07 février 2013

Vérités sur les liens américains des Frères Musulmans

Vérités sur les liens américains des Frères Musulmans

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Al Manar, le 06 février 2013

L’homme politique égyptien et un des fondateurs du mouvement de la société civile, Saad-Eddine Ibrahim, a accusé les Frères Musulmans (FM) d’Égypte d’entretenir de longue date relativement des liens étroits avec l’administration américaine, de disposer d’une force paramilitaire, et de reprocher aux autres ce qu’ils se permettent de faire, signalant qu’ils ont mille et une facettes.

Dans un entretien accordé au journal égyptien al-Watan, ce directeur du centre Ibn Khaldoune et professeur de sociologie à l'Université américaine du Caire assure que contrairement à ce qui est connu, ces contacts ne datent pas de la chute du président Hosni Moubarak, mais bien d’avant.

Il s’estime bien placé de le savoir, car c’est lui qui a été l’agent de liaison entre les deux protagonistes depuis 2009, et ce à la demande des deux dirigeants des FM, Khayrat Chater et Issam Aryane, qui étaient ses co prisonniers durant l’ère Moubarak.

Les questions des diplomates aux FM

Il signale toutefois que l’ambassadeur américain au Caire s’était abstenu au début de les rencontrer directement, en raison de l’impact des attentats du 11 septembre, mais se tenait informé de leurs positions, grâce aux ambassadeurs britannique, canadien et australien qu’ils rencontraient.

Selon lui, les diplomates occidentaux leur posaient les questions suivantes : «si vous accédez au pouvoir, quelle sera votre position des puissances occidentales, quel sera votre agenda intérieur, et en particulier votre position à l’égard des minorités, de la femme, de la liberté de création et de culture, et votre position de l’accord de paix et d’Israël».

La «grande énigme» des FM

Ibrahim a confirmé l’existence d’un «grand secret», ou d’une «grande énigme» qui lie les FM aux Américains, et qui a été révélé par un ancien dirigeant de la confrérie islamiste égyptienne Sarwat al-Kharbaoui dans son dernier livre.

Il s’agit d’après lui du dirigeant Mahmoud Ezzat qui a vécu longtemps aux Etats-Unis et est parvenu à tisser des liens avec plusieurs milieux américains, comme la Maison Blanche, ainsi que les centres de recherches influents.

En Egypte, ils ont rencontré dans le plus grand secret des agents des renseignements étrangers ainsi que des responsables occidentaux, ce que révèlent les dossiers de Wikileaks qui devraient être prochainement publiés, selon Ibrahim.

Rien ne changera à 80%

Interrogé sur l’avenir des relations égypto-américaines, après l’avènement des FM au pouvoir, Ibrahim assure qu’elles resteront à 80% semblables à celles de l’ère Moubarak. «Rien n’a changé en Égypte depuis que Morsi est au pouvoir. Nous sommes une société fluviale qui privilégie la stabilité. C’est vrai que la révolution a éclaté pour perpétrer un grand changement, mais le résultat final du changement se bornera à 20%», a-t-il estimé.

Et pour preuve, il assure que la base aérienne américaine à Bani Yas, installé dans la Mer Rouge depuis l’ère Moubarak, y est toujours.

Une milice para militaire

Par ailleurs, Ibrahim soupçonne les Frères Musulmans de disposer d’une force para militaire qui interfère dans les évènements égyptiens. «Je n’ai pas de documents qui le prouvent, mais des indices : à commencer par l’incendie des commissariats de police et à terminer par les évènements à Ittihadiyya», assure-t-il, soulignant qu’un ancien ministre de l’intérieur lui avait confié que ce sont les miliciens des FM qui ont incendié les 28 commissariats de police et pris d’assaut les prisons durant la révolution de 25 janvier.

Depuis cette date, les FM ont intensifié leurs contacts avec les Américains, assure Ibrahim qui signale qu’ils lui ont demandé de les assister pour amorcer le dialogue avec les Républicains et les Démocrates, via leur sénateur John Mac Cain et John Kerry.

30 responsables des FM pour rassurer les Américains

Interrogé sur les coulisses de la visite effectuée par une trentaine de personnalités de la confrérie aux Etats-Unis, au lendemain de la publication des élections présidentielles, il a répondu : «la délégation des Frères s’est rendu auprès de tous ceux qui sont intéressés à Washington, que ce soit la Maison blanche, le secrétariat d’Etat pour les affaires étrangères, le Congrès, le Pentagone, le siège de la CIA, certains journaux américains réputés, ainsi que certains centres d’études à l’instar de Freedom House et de Carnegie. Ils se sont rendus chez eux pour leur dire que les Frères ne nuiront pas aux intérêts américains, mais bien au contraire qu’ils sont ouverts pour promouvoir ensemble les intérêts mutuels»

Les mille et une facettes des FM

Selon lui, ils ont dépêché depuis 2009 des délégations de leurs cadres pour participer aux sessions organisées par les Américains, dans le cadre de ce qu’ils avaient baptisé «la promotion de la démocratie», aussi bien en Egypte, qu’en Serbie.

