19 janvier 2013

In Aménas

In Aménas

Témoignage (en darija) d’un membre du personnel du site gazier algérien, victime d’une prise d’otage par un groupe, islamique et cosmopolite, armé… 

14:11 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Je soutiens de toute mon énergie la glorieuse Algérie…

Puisque la Syrie n’est pas tombée comme un fruit mur du « printemps arabe », les islamo-impérialistes se tournent vers l’Algérie pour essayer de la déstabiliser à son tour. Ils reviennent plutôt à la charge, puisque l’Algérie a été ciblée en même temps que mon défunt pays, dont la très spontanée « révolution du jasmin » a servi de rampe de lancement au sinistre « printemps arabe ». Mais l’Algérie, gouvernant et gouvernés, peuple et élite, opposants et dirigeants, a résisté à cette conspiration odieuse dont les objectifs néocolonialistes ne sont plus un secret pour personne. C’est parce que le peuple algérien a fait preuve de maturité et d’intelligence que les néocolonialistes ont lancé leur croisade contre la Jamahiriya Libyenne, réitérant ainsi l’invasion et la partition de l’Irak en 2003.
C’est précisément en Irak que l’application du « Grand Moyen-Orient » a commencé et dont le « printemps arabe » n’est que le prolongement stratégique et médiatique. Projet néoconservateur, repris, revu et corrigé par la colombe aux ailes de faucon, Barack-Hussein Obama. Du hard power au soft power, avec les mêmes visées géopolitiques : implosion et partition des Etats-nations, main basse sur les richesses énergétiques du monde arabe, mise sous la tutelle islamiste des pays de tradition nationaliste.
Cette destruction programmatique des régimes arabes non monarchiques (!) n’aurait pas été possible sans le rôle majeur que l’émirat du Qatar a joué, par sa diplomatie du mégachèque et par la propagande abjecte de sa télé-révolution, Al-Jazeera, dont le pouvoir sur les masses arabes n’est pas médiatique mais hypnotique. Cette télévision digne d’un Goebbels ne couvrait pas les événements en Tunisie, en Libye, en Egypte, en Syrie et au Yémen ; elle les provoquait et les suggérait à des hordes incultes, totalement sous l’emprise des présentateurs de cette chaine, qui sont passés maitre dans l’art de la subversion et maestro dans les techniques de désinformation.
Dès janvier 2011, j’ai alerté mes amis algériens, des intellectuels engagés jusqu’au sommet de l’Etat, sur la conspiration qui les visait, après avoir porté ses fruits en Tunisie en « libérant » ce pays de son indépendance ! Après Ahmed Bensaada, auteur d’Arabesque Américaine (avril 2011), qui démontre le rôle crucial des jeunes cyber-collabos arabes dans cette nouvelle épopée coloniale, j’ai été parmi les premiers à dévoiler l’imposture, dans mon livre La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (septembre 2011). C’est précisément à la fin de ce livre que j’ai écrit : « L’Algérie, dont l’attitude face au conflit libyen honore les enfants d’Abdelkader, restera dans le collimateur des bédouins du Qatar et de leurs maitres israélo-américains. Et dans ce combat de la « démocratie » contre la « dictature », Bernard-Henri Lévy sera encore plus motivé que dans sa croisade contre la Libye. Ne témoigne-t-il pas depuis des années son attachement affectif, plus exactement affecté, pour l’Algérie algérienne ? ».
C’est à cela qu’on assiste aujourd’hui avec l’offensive des islamo-terroristes maliens, tunisiens, libyens, égyptiens sur Tigantourine. Tous, des mercenaires financés et armés par le Qatar et logistiquement soutenus par les gouvernements libyen et tunisien, qui sont aux ordres de l’émir Hamad Ben Khalifat, leur « associé dans la révolution », comme l’a si bien dit Rached Ghannouchi. Je veux dire ici aux Algériens en général et à mes amis en particulier, que ce gouvernement usurpateur n’est pas du tout représentatif du peuple tunisien, qui soutient au contraire l’Algérie, Etat comme Nation. Je veux dire aussi à mes amis Français que leur expédition au nord Mali pour éradiquer la gangrène islamo-terroriste est parfaitement légitime. Encore faut-il accorder tactique et stratégie en se désolidarisant complètement de la guerre que mènent les mêmes mercenaires contre l’héroïque Syrie et pour le triomphe de l’obscurantisme wahabite. Une guerre suscitée et financée par le Qatar, l’ami « intime » de la France !
Vive l’Algérie éternellement algérienne.

Mezri Haddad est philosophe et ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l’Unesco.

