18 février 2013

L'Europe face aux nouvelles générations musulmanes

L'Europe face aux nouvelles générations musulmanes

Par Ndeye Andújar*, le 17 février 2013

L'enseignement religieux dans les écoles…

Différentes approches de l'éducation religieuse existent à travers l'Europe, de l'éducation religieuse laïque à l'enseignement "trans-curriculaire" de l'Islam, en passant par l’enseignement dispensé hors du cadre scolaire. Concernant l’enseignement hors du cadre scolaire, il existe des inquiétudes au sujet des formateurs –imams et autres- venant souvent de pays étrangers, sans qualification formelle et avec peu de connaissance du contexte social et culturel européen (rapport de l'EUMC, 2006).

Au cours des dernières années, le problème de l'enseignement religieux dans les écoles a inondé les médias. En outre, dans le cas de l'Islam, le débat semble être conditionné par des préjugés alimentés par les discours provenant de l'extrême-droite, de certains médias et de certains politiques.

D'autre part, si nous considérions le cas de l’Espagne, les craintes portent sur la propagation des lectures fondamentalistes. Des craintes qu’il faut situer dans le contexte international et qui génèrent deux arguments essentiels contre l’enseignement de l’Islam :

• L'éducation religieuse Islamique pourrait rendre les jeunes plus isolés (les ghettoïser).

• Les écoles publiques, si elles devaient enseigner l’Islam, deviendraient des instruments pour propager des valeurs contraires au système démocratique, aux droits de l'homme ou à l'égalité des sexes.

Or, l’enseignement religieux peut être un outil dans la lutte contre l'analphabétisme religieux et le respect de la diversité.

Afin de mieux comprendre les «autres», nous devons apprendre à nous connaître. Il est crucial de montrer les nombreux parallèles entre le Coran, la tradition prophétique et les sources bibliques, les Évangiles, ainsi que la relation entre l'Islam, la pensée grecque et les cultures de l'Ancien Proche-Orient.

L'islamophobie et les jeunes générations...

Les tendances racistes et islamophobes enregistrées dans les différents rapports à travers l'Europe nous offrent un reflet inquiétant sur ​​la discrimination, dans des domaines aussi déterminants en matière d'intégration, comme le travail, l'éducation et le logement. La religion musulmane est constamment présentée comme une source inhérente du terrorisme.

En 2005, une publication par le Conseil européen intitulé «l'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes» définie l’islamophobie comme «la peur ou les préjugés contre l'Islam, les musulmans et tout ce qui touche à cette religion. Qu'elle prenne la forme de manifestations quotidiennes de racisme et de discriminations, ou d'autres, des formes plus violentes, l'islamophobie constitue une violation des droits de l'homme et une menace pour la cohésion sociale».

Selon les personnes interrogées dans le cadre de cette publication, même dans les cas où les musulmans en question sont des ressortissants d'un Etat membre européen, ils peuvent se sentir exclus. Ils sentent qu'ils sont perçus comme des étrangers qui constituent une menace pour la société, et qu'ils sont traités avec suspicion. Ce sentiment semble être plus fort chez les jeunes musulmans nés en Europe que chez leurs parents. Alors que les deuxième et troisième générations sont à bien des égards mieux intégrés que la première, en même temps, leurs attentes sont plus grandes, et donc l'exclusion est ressentie plus fortement (Islamophobie, 2005a).

Ils estiment également que l'intégration étant un processus à double sens, la pression continue sur les musulmans à s'intégrer signifie que, dans la pratique, l’attention est portée sur un seul versant de ce processus. Ils soutiennent que leur sentiment d'appartenance est intimement lié à l'égalité de traitement qu'ils attendent du reste de la société.

Il existe un aspect positif qui doit être mis en évidence. Dans les pays où existent une deuxième et une troisième génération, une nouvelle génération de jeunes est en train d’émerger. Une génération plus instruite, occupant des places élevées dans l’échelle sociale, déterminée à affronter tous les jours les problèmes sociaux, et engagé dans le développement d'une société multiculturelle qui soit ouverte et équitable (Islamophobie, 2005b).

