07 janvier 2013

Allemagne : le lobby juif crée l’émoi

Allemagne : le lobby juif crée l’émoi

Le fils du fondateur de “Der Spiegel” taxé d’antisémitisme

Marcel Linden, le 07 janvier 2013

Le journaliste Jakob Augstein, fils du fameux fondateur de l’hebdomadaire "Der Spiegel", est promu à une célébrité inattendue : le Simon Wiesenthal Center de Los Angeles l’a classé neuvième sur la liste des dix antisémites les plus dangereux du monde. Même le Conseil central des juifs en Allemagne réfute ces accusations.

Jakob Augstein, 45 ans, a longtemps vécu dans l’ombre de son père, un des plus grands journalistes allemands de l’après-guerre. Avec ses sœurs, il possède encore 24 % du "Spiegel", mais il n’a pas de fonction dirigeante au sein du groupe. Il y a quatre ans, il a acheté l’hebdomadaire libéral de gauche "Freitag" ("Vendredi"). Il est aussi fréquemment invité dans les talk-shows télévisés.

Ses éditoriaux sur "Spiegel Online", qui a une rédaction indépendante de celle du "Spiegel", sont très lus. En novembre, il s’y est pris, et pas pour la première fois, à la politique d’Israël dans les territoires occupés. De plus en plus, a-t-il écrit, on abuse du reproche d’antisémitisme pour défendre la politique israélienne à l’égard de toute critique. Et d’ajouter : "Cela sert les vrais adversaires des Juifs - et nuit à Israël".

Le Simon Wiesenthal Center, qui n’a vraiment pas le sens de l’introspection du Juif autrichien Simon Wiesenthal, a alors fait figurer Augstein sur la liste des "major players" de l’antisémitisme mondial, comme s’est exprimé son directeur, le rabbin Cooper, à l’égard d’une radio allemande.

En tête du classement figurent les Frères musulmans d’Egypte, avant le régime iranien d’Ahmadinejad. Augstein est neuvième, avant l’Américain Louis Farrakhan, leader de "Nation of Islam" et antisémite invétéré.

Le centre californien se réfère à Henryk M. Broder : l’intellectuel juif allemand, adversaire de toujours d’Augstein, lui reproche de se comporter comme un "petit Streicher", allusion à Julius Streicher, l’éditeur raciste du quotidien antisémite nazi "Der Stürmer" pendu par les Alliés à Nuremberg en 1946. C’est la pire insulte imaginable pour un journaliste d’aujourd’hui.

Toutefois, tout le monde sait en Allemagne que Broder, un type par ailleurs génial, a un tempérament sulfureux et n’a vraiment pas le sens de la mesure. Son métier est la provocation.

Salomon Korn, vice-président du Centre des juifs en Allemagne, a pris fait et cause pour Augstein. "Le Centre Simon Wiesenthal n’a pas bien recherché et est assez loin de la réalité allemande", a-t-il dit à Deutschlandradio. Broder, a-t-il ajouté, aime la polémique et "il ne faut pas toujours prendre au sérieux ce qu’il dit".

Michel Friedman, un journaliste de télévision juif, admet que, souvent, Augstein va très loin dans sa critique contre Israël, mais, selon lui, cela ne justifie pas qu’il figure sur la liste des grands antisémites. Micha Brumlik, professeur juif de pédagogie à Francfort, note que, "parfois, Augstein frôle les ressentiments, mais il raisonne de façon différenciée".

La plupart des journaux allemands jugent absurdes les reproches d’antisémitisme, mais au pays de l’holocauste, on n’ose pas trop critiquer le lobby juif américain. De plus, la chancelière Merkel a assuré à la Knesset que la survie d’Israël est pour l’Allemagne une "raison d’Etat". Ceci dit, la majorité de la population allemande s’apitoie sur le sort des Palestiniens. Augstein a gaffé en qualifiant de "Lager" la bande de Gaza, oubliant que, pour les Juifs, le terme est synonyme de camps d’extermination. Mais il a admis son erreur.

Les commentaires sont fermés.