28 janvier 2013

«La situation à Bruxelles est désastreuse» : Vande Lanotte

 «La situation à Bruxelles est désastreuse»

Vande Lanotte

Propos recueillis par Véronique Lamquin, le 28 janvier 2013

Johan Vande Lanotte propose une réforme bruxelloise. «Il faut changer des choses, le niveau de problèmes est trop élevé». Entretien exclusif.

Johan Vande Lanotte ose «deux blasphèmes». Pour les néerlandophones: la réduction du nombre de mandataires, la suppression de la parité. Pour les francophones: le respect des lois linguistiques serait confié à des tribunaux administratifs. Et, au passage, il faut fusionner les communes, plaide le vice-Premier SP.A. «La situation à Bruxelles est désastreuse, s'inquiète-t-il. Mais c'est accepté! Il faut oser dire les choses.»

Vous ne voulez pas parler d’une septième réforme de l’Etat. Pas même à Bruxelles?

Ah si! Là oui. Parce que, dans la sixième réforme de l’Etat, on n’a pas pu aboutir sur ce point! Dès qu’on commence à parler de Bruxelles, tout le monde se fâche. C’est comme ça, c’est une réalité! C’est émotionnel.

Surtout quand c’est un Ostendais qui en parle?

(rires) Non, même entre eux, ils se fâchent.

Que faut-il faire, alors, à Bruxelles, selon vous?

Je vais répondre par deux blasphèmes, un francophone et un néerlandophone.

C’est-à-dire ?

Quand on a construit Bruxelles, on a instauré la parité, comme au fédéral. On croyait que ça allait garantir la position des Flamands à Bruxelles. Et on a fait confiance aux mandataires pour assurer le respect des lois linguistiques: il réside en grande partie dans le gouvernement bruxellois, dans les communes.

Double erreur ?

Les francophones disent: «les Flamands veulent plus d’efficacité? Mais on ne peut pas rencontrer trois Flamands, à Bruxelles, sans qu’il y en ait deux qui soient mandataires!» Et c’est vrai: le nombre de voix dont un Flamand de Bruxelles a besoin pour être échevin ou ministre n’est pas comparable avec les autres ministres. On dit souvent, en boutade, ou par jalousie, qu’un conseiller communal d’Ostende a plus de voix qu’un ministre à Bruxelles. A contrario, on enregistre des plaintes de citoyens pour non-respect des lois linguistiques, et elles n’ont pas de suivi. Donc, les Flamands se plaignent d’une application imparfaite de ces lois. Et, du coup, il est impossible de les changer, même pour les adapter aux réalités, par exemple aux emplois infra-qualifiés.

Bref, rien ne va ?

En résumé, le modèle basé sur la parité est inefficace, le nombre de mandataires est trop élevé, le but des lois linguistiques n’est pas atteint, leurs adaptations ne sont pas possibles vu la méfiance.

Donc ?

Je pense que nous devons faire respecter les lois linguistiques non plus par le gouvernement ou les communes mais par des tribunaux administratifs. Et en parallèle, on réduit le nombre de mandataires.

Attention, tabous !

Je sais que les bourgmestres francophones vont hurler et dire que les tribunaux administratifs vont les embêter tout le temps. Les Flamands vont crier qu’ils n’auront plus rien à dire au gouvernement bruxellois. Donc, c’est assez irréaliste ce que je propose. Pourtant, ce sont les deux problèmes qui bloquent toute amélioration de la gestion bruxelloise.

Quid de la fusion des communes ?

Anvers est devenue une ville forte quand on y a appliqué la fusion des communes. Pourtant, tout le monde était contre. Aujourd’hui, c’est une grande ville que tout le monde écoute! Regardez à Bruxelles l’éparpillement des compétences et des moyens. J’ai vu, par exemple, le centre culturel d’Olivier Maingain (NDLR: Wolubilis, à Woluwe-Saint-Lambert): c’est magnifique, on y a investi beaucoup d’argent. Mais c’est un peu facile. A cinq kilomètres de là, c’est la pauvreté pure et simple ! Pourtant, cette discussion est impossible à mener: on reste dans les tranchées qui ont été creusées quand on a créé Bruxelles. Alors qu’on DOIT trouver une gestion efficace.

Cela vous semble impossible ?

Il faut changer! La situation à Bruxelles est désastreuse. Regardez le niveau de pauvreté, de chômage, l’assiette fiscale. Toute capitale a des problèmes. Mais ici, c’est presque accepté. Il faut oser le dire! Anvers aussi a perdu son assiette fiscale mais beaucoup moins. Bruxelles n’est pas pauvre par principe hein! Les villes ont par définition des problèmes, de scolarité, de chômage,. Mais quand même le niveau de problèmes à Bruxelles est énorme!

Il serait peut-être moindre si Bruxelles était une Région à part entière ?

Mais qu’est-ce qu’elle n’a pas que les autres ont? Je l’explique à mes étudiants. Ok, il y a le nom: en flamand, on dit «Région-capitale» et non pas «Région». Il y a le nom des lois: à Bruxelles, on prend des «ordonnances».

Bruxelles n’a pas l’autonomie constitutive…

Fondamental ? Cela permet de changer le nombre de ministres; c’est ça qui a fait avancer la Flandre ou la Wallonie ?

Le fédéral a une tutelle sur certaines décisions régionales…

Il n’a jamais été utilisé! Vous savez, moi, je dis à mes étudiants: «Bruxelles est une Région».

Les deux Communautés exercent leurs compétences aussi sur le territoire de Bruxelles.

Exact. Et moi, je les garderais sur le plan culturel. Pour Bruxelles, c’est un atout: quand deux Communautés investissent dans la ville, c’est fantastique pour les habitants. Si les deux Communautés voulaient investir à Ostende, je serais très heureux. Idem pour l’enseignement. Par contre, quand on a transféré les allocations familiales, j’ai directement dit qu’il ne fallait pas les transférer aux Communautés, qu’il fallait trouver un autre modèle à Bruxelles, et ça, c’est fait.

10:57 Écrit par Rachid Z dans Mandataires - Candidats | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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