«Ils accusent le mouvement du 6 avril d’être des collaborateurs. Alors qu’ils étaient avec eux dans tous les entrainements américains organisés. C’est un grand secret que personne ne connait. Les FM reprochent aux autres ce qu’ils se permettent de faire. Hélas, ils ont mille et une facettes», a-t-il regretté.              

11:39 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Les Frères musulmans incapables d'arrêter le chaos

Par Reem Leila, le 7 février 2013

De nouveaux groupes violents s'en prennent aux symboles du régime islamiste égyptien. Sans réelle expérience politique, les Frères musulmans répondent par une dure répression qui rappelle celle de l'ancien régime.

Les récents affrontements entre les manifestants et la police ont fait 46 morts et plusieurs centaines de blessés. Il y a deux ans, à la même époque, 7 manifestants avaient été tués. Par ailleurs, la nouvelle dynamique de la contestation égyptienne est illustrée par le battage médiatique autour de l’apparition de deux groupes : Black Bloc et Public Army, qui appellent ouvertement à la violence face aux échecs répétés des tentatives visant à atteindre des objectifs révolutionnaires.

Ces deux groupes proclament que les Frères musulmans ne satisferont aux revendications de l’opposition que si elles s’accompagnent de manifestations violentes de la population. Ils demandent également que soient rejugés tous ceux qui ont été accusés d’avoir tué des manifestants et ont été acquittés.

"Ces nouveaux groupes violents doivent être totalement rejetés"

Depuis que la désobéissance civile a commencé à tourner à l’émeute, les paroles apaisantes du régime n’ont guère d’effet. Selon Mustafa Al-Sayed, professeur de science politique à l’Université américaine du Caire, la situation est dangereusement tendue. "L’histoire des révolutions précédentes montre que l’usage de moyens pacifiques est la seule manière d’atteindre des objectifs révolutionnaires. Ces nouveaux groupes violents doivent être totalement rejetés."

Pour lui, la désobéissance civile pacifique est la démarche la plus efficace pour mener des revendications révolutionnaires. "Les Frères musulmans, ou plutôt les islamistes en général, manquent d’expérience politique", souligne-t-il. "Ils ont été en prison pendant des années et sont incapables de faire face aux vrais problèmes."

L'Etat mis en cause

Le journaliste Mustafa Bakri impute au président Mohamed Morsi et aux Frères musulmans la responsabilité de l’actuelle montée de violence. Selon lui, ils utilisent les mêmes tactiques que le régime Moubarak. "Les Egyptiens se rendent compte que Morsi sert davantage les intérêts des Frères musulmans que les leurs", explique-t-il.

De nombreux organes de l’Etat sont mis en cause et les poursuites contre des journalistes et des présentateurs de télévision accusés d’avoir insulté le président sont le signe d’une nouvelle atteinte à la liberté de la presse. "Ces tactiques répressives, qui incluent l’intimidation des journalistes, sont une réplique exacte des mesures de l’ère Moubarak."

Mustafa Bakri ne prend pas au sérieux les menaces islamistes d’exercer des représailles. "Ils se sont déjà aperçus qu’ils étaient incapables de faire quoi que ce soit. S’il leur prenait l’idée de faire appel à leurs milices, ils seraient confrontés au peuple tout entier. Quelques milliers d’hommes ne peuvent faire face à 90 millions de personnes."

Emad Gad, analyste au Centre des études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, perçoit une lueur au bout du tunnel, "mais, pour que les affrontements prennent fin, dit-il, il faudra que le président Morsi satisfasse aux quatre conditions posées par le Front du salut national [l'opposition] : ouverture d’un large et véritable dialogue national, formation d’un gouvernement de salut national, amendement de la Constitution et abrogation des nouvelles lois électorales. Pour donner au peuple la garantie que le dialogue national sera sérieux, il doit notamment limoger le gouvernement en place, y compris le Premier ministre, Hicham Kandil”. "S’il n’agit pas maintenant, ajoute l’analyste, l’Egypte risque de connaître une nouvelle spirale de violence.”

Écrit par : Rachid Z | 07 février 2013

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Trois noms, dont un membre des Frères Musulmans, à la succession du mufti

Masrawi, le 4 février 2013

Des sources proches de l’organisme des Ulémas à al-Azhar ont révélé que trois candidats sur dix-sept avaient été choisis pour la succession du mufti de la république Dr. Ali Gomaa, ajoutant que ces noms seraient envoyés, dans quelques jours, au président Mohamed Morsi.

Selon des sources du journal londonien « al-Sharq al-Awssat », ces noms sont Dr. Saad Eddine el-Helali, professeur d’al-Fiqh à la faculté de la charia et du droit à l’Université d’al-Azhar, Dr. Mohamed el-Guebali, professeur d’al-Fiqh à la faculté de la charia et Abdel Rahman el-Bar, professeur de Théologie et de la Dawa à Mansoura et membre du bureau du guide de la Confrérie des Frères Musulmans.

Ces sources ont indiqué que la Confrérie des Frères Musulmans exerçait des pressions sur al-Azhar pour nommer le candidat de la Confrérie comme mufti de la république.

Écrit par : Rachid Z | 07 février 2013

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