par : Rachid Z | 09 mars 2013

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Ces Américains muslims partis mener le djihad en Somalie

Akolojo, le 05 mars 2013

Plus de cinquante Somaliens d'origine américaine auraient été recrutés pour s'entraîner et combattre aux côtés des chebab.

Sur une vidéo, un homme, au visage flouté, apparaît vêtu à l'afghane, un fusil à la main, entouré de deux djihadistes kényans. Il est américain et s'appelle Abu Ahmed al-Amriki. Abu Ahmed l'Américain combat aux côtés des chebab, un groupe affilié à al-Qaida en Somalie. Il exhorte tous les musulmans à prendre les armes et à partir en Somalie, au Mali, en Irak ou en Afghanistan.

«Mes frères et sœurs aux États-Unis, vous avez l'obligation de quitter cette terre d'impies et de partir combattre. Et ceux qui ne peuvent pas émigrer doivent combattre les ennemis de l'Islam partout où ils se trouvent.» Il explique encore dans la vidéo que l'Occident a perdu la guerre contre al-Qaida et qu'un «califat mondial», c'est-à-dire régi selon les règles de l'Islam, sera bientôt mis en place.

Abu Ahmed fait parti des «Muhajireen», ces combattants étrangers partis mener le djihad en Somalie. Plus de cinquante Somaliens d'origine américaine auraient été recrutés là-bas pour s'entraîner et combattre aux côtés des chebab. À leur tableau de chasse, l'attentat commis en octobre 2008 par un homme surnommé Shirwa Ahmed et venant de Minneapolis.

L'attaque, qui visait des bâtiments d'État au Somaliland et au Puntland, voisins de la Somalie, a fait une vingtaine de morts. En mai 2011, Mohammed Beladi, un autre citoyen américain, s'est fait exploser dans l'attaque suicide contre une base militaire de Mogadiscio, tuant deux soldats de l'Union africaine et un Somalien. D'autres Américains auraient participé à des attentats contre les bases de l'ONU ou du gouvernement somalien.

Un phénomène assez récent

En général, ces combattants étrangers occupent des positions importantes au sein des réseaux d'al-Qaida. Parti des États-Unis en 2006, Omar Hammami est rapidement devenu un des commandants militaires du mouvement terroriste. Spécialisé dans le recrutement des troupes à l'étranger et la gestion financière, il apparaît dans de nombreuses vidéos de propagande.

En mars 2011, sa mort pendant des combats à Mogadiscio est annoncée publiquement par le ministre de la Défense somalienne. Mais, à peine un mois plus tard, le chef chebab adresse un pied de nez aux autorités en diffusant une vidéo de rap, dans laquelle il déclare vouloir mourir en martyr dans une attaque contre les États-Unis. Fin juillet, le Département d'État américain l'inscrit sur la liste des terroristes, autorisant Washington à saisir ses biens financiers et à le poursuivre pour ses activités.

La présence de combattants étrangers en Somalie est un phénomène assez récent. En juillet 2006, juste après la prise de Mogadiscio par les islamistes, une vidéo de Cheikh Yusuf était diffusée, avec des sous-titres en arabe, pour attirer les combattants arabophones. Quelques semaines plus tard, après la prise du port de Kismayo, un autre chef chebab, Cheikh Hassan al-Turki, d'origine turque, admettait ouvertement la présence de combattants étrangers en Somalie.

«Frères de l'Islam, nous sommes plusieurs milliers de combattants, venus de Mogadiscio pour vous délivrer. Certains d'entre nous sont somaliens, les autres viennent de pays arabes. Vous savez que les troupes américaines sont arrivées en 1992 en Somalie avec leurs alliés pour nous asservir. Nous appelons aujourd'hui tous les combattants musulmans à rejoindre notre combat contre l'envahisseur chrétien.»

Bénis soit ces nobles guerriers de l'islam qui ont fait hijra pour installer la charia et combattre l'ennemi interieur et extérieur adorateur du taghout!Ces mujahidins sont un exemple pour nous tous qu'allah les protége!

Écrit par : Rachid Z | 09 mars 2013

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Nouveau bobard dans l’affaire Merah

Par Hicham Hamza, le 9 mars 2013

Info Oumma. Jeudi, Abdelghani Merah a prétendu ne pas avoir été sollicité lors de la préparation d’un documentaire récemment diffusé par France 3 et consacré à l’affaire Merah. Jean-Charles Doria, réalisateur de l’émission, affirme le contraire. Décryptage d’une contradiction révélatrice

Un an après les faits, les incohérences de l’affaire Merah, soulignées par Oumma, ne cessent d’être éludées au profit de polémiques futiles. Ces derniers jours, une controverse a ainsi pris de l’ampleur à propos du documentaire -surtout psychologisant- de France 3, intitulé « Affaire Mohamed Merah : itinéraire d’un tueur » et diffusé mercredi soir en prime time.

