05 mars 2013

Mr Peres reçu à Bruxelles, est-ce bien raisonnable ?

Mr Peres reçu à Bruxelles, est-ce bien raisonnable ?

Victor Ginsburgh, le 05 mars 2013

Alors que certains professeurs de l’ULB comme Marc Uyttendaele sont favorables à une rencontre entre Shimon Peres et le recteur de l’ULB, d'autres le sont beaucoup moins. Comme Victor Ginsburgh, professeur émérite de la même université et observateur critique de la politique israélienne.

Monsieur «Indignez-vous» vient de mourir et ce n’est pas Monsieur l’avocat Uyttendaele qui le remplacera. Est-il ignorant, de mauvaise foi ou les deux ?

M. Uyttendaele est favorable à une rencontre entre le Recteur de l’ULB, M. Viviers et le Président de l’Etat d’Israël, M. Peres. Je sais que M. Peres est docteur honoris causa de l’ULB, que le Recteur, tout en étant très prudent, a dès lors une obligation à laquelle il ne peut sans doute pas se soustraire.

Les organisateurs de la rencontre

Il faut cependant savoir que la rencontre est organisée par le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB), ceux-là même qui ne perdent pas une occasion de critiquer l’ULB, notamment lorsque son Conseil d’Administration a décidé de reconnaître le Cercle Etudiant BDS (Boycott, Divestment and Sanction) en juillet 2012.

Je suis d’origine juive et attaché à plusieurs titres à l’ULB. J’y ai fait mes études et j’y ai enseigné comme professeur entre 1972 et 2004. J’y suis maintenant chercheur. Comme plusieurs autres, également d’origine juive, j’ai soutenu le Conseil d’Administration de l’ULB dans une Carte Blanche qui avait pour titre «Le boycott d’Israël : une opinion délictueuse ?» parue le 13 juillet 2012 dans Le Soir.

Nous n’y défendions ni ne soutenions le droit de boycotter l’Etat d’Israël. Quelles qu’aient à l’époque été nos opinions, là n’était pas notre propos. Notre propos était de défendre le Conseil d’Administration, qui après s’être dûment informé sur la question, avait décidé de reconnaître ce fameux cercle BDS. Cette décision a fait couler beaucoup d’encre et de poison contre l’ULB du côté des organisations juives de Belgique, y compris du CCOJB, dont le Professeur Sosnowski de l’ULB est le président.

Le président Peres

Voici sur la forme. Sur le fond, M. Peres n’a pas toujours été la blanche colombe que l’on croit. Il a été le protégé de Ben Gourion, dont on sait pertinemment bien aujourd’hui qu’il a souvent fermé les yeux et s’est bouché le nez lors des expulsions de palestiniens en 1947-48. M. Peres a été un des premiers à encourager la création de colonies dans les territoires occupés durant les années 1970. Il a été, comme la plupart des officiels israéliens, opposé à des discussions avec l’OLP d’Arafat. Il a essayé de circonvenir ce dernier en se concertant avec le Roi Hussein de Jordanie. Par la suite, et malgré l’un ou l’autre soubresaut de courage de temps à autre, il a navigué en eau trouble et a fini par devenir un président qui comme la plupart de présidents n’a pas beaucoup de pouvoir.

Il n’a d’aucune façon réussi à arrêter la fondation d’une université israélienne en territoire occupé (Ariel University, dans la colonie d’Ariel), ce qui va à l’encontre de tous les principes de droit international. En 2012, le Conseil des Présidents des Universités israéliennes a déposé une requête auprès la Cour Suprême d’Israël (High Court of Justice) contre la reconnaissance de l’appellation Université d’Ariel de ce qui, à l’époque, n’était que le Centre universitaire d’Ariel. En vain.

La décision finale de nommer «Université» ce Centre (je répète, illégal en droit international) a été prise à la sauvette, après une convocation de dernière minute du Conseil de l’Education Supérieure israélien en présence de 11 membres sur les 24 de la Commission qui devait statuer. Il faut ajouter que cette université, située en Palestine occupée, n’accepte que des étudiants israéliens (Juifs et autres) et pas des palestiniens.