Écrit par : tenoode | 19 janvier 2013

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Aqmi peut frapper loin et pas seulement en Algérie

Propos recueilli par Pascale MONNIER, le 20 janvier 2013

Bertrand Monnet, 38 ans, spécialiste du management des risques criminels, professeur à l'Edhec.

La tragédie saharienne illustre le concept, récent, de « prise d'otages de masse » ?

Oui. Il y a deux modes de prise d'otages : l'enlèvement, il s'agit de capturer une victime et de l'exfiltrer vers une zone tenue par le ravisseur. Ce qui devait se faire à In Amenas. Et c'est ce qui est arrivé à Areva, au Niger, il y a deux ans. L'autre type de rapt est la prise d'otages sur site. L'exemple absolu, dans toute son horreur, c'est, après le théâtre Doubrovka de Moscou, l'école russe de Beslan, en 2004. Ce sont ces scénarios qu'étudient désormais le GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale), le Raid et les Européens du réseau Atlas.

Ces prises d'otages collectives menacent-elles de se multiplier ?

Je le crains. Car des sites de présence d'expatriés occidentaux, il y en a beaucoup dans cette région. La zone d'action d'Aqmi et de ses organisations affiliées dépasse les frontières de l'Algérie. Elle s'étend sur plusieurs milliers de kilomètres. Or, les entreprises qui y sont implantées n'ont d'autre choix que de produire là où se trouvent les ressources naturelles. Elles emploient des expatriés sur place parce que l'extraction de celles-ci et la gestion des projets nécessitent la mise en oeuvre de technologies de pointe.

Pourquoi les Occidentaux sont-ils la cible de la nébuleuse des groupes terroristes ?

Le problème est que ces lieux essentiels économiquement pour eux sont également des territoires au sens féodal du terme. Dominés, sillonnés, comme il y a deux cents ans, par ces organisations islamistes et terroristes, plutôt, pour certaines, des guérillas qui « travaillent » dans la région et partagent, bien que touaregs, la même cause avec Aqmi. Des gens formés, déterminés. Ils ont une connaissance parfaite du désert. Et ne viennent pas toujours du Nord-Mali mais, en l'occurrence, de Libye où il n'y a plus aucune espèce de contrôle.

Comment assurer la sécurité totale de complexes pétroliers et gaziers ?

C'est impossible. Les industriels étrangers n'ont qu'une maîtrise très partielle de leur sécurité. Il leur est interdit de mandater des gardes armés civils. La protection armée en Algérie, au Niger, en Mauritanie est du ressort des forces de sécurité publiques, comme ce serait d'ailleurs le cas en France. Elles interviennent sans consulter qui que ce soit. Ni les gouvernements dont les otages sont des ressortissants. Et encore moins les firmes.

Faut-il réexaminer les dispositifs sécuritaires ?

Les boîtes ont créé un échelon intermédiaire entre elles et ces forces de sécurité publiques. Avec des consultants spécialisés, des prestataires privés, non armés, d'ex-militaires, d'anciens des forces spéciales. Le Britannique tué au début de la prise d'otages était le chef de la sécurité de l'établissement, salarié de ce qu'on appelle une société de sûreté.

Des entreprises envisagent-elles de partir ?

Quoique qu'en dise Laurence Parisot, la présidente du Medef, elles ont pour réflexe de restreindre leur exposition au risque de kidnapping d'étrangers. Et donc de diminuer le nombre de leurs expatriés. C'est déjà le cas.

Et le salaire de la peur ?

Dans ces conditions, personne n'a de vocation suicidaire. Le salaire de la peur, finalement, c'est ce dilemme : est-ce que je reste et j'expose mon personnel et mes actifs ou, deuxième option, est-ce que je réduis temporairement mon activité avant de revenir lorsque les choses iront mieux ? Il n'est pas question, pour les entreprises, de toutes quitter le pays en masse.

Le « fil d'Ariane » du quai d'Orsay, c'est nouveau ?

Non. Dans les États où une situation peut mal tourner, les autorités diplomatiques et consulaires ont développé depuis longtemps des systèmes d'identification et de localisation des ressortissants européens. Cependant, ce n'est pas obligatoire, tout le monde ne se signale pas.

Malgré l'assaut de l'armée algérienne, est-ce une victoire pour les terroristes ?

Incontestablement. S'ils sont morts pour la plupart, ils ont médiatiquement gagné. La mission était, sans doute, de détourner l'attention du Nord-Mali où ils sont en retrait. Face à un Mirage 2000 ou un Rafale, ces combattants ne tiennent pas. Leur arme à eux n'est pas conventionnelle, c'est le terrorisme. Ils ont contraint leur adversaire à venir jouer sur leur terrain. Stratégiquement, c'est, hélas, magistral !

