06 février 2013

Abdul-Wahab et Séoud le Grand (1696-1804)

Abdul-Wahab et Séoud le Grand (1696-1804)

Naissance et expansion du wahabisme

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Extraits du livre de Benoist-Méchin : IBN-SEOUD ou la naissance d’un royaume (1955)

Né à Azaïna, dans le Nedjd, en 1696, Abdul Wahab était issu de la glorieuse tribu des Temim, dont les prouesses avaient été chantées dans les «poèmes dorés» d’Ocazh, et qui s’était ralliée une des premières à Mahomet. Initié très jeune aux lettres et aux sciences – il savait le Coran par cœur à l’âge de dix ans – il avait effectué plusieurs voyages à Damas, à Bagdad, à Bassorah et en Perse, apprenant ainsi à connaître les diverses sectes religieuses qui se disputaient la prééminence au sein du monde musulman. Après quoi, fidèle au destin habituel des prophètes, il s’était retiré dans le désert pour prier et méditer.

Dans l’immensité solitaire et silencieuse de sa retraite, il avait réfléchi à l’avenir de l’Islam et s’était affligé de voir la corruption profonde dans laquelle il était tombé. Par la faute des Califes ottomans et des Docteurs de la Loi, les idolâtries et les hérésies les plus graves avaient proliféré, étouffant la vraie croyance sous un amas de complications et d’interprétations oiseuses. Un luxe ostentatoire avait remplacé partout l’austérité primitive. Le culte de Mahomet et des saints avaient supplanté celui d’Allah. Les prescriptions du Coran étaient quotidiennement transgressées. Personne n’observait plus la loi du Prophète et la parole de Dieu n’était plus entendue nulle part.

Sur le plan politique, le spectacle était peut-être plus désolant encore. Presque tous les Arabes vivant en dehors de la péninsule étaient asservis aux Turcs et ceux du désert central, qui avaient échappé à leur tutelle, se servaient de leur indépendance pour s’entre-tuer, au lieu de travailler à la libération de leurs frères.

A l’instar de Mahomet, Abdul Wahab considéra que la tâche la plus urgente consistait à unifier toutes les tribus nomades et à les regrouper au nom d’un idéal religieux. Mais que pouvait-être cet idéal ? Une révélation nouvelle ? Assurément non. Le prophète avait apporté, une fois pour toutes, la vérité au monde et l’on ne devait rien y changer. Il fallait restaurer la Loi dans son antique pureté.

Les choses en étaient arrivées à un tel point de relâchement que les Arabes ne connaissaient même plus le sens profond de leur doctrine.

Que signifiait le mot «islam» ? L’abandon absolu à la volonté divine. Pourquoi le Prophète avait-il choisi ce nom ? Parce que Dieu, dans sa toute-puissance, a créé le monde hors du temps et que c’est hors du temps que Dieu décide ou a décidé la destinée humaine. La langue arabe le sait bien, elle pour qui passé, présent et avenir n’existent pas et qui donne au verbe un aspect d’action achevée, indépendante de la notion de temps. Dieu règle la destinée de l’homme en lui montrant la «hudâ», c’est-à-dire «la bonne direction». Il en est qui la suivent, en profitant d’une grâce que Dieu leur a accordée ; à d’autres, «Dieu a bouché les oreilles», si bien qu’ils ne peuvent plus comprendre le sens de ses commandements. Dans ce monde, dominé par une prédestination absolue, les Arabes étaient devenus sourds aux appels de la vérité. Ils avaient perdu la «hudâ», - la bonne direction.

Or rien, - ni les spéculations des hommes de science, ni les exhortations des poètes, ni les arguties des légistes, ni les querelles des théologiens – ne pouvait la leur rendre, s’ils ne revenaient pas aux sources de la révélation, c’est-à-dire à l’observance rigoureuse des règles du Coran. Celles-ci étaient très simples. «En quoi consiste l’islamisme ?» avait demandé jadis un Bédouin à Mahomet. "A professer qu’il n’y a qu’un seul Dieu dont je suis le prophète, avait-il répondu, à observer strictement les heures de la prière, à donner l’aumône, à jeûner le mois de ramadan et à accomplir, si l’on peut, le pèlerinage à la Mecque." Telles étaient les règles de vie qu’il fallait observer, sans restriction ni défaillance. Seuls, la prière, le jeûne et les aumônes menaient les Croyants à Dieu. Tout le reste n’était qu’hypocrisie, idolâtrie et blasphème.

