09 janvier 2013

Au coeur du nouveau racisme médiatique

Au coeur du nouveau racisme médiatique

AntifaBordeaux, le 08 janvier 2013

Sébastien Fontenelle se penche à nouveau sur les discours des journalistes et intellectuels dominants. Ses nouveaux éditocrates articulent l’orthodoxie libérale avec une idéologie raciste et sécuritaire. Certes, il semble important de relativiser la portée et la réception de ses discours réactionnaires. Pourtant, ils reflètent un certain air du temps, celui de la glaciation intellectuelle et du racisme d’État.

Le supposé conformisme antiraciste

Sébastien Fontenelle évoque plus précisément les journalistes racistes qui ne cessent de vomir leur haine sur les musulmans. Ses intellectuels, à l’image de Sarkozy et sa clique, assument un discours qui se présente comme «décomplexé» et s’oppose à la «bien-pensance» islamo-gauchiste supposée dominante. «Des démagogues en série ont libéré en France, puis nourri de leurs anathèmes, sous le sceau (et la protection) d’un prétendu «franc-parler», une logomachie où la détestation d’autrui se pare des atouts d’une prétendue véridicité: la même, à (très) peu de choses près, dont l’extrême droite a longtemps soutenue qu’elle détenait seule le monopole» décrit Sébastien Fontenelle. Ses intellectuels racistes contribuent à diffuser les idées racistes sur l’ensemble du champ politique. Ses «briseurs de tabous» affectionnent une rhétorique qui consiste à se faire passer pour des «iconoclastes» constamment censurés alors que leurs idées sont au pouvoir.

Sébastien Fontenelle revient sur un épisode qui se déroule au printemps 2000. L’écrivain Renaud Camus s’indigne du trop grand nombre de «collaborateurs juifs du Panorama de France Culture». Mais celui qui compte les juifs dans les émissions de radio, et les étrangers dans l’équipe de France, ne passe pas pour un vulgaire xénophobe. Mais pour un intellectuel audacieux et courageux. Alain Finkielkraut dénonce même ceux qui condamnent les propos de Renaud Camus. Il estime qu’il s’agit d’un «racisme imaginaire». Renaud Camus «avant d’être un antisémite est d’abord et surtout un anticonformiste» estime Claude Lanzmann, le réalisateur du film Shoah. L’antiracisme est depuis dénoncé comme un vulgaire conformisme et la xénophobie devient la manifestation d’une liberté de pensée. En réalité, Renaud Camus ne cesse de diffuser les idées du Front National et de l’extrême droite. L’écrivain dénonce l’islamisation de la France et l’invasion de l’Europe par les arabes.

En 2002, Alain Finkielkraut moque les manifestations contre le Front national qui accède au second tour des élections présidentielles. Il dénonce même le racisme des manifestants qui soutiennent le peuple palestinien et se confondent alors avec des antisémites selon le philosophe. Alexis Lacroix, journaliste au Figaro, publie un livre reprend la thèse de l’antisémitisme des soutiens des Palestiniens. Mais Dieudonné, dont la dérive vers l’extrême droite ne le situe plus dans la gauche antiraciste, devient le seul exemple.

En 2005, l’hebdomadaire Le Point célèbre la «vague iconoclaste». Ses intellectuels énoncent courageusement «des vérités qui fâchent» selon Le Point. Ils sont présentés comme au-delà du clavage gauche / droite. En réalité, Michel Houellebecq, Pierre-André Taguieff ou Alain Finkielkraut ne font que reprendre le bon vieux discours de l’extrême droite. L’antiracisme est alors présenté comme une pensée totalitaire néo stalinienne. Selon Ivan Rioufol, journaliste au Figaro, les «vrais racistes» sont ceux qui dénoncent le racisme. Mais, malgré le totalitarisme antiraciste, les intellectuels xénophobes peuvent poursuivre leur carrière sous l’encouragement des ministres et philosophes.

Pascal Bruckner dénonce la «tyrannie de la pénitence». Il estime que les intellectuels ne cessent de dénoncer le colonialisme et participent à l’auto-flagellation de la France. En réalité, ses intellectuels sont beaucoup moins connus et influents que les Alain Finkielkraut et autres penseurs médiatiques.

Le déchaînement raciste contre les musulmans

Les musulmans deviennent la cible privilégiée des réactionnaires médiatiques. Thomas Deltombe observe la construction d’un «islam imaginaire» dans les médias télévisés. Après l’effondrement de l’URSS, l’islam devient remplace le communisme comme nouvel ennemi du camp occidental. L’islamophobie, qui prétend critiquer la religion, justifie les discriminations et la répression à l’encontre des musulmans. Pourtant Claude Imbert, fondateur de l’hebdomadaire Le Point, se déclare «un peu islamophobe». Pascal Bruckner, Caroline Fourest et Jean Daniel dénoncent le terme d’islamophobie pour déverser librement leur haine à l’encontre des immigrés. Même le pseudo-libertaire Michel Onfray n’hésite pas à taper sur l’islam, plus brutalement que sur les autres religions, pour se faire une place dans le paysage médiatique.

