23 janvier 2013

Le monde de l’enseignement islamique dans le cycle obligatoire

Le monde de l’enseignement islamique dans le cycle obligatoire

Felice Dassetto, extrait issu de son dernier livre : L’Iris et le Croissant

Le système institutionnel belge, en raison de son histoire et des rapports de force internes, tout comme celui d’autres pays européens, donne la possibilité à des initiatives privées d’organiser des écoles, l’État ne détenant pas le monopole de l’instruction obligatoire. En Belgique, contrairement à ce qui se passe aux Pays-Bas, au Danemark ou au Royaume-Uni, il y a, jusqu’à présent, relativement peu d’initiatives de création d’écoles «islamiques» assorties de la demande de reconnaissance par l’État. La raison pourrait être due à l’incertitude de l’élite dirigeante musulmane, aux divergences d’opinions à ce sujet, mais également à l’existence de cours de religion islamique dans le réseau officiel et à la relative ouverture de l’importante offre du réseau catholique. Il n’est pas exclu que la demande grandissante d’un enseignement, et surtout d’un environnement islamique, n’aboutisse à terme à une multiplication de ces initiatives.

Par ailleurs, dans le cadre de la loi belge issue du Pacte scolaire, il est prévu que, dans le réseau officiel, il soit donné des cours de religion pour les cultes ayant fait l’objet de reconnaissance ainsi que des cours de morale laïque, et ce, dans le cycle primaire et secondaire.

Les écoles «musulmanes»

Certaines écoles inspirées par des associations musulmanes se sont développées à Bruxelles. La première en date est l’École islamique Al Ghazali, fondée en 1989 et qui offre un enseignement maternel et le cycle complet de l’enseignement primaire. Elle a été lancée par l’ancien directeur saoudien du Centre islamique et culturel de Belgique (qui quittera la Belgique en 1990) et un groupe de parents. Cette initiative fut lancée de manière polémique avec la naissance de la première affaire des foulards.

L’asbl École islamique Al Ghazali (M. B., asbl n° 443.359.383) était à l’origine composée surtout de fonctionnaires du Centre islamique et culturel de Belgique. Les ambitions comprenaient, en plus de finalités générales en termes de scolarité, des objectifs spécifiquement religieux : «Dans le cadre des buts et objectifs de l’enseignement islamique inspiré par le Coran et la Sunna et dans l’esprit d’entente et de respect envers les lois du royaume belge et les différentes communautés religieuses l’association poursuit les objectifs suivants...» (art. 4). Parmi ceux-ci, celui de promouvoir l’«enseignement de la langue arabe» et l’«enseignement de la religion islamique».

Cette école a été abritée jusqu’en 2008 dans les locaux du Centre islamique. En 1997, l’asbl prend la dénomination d’Enseignement confessionnel islamique en Belgique. Ce changement, qui ne mentionne plus l’école Al Ghazali, laisse entendre que le projet est plus large que celui de la création d’une seule école. En même temps, les mentions relatives à l’islam signalées plus haut sont abandonnées.

Le règlement d’ordre intérieur, par contre, rappelle qu’il s’agit bien d’un enseignement confessionnel. Ainsi, l’élève, est-il rappelé à l’article 13, «ne doit pas oublier qu’il est à la fois dans une école et dans une mosquée», ce qui se réfère au temps où l’école se situait dans la mosquée du parc du Cinquantenaire. L’on rappelle que les classes commencent par la récitation de la Fatiha et se terminent par la récitation d’el-Asr. Au réfectoire, on récite l’invocation avant et après le repas.

Le changement de statuts de 1997 marque aussi une emprise moindre de l’institution Centre islamique sur le conseil d’administration. Quelques figures issues du premier CA, comme l’Égyptien Hassan Mahmoud Megahed, l’enseignant tunisien Mohamed Laroussi ou Kebir Bencheikh, un ancien militant marocain, aujourd’hui conseiller communal CDH à Evere, demeurent et vont jouer un rôle clé dans l’école. En 2003, le siège sera transféré progressivement à Evere et puis, en 2008, dans de nouveaux locaux en face de l’Hôtel de ville d’Etterbeek.