En formulant sa doctrine, Abdul-Wahab n’avait nullement l’intention de fonder une secte nouvelle, c’est-à-dire d’apporter à ses disciples une interprétation personnelle de la parole sacrée. Il était convaincu de représenter l’Islam intégral, c’est-à-dire purifié, régénéré et rendu à lui-même. Abolissant d’un geste mille ans d’histoire arabe, il revenait au point précis d’où était parti Mahomet.

Comme on pouvait le prévoir, sa prédication se heurta à l’hostilité des grands-prêtres de la Mecque. Ceux-ci ne pouvaient tolérer cet enseignement révolutionnaire, dont le rigorisme était à la fois une menace pour leurs privilèges et une insulte à leur genre de vie. Ils persécutèrent cruellement le réformateur et le chassèrent à coups de pierres. Se rendant alors compte – comme l’avait fait Mahomet – que sa doctrine ne prévaudrait que si elle était imposée par la force, il s’enfuit à Daraya, la capitale du Nedjd et demanda protection à un chef de Bédouin nedjis, Mohammed-ibn-Séoud (1749).

Abdul-Wahab ne tarda pas à s’apercevoir que Mohammed avait des qualités exceptionnelles d’homme de guerre, Mohammed, de son côté, fut frappé par l’éloquence enflammée d’Abdul-Wahab. Le guerrier cherchait une doctrine ; le prédicateur cherchait une épée. Ils convinrent de mettre leurs forces en commun pour «accomplir la volonté divine et rendre au peuple arabe son unité perdue». Afin de sceller cet accord, Abdul-Wahab donna à Mohammed sa fille en mariage et lui confia la direction politique et militaire de l’entreprise. Celle-ci devait s’effectuer en deux temps. Il s’agissait d’abord de rallier au Wahabisme les tribus de l’Arabie centrale et de conquérir le Nedjd. Une fois maître du Nedjd, Mohammed et Abdul-Wahab se proposaient d’étendre la réforme au reste de l’Arabie.

Très vite, les hommes les plus énergiques du Nedjd, fanatisés par les sermons du Réformateur, vinrent se ranger sous l’étendard de Mohammed-ibn-Séoud, et les gouverneurs turcs de Damas et de Bassorah apprirent un beau jour avec surprise «que les tribus du Nedjd, jusqu’alors divisées étaient réunies sous un même commandement ; qu’elles avaient adopté une religion plus austère que celles des musulmans orthodoxes ; qu’un législateur dirigeait lui-même l’application des réformes, tandis qu’un vaillant guerrier  les imposait par la force des armes à quiconque faisait mine d’y rester réfractaire».

Déjà toute une partie du Nedjd avait embrassé la nouvelle doctrine. Les cheikhs du Hasa, hostiles à la réforme, s’étaient fait écraser et les cavaliers wahabites - comme on les appelait à présent – venaient faire des incursions sur les confins du Hedjaz et de la Syrie pour annoncer aux Bédouins le «réveil de l’Arabie».

Alarmé par les progrès rapides du wahabisme, le Sultan de Constantinople, Mahmoud 1er, ordonna aux gouverneurs de Bassorah, de Bagdad et de Djeddah, ainsi qu’aux Pachas d’Egypte et de Syrie de mettre tout en œuvre pour exterminer les «hérétiques» et les empêcher de s’emparer des villes saintes – Médine et la Mecque – dont la possession leur conférait un prestige dangereux.

Mais rien n’y fit. La deuxième vague arabe était lancée et elle allait déferler sur la péninsule, avec une impétuosité presque comparable à celle de la première. Malgré les contre-mesures de la Porte, Mohammed-ibn-Séoud continua de gagner du terrain. Les villes d’Anaïzah et de Buraïda se rallièrent à sa cause et leurs guerriers vinrent grossir les effectifs de ses armées. Lorsqu’il mourut, en 1765, il laissait un pouvoir affermi à son fils Abdoul-Aziz, qui en profita pour achever la conquête du Nedjd, dont il se fit proclamer roi (1765-1803). La première partie du plan était réalisée.

