20 décembre 2012

EFJ debates about press freedom and freedom of expression in Turkey

EFJ debates about press freedom and freedom of expression in Turkey

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Turquie : "Le thermomètre de la démocratie est cassé"

AJP, le 20 décembre 2012

72 journalistes se trouvent actuellement derrière les barreaux de prisons turques. Leur crime ? Rien de moins que d’avoir fait leur métier. Et si la presse n’y est pas libre, le droit à l’expression ne l’est pas davantage : la censure frappe aussi les intellectuels, les universités et, régulièrement, des sites internet. Qu’est-ce qui ne va pas avec ces libertés, pourtant fondamentales, en Turquie ? "La liberté de la presse est un thermomètre de la démocratie et, en Turquie, le thermomètre est cassé", a souligné Philippe Leruth (à gauche, sur la photo de B. Mariani, à côté de Mehmet Koksal et Ragip Zarakolu), vice-président de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), le 19 décembre, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

Pourquoi la Turquie détient-elle le record du monde du nombre de journalistes emprisonnés ? "On y criminalise le travail des journalistes", résume Philippe Leruth, comme ce fut le cas pour Baris Terkoglu, "adopté" par l’AGJPB. Mais les journalistes ne sont pas les seuls à faire les frais de cette répression : la Turquie vient ainsi de se faire condamner par la Cour européenne des droits de l’Homme pour violation de l’article 10 de la Convention européenne de droits de l’Homme, qui garantit la liberté d’expression. L’affaire portait sur le blocage de l’entièreté du service Google Site, faute de n’avoir pu interdire l’accès à l’un des sites hébergés sur cette plateforme et qui était accusé d'outrage à la mémoire d'Atatürk, le fondateur de la Turquie.

"En prison, j’étais plus libre d’écrire"

Ragip Zarakolu. Photo Bruno Mariani Ragip Zarakolu, né en 1948, est un chroniqueur turc, écrivain, éditeur. Ce défenseur acharné des droits de l’Homme était venu pour témoigner de longues années de répression et de harcèlement qui l’ont conduit, à plusieurs reprises, en prison. Ragip Zarakolu a commencé à écrire au lendemain de ses études, en 1968. Trois ans plus tard, après le coup d’Etat, il est emprisonné pendant trois ans. En 1977, il fonde une maison d’édition qui sera soumise à la censure. Malgré l’acharnement des autorités turques, il n’a jamais déposé sa plume. En 2007, l’association des journalistes turcs le récompensait pour sa défense de la liberté d’expression.

Ragip Zarakolu a notamment abordé le concept "d’ennemi intérieur" ainsi que l’importance du soutien international pour les intellectuels turcs. Non sans humour, il a affirmé qu’il était plus libre d’écrire lorsqu’il était emprisonné. Tout en rappelant les conditions pénibles de détention : privations, isolement… "C’est une réelle torture". Il est également revenu sur l’assassinat de Hrant Dink, journaliste et écrivain turc, d’origine arménienne, assassiné à Istanbul en 2007. "Hrant Dink nous a sauvé la vie car sa mort a suscité des réactions importante dans le monde." Quant à craindre pour sa propre vie, Ragif Zarakolu dit ne pas s’en soucier. "Et je n’ai pas peur."

Plus tard dans la journée, le centre d'information non-gouvernemental sur la Turquie, Info-Türk, remettait à Ragip Zarakolu son prix 2012 de la liberté.

"Je suis indigné du monde politique et journalistique belge !"

Jean-Claude Defossé. Photo Bruno Mariani Dans le public, Jean-Claude Defossé, député Ecolo et ancien journaliste, a fait part de son indignation quant à la situation en Turquie. Mais pas seulement : « Je suis indigné du monde politique belge qui a mis un an, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour faire voter une résolution condamnant les atteintes à la liberté de la presse en Turquie. Et encore, il a fallu la diluer en y associant des pays des Balkans. Je suis encore indigné de constater à quel point la presse belge est silencieuse et entretient une omerta par rapport à ce qui se passe en Turquie. Je suis indigné et honteux par rapport à mes anciens collègues. Ici, il ne s’agit pas de plombiers-zingueurs mais de journalistes ! Je ne leur demande pas de faire du militantisme mais de faire leur métier. »

Les actions de la FEJ

Comment exprimer, depuis la Belgique, sa solidarité envers les journalistes turcs emprisonnés ? "On a des campagnes et des moyens de communication modernes", a expliqué Philippe Leruth. "A côté de ces actions collectives, on peut également agir de manière individuelle en écrivant à l’ambassade de Turquie pour protester contre l’emprisonnement des journalistes." Dans sa page dédiée à la Turquie, le site de la FEJ publie une liste mise à jour des journalistes emprisonnés. A côté de leur nom, figure leur nombre de jours de détentions. Hatice Duman en est leur "doyen" : le journaliste est privé de sa liberté depuis plus de 3.550 jours.

En interne, la FEJ continue à soutenir l’union turque des journalistes "qui est sur le terrain, confrontée à la situation. On envoie, quand on peut, des délégués en Turquie pour montrer qu’on est présents. On a nommé un coordinateur de campagne à Bruxelles, le journaliste indépendant Mehmet Koksal. Et on poursuit nos contacts avec la Commission européenne."

Écrit par : Rachid Z | 21 décembre 2012

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