06 février 2013

Wahabisme Al Saoud et son oncle Sam !

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Al Saoud et son oncle Sam !

14:18 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

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Le salafisme, c'est "le dogme dans toute sa pureté"

Propos recueillis Gilles Paris, le 01 octobre 2012

Stéphane Lacroix, 34 ans, enseigne à Sciences Po, à Paris. Après une thèse consacrée au salafisme en Arabie saoudite, il travaille actuellement sur les mouvements se réclamant de ce courant de l'islam en Egypte.

Le salafisme est-il devenu un mot fourre-tout ?

Il désigne au sens large les mouvements de réforme de l'islam qui apparaissent à l'époque moderne, avec l'idée qu'il faut revenir à l'islam originel, celui du prophète et de ses compagnons [salaf, "les ancêtres"]. C'est ce qui explique que les Frères musulmans, à commencer par leur fondateur Hassan Al-Banna, se sont revendiqués pendant un certain temps du salafisme. On peut dire aujourd'hui qu'une OPA a été faite sur le terme par une autre mouvance qui se réclame d'une tradition de pensée distincte, celle initiée dans ce qui est aujourd'hui l'Arabie saoudite par un prêcheur du XVIIIe siècle, Mohammed Abd al-Wahhab.

Ce qui les différencie ? Pour les Frères, il faut construire un "Etat islamique" qui doit appliquer l'islam dans son acception légale, c'est-à-dire la charia. Les salafistes insistent sur la question religieuse au sens strict, en particulier sur le dogme de l'unicité divine qui s'est à leurs yeux altéré au fil des siècles, ce qui a conduit à la naissance de groupes que les salafistes ne considèrent plus comme musulmans, soufis et chiites, perçus comme associant à Dieu d'autres divinités.

Le salafisme, c'est une religiosité de rupture. Soit on adhère au dogme dans toute sa pureté et on rejette toutes les innovations, soit on est en dehors. A quoi s'ajoute l'idée que certaines pratiques sociales et religieuses sont déviantes, et qu'il faut revenir à des pratiques modelées sur celles du prophète et de ses compagnons, suivant une lecture très littérale des traditions prophétiques, appliquées à la lettre. Cela conduit à des pratiques ultraconservatrices. Pour les femmes, invitées à rester à l'écart de l'espace public ; pour le niqab plutôt que le voile ; pour une ségrégation des sexes plus affirmée. Les salafistes sont opposés à la musique, pas les Frères. Des évolutions apparaissent pourtant, comme l'idée de faire un film pour vanter les vertus du Prophète.

Il n'y a pas de réelle dimension politique chez les salafistes, encore moins de théorie de l'Etat, ce qui explique qu'en Arabie saoudite les salafistes ont pu abandonner ce terrain à la famille royale. Les Frères, eux, sont peu soucieux de cette quête de pureté doctrinale. Ils peuvent se solidariser pour des raisons politiques avec l'Iran khomeyniste ou avec le Hezbollah, qui sont chiites. Pour les salafistes, il n'en est absolument pas question.

Pourquoi assiste-t-on à une poussée salafiste dans le champ politique ?

Les salafistes sont restés majoritairement quiétistes [se contentant de la prédication, la dawa> jusqu'à il y a peu. Mais une politisation à la marge s'est opérée depuis les années 1970 avec deux moteurs : la compétition avec les Frères musulmans, qui conduit les salafistes à investir le champ politique pour peser face à leurs rivaux ; et le contexte particulier du djihad afghan qui débouche sur une seconde politisation, par les tripes, dans une logique internationaliste de défense de l'Oumma [communauté des musulmans] "attaquée" par les Etats-Unis et les Occidentaux en général. Ces salafistes dits "djihadistes", très minoritaires, vont faire une lecture politique, immédiatement belliqueuse, de la religiosité de rupture.

Comment les salafistes réagissent aux "printemps arabes" ?

La conséquence majeure est qu'ils sont entrés en politique en masse, notamment en Egypte. Pour rivaliser avec les Frères musulmans, ils ont créé des partis dont le principal est Al-Nour. Ils ont alors été obligés de développer une plate-forme politique, chose nouvelle pour eux. Conscients de leurs lacunes, ils ont demandé des conseils à des universitaires, soumis leurs militants à des séances de formation politique. Au final, ils se distinguent de moins en moins des Frères. De la même manière que les Frères tendent à devenir des islamo-démocrates, avec des points d'interrogation qui demeurent, les salafistes tendent à devenir des salafo-démocrates, avec les mêmes points d'interrogation.

Dès que les islamistes entrent en politique, ils n'ont pas d'autres modèles politiques à proposer et sont obligés, peut-être malgré eux, de se faire les avocats d'un Etat démocratique. Certes, des questions subsistent, notamment concernant les minorités. Mais l'évolution rhétorique du parti Al-Nour est assez fascinante. C'est sans doute la première fois qu'un tel mouvement va aussi loin, parce qu'il n'a pas le choix et rien d'autre à proposer.

Une conversion purement tactique ?

Oui, mais que la pratique pourrait à terme rendre structurante. Dans le cas égyptien, ce mouvement vivait dans sa bulle avant la révolution, il en est sorti. On peut le voir par exemple dans l'ouverture qu'il a vis-à-vis des coptes ou des partis non islamistes, exprimée par le président du parti. Ce qui montre qu'il y a une véritable évolution, c'est que cela provoque des remous. Certains cheikhs, les autorités religieuses du mouvement, s'inquiètent de la perversion doctrinale qu'entraîne la politisation.

Donc apparaît un risque d'éclatement ?

Il y a trois lignes en conflit : celle qui consiste à dire que l'entrée en politique est une erreur, elle dénature le mouvement. Ensuite, des cadres du parti considèrent - résultats électoraux à l'appui puisque Al-Nour a remporté un quart des sièges au Parlement - que leur choix est le bon, mais ils peinent à se distinguer des Frères, d'autant que le fait que le président d'Al-Nour fasse aujourd'hui partie de l'équipe du président Morsi les contraint à agir en parti de gouvernement.

La troisième ligne est celle qui émerge avec la figure du très populaire Hazem Salah Abou Ismail, qui mobilise dans la rue, en dehors des logiques partisanes, et qui porte un message à la fois très basique et beaucoup plus révolutionnaire, par certains côtés djihadistes. Ce mouvement porte un populisme salafiste : "La charia tout de suite et maintenant" et le paradis en prime, soit une formule qui ne demande, selon Abou Ismail, pas d'autres explications. C'est là aussi un salafisme qui parle aux tripes alors que Al-Nour veut faire du salafisme un mouvement politique viable.

Est-ce la même chose en Tunisie ?

C'est différent. La majorité du salafisme tunisien relève du populisme salafiste à la Abou Ismail. On le voit avec l'affaire de la vidéo anti-islam. Le parti égyptien Al-Nour a réagi comme les Frères : il a appelé à manifester symboliquement tout en calmant le jeu. En Tunisie, on a vu s'opposer islamistes de gouvernement et salafistes de rue. En Egypte, la fracture passe à l'intérieur du mouvement salafiste.

Le salafisme est-il compatible avec la démocratie ?

C'est trop tôt pour en juger, mais la question de la pérennité du salafisme politique se pose quand on voit la gravité des querelles internes. Les salafistes d'Al-Nour peuvent également s'accrocher à leur idéal tout en le repoussant aux calendes, comme ont pu le faire les communistes par le passé...

Écrit par : Rachid Z | 06 février 2013

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