La participation des jeunes à la vie politique…

Un groupe de travail dénommé «Forum de la Jeunesse Musulmane Européenne et des Organisations Etudiantes (FEMYSCO )» a étudié trois questions principales relatives à la participation politique de la jeunesse musulmane européenne : la situation des jeunes hommes et femmes musulmans qui souhaitent participer à la vie politique dans les pays respectifs ; les obstacles qu'ils doivent affronter et le rôle que jouent les ONG dans la promotion de l'engagement politique.

La première déclaration faite par les participants du forum, constate que le nombre de citoyens de confession musulmane diffère d'un pays européen à l'autre, mais que dans tous les pays, leur engagement politique était en mauvaise voie. Et les participants du forum pensent que le système politique européen n'est pas favorable à la participation des jeunes musulmans.

Dans la plupart des cas, l'engagement politique se heurte à une série d'obstacles, l'une étant le fait que des personnalités politiques ne reconnaissent pas les jeunes musulmans. Parmi les autres obstacles il y a la laïcité, la perception que les médias donnent des musulmans, les préjugés, le manque de fonds et l'absence de modèles positifs pour les jeunes. Des ONG encouragent les jeunes -hommes et femmes- à "participer" dans différents domaines (responsabilités sociales, économiques et civiques), mais il est rare que leurs actions conduisent à des engagements réels.

Il est intéressant de souligner les propositions faites par ce groupe de travail, autant pour les individus que pour les ONG : le respect des droits de l'homme, le renforcement de l'engagement des individus à la citoyenneté et la sensibilisation des organisations au problème de la discrimination contre les musulmans. Souvent, ces pratiques discriminatoires sont associées avec le rejet de certains droits, comme par exemple le droit à l'éducation en France ou le droit de travailler en Italie.

Les jeunes qui ont mené cette enquête affirment qu’«en tant que citoyens musulmans, l'Islam guide leurs actions quotidiennes et les dirige à respecter la loi des Etats démocratiques de l'Europe dans laquelle ils vivent, à moins que ces lois ne deviennent injustes ou contraires aux principes d’exercice de la liberté religieuse». Un problème peut exister quand les jeunes musulmans sont empêchés de pratiquer leur religion (par exemple, si les jeunes filles sont exclues des écoles –en France, pour port du hijab), ce qui peut conduire à une remise en cause de la loi (FEMYSO, 2003).

Vers un Islam européen ?...

La présence des musulmans en Europe peut contribuer à la transformation de la pensée islamique. Avec chaque nouvelle génération, la nécessité de faire émerger un Islam autochtone va progressivement être mise en avant. Aux jeunes générations de créer les conditions pour une autre culture islamique en Europe, à travers un discours universel.

Pour Olivier Roy, le discours théologique islamique en Europe ne prend toujours pas en compte ces innovations culturelles, mais il est possible de dire qu'il y a les prémices d'un renouveau de la réflexion théologique.

En termes généraux, il existe deux approches différentes dans ce domaine : d'une part, il y a les partisans d'une adaptation du fiqh (jurisprudence islamique) en conformité avec le contexte des sociétés européennes, de l'autre, il y a les défenseurs d’une vision globale, ce qui entraînerait une évolution de la théologie islamique dans son ensemble, et, par extension, les sociétés musulmanes.

La première approche est représentée par le Conseil européen de la fatwa . Ce conseil est chargé de développer des opinions juridiques sur les questions qui touchent les musulmans en Europe (mariage, l'héritage, la société consumériste, le divorce, et ainsi de suite).