Abdul-Wahab était mort en 1792. Lorsque Séoud succéda à Abdul-Aziz en 1803, les doctrines nouvelles étaient déjà solidement implantées dans les provinces centrales. Petit-fils de Mohammed par son père, et d’Adul-Wahab par sa mère, Séoud – que l’on devait appeler bientôt Séoud le Grand – cumula les titres d’Emir du Nedjd et d’Imam des Wahabites. A la fois chef politique et chef religieux du mouvement, auquel il sut imprimer une cohésion et un dynamisme extraordinaires, il rassembla toutes ses troupes sur le plateau de Daraya, les harangua en présence du clergé wahabite et passa à la réalisation de la deuxième partie du plan : la conquête de l’Arabie.

Descendant «en tempête» sur le Hedjaz, il se rendit rapidement maître de toute la province et entra à Médine, à Taïf, à la Mecque et à Djeddah à la suite d’une série de combats victorieux.  Comme l’avait prévu le Sultan, la possession des villes saintes accrut considérablement son prestige aux yeux de ses compatriotes. Pénétrant dans le sanctuaire, il fracassa lui-même les tombeaux des saints et tous les ornements interdits qu’y avaient laissé ériger les chérifs «idolâtres», et restaura la Kaaba dans sa simplicité primitive (1804).

Puis il fit irruption dans l’Asir, qui se soumit sans résister, et de là dans l’Yemen, dont la capitale, Sana, fut enlevée de haute lutte. Cette dernière victoire mit le comble à l’exaltation de ses guerriers. Rien ne semblait plus capable d’arrêter leur élan. En 1808, Séoud le Grand avait pratiquement achevé la conquête de la péninsule. Son royaume comprenait, outre le Nedjd, le Hedjaz, l’Asir et l’Yemen, l’Hamdraout, le Hasa, Bahrein et Bassorah. Au nord son pouvoir s’étendait jusque dans le Hauran. Ses forces, qui campaient dans le Wadi Sirhan menaçaient à la fois Damas et Bagdad. De nouveau, l’Arabie était prête à prendre feu. Réunie toute entière entre les mains d’un seul maître, elle avait retrouvé la «hudâ» - la bonne direction …

Lire sur le net le livre IBN-SEOUD ou la naissance d’un royaume

13:10 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

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Muhammad Ibn Abdelwahab, le wahabisme et les Al-Saoud

Abou Hamza, le 04 juin 2012

Muhammad Ibn Abdelwahab :

Né en 1703 à Aynia à Najd (une partie de l’Arabie Saoudite d’aujourd’hui), il a commencé à étudier le Coran à l’âge de 10 ans puis le Fiqh sous la tutelle de son père, un savant hanbalite renommé. Il voyagea ensuite pour continuer son enseignement entre la Mecque, Médine et la Bassora (Irak). Il retourna ensuite à son village pour prêcher l’unicité absolue et l’adoration de Dieu uniquement.

Il fut épaulé dans sa quête par le prince Muhammad Ibn Saud et ont réussi à unifier la péninsule arabique qui était alors divisée en plusieurs tribus. Il est mort en 1772 et ses disciples ont continué à propager le message du Tawhid.

Sa doctrine, Attawhid (l’unicité) :

Durant la période où a vécu Muhammad Ibn Abdelwahab, la oumma musulmane vivait une dégradation de ses croyances à cause de la propagation des innovations qui n’ont aucun rapport avec les préceptes de l’islam. L’adoration des tombeaux avait aussi atteint son paroxysme et de nombreuses sectes égarées se prétendaient de l’islam. De nombreuses pratiques comme le port des gris-gris, la visite des diseurs de bon-aventure, les sorciers, la construction des mausolées sur les tombes des pieux, l’imploration des morts et des vivants, l’intercession, les sacrifices pour les pieux, les serments par d’autres que Dieu, etc… sont apparues parmi les musulmans et se sont propagées donnant naissance à un islam vidé de tous ses principes et surtout de sa principale prescription : l’adoration de Dieu seulement.

