30 janvier 2013

Cumul des mandats : cette trop dure vie d'élu

Cumul des mandats

Cette trop dure vie d'élu 

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Contrepoints, le 29 janvier 2013

Alors que l'épineux dossier du mariage homosexuel est loin d'être fermé et qu'il a déjà fourni l'occasion à certains de dévoiler leurs penchants liberticides, un nouveau chantier s'ouvre pour le pauvre président Hollande qui doit régulièrement se demander pourquoi il a bien pu faire de telles propositions pendant sa campagne. Et cette fois-ci, il va devoir batailler non pas contre la moitié du pays, mais contre son pire ennemi : son propre camp politique.

En effet, s'il y a bien une proposition intéressante dans tout le fatras de promesses aussi improbables qu'intenables de sa campagne présidentielle, c'est celle de la suppression des cumuls de mandats électifs (son fameux – fumeux ? – engagement 48). Véritable serpent de mer de la République puisqu'on en parle depuis des années (qui se souvient des préconisations de la Commission Balladur, par exemple ?), la réforme des institutions qui amènerait à l'interdiction du cumul des mandats a maintenant une chance minime de passer le cap du simple projet : le candidat Hollande la réclamait, le président Hollande semble, avec la conviction de dessert gélatineux qui le caractérise, déterminé à aller plus loin.

Mais avant d'arriver à une loi adoptée par le parlement, envisagée de façon optimiste pour le 15 septembre par l'actuel gouvernement, on sait déjà qu'à peu près tous les députés et tous les sénateurs seront vent debout contre cette remise en question d'une partie de leur belle grosse gamelle. Et comme je l'expliquais dans mon introduction, les socialistes ne sont pas les derniers à couiner bruyamment devant les velléités du gouvernement à réduire leurs généreuses indemnités : le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, socialiste assumé, a clairement indiqué la couleur en taxant le projet de "populiste" et de "démagogique" (et pour taxer, les socialistes sont forts).

Et lorsqu'on détaille les arguments du cumulard agacé, on voit toute la profondeur des raisons qui poussent à un tel rejet : d'une part, le sénat ne peut se passer du cumul parce qu'ils sont élus par des maires et des adjoints et d'autre part, le sénat représente les collectivités locales donc bon voilà. Si vous trouvez à ces deux raisons un fort goût de carton-pâte, c'est normal : c'en est. On voit mal en quoi le fait d'être maire est une condition sine qua non pour comprendre quelque chose aux enjeux des collectivités et des électeurs que le sénateur représente. On voit mal pourquoi le lien avec la collectivité locale est à ce point important si ce n'est pour les jeux de pouvoirs dont Rebsamen (et les autres) ne vont à l'évidence pas se servir pour leur argumentaire branlant.

Et puis, rassurez-vous : cette fronde socialiste n'est pas unique puisqu'aux voix de ces malheureux cumulards viendront s'ajouter celles des radicaux de gauche, des centristes et d'une bonne partie de l'UMP. La gamelle est trop bonne, toutes tendances confondues. Car c'est bien, encore une fois, de pognon qu'il s'agit. Un petit détour sur n'importe quel site recensant les cumulards et les émoluments qu'ils touchent suffit pour s'en convaincre (mon choix du jour : ce site-là, très web 0.2, mais à jour et terriblement efficace).

Alors bien sûr, pour lutter contre une réduction soudaine et mesurable de l'écuelle richement dotée, l'élu utilisera toute la batterie des arguments périphériques et il jouera à fond sur cet émotionnel qui constitue depuis longtemps le fondement de l'action politique en France, loin des froids raisonnements comptables de bon sens qui verraient qu'il y a, dans ces si nombreux cumuls, matière à économies tangibles bienvenues en ces temps de crise. C'est ainsi qu'on découvre l'action quasi-lacrymale de Daniel Fasquelle, député-maire du Touquet, qui vise à combattre le méchant anti-parlementarisme et la vilaine désinformation, notamment sur tous ces interwebs pleins de lolcats douteux, et bien évidemment, en rapport direct avec le cumul des mandats et les rémunérations des élus. Selon lui, en effet, les réformes engendrées par le projet d'interdiction des cumuls menacent la proximité entre les élus et les citoyens.