Certains avocats de familles de victimes avaient auparavant fait pression -en vain- auprès du CSA et de France Télévisions pour faire censurer l’émission en raison de l’apparition, jugée scandaleuse, de la mère et de la sœur de Mohamed Merah dans le film.

Au lendemain de sa diffusion, une nouvelle contradiction est apparue dans le « dossier Merah ». Invité par La Nouvelle Edition de Canal+, Abdelghani Merah s’est plaint du documentaire en insistant sur l’hypocrisie, selon lui, de sa mère et de sa sœur Souad. Survient alors (à 16’16) un moment cocasse : l’animatrice Anne-Elisabeth Lemoine lui demande pourquoi il n’a « pas accepté de participer à ce documentaire ». Réponse de Merah :« Parce que je savais que… euh, déjà, on me l’a pas proposé. Et… comment vous dire, je savais que ma famille allait mentir. Ils ont une double facette ».

Face à lui, le chroniqueur Ariel Wizman s’indigne : « C’est incroyable qu’on vous l’ait pas proposé ! Enfin ! A votre avis, ça tient à quoi ? ». L’animatrice s’interpose : « Si, si ! On vous a proposé de participer à ce documentaire ». Wizman réplique :« Non ! Il dit que non ! ».

Visiblement embarrassé, Merah rétorque, l’air penaud : « Je sais pas, vous savez, j’ai eu tellement de journalistes qui m’ont appelé. Je sais pas qui m’a appelé et qui m’a proposé quoi ».

Sur le plateau de Canal+, personne n’a eu l’indélicatesse de lui faire remarquer l’incohérence de son propos. Merah prétend d’abord ne pas avoir eu de proposition mais rajoute aussitôt qu’il« savait » à propos du documentaire en cours de fabrication que sa « famille allait mentir » avant de conclure sur une note confuse, affirmant avoir oublié.

L’animatrice a, quant à elle, bien préparé son interview. Elle a rappelé que Merah avait été sollicité pour le tournage puisque le réalisateur du documentaire l’avait clairement indiqué -la veille- sur une antenne nationale. C’était mercredi matin, dans les studios d’Europe 1. Face à l’avocat Patrick Klugman, Jean-Charles Doria a tenu à défendre le caractère journalistique de son film. Interrogé de manière péremptoire (à 40’15) par l’avocat (et membre du CRIF) sur l’absence d’Abdelghani Merah dans la liste des personnes sollicitées, le réalisateur affirma alors l’avoir contacté sans obtenir de réponse favorable.

Au vu de ces deux affirmations contradictoires, une chose est claire : qu’il s’agisse de Merah ou de Doria, l’un des deux hommes ment. Notons ici que Mohamed Sifaoui, co-auteur du livre de Merah, soutient la version de ce dernier dans une tribune publiée hier par le Huffington Post (et relayée d’ailleurs par le site de la Ligue de défense juive).

Cette contre-vérité, apparemment anodine, est en réalité importante car les deux hommes -Merah et Doria- servent chacune une thèse différente à propos de l’affaire.

Quelles sont les principales lectures des évènements survenus dans la région de Toulouse et Montauban en mars 2012 ? Depuis un an, quatre théories se concurrencent dans l’espace public :

1* Mohamed Merah était un « loup solitaire ». C’est la thèse « psychiatrique » rapidement élaborée par le clan Sarkozy, avec Claude Guéant, Bernard Squarcini et François Molins (procureur -politisé- de la République de Paris) comme porte-paroles officiels.

2* Merah était assisté par un ou plusieurs hommes de la mouvance fondamentaliste. C’est la thèse alarmiste et idéologique favorisée par Manuel Valls, promue avec zèle par le CRIF (constitué partie civile dans le procès) et relayée médiatiquement par le tandem Merah-Sifaoui. Dirigeant de la communauté juive de Toulouse et militant d’un rapprochement renforcé entre Israël et l’Union européenne, Arié Bensemhoun a d’ailleurs profité du débat organisé par France 3 pour affirmer qu’il y aurait des « centaines de Merah » dans la nature avant d’ajouter qu’il faudrait davantage surveiller les mosquées dans lesquelles seraient formées, selon lui, les « Merah de demain ».

3* Merah est un bouc émissaire à qui l’on a imputé les assassinats en raison de son profil de « coupable idéal ». Qualifiée sommairement de « théorie du complot » et condamnée par Le Monde, cette thèse, qui présente obscurément le clan Sarkozy comme le commanditaire -ou le complice passif- des meurtres, est populaire si l’on en juge par le succès des vidéos internet en sa faveur ou les commentaires régulièrement exprimés sur Twitter.