وَأَنَّ الْمَسَاجِدَ لِلَّهِ فَلَا تَدْعُوا مَعَ اللَّهِ أَحَدًا – الجن 17

Les mosquées sont consacrées à Allah: n’invoquez donc personne avec Allah.

Ibn Abdelwahab, passa sa vie à combattre cette forme égarée d’idolâtrie. Il commença par détruire les mausolées de la même façon que le prophète Abraham détruisit les idoles vénérées par son peuple et que le prophète Muhammad celles qu’abritaient la Kaaba. Évidemment, ceci ne pouvait pas passer inaperçu et il se fit rapidement de nombreux ennemis parmi les communautés qui profitaient de ce marché juteux qu’est la visite des tombeaux et les dons d’argent et de sacrifices qui en découlaient.Ces pratiques sont devenues tellement ancrées qu’il a connu une résistance farouche de la part de certains leaders religieux de son époque. De nombreuses voix se sont levées pour discréditer cette “nouvelle religion”.

Les pratiquants de ces superstitions aussi -convaincus qu’il s’agit d’actes les rapprochant de Dieu- n’ont pas apprécié la campagne d’Ibn Abdelwahab et tout ce beau monde appuyé par les communautés soufie et chiite, les astrologue, les pseudo-guérisseurs et autres charlatans ont tout fait pour se mettre sur la voie de la cause l’homme à la tête de ce retour à l’origine et de cette purification de la religion. On le traita d’hérétique, de collabo, de Takfiri et ses disciples aujourd’hui sont traités d’extrémistes, de terroristes, d’intolérants… De la même façon, le prophète fut traité de menteur, de magicien, de poète par les mécréants.

وَعَجِبُوا أَن جَاءَهُم مُّنذِرٌ مِّنْهُمْ وَقَالَ الْكَافِرُونَ هَذَا سَاحِرٌ كَذَّابٌ -ق 3

Et ils (les Mecquois) s’étonnèrent qu’un avertisseur parmi eux leur soit venu, et les infidèles disent: ‹C’est un magicien et un grand menteur,

Attawhid (l’unicité de Dieu) est la raison pour laquelle Dieu a envoyé les prophètes et révélé les livres sacrés. Toutes les religions ont pour premier et principal but de combattre le Shirk (polythéisme).

إِنَّ اللّهَ لاَ يَغْفِرُ أَن يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَلِكَ لِمَن يَشَاء وَمَن يُشْرِكْ بِاللّهِ فَقَدِ افْتَرَى إِثْمًا عَظِيمًا -النساء 47

Certes Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne quelqu’associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Allah quelqu’associé commet un énorme péché.

Nouh (Noé) a été envoyé à son peuple lorsque ceux-ci ont commencé à vénérer les cinq personnages les plus pieux de leur génération que sont ” Wadd, Suwaa, Yaghouth, Yaouq et Nasr ” (Sourate Nouh 24). Ces hommes étaient de leur vivant un exemple à suivre en termes de bonté et de dévotion, à leur mort des statues les représentant ont été érigées en souvenir de leur piété. Après quelques génération, le peuple de Nouh a commencé à les vénérer.

Le wahhabisme n’est ni une voie ni un groupe. C’est un simple appel au Tawhid, à la revivification des pratiques religieuses originales étouffées sous la multitudes, de sectes, des groupes, d’interprétations. C’est un retour à la aquida authentique du prophète et de ses compagnons. Et de la même façon que le prophète et ses compagnons ont connu une résistance de la part des adorateurs d’idoles, les nouveaux polythéistes ont essayé de freiner l’avancée de ce mouvement. Même s’il s’agit de l’essence même de l’islam, certains ont du mal à l’accepter et le combattent de toutes leurs forces comme s’il s’agissait d’un dogme totalement étranger à cette religion.

أَجَعَلَ الْآلِهَةَ إِلَهًا وَاحِدًا إِنَّ هَذَا لَشَيْءٌ عُجَابٌ -ص 5

Réduira-t-il les divinités à un Seul Dieu? Voilà une chose vraiment étonnante

Les ennemis de l’islam se sont aussi alliés à cette propagande pour altérer l’image de cet appel au Tawhid, il leur est plus favorable que les musulmans se noient dans les abimes des innovations, de l’ignorance, des pratiques païennes, de l’adoration des Awliya et des “pieux” que de revenir à un islam authentique, nettoyé de ces rituels fétichistes. Car c’est cette croyance en l’unicité et la foi pure, associés à une confiance absolue placée en Dieu qui a permis aux musulmans de braver tous les obstacles depuis la révélation du message.