Cette année, ce centre, qui avait besoin de locaux, a pu déménager grâce à l’acquisition par le Centre islamique et culturel de Belgique, via un financement de 400 000 dollars obtenu auprès de la Banque islamique de développement, d’un bâtiment loué à l’école pour un prix symbolique.

Des familles traditionnelles ou salafistes y sont très influentes. L’enseignement suit évidemment le programme de la Communauté française et fait l’objet d’inspections comme toute autre école. Cette école libre est reconnue et subventionnée par la Communauté française.

Deux autres écoles primaires, rattachées plus ou moins directement au mouvement turc des nurgiu de Fethullah Gülen, existent à Bruxelles (avec également une section à Charleroi). Il s’agit de l’École des étoiles, située à l’origine à Anderlecht, et établie aujourd’hui à Haren, et de son pendant flamand, Lucerna, située près du canal. Ces écoles sont respectivement reconnues par les Communautés française et flamande.

Elles ont été fondées en 2005. L’École des étoiles est affiliée à la Fédération des écoles libres. La philosophie de cette école est moins immédiatement islamique qu’Al Ghazali. Dans l’esprit de formation de l’élite turquemusulmane du mouvement nurcu en général et des fethullaci en particulier, elle bénéficie d’une contribution financière d’hommes d’affaires turcs en Belgique, via l’association professionnelle Betiad (2). L’école Lucerna (qui a essaimé à Gand, Genk et Anvers) est néerlandophone et vise notamment à améliorer les performances des enfants turcs en vue de contribuer à la création d’une élite turco-flamande.

Une initiative scolaire non reconnue prépare au jury central au niveau secondaire des élèves qui ne fréquentent plus l’école à cause de l’interdiction du port du foulard. C’est l’institut Avicenne de Molenbeek qui fait partie de l’ensemble des activités associées à la mosquée Al Khalil. Des enfants de l’école islamique Al Ghazali y prolongent leur scolarité au-delà du primaire.

Notes :

(1) : Ce financement a été mentionné dans un communiqué de la Chambre islamique du commerce et de l’industrie en lien avec une mission économique de l’Awex conduite par le prince Philippe en 2009 (www.iccionline.net). Après avoir fait état de la signature d’un accord général entre Philippe Suinen, «PDG» de l’AWEX et Ahmad Mohammed Ali, président de la Banque islamique de développement concernant de nombreuses activités de coopération futures, l’accès à la finance islamique etc., le communiqué dit ceci : «Les deux parties ont convenu d’établir des programmes spécifiques au bénéfice des communautés musulmanes du Royaume de Belgique... Il est à noter, ajoute le communiqué, que la Banque (islamique de développement) entretient des bonnes relations avec la communauté musulmane de Belgique et a déjà contribué à hauteur de 400 000 dollars pour l’achat du bâtiment de l’école Imam al-Ghazali à Bruxelles en faveur de la communauté musulmane de Belgique».

Ce mélange entre accords commerciaux et accords religieux n’est pas sans rappeler celui qui est à l’origine de l’implantation du Centre islamique du cinquantenaire dans les années 1960.

(2) : La politique d’implantation des écoles par le mouvement de Fethullah Gülen suscite des questions. Voir par exemple B. Balci, Missionnaires de l’islam en Asie Centrale. Les écoles turques de Fethullah Gülen, Paris, Maisonneuve-Larose et Institut français d’études anatoliennes, 2003. Un collège privé «Educative» a été créé dans la banlieue Sud de Paris. D’autres centres d’aide scolaire sont ouverts dans diverses villes françaises.

Commentaires

Le monde obscur du mouvement islamiste turc de Fethullah Gülen (1ère partie)

Par Maximilian Popp, Trad. Aurélien Roulland, le 20 août 2012

Des millions de musulmans à travers le monde idolâtrent le prédicateur turc Fethullah Gülen, qui aime se présenter lui-même comme le Gandhi de l’Islam. Son Mouvement Gülen dirige des écoles dans 140 pays et promeut le dialogue œcuménique. Mais ses ex-membres le décrivent comme une secte, et certains pensent que l’organisation secrète conspire afin d’étendre son pouvoir en Turquie.