Écrit par : Rachid Z | 20 janvier 2013

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Les groupes jihadistes au Sahel

Aymeric Chauprade (Realpolitik), le 20 janvier 2013

Il est rapporté que 3 groupes islamistes se trouvent impliqués dans l’affaire du Nord-Mali. Deux groupes qui présentent un caractère identitaire local : Ansar Dine, émanation islamiste radicale du MNLA, le mouvement historique de combat des Touaregs et dont la base originelle est Kidal ; le Mujao (base Gao) ; AQMI qui lui est un ensemble de groupe beaucoup plus algérien et qui s’inscrit dans la filiation GIA/GSPC.

Mon analyse sur l’islamisme radical et terroriste est bien connue. Pour chaque mouvement identifié et analysé il convient de se poser deux questions :

Quelle est la part locale et la part globale (le lien avec une «internationale» islamiste) ?

Quelle est la part authentique (combattants authentiquement islamistes) et la part infiltrée/fabriquée (groupe infiltré par des services étatiques et dont les actions orientées obéissent à une stratégie de la tension de la part d’un ou plusieurs États) ?

Nous n’avons pas le temps de refaire ici l’histoire du terrorisme islamiste et celle-ci a d’ailleurs été abondamment traitée. Pour dire les choses simplement, deux lectures s’opposent. Une première lecture, dominante, médiatique est celle qu’Al Qaïda, et plus globalement le « terrorisme international », sont des forces autonomes, obéissant à leur propre agenda, et qui mènent une guerre contre l’Occident. La deuxième lecture (qui est la mienne) considère le terrorisme islamiste comme la combinaison d’un combat authentique (des jihadistes mènent réellement une guerre terroriste contre « l’Occident impie ») et d’une instrumentalisation/manipulation de la part de services étatiques.
Or, on ne peut comprendre cette deuxième lecture si l’on occulte la dimension mafieuse du phénomène jihado-terroriste. Cette dimension mafieuse est admise dans les deux lectures. Les médias officiels ne manquent pas de souligner en effet qu’AQMI (Al Qaïda du Maghreb islamique) travaille main dans la main avec les cartels colombien et venezuelien pour faciliter l’acheminement par voie aérienne de cargaisons de drogue vers le désert saharien, laquelle drogue repartirait ensuite vers l’Europe. Ils parlent de «Mister Malboro» à propos du terroriste Mokhtar Ben Mokhtar ceci afin de bien souligner son implication dans des trafics de cigarettes. Mais trafics de drogue, cigarettes, et même immigrés clandestins, autant que prises otages sont les diverses facettes d’une économie du crime que contrôlent ces groupes sahariens, dans la droite ligne de la contrebande saharienne la plus ancienne. Rien de neuf sous le soleil saharien.

En insistant d’ailleurs tellement sur cette dimension mafieuse (laquelle, je le répète, n’est contestée par personne), les médias finissent par nous amener à nous demander ce qui compte le plus pour ces terroristes : l’argent (le trafic) ou le jihad? L’argent mafieux sert-il à financer le jihad ou bien le jihad n’est-il qu’un alibi pour couvrir le trafic? Difficile de répondre mais ce qui est certain est que la confusion entre argent sale et idéologie montre que ces groupes peuvent accueillir en leur sein (et même à leur tête) des infiltrés n’ayant d’autres but que de mettre l’action terroriste en conformité avec l’agenda du service d’État qu’ils servent.

Ce que je crois, c’est qu’Al Qaïda est un instrument de l’État profond américain qui justifie, depuis la fin de la Guerre froide, une bonne partie de la projection de puissance américaine, et qu’AQMI est le faux-nez maghrébin de cet instrument occulte, mais avec une différence notable avec les autres composantes régionales d’Al Qaïda (Afghanistan, Irak, Yémen…) : l’État profond américain ne contrôle pas directement AQMI. C’est en effet très probablement le DRS algérien, la sécurité militaire algérienne, qui contrôle AQMI. Là encore la démonstration serait longue à donner mais elle existe et elle a été donnée depuis longtemps par des auteurs suisses, britanniques ou allemands mais hélas pas français car en France tout le monde craint l’Algérie et ses coups tordus. J’en profite pour dire que sur ce sujet je suis ouvert au débat mais certainement pas avec les disciples de Glucksmann ou Lévy qui d’un côté ne cessent d’accuser Moscou de terrorisme occulte et de l’autre traitent de complotistes ceux qui ont compris que le premier de tous les «États profonds» était américain!

