04 janvier 2013

"L'élection présidentielle a cristallisé le rejet de l'islam"

"L'élection présidentielle a cristallisé le rejet de l'islam"

Pascal Boniface

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La Nouvelle République, le 04 janvier 2013

Vous publiez «Don't Panik», avec le rappeur Médine. Pourquoi ?

«Je trouvais que c'était un joli challenge qu'un rappeur musulman s'adresse à un géopolitologue athée pour faire un livre. C'est justement parce que je suis différent de lui qu'il m'a contacté. Tout ce qui permet de briser les frontières me paraît intéressant.»

Corroborez-vous l'idée d'une montée de l'islamophobie ?

«Je pense que les discriminations sont plus fortes envers les musulmans qu'à l'égard d'autres groupes, mais que leur situation s'est améliorée. Et c'est aussi parce que l'islam se cache moins et revendique son identité que cela suscite des réactions plus vives de rejet.»

L'année 2012 a-t-elle été particulière ?

«L'élection présidentielle a cristallisé cela, parce que les questions d'immigration, d'identité, d'islam, ont été bien plus présentes que lors les campagnes précédentes. Nicolas Sarkozy a très nettement durci le ton en pensant qu'il allait couper l'herbe sous le pied au Front national — il n'est pas certain que cela ait réussi vu le score de Marine Le Pen. Puis on a eu la guerre interne à l'UMP et le fait qu'Alain Juppé, considéré comme un modéré, a déclaré que l'islamophobie était devenue un objet de clivage au sein du parti.»

L'affaire Merah a-t-elle participé de ce rejet ?

«Oui. On a fait un amalgame entre Mohamed Merah et sa condition de musulman, comme si tous les musulmans étaient responsables de son acte. Or, je constate que quand Anders Breivik commet un attentat au nom de la supériorité supposée de la race blanche, personne ne rend responsable l'ensemble des Blancs. Il y a là un traitement particulier de l'islam, qui est lié à l'histoire coloniale, au 11 Septembre, etc.»

«Don't Panik», éditions DDB, 17,90 €, 2012, 224 pages.

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