La fille chante un peu faux, mais l’audience n’en est pas moins extrêmement enthousiaste. Elle chante une chanson turque, bien que son accent sonne allemand. La salle est décorée de ballons, guirlandes aux couleurs nationales allemandes de noir, rouge et or, et de croissants et étoiles aux couleurs turques rouge et blanche. Les membres de l’audience font flotter les drapeaux allemands et turcs.

L’association culturelle de l’Académie accueille les épreuves préliminaires des « Jeux Olympiques de la Culture » dans le grand amphithéâtre de L’Université Technique de Berlin. Des milliers de personnes sont venues voir le concours de talents. Ils applaudissent bruyamment lorsqu’une chorale de l’école de chant germano-turque Tüdesb entonne « Mon Petit Cactus Vert ». Et ils écoutent attentivement lorsqu’une étudiante récite un poème, pendant que des images de femmes tenant leurs enfants dans les bras apparaissent sur l’écran derrière elle. Le poème s’appelle « Anne », le mot turc pour « maman ». Le nom de l’auteur de ce poème, Fethullah Gülen, apparait sur l’écran pour un moment.

Tout le monde dans l’auditoire sait qui est Gülen. Des millions de musulmans à travers le monde idolâtrent Gülen, qui est né en Turquie en 1941 et qui est l’un des prédicateurs les plus influents de l’islam aujourd’hui. Ses fidèles ont fondés des écoles dans 140 pays, une banque, une compagnie de médias, des hôpitaux, une compagnie d’assurance et une université.

L’association culturelle qui accueille le concours à l’université de Berlin est aussi membre du mouvement Gülen. A partir de là il n’est pas étonnant que plusieurs participants soient élèves dans les écoles de Gülen, que les compagnies associées avec Gülen sponsorisent les jeux olympiques de la culture, et que les organes de presse ayant des liens avec Gülen soient présents pour en parler.

Les images de la soirée montrent des Allemands et des Turcs apprenant chacun les uns des autres, faisant de la musique ensemble, dansant et applaudissant. L’intention évidente est de mettre l’accent sur la coexistence pacifique des différentes religions. « Nous sommes le premier mouvement dans l’Histoire de l’Humanité qui soit complètement et entièrement dédié à la charité », déclare Mustafa Yeşil, un proche de Gülen à Istanbul.

Une secte semblable à la Scientologie

Les gens qui ont cassés les liens avec Gülen et sont familiers des fonctionnements internes de cette communauté racontent une histoire différente. Ils caractérisent le mouvement comme une société secrète ultra-conservatrice, une secte qui n’est pas sans rappeler l’Église de Scientologie. Et ils la dépeignent un monde qui n’a rien à voir avec les plaisantes images des Jeux Olympiques de la Culture.

Ces critiques disent que la communauté religieuse (connue sous l’appellation de « cemaat » en Turquie, littéralement : la communauté des fidèles) forme ses futures dirigeants à travers le monde dans de prétendues « maisons de lumières », un mélange d’une résidence d’étudiant collective et d’une école coranique. Ils décrivent Gülen comme leurs gourous, un idéologue qui ne tolère aucune contestation, et qui n’est intéressé uniquement que par le pouvoir et l’influence, non par la compréhension et la tolérance. Ils disent qu’il rêve d’une nouvelle ère dans laquelle l’islam dominera l’Occident.

Certains experts en viennent aux mêmes conclusions. Le sociologue néerlandais Van Bruinessen voit des parallèles entre le mouvement Gülen et la société catholique secrète de l’Opus Dei. L’historien américain et spécialiste du Moyen-Orient Michael Rubin relie le prédicateur turc au leader révolutionnaire iranien Ayatollah Khomeini. Selon un câble diplomatique obtenu par WikiLeaks en 2010, les diplomates américains considèrent le mouvement Gülen pour être « le groupe islamiste le plus puissant de Turquie ». Le mouvement Gülen, continue le câble, « contrôle les activités de publications, les échanges commerciaux, et les entreprises majeures de Turquie et a profondément pénétré la scène politique ».