Al Saoud et les américains :

Les Al-Saoud ont exploité la voie de Muhammad Ibn Abdelwahab pour assoir leur domination sur le monde islamique. Il ont profité de la pureté de cet appel au Tawhid pour s’ériger en représentants de l’islam d’autant plus qu’ils ont réussi grâce à l’appui britannique à s’emparer de la mecque et justifier leur régime aux yeux des musulmans.

Ce n’est qu’avec la prise du pouvoir de Faisal de la dynastie des Saoud et son alliance avec les occidentaux (voir photo : 1918- prince Feisal et Haim weizman, un juif envoyé pour contacter les saoudiens) que la Wahabisme est devenu un outil politique. Ce prince et ses héritiers ont prêté allégeance aux américains en effectuant un pacte ; pétrole contre protection.

Ils ont offert aux ennemis de la voie du Tawhid le bâton pour faire battre l’islam, sali la mémoire de Mohammed Ibn Abdelwahab et fait entrer les mécréants sur les terres sacrées qui abritent la Mecque. Les générations qui suivirent n’ont fait qu’empirer les choses, justifiant leur égarement à l’aide de savants et d’imams complètement acquis à leur traitrise ou ne possédant pas assez de courage pour s’opposer à leurs régents.

Ils ont, entre autre, réduit les libertés, combattu le jihad et les savants religieux intègres (plus de 3000 savants sont en prison aujourd’hui), empêché leur peuple de participer à la vie politique, favorisé les non-musulmans au détriment des musulmans, se sont tus face à l’occupation de la Palestine, rendus le hajj difficile en établissant de nombreuses conditions, se sont accaparés les richesses du pays et placé leurs hommes à tous les postes de responsabilité, etc…

Écrit par : Rachid Z | 06 février 2013

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Le wahhabisme : entre conservatisme et modernisme

Par Amezrar Redha, le 12 avril 2012

Le wahhabisme est un mouvement politique et religieux, à tendance puritaine des musulmans d'Arabie saoudite. Institué par Mohammad ibn Abd al-Wahhab [1703 - 1792], puis écrasé par les Ottomans, il a été restauré à partir de 1902.

La fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème siècle marquent pour le monde musulman l'époque de sa plus grande déchéance. L'empire Ottoman, la Perse, l'Empire mogol de l'Inde, jadis Etats puissants, sont en décomposition et s'en vont en lambeaux sous la pression de la Russie et des grandes puissances coloniales de l'Occident. A la décrépitude politique, à la stagnation économique, à l'appauvrissement des masses correspond le lamentable état des mœurs des classes dirigeantes et le marasme intellectuel des élites.

La religion, elle-même surchargée de superstitions dégradantes, n'a plus que des rapports lointains avec le monothéisme austère du Prophète Mohammed (QLSSSL). Un mysticisme puéril, un culte des saints et des tombeaux habilement utilisé par les mollahs ignares, distributeurs souvent intéressés d'amulettes et de charmes, l'avait remplacé. Les villes saintes de la Mecque et de Médine offraient un spectacle désolant de vice et de désordre lors du pèlerinage annuel. Il semblait que ce rite. Institué par le Prophète (QLSSSL) pour perpétuer et affermir les liens spirituels entre les croyants, n'était plus qu'une occasion pour mettre à sac des pèlerins venus des contrées lointaines.

C'est dans ces circonstances, si pénibles pour l'Islam, où son âme paraissait l'abandonner, qu'une réaction salutaire se produisit. Elle partit de cette terre même d'Arabie qui vit naître le Prophète (QLSSSL) et fut le berceau de la religion.

Mohammed Ibn Abdûl-Wahhab en fut le héraut. L'enseignement de cet homme au cœur ardent, au caractère inflexible, que l'on a parfois comparé à Calvin, fit tressaillir les âmes de ses compatriotes et leur insuffla l'enthousiasme des premiers du premier jour de l'Hégire.

