04 mars 2013

«Diaspora congolaise en Belgique : Imaginaires et relations postcoloniales au regard du champ artistique» Appel à contribution

«Diaspora congolaise en Belgique : Imaginaires et relations postcoloniales au regard du champ artistique»

Appel à contribution

Tricud, le 4 mars 2013

Colloque international, Bruxelles, 11 et 12 octobre 2013.

En 2010, la Belgique (à travers ses institutions, ses médias et la société civile) célébrait avec enthousiasme le cinquantenaire de l’indépendance du Congo. Une certaine glorification des rapports belgo-congolais était repérable, pourtant le pays est loin d’avoir intégré une ère postcoloniale de critique de soi. Ainsi, malgré l’incontestable renouveau de l’historiographie (post)coloniale depuis le milieu des années 1990, l’idéologie dominante paraît durablement enfermée dans le mythe paternaliste d’un colonialisme glorieux et civilisateur. Les excuses publiques succédant aux commissions d’enquêtes parlementaires ayant mis en lumière certaines violences du pouvoir colonial (Patrice Lumumba, génocide rwandais, par exemple) n’ont pas abouti à un dépassement des contentieux coloniaux, à l’instar des polémiques entourant l’inauguration d’une rue ou d’une statue à la mémoire Lumumba.

En outre, la question coloniale ne se réduit pas à l’ailleurs territorial et temporel car si les Congolais résidant en Belgique constituent une minorité dans le champ des migrations, on ne peut que constater leur surprenante assignation à l’altérité, ainsi qu’une racialisation des rapports sociaux des plus interpellante. La perte de centralité de la Belgique dans l’espace des migrations congolaises, à la faveur d’autres destinations (européennes, occidentales, africaines et asiatiques) est à cet égard significative. De même que les récentes données démographiques établissant l’important niveau de déqualification et de chômage au sein de ce groupe, en même temps qu’un niveau d’instruction record. Si ces chiffres peuvent en partie expliquer les nouvelles géographies diasporiques, ils sont par contre peu prolixes quand il s’agit d’expliquer ce qui se joue dans les rapports sociaux.

Au regard des politiques coloniales de mise à distance sociale, raciale et territoriale des Congolais, et des politiques migratoires qui ne pensèrent ni leur venue, ni leur sédentarisation, on serait tenté d’avancer la thèse du caractère structurel, et par conséquent de la transversalité à l’ensemble de la société, de ces discriminations. Une hypothèse que le manque de travaux empiriques dans le domaine scientifique ne nous permet toutefois pas d’affirmer mais que nous souhaiterions soumettre au champ artistique.

Si dans le domaine littéraire, la remise du prix Prix Jean Muno à Koli Jean Bofane pour Mathématiques congolaises (2008) inaugure probablement un tournant dans la reconnaissance des lettres et de la mémoire congolaise, l’hypermédiatisation du livre Congo : une histoire (2010) de David Van Reybrouck, et les débats qu’il a suscités, réitèrent par contre la permanence de conflits belgo-congolais concernant l’histoire du Congo, coloniale et postcoloniale. Au-delà de ces deux figures reconnues, et différemment établies, qu’en est-il du champ littéraire et surtout des autres domaines artistiques tels que les arts visuels, le cinéma, la peinture, la bande dessinée, le hip hop, par exemple ? De quelle manière les liens forgés durant le temps (post-colonial) alimentent-ils les modes de création, de promotion et de diffusion des artistes ? Comment ce champ artistique s’est-il constitué et recomposé dans le temps ?  Dans quelle mesure et de quelles façons ces expressions artistiques participent-elles à la (dé)construction de la narration nationale ? Ces expressions sont-elles en continuité et, ou en discontinuité avec les imaginaires et les représentations de la Belgique au sein de la diaspora ? Et enfin, comment les rapports belgo-congolais se reflètent-ils et selon quelle matérialité dans l’imaginaire de la diaspora ? Autant de questions qui seront discutées pendant deux jours dans le cadre de ce colloque qui s’adresse aux chercheurs issus de différentes disciplines.

Les propositions de communication peuvent s’articuler aux sous-thèmes suivants:

- Place de la Belgique dans la géographie diasporique à partir des milieux religieux, culturels (comme la Sape) ou institutionnels (université, coopération, etc.)

- Représentations de la Belgique forgées au cours de mobilités passagères en Europe (vacances, séjours professionnels, migrations, etc.) ou dans le cadre de dynamiques de retour.

- Perspectives comparées de la situation (post)migratoire belge au sein de la diaspora congolaise.

- Colonisation et contentieux belgo-congolais à travers le regard diasporique et dans les expressions artistiques belges et belgo-congolaises.

- Questions identitaires dans la littérature de la diaspora congolaise en Belgique.

- Mémoire culturelle de la diaspora congolaise : le Congo comme source d’inspiration des Congolais « en » Belgique.

- Diaspora congolaise et messages mixtes : bande dessinée, arts graphiques et visuels, musique, musées. Quels messages pour quels publics ?

- Ghettoization et hybridité au sein de la communauté congolaise de Belgique.

Les résumés de communications de 250 mots sont à envoyer à congolesediasporaconference@gmail.com pour le 25 mars 2013 accompagnés d’une bio-bibliographie.

Organisation : Véronique Bragard, Sarah Demart (TRICUD), Sarah Gilsoul, Bénédicte Ledent, Fatima Zibouh (TRICUD), Antoine Tshitungu Kongolo, Jean Bofane, Monique Phoba. En partenariat avec la Maison du Livre et le Centre culturel Jacques Franck.

15:51 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.