À propos du DRS, je renvoie ici notamment aux travaux du britannique Jeremy Keenan, ou bien à l’étude extrêmement pointue « Al Qaïda au Maghreb ou l’étrange histoire du GSPC algérien » par François Gèze et Sallima Mellah (Septembre 2007). Il ne fait aucun doute que les GIA ont été créés durant la guerre civile algérienne, en tant qu’organisation contre-insurrectionnelle, dans le but premier de discréditer, par des crimes atroces perpétrés contre la population, le combat armé d’un Front Islamique du Salut (pour lequel, je tiens à le préciser, je n’ai aucune sympathie, bien au contraire) qui avait gagné les élections. Il ne fait guère de doutes non plus que ces GIA se sont transformés en GSPC après la guerre civile et sont montés en puissance après le 11 septembre 2001, lorsque l’État profond algérien a compris, non seulement que l’État profond américain était derrière Al-Qaïda, mais que si Alger ne voulait pas subir l’agenda américain dans le Sahara, il fallait devancer celui-ci. Le GSPC est né du « magnifique » esprit d’initiative algérien lequel a su offrir aux Américains l’ennemi qu’ils attendaient (jusqu’à prendre en 2007 le nom d’Al Qaïda du Maghreb islamique) pour justifier leur implantation dans le Sahara (implantation au service d’autres intérêts plus classiquement géostratégiques, pétroliers et gaziers, dont nous parlerons après). Au fond, les Abdelrrazak El Para et autres Mokhtar Ben Mokhtar, ces personnages qui ont dirigé actions terroristes et prises d’otages occidentaux, sans jamais se faire prendre et en laissant leurs acolytes se faire tuer à leur place, présentent le même profil qu’Oussama Ben Laden mystérieusement porté disparu en mer. Ils ont d’abord travaillé pour l’État profond de l’État qu’ils se sont mis ensuite officiellement à combattre. Ben Laden fut membre de la CIÀ et quasiment tous les chefs des katibas islamistes du GSPC puis d’AQMI sont d’anciens officiers de l’armée algérienne. Bien formés ces officiers, après avoir infiltré (peut-être créé dans certains cas) les cellules combattantes ont pu en prendre aisément le commandement.

Une réalité indicible dans nos médias, du fait de l’ampleur des intérêts économiques français en Algérie, de la collusion aussi des élites politiques françaises avec le régime algérien (il fallait voir encore récemment le ministre Valls louer l’efficacité des forces spéciales algériennes…)… mais une vérité pourtant depuis longtemps évidente en dehors de France: AQMI/Polisario, DRS algérien le trafic de drogue saharien sont une seule et même organisation du crime dont le but est double : l’enrichissement personnel des généraux algériens bien sûr lesquels supervisent le trafic de drogue réalisé par les chefs terroristes ; mais aussi la survie du régime (laquelle va de paire avec le premier but) en faisant de celui-ci l’incontournable rempart contre le fondamentalisme, un rempart que la vague de révolutions arabes ne saurait attendre, et qu’elle n’atteindra d’autant moins que les Occidentaux (en premier lieu Américains et Français comprendront qu’il n’y a d’autre alternative crédible que le maintien du régime algérien). Or ce régime est une calamité pour la jeunesse algérienne, privée d’avenir, au chômage à 40%, volée par son «élite» de ses richesses fabuleuses (rente gazière et pétrolière), et par voie de conséquence une calamité pour la rive nord de la Méditerranée (Europe) qui, inéluctablement, verra fondre sur elle des candidats à l’immigration de plus en plus nombreux. Une politique de courte vue de plus de la part des dirigeants européens!

Grâce au GSPC et à AQMI, l’État algérien a pu apparaître depuis 2001, aux yeux des États-Unis et de la France (pour le grand public du moins, car dans les structures de pouvoir personne n’est dupe) comme un rempart contre l’islamisme radical dans la région. Et la stratégie a fonctionné, jusqu’aux révolutions arabes qui ont emporté les uns après les autres (Tunisie, Egypte, Yémen) tous les régimes autoritaires « laïcisants » (terme à prendre avec extrême précaution s’agissant de pays musulmans), avant que l’Occident ne s’en prenne ensuite directement à ceux qui ne tombaient pas d’eux-mêmes (Libye, Syrie). Donc pour le DRS cela ne faisait pas l’ombre d’un doute, l’Algérie était la suivante sur la liste, à moins d’écarter l’Occident du sillage des islamistes politiques (ceux qui allaient devenir majoritaires dans de nombreux pays à la suite de l’écroulement des régimes forts) et de le ramener à la «grande époque» de la guerre contre le terrorisme international.