Seuls de très rares ex-membres sont près à parler de leur expérience passée dans le mouvement, et ceux qui le font insistent pour que leur nom ne puisse pas être identifié. Ils ont peur de Gülen et de ses fidèles, peur pour leurs emplois, peur pour leurs vies et leurs familles.

Comme en prison

L’un de ses ex-membres, qui a accepté de parler au Spiegel sous un nom d’emprunt, est Serkan Öz, qui habitait dans une « maison de lumière » dans une grande ville allemande pendant quelques années. Il a opté pour la facilité immédiatement après être sorti diplômé d’un lycée allemand. Il a été attiré par les sermons de Gülen, qu’il a vu sur internet, parce qu’il sentait qu’ils réconciliaient la piété islamique avec la modernité occidentale.
L’ameublement ainsi que la vie quotidienne à la résidence, dit Öz, étaient plus de l’ordre de la sobriété et de la rigidité d’un monastère que de l’atmosphère relaxée d’un dortoir étudiant. Il n’y avait que des hommes habitant dans ses maisons, et l’alcool et les visites des femmes étaient interdites. Un superviseur, à qui tous les étudiants se référent comme « ağabey » (grand frère), déterminait la routine quotidienne, dictant quand il était temps de travailler, de prier ou de dormir. « Nous étions gardés comme si nous étions en prison » déclare l’ex membre. Öz lisait le Coran et étudiait les écrits de Gülen chaque jour.

Les maisons de lumière sont les fondations du mouvement, où les jeunes « fethullaci » (c’est ainsi que sont appelés les fidèles de Gülen) sont formés pour être de loyaux serviteurs. Les résidences existent dans de nombreux pays, incluant la Turquie, les États-Unis et l’Allemagne. Il y en a deux douzaines dans Berlin seule. La Cemaat offre aux enfants des écoles et aux étudiants d’université un foyer, souvent gratuit, et en retour il leur est demandé de dévouer leur vie à l’ « hizmet », ou service en Islam.

Dans son livre « Fasildan Fasila » (de temps en temps) Gülen écrit qu’un élève doit être « sur la brèche jour et nuit » et ne doit pas être vu en train de dormir. « Si possible, il dort trois heures par jour, a deux heures pour d’autres besoins, et doit dévouer le reste entièrement à l’hizmet. En essence, il n’a aucune vie privée, exceptée dans quelques situations spécifiques ».

Les résidents des maisons de lumière sont aussi censés être prosélytes, et Gülen donne même son avis dans ses écrits sur comment faire à propos de cela. Les étudiants, écrit-il, doivent être amis avec les infidèles, même si cela signifie de cacher leurs vraies motivations. « Avec la patience d’une araignée, nous tissons notre toile pour attendre que les gens soient pris dedans ».

Interdit de regarder la TV

Plus Serkan Öz vivait sa vie en accord avec les règlements de Gülen, les « hizmet düsturlari », moins il avait de liberté. Par exemple, la cemaat essayait de lui dicter quelle profession il devait choisir. Il n’avait presque pas d’amis hors du mouvement.

Les autres ex-membres rapportent qu’il était fait pression sur eux pour se marier au sein du mouvement de Gülen. Dans certaines résidences, il y a des règlements qui interdisent de regarder la TV, écouter la musique ou lire des livres qui contredisent l’idéologie de Gülen, incluant les travaux de Charles Darwin et Jean-Paul Sartre. Certains résidents étaient forcés à couper les liens avec leurs familles quand les parents essayaient de résister à la perte de leur enfant au profit de la cemaat.

Serkan Öz a décidé de sortir de la maison de lumière. Maintenant qu’il est un rebelle, et les opportunités de carrière qui s’étaient ouvertes à lui se sont soudainement toutes refermées. Öz est devenu isolé, perdant ses amis et connaissances, son foyer religieux et, comme il le voit aujourd’hui, sa place dans le monde.