Son appel au retour à la pureté première de l'Islam retentit jusque dans les coins les plus reculés du monde musulman et fut le levain puissant qui anima tous les mouvements de réforme qui se produisirent depuis. Les «néo-Mu'tazilites» eux-mêmes, ces libéraux modernes de l'Islam, qui sont par leur tempérament à cent lieues de la fougue révolutionnaire et de l'intolérance dogmatique des iconoclastes du Nedjd, ont fortement subi l'influence de la puissante personnalité d'IbnAbdûl-Wahhab.

Le fondateur de la secte que l'on désigne improprement de son nom, les « Wahhabites », naquit à Ayinab dans le Nedjd, au centre de l'Arabie. Dès son jeune âge il montra du goût pour les études et une intense religiosité. Après avoir fait ses études à Damas et à Médine, il fit le pèlerinage de la Mecque, parcourut la péninsule arabique en long et en large et poussa jusqu'n Perse. Au cours de ses voyages, il put se rendre compte de l'étendue du mal qui rongeait l'Islam et rentra dans le Nedjd résolu à mettre un terme aux superstitions grossières et aux pratiques dégradantes qui avilissaient la vraie religion du Prophète (QLSSSL).Il entreprit donc de catéchiser ses compatriotes et écrivit un livre, le « KitabatTawhid » (Livre de l'unité), où il exposa sa doctrine. Elle se réduisit en somme à peu de chose. Au point de vue théologique, elle ne renferme rien de nouveau. Ce n'est qu'un appel passionné au retour pur et simple à la doctrine première de l'Islam, telle qu'elle fut livrée dans le Saint Coran et pratiquée par les « quatre bienheureux compagnons du Prophète (QLSSSL) ». elle s'élevait avec véhémence contre toutes les déformations et innovations qui avaient dénaturé et corrompu le caractère absolu et rigide du monothéisme de l'Islam. En pratique, elle se traduisait par une lutte impitoyable contre le culte des saints, la vénération de leurs tombeaux, devenus de véritable sanctuaires, contre l'emploi des amulettes, des rosaires, contre toutes les pratiques enfin susceptibles de dégénérer en fétichisme.

Tout en vouant un respect profond au Prophète (QLSSSL), Mohammed Ibn Abdûl-Wahhab refusait de lui accorder un hommage teinté d'idolâtrie. D'accord avec la plupart des docteurs musulmans, il estimait que chaque fidèle capable de lire et de comprendre le Coran et la Sunna était apte à juger en matière de doctrine. Il repoussait avec la plus grande énergie toute idée d'intercession quelconque entre le croyant et Dieu.

Né d'un mouvement de révolte contre les abus et les superstitions, le Wahhabisme se présente donc comme une tentative de réforme puritaine extrêmement simple. Il condamne tous les apports postérieurs au IIIème siècle de l'Hégire. Il rejette les écrits et les interprétations de tous grands docteurs de l'Islam du Moyen Age et ne reconnaît que l'autorité des quatre écoles de droit sunnites. Les Wahhabites se disent rattachés au rite d'Ibn Hanbalmais, en réalité, ils ont renforcé encore davantage les prescriptions rigoureuses de cet imam, le plus strict des quatre. Par exemple, ils ne se contentent pas de la simple récitation du credo de l'Islam pour considérer quelqu'un comme appartenant à la communauté musulmane, mais demandent une enquête sur son comportement religieux et moral, et considèrent comme obligatoire la présence à la prière commune.

La simplification de la doctrine de l'Islam, ramenée à son essence monothéiste, est doublée chez les Wahhabites d'un code moral d'une rigidité extrême. L'inobservation de la prière, du jeûne, de l'aumône rituelle, l'usage du vin, de l'opium entraînent des pénalités sévères.

