15 février 2013

Des djihadistes maghrébins en Syrie

Des djihadistes maghrébins en Syrie

Avant-goût de l'après-Assad

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Par Franck Guillory, le 15 février 2013

Deux ans après le début de la guerre civile en Syrie, la situation n’a jamais paru aussi bloquée. Forces de l’opposition et troupes fidèles au régime de Bachar al-Assad continuent de s’affronter et les civils restent pris entre leurs deux feux. Sans issue. Pourtant, un phénomène inquiète. Il n’est pas nouveau mais s’intensifierait…

Après l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, l’Afghanistan à nouveau, l’Irak, la Libye, le Sahel… la Syrie est désormais la destination favorite des djihadistes du monde entier, unis et décidés à poursuivre un combat qui ne saurait être que global.

La poursuite de la lutte

A la suite du Printemps arabe, des jeunes originaires des pays du Maghreb ont choisi à poursuivre le combat qu’ils avaient entamé en prenant les armes et en rejoignant les djihadistes en Syrie. Ils se sont associés – ont rejoint – les groupes d’opposition syriens qui cherchent à renverser le régime de Bachar al-Assad. Parmi ces groupes, il y aurait Jabhat al-Nusra, un groupe affilié à al-Qaïda. Parmi ces djihadistes, se seraient trouvés des Algériens, des Tunisiens, des Mauritaniens et un grand nombre de Libyens. Dans les derniers arrivants, on trouverait, en particulier, les combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) délogés du Sahel par l’intervention au Mali des forces françaises.

Faire tomber les régimes laïcs

Pour les djihadistes, les pays du monde se divisent en terre de kufr – les mécréants -, terre d’Islam et terre de djihad.

Tout pays témoin d’une guerre contre le régime au pouvoir est un environnement favorable au djihad. Les mouvements islamistes s’efforcent de tirer profit des chaos armés qui secouent les pays au cours d’une révolution et, pour cela, ils unissent leurs objectifs et stratégies à ceux des mouvements révolutionnaires, y compris laïcs, avec l’objectif d’en profiter par la suite.

La démocratie n’est pas un objectif pour les djihadistes, mais ceux-ci ne révèlent leur intention qu’après la chute du régime en place.

La Syrie, maillon faible

La Syrie est désormais terre de djihad où il s’agit de détruire le régime laïc de la dynastie Assad pour le remplacer par un état islamique. Baptisé le Levant par les djihadistes, elle est même le pays où ils estiment avoir le plus de chance d’atteindre leurs objectifs – puis s’en servir comme base arrière pour poursuivre au-delà leur combat.

La même stratégie est en œuvre ailleurs dans les pays du Printemps arabe, en Libye, en Egypte, en Tunisie. Dans ces pays, les succès électoraux des islamistes n’atténuent en rien la menace djihadiste. Si les islamistes dits modérés semblent l’avoir emporté, s’ils donnent des gages à la société et aux partenaires internationaux en jouant le jeu de la démocratie – alliés parfois à des forces laïques, comme en Tunisie -, il n’en reste pas moins que des lignes dures n’ont pas abandonné leur objectif final : l’établissement d’Etats islamiques. Les événements de la semaine écoulée, depuis l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, en Tunisie en sont une parfaite illustration.

Mais nulle part, le niveau de chaos a atteint celui observé en Syrie.

Une stratégie révolutionnaire éprouvée

Les djihadistes n’ont rien inventé. L’histoire mondiale des révolutions démontrent qu’il est rare que les forces les plus radicales accèdent directement au pouvoir après le renversement de l’ancien régime.

La mère de toutes les révolutions modernes, la révolution française de 1789, n’avait-elle pas suivi cette même logique – de la chute de la monarchie absolue à l’échec de la monarchie constitutionnelle, de la Convention à la Terreur ? Idem pour sa petite sœur, la révolution russe de 1917 ou, plutôt, les révolutions russes de février et d’octobre qui ont vu les mencheviks d’abord puis les bolcheviks, les modérés puis les radicaux, succéder au tsarisme. Le même processus s'est reproduit en Iran en 1979. Les exemples sont nombreux.

