01 février 2013

Après ses députés, Israël élit ses grands rabbins

Après ses députés, Israël élit ses grands rabbins

Nathalie Hamou, le 01 février 2013

«Il est temps de choisir un rabbin sioniste, qui a servi dans les blindés et dont les enfants servent dans l'armée». Le message de la campagne de soutien au rabbin David Stav, premier candidat déclaré au poste de grand rabbin ashkénaze d'Israël, n'est pas sans rappeler l'agenda du parti «centriste» Yesh Atid, qui vient d'effectuer une percée inattendue lors du scrutin législatif du 22 janvier. La formation du candidat laïc Yair Lapid milite pour que les juifs ultra-orthodoxes, qui restent à l'écart du marché du travail et sont exemptés de service militaire (à la différence des sionistes religieux), partagent le fardeau de l'Israélien moyen.

Il est vrai que les deux échéances ne sont pas totalement sans lien. Les élections pour le grand rabbinat reposent sur une assemblée de grands électeurs de 150 membres parmi lesquels doivent figurer deux ministres et cinq parlementaires. En principe, l'Etat hébreu aurait dû choisir ses grands rabbins à la fin mars, date à laquelle le mandat de dix ans des actuels titulaires de la fonction - le rabbin Yona Metzger (côté ashkénaze) et Shlomo Amar (côté sépharade) - arrive à échéance. Mais en raison de l'élection de la 19ème Knesset, cette consultation a été repoussée au mois de juin.

Un mariage religieux mais pas ultra

Ce hasard de calendrier se double d'une autre coïncidence. Le candidat David Stav, appartient en effet au mouvement Tzohar («ouverture» en hébreu), une organisation fondée par des rabbins orthodoxes modérés, qui vise à revitaliser la place le rôle du rabbinat dans la société israélienne, en engageant un dialogue constructif avec le public laïc. A l'instar du rabbin sioniste religieux Shai Piron, numéro deux de la liste «Yesh Atid», qui fait aussi partie des membres fondateurs de l'organisation. Créé à la suite de l'assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin en 1995, Tzohar s'est notamment illustré dans le domaine du mariage. Israël est l'un des rares pays n'offrant pas la possibilité de se marier civilement, situation qui pousse des milliers d'Israéliens à convoler à l'étranger. Les rabbins de Tzohar ont donc pris l'initiative d'organiser des cérémonies alternatives : chaque année, ils unissent 3 000 couples ne souhaitant pas avoir affaire avec le rabbinat orthodoxe, mais qui restent néanmoins désireux de se marier religieusement en Israël.

Faut-il pour autant s'attendre à ce que les épineux dossiers liés au mariage civil, aux conversions ou à la reconnaissance des courants non orthodoxes du judaïsme, soient mis sur la table dans les mois à venir ? Il est permis d'en douter.

Certes la 19ème Knesset compte un nombre record de parlementaires ayant adopté un mode de vie religieux (39 sur 120 élus répartis dans six formations), dont certains semblent prêts à dépoussiérer l'institution rabbinique orthodoxe. Mais tout porte à croire qu'ils ne seront pas en mesure d'unir leurs voix sur des sujets aussi délicats.

Commentaires

Il faut abolir le Grand Rabbinat d’Israël

Editorial du rabbin Michael Knopf, le 27 janvier 2013 (Traduit et adapté de l’anglais par Misha Uzan – Jforum / Correspondant spécial en Israël. Michael Knopf est le rabbin adjoint du Temple Har Zion à Penn Valley, en Pennsylvanie, et un rabbin sans frontière)

Le Rabbinat d’Israël fait d’Israël la seule démocratie du monde où les Juifs ne jouissent pas de la liberté religieuse.

Récemment, le rabbin David Stav, président du groupe orthodoxe modéré Tzohar, a annoncé sa candidature comme grand rabbin ashkénaze d’Israël. Stav a indiqué qu’il voulait rejoindre le rabbinat et faire une loi juive "plus pertinente" pour les Israéliens laïques.

Pour certains, ce sont des nouvelles encourageantes. Tzohar est depuis longtemps une voix demandant la réforme du Rabbinat, dont les règles semblent mystérieuses et rigides à beaucoup d’Israéliens, les éloignant ainsi du judaïsme.

D’autres, cependant, voient Stav comme représentant un même produit, dans un emballage simplement plus attrayant. Certes, Tzohar aide les gens à se conformer aux règles du rabbinat et présente une orthodoxie plus positive. Mais le problème n’est pas simplement que le rabbinat dans sa version actuelle est trop strict, aliénant et détaché de la plupart des Israéliens. Le problème est le rabbinat lui-même, et il devrait être aboli.

