21 janvier 2013

La fraternité en temps de crise : le cas des Rohingyas – musulmans de Birmanie

La fraternité en temps de crise

Le cas des Rohingyas – musulmans de Birmanie

Par Hanan Ben Rhouma, le 20 janvier 2013

Les souffrances des Rohingyas – musulmans – de Birmanie vont-elles finir par être entendues ?  C’est du moins ce qu’espère le Collectif Halte au massacre en Birmanie, dont la notoriété grandit depuis sa création en juin 2012, au lendemain des nouvelles exactions commises dans l’Etat d’Arakan. Sensible au travail accompli, Tariq Ramadan leur a prêté main forte en dénonçant les massacres et en mettant les musulmans face à leurs responsabilités.

«La fraternité en temps de crise : le cas des Rohingyas – musulmans de Birmanie.» Tel a été le thème de la conférence organisée dans l’Espace Chevreul de Nanterre (Hauts-de-Seine), dimanche 13 janvier, par le Collectif Halte au massacre en Birmanie, la seule structure à ce jour en France qui se mobilise pleinement contre le sort infligé aux minorités musulmanes du pays.

Sur le millier de personnes que pouvait accueillir la salle, seules 300 personnes ont répondu à l’appel du collectif, qui s’est pourtant donné les moyens d’attirer du monde en invitant Tariq Ramadan, qui draine habituellement des foules. La faute à la manifestation anti-mariage pour tous, qui a attiré, au même moment, jusqu’à un million de manifestants dans les rues parisiennes ?

Pas vraiment puisque les musulmans, premier public visé par les organisateurs de la conférence, ont été peu nombreux à avoir rejoint la «Manif pour Tous». Un signe malheureux que le sujet des Rohingyas ne mobilise pas encore en France, où le black-out médiatique est manifeste, alors même que la fraternité est un impératif en islam. Il n’en reste pas moins que la conférence fut de qualité, oscillant entre témoignages de terrain et analyses de la situation pour mieux comprendre la réalité vécue par les musulmans mais aussi les chrétiens birmans persécutés.

Une épuration ethnique et religieuse à l'oeuvre

«On n’a pas le droit de sélectionner les opprimés, on n’a pas le droit de dire que les seuls opprimés qui nous touchent sont Palestiniens ou ceux dont parlent les médias», indique M. Ramadan, qui fut sans conteste l’intervenant le plus attendu. «Il faut qu’on ait une position de principe claire : partout où il y a de l’oppression, (…) ce n’est pas par l’émotivité médiatique qu’il faut s’engager mais par la connaissance approfondie des faits.»

Il appelle ainsi à «développer une conscience plus politique qu’émotive» face à «une politique génocidaire et discriminatoire» envers les populations musulmanes de Birmanie qui a commencé depuis bien longtemps, 1982 étant une date clé pour l’histoire des Rohingyas : c’est alors que cette minorité se voit priver de sa citoyenneté. Une décision qui entre dans le cadre d’une politique d’homogénéisation culturelle et religieuse au profit des seuls bouddhistes.

Un soutien juridique indispensable

«Ils veulent un soutien juridique de la communauté internationale pour qu’ils aient une carte d’identité» au même titre que les autres citoyens, insiste Mouna Dérouiche, qui témoigne inlassablement des conditions de vie terrible des musulmans qu’elle a constaté lors de sonvoyage en novembre dans l’Etat d’Arakan. Pour appuyer son témoignage, deux Rohingyas ont été invités à intervenir auprès du public.

A choisir, «ce se sont eux (les Rakhines bouddhistes, ndlr) les immigrés illégaux, pas nous», déclare Maung Hla Aung, faisant remarquer que l’Etat d’Arakan était indépendant jusqu’à l’invasion en 1784 opérée par le roi birman Bodawpaya. Une terre sur laquelle les Rohingyas, descendants de marchands arabes, vivent depuis des siècles et dont il n’est pas question de s’en aller. Les exactions à leur encontre, qui se sont multipliées depuis juin 2012, ont tout de même provoqué, outre les centaines de morts, le déplacement de 200 000 personnes, selon des estimations.

«Le sang palestinien n’a pas plus de valeur que le sang de mes frères de Birmanie. La liberté ne peut pas être divisée, elle appartient à toute l’humanité», martèle Ibrahim Bornat, un militant palestinien du village de Bil’in, en Cisjordanie. Un rappel fraîchement applaudi par l’assemblée qui en précède une autre de M. Dedomy : «faire que ce combat pour les Rohingyas soit un combat politique universel».

Le mutisme coupable d’Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi, qui incarne le combat pour la démocratie en Birmanie, en prend sérieusement pour son grade. Pour M. Ramadan, son mutisme «n’est pas du tout à son honneur», qualifiant sa position de «lâche».

Frédéric Dedomy, un spécialiste des questions birmanes, est plus nuancé. Affirmant l’avoir rencontré l’an passé, il explique qu'Aung San Suu Kyi n’a «clairement pas de haine envers les Rohingyas» mais ne s’est pas prononcée ouvertement pour la reconnaissance des Rohingyas. Pour lui, la peur de «perdre une popularité qui lui permet de faire avancer son projet politique pour la démocratie» a pris le dessus. Une attitude que l’expert est aussi à même de critiquer mais «si hier, elle était une icône, il ne faut pas aujourd’hui la jeter aux orties».

Cependant, les Rohingyas, qui pensaient trouver en elle une défenseuse de leur cause, sont déçus de son attitude et continuent d’espérer que la communauté internationale se saisisse véritablement de la question, autrement que par l’adoption d’une résolution non contraignante pour les autorités birmanes. Le Collectif Halte au massacre en Birmanie interpelle les musulmans et les citoyens français sur leurs responsabilités dans leur silence face à cette répression oubliée.