Parmi ces trois groupes islamistes agissant au Mali, si l’on me demandait « qui contrôle qui », je répondrais que le DRS contrôle d’abord AQMI tandis que le Qatar finance et a de l’influence sur les deux autres mouvements (MUJAO et Ansar Dine) avec des buts radicalement différents de l’Algérie comme nous le verrons dans la deuxième partie.

Un autre élément qui n’est pas souligné est qu’au moins deux de ces groupes (le MUJAO c’est certain, AQMI c’est probable) ont des contacts forts avec le POLISARIO, mouvement séparatiste sahraouï soutenu basé dans les camps de Tindouf (territoire algérien). Il est quasiment avéré en effet que le groupe de terroristes qui s’est emparé du site gazier d’In Amenas en Algérie venait des camps de Tindouf, autrement dit qu’il est bien parti du territoire algérien (et ceci bien que l’Algérie ait pointé du doigt la Libye). Là encore il s’agit d’une réalité sur laquelle je tente d’alerter au moins depuis 2005, à travers les différentes interventions que j’ai faites à la tribune de l’ONU, en tant qu’expert mandaté par la partie marocaine, rôle que j’assume pleinement tant je crois au bien fondé historique de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental – mais une souveraineté « intelligente » dans un cadre d’autonomie élargie.

Le glissement progressif (comparable à celui du MNLA) du mouvement Polisario non seulement vers la criminalité (trafics en tous genres) mais aussi vers le fondamentalisme religieux devrait être une source de préoccupation pour les pays occidentaux. Nombreux sont les événéments, depuis 2005, dans cette sous-région du Sahara, qui montrent des liens entre certains éléments du Polisario et Aqmi/Mujao. C’est le moment de rappeler d’ailleurs que les problèmes non résolus de séparatismes (Sahara occidental et Touaregs) finissent malheureusement par dégénérer en problèmes d’islamisme radical.

Seule une solution équilibrée consistant à défendre la souveraineté des États (Mali, Maroc, Niger…) mais en aménageant des autonomies réelles pour les minorités nomades pourra permettre de ramener la stabilité dans la région.

Pour comprendre les motivations des autres acteurs, il convient aussi de parler des enjeux de ressources (pétrole, gaz, uranium). Autant les États-Unis en effet, que la France, le Qatar ou l’Algérie ont des visées pétrolières et gazières importantes dans le Sahara. Chacun de ces États a intérêt à favoriser la situation géopolitique la plus à même de le placer en position de force dans les discussions relatives au partage des richesses.

Écrit par : Rachid Z | 20 janvier 2013

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DNA a reconstitué le fil des événements : Dans les coulisses de l’attaque terroriste d’In Amenas

Article en collaboration avec Secret-Difa3, le 21 janvier 2013

Mercredi 16 janvier, 2h du matin, tapis dans le noir le convoi de 4x4 passe la frontière algéro-libyenne en trombe, tous feux éteints pour éviter de se faire repérer par les GGF Algériens ou par les fréquents vols d’hélicoptères ou d’avions de reconnaissance sur la région. Ghadames est à quelques centaines de kilomètres au Sud, plein Ouest à trois heures de crapahutage sur l’erg oriental se trouve l’objectif.

5 h du matin. In Amenas, à 1500 kms au sud d’Alger. Il fait toujours nuit noire. Une trentaine de terroristes, lourdement armés, se dirigent vers le complexe gazier de Tiguentourine, un important complexe gazier se situant à 40 kms au Sud Ouest de la grande ville gazière, exploité par la compagnie britannique BP (British Petroluem) et le géant pétrolier algérien Sonatrach.

Dans ce site, une usine de gaz, quelques centaines de travailleurs. Des Algériens, mais aussi des expatriés. Des Américains, des Britanniques, des Japonais, des Français, des Belges, des Philippins... Bref, une multinationale.

Les lumières du camp de base sont en vue, le groupe se positionne de part et d’autre de la route fraichement pavée qui relie le site gazier à la Nationale 3. Les terroristes ont des armes d’assaut, les servants des mitrailleuses sont couchés avec, les détenteurs de kalashnikovs sont, eux aussi, embusqués.

Un groupe lourdement armé

Ils attendent le convoi transportant les expatriés rentrant chez eux, via l’aéroport d’In Amenas. A l’heure prévue, le bus arrive, sauf qu'aujourd’hui l’escorte est doublée. Au lieu des deux 4x4 habituels de gendarmerie, deux autres véhicules sont adjoints au convoi. Qu’à cela ne tienne les terroristes engagent le combat. Un gendarme dans le véhicule de tête est tué, son collègue est grièvement blessé, une balle de gros calibre lui transperce la mâchoire.