Les allemands ont consacrés beaucoup d’attention à l’islam ces dernières années. Il y a des conférences sur l’Islam et des projets de recherche sur l’intégration. Mais le public allemand ne sait presque rien de Gülen et de son mouvement, même s’il a plus d’influence sur les musulmans d’Allemagne que sur toutes les autres communautés. « C’est le plus important et le plus dangereux mouvement islamiste d’Allemagne » déclare Ursula Spuler-Stegemann, une spécialiste de l’islam de l’université orientale allemande de Marburg. « Ils sont partout ».

Rassembler Rabbins et Imams

Les membres de la cemaat dirigent plus de 100 établissements scolaires en Allemagne, incluant des écoles et des centres de cours particuliers. Ils ont grossièrement établis 15 « associations de dialogue », comme le Forum pour le Dialogue Interculturel (FID) de Berlin. Les associations organisent des conférences qui amènent ensemble rabbins, pasteurs et imams, aussi bien que des voyages offerts pour Istanbul.

Les fidèles de Gülen publient Zaman, le journal le plus distribué en Turquie, avec une édition européenne et des filiales à travers le monde, ainsi que le magazine mensuel The Fountain. Ils dirigent des stations de TV comme Ebru TV et Samanyolu TV. Barex, une association de recruteurs composée de 150 compagnies à Berlin et dans l’état fédéré voisin du Brandenburg, est aussi connue pour faire partie du réseau.

Rita Süssmuth, membre de l’Union Démocratique Centre-Droite (CDU) et ex présidente du parlement allemand, siège au comité consultatif du FID à Berlin. Les autres politiciens, tels que Jörg-Uwe Hahn, membre du libérale Parti Démocratique Libre (FDP) et le ministre de la justice de le länder oriental du Hesse, le très en vue politicien du CDU Ruprecht Polenz et le Social Démocrate Ehrhart Körting, qui fut ministre de l’intérieur de l’état fédéré de Berlin pendant des années, ont tous acceptés des invitations à des évènements organisés par la communauté Gülen.

L’un des plus grands succès de la cemaat est le lycée Tüdesb du quartier Spandau à Berlin. L’école a une bonne réputation, avec des classes de petites tailles, des professeurs motivés et un équipement moderne, et il y a toujours plusieurs candidats pour chaque poste. Les étudiants, dont la plupart sont d’origine turque, parlent turc et allemand, les leçons étant basées sur le programme de l’État fédéré de Berlin, et certains professeurs n’ont même jamais entendus parler de Fethullah Gülen. Les autres, cependant, sont connus pour reverser une part de leur salaire mensuel au mouvement. Pendant longtemps, l’école revendiquait n’avoir aucune connexion avec Gülen, mais maintenant le président directeur de l’association qui dirige l’école le soutient ouvertement.

Notes du traducteur :

En France, les prédicateurs de Gülen sont passés à l’offensive après les émeutes de 2005. Des centres d’étude ou de cours éducatifs ont tout d’abord ouverts à Strasbourg, Montfermeil, Vénissieux. A Pantin le centre « Études Plus accompagne une centaine de lycéens, à Villeneuve St Georges c’est le collège « Educ’Active » qui a ouvert. Le Fatiad (Groupement des Entrepreneurs Franco Turcs) promeut les échanges franco-turcs et finance les écoles. La Plateforme de Paris, tout aussi affiliée à Gülen, soutient le dialogue franco-turc et propose depuis 2007 des rencontres d’intellectuels franco turcs à l’Assemblée Nationale en partenariat avec la Revue Esprit.

Der Spiegel (le Miroir) est le plus grand et le plus influent hebdomadaire allemand d’investigation, créé par Rudolf Augstein en 1945-1947. Les magazines français Le Point et l’Express sont influencés par le modèle de der Spiegel.