Le second, dont le principal promoteur est Tariq Ramadan, défend une approche universaliste. Dans son livre Les musulmans d’Occident et L'avenir de l'Islam, il jette les bases d'une identité musulmane européenne. Ramadan estime qu'il est nécessaire pour les nouvelles générations de développer leurs propres réflexions sur les principes et l'éthique de la religion, ainsi que sur leurs racines dans les sociétés sécularisées. Pour ce faire, ils doivent non seulement étudier les sources musulmanes- puisque c'est ainsi qu'ils seront en mesure d'apporter une nouvelle lecture de l'Islam, adaptée aux temps modernes - mais ils doivent également créer un cadre de référence qui offre aux citoyens musulmans les moyens de vivre et de s'engager de manière satisfaisante dans leur société.

Ramadan rejette l'«approche binaire» que contient, dit-il, la notion de minorité. En effet, car cela comporte, croit-il, l'idée d'une opposition entre «eux» et «nous». C'est ce qui justifie sa critique de l’idée d’une «sharia des minorités».

En revanche, les défenseurs d'un fiqh européen estiment que la suggestion de Ramadan pourrait conduire une vision catholique de l'Islam. En tout cas, ce que les deux approches ont en commun c’est la nécessité de contextualiser l'Islam sur le sol européen.

En Espagne, le travail actif de musulmans convertis- en particulier, le travail de «Junta Islámica» [Conseil Islamique], une association créée en 1989 qui a développé l'accord de coopération avec le gouvernement- joue un rôle important dans la création d'un Islam espagnol. Selon Mansur Escudero, président de l’association, «l'Islam, comme la voie spirituelle suivie par un cinquième de l'humanité, ne peut pas continuer à être entravée par des éléments culturels ou politiques. Il est temps de mettre en évidence la spiritualité comme un élément positif de développement personnel, accentuant les valeurs coraniques universelles telles que la générosité, l'hospitalité, la solidarité et l'amour de ce qui est bon et beau, dans le cadre du plein respect de toutes les croyances et les cultures». Cette déclaration de principes résume la vision des musulmans espagnols, pour qui l'Islam est une éthique et une recherche spirituelle.

En guise de conclusion, nous pouvons dire que malgré les conflits et les tensions les musulmans sont de plus en plus à revendiquer leur droit à une identité multiple. Jusqu'à présent, les études sociologiques ainsi que les perceptions des jeunes musulmans en Espagne (par exemple) ont mis l'accent sur l'élément migrateur, mais les générations nouvelles devront faire face à de nouveaux défis qui dépassent les oppositions entre Islam et citoyenneté.

*Ndeye Andujar est professeure d'espagnol (Paris), vice-présidente du Conseil Islamique Catalan

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Port du voile imposé aux non-musulmanes en Australie !!

Par La Louve ἄλφα, le 13 février 2013

Australie : un collège islamique impose le foulard aux enseignantes non musulmanes. Pas d'accommodement raisonnable pour les femmes infidèles !

Deux enseignantes du Collège islamique de l'Australie-Méridionale contestent devant les tribunaux leur licenciement abusif basé en partie sur leur tenue vestimentaire jugée inappropriée.

Elles ont été licenciées l’année dernière par le collège West Croydon, qui avait averti les enseignantes, musulmanes et non musulmanes, de porter le foulard sous peine de licenciement. L'une des enseignantes poursuit l’établissement pour licenciement injustifié devant un tribunal civil, et l’autre a porté plainte devant le tribunal du travail (Fair Work Australia).

Le directeur du collège, Kadir Emniyet, a défendu hier la politique de l’établissement, disant qu’elle avait été discutée avec les 42 enseignants et que «90 % d’entre eux sont heureux de s’y conformer».

La politique, qui impose aux non musulmanes le port d’un foulard, et non du hijab traditionnel, a été instaurée en 1998, puis suspendue en 2010 par l’ancienne administration. Elle a été rétablie au début de cette année sous la forme d’instructions verbales au personnel.

M. Emniyet, entré en fonction cette année, a déclaré que les enseignants de sexe masculin qui enfreignent le code vestimentaire, par exemple en portant des shorts, sont soumis au même régime disciplinaire que les enseignantes qui ne portent pas le foulard : trois avertissements, puis le licenciement.

