28 février 2013

Allemagne : les Turcs au cœur de la bataille électorale

Allemagne

Les Turcs au cœur de la bataille électorale

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Par Patrick Saint-Paul, le 27 février 2013

L'Allemagne compte quelque 3 millions d'habitants d'origine turque, dont plus de 1,6 millions ont pour unique passeport celui de leur pays d'origine.

L'opposition mais aussi les alliés libéraux de la chancelière plaident en faveur de l'attribution de la double nationalité aux millions de Turcs qui vivent en Allemagne.

En affirmant vouloir ouvrir un nouveau chapitre dans les négociations moribondes d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, Angela Merkel, lundi à Ankara, a offert un nouvel espoir aux Turcs. Mais la chancelière allemande a aussi adressé un message à l'électorat allemand au moment où l'immigration fait irruption au cœur de la campagne pour les législatives du 22 septembre.

Pour séduire l'électorat d'origine turque, l'opposition n'hésite pas à jouer la surenchère. Le chef du parti social-démocrate, Sigmar Gabriel, lui offre la double nationalité, affirmant que ce serait, en cas de victoire, la première mesure d'un gouvernement associant le SPD aux Verts. «Les enfants nés en Allemagne de parents turcs doivent choisir entre la nationalité turque ou allemande, déplore Sigmar Gabriel. Je comprends tous ceux qui veulent vivre durablement en Allemagne, sans pour autant renoncer à leurs racines. Nous avons enfin besoin d'un code de la nationalité moderne».

«Des conflits de loyauté»

Tenue à la prudence par l'aile la plus conservatrice de son parti que la stratégie centriste de la chancelière déconcerte, Angela Merkel n'est pas prête à franchir ce pas. «Le principe visant à empêcher les nationalités multiples est l'un des fondements du droit allemand de la nationalité», affirme son porte-parole, Steffen Seibert. Merkel doit aussi composer avec ses alliés conservateurs bavarois de la CSU. «Celui qui réside dans un pays et qui souhaite s'y installer définitivement doit exprimer clairement son attachement à ce pays en adoptant sa nationalité», affirme la CSU. Et d'ajouter que la double nationalité provoquerait des «conflits de loyauté» ainsi que des difficultés pour «l'extradition des criminels».

Mais les alliés libéraux de la chancelière se sont rangés du côté de l'opposition. La ministre de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger (FDP), a ainsi réclamé l'adoption d'une loi facilitant l'accès à la double nationalité outre-Rhin, où le droit du sang est toujours en vigueur malgré certains aménagements. La mesure viserait à favoriser l'intégration des immigrés dont l'Allemagne aura cruellement besoin dans les décennies à venir pour combler son déclin démographique.

«L'intégration peut aussi être favorisée par la double nationalité, comme le montre largement l'expérience de ceux qui y ont accédé, plaide Schnarrenberger. Nous devons poursuivre la modernisation de notre droit à la nationalité et élargir l'accès à la double nationalité». Les ressortissants de l'espace européen peuvent sans difficulté prétendre à la double nationalité outre-Rhin dès lors qu'ils accèdent à la citoyenneté allemande. Et le droit du sang allemand a été assoupli en 2000 avec l'introduction de «la clause de l'option». Celle-ci permet aux enfants d'immigrés non européens d'accéder à la citoyenneté allemande à condition que l'un de leurs parents ait résidé légalement en Allemagne pendant 8 ans. La nationalité leur est accordée automatiquement jusqu'à l'âge de 23 ans. Mais ils doivent alors avoir renoncé à leur nationalité d'origine, faute de quoi, leur passeport leur est retiré et ils sont déchus de la nationalité allemande.

«Nous avons besoin d'eux»

Mise en place pour favoriser l'intégration des travailleurs immigrés turcs et de leurs enfants outre-Rhin, cette disposition fait débat aujourd'hui. L'Allemagne compte quelque 3 millions d'habitants d'origine turque, dont plus de 1,6 millions ont pour unique passeport celui de leur pays d'origine. Seuls quelques 3316 Turcs ayant atteint les 23 ans étaient concernés par le choix de leur nationalité en 2011. Et 80 % d'entre eux choisissaient de rester Allemands.

Mais ils sont de plus en plus nombreux à choisir de retourner en Turquie, où ils sont très demandés et accèdent facilement à un emploi. À partir de 2018, 40.000 Turcs seront, chaque année, confrontés à ce choix. «Prétendre en permanence que les Allemands d'origine turque ne seraient pas tout aussi loyaux à notre État s'ils conservaient leur passeport turc est de la folie», juge Sigmar Gabriel. «Nous avons besoin d'eux», ajoute-t-il en soulignant le nombre croissant d'employés qualifiés ou de jeunes diplômés choisissant de retourner en Turquie chaque année.

Selon une étude récente de l'OCDE, l'Allemagne sera confrontée à une baisse de 5,4 millions de ses travailleurs qualifiés d'ici à 2025 en raison du vieillissement de sa population active. D'ici là, elle espère attirer près d'un million d'immigrés pour compenser partiellement le déclin et empêcher son industrie de s'effondrer. Le consensus pourrait se renforcer après les législatives… Donnée largement favorite, Merkel ne pourra pas gouverner sans les sociaux-démocrates ou les libéraux si elle est reconduite à la chancellerie.

12:02 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité, Turquie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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