Les balles secouent le bus qui ne s’arrête pas, un britannique est mortellement blessé. Les gendarmes organisent la riposte, d’autant que des renforts pointent à l’horizon. Trois Japonais qui sautent du bus sont interceptés par les hommes armés et sont immédiatement mis à mort.

La riposte des gendarmes permet au bus de poursuivre son chemin vers In Amenas. Le terroristes rompent leur engagement et foncent vers l’Ouest avec pour objectif de doubler les renforts venant du complexe et prendre ce dernier d’assaut.

Les terroristes attaquent en trois groupes

A peine cinq minutes plus tard, ils sont trois groupes autour du complexe, le premier charge vers l’usine avec la mission de mettre la petite centrale électrique en panne. Les deux derniers prennent d’assaut le camp de base et forcent deux entrées en utilisant une voiture bélier et des bus, trouvés sur place pour écarter et aplanir les herses.

Peu de résistance leur est opposée. le jeune Lahmar Amine est abattu d’une balle dans la tête, son collègue qui s’échappe sera retrouvé le lendemain errant fou à une dizaine de kilomètres de là.

A l’intérieur, le premier groupe est à l’œuvre. Bientôt les turbines de la centrale électrique sont mise en panne, les groupes électrogènes auxiliaires sont mis à sac.

La nuit inonde le site, la sirène d’alarme qui a été déclenchée par des employés sonne par intermittence à cause des problèmes d’électricité.

Les tirs fusent de partout

Les employés dans leurs baraques sentent qu’il se passe quelque chose de grave, ce n’est pas l’usine, il n’y a pas eu d’explosions, par contre des tirs fusent de partout. Leurs confrères qui sont à l’usine sentent le mauvais coup et ordonnent de baisser la pression pour éviter tout risque d’accident.

Les équipes de terroristes qui investissent par deux portes antagonistes la base de vie, foncent vers les quartiers d’habitation des étrangers, quelques-uns d’entre eux sur un pick up balayent à l’arme lourde le camp de la gendarmerie qui se trouve en marge du complexe.

Des Japonais exécutés

Beaucoup de gendarmes tomberons sous les balles. Les prochains sur la liste sont les Japonais de JGC qui sont cueillis au saut du lit, six d’entre eux sont exécutés, ceux qui seront trouvés plus tard rejoindront le reste des otages « occidentaux ».

Il y a otage et otage. D’emblée et vu l’impossibilité du groupe de gérer les presque 800 travailleurs, nationaux et expatriés, les terroristes décident d’écrémer en se focalisant uniquement sur les occidentaux et les Japonais. Les Philippins et les Thaïlandais sont invités à rejoindre leurs camarades Algériens en lieux clos.

Ici et là, des otages parviennent à s’enfuir ou à se cacher, qui sous un lit ou dans un faux plafond. Des agents de sécurité se mettent à l’abri sous une table de leur poste de garde, ils y resteront sans boire ni manger pendant trois jours.

Les installations piégées

A l’usine la situation est explosive. Les étrangers de garde sont immédiatement interceptés et regroupés et ordre est donné aux Algériens de remettre la pression, les terroristes, commençant à piéger les installations, souhaitent raser le site.

Un expatrié américain se trouvant dans la salle des commandes affirmera par la suite que les travailleurs algériens sauveront littéralement le site en s’opposant, malgré les menaces à leur encontre de remettre la pression.

Il fait désormais jour. Les terroristes se savent encerclés par l’armée et la gendarmerie, ils se concentrent sur le tri des otages dont une quarantaine est équipée de ceintures et de colliers d’explosifs.

Les plus jeunes parmi les assaillants se chargent de garder les otages, eux aussi portent des gilets d’explosifs. Ils sont prêt, le moment venu, à se faire exploser.

Des terroristes de différentes nationalités

La majorité des terroristes est formée d’étrangers, différents accents se croisent. Il y a des Tunisiens, des Egyptiens, des Mauritaniens, un Syrien, des Touaregs du Mali. Tous habillés en uniformes verts, certains ont des gilets pare-balles couleur sable de l’armée libyenne.
Leur équipement est impressionnant, tous ont un fusil d’assaut, des grenades, certains ont des fusils de précisions Dragunov, d’autres des RPG flambant neufs.