Écrit par : Rachid Z | 18 février 2013

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Le fait religieux à l’école primaire

Par Hervé LALY, le 14 février 2013


Charles Aznavour chante : «Ils vont apprendre à lire les enfants - Les mêmes bibles les mêmes corans - Mais d’une autre manière - Comme quand on est frères - Tout en étant différents »

En évoquant les similitudes et les différences des trois religions monothéistes, il espère que les enfants liront autrement les livres sacrés. Autrement, toute la question est là. Elle se pose pour les croyants qui ne se réclament pas du fondamentalisme, la majorité d’entre eux, mais elle se pose aussi pour les enseignants qui doivent traiter du fait religieux sans faire de prosélytisme c’est-à-dire en respectant la laïcité.

Le fait religieux dans les programmes de l’école primaire

Sous une forme ou sous une autre, la religion chrétienne a toujours figuré dans les programmes. Dans ceux de 2002, le thème apparaît d’abord pour l’Antiquité : « de plusieurs dieux à un seul Dieu : la christianisation du monde gallo-romain », puis pour la période médiévale : « l’Europe des abbayes et des cathédrales ». Même s’il n’est pas demandé explicitement aux maîtres d’aborder le christianisme en tant que tel, dans la pratique, il semble difficile d’étudier les sujets ci-dessus en évitant la figure du Christ.

La nouveauté des programmes est la place faite à l’Islam, en concordance avec l’évolution de notre société qui ne peut plus désormais ignorer cette composante de la nation française. Le point fort est ainsi rédigé : « en Méditerranée, une civilisation fondée autour d’une nouvelle religion, l’Islam. Entre chrétiens et musulmans, des conflits mais aussi des échanges ». L’accent est mis à la fois sur l’aspect culturel, au-delà de la religion, et sur le fait que chrétiens et musulmans se sont certes battus (la Reconquista en Espagne ; les croisades) mais ont aussi beaucoup échangé, l’occident, en particulier les villes italiennes, profitant sur tous les plans du rôle d’intermédiaires joué par les musulmans.

Derrière les faits historiques avérés, la leçon d’éducation civique pointe. Il s’agit d’abord de faire prendre conscience aux élèves qu’ils s’inscrivent dans une histoire commune et que dans cette généalogie, le christianisme tient une place centrale. Aline Rousselle, spécialiste d’histoire romaine, fait remarquer que le christianisme « a marqué l’histoire du monde, son émergence mérite donc une place importante dans l’histoire générale, au moins autant que l’invention des rouages démocratiques d’Athènes. » Le parallèle avec la démocratie, autre pilier de la société occidentale actuelle, est éloquent. Religion et démocratie, au sens de souveraineté du peuple et du règne des libertés, rentrent d’ailleurs en conflit en France au XIXe siècle. En sortent le principe de la laïcité puis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Il est donc difficile d’ignorer les caractéristiques de la religion chrétienne, son histoire dans ses rapports avec la société laïque si nous voulons comprendre le monde actuel. Or, l’Eglise, en tant qu’institution, n’a plus l’autorité reconnue pour encadrer le sentiment religieux contemporain. Peu d’enfants fréquentent le catéchisme . Les sociologues notent la privatisation du religieux au sens où celui-ci n’est plus porté par une culture commune mais relève des individus. Les interprétations les plus personnelles mais aussi les plus approximatives, les plus confuses, sont désormais concevables d’autant plus que la mondialisation offre la possibilité de changer de religion, de mélanger des croyances et des pratiques issues d’autres spiritualités, telles que le Bouddhisme par exemple. Un tel contexte explique sans doute l’existence des sectes et pour une minorité la recherche de certitudes que lui proposent les fondamentalismes de tout bord. En tout cas, l’ignorance en matière religieuse est criante, Aline Rousselle le déplore pour ses étudiants. L’école est donc à nouveau convoquée.