La prédication d'Ibn Abdûl-Wahhab eut la bonne fortune de trouver l'adhésion de Mohammed Ibn Saoud, chef héréditaire d'une des plus importantes communautés du Nedjd, qui régnait alors sur les villes de Darya et de Riad. Le prince se révéla homme de grand talent administratif et militaire. Son appui sans réserve assura au fondateur de la secte la puissance matérielle qui manquait à son autorité morale. Lorsque Abdûl-Wahhab mourut en 1787, l'Etat wahhabite, reproduction en miniature du Khalifat de Médine, était en voie de progression rapide et possédait une force militaire considérable. Une administration ferme et capable avait assuré à la population la sécurité jusqu'alors inconnue. Les rapines et les vols étaient quasi inconnus. La justice fonctionnait d'une façon impeccable, chaque oasis possédait son école et des instituteurs étaient envoyés dans toutes les tribus bédouines. Au début du XIXème siècle, le Nedjd était définitivement organisé. Abd-ûl-Aziz, qui avait succédé à Mohammed Ibn Saoud, se sentit prêt à entreprendre l'immense tâche, purifier le monde de l'Islam et lui rendre sa gloire d'antan. L'étonnante aventure, qui faillit bouleverser le cours de l'histoire de l'orient allait commencer. Elle débuta par la prise foudroyante de la Mecque et une incursion à Kerbala, ville sainte des chiites en Mésopotamie. Les troupes turques, qui tentèrent de résister furent balayées. Rien ne pouvait résister à l'élan des troupes du Nedjd, enflammées par la prédication wahhabite. En 1812, le successeur d'Abd ûl-Aziz, Saoud, s'empara de Médine et les farouches partisans ôtèrent du tombeau du Prophète (QLSSSL) toutes les offrandes et dispersèrent au vent les reliques comme ils l'avaient déjà fait à la Mecque et à Kerbala. L'épopée continue triomphale. Le Hedjaz est conquis, le Yémen et l'Iraq entamés, c'est la Syrie qui est maintenant menacée. Les Wahhabites assiègent Alep, et attaquent les faubourgs de Damas. Le Khaliif de Constantinople, s'émeut, fait appel aux troupes modernes de son puissant vice-roi d'Egypte Ibrahim Pacha, après une longue campagne, réussit à réduire les troupes Wahhabites. Leur vaillant chef Abdallah Ibn Saoud, fut capturé et décapité.

L'Etat Wahhabite paraissait s'évanouir à jamais. Ce n'était qu'une illusion. Il lui était réservé de renaître à notre époque sous une forme nouvelle, plus puissant que jamais.

On a reproché au mouvement Wahhabite une grande étroitesse d'esprit et un fanatisme excessif. Cela peut s'expliquer par le fait que la première phase de toute réforme religieuse passe par le retour pur et simple au culte primitif. La réforme protestante, par exemple, ne doit son salut qu'au rejet de toutes les innovations subséquentes quel que soit leur caractère. En réalité, la renaissance musulmane, puritaine à ses débuts, entra bientôt dans une voie plus constructive et manifesta même un indiscutable libéralisme. La confirmation de cette observation se trouve non seulement dans les écrits des libéraux musulmans, mais dans l'évolution même du Wahhabisme, tel qu'il se manifesta avec éclat dans l'Arabie Saoudite de nos jours.

L'écart entre le Wahhabisme des débuts héroïques d'Ibn Saoud 1er et celui de ses successeurs contemporains saute aux yeux. Cet écart n'est certes pas dans la doctrine. La différence réside dans la manière de procéder. Pour que le lecteur puisse se faire une idée des méthodes qui ont prévalu dans la conception moderne du mouvement, un passage de la brillante biographie d'Ibn Saoud écrite par H.C Armstrong en est éloquente. « Ibn Saoud décida qu'il n'emprunterait aux européens que ce qu'ils avaient de mieux à lui offrir. Il ne voulait faire siennes que les réalisations pratiques et scientifiques, et il rejetait leurs conceptions. Il aiguillerait ses sujets sur la bonne voie, mais ne les bousculerait point… »

Pour conclure, l'œuvre intelligente et patiente du regretté Ibn Saouda fait de l'Arabie Saoudite non seulement un membre influent de la confédération arabe, mais un élément important de la politique internationale au Moyen Orient. Ses successeurs tentent d'adapter le Wahhabisme aux exigences des temps modernes afin de conférer à l'Arabie Saoudite une place et un rôle clé dans la région notamment après l'émergence, certes de petits pays, mais dont l'influence va crescendo tels les Emirats ou le Qatar. Tiraillé entre conservatisme et modernisme, le Wahhabisme parviendra a-t-il à concilier les deux ?

Écrit par : Rachid Z | 06 février 2013

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