15 janvier 2013

Le touareg Iyad Ag Ghali alias Cheikh Abou El Fadl du groupe Ansar Eddine

Le touareg Iyad Ag Ghali alias Cheikh Abou El Fadl du groupe Ansar Eddine

13:19 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

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Iyad Ag Ghali, 53 ans, né sur un caillou à Abeibara, ancien bassiste du célèbre groupe Tinariwen, un chef de la tribu des Ifoghas qui a, lui aussi, manié la guitare avant la kalachnikov. Militaire formé en Libye, il est envoyé par Kadhafi pour faire la guerre au Liban contre Israël (1980-1982) avant de diriger les opérations commandos contre l'armée tchadienne. Il a survécu à un bombardement de F-16, échappé cent fois à la mort, connaît tout du désert, sait se battre et vaincre. Iyad Ag Ghali est le leader charismatique, notable et chef de guerre, une icône, une légende, celui devant qui tous les Touaregs, même les plus bouillants, s'inclinent.

C'est lui, rebelle du désert, qui a l'idée d'abandonner les champs de bataille étrangers pour revenir, dès 1988, faire la guerre à l'armée malienne. En juin 1990, avec deux cents hommes et... six fusils, il attaque la garnison de Menaka. Et la ville tombe. Un an après, il prend Kidal et Gao. Le 26 mars 1991, Bamako et les Touaregs d'Iyad signent les "accords de Tamanrasset" dans cette Algérie qui pèse de tout son poids sur la région. Le texte prévoit le développement du pays touareg laissé depuis si longtemps à l'abandon et l'intégration des Touaregs aux forces maliennes. La parole donnée ne sera jamais tenue. En 2006, nouvelle rébellion, nouveaux "accords d'Alger", et nouvel échec.

Quand les bouillants exilés revenus de Libye, surnommés les "nouveaux arrivés", décident de lancer la guerre à outrance jusqu'à l'indépendance, Iyad Ag Ghali, alors partisan des négociations, refuse de donner sa caution. Les jeunes Libyens du MNLA rejettent la tutelle du "vieux" et partent en guerre contre une armée malienne minée par les conflits internes et mal équipée. Entre-temps, le désert a changé. Aqmi s'est installé, les katiba de Ben Mokhtar et d'Abou Zeid sillonnent le pays, enlèvent les étrangers, achètent les Touaregs, épousent leurs femmes et s'implantent. En 2002, Iyad Ag Ghali doit servir de médiateur pour faire libérer 32 touristes enlevés à Djanet en Algérie. En 2007, excédé, le chef touareg attaque les forces d'Aqmi et leur inflige une sévère défaite à la frontière algérienne. Mais Iyad est seul, personne ne le soutient et l'offensive anti-Aqmi s'arrête là. Désormais, il devra composer, pragmatique, avec la nouvelle force du Sahel.

Écrit par : Rachid Z | 15 janvier 2013

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Que sait-on des djihadistes ?

Sandra Moro, le 15 janvier 2013

Il s’agit de trois groupes islamistes distincts: Ansar Eddine (Défenseurs de l’islam), le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), et Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Tous n’arborent pas la même étiquette, mais les parois entre les différents groupes ne sont pas étanches pour autant, et les alliances sont fluctuantes. Ils sont néanmoins «liés par une sorte de «gentleman agreement» qui fait qu’ils évitent de se combattre entre eux», note Antonin Tisseron, chercheur associé à l’Institut Thomas More, spécialiste de l’Afrique du Nord et des questions de sécurité. «Ils partagent une même conception de la religion: l’islam radical. Et un même objectif: l’application de la charia au Mali», poursuit l’expert.

Ces groupes ont fini par évincer les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). C’est pourtant le MNLA qui avait lancé l’offensive contre l’Etat malien en janvier 2012. Se présentant comme laïc et revendiquant uniquement l’indépendance du territoire touareg de l’Azawad, le mouvement était alors allié à Ansar Eddine, mais le lien avec ce groupe islamiste principalement composé de Touareg et emmené par Iyad Ag Ghaly, ancienne figure de la rébellion touareg des années 1990, a fait long feu.

Le MNLA a été défait lors de violents combats dans la région de Gao à fin juin, par le Mujao appuyé par Aqmi. Il a tenté de revenir dans le jeu en décembre en prenant part, avec Ansar Eddine, à une médiation sous les auspices du président burkinabé Blaise Compaoré. Mais le groupe islamiste a retiré sa proposition de cessation des hostilités le 3 janvier, compromettant ainsi l’effort de conciliation. Ansar Eddine, qui a la haute main sur la ville de Kidal, compte aussi dans ses rangs des transfuges du MNLA et des combattants issus d’Aqmi.

Aqmi est quant à lui constitué d’anciens membres du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, qui se sont ralliés à Al-Qaida. Ce groupe, qui opère également dans des pays proches du Mali comme le Niger ou la Mauritanie, entretient aussi des liens forts avec le Mujao, dont le fief est Gao. Certains experts estiment que de nombreux Maliens sont venus grossir les rangs du Mujao dans le but de combattre le MNLA, qu’ils ont vu malmener la population.

Combien sont-ils?

Entre 1000 et 2000 hommes au total selon les estimations, mais rien n’est sûr. «Il faut en outre souligner que tous n’ont pas la même expérience, relève Antonin Tisseron. Il y a les combattants aguerris issus d’Aqmi, des anciennes rébellions touareg, ou des ex-milices de Kadhafi, et des combattants novices.» Ces derniers mois, renchérit Gilles Yabi, directeur du programme Afrique de l’Ouest d’International Crisis Group, «les islamistes ont pu attirer des recrues parce que l’enrôlement représentait la seule activité économique dans cette région sans Etat».

Quelles sont leurs sources de financement?

Les enlèvements, «qui rapportent en moyenne 2,5 millions d’euros par otage», souligne Antonin Tisseron, sont largement pratiqués par Aqmi et le Mujao. Tous les groupes profitent en outre «du trafic d’armes, d’être humains et du narco­trafic»: en provenance d’Amérique du Sud, les stupéfiants arrivent dans le golfe de Guinée et sont acheminés vers le nord par le Sahara. Certains experts évoquent en outre des sources de financement qataries.

De quelles armes disposent-ils?

Il est difficile de se faire une idée précise de l’arsenal des djihadistes, mais le Ministère de la défense français a souligné au cours des derniers jours qu’ils étaient «bien armés». Ils possèdent des armes lourdes, comme des lance-roquettes «qui proviennent de Libye, de même que certains blindés légers», note Antonin Tisseron. D’autres blindés ont été abandonnés par l’armée malienne et récupérés. Quant aux armes légères, elles proviennent elles aussi en grande partie de Libye, ou alors, note le chercheur, «du trafic qui fait florès dans la région».

Écrit par : Rachid Z | 15 janvier 2013

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