05 mars 2013

Liberté d’expression : deux poids, deux mesures !

Liberté d’expression : deux poids, deux mesures !

«De quoi la Burqa Pride est-elle le nom ?» 

Malgré la censure de l'ULB, Quart d’X - Collectif Anti-Racismes, confirme la tenue de la conférence débat «De quoi la Burqa Pride est-elle le nom ? » interdite sur le campus universitaire.

Le recteur de l’ULB musèle ainsi une liberté d'expression pourtant sanctifiée, au prétexte de motifs aussi grotesques que farfelus: le recteur ne dénonce pas moins qu'un complot du Soir contre l'ULB, allant même jusqu'à contredire son propre vice-recteur qui venait, lui, d'affirmer, dans les colonnes de ce quotidien, que l'ULB "n'avait aucun tabou" à débattre de la Burqa Pride. Et puis Monsieur Le Recteur n'aime pas non plus l'affiche du débat, na !

Les rires et les lazzi provoqués par la crise de complotite aigüe de Didier Viviers amèneront à une reformulation de l'interdiction: "Selon les autorités de l’ULB, les conditions pour un débat serein et contradictoire ne sont pas remplies."

On ne peut que s'étonner de l'argument: l'ULB est en effet en ébulition suite à la décision rectorale de se placer "sous le haut patronage de l'ambassade d'Israël", à l'occasion d'une réception en l'honneur du président israélien. Didier Viviers se targue d'y débattre avec le président d'Israël "des sujets qui fachent". Ni plus ni moins. Plus fort que les Nations Unies qu'Israël bafoue depuis des décennies par son mépris patent du droit international: Didier Viviers!

Notre chevaleresque recteur pense-t-il vraiment que "les conditions pour un débat serein et contradictoire sont remplies" alors même que l'UE vient de condamner, une fois encore, Israël pour sa politique coloniale et qu'une vingtaine d'associations, déjà, appellent à manifester contre la soirée de propagande organisée par l'ambassade israélienne avec la collaboration de l’ULB ? Il n'est pas sûr que la sérénité y trouve son compte. Sur le campus de l'ULB en tout cas !

"Nous ne sommes pas tenus d'organiser un débat contradictoire en toutes circonstances" concluait le recteur Didier Viviers, en réponse à l’interpellation des burqa priders qui dénonçaient l'absence de contradiction lors de la tribune laudative offerte, l'an dernier, par les autorités universitaires, à Caroline Fourest, "la porte-parole de l'islamophobie de 'gauche'" selon le directeur adjoint du Monde Diplomatique lui-même, Alain Gresh.

Néanmoins, c'est bel et bien un débat contradictoire que nous voulions organiser à l'occasion du premier anniversaire de la Burqa Pride. Etonnamment, alors que cette manifestation a suscité un extraordinaire battage médiatique, il ne s'est trouvé personne parmi les innombrables voix autorisées, qui ont participé au lynchage public de Souhail Chichah, pour débattre sereinement avec ce dernier: ni à l'intérieur ni à l'extérieur de l'institution universitaire. Ne se serait-il rien passé le 7 février 2012 ? La démocratie ne venait-elle donc pas d'être assassinée ?

Nous n'évoquerons pas plus ici les mots d'ordre, dont celui du président des alumnis de l'ULB, Premier Grand Maître adjoint du Grand Orient de Belgique et journaliste vedette à la RTBF, Eddy Caekelberghs, appelant à empêcher la tenue du débat. Ce n'est pas la première fois que l'ULB conditionne la tenue d'une conférence jugée subversive à un dispositif discursif manichéen ("pour" vs "contre"): ainsi les voix minoritaires se trouvent-elles prises au piège du chantage à la participation d’un représentant du discours dominant, seul habilité à s'exprimer sans contrainte. Ce dispositif s'avère ainsi être une censure pernicieuse qui ne dit pas son nom, lorsque l'injonction au débat contradictoire s'accompagne du refus de ladite contradiction: nous avons invité les plus grands professeurs de l’ULB qui s’étaient exprimés dans la presse, en ce compris le recteur. Tous ont refusé.  Alors que dans les couloirs, l’opinion des uns et des autres s’exprime aisément, nul ne semble vouloir braver l’injonction du président de l’UAE, E. Caekelberghs, qui a publiquement appelé à saboter le débat.

L’associatif institutionnel et la classe politique ne sont pas en reste. Alors qu’ils ont hurlé en cœur à l’attentat talibanesque au moment de la Burqa Pride, le Centre pour l’Egalité des Chances allant même jusqu’à annoncer l’ouverture d’un dossier pour incitation à la haine contre Souhail Chichah, nul ne souhaite plus s’exprimer aujourd’hui en présence de celui qui fut erronément désigné, par le recteur de l’ULB, comme « l’instigateur » de la manifestation. La commission disciplinaire de l’ULB, en charge du procès politique de Chichah sera d’ailleurs contrainte de désavouer le recteur sur ce point. Il n’en reste pas moins que Chichah fut jeté en pâture aux affects islamophobes de l’opinion, chauffés à blanc par les déclarations de Didier Viviers relayées sans regard critique par les médias, la classe politique et le monde associatif.

Aujourd’hui, le même recteur Viviers qui expliquait que l’ULB « n’est pas là pour faire écho à des intérêts particuliers et moins encore pour servir de vitrine à tel ou tel mouvement d’opinion », qui déclarait refuser de « se prêter à un jeu de dupes dont la vraie liberté d’expression sortira encore un peu plus atteinte et la qualité de l’institution universitaire davantage questionnée » et qui ajoutait que « la sérénité d’un débat se construit bien avant qu’il ne s’engage » montre l’étendue de son hypocrisie en ressortant des arguments opposés et contradictoires pour justifier sa présence  à la réception organisée « sous le haut patronage de l’ambassade israélienne » en l’honneur de Shimon Peres. Ne craignant pas même le ridicule, déclamant pro domo : « le courage du dialogue, surtout lorsque l’on est en désaccord, surtout lorsque l’on est en position minoritaire » !

Mais notre débat aura bel et bien lieu ! Nous avons une salle. Nous avons un public. En l’absence de ceux, hier si diserts dans les médias, nous assumons notre posture minoritaire. Nous inviterons donc M. Chichah sans contradicteur pour le corseter, hormis le public, afin de débattre des enjeux de la Burqa Pride et de son traitement médiatique.

Nous vous invitons donc toutes et tous à ce débat public sur la Burqa Pride, mardi 12 mars à 19h, rue du Danemark, n°15-17, à Saint Gilles

«Et je terminerai en disant que ceux qui ont interdit la parole, ceux qui ont œuvré contre la liberté, nous avons vu exactement qui ils étaient.» Didier Viviers le 7 février 2012

Conférence – Débat : De quoi la Burqa Pride est-elle le nom ?

Mardi 12 Mars 2013 à 19h à la salle Rodelle

rue du Danemark, 15-17 1060 saint Gilles

PAF : 5 euros (drink prévu à la fin)

Contacts : Géraud Hougardy : 0486 45 85 61

Nathalie Mathieu : collectifantiracismes@gmail.com

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