23 janvier 2013

Pourquoi choisit-on l’école catholique ?

Pourquoi choisit-on l’école catholique ?

Stéphanie Bocart, le 01 octobre 2012

La religion n'a plus la cote. Et pourtant, de nombreux parents préfèrent confier leurs enfants à une école du réseau catholique. Pour quelles raisons ? C'est ce qu'a tenté de décrypter l'anthropologue Olivier Servais (UCL).

On assiste à une espèce de paradoxe, entame Olivier Servais, docteur en anthropologie et professeur à l’UCL, c’est-à-dire qu’on assiste à une déchristianisation et une sécularisation massive de la société tandis qu’en contrepoint, il y a une croissance comme jamais atteinte de l’enseignement catholique en Belgique francophone. Un constat que démontre l’actualité récente : dans le cadre du décret inscriptions, en vigueur en première année secondaire, environ 80 % des écoles complètes relèvent du réseau catholique Voilà pourquoi, dans le cadre de son congrès 2012, le Secrétariat général de l’enseignement catholique (Segec) consacrera, le vendredi 19 octobre, une conférence sur le thème "Ethos de l’école catholique" par Olivier Servais. En voici la teneur.

Concrètement, "l’idée est de saisir ce qu’est, aujourd’hui, la communauté scolaire catholique au niveau local" , précise celui-ci. "Y a-t-il une culture particulière ? Qu’est-ce qui la distingue de l’officiel, de l’officiel subventionné ? Quelle est la spécificité de cet enseignement ? Pourquoi les parents se décident-ils pour l’enseignement catholique ? Comment les autres acteurs - enseignants, pouvoirs organisateurs (PO), directions - participent-ils à ce processus de choix ? Pourquoi, dans l’imaginaire des gens, attribue-t-on une qualité à l’enseignement libre ?" Bref, qu’est-ce qui détermine le choix d’une école catholique ?

Pour mener à bien cette recherche qualitative, Olivier Servais et Anne Baudaux, assistante de recherche à l’UCL et anthropologue de formation, ont réalisé 12 entretiens préliminaires avec les directeurs de 12 établissements (8 wallons et 4 bruxellois/6 du fondamental et 6 du secondaire). Dans un second temps, ils ont effectué 70 entretiens qualitatifs (parents, PO, enseignants, ) ainsi que des visites sur les sites des écoles.

Ces entretiens retranscrits, les deux chercheurs ont travaillé en groupes afin "de confronter les points de vue" et "sur la base de nos intuitions, examiner ce qui est vraiment partagé ou non" . Olivier Servais et Anne Baudaux ont ensuite analysé ces données.

La place des convictions

La place des convictions et valeurs dans l’école catholique. "En faisant une synthèse des entretiens avec les différents acteurs, il nous apparaît que l’école catholique est articulée autour de quatre dimensions", rapporte le chercheur.

1) "Bien des acteurs interviewés considèrent que la transmission d’une culture occidentale en lien avec une histoire chrétienne, que l’on soit croyant, agnostique ou athée, est fondamentale et fait partie du rôle de l’école catholique" , indique M. Servais.

2) Pour beaucoup d’acteurs, l’école chrétienne est la garantie d’un "plus" . "Elle est perçue comme ayant un supplément d’âme , enchaîne-t-il. Ce sentiment provient tant d’acteurs de l’enseignement catholique que de personnes qui ont eu l’impression, en observant l’enseignement catholique, que ‘l’école était plus propre, qu’on allait plus loin dans la matière’ , etc." , complète Anne Baudaux.

3) Prime également le sentiment que "c’est une école qui a une identité forte, positive" , reprend Olivier Servais.

4) "L’école chrétienne est perçue comme une résistance à une dominante sociétale : elle est vue comme un frein à l’individualisme et au néolibéralisme", poursuit-il.

Les valeurs associées à l’école

"L’école chrétienne est un compromis entre des valeurs plus traditionnelles comme la religion, l’autorité (par exemple, l’autorité morale du directeur), l’obéissance, le devoir, la responsabilité, etc. et des valeurs dites ‘postmodernes’ telles que l’épanouissement, la liberté, la sincérité, la tolérance", définit Olivier Servais.

L’imaginaire autour de l’école

1) Pour les parents, "une bonne école chrétienne est stricte, disciplinée, exigeante mais respectueuse et juste. Elle doit aussi être de bonne réputation", décrit Anne Baudaux. "C’est aussi une école qui pousse à s’investir, qui est attentive, humaine et personnalisable, et qui favorise l’autonomie de l’enfant."

2) Les directeurs mettent, eux, davantage en évidence l’exigence. "Pour les directeurs, oui, l’école catholique est élitiste, mais dans le bon sens, c’est-à-dire qu’ils essaient de prendre tous les élèves là où ils sont et de les amener le plus haut possible" , continue-t-elle.

Le but de l’école

Le schéma de quête de l’école ou quel est l’acteur central de l’école ? Et quel est le but de l’école ? "On retrouve chez tous les acteurs un même but : amener l’élève le plus haut possible, observe Olivier Servais. Par contre, l’acteur qui doit le mettre en œuvre peut varier car chacun a un regard lié à sa position au sein de l’école." 1) Le directeur. "Pour lui, l’acteur central est la communauté scolaire (parents, élèves, PO, enseignants) car le directeur est le rouage qui fait tourner la boutique", souligne l’anthropologue. 2) Les parents. "Ils ont bien conscience que l’acteur central pour amener leur enfant le plus loin possible est l’école, mais tout en permettant l’épanouissement de celui-ci." 3) L’enseignant. "Pour lui, l’acteur central, c’est d’abord l’élève qui est dans un processus d’apprentissage." 4) Les PO. "Ce sont eux qui ont la vision la plus globale. Pour eux, l’acteur central est l’école chrétienne."

La réputation de l’école

Finalement, qu’est-ce qui amène à choisir le réseau catholique ? 1) Du côté des parents. "Il y a bien sûr une condition préalable : avoir entendu parler de l’établissement", constate Olivier Servais. Importent également les facilités logistiques (proximité, accessibilité). "Dans le fondamental, c’est la proximité locale qui compte tandis que pour le secondaire, la réflexion porte davantage sur l’accessibilité, commente-t-il. Par exemple, s’il y a des trains, mon fils se déplacera de Bruxelles vers le Brabant wallon, mouvement que l’on observe puisque des écoles du BW sont saturées par des élèves bruxellois, notamment." Ces conditions remplies, comment s’opère ce choix ? Quatre éléments entrent en ligne de compte : l’expérience propre et positive; l’expérience d’autrui, le bouche à oreille, et la réputation; l’ascension sociale pour des milieux plus populaires ou, au contraire, la reproduction sociale pour des classes moyennes ou plus aisées; enfin, la foi dans l’enseignement catholique, due à "une part d’irrationnel lié à des imaginaires, une histoire de l’enseignement catholique et de son propre rapport au réseau". 2) Du côté des enseignants. Beaucoup ont étudié dans le réseau catholique et y poursuivent leur carrière tandis que "les ¾ se disent très fiers de la réputation de leur école et/ou réseau et ne voudraient pas travailler dans l’officiel même ‘s’ils imaginent qu’il y a aussi de bonnes écoles dans l’officiel’", relaie Anne Baudaux. Pour eux comptent aussi le fait d’être bien avec les collègues et de se retrouver dans le projet de l’école ainsi que le contexte de travail (concertation entre collègues, soutien du directeur/du PO en cas de conflit avec les parents).

14:55 Écrit par Rachid Z dans Enseignements | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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