Leurs caisses de munitions sont neuves comme sorties des arsenaux de l'ex armé de Kadhafi. Ils disposent même d’une rampe de lancement artisanale de roquettes S5, exactement semblables à celles fabriquées par les rebelles du CNT dans les faubourgs de Misrata.

Les terroristes ont monté des canons de 12,7 mm sur des pickups qu’ils posteront à des endroits stratégiques du complexe. Ils s’emparent vite du parc de 4x4 de BP.

Equipements de transmission

Ils savent où il se trouve et savent même où faire le plein d’essence. Ils disposent aussi d’équipements de transmission dernier cri, de valises de communication comprenant un petit téléphone satellite et son panneau solaire, ainsi que des radios.

Les terroristes sont en bonne condition physique, leur chef qui donne ses ordres avec un accent tunisien, parle un anglais parfait. Le cerveau supposé de l’opération est accroché à son téléphone satellite et répercute les ordres reçus, parfois il s’adresse aux médias étrangers, notamment mauritaniens.

L’action terroriste tenait plus de l’opération militaire que de l’action de guérilla, le mode opératoire laisse supposer que le groupe d’assaillant avait bénéficié de complicités à l’intérieur du complexe et d’un appui logistique d’une source bien structurée.

Etat-major de crise à Alger

Très tôt, un état-major de crise est installé à Alger. Celui-ci comprend des envoyés des différents corps de sécurité et de renseignement et de responsables du gouvernement. Les responsables comprennent rapidement qu'il faut agir, une consigne préliminaire est donnée pour empêcher la fuite des terroristes, la sauvegarde des installations et la récupération de tous les otages.

Il est décidé d'envoyer le groupe d'assaut du GIS Alger, rejoint par le groupe d'assaut du GIS de Tamanrasset. Deux Hercules c130 et deux Casa décollent vers 11h du matin de l'aéroport militaire de Boufarik, direction In Amenas.
Tassili Airlines assure l'évacuation du personnel qui n'était pas sur le site ou qui a pu s'échapper. Des avions sont dépêchés sur place et très vite l'Aéroport d'In Amenas est fermé pour saturation du parking. A Londres, le vol Jet Air affiche annulé sur le tableau d’affichage.

De Biskra, deux Mi24 Superhind décollent direction le lieu de l'attaque, des hélicoptères de transport ramènent dans leurs soutes des Paras de Biskra et du matériel.

Des renforts viennent de partout

Arrivés sur place, les hommes du GIS sont étonnés de trouver un détachement du DSI au complet en pleine préparation. Des ordres auraient été donnés par la haute hiérarchie de la gendarmerie pour faire participer le groupe d'assaut des "verts", un groupe très bien entraîné mais à qui manquait l'épreuve du feu.
Les gendarmes se sentant coupables de défaillance promettent de régler l'affaire par eux-mêmes pour se rattraper.
Ce qui aurait pu tourner à la guerre des services a été un grand moment de solidarité inter-armes. L'idée d'un assaut combiné GIS-DSI-Paras émerge à la nuit tombée.

Assaut combiné

Une nuit de préparation et d'étude des cartes du site, scruté et filmé depuis le ciel par des drones Algériens et des hélicoptères, n'a pas permis d'évaluer avec précision la puissance de feu des terroristes et leurs points de renfort.
Des éclaireurs du GIS s'infiltrent à l'intérieur du site. Ils doivent se faire voir et attirer le feu de l'ennemi pour pouvoir l'évaluer.

Mission accomplie sans problème. Mieux cette action aura permis de reprendre le poste de police à l'entrée du site et libérer quelques otages dont des étrangers.

Espace aérien fermé

A quelques dizaines de kilomètres des lieux, l'ANP se déploie en force. Un bataillon de chars est déployé loin des regards entre le site et la frontière libyenne, l'espace aérien est clos au-dessus de la région et l'aviation est en alerte. L'on craint un coup tordu venant de Libye.

La nuit permet au terroristes de se préparer, une stratégie se dessine dans leurs rang, revenir au plan initial, fuir avec les otages les plus « précieux » vers la Libye en jouant à fond la carte médiatique.

Des otages Européens sont sommés d'appeler leurs proches, voir des médias de leurs pays pour transmettre un message d'apaisement et insister sur la nécessité de négocier. La pression internationale comme carburant.
Les terroristes quant à eux contactent des médias « amis » comme Al Jazeera ou les agences Sahara Média ou ANI, devenus les portes paroles de l'AQMI et du MUJAO.

Pression internationale

La deuxième partie du plan est de faire trainer les négociations et de faire de la prise d’otages un point où se focaliseraient les médias étrangers. Mettre la pression sur le gouvernement algérien et faire sauter le complexe gazier en dernier ressort.