Écrit par : Rachid Z | 23 janvier 2013

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La N-VA s’intéresse au « mouvement turc de Fethullah Gülen »

Mehmet Koksal, 03 février 2011

Paul De Ridder, historien et unique député bruxellois du parti nationaliste flamand (N-VA), vient récemment de soumettre une « question écrite » au ministre-président du gouvernement bruxellois à propos du « mouvement turc de Fethullah Gülen ». Le député précise qu’il n’a pas trouvé « d’informations objectives » à propos de ce mouvement qui regroupe à travers le monde « des millions de Turcs autour de leur chef spirituel Fethullah Gülen » car qu’on a d’une part des partisans qui évoquent un mouvement religieux turc qui vise à émanciper les jeunes à travers l’éducation et la science et d’autre part les opposants qui considèrent ce mouvement comme une « machine à endoctriner » ayant l’objectif de fonder un Etat turc islamique.

Le député bruxellois néerlandophone Paul De Ridder relaye également une note de la Sûreté de l’Etat belge qui précise que « l’establishment laïque turc pense que l’organisation a un agenda islamique caché et qu’à terme elle vise à renverser la République laïque turque pour la remplacer par une théocratie. Jusqu’à présent, ces déclarations n’ont pas été vérifiées. Rien (…) n’indique qu’on forme des fondamentalistes dans les écoles [appartenant au mouvement Gülen]. Il semble néanmoins que le mouvement Gülen accorde une grande attention sur les textes réfutant la théorie de l’évolution darwinienne ».

Pulsion sexuelle à travers les yeux

« Aux Pays-Bas, un débat public autour du mouvement Gülen a eu lieu en 2008 ayant conduit à la publication du rapport du professeur Martin van Bruinessen commandé par l’ex-ministre de l’Intégration Eberhard der Laan. Ce rapport confirme ce qui précède: Le mouvement n’est pas islamiste (…) mais les hommes sont les maîtres au sein de l’organisation et il existe une stricte séparation entre les hommes et les femmes dans la sphère privée. Ainsi un homme ne regardera jamais une femme droit dans les yeux parce qu’il ne veut pas être tenté sexuellement. Le sexe est toujours un sujet difficile, l’homosexualité y est interdite et l’euthanasie y est inacceptable. Ils rejettent aussi la théorie de l’évolution. Le professeur critique aussi l’opacité des structures affiliées au mouvement Gülen ».

Le mouvement Gülen est aussi actif à l’Université de Leuven (KUL) qui compte, depuis le 7 décembre 2010, une « chaire Fethullah Gülen » pour les études interculturelles qui court pendant les 5 prochaines années. C’est la «Plateforme du dialogue interculturel (IDP) » qui a payé l’Université de Leuven pour avoir cette chaire Fethullah Gülen, indique le député bruxellois.

Paul De Ridder demande l’avis du gouvernement bruxellois à ce sujet (compte tenu de l’avis de la Sûreté d’Etat et du rapport néerlandais), il demande aussi si les organisations bruxelloises liées à ce mouvement reçoivent des subsides et en cas de réponse positive si ces fonds sont contrôlés.

D’après le député, sa question (introduite originellement sous forme d’interpellation) a déjà été une première fois refusée par le bureau du Parlement bruxellois. Revenant à la charge, Paul De Ridder a réintroduit son interpellation sous forme d’une question écrite… sans avoir la garantie d’avoir une réponse de la part du gouvernement régional.

Écrit par : Rachid Z | 23 janvier 2013

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"A Strasbourg, la Turquie ouvre une "faculté" de théologie pour former des imams"

Le Monde, LE 1er Septembre 2012

"Le projet était dans les cartons depuis de longues années. La Turquie a finalement ouvert en février à Strasbourg, une "faculté de théologie musulmane", une première sur le sol français. La "faculté", en réalité un institut de formation des imams, est pilotée par l’Union turco-islamique pour les affaires religieuses, la branche française du Diyanet, l’administration turque des affaires religieuses, placée sous l’autorité du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, une sorte de ministère de l’islam officiel turc.

L’établissement strasbourgeois accueillera une trentaine d’étudiants et effectuera sa première rentrée en septembre, dans les locaux qu’elle a acquis avec le soutien de la municipalité socialiste : un ancien bâtiment appartenant à La Poste, dans le quartier de Hautepierre. Pour le gouvernement turc, qui pilote cette installation, comme en témoignent les visites récentes du ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, et du numéro deux du cabinet, Bülent Arinç, la faculté servira de laboratoire à l’organisation de la diaspora turque en Europe.