En 2002, Oriana Fallaci publie un livre qui déverse sa haine des musulmans. L’islam est clairement assimilé au terrorisme et les immigrés s’apparentent à des envahisseurs et terroristes en puissance. Malgré des passages clairement racistes, les intellectuels n’hésitent pas à dresser l’éloge du livre nauséabond de Fallaci. Comme pour Renaud Camus, le courage et la libération de la parole sont invoqués pour défendre le racisme. En réalité, Fallaci n’hésite pas à se référer à des intellectuels négationnistes, antisémites et néo-nazis dans un livre publié en 2004. Mais cet aspect n’est jamais mentionné dans les médias.

Les magazines semblent particulièrement friands de unes et de dossiers qui interrogent la compatibilité de l’islam avec la République. Les musulmans ne cessent d’être accusés de ne pas s’intégrer à la société occidentale. Christophe Barbier, directeur de L’Express, estime que l’islam reste une religion archaïque et le peu de sociabilité des musulmans explique alors le racisme. Ses dossiers de magazines expliquent que l’islam façonne et contamine la civilisation occidentale.

Cette idéologie raciste se diffuse jusqu’à la presse de gauche. Le journal satirique Charlie Hebdo et son patron Philippe Val incarnent ce phénomène. Dans ses éditoriaux l’actuel directeur de France Inter, nommé par Sarkozy, multiplie les amalgames. Les arabes sont considérés comme tous antisémites.

L’hebdomadaire Marianne, qui fustige la «pensée unique», n’hésite pas à renter dans le moule raciste. En 2011, ce magazine se penche sur la peur que suscite l’islam. En réalité, les articles révèlent surtout que les raisons pour lesquelles Marianne a peur de l’islam, estime le site Acrimed. Dans ce dossier sur l’islam, Éric Conan et Martine Gozlan dénoncent «l’islamophilie». Selon eux, les musulmans font l’objet d’une bienveillance particulière, notamment de la part des «islamo-gauchistes». Pourtant, dans les médias, l’islam ne semble pas spécialement choyé.

Loin de se cantonner à une résistance clandestine, l’islamophobie devient un moteur de carrière politique. L’UMP ne cesse de durcir son discours entre déclarations racistes et chasse aux immigrés. Inversement, l’extrême droite surfe sur le racisme anti-musulman pour se développer. Le FN de Marine Le Pen délaisse le folklore antisémite pour cibler l’islam. Le Bloc identitaire, organisation néo-nazie, peut faire le buzz médiatique avec ses «apéros saucisson pinard» pour dénoncer l’invasion des musulmans. Ivan Rioufol ou Eric Zemmour n’hésitent pas à saluer ce type d’initiative. Les manœuvres politiciennes des authentiques fascistes peuvent trouver un écho médiatique car elles entrent en résonance avec l’air du temps. Le FN peut avancer sa dédiabolisation puisque son discours est désormais repris par les médias dominants.

La banalisation des idées racistes

Avec l’élection de Sarkozy à la présidence de la République, les idées des «briseurs de tabous» sont au pouvoir. Ils se vivent pourtant comme des intellectuels anticonformistes censurés par un pouvoir soixante-huitard. Même si leurs idées racistes s’expriment constamment dans les ministères et dans les médias. L’hebdomadaire Valeurs actuelles, en juin 2010, n’hésite pourtant pas à publier un nouveau dossier sur ses «franc-tireurs» qui se vivent en résistants.

Éric Zemmour est l’un d’eux. Pourtant, il sature les ondes pour ânonner le discours classique de l’extrême droite en se piquant d’iconoclasme. Il n’hésite pas à réhabiliter les races et établi un lien direct entre délinquance et immigration. Loin d’être confiné dans les marges médiatiques, ses idées sont reprises par le chef de l’État dans son discours de Grenoble. Si Éric Zemmour est omniprésent dans tous les médias (radio, presse écrite et télévision), malgré le soutien actif des cadres du parti au pouvoir, il se compare à un dissident de l’URSS bâillonné et réprimé. De plus, ses propos racistes ne freinent pas la carrière d’Éric Zemmour.

Les médias ne signalent pas les actes islamophobes, comme les appels au meurtre ou les profanations de tombes musulmanes. Pourtant friands de fait-divers pour mettre en lien immigration et délinquance, les médias évoquent peu l’augmentation des actes racistes.

En 2011, un tueur commet à Oslo le plus grand massacre que connaît la Norvège. Les médias français, comme Libération, disserte alors sur le terrorisme islamiste sans connaître l’identité du tueur. Il s’agit en réalité d’un terroriste d’extrême droite qui dénonce l’invasion musulmane et la tyrannie du «politiquement correct» antiraciste. Laurent Joffrin refuse de considérer que ses actes racistes sont favorisés par un climat islamophobe. Les médias refusent de faire un lien entre le terroriste d’Oslo et ses idées. En revanche, en 2012, un tueur islamiste sévit à Toulouse. Ivan Rioufol s’empresse de dénoncer les antiracistes qui ont couvé ce monstre.

L’ensemble de la classe politique porte ce discours raciste et sécuritaire. La gauche considère le maintien de l’ordre dans les quartiers populaires comme une priorité politique. Le discours raciste, qui se banalise et se généralise, permet une montée de l’extrême droite.

Sébastien Fontenelle dénonce ce nouveau racisme qui prétend dénoncer la religion musulmane pour mieux s'attaquer aux arabes et aux classes populaires

Source: Sébastien Fontenelle, Les briseurs de tabous. Intellectuels et journalistes «anticonformistes» au service de l’ordre dominant, La Découverte, 2012

00:50 Écrit par Rachid Z dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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