27 février 2013

Le racisme, terreau du fascisme en Europe

Le racisme, terreau du fascisme en Europe

Nathalie L.*, le 27 Février 2013

Il ne se passe pas une semaine en Europe sans que nous n'apprenons une nouvelle manifestation du racisme, avec parfois des conséquences tragiques.

La France est bien placée en la matière. Les discriminations et le racisme y sont ancrés depuis longtemps, parfois structurellement. A commencer par cette inégalité criante qui fait que les immigrés n'aient pas le droit de vote. Ainsi existent en France depuis des décennies des «citoyens» de seconde zone auxquels est nié le droit fondamental à la base de toute démocratie : celui de voter. La France se distingue aussi de par le monde par son acharnement à criminaliser les femmes musulmanes par une série grandissante de lois sur leur tenue vestimentaire.

Sarkozy porte une responsabilité écrasante dans l'instauration de ce climat délétère qui incite au mépris, à l'infériorisation de ceux et celles qui viennent d'autres cultures. A peine intronisé président, le ton est donné, avec son fameux discours de Dakar (en juillet 2007, ndlr) digne des plus belles heures de la colonisation : l'homme africain ne serait «pas assez entré dans l'Histoire», cet homme africain qui vit «en symbiose avec la nature».

En 2010, il lance la chasse aux Roms, fait voter la loi contre la burqa. Pendant la campagne électorale de 2012, face à sa chute dans les sondages, Sarkozy évite soigneusement de poser les vraies questions au profit de considérations islamophobes nauséabondes. Manuel Valls a vite pris le relais, poursuivant le harcèlement des immigrés, la persécution des Roms, sans compter ses déclarations sur l'antisémitisme dans les quartiers visant à monter les communautés les unes contre les autres.

Cependant, le phénomène dépasse largement la France. Avec la crise économique, l'Europe est touchée par une vague sans précédent de montée du racisme et de l'islamophobie.

En effet, pour faire passer la pilule de l'austérité, les gouvernements européens détournent la colère des populations en désignant des boucs émissaires. La vieille recette : diviser pour régner, ici par le racisme. Les musulmans sont particulièrement visés, comme le furent les juifs après la crise de 1929 qui ravagea les économies occidentales. Les fautifs ne sont plus les gouvernements d'austérité mais ceux qui ont une culture et une religion différentes.

Sur ce fond de racisme montant, on assiste à une croissance des partis d'extrême droite en Europe. Le Parti Pour la Liberté en Autriche bat les records atteignant 27% dans les sondages ; le PVV de Geert Wilders en Hollande a connu une ascension fulgurante. Dans la plupart des pays, l'extrême droite dépasse maintenant les 10 %. Le racisme est le terreau fertile sur lequel poussent ces partis : islamophobie, chasse aux Roms ou aux immigrés ici, antisémitisme en Europe de l'Est, négrophobie ailleurs.

Ces extrêmes droites cherchent à se «relooker» et à se rendre présentables, telle Marine Lepen et la soit-disante «dédiabolisation» du FN. Mais, quand on sème la haine, les dérapages et les passages à l'acte arrivent vite. Ainsi en Grèce, le groupe néo nazi Aube Dorée, en progression constante dans les sondages, «nettoie» - selon ses termes - régulièrement les quartiers : destruction des échoppes des travailleurs migrants, passages à tabac voire meurtres d'étrangers. En Angleterre, le groupuscule néofasciste English Defence League, au nom de la lutte contre l'islamisation, organise des manifestations pour «brûler les mosquées» et attaque physiquement les musulmans.

Le fascisme avance toujours masqué, il commence par le racisme pour s'en prendre ensuite à toutes les libertés démocratiques. Ne fermons pas les yeux comme le font nos dirigeants quasi-indifférents, voire indulgents, à la percée de Marine Lepen et à la lepénisation des esprits.

Face au racisme «décomplexé» qui sévit à l'heure actuelle, il devient urgent de réagir. D'abord informer de ce qui se passe vraiment, dénoncer les discriminations, stigmatisations et injustices. Mais il importe d'aller plus loin. Il faut d'ores et déjà commencer à construire des réseaux de solidarités entre nous, lutter sur le terrain pour empêcher que les idéologies racistes ne pénètrent le tissu social et nous divisent. Construisons une autre société où les valeurs de tolérance et de respect de l'autre deviendront la règle.

Ces thèmes seront l'objet de la conférence du 1er mars au Shakirail (72 rue Riquet, 75019 Paris, Métro Riquet ou Stalingrad) dès 14h : faire un état des lieux des racismes aujourd'hui, de la résurgence de la violence fasciste à laquelle ils mènent en Europe et dégager des solutions qui peuvent être mises en place pour contrer ces phénomènes.

* Nathalie L. est membre du collectif «Sortir du colonialisme».

Les commentaires sont fermés.