En ce qui concerne l’Islam, la question du programme, très consensuelle, semble avoir comme objectif d’en proposer une lecture positive pour faire pièce aux représentations dépréciatives alimentées par les actions des mouvements intégristes et leur médiatisation. La civilisation musulmane brille en effet de tous ses feux au Moyen Age. Les marchands arabes sont les intermédiaires obligés entre l’orient et l’occident mais aussi entre l’Afrique noire et l’occident. L’héritage grec dans le domaine des sciences, de la médecine et de la philosophie est recueilli, traduit puis nous est transmis par les savants arabo-musulmans. La littérature n’est pas en reste. L’exemple le plus frappant est les Contes des Mille et une Nuits, au substrat indien et persan dont les Arabes font un corpus qui se répand ensuite à l’échelle de la planète, le premier traducteur étant même un Français, Antoine Galland (1646-1715). Mettre ainsi l’accent sur le dynamisme commercial, intellectuel et artistique de la civilisation arabo-islamique devrait permettre à l’élève musulman de renouer avec un passé valorisant et de rejeter la lecture obscurantiste des intégristes, pour les autres élèves, de mettre à l’épreuve leurs préjugés. Nous retrouvons les paroles de la chanson : lire les mêmes bibles, les mêmes corans mais d’une autre manière.

Enseigner le Christianisme et l’Islam à l’école va bien au-delà du simple savoir historique. Régis Debray défend l’idée qu’un tel enseignement permet de se rapprocher des autres civilisations dans la mesure où il contribue à la connaissance et au respect mutuels, donc à la tolérance. Il le voit comme un remède au communautarisme. Il le replace cependant dans un contexte plus large : « « l’inculture religieuse » dont il est tant question ne constitue pas un sujet en soi. Elle est partie et effet, en aval, d’une « inculture » d’amont, d’une perte des codes de reconnaissance affectant tout uniment les savoirs, les savoir-vivre et les discernements. [...] Traditions religieuses et avenir des Humanités sont embarqués sur le même bateau. On ne renforcera pas l’étude du religieux sans renforcer l’étude tout court ». Mais comment procéder sans tomber dans le catéchisme ?

Fait religieux et croyances

Au premier abord, il semble relativement facile d’opposer la croyance aux faits historiques. Cependant faire la part entre les faits avérés et la foi n’est pas toujours évident. De solides connaissances sont nécessaires. L’exercice peut vite devenir fastidieux et pesant car il est pour le moins artificiel de séparer le fait de la croyance afin de rendre compte d’une religion dont le propre est précisément de combiner les deux aspects. Sans doute est-il préférable, comme nous y incite Régis Debray, de considérer le phénomène religieux comme un fait social total. Croire à l’existence du paradis a façonné les esprits et la vie quotidienne des populations médiévales au point de les jeter sur les routes des croisades. Ne pas l’évoquer en classe sous prétexte qu’il s’agit de croyances serait absurde. Le phénomène religieux est « à cheval sur le psychisme individuel et le vécu collectif, inscrit dans la chair des sociétés. L’objectivité scientifique ne peut rien y redire : les fêtes religieuses, les cathédrales, le pèlerinage à La Mecque sont des réalités indiscutables, même si les facteurs qui président à leur apparition relèvent de la croyance. »

Démêler la réalité historique de ce qui relève de la foi est donc illusoire. Le maître est amené à considérer la religion comme un tout, à aborder avec des élèves de moins en moins éclairés sur ce sujet. La tâche est d’autant plus difficile que les pistes suggérées manquent, à notre avis, de précision : « s’en tenir au religieux comme phénomène d’observation et de réflexion peut aider tout un chacun à démêler ce qui relève d’une part des connaissances communes et indispensables à tous, de ce qui relève d’autre part du domaine des consciences, des familles et des traditions ». Il s’agit d’éviter toute spéculation, de « s’en tenir à l’homologué », à ce qui est communément admis par la majorité des croyants. C’est finalement l’approche, la démarche, qui différencie le professeur du catéchiste.