Mais si. Vous savez, cette proximité du député qui touchera plus de 6000€ net d'indemnité (salaire médian en France : 1675€). Cette proximité qui donne au député une voiture avec chauffeur, gyrophare et cocarde, pour ses déplacements parisiens. Cette proximité qui lui octroie l'accès gratuit au réseau de transport parisien de la RATP, et des voyages en train remboursés à concurrence de 3000€ par an. Cette fameuse proximité des députés qui leur permet de bien comprendre les problèmes du peuple dont ils sont de moins en moins issu (sur 577 députés, les employés et les ouvriers sont présents à l'état de... traces). Cette proximité qui pourrait s'offusquer des privilèges de l'Assemblée Nationale mais n'en fera rien.

Pleurnichons avec Fasquelle, lorsqu'il nous dit, l’œil humide de larmes contenues :

Il faut défendre les élus. Il y en a assez d’être attaqués et de voir circuler sur Internet des informations inexactes. On réagira à chaque fois. Il y a un travail de pédagogie à faire sur la fonction d’élu, et des relents d’antiparlementarisme qu’on veut combattre. On ne dit pas que tout est parfait, on sera aussi force de proposition.

Mais, mon brave ouistiti, si tu trouves si difficile d'être élu, rend donc ton tablier ! Bizarrement, je suis sûr que pour ce si délicat travail, pas mal se bousculent déjà à l'idée de prendre ta place ! Et avant d'essayer d'étouffer les vilaines "rumeurs" qui détaillent ce que les élus cumulards se mettent en poche sur le dos des contribuables, tu devrais te poser la question de savoir pourquoi vous êtes si mal considérés du peuple. Tu devrais tenter de comprendre pourquoi les gens grognent et versent dans l'antiparlementarisme, au lieu de faire ta ridicule cellule de riposte.

Eh oui, le monde n'est pas aussi bisou que prévu. Mais cherche plutôt les causes, au lieu de t'attaquer aux symptômes d'une déliquescence déjà avancée. Essaye de comprendre pourquoi les gens en ont plus qu'assez de voir que vous, parlementaires, roulez d'abord et avant tout pour vous même. Ainsi, prenons par exemple le débat sur l'exercice des mandats locaux, dont on peut lire le texte initial sur le site du Sénat, et la proposition de loi elle-même ici, actuellement en discussion et qui propose (art.1) l'extension de l'indemnité de fonction aux délégués des communautés de communes, l'abaissement (art.2) de 20.000 à 10.000 habitants le seuil pour les droits à suspension du contrat de travail, et le reste qui, par exemple, double la durée de perception de l'allocation différentielle de fin de mandat de 6 mois à 12 mois. Tout ceci sent bon les améliorations de votre niveau de vie, mais on a bien du mal à trouver là mesure d'austérité ou d'économie.

Tu sais, mon brave Fasquelle (je te tutoie, mais tu sais être proche du peuple, n'est-ce pas), que ces largesses là se traduiront mécaniquement par des taxes, des impôts ou des dettes supplémentaires ? Tu sais donc, mon cher Fasquelle, que tout ceci va encore coûter de l'argent et du pouvoir d'achat à ce peuple que tu entends éduquer sur le parlementarisme ?

Et puis, tant que tu y es, tu feras quoi pour éduquer les Français au sujet des dettes dont sont percluses leurs communes (qu'on pourra détailler sur le site très bien fait du Journal du Net) ? Tu feras comment pour leur expliquer que tous ces impôts, ces dettes, sont précisément liées aux promesses de ces élus, dont beaucoup sont, justement, cumulards et ajoutent la dépense locale à la dépense nationale ?