La nuit passe sans que les forces spéciales ne donnent l'assaut. Des tirs sporadiques se font entendre çà et là.
Jeudi 17 janvier, en milieu de matinée. Plusieurs groupes d'otages parviennent à s'enfuir, les terroristes sont tétanisés et ne quittent pas leurs positions, face à eux des tireurs d'élite tirent sans volonté de toucher pour marquer leur présence invisible et limiter les mouvements des terroristes. Des étrangers font partie des otages évadés.

Ceintures d'explosifs

Vers midi, une agitation se fait sentir. Les terroristes préparent cinq Toyota Station, entassent des vivres et des munitions, placent dedans un nombre d'otages, tous portent une tenue afghane et une ceinture d'explosifs. Selon toute vraisemblance, une diversion va favoriser leur fuite en territoire libyen.

Peu après 13h, les véhicules qui ont démarré en convoi espacé foncent en trombe vers la sortie du site et se retrouvent très vite dans le no man's land séparant la zone résidentielle du complexe gazier.

A plusieurs centaines de mètres d'eux, presque invisible, un Mi 24 surveille la manœuvre grâce à ses puissantes caméras. L'officier d'armement reçoit l'ordre de détruire le convoi. Le terrain s'y prête, il n'y a aucune installation sensible à proximité ni de regroupement de civils.

Trois missiles laser

Le Superhind tire deux, puis trois missiles à guidage laser Ingwee sur les trois véhicules de queue qui explosent sur le champ, pris de panique, ne voyant pas la provenance des tirs, les terroristes de tête se font exploser.

L'ordre d'assaut est donné, plus le choix. L'hélicoptère opère un tir de saturation vers la zone résidentielle. Il ne vise rien ni personne, mais crée un mur de feu.

Simultanément des snipers du GIS et du DSI lâchent une salve de balles précises et tuent immédiatement une partie du commando, essentiellement les jeunes chargés de garder les otages.

Des paras avancent en tirant eux aussi. Les opérateurs du GIS profitent de cette diversion pour prendre à revers le reste du commando se trouvant dans la zone résidentielle.

Premier assaut

Les 11 terroristes présents sont abattus, le camp de base est totalement sous contrôle. 600 otages sont libérés suite à ce premier assaut, parmi lesquels une centaine d'étrangers, une trentaine d'otages sont perdus.

Aucun blessé n'est à déplorer du côté des forces spéciales. Le DSI s'offre son baptême du feu aux cotés de certains opérateurs du GIS qui avaient traqué onze ans auparavant les preneurs d'otages des 32 touristes suisses et allemands aux confins du Sahara.

Base de vie investie

La base de vie est investie et nettoyée par l’armée, les otages récupérés sont débriefés par le renseignement militaire. Il faut trouver les complices coute que coute. Très vite, des noms suspects apparaissent, ils sont actuellement sous surveillance.

Au niveau de l’usine de gaz, les preneurs d’otages apprennent l’échec cuisant de la tentative de leurs complices de forcer l’étau sécuritaire. Pis encore, l’armée algérienne semble totalement inflexible et insensible aux pressions étrangères.

Un changement de stratégie s’impose. Le groupe qui a en sa possession une dizaine d’otages, craignant l’assaut, veut discuter. D’abord, l’arrêt des opérations de l’armée française au Mali, puis la libération de cent prisonniers, les terroristes finissent par demander aux Etats Unis de libérer une Pakistanaise et un Egyptien.

Tentative de négociations

Jeudi, 22h. Le groupe tente de faire exploser une aile de l’usine pour démontrer sa détermination. Il parvient à incendier une partie du complexe, mais l’intervention des travailleurs couverts par les forces spéciales a permis d’éviter le pire. Encore une fois, les terroristes perdent.

Retranchés dans une aile de l’usine, ils passeront la nuit à parlementer.

Le 17 janvier, à 14h, en donnant l’assaut, les opérateurs du GIS rencontrent une résistance farouche des preneurs d’otages. Ils seront éliminés un à un. A l’intérieur des « quartiers » des terroristes, les forces spéciales découvriront les corps de sept otages froidement exécutés.

Ils passeront la journée du 17 janvier à analyser les lieux de l’assaut avec les équipes scientifiques de la Gendarmerie et à déminer l’usine et ses alentours.

Un arsenal digne d’une armée régulière est récupéré sur les 32 terroristes abattus.
A Tiguentourine, il y avait 650 employés, parmi lesquels 132 étrangers

Écrit par : Rachid Z | 21 janvier 2013

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