L’approche à l’école

Tout repose, semble-t-il, sur la formulation et les précautions oratoires. Aline Rousselle, dans sa présentation qu’elle fait du christianisme, écrit : « la formation d’une nouvelle religion vient surtout de la prédication de ses disciples qui le disaient (souligné par nous) Fils de Dieu, qui voyaient en lui le Messie annoncé par les prophètes juifs... ». C’est une première précaution que de dire non pas « Jésus est ressuscité » mais les « chrétiens croient que Jésus est ressuscité » car si l’existence de Jésus n’est plus contestée par les historiens, sa destinée en tant que Christ (le mot signifiant « Oint » ou Messie), telle qu’elle nous est rapportée par le Nouveau Testament, relève de la croyance.

Cette posture devrait faciliter les mises au point quand des élèves confondent leurs croyances avec la séance d’histoire. Le numéro du Nouvel Observateur, déjà cité, relate plusieurs exemples significatifs. Lors d’un cours sur le judaïsme, des élèves contestent le nom d’Abraham au prétexte qu’il s’appelle Ibrahim dans le Coran. Dans un collège de Metz, un jeune juif refuse d’écrire Iahvé car « on n’écrit pas le nom de Dieu » . Dans les Hauts-de-Seine, des élèves sont scandalisés que la professeur d’histoire manipule le Coran : « c’est un livre saint, vous êtes impure, vous n’avez pas le droit de le toucher ». Autant de faits qui sont l’occasion de rappeler un principe laïc selon lequel les croyances ont un statut différent selon qu’elles sont exprimées dans la sphère privée ou étudiées à l’école.

Une autre possibilité consiste à s’appuyer sur les documents pour montrer les parentés et les différences entre les trois grandes religions monothéistes. C’est la phrase de la chanson qui dit en substance : « tous frères, tous différents » . Chacun sait que le Dieu chrétien est appelé YHVH ou Iahvé dans le Judaïsme, Allah dans le Coran. La Bible est en partie commune aux Juifs et aux Chrétiens avec cependant des différences : la Bible hébraïque ne comprend pas le Nouveau

Testament propre à la Bible chrétienne. Celui-ci est composé des quatre Evangiles, des Actes des Apôtres, des Epîtres et de l’Apocalypse. Dans le Coran, le verset 46 de la sourate V dit ceci : « Nous avons envoyé, à la suite des prophètes, Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qui était avant lui, de la Torah ». C’est Allah qui parle puisque le Coran contient le message de Dieu transmis à Muhammad (Mahomet) par l’ange Gabriel. La filiation de la religion musulmane avec les deux autres religions monothéistes est ici flagrante. La Torah, composée des cinq livres attribués à Moïse, est en effet le noyau de la Bible hébraïque. Or ils sont repris tels quels par la Bible chrétienne puisqu’il s’agit de : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Quant à Jésus, il est considéré dans le Coran comme le prophète, donc un homme, qui a précédé Muhammad. Mais à la différence du Christianisme, l’Islam ne voit pas en lui le fils de Dieu.

Conclusion

Cette brève présentation est insuffisante. Nous aurions tous besoin, me semble-t-il, de faire un point sur les connaissances communes dont parle R.Debray, sur ce qu’il appelle « l’homologué ».

La mise en œuvre pédagogique présente bien des dangers. Dans le contexte diplomatique et social actuel, un tel sujet place toujours le professeur sur le fil du rasoir. L’échange avec les collègues, la formation continue et l’accompagnement devraient permettre de sortir de l’isolement car l’école est peut être l’un des derniers lieux où il est possible de dépasser les convictions et les passions qui l’accompagnent pour instaurer une distance. Il reste à imaginer les activités concrètes qui pourront faire progresser les élèves dans la connaissance de l’autre. S’appuyer sur les fêtes des différentes religions et sur ce qu’elles commémorent est sans doute un bon moyen de faire saisir les similitudes et les différences. « Tous frères, tous différents ».

Écrit par : Rachid Z | 18 février 2013

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