S’il n’y a pas, semble-t-il, de statistiques précises sur la présence de Maghrébins en Syrie, il est certain que la présence de combattants étrangers aura des répercussions sur l’après-Assad – ainsi que sur les autres pays fragilisés de la région. En ce sens, on comprend bien que les révolutions du Printemps arabe ne sont pas encore arrivées à leur terme

Commentaires

Interpellations dans les milieux islamistes en région parisienne

Reuters, le 15 février 2013

Quatre personnes ont été interpellées mardi matin dans la région parisienne dans le cadre d’une enquête sur une filière de Français partis combattre avec les islamistes au Sahel.

Quatre personnes ont été interpellées mardi matin dans la région parisienne dans le cadre d’une enquête sur une filière de Français partis combattre avec les islamistes au Sahel.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a souligné qu’il y avait actuellement “une poignée de Français” aux côtés des groupes islamiques que les forces françaises combattent au Mali, et plusieurs dizaines en Syrie.

Le coup de filet de mardi a été mené sur commission rogatoire du juge antiterroriste Marc Trévidic, a-t-on précisé de sources policière et judiciaire.

Il fait suite à l’arrestation l’été dernier à Niamey, au Niger, d’un ressortissant franco-congolais de 27 ans, Cédric Lobo, qui était animateur social à Asnières (Hauts-de-Seine).

Il a été arrêté à Niamey, la capitale du Niger, alors qu’il tentait d’acheter un véhicule 4×4 avec un faux permis. Il voulait gagner Tombouctou, au Mali, et rejoindre les rangs d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), selon les enquêteurs.

Arrêté par la police du Niger, il a été expulsé vers la France, où il a été mis en examen et incarcéré, précise-t-on de source policière.

Mardi matin, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a opéré en plusieurs endroits, notamment à L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne).

Trois Franco-congolais et un Malien ont été interpellés.

Manuel Valls a souligné que ce coup de filet était le résultat d’une enquête de longue haleine.

LE MALI A CRÉE UN APPEL D’AIR

Il a établi un lien entre ces arrestations, la crise syrienne et la situation au Mali, où une opération française a mis un coup d’arrêt aux activités militaires de djihadistes.

“Il faut continuer ce travail de démantèlement de ces réseaux qui veulent soit agir sur notre territoire, soit exfiltrer des individus pour faire le djihad, pour apprendre les pratiques du terrorisme en Syrie – il y en a beaucoup – et aussi au Sahel”, a-t-il déclaré sur BFM-TV et RMC.

Selon lui, “plusieurs dizaines” de Français ou de personnes résidant en France sont déjà allées rejoindre des rebelles en Syrie, “souvent dans des groupes contrôlés par Al Qaïda.”

“Et il y a aussi quelques individus qui veulent se rendre au Sahel. Donc il faut les empêcher, les arrêter, les neutraliser”, a-t-il ajouté. “Il y a probablement une poignée de Français qui sont au Sahel.”

Le juge Marc Trévidic considère que la progression des islamistes au Mali a créé un “appel d’air” pour de nombreux candidats au djihad en France, mais que les départs se raréfient depuis le début de l’intervention militaire française.

“Il y a eu, sur les huit derniers mois, un appel d’air, parce qu’ils ont entendu dire, sur internet ou dans leurs conversations, ‘super, on applique la charia à Tombouctou, il y a une vraie terre d’islam, et en plus on nous a dit qu’en septembre, les mécréants allaient attaquer cette terre d’islam”, a-t-il expliqué le 25 janvier dans un entretien à Reuters, en référence au déploiement initialement prévu en septembre d’une force ouest-africaine au Mali sous mandat de l’Onu.

Mais depuis quelques semaines, “c’est dur de partir, et puis surtout, les gens ne bougent pas l’oreille”, a-t-il ajouté.

Écrit par : Rachid Z | 15 février 2013

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Il n’y a pas de loups solitaires chez les djihadistes

Le 10 février 2013

Marc Trévidic revient sur une confusion largement répandue par la médiatisation de l’affaire Merah : les djihadistes ne sont pas des loups solitaires. Au contraire, ils sont le fruit d’un processus impliquant de nombreux acteurs … et sont donc loin d’être isolés idéologiquement.

Mohammed Merah n’aurait rien d’un loup solitaire : il est inscrit dans une démarche globale impliquant de nombreux acteurs.