M. Uyttendaele, vous qui êtes professeur dans la même université que moi, vous qui vous déclarez un «partisan inconditionnel de la création d’un Etat palestinien», vous auriez dû avoir entendu parler de la construction de cette université en territoire occupé, qui n’accepte pas d’étudiants palestiniens et qui est faite à l’encontre de tous les principes de droit international. Je répète, vous auriez dû le savoir. Après tout, sauf erreur, vous êtes juriste, non ?

20:44 Écrit par Rachid Z dans Boycott, Palestine occupée | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

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Shimon Peres à Bruxelles :: Quand la Belgique met Israël à l’honneur

PTB, le 05 mars 2013

Shimon Peres, le président de l’État d’Israël, débarque à Bruxelles cette semaine. Un cocktail en son honneur est organisé le mardi 5 mars. Un « événement » qui fait réagir plusieurs associations progressistes.

Charlie Le Paige, président de Comac-ULB

La soirée est organisée par le CCOJB (Centre de coordination des organisations juives de Belgique), Forum (Forum der joodse organisaties) et l’ambassade israélienne. Plus étonnant, cet évènement est co-organisé par l’ULB, prend le nom de « séance académique » et jouira de l’honorable présence de Pieter De Crem (ministre de la Défense), Didier Viviers (recteur de l’Université Libre de Bruxelles) et Hervé Hasquin (secrétaire perpétuel de l’Académie royale). Cet événement a créé la polémique, notamment à l’ULB. Comac (le mouvement de jeunes du PTB) a été à l’initiative de la dénonciation du soutien apporté par le recteur de l’ULB à la politique israélienne.

Shimon Peres, aux affaires en Israël depuis les années 1960, n’est pas la colombe que certains aiment présenter. S’il était réellement en désaccord avec la politique menée, il pourrait simplement démissionner. Mais ce n’est pas le cas. Cela fait maintenant six ans qu’il est le président d’Israël. C’est-à-dire le président d’un État colonialiste qui refuse sciemment toute possibilité de règlement du conflit avec les Palestiniens. Le président d’un État qui bafoue le droit international et soumet la population palestinienne à des brimades quotidiennes. Le président d’un État qui maintient à Gaza une population entière et innocente dans une véritable prison à ciel ouvert. Le président d’un État qui n’hésite pas à utiliser son armée – l’une des plus puissantes du monde – contre des civils palestiniens.

Rien que ces dernières années, les opérations « Plomb durci » (2008) et « Piliers de la défense » (2012) sont venues nous rappeler à cette réalité – et se sont toutes les deux déroulées sous la présidence du « prix Nobel de la paix Shimon Peres ». L’armée israélienne n’a d’ailleurs pas hésité à utiliser du phosphore blanc sur les populations civiles. Les discours de paix de Peres ne sont donc que des phrases creuses, des postures qui visent à donner une bonne image à l’État israélien.

L’argument du dialogue pour mieux minimiser le rôle d’Israël

Comac et une série d’autres organisations ont interpellé le recteur de l’Université sur sa participation à cette soirée. Pour se défendre, celui-ci a mis systématiquement en avant le droit et la nécessité du dialogue. C’est un argument très efficace : qui est contre le dialogue ? Mais, ce faisant, il met sur un même pied une soirée mondaine avec le président israélien et le dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Cette manipulation permet de discréditer ceux « qui veulent empêcher le dialogue ». C’est ainsi que Marc Uyttendaele (professeur à l’ULB) a qualifié les auteurs des critiques d’extrémistes et de « semeurs de haine » contre la démocratie1.

Pourtant, les autres organisateurs n’invitent pas plus Peres, De Crem et Viviers pour discuter qu’Israël ne veut le dialogue et la paix. Si Israël voulait dialoguer, il lui suffirait de commencer par arrêter la colonisation des territoires palestiniens. Défendre le dialogue aujourd’hui dans le conflit israélien, ce n’est pas être pour la paix. C’est renvoyer dos à dos les protagonistes et nier l’évidence qu’un des deux est en position de force et a décidé de le refuser. Défendre le dialogue aujourd’hui dans le cadre d’une soirée en l’honneur de Shimon Peres, ce n’est pas un exercice « d’indépendance critique », c’est montrer qu’on a choisi son camp. A la lumière de ces déclarations, on comprend mieux les grandes réticences des autorités de l’ULB à reconnaître le cercle BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) l’année passée.