L’objectif de cette "université", dont le diplôme sera délivré par le département de théologie de l’université d’Istanbul, est avant tout de former les imams turcs qui officient auprès de la communauté nationale en France. Actuellement, la Turquie dépêche 236 imams dans les mosquées françaises tenues par le Diyanet, 2 000 au total dans les pays européens. Mais au moins 250 demandes d’imams supplémentaires ne peuvent être satisfaites. "La France souhaite que les imams soient formés en France. C’est pour remplir cet objectif que nous avons créé cet établissement privé", explique Fazli Arabaci, le "recteur", un ancien fonctionnaire des affaires religieuses détaché par Ankara.

Le cursus s’adresse aux titulaires du baccalauréat âgés de plus de 25 ans. "Les cours seront donnés en turc, par des enseignants de Turquie. Le diplôme et les stages seront délivrés par la Turquie. La formation ne peut donc pas s’adresser à toute la population musulmane de Strasbourg, comme le prétend le projet", souligne Samim Akgönül, maître de conférences à l’université Marc-Bloch de Strasbourg. Ce spécialiste des minorités qui enseigne au département d’études turques estime que l’institut de formation des imams a usurpé le terme de faculté et qu’il a utilisé sans autorisation le logo de l’université publique.

A terme, le projet de la Turquie est d’ouvrir également un "établissement secondaire privé". Ce lycée devrait être calqué sur le modèle des imams hatip, les lycées d’enseignement religieux qui connaissent un succès grandissant en Turquie.

Le projet de Strasbourg a été porté par le Cojep (Conseil pour la justice, l’égalité et la paix), une association de quartier fondée à Belfort dans les années 1980 et devenue, vingt ans plus tard, la tête de pont en France et en Europe des réseaux pro-AKP (Parti de la justice et du développement, le parti au pouvoir en Turquie). "Dans les années 1990, lorsque le mouvement islamiste Milli Görüs [Vision nationale] structurait la diaspora turque, l’école des cadres était à Cologne. Aujourd’hui, pour l’AKP, le parti au pouvoir, c’est Strasbourg qui joue ce rôle", explique Samim Akgönül.

La mairie (PS) a soutenu l’implantation de l’université privée, notamment grâce à l’engagement de Saban Kiper, conseiller municipal délégué aux questions de sécurité et proche du Milli Görüs. M. Kiper avait déjà obtenu du maire, Roland Ries, le jumelage de Strasbourg avec Kayseri, ville conservatrice d’Anatolie, considérée comme la cité modèle des islamistes turcs.

Le projet viendra renforcer l’organisation de la diaspora turque de France par Ankara. "L’AKP a injecté pas mal d’argent depuis 2004. Avant, il y avait une logique de marché, chaque réseau communautaire ou religieux ayant ses mosquées. Aujourd’hui, l’idée est d’unir les forces", souligne M. Akgönül. Des centres Yunus Emre, des instituts culturels et religieux d’Etat, devraient aussi ouvrir dans plusieurs villes de France. Début juin, environ 500 associations de la diaspora turque en Europe ont été invitées à Ankara par le premier ministre Erdogan pour souder la communauté. Une initiative diversement appréciée.

"Il est clair que le gouvernement cherche à unifier la diaspora. Mais en tant que citoyen français d’origine turque, c’est plutôt le ministre français que je devrais rencontrer. Je ne suis pas aux ordres d’Ankara", fait remarquer Nihat Sarier, président de la Plate-forme de Paris, la vitrine en France du mouvement Gülen, un puissant réseau d’influences économico-religieux qui suit les préceptes de l’imam Fethullah Gülen. Ce mouvement a ouvert un collège en région parisienne en 2010 et projette d’en ouvrir un autre à Strasbourg.

Pour M. Sarier, la formation des imams en France est une nécessité. "Mais cela ne devrait pas être le modèle turc copié et appliqué à Strasbourg. Il faut qu’ils délivrent un diplôme français."

Écrit par : Rachid Z | 23 janvier 2013

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