Beaucoup de gens sont surpris d’apprendre que le Grand Rabbinat d’Israël a peu de précédents dans l’histoire juive. Loin d’être un précepte talmudique, il ne remonte qu’à l’Empire ottoman. Les Ottomans ont permis aux non-musulmans de pratiquer une autonomie limitée en vertu de leurs propres lois religieuses. Les Grands rabbins ont été nommés pour gouverner la communauté juive, et représenter la communauté et ses intérêts devant le sultan.

Lorsque les Britanniques ont pris le contrôle du pays d’Israël, ils ont confirmé la pratique ottomane. Comme ça l’était pour les Ottomans, il était sans doute utile pour les Britanniques d’avoir un représentant juif religieux. Les Britanniques ont même étendu l’institution avec la nomination d’un rabbin ashkénaze et séfarade en plus. Pour diverses raisons, les fondateurs d’Israël ont conservé cette position.

Le modèle a pu avoir un sens pour les Ottomans et les Britanniques, mais il a également représenté une convergence du pouvoir religieux et politique qui, dans la plupart de l’histoire juive, étaient presque toujours séparés. Les anciens rois ont partagé le pouvoir avec les prophètes et les prêtres. Dans l’Antiquité tardive, des rabbins différents se divisaient les pouvoirs judiciaires, religieux et exécutifs. Ces pouvoirs séparés ont empêché le pouvoir de statuer unilatéralement.

Avec un pouvoir limité et une communauté plus petite (comme c’était le cas sous l’Empire ottoman et britannique), la combinaison du pouvoir religieux et politique n’était pas particulièrement inquiétant. Mais dans l’Etat d’’Israël moderne, où les rabbins ont la souveraineté sur une communauté juive importante et diversifiée, les choses sont bien différentes.

Aujourd’hui, les grands rabbins ont des pouvoirs législatifs, judiciaires, exécutifs et même dans des domaines tels que le mariage et le divorce, l’inhumation, la conversion et la certification casher. Ce type de consolidation du pouvoir est ce que James Madison a appelé "la définition même de la tyrannie."

L’histoire regorge de despotes qui détenaient les pouvoirs exécutif, législatif, religieux et / ou judiciaire, et les actes des rabbins en Israël sont semblables. Vous avez besoin d’une preuve ? Demandez aux femmes qui restent enchaînés à leurs maris violents, aux juifs par choix dont les conversions ont été annulées, ou aux femmes du Kotel qui ont été arrêtées pour le crime de porter un châle de prière. Il y a peu de raisons de croire que Stav gouvernerait différemment. Son groupe Tzohar "s’oppose à toute reconnaissance officielle" par Israël du judaïsme non orthodoxe, une position qui les aligne de fait au statu quo du Rabbinat.

Mais le problème ici n’est pas avec l’orthodoxie. Le rabbinat serait problématique, même si le Parti réformiste ou les rabbins conservateurs, et non des orthodoxes, devaient tenir les premières places. Et le problème n’est pas les rabbins en soi. Les rabbins ont un rôle crucial à jouer dans la direction religieuse et communautaire juive. Le problème est un Etat donnant le pouvoir gouvernemental et une autorité à des chefs religieux. Cela a toujours conduit à la persécution de ceux qui refusent d’embrasser leurs croyances.

Ironie du sort, les Juifs ont souvent subi les conséquences négatives des parrainages de l’Etat par la religion. Israël avait pour but d’offrir un refuge à des gens qui avaient souffert comme une minorité religieuse et de permettre la liberté religieuse pour ceux de tous les horizons. Israël est un modèle quand il s’agit de religions non-juives. Mais le rabbinat fait de l’Etat juif la seule démocratie du monde où les Juifs ne jouissent pas de la liberté religieuse.

A notre époque, les options sont nombreuses et l’expression juive est dynamique. Israël, notre patrie, doit reconnaître et célébrer le fait qu’il existe de nombreuses façons légitimes d’être juif. Cette diversité est à la fois un fait et une valeur. Le Talmud enseigne, qu’il y a et qu’il devrait y avoir une multitude de façons valables d’interprétation et d’observation de la tradition juive. "Il y a soixante-dix visages à la Torah." Tous les juifs israéliens devraient avoir le droit de vivre la plénitude de leur identité juive en fonction de leurs croyances et des exigences de leur conscience, et aucun Juif ne devrait être contraint par l’État d’exercer une marque du judaïsme avec laqualle il ou elle n’est pas d’accord.

Seule l’abolition du Grand Rabbinat d’Israël peut tenir la promesse de la liberté religieuse pour tous ses citoyens. Et le temps est venu.

Écrit par : Rachid Z | 01 février 2013

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