4* Merah est le (principal) assassin des sept meurtres mais il a été manipulé, voire assisté, par une partie tierce et non identifiée à ce jour. Le jeune homme croyait être un soldat de la « cause djihadiste » alors qu’il servait, à son insu, un agenda politique particulier. Plus complexe, cette thèse renvoie dos à dos les partisans de la version d’un attentat uniquement « islamiste » et ceux qui clament l’innocence entière du jeune Toulousain.

Le fantôme du SAC

Abdelghani Merah, acteur-clé de la thèse n°2, est toujours sollicité par les médias malgré le camouflet qu’il a subi ces dernières semaines. Les cinq individus, mis en garde à vue et présentés systématiquement -à tour de rôle- comme le « 3ème homme » (alors que la culpabilité du second, Abdelkader Merah, n’est toujours pas avérée), ont tous été relâchés, notamment celui (« le gitan » converti à l’islam) que le tandem Merah/Sifaoui pointait du doigt.

Jean-Charles Doria sert, quant à lui, la thèse n°1 : celle d’un Mohamed Merah « paumé » et isolé. C’est ainsi, également, que Bernard Squarcini, l’ex-directeur de la DCRI, se voit présenté dans le documentaire comme le Cassandre infortuné de l’affaire Merah. L’homme aurait privilégié la « piste islamiste » mais n’aurait pas été écouté par la police judiciaire.

Soulignons également un élément croustillant dans la confection du documentaire, produit par Tony Comiti. Ce dernier n’est pas exactement un inconnu pour le clan Sarkozy. L’illustre producteur de télévision (également à l’origine d’un docu-fiction valorisant l’ancien maire de Neuilly) est le fils de Paul Comiti, cofondateur et ex-dirigeant du Service d’Action Civique –une police parallèle des années 60/70 (officiellement disparue) et spécialisée dans les coups tordus au service du pouvoir gaulliste. Ironie du sort, Claude Guéant (homme-clé de l’affaire Merah et fil rouge du documentaire de Doria) est précisément le fils politique d’une figure majeure du SAC : Charles Pasqua.

L’ancien ministre de l’Intérieur était d’ailleurs intervenu sur le plateau d’I Télé, quelques heures après la fin de l’assaut du RAID, pour affirmer maladroitement (à 0’40) qu’il n’avait « jamais cru » à la capture de Mohamed Merah vivant. A la suite de notre publication -l’été dernier- de cette information (point n°27), la vidéo a été curieusement retirée du site de la chaîne d’information mais l’auteur de ces lignes en a sauvegardé une copie.

Oumma reviendra prochainement sur les nouvelles zones d’ombre et autres mensonges accumulés depuis un an à propos de l’affaire Merah. A ce jour, aucune enquête véritablement indépendante n’a encore vu le jour. Qu’ils soient proches de la DCRI, du CRIF ou du clan Sarkozy, les journalistes qui ont travaillé sur le sujet ont passé plusieurs faits sous silence. Il ne tient qu’à vous, lecteur désireux d’être informé au mieux, d’encourager l’investigation et l’exposition de nouvelles pistes. C’est à vous, citoyen hostile au mensonge d’Etat, de dissiper la poudre aux yeux entourant l’affaire Merah.

Écrit par : Rachid Z | 09 mars 2013

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Belges en Syrie : Denis Ducarme demande un arrêté royal

La Libre Belgique, le 09 mars 2013

"Mon équipe a fait une recherche. La loi du 1er août 1979 prévoit des sanctions pénales de 3 mois à deux ans de prison."

Le député Denis Ducarme (MR) demande à la ministre de la Justice Anemie Turtelboom de prendre un arrêté royal interdisant aux ressortissants belges de se battre en Syrie. Il réagit ce samedi à l’article paru dans "La Libre Belgique" indiquant qu’au moins 70 Belges se battent actuellement en Syrie, selon une estimation attribuée à la Sûreté.

"Oui, on peut sanctionner", dit-il. "Mon équipe a fait une recherche. La loi du 1er août 1979 prévoit des sanctions pénales de 3 mois à deux ans de prison. Le cas syrien s’applique. Il suffit de prendre un arrêté royal. Je requiers simplement l’application de la loi".

La loi de 1979 interdit à des ressortissants belges de se battre à l’étranger, même dans des forces armées régulières. Elle avait été adoptée à l’époque car des Belges partaient se battre dans le Sahara Occidental, un territoire revendiqué à la fois par le Maroc et le Front Polisario. Cette loi avait été utilisée dans le premier procès contre Nizar Trabelsi, faute de législation antiterroriste à l’époque.

Le député libéral demande aussi à la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet d’ "aller plus vite" avec son plan contre la radicalisation. "Il faut envoyer des signaux concrets à la population", nous dit-il.

Écrit par : Rachid Z | 10 mars 2013

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