Commentaires

Journée d'action internationale rohingya : halte au massacre en Birmanie !

Par Collectif Halte au Massacre en Birmanie (HAMEB), le 21 Janvier 2013

Journée d'action internationale rohingya, devant l'ambassade de Birmanie à Paris, dimanche 20 janvier.

Plus de 11000 morts et 120 000 déplacés ! Voilà le lourd bilan de la persécution des musulmans de Birmanie, en majorité des Rohingyas, depuis le mois de juin 2012.

Les témoignages sont nombreux, les preuves évidentes, mais le gouvernement birman, représenté ici à Paris par son ambassade, refuse, avec la complicité criminelle de la communauté internationale et de la France, de reconnaître ces crimes. C’est pour cela que nous nous sommes rassemblés, ce dimanche 20 janvier, devant l'ambassade.

En ce dimanche 20 janvier 2013, la coordination « Une flotille pour l’Arakan », basée à Bangkok en Thaïlande, a appelé à une journée d’action internationale en soutien au peuple rohingya. Les Rohingyas sont une ethnie de Birmanie, présente dans l’Etat d’Arakan, aujourd’hui province de Birmanie, depuis plusieurs siècles.

L’indépendance de la Birmanie en 1948 a marqué le début d’une politique d’exception à l’égard de ce peuple. Après plusieurs vagues de persécutions qui ont mené à des centaines de milliers de morts et de déplacés, le gouvernement leur a ôté la nationalité birmane en 1982. Ils sont considérés comme apatrides dans leur propre pays. Leur identité culturelle est niée, on les considère comme des immigrés illégaux en provenance du Bangladesh.

En ce dimanche 20 janvier 2013, des peuples du monde entier se sont réunis devant les ambassades de Birmanie pour dire à cet Etat, et à leur Etat par la même occasion : HALTE AU MENSONGE, HALTE A L'EPURATION ETHNIQUE, HALTE AU MASSACRE !

Nous ne vous laisserons plus faire, nos frères et sœurs ne mourront plus dans l’indifférence !

Nous sommes le Collectif HAMEB, Halte au massacre en Birmanie, qui a vu le jour suite aux évènements de juin 2012 avec la ferme intention de faire cesser toutes les injustices commises à l’encontre des Rohingyas et, plus globalement, des musulmans de Birmanie.

Nous soutenons le projet « Une flotille pour l’Arakan » et nous avons choisi de répondre à l’appel de cette coordination et à l’appel des Rohingyas en se mobilisant devant l’ambassade de Birmanie à Paris.

Nous exigeons de l’Etat français qu’il demande des comptes à son homologue birman et qu’il conditionne les accords d’échanges commerciaux et financiers, fraîchement conclus suite au processus de « démocratisation » de la Birmanie, au respect des droits humains fondamentaux, comme il les conditionne pour d’autres Etats.

Nous exigeons de l’Etat français qu’il se soucie du sort des Rohingyas de Birmanie et appuyons l’envoi d’observateurs internationaux dans l’Etat d’Arakan, si les rapports d’ONG reconnues telles que Human Rights Watch ne sont pas suffisants à lancer l’alerte.

Nous demandons à l’Etat birman d’ouvrir les ghettos dans lesquels il a enfermé les Rohingyas afin de les affamer et de les tuer à petit feu, de réparer les mensonges et les crimes de l’Histoire, et de veiller au respect de la dignité de ce peuple. Nous lui signalons, enfin, que nous nous empresserons de relayer toutes les exactions commises et qu’il a désormais devant lui des défenseurs acharnés du peuple rohingya à Paris !

Écrit par : Rachid Z | 21 janvier 2013

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Thaïlande : des militaires impliqués dans un trafic d’esclaves

Par Henri Emanglon, le 21 janvier 2013

Des officiers militaires thaïlandais jouent un rôle actif dans l’organisation dans le trafic de Rohingyas entre la Birmanie et la Thaïlande.

Le général Prayuth Chan-ocha, chef de l’armée de terre thaïlandaise, a reconnu, selon le Bangkok Post, que les accusations concernant l’implication d’officiers militaires dans le trafic de Rohingyas dans le sud de la Thaïlande étaient fondées. “Nous sommes en train d’enquêter. Ce sont des mauvais officiers et ils doivent être sanctionnés”, a déclaré le général au quotidien. Des sources policières avaient indiqué auparavant que des officiers, allant du grade de major à celui de colonel et appartenant au Commandement opérationnel pour la sécurité intérieure (ISOC), l’organisme de sécurité le plus puissant dans le pays, contrôlaient depuis plusieurs années le trafic clandestin de main-d’œuvre entre l’ouest de la Birmanie et la Malaisie. C’est apparemment une querelle entre plusieurs des officiers impliqués qui a poussé certains d’entre eux à révéler l’existence du trafic à la police.

Un article du webzine Phuketwan décrit la façon dont le trafic est organisé. Des bateaux de gardes-côtes militaires accostent les embarcations de Rohingyas lorsqu’elles celles-ci arrivent au large des côtes thaïlandaises. Les militaires sur ces bateaux sont en cheville avec des passeurs birmans qui ont organisé le voyage au départ et se trouvent aussi à bord avec les Rohingyas. Une fois interceptés, les Rohingyas sont transférés dans des camps clandestins, souvent cachés dans des plantations, dans les provinces du sud de la Thaïlande. Ils ne sont libérés que s’ils peuvent payer une somme supplémentaire allant parfois jusqu’à plusieurs milliers d’euros, sinon ils sont battus et vendus à ces entreprises locales de pêche ou de construction pour lesquels ils doivent travailler sans salaire.

Écrit par : Rachid Z | 21 janvier 2013

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