Une soirée « cirage-de-pompes »

Finalement, que signifie cette soirée si ce n’est une mise à l’honneur du président israélien ? Elle est d’ailleurs présentée explicitement comme telle. Bref, une soirée « cirage-de-pompes »2, qui n’a rien à voir avec un débat contradictoire, comme aimerait la présenter le recteur de l’ULB – manifestement embêté face aux critiques3.
En fin de compte, ce sont les actes qui importent. Et là, aucun doute n’est permis : pas plus sur les actes de Shimon Peres, que ceux de Viviers en acceptant de lui servir de faire-valoir. C’est pourquoi de nombreuses organisations4 dénoncent la venue de Shimon Peres, et considèrent qu’aucun officiel belge ne doit participer à la légitimation de la politique qu’il représente. C’était donc le mot d’ordre du rassemblement qui s’est tenu, à l’initiative notamment de Comac, ce lundi 4 mars à l’ULB et de celui du 5 mars à Trône, tout près de l’endroit où se tient le fameux cocktail.
C’est également pour cela, pour être réellement critique à l’égard de la politique israélienne, que Comac défend la fin de tous les projets académiques avec les institutions israéliennes qui collaborent avec l’armée israélienne.

1. Le Soir (28 février 2013) • 2. Comme l’a dénoncé notamment Henri Goldman dans Le Soir (1er mars 2013) • 3. blog-recteur.ulb.ac.be • 4. Entre autres: Comac, intal, BDS-ULB, étudiants FGTB, CEAE (Cercle des Etudiants Arabo-Européens), l’ABP, Vrede vzw, JAC (Jeunes Anticapitalistes).

Écrit par : Rachid Z | 06 mars 2013

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Peres à Bruxelles: l'extrême gauche voit rouge

Jean-Paul Bombaerts, le 6 mars 2013

Poussée à l'extrême, la liberté d'expression conduit parfois à des manifestations d'intolérance. L'Université libre de Bruxelles (ULB) vient à nouveau d'en faire les frais à l'occasion de la visite en Belgique du président israélien Shimon Peres. Dernier des pères fondateurs de l'État hébreu encore en vie, Shimon Peres, 89 ans, est arrivé à Bruxelles mardi pour une tournée européenne d'une semaine.

Cette visite passe mal auprès des étudiants de Comac-ULB, le cercle politique des jeunes du Parti du travail de Belgique (PTB). Leur colère ne vise pas tant le fait que Shimon Peres soit reçu en tant que chef d'État par les autorités belges, dont le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et le prince Philippe. Ce qui indispose ces jeunes nostalgiques du marxisme, c'est la séance académique qui s'est tenue hier soir au Palais des Académies. Le recteur de l'ULB, Didier Viviers, y a débattu avec Shimon Peres, débat introduit par Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique et professeur d'histoire à l'ULB. L'événement était organisé par le CCOJB (Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique) et l'ambassade d'Israël. Shimon Peres est lui-même docteur honoris causa de l'ULB depuis 1987, une distinction remise à l'époque par... Hervé Hasquin.

Les étudiants contrariés s'opposent à ce qu'ils considèrent comme "un soutien ouvert" apporté par l'ULB "à la politique criminelle d'Israël". Ils l'ont fait savoir haut et fort en organisant hier une manifestation Place du Trône, à deux pas du Palais des Académies. Pas question en revanche de s'approcher du bâtiment, hypersécurisé pour la circonstance.
Plusieurs membres du Comac sont liés au groupe BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) qui appelle au boycott académique des universités israéliennes par l'ULB. Lancé par des associations propalestiniennes en 2005, le groupe BDS pratique un antisionisme militant.

Des précédents

Ce n'est pas la première fois que des éléments d'extrême gauche de l'ULB font parler d'eux. La visite de Caroline Fourest, il y a exactement un an, avait donné lieu à un dérapage spectaculaire lorsqu'un assistant de l'université, dénommé Souhail Chichah (entre-temps éjecté de l'institution), avait interrompu la conférence donnée par la journaliste et essayiste française dont il n'appréciait pas les positions en faveur de la laïcité.

En attendant, les étudiants de Comac-ULB ont reçu le soutien des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), qui dénoncent "une subtile opération de com" du président israélien à Bruxelles.

Quoi qu'il en soit, cette nouvelle polémique est révélatrice de la crise des valeurs au sein de l'ULB où des minorités militantes s'appuient sur la liberté d'expression pour brider la culture du débat.

Écrit par : Rachid Z | 06 mars 2013

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