Pourtant, tu sais, Dan, il suffirait de peu de choses pour donner aux Français un signe clair.

Par exemple, avec quelques coupes bien précises dans les indemnités, tu ferais un carton : 65 millions d'heureux d'un coup (pour seulement 7200 malheureux, au maximum), et en plus, cela ferait 600 millions d'économies au moins.

Par exemple, tu pourrais plutôt, toi et tes petits camarades de lutte anti-anti-cumul, te fendre d'un bon texte de loi bien solide pour plus de transparence à l'Assemblée, comme le propose cette pétition-là, histoire que le peuple sache enfin ce que vous fricotez les magnifiques projets nationaux que vous protégez avec tout cet argent.

En réalité, le cumul des mandats permet très clairement à la représentation nationale d'avoir un pouvoir local qu'elle pourra négocier (souvent contre avantages physiques, financiers, ou relationnels). Ce cumul entraîne mécaniquement des dépenses supplémentaires, qui grèvent un peu plus chaque jour les finances nationales. Inversement, le non-cumul entraînera un morcellement important des responsabilités et des jeux de pouvoirs, et, au vu du track record catastrophique de l'Assemblée, je ne vois pas comment la subsidiarité induite sera un mal.

La lutte des cumulards pour conserver leurs acquis est quasiment pornographique lorsque la plupart des Français doivent maintenant se serrer la ceinture. Elle est en tout cas indigne d'une démocratie qui se gargarise de son équité et de son égalitarisme.

12:06 Écrit par Rachid Z dans Mandataires - Candidats | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Non-cumul des mandats : grogne des sénateurs PS

Par ROGANG, le 30 janvier 2013

La bataille politique promet d’être difficile. François Hollande l’a promis. Le 27 février, le conseil des ministres ouvrira le dossier du non-cumul des mandats. Une mesure destinée à éviter la double casquette de bon nombre de nos élus (258 députés et 164 sénateurs dans ce cas). Résumons : le projet prévoit d’interdire purement et simplement à un sénateur ou à un député d’exercer un mandat exécutif (maire, adjoint au maire, président de région ou de conseil général).
Alors qu’on s’attendrait à une bronca de la droite pour s’opposer à la volonté réformatrice du gouvernement, c’est paradoxalement de la gauche que l’opposition pourrait se révéler la plus bruyante. D’ores et déjà 80 sénateurs socialistes contestent les intentions du président Hollande. Ils ne voient pas comment des sénateurs censés représenter l’exécutif des territoires (les maires notamment) pourraient être représentés par des non-élus locaux.

L’argent contribue toujours à faire le bonheur

« Qu’est ce qu’on attend pour être heureux » chantaient, en 1937, Ray Ventura et ses Collégiens. Soixante-seize ans plus tard, la chanson n’a pas pris une ride si l’on en croit le subit engouement des médias pour la quête du bonheur. Livres, enquêtes, chroniques dans la presse et à présent émission de télévision (« J’ai décidé d’être heureux » sur M6), l’espérance de jours meilleurs est à portée de main.

À en croire une enquête de l’Insee, rendue publique en janvier et qui balaie les idées reçues sur le moral de nos concitoyens, les Français perçoivent un sentiment de bien-être qu’ils placent à 6,8 sur une échelle de 0 à 10. Mieux : un quart des personnes interrogées se situent elles-même à un indice de 8 et 13 % d’entre elles entre 9 et 10. Quant aux insatisfaits « ils ne sont que » 7 % à se placer sous l’indice 5.

À creuser un peu les données de l’Insee et à lire de plus près les raisons du bonheur supposé, on constate que les relations sociales, la santé, l’éducation ou encore la sécurité de l’emploi sont des éléments importants dans la construction d’une vie heureuse. Avec encore et toujours comme facteur déterminant l’argent. Bref la courbe de l’indice du bonheur suit indéniablement la courbe du PIB….

Écrit par : Rachid Z | 30 janvier 2013

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