Le phénomène du « Jihad individuel » est très éloigné de l’image du « loup solitaire ». Les « solistes du Jihad » jouent une partition qui n’est pas la leur. Ils suivent une stratégie définie par d’autres. Ils ressemblent à un gardien de but au moment du tir du penalty, solitaire, mais avec une équipe derrière et des règles de jeu. Car le gardien de but poursuit le même objectif que toute son équipe même si, au moment précis du tir, il est seul à jouer.

Les agissements de Mohamed Merah n’étaient que la sinistre concrétisation d’une menace pérenne et parfaitement connue : celle du « Jihad individuel », qui faisait peur depuis longtemps aux policiers et magistrats spécialisés. Rien de bien nouveau. Mais comme nous avions confiance en nous, comme nous avions toujours réussi à ne pas être débordés et comme Merah avait réussi là où tant d’autres avaient échoué, il y eut la tentation de faire de cette affaire un cas à part. Nous ne pouvions pas avoir été pris de court par un phénomène ancien et connu, celui de l’auto-entrepreneur jihadiste sous franchise Al Qaida. C’est alors que l’image du « loup solitaire » sortit du bois. Mohamed Merah était un loup solitaire et c’est pour cette raison qu’il nous avait échappé. Il était, comme l’avait chanté Renaud, une bande de jeunes à lui tout seul, à la fois « le chef et le sous-chef ».

Cette notion de loup solitaire était pourtant bien contestable car les loups, en réalité, vivent en meute.

Certains commentateurs de l’affaire Merah, englués dans le cliché médiatiquement sexy du « loup solitaire », confondirent des notions bien distinctes, l’entreprise individuelle d’une part, l’exécution par un seul homme d’un attentat terroriste d’autre part. Qu’un terroriste passe seul à l’action ne signifiait pas ipso facto qu’il en soit l’unique responsable. Le passage à l’action individuel était devenu depuis longtemps la norme, avec la prolifération des attentats kamikaze.

Or, personne ne parlerait de « loup solitaire » pour un kamikaze actionnant sa ceinture d’explosifs au milieu d’une foule. Non pas que le terrorisme individuel ne puisse pas exister, mais en matière de terrorisme islamiste, le cas ne s’était simplement jamais présenté. Cela tenait, et tient toujours, au processus long et complexe qui transforme un individu en fou de Dieu prêt à agir. Ce processus est très différent de celui qui amène par exemple un homme à liquider la moitié d’une classe d’un campus aux États-Unis et, d’une manière générale, du passage à l’acte des auteurs de grands massacres sans connotation idéologique, ou avec une connotation idéologique de faible intensité. Alors que de nombreux meurtriers de « droit commun » sont souvent décrits comme des individus taciturnes qui se sont repliés peu à peu sur eux-mêmes, le processus de construction d’un terroriste islamiste passe par la recherche de ses semblables. Une religion, même extrémiste, constitue un lien entre les hommes.

Une idéologie se partage puisqu’il s’agit d’idées. Il n’existe donc aucune idéologie individuelle.

Écrit par : Rachid Z | 15 février 2013

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Quelque 132 jihadistes tunisiens tués en une journée dans des combats en Syrie

Par Agence, le 14 février 2013

Plus d’une centaine de jihadistes tunisiens ont péri le 13 février lors du bombardement par l’aviation syrienne des positions des combattants du Jabhat Al-Nosra à l’aéroport d’Alep, au nord de la Syrie.

Selon la radio tunisienne ExpressFM, des combats violents ont opposé mercredi l’armée syrienne et une brigade de Jabhat Al Nosra (Front Al Nosra), composée essentiellement de jihadistes tunisiens.

Selon la source de la radio tunisienne, quatre personnes ont été déjà identifiées et leurs photos ont été envoyées à leurs familles (deux de Sidi Bouzid et deux de la Cité Ettadhamen dans la banlieue de Tunis) et «il y aura d’ici la fin de journée la liste complète de tous les noms des 132 djihadistes tunisiens morts mercredi et qui sera envoyée par des chefs du Front Al-Nosra à d’autres chefs à Sidi Bouzid», indique ExpressFM.

Pour rappel, lors de l’attaque des installations gazières de Tiguentourine (In Aménas), le 16 janvier 2013, sur les 32 terroristes auteurs de la prise d’otages, 11 sont de nationalité tunisienne. (Avec Agences)

Écrit par : Rachid Z | 15 février 2013

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